11/07/2017

Lynn Cassiers et SCHNTZL au Brosella

J'ai toujours été admiratif des artistes qui arrivent à imaginer, inventer et créer à partir de… rien. Admiratif aussi du courage qu'il leur faut pour oser présenter au public une musique qui n’existait pas avant. Non seulement il faut pouvoir la concrétiser mais aussi pouvoir convaincre d’autres d’y croire aussi. Et d’y participer.

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Lynn Cassiers s’est donc entourée de musiciens qui comprennent sa musique et qui peuvent l’emmener encore plus loin.

Pour son Imaginary Band, elle a rassemblé des fidèles compagnons de route, tels que Manolo Cabras à la contrebasse, Erik Vermeulen au piano, Marek Patrman aux drums, mais aussi Alexandra Grimal au soprano et au ténor, Niels Van Heertum au tuba et Ananta Roosens au violon (et un peu à la trompette).

Lynn Cassiers est bien plus qu'une chanteuse et musicienne, c'est une artiste, et son univers est unique.

Oser présenter cette musique très personnelle, intimiste, conceptuelle et contemporaine sur la scène du très familial festival Brosella est une gageure. Soulignons donc l’audace des programmateurs d’avoir proposé cette carte blanche à Lynn. Et remercions-les.

Voilà donc que de longues plages fantomatiques et évolutives envahissent le Théâtre de Verdure. Guidée par la voix cristalline et diaphane de Lynn, la musique se trouve un chemin dans des méandres harmoniques complexes. Le chant ouaté s’entoure de scintillances. De légères réverbérations font échos au souffle chaud du ténor d’Alexandra Grimal, tour à tour félin et acéré. Les notes qu’elle lâche s’éparpillent comme mille feuilles d’arbres prisent dans un coup de vent. Derrière, le jeu foisonnant de Marek, souvent aux balais, et la pulse libre mais précise de Manolo, assurent mais ouvrent toujours le jeu. Et puis il y a les interventions brillantes d’Erik Vermeulen - l’un des pianistes les plus inventifs en Belgique - incisif, parcimonieux, déroutant. Il y a aussi les feulements du tuba de Niels Van Heertum qui démontre toute sa maestria en faisant parler son instrument (sur «We Talk», justement) à force de cris, de râles, de souffles, de grondements profonds ou aigus et de balancements hypnotiques. Entre la chanteuse et la violoniste, les dialogues sont tout aussi subtils, joués parfois à l'unisson et même aussi sur la même tessiture que la chanteuse. A moins que ce ne soit l’inverse car Lynn et sa voix de sirène sont capables de tout.

Atmosphère, musique en apesanteur, Lynn Cassiers a emporté ceux qui le voulaient dans son monde unique, étrange et envoûtant.

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Un peu plus haut dans le parc, sur la seconde scène, SCHNTZL (Hendrik Lasure au piano et Casper Van De Velde aux drums) continue un peu dans la même veine. Enfin, presque.

Ici, la musique est très minimaliste et souvent répétitive. Mais on y ressent un peu plus de groove sans doute. J’avais vu ce duo la première fois à Bruges, il y a deux ans, lors du Belgian Jazz Meeting, et il m’avait vraiment emballé. Il y avait de la fraîcheur et des surprises et pas mal d'humour. On avait retrouvé un peu de tout cela sur leur premier et excellent album, même si on perdait un tout petit peu en spontanéité.

En reprenant quelques-un des morceaux dudit album («Lindbergh», «Dame en Konijn») et autres nouveaux morceaux, SCHNTZL reste très séduisant mais semble vouloir un peu trop sophistiquer sa musique au détriment, parfois, de la légèreté, de la liberté et la désinvolture qui font sa force. Bien sûr les ambiances sont toujours intrigantes, la musique intelligente et les deux amis maîtrisent leurs instruments à la perfection… mais le soufflé est peut-être un tout petit peu retombé ce soir. Hé oui, quand on aime, on est toujours plus exigeant.

