22/02/2010

Fabien Degryse Trio à la Jazz Station

Mercredi 3 février, Fabien Degryse était en trio à la Jazz Station. Il venait présenter le deuxième chapitre de «The HeArt Of The Acoustic Guitar».

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Dans le club, bien rempli comme souvent, je discute d’abord avec Bart De Nolf. Je n’étais pas allé écouter ses concerts avec Dré Pallemaerts et Andy Sheppard, dans le cadre des Jazzlab Series. 9 concerts! Et je n’ai pas eu l’occasion d’en voir un seul! Vous parlez d’une malchance! Pourtant, un projet comme celui-là, valait le coup d’être vu, non? Et ce n’était pas l’envie qui me manquait. De ce trio, je n’ai eu l’occasion que d’entendre quelques morceaux lors de leur passage chez Jef Neve, sur Klara. Et le peu que j’en ai entendu m’avait mis encore plus l’eau à la bouche.

Outre le phrasé incomparable de Sheppard sur ses compositions originales ou celles de Bart De Nolf (lui qui me dit pourtant ne pas être un « vrai » compositeur possède quand même un bien beau talent), on découvre aussi une approche originale et une envie de décomplexer la musique. Bart s’essaie, par exemple, au «scratch». Oui, oui, avec une platine comme un DJ. C’est en Thaïlande, lors d’une série de workshops qu’il donnait là-bas, qu’un(e) DJ lui a appris les principes. À l’invitation de Sheppard, il a intégré cette idée dans le trio.

Mais à propos, comment est-il né, ce trio? De manière très simple et très naturelle. Bart a rencontré Andy Sheppard au sein du groupe du pianiste français Jean-Marc Machado dans lequel ils jouaient tous deux. L’envie de jouer ensemble est née là. Plus tard, à Paris, Bart emmène Andy voir Dré Pallemamerts, qui joue au Duc Des Lombards. Le saxophoniste anglais annonce tout de go à Bart que c’est avec ce batteur qu’il faut former le trio. L’affaire est entendue, ne reste plus qu’à écrire des morceaux, à jouer et à tourner. Jazzlab Series saute sur l’occasion. Quatre ans après, le projet est devenu réalité. Un disque? Peut-être, mais pas tout de suite. (Sheppard va bientôt sortir un album en trio avec le batteur Sebastian Rochford (Polar Bear) et le contrebassiste Michel Benita.) Une nouvelle tournée? En France, Belgique et ailleurs? C’est plus probable. Et c’est tant mieux pour moi, je pourrai enfin refaire mon retard!

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Mais revenons au trio de Fabien Degryse.

Fabien n’est pas un guitariste de jazz tout à fait comme les autres. Ce qu’il aime, c’est le son de la guitare acoustique, celui qui vient de l’intérieur. Il cherche toujours cette résonance qu’il s’obstine à magnifier. Du coup, pas de plectre pour lui. Il veut sentir la vibration, le contact direct de ses doigts (et de ses ongles) sur les cordes d’acier. Et puis, dans ses mélodies, que ce soit dans leurs constructions ou dans la façon de les jouer, on sent toujours cette recherche, ce besoin de «nature» révélé par un côté folk prêt à jaillir. Et à écouter sa musique et à lire les titres des morceaux, on ne doute pas que Fabien se sente très impliqué à la cause environnementale («Painting The Planet», «Tears On A Leaf» ou «Some Scary Future!» en sont des exemples clairs.) Tout se tient.

Bien sûr, il y a le fumet du blues et du swing qui plane, englobé dans une intension assez moderne et actuelle. Fabien ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Sylvain Luc, Nelson Veras ou encore le très peu connu (pour ma part en tout cas) Tommy Emmanuel. Parmi ces virtuoses, Fabien Degryse n’a pas à rougir. Il suffit de l’entendre en solo sur «Manzaka Mankoyi» aux accents très africains pour s’en convaincre. Et puis, que ce soit dans les ballades («Dream And Goals» ou le tendre et bluesy «The Mazy-k Place» en hommage au club N’8 Jazz) ou dans des thèmes nettement plus groovy («Alea» ou «The Funny Worm» par exemples) Degryse parvient toujours à phraser avec originalité et à surprendre. Jamais il ne semble à court d’idée et ne s’autorise aucun gimmick «attendu». Mais ce n’est pas pour cela qu’il va occulter le travail de ses acolytes: on parle ici d’un trio, un vrai. Sans apport d’un autre instrument harmonique, il faut que l’entente soit parfaite et que la musicalité de tous soit au rendez-vous. Bart De Nolf dialogue avec tendresse et finesse avec le guitariste. Sa contrebasse joue presque le rôle de seconde guitare. Bruno Castellucci, tempère autant qu’il dynamite certains morceaux. Le batteur est d’une rigueur métronométrique et d’une souplesse déconcertantes. On joue avec décontraction des morceaux finement ouvragés.

