17/08/2016

Un dimanche au Gaume Jazz Festival

32e édition du magnifique et très convivial Gaume Jazz Festival. Cette année, en plus, c’est sous un soleil de plomb qu’il se déroule. Et sur le coup de quinze heures, ce dimanche, le grand parc semble encore un peu endormi.

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C’est dans la salle du centre culturel de Rossignol qu’il faut aller. Il n’y fait pas plus frais, mais c’est là que le trio de Jeremy Dumont présente la musique de son premier - et très bon - album Resurrection.

Très resserrés autour du leader, concentrés et bien décidés à jouer un jazz énergique et dense, Victor Foulon (cb) et Fabio Zamagni (dm) attaquent « On Green Dolphin Street » avec vigueur. Le trio enchaine aussitôt avec « Try » et « Resurrection ». Les interventions du pianiste sont fermes et décidées, la basse claque presque autant que ne résonnent les coups de fouets sur la batterie. Mais surtout, ça groove et ça trace. Et l'intensité ne faiblit pas sur « Matkot » et ses réminiscences klezmer qui laissent transparaitre pourtant une pointe de mélancolie. Et puis, une dernier composition, inédite, confirme la direction bien tranchée que semble prendre le trio : de l’énergie, du nerf et de l’adrénaline. Jeremy Dumont définit de plus en plus précisément le jazz qu’il veut défendre. Et nous, on est prêt à le suivre.

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De l’énergie, la musique de Jean-François Foliez et son Playground n’en manque pas non plus ! Sous le grand chapiteau, qui a fait le plein, le quartette semble ne pas vouloir s’embarrasser de fioritures. Pourtant, le jazz à Foliez est ciselé, plein de raffinements et de subtilités. Mais avec un Casimir Liberski au piano et un Xavier Rogé aux drums, tout est limpide ! Le drumming claquant s'allie superbement aux folies harmoniques et rythmiques du pianiste. Et tandis que Janos Bruneel fait vibrer les cordes de sa contrebasse, le clarinettiste virevolte avec agilité et souplesse au-dessus de ce magma en fusion. Il y a, chez ce dernier, quelque chose de l’extravagance du jazz italien à la Gianluigi Trovesi, parfois. Même dans les plages plus lentes et intimistes, on sent toujours un travail rythmique intense. « Platinium », « Groove #2 » et surtout « Germination » sont époustouflants ! Chacun propulse l’autre un peu plus haut pour le meilleur de la musique. Une bonne heure de jazz bien tassé, entre détente (ha, cette fausse valse qui s'emballe après l’intro en solo de Jonas Bruneel) et tension… Et quelle tension !

Impossible de rentrer dans la salle pour écouter le trio Steve Houben, Stephan Pougin et Johan Dupont. Une tentative, une deuxième… J’abandonne et me laisse tenter par quelques délicatesses dont la Gaume a le secret…

Retour sous le chapiteau, plein à craquer, pour écouter Aka Moon et son Scarlatti Book.

On a beau les voir et les revoir (sur ce projet ou sur d'autres) on est toujours surpris par la puissance mélodique et énergique de ces quatre énergumènes. Et on est toujours ravi de les voir prendre plaisir à jouer et inventer ensemble. Ici, en reprenant Scarlatti, ils ramènent le clavecin et les compositions baroques dans le présent. Sans jamais caricaturer l'une ou l'autre époque. Aka Moon joue avec l'intelligence et la sensibilité de chacun plutôt que sur l'air du temps et les effets de mode. C'est cela qui rend la musique à la fois accessible, prenante et jubilatoire. Même si elle est complexe. Mais on ne cherche plus à comprendre et on laisse faire les artistes. Fabian Fiorini, entre contemporain et classique, déroule un phrasé toujours percussif, Frabrizio Cassol et Michel Hatzigeorgiou rebondissent sur des dialogues irréels qui nous laissent sans voix. Quant au drumming de Stéphane Galland, qui ne peut s’empêcher de surprendre tout le monde y compris ses acolytes, il est unique. Et puis, Aka Moon est unique. Autant les contrastes rythmiques sont marqués, autant les harmonies sont affinées. C'est l'eau et c’est le feu. Et c’est toujours aussi fort !!

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En début de soirée, dans l'église du village, on profite enfin d’un peu de fraîcheur mais aussi de la musique apaisante du duo Lionel Loueke et Nicolas Kummert. La veille, en quartette avec Karl Jannuska et Nic Thys, le saxophoniste avait présenté l'évolution de son travail avec le guitariste béninois (la « première » avait eu lieu ici). Un disque est en préparation et devrait sortir en février. Pour l'instant les deux artistes sont face à un public attentif et silencieux. Quoi de mieux qu'une Gnossienne de Satie pour débuter ? La musique se laisse modeler par le chœur de l’édifice. Tout est souffle, alanguissement, recueillement. La guitare sonne avec respect, plénitude et retenue. Même un morceau de Salif Keita se murmure et danse sensuellement. Nicolas Kummert ne se contente pas de jouer du ténor, il chante aussi. Il aime ça et il le fait bien. Puis c’est Loueke qui chante une berceuse béninoise avant de reprendre le « Hallelujah » de Jeff Buckley de circonstance. Beau moment...

