01/11/2017

Round Trip Trio + Jason Palmer au Sounds

Vendredi 13 octobre, rendez-vous au Sounds avec Round Trip Trio pour la sortie de Traveling High (chez Fresh Sound New Talent). Le groupe, drivé par Julien Augier (dm) entouré de Mauro Gargano (cb) et Bruno Angelini (p) poursuit un «concept» qui consiste à inviter un musicien américain à cette rythmique européenne.

C’est ce qu’explique le batteur, de façon très didactique, détaillée et enthousiaste en introduction au concert.

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J’avais déjà vu le trio lors de sa venue à Bruxelles en 2014 avec, cette fois-là, Mark Small. D’autres projets sont en gestation, notamment avec les saxophonistes Dan Pratt ou John Ellis. Mais pour l’instant, c’est le trompettiste Jason Palmer qui est l’hôte de Round Trip et c'est lui qui figure sur ce premier album.

L’entrée en matière se fait de manière très souple et lyrique avec «Otrento» (de Gargano). C’est d’abord le côté romantique et lumineux d’Angelini qui est mis en avant et qui entraine Jason Palmer dans un dialogue d’une grande délicatesse.

Il en va d’une toute autre manière avec le morceau suivant écrit par Jason Palmer (dont je n’ai pas retenu la nom). Introduit longuement par le trompettiste, à coup de phrases courtes et de growl, le morceau nous embarque dans un groove haletant et nuancé. On emprunte des routes vallonnées à toute vitesse, Bruno Angelini déglingue le tempo pour mieux le relancer, Mauro Gargano passe du gros son au pizzicato nerveux et finalement Julien Augier reprend le drive. Grisant !

En deux morceaux, le trio a défini le terrain sur lequel il allait jouer : entre la tradition afro américaine et une certaine conception de la musique européenne. Entre l’énergie et la sérénité, entre la spontanéité et la réflexion. Proposant à chaque musicien de venir avec son bagage, son accent, sa culture. Un rendez-vous sur un vrai terrain d’entente en quelque sorte.

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A partir de là, chacun écoute, propose, répond, construit. Et l’on passe rapidement d’une musique assez élaborée à un swing organique très moderne. On monte vite en puissance, sous l'impulsion d'Angelini au toucher alerte et sophistiqué, qui joue les contrepoints, occupe tout le clavier, alterne les mélodies, harmonies et dissonances avec toujours beaucoup d’à-propos. Il peut être à la fois lyrique et, aussitôt après, presque free. Et le courant passe à merveille entre lui et Jason Palmer. L’américain possède un son clair et précis, comme celui d'un post-bopper frénétique, mais aussi, parfois, un son plus «sale» et rauque à la Armstrong... Ou alors, il est d’une légèreté presque éthérée.

«Third Shift», «In A Certain Way» ou «Jtrio» s’écoutent comme autant d’histoires différentes et communes à la fois. Avec un point de vue qui diffère toujours.

Dans un discours fluide et sans fioriture, Julien Augier, en leader de bon goût, laisse souvent la parole à ses acolytes. Et quand il prend des solos, c'est toujours en fonction de la musique et non pas pour faire de la musculature.

Pour terminer ce très bon concert, le groupe invitera encore le trompettiste Adrien Volant (venu saluer son ami Jason) à partager un standard envoyé avec une belle fougue.

Round Trip Trio and Guest, remplit vraiment bien le contrat qu’il s’est fixé. On le réécoutera donc encore avec intérêt et on suivra sans nul doute ses évolutions à venir, avec Jason Palmer ou avec d’autres.

 

 

 

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11/06/2014

Round Trip Trio and Guest au Sounds

Il y avait un bon moment que je n’étais plus passé au Sounds, à cause d’occupations bien trop prenantes. Heureusement, ce vendredi 6 juin, j’étais libre pour aller écouter Round Trip Trio and Guest.

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Ce trio français est né de l’envie du batteur, Julien Augier, d’inviter régulièrement un jazzmen américain (qu’il a généralement croisé lors de son séjour – 10 ans, quand même - à New York) à partager la scène avec lui, Bruno Angelini (p) et Mauro Gargano (cb) (remplacé ce soir par Damien Veraillon).

L’idée, au-delà d’être sympathique, est intéressante car il s’agit ici de mélanger le répertoire de l’invité à celui des membres du groupe. Pas de recréation totale, donc, mais pas, non plus, de banals «accompagnements». On parle ici d’échanges, de mélanges, de partages, bref, de véritables constructions.

Avec cette formule, Round Trip a déjà révélé le trompettiste Jason Palmer chez nous (en France et en Belgique). Cette année, le Trio tourne avec Mark Small, un "jeune" et talentueux saxophoniste qui, avant de s’exiler quelques années à Miami pour parfaire ses études, avait partagé la scène et quelques enregistrements avec Walter Smith III, Vanguard Orchestra, Darcy James Argue’s Secret Society et même Michael Buble

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Ce soir il fait chaud, il fait beau et nous sommes à la veille d’un long week-end qui est sans doute la raison d’une très faible présence du public. Dommage.

Si les compositions de Small sont plutôt de factures assez classiques, bien tournées et rondement swinguantes, permettant à chaque membre du groupe d’y aller de son solo, celles d’Angellini (ou de Gargano) sont beaucoup plus complexes. Ainsi, «Dara» ou «When The Time Is Right» (de Small) filent tout droit, tout bop, tandis que «Faded Raws» est plus torturé, plus ténébreux et plein d’aspérités.

Une version du «Isfahan» de Duke Ellington met cependant tout le monde sur la même longueur d’onde. Sur une trame claire, Angelini prend des libertés et Small joue à l’anguille, il se faufile et trouve des chemins intéressants. Le ténor ne cherche pas l’effet mais rebondit avec efficacité sur les propositions du pianiste. Julien Augier assure un drumming ferme, précis, foisonnant - sans être envahissant - tandis que Veraillon semble presque arracher les cordes de sa contrebasse sur certains solos.

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Le deuxième set paraît plus homogène encore et l’on sent que la musique se construit vraiment sur la personnalité des musiciens.

Angelini possède ce toucher aérien et très tranchant à la fois. «L’Indispensable Liberté» est ainsi parsemé d’accents légèrement dissonants ainsi que de brefs silences qui donnent plus de reliefs encore à son jeu. On y perçoit un léger déséquilibre et une fragilité… plutôt solide.

«Happy Song» swingue d’enfer et la reprise de «Solar» est des plus étonnantes. Chacun expose sa vison, mais chacun se retrouve et se rejoint. Le mélange est singulier, surprenant et tout à fait réjouissant… N’était-ce pas l’objectif avoué de ce Round Trip Trio and Guest ?

Mission accomplie, donc.

On attend de les revoir à nouveau en Belgique avec un peu plus de monde, car cela en vaut vraiment la peine.

A+