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Les trois musiciens sont d’une complicité à toute épreuve. Il n’y manque rien. Pourtant, sur l’album qui vient de sortir, Fabien a invité l’excellentissime John Ruocco à venir illuminer de sa clarinette quelques morceaux, ainsi qu’un jeune et prometteur accordéoniste Thibault Dille.

Avec ces deux hôtes, la musique de Fabien Degryse s’envisage sous un autre angle. Elle prend un autre relief. Toujours subtile et aussi délicate. De quoi apprécier le live d’une certaine manière et de continuer le voyage d'une autre avec le cd.

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Si vous voulez voir le trio, allez vous balader du côté de Alost, Ninove ou Denderleeuw pour le Jazz-Madd le dimanche 7 mars, vous aurez trois occasions d’entendre le trio en une seule journée… (infos ici…)

 

A+

 

16/02/2010

Christophe Astolfi - Sounds

Après le concert de Mélanie De Biasio à Flagey, je remonte la chaussée de Wavre, direction Rue de la Tulipe pour écouter Christophe Astolfi en quartette.

Christophe (qui est né en Lorraine, rappelons-le) se partage de plus en plus entre Bruxelles et Paris. Allez chercher du côté des «circuits» manouches là-bas, vous le trouverez certainement.

Après quelques concerts remarqués lors des Djangofolllies de ces dernières semaines, il était ce 30 janvier au Sounds, entouré du tromboniste suisse Gilles Repond, de Bruno Castellucci (dm) et de Philippe Aerts (cb).

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Ici, ça swingue comme au bon vieux temps. Le groupe a décidé de revoir ses classiques avec nous. Et ça fait du bien. On tape du pied, on dodeline de la tête, on claque des doigts. C’est que le groupe sait y faire !

Castellucci est d’une efficacité remarquable, Aerts est brillant dans un registre dans lequel on avait tendance à l’oublier, Repond joue droit, avec puissance et efficacité, sans effet outranciers, afin de rendre au mieux ce répertoire riche et finalement pas si simple à maîtriser. Astolfi est limpide, simple et direct. Tout est dans le rythme et dans la cohésion avec le groupe. Ça voyage, ça accélère, ça projette, ça s’amuse et ça joue sans complexe.

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On revoit donc «Autumn In New York», «Just One Of Those Things» ou «Co-Op» (morceau complètement oublié - et que je ne connaissais pas du tout - de J.J. Johnson) sur lequel Philippe Aerts se fend d’un solo mordant. Et puis, il y a aussi le merveilleux «Nostalgia» de Fats Navarro, «I Can Dig it» (celui-là non plus, je ne le connaissais pas) de Les McCann et «Half Nelson» de Miles Davis où Castellucci, cette fois, se lance dans un solo incandescent.

Et l’on termine en rappel avec cette belle et tendre ballade «Easy Living». Voilà un titre qui résume bien le sentiment de la soirée. On sort du club le cœur tout léger, le sourire aux lèvres.

 

It don’t mean a thing, if it ain’t got that swing

 

A+

 

06/10/2009

Musicalix 2009

 

Musicalix, deuxième du nom.

Au programme, cette année, quelques groupes que je ne connaissais pas et que, malheureusement, je n’aurai pas l’occasion de voir (Yellow Green Big Band, Samba Da Candeia), et de d’autres, que je connaissais et que je ne verrai pas non plus faute de temps (Musique Flexible ou le trio de Vincent Antoine, dont le Swingin’ Voices m’avait vraiment impressionné lors du dernier festival Dinant Jazz Nights)…

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J’arrive juste à temps pour écouter les KMG’s, nouvelle formule.

On a laissé de côté le clinquant et les paillettes psychédéliques pour se concentrer un peu plus sur le côté roots et la transpiration. C’est sans doute dû à l’arrivée du “nouveau” chanteur (ça fait plus d’un an, mais bon…) Adam The First (alias Adam Laurinaitis).

Voix singulière à la tessiture assez large, gestuelle et présence charismatique sur scène, Adam The First impose son style. Les KMG’s flirtent désormais encore un peu plus souvent avec la soul mais n’oublient jamais le funk. La section rythmique est toujours aussi efficace, c’est rôdé et ça joue ferme. Les anciens morceaux, revus et retravaillés, se mélangent aux nouveaux et l’intensité ne fait que monter. Les KMG’s reprennent de l’épaisseur. Ce n’est que du plaisir !