Retour dans la petite salle, comble à nouveau, et dans une chaleur étouffante. Cette fois-ci, j’arrive à me faufiler. Tree-Ho, le groupe d’Alain Pierre, a déjà entamé « Aaron & Allen » et « Piazza Armerina ». On peut dire que ça groove ! Et « Joyful Breath » file tout aussi vite, et en toute légèreté, sur la douze cordes du guitariste. Soutenu par une paire rythmique qui se connaît bien (Antoine Pierre aux drums et Felix Zurstrassen à la basse électrique) et qui ne cesse d'évoluer, Tree-Ho propose un jazz vif, mélodieux et résolument optimiste, même dans les morceaux plus intimistes. « Seeking Song » (ou « Sea King Song » ?), un inédit, est fait dans le même bois mais se termine ici en prog rock psyché irrésistible. On sent que le groupe a encore de belles choses à nous faire découvrir. Ça tombe bien, on ne demande que ça.

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Je n’aurais pas l’occasion d’aller écouter le concert d’Orchestra ViVo ! , dirigé par Garrett List, Johan Dupont, Emmanuel Baily, Manu Louis, Marine Horbaczewski… bref, par les 29 musiciens ! Dommage, j’aurais bien voulu entendre et voir l’évolution du nouveau projet, que j’avais eu l’occasion de voir en « première » lors de la résidence de l’Orchestre à La Marlagne (j’en avais parlé ici).

J’aurais voulu être en Gaume les autres jours aussi pour entendre, entre autres, Lorenzo Di Maio, le projet Terrasson, Bekkas, Belmondo ou encore Manu Louis, Pascal Schumacher ou l’étonnante chanteuse Veronika Harsca… Mais… je n’ai toujours pas le don d’ubiquité.

A+

Merci a ©Pierre Embise pour les images !

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27/05/2016

Matthew Shipp solo & Casimir Liberski solo au Cali Club

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Matthew Shipp en Belgique, ce n’est pas si courant. Encore moins en solo et en club.

Pourtant, le pianiste américain était bien l’invité du Cali Club ce jeudi 18 mai.

Matthew Shipp n’était pas seul en fait. Avant lui, il y avait Casimir Liberski, en solo également. Deux casse-cou du piano en une soirée, donc.

Sans cérémonial particulier, Casimir monte sur scène et s’installe au piano.

Quelques partitions sont étalées sur le pupitre. S’en sert-il ? Un peu ? Sans doute. Elles ne semblent être là que pour l’impulsion de départ. L’improvisation libre prend vite le dessus.

Casimir Liberski se lance dans ne musique très contemporaine, très ouverte. Il plaque les accords, se jette dans quelques fulgurances, esquisse quelques subtiles citations d’un thème de Monk, puis repart. Ailleurs. Toujours ailleurs. Et il enchaîne les morceaux.

Sa main gauche écrase un ostinato, grave, profond et sombre, tandis que sa main droite va titiller les aigus dans une pulsation haletante. Puis, il nous offre quelques moments presque romantiques et crépusculaires. Un lyrisme à la poésie étrange et douloureuse affleure. Mais il déchire bien vite ces instants intimes de quelques accords secs, de silences abrupts et de relances surprenantes... Il ne s'embarrasse pas d'ornementations inutiles. Certains morceaux se terminent d’ailleurs de façon soudaine. Mais la logique est implacable et évidente : quand le message est passé, pas la peine d'en rajouter. Plutôt malin.

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Après une courte pause, Matthew Shipp s’installe à son tour derrière le clavier. Il entre directement dans le vif du sujet et inonde le piano de roulements et de suites d’accords. Il frappe le clavier avec vigueur, le fouette, le caresse. Il occupe tout l'espace, lance tout son corps dans la musique. Ses bras font de grandes circonvolutions au-dessus des touches avant que ses doigts ne plongent sur une note. Le bouillonnement est perpétuel.

De ce malstrom musical, on devine parfois, en écho lointain, des bribes de quelques standards («One Day My Prince Will Come» ou «Mood Indigo», peut-être), aussitôt engloutis par des figures abstraites. Ces quelques notes de bop ne sont prétextes qu’à des échappées toujours plus libres et exubérantes. Les ponctuations violentes alternent avec des borborygmes cristallins qui éclatent comme des bulles. Les phrases émergent et se mettent en place comme dans un puzzle pour révéler un paysage irréel et insaisissable.

Matthew Shipp nous a offert une seule mais très longue impro (et un court rappel) étonnante, inventive et à chaque fois renouvelée.

Brillant et très inspirant.

A+

 

01:17 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cali club, casimir liberski, matthew shipp |  Facebook |

06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

09/06/2015

Blue Flamingo - Juin 2015

Entre festival et «pop up» club de jazz, le Blue Flamingo en est déjà à sa cinquième année !