Et puis, c’est cela aussi être artiste. Oser avancer, tenter, chercher, au risque de déplaire ou d'être incompris…

 

 

Merci ©Roger Vantilt pour les images

A+

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22/07/2013

Brosella 2013 - Une sacrée cuvée.

 

Soleil et chaleur sur le Théâtre de Verdure. Ça fait du bien. Du coup, tout le monde est de sortie.

Et il y a déjà pas mal de monde sur les coups des trois heures pour écouter les finlandais du UMO Jazz Orchestra, dont la réputation n’est plus à faire. On a pourtant rarement eu l’occasion de les entendre sur une scène belge. On ne remerciera donc jamais assez le Brosella pour la pertinence de sa programmation.

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Le big band propose un jazz au swing très moderne et assez puissant, qui laisse souvent la part belle aux solistes. Il faut dire que, pour l’occasion, Karl Heinilä (le chef d’orchestre) avait invité le trompettiste Verneri Pohjola - dont le disque «Aurora» en 2011 fut une belle révélation et le récent «Ancient History» une belle confirmation. Quasi omniprésent, le trompettiste déploie la palette assez large de ses talents, allant du très aérien au très brûlant. L’articulation est limpide avec parfois une pointe d’agressivité. Il faut souligner également, dans ce solide big band, les belles interventions de Manuel Dunkel (ts) ou de Kirmo Lintinen (p), dans des solos très accrocheurs. UMO est décidément une belle machine, parfaitement rôdée et dynamique au son et aux arrangements très actuels. A ne pas rater lors de leur prochaine venue…

Sur la seconde scène, un peu plus haut dans le parc, Yves Peeters Group (dont j’avais déjà parlé ici) régale l’auditoire de sa musique aérienne, dansante et savante. Le dosage et l’équilibre - entre groove (tantôt rock, tantôt africain) et atmosphère - est une vrai réussite. La basse solide de Nicolas Thys laisse du champ libre aux intervention parfois free de Frederik Leroux (eg), quant à Nicolas Kummert il rafraîchit cette chaude après-midi de son chant si particulier.

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Retour à la grande scène avec le trio de Nathalie Loriers (avec Philippe Aerts (cb) et Rick Hollander (dm) ). Au risque de me répéter, la formule «trio» convient vraiment bien à la pianiste. Même si elle s’inspire, comme elle l’avoue elle-même, de Bill Evans ou d’Enrico Pieranunzi entre autres, il est indéniable qu’elle possède définitivement son style. Au lyrisme qu’on lui connait (niche plutôt réductrice dans laquelle on l’enferme un peu trop vite), elle allie un swing au timing parfait. Elle a une façon d’aller à l’essentiel avec beaucoup de sensibilité. C’est de la poésie sans minauderie, de l'énergie sans brutalité. Bien entendu, elle est soutenue, poussée même, par une rythmique idéale et “Moon’s Mood”, “Les trois petits singes” ou encore “Jazz At The Olympics” font mouche. Voilà du jazz comme on l’aime.

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Découverte intéressante, ensuite, sur la petit scène, du quartette d’Elina Duni. Je connaissais le pianiste Colin Vallon ainsi que le contrebassiste Patrice Moret (pour avoir écouter leur excellent album «Rruga», chez ECM), par contre je ne connaissais pas la chanteuse albanaise Elina Duni, ni le batteur Norbert Pfammatter. Basée principalement sur la musique traditionnelle des Balkans aux rythmes parfois obsédants et enivrants ou à la mélancolie exacerbée, le groupe mélange les genres avec une grande élégance. Au-delà de la tradition, Elina Duni échange avec ses musiciens sur un jazz parfois déstructuré et les laisse aller à de belles impros inspirées. Ainsi, Colin Vallon n’hésite pas à proposer une longue intro plutôt abstraire au piano (cordes étouffées, intervalles marqués, dissonances et silences) tandis que Patrice Moret accentue les sons déchirés à l’aide de l’archet. L’univers est particulier, mystérieux, envoutant parfois. Les histoires qu’Elina raconte – d’une voix parfaitement maîtrisée – sont pleines de poésie et de douleur, remplies de messages. Alors, elle s’oblige à nous en expliquer le sens en français. Classe.