 

Vers 20h30, on laisse les braves gens dormir en paix, et l’on abandonne le chapiteau pour rejoindre la salle du Centre Culturel de Joli Bois.

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C’est Julie Jaroszewski et son quartette - Rui Salgado (cb), Nicolas Chkifi (dm) et Charles Loos (p) - qui nous accueillent. Très influencée par la musique hispanisante (elle entame son concert avec «Alfonsina Y El Mar») et le flamenco (elle chante «You And The Night And The Music» en tapant des talons façon taconeado), Julie a vite fait de nous emmener dans son petit univers. Elle reprend «My Funny Valentine» ou «You Don’t Know What Love Is» avec pudeur et sincérité. Elle prend du plaisir sur «Bye Bye Blackbird» et puis nous tire presque les larmes avec un troublant et poignant «La solitude» de Barbara. Frisson.

Vous ai-je déjà dit que cette fille avait du talent? A suivre, à suivre, à suivre…

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Pour finir en beauté ce festival décidément bien sympathique, place à The Radoni’s Tribe (dont j’avais déjà parlé ici). Le groupe s’est formé, rappelons-le, à la suite de la disparition Paolo Radoni. Quelques musiciens, parmi ses plus fidèles amis, se sont en effet mis en tête de continuer à faire vivre (ou à faire connaître et reconnaître) la musique du guitariste pour notre plus grand bonheur.

Paolo Loveri (g) a pris le lead, Michel Herr a fait de sublimes arrangements, et un album a vu le jour l’année dernière chez Mogno .

Ce soir (hormis les invités que l’on retrouve sur le disque,  comme Philip Catherine, Peter Hertmans, Alex Furnelle etc…) ils sont tous là, ou presque, puisque c’est Bas Cooymans qui remplace exceptionnellement l’habituel Bart De Nolf à la contrebasse.

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En formation complète («Touch Of Silver», ça sonne!), en trio ou en solo (superbe Charles Loos sur «Cupid’s Wings»), la tribu nous fait passer du rire à l’attendrissement. Le drumming délicat et précis de Bruno Castellucci se marie avec subtilité au lyrisme du saxophone de Ben Sluijs et au souffle limpide de la trompette de Gino Lattuca. Chrystel Wautier (voc) très à l’aise sur les thèmes swinguants, ne peut que nous emmener au paradis quand elle entame son «Let Me Hear A Simple Song». Quant à Paolo Loveri, il nous fait fondre lorsqu’il revisite «Luiza», de Jobim, que Paolo Radoni considérait comme l’une des plus belles chansons jamais écrite.

Radoni’s Tribe prouve que la musique peut encore être simple et sophistiquée à la fois. Intelligente et accessible. Actuelle et intemporelle.

 

Merci Musicalix!  Et à l’année prochaine, sans faute.

 

A+

 

13/04/2009

Radoni's Tribe - CD Release au Sound

Voilà plus d’un an, Paolo Radoni nous quittait.
Brutalement.

Paolo était guitariste mais aussi un superbe compositeur.
On s’en rend encore mieux compte à l’écoute de ce très bel album qui lui rend hommage: «Let Me Hear A Simple Song».

Radoni’s Tribe !
La belle idée.
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Cette tribu, dont les membres ont bien connu Paolo, s’est formée simplement, facilement, naturellement. Comme l’aurait aimé Paolo.

C’est Brigitte, son épouse, qui eut l’idée avec Paolo Loveri de réunir Gino Lattuca, Ben Sluijs, Charles Loos, Bart De Nolf, Alex Furnelle et Bruno Castellucci pour revisiter quelques unes des plus belles compositions du guitariste.
Dans cette tribu, on y retrouve aussi Chrystel Wautier, Christine Schaller, Frank Wuyts, Denis Van Hecke, Fanny Wuyts, Peter Hertmans et Philip Catherine… Excusez du peu…

La belle idée, c’est aussi d’avoir demandé à Michel Herr d’en faire les arrangements.
Le résultat est en tout point merveilleux et les mélodies en sont magnifiées.
Quel superbe travail.

Su ce disque, il y a beaucoup de ballades – mais quelles ballades ! – et peu de morceaux rapides («Touch Of Silver» et «My Li’l Angel»). Pourtant, l’album est très varié, car les thèmes et les mélodies sont riches.

Au Sounds, ce vendredi 3 avril, la troupe au grand complet présentait officiellement la sortie du disque.