Oui ! Cinq ans qu’il propose de façon régulière (4 fois l’an, le temps d’un week-end) des doubles concerts, les vendredi et samedi, dans la très belle, spacieuse et chaleureuse salle du Château du Karreveld à Molenbeek. La dernière fois que j'y avais mis les pieds, c'était il y a trop longtemps (lors de la première édition, en fait). Depuis, la formule n'a pas changée mais l'organisation et l'aménagement des lieux se sont bien améliorés : acoustique, lumière et même une petite - mais délicieuse - restauration tendance bio, sont vraiment au top. À force de travail, d'abnégation et, sans aucun doute, d’une foie inébranlable dans le jazz, Vincent Ghilbert et Christelle (MuseBoosting) ont réussi un pari un peu fou. Je vous invite vivement à vous rendre aux prochaines éditions car, vous verrez, vous y serez gâtés.

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Ce vendredi soir c'est Raf D Backer Trio (avec Cédric Raymond à la contrebasse et Thomas Grimmonprez à la batterie) qui fait l’ouverture. Si la formule est un peu resserrée, elle n’en est pas moins explosive et groovy. Le premier morceau («Jo The Farmer») – un peu à la Legnini - est vite suivi d'un autre qui évoque, lui, Jimmy Smith ou Les McCann. Il faut dire qu’au piano ou à l’orgue électrique, Raf donne tout ce qu'il a : énergie, ferveur et sensibilité. Et comme tout bon leader qui sait bien s'entourer, il n'hésite pas non plus à laisser de la place à ses acolytes. Cédric Raymond peut ainsi s'évader dans l'un ou l'autre solo aussi virtuose que sensuel. De même, Thomas Grimmonprez peut découper l'espace de claquements sourds ou limpides sans jamais atténuer la tension. Et ça balance et ça ondule lascivement au son d’un gospel lumineux : «Oh The Joy». Le claviériste s’inspire aussi parfois de Bo Diddley et, tout en invitant le public à frapper dans les mains, rappelle l'essence du jazz, de la soul et bien sûr du blues. A ce rythme-là, le pas vers le funk est vite franchi. Mais on revient quand même aux fondamentaux. Et «Full House» précède un hommage à B.B. King avant que «Rising Joy», aux accents très churchy, ne termine un set rondement mené.

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Le temps d’une courte mise en place, et le LG Jazz Collective monte sur scène.

Le truc du groupe, à la base, c'est de reprendre des thèmes de musiciens belges et de les arranger à sa sauce. Ainsi, «Jazz At The Olympics», de Nathalie Loriers, est retissé à la mode LG, avec verve (le solo de Laurent Barbier (as) est dense) et fougue (Igor Gehenot (p) est en pleine forme). Et «Carmignano», d’Eric Legnini, ou «A», de Lionel Beuvens, ne manquent vraiment pas d’idées. Si Guillaume Vierset laisse beaucoup de place à ses amis pour s'exprimer (comme sur «Move» où il laisse totalement libre Jean-Paul Estiévenart), il n'hésite pas à montrer de quoi il est capable (sur le même «Move», notamment). On remarque aussi l’excellent soutien de Fabio Zamagni qui remplace Antoine Pierre de brillant manière. «Grace Moment» permet aux souffleurs de se faire un peu plus lyriques (comme Steven Delannoye, par exemple, embarqué par Igor Gehenot). Mais, sous ses aspects simples, ce thème laisse apparaitre de tortueuses harmonies. Felix Zurstrassen (eb) – qui prend de plus en plus de risques - défriche alors quelques chemins secrets pour les offrir au pianiste puis au guitariste. La musique semble nous envelopper, comme pour nous étouffer lentement, sereinement, exquisément. Oui, le LG Collective a des choses à défendre et, au fur et à mesure des concerts, prend de l'assurance et se libère. Mais on aimerait qu’il se lâche encore un peu plus et que cela soit encore un poil moins «cadré». Cela pourrait être encore bien plus puissant … pour notre plus grand bonheur.

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Le lendemain, samedi, 3/4 Peace (Ben Sluijs, Christian Mendoza et Brice Soniano) isole le Château du Karreveld dans une bulle magique. On ne le répétera jamais assez, mais Ben Sluijs est une des très grande voix du sax alto. Toujours en recherche d'absolu et de sensibilité. Année après année, il développe un style unique. Tout en douceur, quiétude, retenue, sensibilité, et créativité. Avec «Glow», la musique est à fleur de peau. Puis, avec «Miles Behind», elle semble sortir lentement de la brume, doucement, sur un tempo qui s'accélère subtilement et se dessine sous les doigts de Christian Mendoza (quel toucher, mes amis, quel toucher !). Le pianiste égraine les notes avec parcimonie, répond en contrepoints à la contrebasse, puis prend des libertés dans un swing ultra délicat et d'une limpidité absolue. Brice Soniano (qui vient de publier un magnifique album en trio – Shades Of Blue – dont les concerts sont prévus en septembre... 2016 !!! Soyez patients…) accroche les mélodies avec une finesse incroyable et un sens unique du timing et du silence. Quant à Ben Sluijs, il survole et plane au dessus de cette musique d'une finesse et d'une transparence (dans le sens de luminosité, de brillance, de clarté et de légèreté) inouïe. Ce trio est unique ! Alors, il y a «Still», magnifique de retenue, puis «Constructive Criticism», morceau plus abstrait, découpé avec une intelligence rare, qui joue les tensions, les éclatements et qui trouve une résolution inattendue. 3/4 Peace parvient aussi à faire briller cette faible lueur d'espoir cachée au fond de la musique sombre et tourmentée qu’est «Éternité de l'enfant Jésus» de Messiaen. Puis il évoque Satie avec «Cycling» et enfin se donne de l’air avec un plus enlevé «Hope».