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Retour sur la grande scène où Bill Frisell nous la joue toute en finesse. Il est au Brosella pour présenter son dernier album Big Sur (une commande du Monterey Jazz Festival).

Une batterie, trois violons et un violoncelle accompagnent le guitariste. L’esprit est à la détente, à la langueur, au contemplatif. La musique évoque les grandes étendues désertes, les paysages qui entourent Glen Deven Ranch (où il s’est retiré pour composer et enregistrer). Bill nous fait faire le tour du propriétaire. On flâne… puis on trotte au son du violon de Jenny Scheinman (un peu western) ou de Eivind Kang (un peu eastern). Les impros sont fragiles, se développent sur des ostinati ou de courts motifs évolutifs. Parfois, on fait un très court détour du côté du rock (Rockabilly? Twist?) avant de se reposer tout en douceur… Même si tout cela est très joli, on s'ennuie un tout petit peu. Impressions quelque peu mitigées.

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Changement radical sur la petite scène avec Big Noise. On ne s’en lasse pas ! Surtout que, pour le Brosella, le trio a invité le clarinettiste Evan Christopher, un vrai de vrai de la Nouvelle Orléans. Grâce à lui, Big Noise plonge un peu plus encore sa musique dans les racines de ce jazz qu’ils chérissent. Et le plaisir de jouer est toujours aussi communicatif. Les gens dansent devant la scène, rient, applaudissent. Loin de jouer la star ou de montrer “comment il faut faire”, Evan Christopher s’intègre au groupe – car il lui trouve de véritables qualités – et partage sincèrement la musique avec Raphaël D’Agostino (tp, voc), Johan Dupont (p), Max Malkomes (cb) et Laurent Vigneron (dm). Non, Big Noise n’a pas fini de grandir…

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Et voilà enfin, cerise sur le gâteau, Jonathan Batiste. Celui qu’on attendait. Je l’avais découvert avec Roy Hargrove, il y a deux ans, ici même au Brosella et il m’avait laissé une grosse impression. Ce soir, il se présente avec son groupe «Stay Human», avec lequel il déambule régulièrement dans les rues et le métro New Yorkais. Répandant ainsi la bonne humeur et le partage. Avec eux, le spectacle est partout et non conventionnel.

Pourtant, tout démarre en douceur. Sourire irrésistible coller sur les lèvres, doigts démesurés, Jon Batiste nous emmène entre blues et swing avec un sens du rythme inné. Avec humour et intelligence, il mélange «Carmen» à «Summertine».

Au tuba, Ibanda Ruhumbika fait la pompe, à la contrebasse Barry Stephenson excite les temps, le sax du jeune Eddie Barbash joue les empêcheurs de tourner en rond, quant au batteur, Joseph Saylor, intenable, il claque les tempos et accentue la syncope. Ça bouillonne et l’ambiance monte. Au son de son mélodica, sur «Killing Me Softly», Jon Batiste emmène alors tout son groupe au devant de la scène, sur les premières marches, à un mètre d’une foule déjà bien excitée.

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Et là, on passe à la vitesse supérieure. Tout s’emballe sur une version incroyable de «St James Infirmery». Le sax s’empare d’un solo du tonnerre, il monte sur le piano, enchaîne les chorus. Puis, comme pour répondre au saxophoniste, le batteur décroche son tom et vient le planter tout devant. La démonstration, brutale, jouissive et délirante, se termine par le jet de ses baguettes dans le public. Et puis tout le monde s’en va.

Surprise. Incompréhension. Le public devient fou !