Il y avait beaucoup de monde, bien sûr, et l’ambiance était chaude et amicale.
Pas trop de nostalgie mais plutôt une envie de faire la fête à Paolo. Sobrement.
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Plutôt que de vous faire le concert dans le détail, je préfère vous conseiller de vous procurer cet album au plus vite.
C’est un petit bijou, je vous dis.

Mes coups de cœur ?
«Let Me Hear A Simple Song» bien sûr, pour les superbes arrangements, pour la voix de Chrystel, pour les interventions de Gino.
Comment ne pourrais-je pas avoir la gorge serrée à l’écoute de ce morceau? Pas qu’il soit triste, au contraire, mais parce que je me souviens l’avoir entendu chanté par Chrystel pour la toute première fois au Sounds en compagnie de…Paolo lui-même.

«Levante», pour son aspect modal, pour cette mélodie mystérieuse et sensuelle. Pour le sax de Ben Sluijs (extraordinaire tout au long de l’album!).

«Chove sol» pour le duo de guitares ente Philip Catherine et Paolo Loveri.

«Cupid’s Wings» pour Charles Loos…

«Trapèze» pour cette ritournelle entre Loveri et Loos qui vous fait siffloter le reste de la journée.

«Milano Per Caso», pour son petit côté «Nino Rota», avec des arrangements décalés de Frank Wuyts…

Et puis, «Ballad For One» pour Peter Hertmans… et le jeu de Castellucci aux balais…

Et puis «Vento»…spectral.

Oh… et puis, tous les autres morceaux aussi…

A+

12/10/2008

Musicalix Festival - 27-09-2008

Le Parvis Ste-Alix n’est certainement pas l’endroit le plus animé de Bruxelles.
Cependant, sur l’agréable petite place, un peu excentrée, de la sage commune de Woluwe St-Pierre, Leila Radoni a eu la belle (et folle) idée d’y organiser un festival de jazz.

Quoi?
Pour faire vivre un quartier, on peut faire autre chose qu’une braderie?
La preuve que oui.

Leila a rassemblé son courage et son optimisme, a reçu le feu vert de l’échevin Carla Dejonghe, l’aide de l’association des commerçants, le soutien d’amis bénévoles et voilà le rêve qui devient réalité.

Petit chapiteau blanc planté, scène montée, le festival peu commencer.
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Le public est au rendez-vous pour applaudir le premier groupe LM4 de Laurent Melnyk.
Je n’aurais, pour ma part, que l’occasion d’entendre le dernier morceau.
(Promis Laurent, je ferai mieux la prochaine fois…)

C’est au tour de Yasmina Bouakaz de monter pour la toute première fois sur scène.
La pauvre a un trac d’enfer, et il faut attendre «Come Together» (des Beatles) pour la sentir un peu plus à l’aise. Elle peut alors donner toute l’ampleur d’une voix puissante et charnue.
Le répertoire navigue entre pop, rock, soul et un tout petit peu de jazz.
Malgré qu’elle soit entourée de l’excellent Alex Furnelle (cb) et de l’étonnant Jan Rzewski (ss, as) - dont l’album en duo avec Fabian Fiorini vient de sortir – l’ensemble manque de cohésion et de finesse. Les arrangements du pianiste Samir Bendimered sont intéressants, mais un drumming plat et lourdingue flanque tout par terre.
On est plus proche du bal que d’un concert jazz.


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Heureusement, le trio de Chrystel Wautier remet tout le monde sur le bon chemin.
Avec sa voix sensuelle, entre soie et velours, Chrystel revisite les standards («Devil May Care», «East Of The Sun») avec élégance et justesse.
Le jeu vif mais souple de Boris Schmidt (cb) se marie très bien à celui du guitariste Quentin Liégeois. Ce dernier est passé maître dans l’art de ne pas y toucher.
Et pourtant, il y a un foisonnement d’idées dans son jeu.
Entre ces trois-là, l’alchimie est parfaite, c’est fluide, c’est swinguant, c’est un régal.
Et l’on se laisse emmener par «You Drive Me Crasy» aux changements de rythmes incessants, par «Doralice» en samba chaude et lumineuse ou encore par «Let Me Hear A Simple Song» en émouvant  hommage à Paolo Radoni.

Changement de style, ensuite, avec le dernier projet de Paolo Loveri.
A son trio habituel (Bruno Castellucci (dm) et Benoît Vanderstraeten (eb) ), le leader avait invité un vieil ami italien: le guitariste Pietro Condorelli.