Grand moment. Très grand moment de musique !

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L’ambiance est nettement plus swinguante ensuite, avec le quartette du saxophoniste Stéphane Mercier, soutenu par une rythmique solide (Matthias De Waele (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), mais aussi et surtout par l'excellent Casimir Liberski (p). Ce jeune «chien fou» est toujours prêt à casser les règles, à élargir le spectre musical. Sur «Ma Elle», par exemple, ou sur «Jazz Studio», ses interventions sont furieuses et éblouissantes, presque au bord de la rupture. Il faut un solide Hendrik Vanattenhoven pour canaliser sa fougue. Et c’est magnifique d’assister à ce combat entre le feu et l’eau. Stéphane Mercier peut alors doser, comme il le veut, sa musique. Elle est solaire, énergique et pleine d'optimisme (à son image, en quelque sorte) avec «Team Spirit », puis dansante avec «Juanchito» et fianlement lyrique avec le très beau «Samsara». Avant d’accueillir, en guest, Jean-François Prins (eg) - que l’on ne voit peut-être pas assez en Belgique - pour un ou deux standards, Mercier nous offre encore «La Bohème» dans un esprit qui rappelle un peu Barney Willen, tout en langueur et détachement. Et c’est bon.

Voilà une bien belle façon d’achever cette merveilleuse édition du Blue Flamingo.

 

 

A+

 

 

03/08/2013

Casimir Liberski - Interview

 

Il a 25 ans à peine. Après avoir suivi des cours avec Nathalie Loriers, il s’est lié d’amitié avec Brad Mehldau, Ornette Coleman ou encore Masabumi Kikuchi. Excusez du peu. Il revient des States - où il a suivi pendant quelques années les cours à la célèbre Berklee College of Music - avec deux albums sous le bras. Pourtant, avant de s’y rendre, le pianiste s’était déjà taillé une belle réputation dans le jazz belge.

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Casimir Liberski est de retour au pays et est bien décidé à refaire parler de lui.

Dernièrement, il a remporté le prix du jeune soliste au dernier Brussels Jazz Marathon. L’occasion était trop belle pour une rencontre.

Tu as commencé le jazz assez tôt, comment as-tu été mis en contact avec cette musique ?

Mon père écoutait beaucoup de jazz, beaucoup de Monk… Il était fan de Keith Jarrett, il avait tous ses vinyles. Il était assez branché jazz, même s’il écoutait aussi du classique, de la chanson française, du rock underground. Il avait un goût assez sûr. Il m’a beaucoup influencé, inconsciemment sans doute. À l’époque, je dessinais beaucoup, je voulais faire de la BD. Je dessinais plus que je ne jouais du piano. Je m’installais dans le bureau de mon père pendant qu’il travaillait. Et il mettait toujours du jazz.

Tu as suivi des cours à l’Académie, le conservatoire, les cours privés ? Quelle a été ta formation ?

J’ai d’abord été autodidacte. Je jouais des blues, des boogies. J’écoutais Ray Charles, Stevie Wonder et j’ai découvert qu’il y avait pas mal de jazz là derrière. J’avais acheté un album de Ray Charles sur lequel il ne chantait pas mais ne jouait que des morceaux swing tel que «Rockhouse». Ses solos étaient très Bebop, un peu à la Red Garland. C’est à ce moment-là que j’ai pris des cours avec Frank Wuyts, un pianiste très éclectique. C’est vraiment lui m’a initié à l’apprentissage  du jazz. Il m’a appris à lire, à jouer des morceaux de Monk ou de Duke Ellington, mais aussi des Beatles... Puis j’ai découvert Bill Evans et j’ai voulu aller plus profondément dans le jazz. J’adorais et j’adore encore Bill Evans. Et puis, il y a eu Brad Mehldau. J’ai beaucoup écouté ces pianistes-là. Je suis allé à l’Académie d’Evere pour étudier avec Nathalie Loriers. J’ai beaucoup appris avec elle. J’ai passé mon examen de fin d’année avec Freddy Deronde. C’était la première fois que je jouais avec un vrai contrebassiste de jazz ! Un vrai de vrai. C’était tout nouveau pour moi. J’avais treize ou quatrorze ans. J’ai toujours été impatient.