C’était une fausse sortie. Revoilà le Stay Human prêt à en découdre de plus belle. «Why You Gotta Be Like That?» se reprend à l’infini et… ça y est, le moment que l’on attendait arrive: toute la bande descend dans le public et va se balader au beau milieu des travées de l’amphithéâtre. L’ambiance est indescriptible. Les morceaux s’enchaînent («My Favorite Things», «Kindergarten»…).

Revenu sur scène, le groupe se resserre autour du piano. Chacun prend posesion d’une partie du clavier. Puis, ils échangent leur place. Tapent dans les mains, tape sur tout ce qu’ils trouvent, font chanter le public, le font danser…

Moment incroyable de plaisir collectif !

Voilà sans aucun doute l’un des meilleurs concerts de l’année (en tous cas, il sera difficile de faire mieux…)! Jonathan Batiste est à suivre, plus que jamais, et à revoir au plus vite.

Merci encore Henri Vandenberghe, merci les bénévoles, merci le Brosella.

Vite, à l’année prochaine.

A+

 

 

 

21/08/2010

Massot, Florizoone, Horbacsewski.

Cinema Novo, sorti chez Home Records, c’est le nom de ce très bel album à la musique magique, poétique et hors du temps du trio Massot, Florizoone, Horbacsewski. Un album riche de sonorités si familières et si étranges à la fois. Un dosage subtil de mélodies, de lyrisme, de légers délires et d'improvisations ciselées. Lors du dernier festival Brosella, j’ai rencontré Tuur Florizoone juste après le concert qu’il donnait avec le trio.

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Comment s’est formé ce trio, comment vous êtes-vous rencontré ?

 

Il y a quatre ans, je pense, j’ai rassemblé mon courage et j’ai appelé Michel Massot, car je voulais monter un groupe avec lui et Laurent Blondiau. Ensemble, nous avons eu l’occasion d’accompagner un film au Café Central, à Bruxelles, et ça s’est très bien passé. Après cela, c’est Michel qui m’a demandé de jouer avec lui et une certaine violoncelliste qui n’était autre que Marine Horbaczewski. On a fait quelques improvisations ensemble et, petit à petit, on s’est constitué un répertoire. Rapidement, le groupe à été demandé pour des concerts avant même qu’il ne soit vraiment formé.

 

Au départ, il s’agissait d’improvisations. Il n’y avait pas vraiment d’objectif précis ?

 

Non, au début on improvisait et puis on s’est rendu compte que certaines petites mélodies fonctionnaient. En général, il s’agit de mélodies très simples. Et finalement, cela marche très bien avec le violoncelle car il y a du « fond ». Bien sûr, à l’accordéon, je peux aller très bas et Michel, au tuba, aussi, mais Marine peut également monter très haut. Il y a donc une association de couleurs très intéressante.

 

Qui écrit les morceaux ?

 

Michel Massot et moi, principalement. On amène chacun des thèmes qu’on travaille ensemble, que l’on enrichit. Et puis, on a beaucoup tourné ensemble, en Belgique, en France et aux Pays-Bas : ça soude.

 

Comment peut-on définir cette musique, quelles en sont les influences? C’est du jazz de chambre ?

 

Je pense que c’est de « la musique », simplement. Mais effectivement, « jazz de chambre », c’est pas mal, comme définition. On joue beaucoup sur l’acoustique. Mais avec un petit grain de folie qui nous fait dépasser les frontières. C’est toujours l’éternelle discussion de « quel genre de musique jouez-vous ? ». Je ne sais pas que répondre.

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C’est une musique très imagée. C’est amusant car, comme tu le disais, vous avez démarré en accompagnant un film, même si ce n’était pas le même groupe…

 

C’est imagé, oui, peut-être. C’est aussi dû au fait que Michel écrit de la musique assez rythmée, parfois un peu naïve - dans le bon sens du terme – avec des mélodies à deux ou trois voix. Moi, comme j’ai un instrument harmonique, je vais plutôt dans les couleurs et les modulations. C’est ça l’imagination. Mais nous avons aussi besoin d’un bon son, c’est important. Pour que le public soit à l’aise et nous renvoie quelque chose.