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Il y a une grande interactivité entre les deux guitaristes. Les deux jeux, parfois très différents, se complètent magnifiquement. Condorelli est incisif tandis que Loveri joue plus souvent en rondeur.
De ce fait, une dynamique et un groove énergiques en ressort.
Il faut dire que la rythmique emmenée par un Castellucci parfois «tellurique» dans ses solos et par un Vanaderstraeten opiniâtre dans ses interventions ne fait pas baisser la tension.
Le jeu de Benoît Vanderstraeten est d’ailleurs assez singulier: enfin un bassiste électrique qui trouve une tangente à la voix «incontournable» Pastorius. L’esprit y est, mais la personnalité de Benoît prend le dessus.
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Paolo Loveri devrait sortir prochainement un album avec cette formation.
Plaisir en perspective.

Feu d’artifice final!
Le public est toujours présent et nombreux. Et il a eu raison de rester.
Richard Rousselet et son quintette nous proposent un voyage au pays de «tunes» de Miles Davis.
En bon pédagogue, Richard n’oublie jamais de resituer le morceau dans son époque. Et c’est bien agréable.

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En route pour ce fantastique périple en compagnie de pointures du jazz belge !
Au piano, Michel Herr, fantastique dans ses interventions, Bruno Castellucci, diabolique de précision et d’une efficacité terrible aux drums, tout comme Bas Cooijmans au jeu ferme et tendu à la contrebasse. Et puis, il y a aussi Peter Hertmans, discret mais pourtant fulgurant dans les espaces qu’il se crée.
Et pour donner le change à un Richard Rousselet très en verve: Ben Sluijs en invité à l’alto.
Ce quintette, devenu sextette, est un cadeau!
L’interprétation et la relecture de «Summertime», «Eighty-One» ou encore du fougueux «Milestone» sont des perles d’énergie hard bop.
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Ben Sluijs est bouillonnant et intenable. Et ce n’est encore rien par rapport à la suite: un
«In A Silent Way» comme on n’ose en rêver !
Éclatant de maîtrise et de plaisir. Michel Herr réinvente le jeu de Zawinul, Hertmans électrise le thème, Sluijs ne redescend plus sur terre et Richard Rousselet jubile.
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On pensait connaître la musique de Miles, mais l’on se rend compte, à nouveau ce soir, de sa richesse éternelle. Quand elle est jouée aussi brillamment et avec une telle compréhension de l’œuvre, on comprend mieux pourquoi elle a marqué (et qu’elle continue de marquer) le jazz et la musique en général.
Guettez les prochains concerts de Richard Rousselet, vous apprendrez encore des choses.

Les lampions se sont éteints, le premier Musicalix Festival a vécu et l’on attend déjà la prochaine édition avec impatience!

A+

03/10/2008

Marc Moulin - Absurde n'est-il pas?

Drôle d’histoire.

Quand j’étais jeune, il y avait un type pince-sans-rire à la voix grave qui présentait une émission chaque semaine sur la RTB.
Dans cette émission, on y voyait les dessins animés de Tex Avery et aussi les Monty Python.
J’étais subjugué et mort de rire.

A la même époque, je retrouve ce même type pince-sans-rire derrière les claviers d’un groupe assez décalé qui faisait de la musique comme peu en faisaient à l’époque.
«Moscow Discow», «Twist à St-Tropez», «En route vers de nouvelles aventures» et l’improbable «Eurovision» !
Telex !

Quelques années plus tard, à la radio cette fois, j’entends un son, une musique, un esprit totalement nouveau, fascinant, hypnotique, excitant.
C’était Radio Cité.
Révolution dans le monde de la radio.
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Qui est donc ce Marc Moulin ?
Je retrouve sa trace.
C’est un claviériste, arrangeur, compositeur et fan de Miles Davis.
Avec Richard Rousselet, Garcia Morales, Nicolas Fissette, Bruno Castellucci, Philip Catherine et quelques autres, dans les années ’70, il fonde Placebo puis Sam Suffy.
Du jazz fusion…

Ce type est donc un jazzman.
Un jazzman d’un drôle de type.





Normal qu’avec tout ça, il soit devenu une référence pour moi. Autant intellectuelle que musicale.

Pourtant, début des années 2000, après avoir sorti confidentiellement quelques albums (comme «Maessage»), le voilà dans le pur electro-jazz…
Mon sang ne fait qu’un tour !
Je ne suis pas Marc Moulin sur ce chemin et j’écris un long mail à son attention à Télé Moustique (pour qui il écrit ses «humeurs» caustiques).
«Revenir» au jazz par ce biais, je ne comprenais pas…

Et puis, on m’offre cet album (car on sait que j’aime Marc Moulin et le jazz) que j’écoute avec méfiance.
Et… finalement, je découvre des références et des arrangements intelligents.
Aurais-je jugé trop vite ?
Malaise.