Et motivé. Ce qui n’est pas plus mal.

Oui, mais je pense, avec le recul, qu’il faut savoir prendre son temps. Je sentais, à l’époque, que je voulais être plus âgé que je ne l’étais. C’est à ce moment que Nathalie Loriers m’a dit d’aller voir ailleurs. Au début, je n’ai pas compris, je pensais que je n’étais pas bon… Cela m’a un peu déprimé. J’ai alors suivi des cours avec différents musiciens, de classique notamment. Mais je n’étais pas assez assidu, le jazz s’invitait tout le temps. C’est dommage car j’aurais bien  aimé avoir une formation plus classique. J’ai continué à prendre des cours avec Free Desmyter, qui était un ami de Fleurine, la femme de Brad Mehldau. Erik Vermeulen m’a appris pas mal de trucs.

Ton objectif était clairement de devenir musicien. De jazz en particulier. Et de ne pas faire cela comme un second métier.

Oui, même si à l’époque j’étais surtout branché sur la BD. J’aimais bien car c’étaient des moments où je pouvais être dans mon monde et je pouvais me recueillir. J’ai toujours eu besoin de l’attention des autres, j’aimais bien faire le bouffon en classe, me faire remarquer mais, en même temps, j’ai toujours eu besoin de me retrouver seul pour créer. J’ai besoin de solitude. Parfois je regrette quand je me fais remarquer. Je me sens mal après coup. Bref, j’ai dû faire un choix : la BD ou la musique. Et j’ai choisi la musique. Ce qui n’était pas si facile pour moi qui ne suis pas aussi extraverti qu’on pourrait le croire.

En musique, il faut se mettre dans la lumière, monter sur scène, s’exposer. C’est autre chose que d’être derrière son petit bureau et avoir le temps de la réflexion.

Exactement. C’est comme s’il fallait être prêt à abandonner d’un coup toute retenue et à sauter à poil sur la scène. Alors bon, on se lance, on se dit qu’on s’en fout, et que ça ira. C’est parfois délicat car on peut dire - ou jouer - des choses qu’on regrette par la suite. Comme lors d’une interview, comme maintenant (Rires) ! Mais ça fait partie du jeu et on s’habitue. Tout l’art du musicien qui improvise, c’est de pouvoir calibrer quand même un peu ce qu’il dit !

Pour revenir sur ton parcours, en 2006, tu pars aux Etats-Unis. Pour Berklee. Comment cela se passe-t-il ? Y a-t-il un examen d’entrée, choisis-tu tes options, tes professeurs?

J’ai passé des auditions. Elles ont eu lieu l’année avant mon entrée au Berklee College of Music, c’est-à-dire pendant ma rhéto. Je suis allé à Boston et à New York pour faire des auditions dans plusieurs universités de musique comme la  Manhattan School of Jazz, The New School, le New England Conservatory, Julliard, Berklee… Presque toutes m’ont proposé des bourses mais c’est Berklee qui m’a octroyé la bourse la plus importante : la Presidential  Scholarship. Elle couvrait absolument tous les frais, cours, logement, cantine (ce sont des frais très élevés !). Et ça pendant 4 ans d’études. C’était fou. Je n’arrivais pas à y croire. C’était d’ailleurs une période incroyable de ma vie, pleine d’enthousiasme et de grands espoirs ! J’allais découvrir enfin la vie de musicien aux Etats Unis ! J’avais ce rêve depuis tout petit. Il se réalisait.

C’est l’époque où ton père décide de se consacrer au cinéma…

Oui, il avait déjà sorti son premier long métrage Bunker Paradise, pour lequel j’ai composé la BO. Pour lui aussi c’était un peu comme un rêve qui se réalisait. C’est ce qu’il avait toujours voulu faire au fond.

Tu as rencontré Brad Mehldau…

Oui, en 1998, à l’AB. J’ai été lui parler alors que je n’étais encore qu’un gamin qui ne parlait même pas l’anglais. On a toujours gardé le contact depuis. Pour moi, c’était magique. Il était très accessible, très avenant. C’est à lui que j’ai envoyé mes premiers e-mails en anglais. Je lui parlais de choses très sérieuses telles que l’harmonie romantique de Brahms et Schubert

Tu lui envoyais de la musique, tu travaillais avec lui ?

Je lui ai envoyé presque tous les enregistrements que j’ai fait. Mais avec Brad on s’est toujours beaucoup écrit. J’ai pris quelques cours avec lui. Je le rejoignais à NY dans les périodes où il donnait ses concerts au Village Vanguard. Une des plus belles rencontres avec Brad autour d’un piano s’est déroulée au Steinway Hall de la 57eme rue. J’étais à NY pour mes auditions. Brad avait accès à des salles immenses remplies de pianos à queue. C’est un endroit hallucinant ! A cette époque, à Bruxelles, je commençais à jouer avec Janos Bruneel, un extraordinaire contrebassiste. Avec lui et Jérôme Colleyn à la batterie, on a enregistré un EP. C’était un mélange de compos et de reprises de Ryuchi Sakamoto, des musiques de jeux vidéo… Une de mes compo était dédiée à Brad.