 

Marine compose aussi ?

 

Non, mais on la motive pour qu’elle le fasse.

 

Par contre, elle improvise beaucoup ?

 

Oui, beaucoup. Comme nous tous. Elle possède un instrument extrêmement riche. J’en suis presque jaloux. À l’accordéon, tu peux jouer quelques notes, tu peux en jouer deux, ou parfois trois, ou choisir un accord, ou faire quelques rythmes, mais la variation des sons chez Marine, ou même chez Michel au tuba ou au trombone, est immense. C’est intéressant de pouvoir aller au-delà des possibilités d’un instrument. De dépasser les clichés aussi.

 

C’est ce que tu essaies de faire avec ton accordéon, tu n’en joues pas de manière classique ou traditionnelle, tu joues avec le souffle, les bruits…

 

J’essaie de compléter ce qui n’est pas là. Parfois il faut mettre un petit tapis, sans prétention, ou alors au contraire être très prétentieux…

 

Pour l’instant, tu tournes dans quel circuit ? Jazz, folk, world… ?

 

C’est très varié. Je viens de terminer une création pour les fêtes de Gand, avec Michel et Marine, auxquels s’ajoutent Sabine Kabongo, Aly Keita, le joueur de balafon, Laurent Blondiau, Chris Joris, Nic Thys et Wendlavim, un batteur burkinabais ainsi qu’une chorale congolaise… En fait c’est une création sur le métissage. On a joué, il y a quelques jours à Gand et c’était très intense. C’est à la fois joyeux et mélancolique. Cela raconte l’histoire de métissage, parfois illégal, à l’époque de la colonisation belge au Congo. Beaucoup d’enfants sont nés de façon illégale. On essaiera de jouer encore après les fêtes de Gand, à Bruxelles ou ailleurs. Plusieurs dates sont déjà prévues pour l’année prochaine.

 

En ce qui concerne le trio, d’autres dates sont prévues également ? De nouvelles compos ? Un autre disque ?

 

Quelques dates sont prévues en septembre. Et puis, oui, on a de nouvelles compos et peut-être que nous enregistrerons fin d’année, je ne sais pas encore précisément.


 

 

A+

26/07/2009

Brosella 2009


Brosella 2009

33ème édition de ce rafraîchissant festival folk (le samedi) et jazz (le dimanche).

Cette année, il fait beau et le public est nombreux (notez que lorsqu’il ne fait pas beau, le public est pratiquement tout aussi nombreux).
Il faut dire que l’endroit est merveilleux, l’ambiance familiale est toujours aussi décontractée et l’affiche toujours aussi alléchante.

Ce dimanche, je ne pouvais malheureusement pas y être dès le début et j’ai donc raté les trois premiers concerts (Eve Beuvens, dont je vous recommande chaudement le premier album «Noordzee» sorti récemment chez Igloo, le Jazz Orchestra of The Concertgebouw ainsi que Tutu Puoane qui vient également de sortir un album chez Saphrane, «Quiet Now», que je n’ai pas encore entendu).


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J’arrive donc pendant le concert d’Anouar Brahem Trio.
Pari assez osé que de proposer cette musique d’une douceur et d’une délicatesse rares au beau milieu de l’après-midi et en plein air.
Mais le public sait pourquoi il est venu. Il est connaisseur et respectueux.
Il règne sur le site un silence apaisant et une mélancolie retenue.

Anouar Brahem et le clarinettiste turc Barbaros Erköse égrènent les mélodies ondulantes et soyeuses sous la frappe sensible du percussionniste libanais Khaled Yassine.
Le trio revisite quelques-uns des plus beaux morceaux de «Astrakan Café» ou «Contes de l’incroyable amour».
 
L’air est doux et parfumé de poésies musicales.


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Plus haut, sur la petite scène, le quartette de Free Desmyter augmenté de l’Irakien Bassem Hawar au djoza (sorte de petit luth oriental qui se joue verticalement à l’archet) et du Néerlandais Dick Van Der Harst à la chalémie (sorte de flûte maghrébine).