Marc Moulin est l’invité de Philippe Baron. Je décide alors d’envoyer un mail à Philippe pour tenter de m’excuser auprès de Marc pour ma critique imbécile…
Deux jours plus tard, Marc Moulin me répond.
Avec classe, humour et incrédulité.

Se sont succédés alors de nombreux mails où l’on parlait de musique, de jazz, de la vie, des blogs (qu’il appréciait moyennement), de politique, d’art…
C’était toujours intéressant !
Et toujours, il répondait.
Jamais il ne donnait de leçons… et pourtant, il en connaissait un rayon en jazz et en musique en général.
Il me demandait même des conseils !!!!
Alors, on s’est vu plusieurs fois. J’étais chaque fois impressionné et pourtant il était d’une telle simplicité, d’une telle gentillesse.
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Bien sûr, il ne sortait pas souvent.
Le nombre de fois où, quelques heures avant de se retrouver au Sounds, au Music Village ou ailleurs, il m’envoyait un mail: «Désolé, j’ai un empêchement…»

Je l’avais convaincu un jour pourtant de venir écouter Quentin Liégeois à la Jazz Station (il était à la recherche d’un guitariste) et il était venu… !
Et il a découvert Pascal Mohy, car Quentin, lui, n’était pas venu…

C’est Marc qui m’avait convaincu que je «pouvais» écrire et jouer au «journaliste», lorsque Jempi m’avait proposé de le remplacer pour une interview...
Je sais qu’il lisait de temps à autre mes «papiers»…
J’espère ne pas trop l’avoir déçu.

Marc est mort.

Absurde n’est-il pas ?

A+

(Merci à Yves Budin pour l’illustration)

12/06/2007

Radoni-Rassinfosse-Castellucci et Folk-Tassignon

Il fait lourd.
L’orage n’arrive pas à éclater.
Le soleil se cache derrière les nuages.

Et à la Jazz Station, en cette fin de samedi après-midi, il faut chaud.

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Le public, assez nombreux, est venu se rafraîchir avec le «jazz plaisir» de Paolo Radoni, Bruno Castellucci et Jean-Louis Rassinfosse.
Pas le genre de groupe à tirer la gueule.

Les trois amis se connaissent depuis longtemps déjà, et l’ambiance est on ne peut plus décontractée sur scène.

Idéal pour écouter «Moon River», «Satin Doll» et autres «Luiza»…

La présentation des morceaux se fait à trois. Quoique, le moins loquace, pour une fois, est Rassinfosse.
A la contrebasse, par contre, il ne se prive pas de dérouler, avec verve et facilité, des improvisations et des solos d’une musicalité extrême.
Sa manière de jouer (de faire chanter sa contrebasse !) est vraiment unique. Il a un son et un style inimitables.

Castellucci, toujours aussi volubile et blagueur, est d’une efficacité précieuse, d’une précision remarquable et d’une rigueur infaillible.
Du coup, Radoni semble libéré, léger, et il peut développer un jeu d’une élégante finesse.
Pas d’effets intempestifs ici, on la joue très «traditionnel», entre Jim Hall et Wes Montgomery en reprenant d’ailleurs quelques-uns de leurs thèmes: «Two’s Blues» pour le premier et «Monk’s Shop» pour le second.

Ça swingue, ça balance, ça rigole, c’est joyeux et ensoleillé.

Je vous le disais, à l’heure de l’apéro: ce «jazz plaisir» pour démarrer la soirée, c’est idéal.

Alors, continuons la soirée.

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22h20 au Sounds, les gens commencent à arriver pour écouter le quartet de Suzanne Folk et Sophie Tassignon.

Décidemment, j’aime beaucoup cet ensemble que j’avais déjà entendu au Comptoir des Etoiles il y a quelques mois.

J’aime beaucoup, parce que, non seulement ce groupe est assez atypique, mais il possède une vraie personnalité.
Il sort des sentiers battus.

On y retrouve une vraie sensibilité (toute féminine ?) et une belle recherche créative.

Dès les premiers morceaux, le quartet impose, sans forcer, un silence respectueux dans la salle et crée une ambiance intimiste. Sorte de monde parallèle.
Parallèle au jazz, mais aussi au folk, à la pop et au classique.
Mais comment expliquer que ces parallèles se rejoignent ?
C’est inexplicable et c’est ça la magie et la force de ce groupe.

Pourquoi est-on happé par tant d’émotions et de frissons ?

Je l’ai déjà dit, mais ce mélange de violon (l’excellent Emile Verstraeten), de clarinette (Folk) et de contrebasse (Nicola Lancerotti) fonctionne à merveille.
C’est un jardin idéal pour la voix particulière et envoûtante de Sophie Tassignon.