Oui, je vous ai vu, à l’époque lors du concours des jeunes talents au Brussels Jazz Marathon.

Je devrais rejouer bientôt avec Janos. C’est un musicien que j’apprécie énormément. Il m’a poussé dans le travail, m’a ouvert à la vraie pratique de l’instrument et l’approche très sérieuse de la musique de haut niveau, que ça soit du jazz ou du classique. Il est issu d’une famille de musiciens classique. Il pratique énormément, il est très bon techniquement. Pour un pianiste, il est le bassiste idéal. Comme les bassistes de Bill Evans, qui ont toujours été de grands virtuoses, ce sont eux qui «faisaient» le trio.

 

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Aux States, je n’ai plus eu l’occasion de jouer avec des contrebassistes comme Janos. Bien sûr il y a eu le virtuose extrême Charnett Moffet avec qui j’ai eu l’opportunité de jouer et d’enregistrer sur son album Treasure. Charnett a un style très free et très puissant.

En allant à Boston et à New York, qu’est ce que tu as appris ? Car, c’est étonnant, mais je me suis souvent fait la réflexion, lorsque tu revenais jouer ici en Belgique, qu’il me semblait que tu étais un peu « perdu », que ton jeu ou ton « objectif » était moins clair…

C’est possible. Là-bas, j’ai beaucoup cherché… Et j’ai trouvé des choses. J’ai découvert et travaillé beaucoup de styles comme le Free Jazz, la musique savante, mais aussi le Hip Hop, le gospel, un certain genre de rock progressif. Des choses plus agressives aussi, auxquelles je n’avais jamais été confronté auparavant, comme le Metal par exemple.

Comment travaillais-tu, là bas, à Berklee ?

C’est un peu le stage ultime de Libramont ! (Rires) Il y a tous les styles de musiques, des musiciens viennent de tous les pays du monde… C’est assez impressionnant. Moi, je prenais des cours avec Danilo Perez, Steve Hunt (qui était le claviériste d’Allan Holdsworth)… Mais à Berklee on était très libre d’apprendre ce que l’on voulait et de s’organiser comme on le voulait. En fait, on apprend beaucoup des autres musiciens qui nous entourent. En se confrontant ou se joignant à eux, en faisant d’innombrables jams

Tu as formé un groupe là-bas. Tu as enregistré deux disques avec des musiciens que tu as rencontrés à Berklee. Pourquoi ceux-là ?

Le bassiste, Louis de Mieulle, est parisien en réalité. Un peu plus âgé que moi, il a un background «fusion des années ’70». Il est influencé par Magma, Deep Purple, Zappa, Weather Report et par la composition classique. Il avait un groupe à Paris, puis il a été à Berklee et ensuite à New York. Il voulait se détacher de la France et découvrir autre chose.  Quant au batteur, Jeff Witherell, je l’ai rencontré à Brooklyn. Il était encore étudiant à la Manhattan School of Jazz. Il avait une énergie, une fougue et une technique incroyables qui m’ont tout de suite accroché. Quand je suis arrivé à Berklee, je venais à peine d’avoir 18 ans. J’ai été confronté d’un coup à tout un autre univers, d’autres manières de faire et à plein d’influences nouvelles. Ces deux musiciens ont été des compagnons de route dans toute cette aventure. Ils se sont retrouvés avec moi à NY, à la confluence de ces influences, si je puis dire…

Justement, cela t’a posé plus de problèmes, en entendant toutes ces influences ou cela t’a construit ?

En musique je m’intéresse à tout. Je m’imprègne de tous les styles. Alors, tu sais, parfois tu crois aimer certaines choses et il te faut un certain temps avant de te rendre compte que ceci ou cela  ne t’appartient pas vraiment. J’ai appris énormément de choses là-bas. D’une certaine manière j’ai dû tout réapprendre. Mais peu à peu, je me suis rendu compte que j’étais européen. C’est très différent que d’être américain. C’est une toute autre forme d’éducation, que ce soit dans la vie, la musique, la société ou le travail… L’Amérique c’est le «chacun pour soi», à la dure. C’est une autre «culture» disons.

Tu étais donc un peu désorienté…

Peut-être… En même temps j’ai toujours fais ce que je voulais faire.  Les morceaux que j’ai écrit pour mes deux albums The Caveless Wolf et Atomic Rabbit (Dalang Records!) racontent mon  expérience américaine. Je vois ces deux albums comme le récit d’un moment de ma vie. Maintenant que je suis revenu pour un temps en Belgique, il m’apparaît que j’avais déjà trouvé l’amour musical de ma vie avant de partir: le jazz !… Paradoxalement, cette influence-là reprend toute son authenticité. Il n’empêche que je suis fier d’avoir été là-bas et d’y avoir enregistré ces deux albums. C’était une expérience inoubliable.