Ce projet, spécialement monté pour le Brosella, propose donc une belle fusion entre jazz et musique orientale.

La clarinette de John Ruocco s’infiltre avec aisance dans ce jeu de modes.
Free joue avec les silences, laisse parler les autres, intervient pour indiquer la couleur.
Manolo Cabras et Marek Patrman toujours attentifs brodent des coutures solides, mais quasi invisibles, entre ces différents mondes musicaux.


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On improvise sur de nouveaux morceaux, on revisite «Indulgence» ou l’on s’inspire de «Bemsha Swing» pour créer un «Judge The Judge» jubilatoire.

Quelle belle réussite.


Retour sur la grande scène pour le toujours jeune et explosif Henri Texier.


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Démarrage sur les chapeaux de roues, à la manière d’une fantasia dans le désert.
Texier se lève, saute, danse et relance inlassablement la musique avec une énergie époustouflante.
Le trompettiste belge Carlo Nardozza, qui devient un habitué du groupe depuis sa première rencontre avec le contrebassiste français lors du Genk Motives Festival 2006, possède une puissance, une clarté dans l’exposé et une brillance dans le son qui n’a rien à envier aux meilleurs neo hard-boppers américains.
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À la guitare, Manu Codjia (dont le fascinant et intriguant deuxième album, dans un tout autre style, vient de sortir chez Bee Jazz) est un formidable tueur!
Il triture sa guitare et en sort des sons incroyables, comme autant de déflagrations.

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Christophe Marguet est infatigable derrière sa batterie, volubile, nerveux, fin et précis, tandis que Sébastien Texier enfile les arabesques musicales en un jeu félin, rebondissant et sensuel.

«Mosaïk Man», «Old Delhi», «Sommeil Cailloux», «Y'a des vautours au Cambodge»…
Tout est tendu et chauffé à blanc.
Et même dans les ballades, on perçoit toujours ce groove brûlant.


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Voilà qui fait un bien fou.


Juste le temps de discuter un peu avec Manu Codjia et malheureusement je dois filer… Je n’aurai pas donc l’occasion d’assister aux deux derniers concerts (Raphaël Fays et le sextette de David Linx avec Maria Joao…)

Rendez-vous sans faute l’année prochaine.

A+

21/07/2008

Brosella 2008

Dimanche dernier, le 13, avant d’aller écouter le concert de clôture de la première partie du festival Gent Jazz, je ne pouvais résister à l’attraction de la toute belle affiche du Brosella.

Direction: l’agréable théâtre de verdure, à deux pas de l’Atomium.

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Quelques gouttes de pluie tombent.
Deux fois rien.
Sur la scène, l’orchestre de Maria Schneider s’est installé.
Superbe Big Band dans lequel on retrouve quelques stars du jazz américain actuel.
Voyez plutôt : Clarence Penn, Ben Monder, Donny McCaslin, Rich Perry, Steve Wilson, etc…
Sans oublier les «habituels» de l’orchestre : Ingrid Jensen, Charles Pillow, Frank Kimbrough, pour ne citer qu’eux.
Tout ça pour nous. Et gratuitement! Merci Henri…

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Les compositions, magnifiquement tissées par Schneider, font mouche dès les premières mesures.
D’ailleurs, le soleil revient aussitôt.
Est-ce «Hang Gliding», ce premier thème?
Toujours est-il que la rythmique est soyeuse et swinguante, extrêmement bien mise en place.

Avec «Rich’s Piece», le ton est plus mélancolique et Rich Perry peut développer le thème d’un bout à l’autre.
Sax légèrement plaintif, quelque peu désabusé… magnifique.