Cette voix qui met en valeur les compositions originales chargées d’émotions, de retenues, de forces, de silences… et même de swing…

A quand un enregistrement ?


A+

28/05/2007

Le Jazz Marathon et une leçon. (Part1)

Bon, si vous le permettez, mon marathon, je vais vous le raconter en plusieurs étapes.
Il faut savoir ménager l’organisme après une telle orgie…

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Vendredi 27, Grand Place, le monde afflue pour assister au premier concert du Jazz Marathon 2007.
Le soleil (qu’on avait pourtant prévu aux abonnés absents) est de la partie. Pour combien de temps ? Suspens…

Sur scène, le trio de Fabien Degryse, avec Bart De Nolf à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie.

La musique est chaude et sensuelle. Couleur un peu bossa mâtinée de blues, le trio propose la plupart des morceaux qui se trouvent sur le récent album : «The Heart of the Acoustic Guitar».
On remarque toujours la belle fluidité de jeu de Fabien, les interventions profondes de Bart De Nolf et le drumming précis de Castellucci.
Fabien enchaîne «Dream And Goals», l’excellent «Da Ann Blues» ou encore la suite «Away From Your Love – It’s A Long Jorney – Back Home» avec une belle élégance.
Un beau moment de bonheur simple qui place le week-end sur une bonne voie.

Direction Place Ste Catherine.
Autre son de guitare : c’est celui de Greg Lamy.
J’arrive pour les deux derniers morceaux, dommage. Il me semblait pourtant que le groupe aurait eu encore le temps de jouer avant de laisser la place à Soul and Soul Band.
J’aime bien la nouvelle mouture du quartet de Greg : ce mélange bop au parfum de musiques antillaises (pas dans la «construction», mais dans le son que Greg donne à sa guitare : un effet «steel drums» des plus judicieux).
Il est entouré par de solides musiciens français : Gauthier Laurent (b), Jean-Marc Robin (dm) et surtout David Prez (s) qui vient de sortir son premier album chez «Fresh Sound New Talent» avec Romain Pilon, Yoni Zelnik et Karl Jannuska.
Je vous le conseille déjà.

Je discute un peu avec les quatres gaillards en écoutant le groupe Soul And Soul Band dans lequel Lorenzo Di Maio (g) a remplacé Marco Locurcio pour l’occasion.
Comme son nom l’indique : c’est de la soul. Tendance parfois funk ou R&B de très belle facture. Santo Scinta impose une pulsion énergique et parfaite tandis que les interventions de Didier Deruyter à l’orgue Hammond rehaussent encore un peu plus le côté dansant et chaloupé de l’ensemble.

Mais je ne m’attarde pas plus et je vais Place d’Espagne écouter Raffaele Casarano.

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Ça groove bien.
Le piano d’Ettore Carucci est fougueux, la contrebasse de Marco Maria Bardoscia est lourde et Alessandro Napoli imprime un rythme bien senti.
Je préfère d’ailleurs le groupe lorsqu’il prend cette option plus musclée que lorsqu’il déroule un jazz plus traditionnel, fait de balades un peu légères et parfois trop romantiques à mon goût.
J’aime bien le jeu du pianiste quand il se fait incisif avec quelques inflexions monkiennes : Raffaele n’en est que plus explosif.
Pas le temps de discuter avec les musiciens comme promis car je fonce à la Jazz Station pour écouter «Love For Trane».

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Ce projet, initié par Yannick et Nico de la Jazz Station, n’a rien à voir avec celui qui sera proposé à Gand au Blue Note Festival, comme je l’avais écrit. (Vous me laissez écrire n’importe quoi ! Heureusement qu’Erik Vermeulen m’a remis dans le droit chemin ! …pour une fois… :-) )
N’empêche, il serait dommage que ce projet n’aille pas plus loin que les deux concerts donnés lors de ce Jazz Marathon.

Pour rendre hommage à Coltrane sans tomber dans les platitudes, Bart Defoort a eu la bonne idée d’inviter Jereon Van Herzeele.
L’eau et le feu, en quelque sorte.
Deux facettes du saxophoniste.
Ajoutez à cela Nic Thys à la contrebasse, qui m’a vraiment «scotché» ce soir, Marek Patrman à la batterie et Erik Vermeulen, au piano et vous pouvez vous imaginer le niveau qu’on est en droit d’attendre de cette bande-là.
Hé bien, on n’a pas été déçu !
L’esprit Coltrane était bel et bien présent. Avec, en plus, toutes les influences du jazz d’ «après Coltrane».
Allons-y pour des relectures éblouissantes, étonnantes, bouillonnantes et fiévreuses de quelques-uns des «tubes» du Grand John.
Ce fut incroyable de swing, de groove, de force et de profondeur.
Nic Thys fut impérial, jouant autant sur les longueurs de notes qu’avec une force brute. Et Marek fut plus jazz que jamais, n’oubliant jamais les éclats surprenants dont il est capable.