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Quels sont tes projets, vers quoi vas-tu aller concrètement ? Tu aimes le trio jazz, mais tu aimes aussi beaucoup mélanger et fusionner musiques et idées…

Oui ce sont des choses que j’ai beaucoup expérimentées. Actuellement, ce que je veux faire, c’est du piano ! C’est ce pourquoi je suis fait. Il faut dire qu’aux States, j’ai beaucoup joué sur des synthés pourris dans des boîtes qui n’avaient pas de piano (Rires) ! J’ai envie d’aller chercher entre le classique et le jazz, mais je reste toujours intéressé par les musiques «expérimentales» et électroniques telles que celles de Flying Lotus, Venetian Snares, Squarepusher, Aphex Twin, ou même les groupes New-Métal tel que Meshuggah, Car Bomb, Animal As Leaders. Ou encore The Dilinger Escape Plan, plus intello, qui rappelle de loin les méthodes systémiques d’Aka Moon ou du M-Base de Steve Coleman, des musiques qui m’intéressaient déjà beaucoup avant d’aller aux Etats-Unis. Ornette Coleman reste aussi une grande influence. On a beaucoup joué ensemble à NY : Je le connais depuis que je suis gosse. Et bien sûr le free, Paul Bley, Cecil Taylor… Comme je le disais, j’ai eu beaucoup de phases et d’influences. C’est un tourbillon qui peut être dangereux. Aimer tout c’est ne plus rien aimer vraiment. On se pose des questions du genre: faut-t-il encore jouer des standards? A quoi bon? Alors on cherche à éviter la forme, les clichés, on écrit des formes insensées, les plus compliquées possibles. On s’ouvre à tout, mais on se referme aussi du coup. C’est très difficile de se positionner dans le monde l’art. Aujourd’hui je reviens au be-bop et fugues de Bach: la base, quoi.

Tu as également composé les musiques de films de ton père. Comment cela se passe? C’est une autre façon de composer, de concevoir la musique ? Tu es obligé de suivre une direction précise de la part du réalisateur ?

A part l’une ou l’autre musique pour ses courts métrages, il y a eu surtout Bunker Paradise, qui s’est peu à peu avéré être un film «culte». Le film a été très acclamé pour sa musique, je l’avoue. Puis il y a eu En Chantier, Monsieur Tanner, une super comédie pour la télé, avec Jean-Paul Rouve, Benoit Poelvoorde etc ... Ce film n’existe pas encore en DVD, hélas. Pour ce film-là, j’ai écrit une musique jazz manouche. Je l’ai enregistrée avec Philip Catherine et Alexandre Cavalière, et c’était vraiment génial de jouer avec eux. Donc, oui, pour la composition mon père me donne quelques pistes et puis je compose. J’attends toujours la dernière minute, car j’ai besoin de sentir monter l’adrénaline. Ça vient tout d’un coup. Je me mets en condition, j’écoute plein de choses dans l’esprit de ce que je dois faire… Pour l’instant, je travaille sur son prochain long-métrage, Tokyo Fiancée, qui est l’adaptation du roman «Ni d’Eve ni d’Adam», d’Amélie Nothomb.

Ces travaux t’ont permis d’aller au Japon. Tu as joué là-bas. Toi qui es très intéressé par certains musiciens japonais également, si je suis bien renseigné, cela t’a encore ouvert les yeux et les oreilles ?

Oui. A Berklee, je me suis aussi lié d’amitié avec Takashi Sugawa, un contrebassiste japonais que j’ai d’ailleurs retrouvé plus tard à New York. Mais j’ai aussi pas mal côtoyé le légendaire Masabumi Kikuchi, qui est très radical dans la musique d’avant-garde et dans le genre de free que j’adorais avant d’aller à Berklee. Je l’avais rencontré lors de mon premier voyage au Japon, effectué pour Bunker Paradise. C’est lui qui m’a fait découvrir Stockhausen, Xenakis, Shoenberg, Boulez, Webern, Berg, Krenek et d’autres… Il m’a fait cadeau de ce trésor musical. Je lui dois beaucoup. Il m’a ouvert les oreilles à des sonorités sombres et «difficiles» et à une sorte de liberté que l’on peut trouver dans la dissonance.

Il a influencé ta manière d’écrire actuellement ?

Pas vraiment. En 2009, j’ai enregistré Evanescences, un album d’improvisations avec Tyshawn Sorey et Thomas Morgan, le bassiste favori de Masabumi. L’album doit sortir bientôt sur Dalang Records!. A l’époque, j’avais juste envie de faire du Free. Sans doute à cause de lui. Evidemment, c’est une musique assez peu commerciale. (Rires).

Tu veux d’abord raconter une histoire, faire passer un message avant de savoir si ça marche ou pas…

Voilà. Je suis de ces musiciens qui se dit que si tu t’occupes bien de la musique, la musique te le rendra. C’est une sorte de mystique ! Je ne suis pas croyant mais j’aspire à quelque chose de l’ordre du beau, du divin.

Comment se sont passés tes concerts au japon ?

Bien! Ils étaient chaque fois complets! Les Japonais sont respectueux: ils écoutent. Ils achètent même le disque et, après le concert, on peut parler avec eux, ce sont des grands connaisseurs.

Les projets à courts termes ?

L’album du guitariste japonais Kaoru Tanaka, avec Stéphane Galland et Marc Mondesir. Une participation sur le nouvel album du bassiste américain Evan Marien. La musique du film Tokyo Fiancée. Et mon prochain album en trio.


Merci à Fabrice Giraud et à Jos L. Knaepen pour les photos.

A+

31/05/2013

Brussels Jazz Marathon 2013


J’adore faire partie d’un jury, c’est excitant. Pas toujours évident, mais excitant.

Un jury choisit. C’est excitant. Mais choisir, c’est renoncer. C’est pas évident.

Et ce ne sont pas les autres membres du jury du concours des Jeunes Talents du Brussels Jazz Marathon (le journaliste Jempi Samyn, le saxophoniste Manu Hermia, le guitariste Henri Greindl, l’organisatrice Jacobien Tamsma et la pianiste - et présidente – Nathalie Loriers) qui me diront le contraire.

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Il a d’abord fallu faire une sélection parmi plus de vingt candidatures et choisir trois groupes (une première épreuve pas simple). Finalement, ce sont Syma, Stanislas Barrault Trio et Pablo Reyes Trio qui se sont retrouvés sur le podium de la Place Fernand Cocq ce samedi 25 mai. Trois groupes et trois styles totalement différents. Voilà qui ne facilite pas plus les choses.

Syma est un très jeune quintette qui ose ses propres compositions, dans un style jazz fusion (tendance prog rock). Pas simple de faire sonner un tel band. On sent d’ailleurs quelques flottements ici ou là. Mais on remarque aussi quelques belles personnalités (Louis Evrard aux drums ou Quentin Stokart à la guitare, pour ne citer qu’eux).

Plus aguerri, le trio de Stanislas Barrault (dm) - avec Casimir Liberski (p) et PJ Corstjens (eb) - revisite quelques standards, qu’il exécute parfaitement, avec rigueur et pas mal de personnalité.

Quant à Pablo Reyes – qui, malgré son jeune âge, à déjà pas mal roulé sa bosse au Mexique, d’où il est originaire, et aux Pays-Bas, où il étudie – il décline la musique façon latin-jazz ou bossa. Et ici aussi, le niveau est excellent.

Allez départager tout cela.

Alors, après quelques débats, c’est la prise de risques et la marge de progression qui est récompensée. Syma remporte donc le premier prix (et le prix du public), tandis que Casimir Liberski celui du meilleurs soliste (son «Giant Step» a mis tout le monde d’accord).

Le lendemain après-midi, dimanche, Syma ouvra donc, comme le veut la tradition, la dernière journée de concerts sur la Grand-Place.

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C’est là que je suis allé écouter le Jazz Station Big Band, que j’avais vu à ses débuts, en 2007.

Après avoir sorti un premier album chez Igloo en 2011, le JSBB s’attaque cette fois au répertoire de Thelonious Monk. Chacun des morceaux est arrangé par l’un des membres du Big Band. Formule intelligente qui permet de faire vibrer le band de différentes manières et de mettre en avant les différentes personnalités des musiciens.

François Decamps (g) fait swinguer «Straight No Chaser» et «Evidence», et invite Jean-Paul Estiévnart (tp) et Daniel Stokart (as) à prendre des solos éclatants. «Criss Cross», superbement arrangé par Stéphane Mercier (as), permet à ce dernier d’échanger furieusement avec Daniel Stokart - cette fois-ci au soprano - et à Vincent Brijs de venir contraster les nuances au sax baryton. C’est aussi l’occasion pour le leader Michel Paré (tp) de croiser le fer avec la guitare de François Decamps. Grand moment.

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L’excellent pianiste Vincent Bruyninckx profite de «In Walked Bud», qu’il a arrangé, pour démontrer tout son talent et sa fougue. Son introduction, en solo, est éblouissante. Ça swingue en diable. David Devrieze (tb) et Vincent Brijs (bs) prennent chacun des chorus charnus.

Tomas Mayade (tp, remplacé ce soir par Olivier Bodson) drape «Jackie-ing» d’un arrangement de velours. L’intervention de Steven Delannoye (ts) est suave, tandis que Herman Pardon (dm) et Piet Verbiest (cb) soutiennent un tempo brulant.

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Puis il y a encore un «Hackensack» étonnant - nerveux et découpé - arrangé par Estiévennart, un «Bye Ya» très latin et un «Introspection» à la Herbie Mann qui enchantent le public.

La réputation des Big Band belges n’est plus à faire (le BJO l’a assez démontré ses dernières années) mais le JSBB apporte une pointe de fraicheur supplémentaire. Il est juste assez respectueux de Monk et juste assez décalé pour réussir l’hommage à l’un des plus grands et des plus étonnants pianistes que le jazz ait connu.

Chapeau. Et merci.

A+

 

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+