Les deux saxophonistes se complètent merveilleusement. Il y a une dynamique qui s’installe et un chemin qui s’ouvre au fur et à mesure que le concert avance. On va toujours plus haut, toujours plus loin.
On ressent un véritable esprit de groupe.
Ce n’est pas pour rien qu’ils jouent resserrés au milieu de la scène. Tout acoustique.
Tout acoustique… mais qu’est ce que ça sonne !
Ce n’est plus un hommage, ça va bien au-delà.
Quelle Leçon…

03

Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Je termine ma soirée à discuter avec le groupe jusqu’aux petites heures. Le Sounds et Daniel Romeo, ce sera pour demain.

Dehors il pleut.
On s’en fiche, il fera sec demain !

A+

19/02/2007

Take the Duck et Castellucci, Ramos, Blass.

Je ne vais pas vous faire un bulletin de santé à chaque billet.
Pourtant, avec les dernières nouvelles que j’avais reçu, c’est vrai, j’avais pas trop la pêche samedi…

Mais je sais que voir Toine Thys en concert est toujours réjouissant. En plus, je n’avais jamais eu l’occasion de l’entendre avec le groupe qu’il co-dirige avec le trompettiste autrichien Daniel Noesig : Take The Duck.
Mais je connais les 3 albums, bien sûr, et je vous conseille, encore et toujours, d’écouter leur dernier: «Live At Umit».

TAKE THE DUCK
Rendez-vous, donc, à la Jazz Station à 18h, avec Mwanji et Iris.
C’est bien, ça va faire passer mon vague à l’âme.

Take the Duck avait mis du temps à trouver son bassiste (Nic Thys, Eric Surmenian, Manolo Cabras, Sal La Rocca se sont succédés depuis la création du groupe), mais depuis près de deux ans maintenant, c’est le slovène Robert Jukic qui tient ce rôle.
Du côté du batteur, ici aussi, il y a eu quelques changements.
Depuis peu, Thorsten Grau (qui faisait partie du groupe depuis le début) a laissé la place à l’excellent batteur canadien vivant à Paris : Karl Jannuska.
Un vrai groupe international en somme.
C’est peut-être ça aussi qui donne une couleur particulière à la musique du quartet.
Ils ont une manière, plus blues que soul, de reprendre «Dat Dere» de Bobby Timmons, ou d’énergiser «Invitation» par exemple, en mettant en lumière l’apport des différentes personnalités des musiciens.
Et quand Take The Duck joue son propre répertoire, c’est encore plus clair.

Il n’y a pas vraiment de solo (sauf peut-être sur «Emergency Stairway» où Jannuska détricotera un rythme nerveux et hypnotique, très «africain à la Texier»), mais plutôt des dialogues entre les souffleurs ou entre la contrebasse et la batterie.
Ça donne des ouvertures, ça donne de l’air à la densité quasi constante du groove.
Sur des compos de Jannuska, («Kaland»???) le groupe s’amusera à accélérer et à ralentir le tempo, et à jouer sur des stop-and-go, démontrant que la cohésion est déjà bien présente au sein du groupe…

Je discute un peu avec Toine après le concert, mais je ne m’attarde pas car j’ai promis de rejoindre une amie, histoire de maintenir mon moral à un bon niveau et de découvrir un nouvel endroit jazz: «Le Küdeta».

kudeta
Il s’agit d’un bar-restaurant situé au coin de la rue Defacqz et de la rue de Livourne à Ixelles.
L’endroit est chaleureux et cossu. Avec un petit côté lounge.
Sur scène, il y a Bruno Castellucci, Ben Ramos et Michaël Blass. Le trio va nous servir une belle petite série de standards bien nerveux. Castellucci s’en donnant à cœur joie lors de beaux échanges avec Ben Ramos.
On regrettera quand même le manque d’un vrai piano.
Ceci dit, Michaël s’en sortira très bien en adoptant un son un peu «vintage» sur le piano électrique.

On discute pas mal, le moment est agréable, mais je n’écoute pas très attentivement, je l’avoue.
Je le ferai une autre fois sans doute, puisque quelques jolis concerts sont déjà annoncés chaque jeudi soir.
A tenir à l’œil.

A+