Puis, avant de le diriger, Maria prend un plaisir sincère à expliquer le voyage musical qu’inspire le long et fabuleux «Cerulian Skies», tandis que chaque musicien imite le chant des oiseaux.
Donny McCaslin, dans son solo, monte en puissance pour atteindre un paroxysme et une plénitude où vient le rejoindre l’accordéoniste Toninho Ferragutti, dans un jeu dépouillé, retenu, presque mystique…
Tonnerre d’applaudissement d’une foule extrêmement nombreuse.

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À l’opposée de la grande scène, et dégagée cette année-ci du petit bois où elle partageait habituellement le bar et les sandwisheries (ce qui était sympathique mais pas toujours optimal pour écouter la musique), la seconde scène accueillait Mathilde Renault.

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Pour l’occasion, la jeune pianiste avait invité le saxophoniste suédois Jonas Knutsson.
Le quartette (Stijn Cools aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse) revisite les compositions de Mathilde: «Merengue», «In a Swedish Mood», etc…
On y retrouve toujours ce mélange original de jazz et de musiques inspirées de tous les parfums du monde (Brésil, Balkans, Orient…).
Les rythmes sont chatoyants, les thèmes évolutifs et parsemés de changements de directions. Mathilde chante dans son langage imaginaire.
Tout ça dans la subtilité et la légèreté.
«Smiles» (de Knutsson) s’insère avec facilité et sans heurt dans ce répertoire plus qu’agréable.

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Transition idéale pour aller écouter Rabih Abou Khalil.
Toujours aussi drôle et ironique dans la présentation de ses musiciens et de ses morceaux, il nous offre la plupart du répertoire de son dernier album «Em Português».

Le fidèle Michel Godard au tuba, Jarrod Gagwin aux percussions, Luciano Biondini à l’accordéon et Gavino Murgia au sax font balancer l’ensemble entre le festif et l’introspectif.

Retour vers la petite scène pour un changement de style assez radical: Ben Sluijs Quintet.
Ce n’est pas parce que c’est un festival que le quintette fait des concessions.
Le groupe fonce tête baissée dans les principaux thèmes des deux derniers albums : «Somewhere In Between» et «Harmonic Integration».

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Ici, on flirte avec l’atonal, la dissonance. On joue pour un public averti.
Sluijs et Van Herzeele bâtissent autour de «The Unplayable», «Squawk», «Close» ou encore «Where Is The Joy?» des improvisations ardues et inspirées.
Erik Vermeulen intervient ponctuellement et arrive toujours à imposer des phrases d’une qualité extrême, oscillant entre le contemporain et le lyrisme.
Quant à la rythmique Cabras et Patrman, elle est toujours aussi solide et bouillonnante.

Dans un coin du parc, Olivier Kikteff et ses amis des Doigts de l’Homme continuent de jammer doucement. Le soleil ne quitte plus le site et l’ambiance est, comme toujours, détendue, familiale et sympathique.
Il y a, bien sûr, toujours quelques égoïstes qui s’emparent d’une chaise, ne la lâche plus et se baladent avec elle pendant tout le festival.
À croire que d’avoir posé leur cul dessus leur donne droit à la propriété exclusive…

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Passons.

La foule est compacte et attentive devant la grande scène pour écouter Paul Bley en solo.
Même si il met de l’eau dans son répertoire (évitant les improvisations intransigeantes), le pianiste ne la joue pas petits bras.

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Plein d’inventivité et sans temps morts, il rebondit sur les standards dont il n’utilise que les premières notes pour se construire des mélodies toutes personnelles.
Il revoit «Somewhere Over The Rainbow» ou «I Loves You Porgy» et joue avec les tensions, joue les temps suspendus, joue rubato…

Il injecte quelques motifs répétitifs qu’il associe à une valse lente, à un blues ou même parfois presque à un léger rag.

Bien sûr, on aurait voulu un Bley un peu moins conciliant. Pour cela il faudra sans doute attendre de le revoir au Ro
ma à Anvers en mai 2009, si mes infos sont exactes.

Paul Bley aurait bien continué encore. Et le public l’aurait suivi… mais le timing d’un festival se doit d’être respecté.
Et il quitte la scène sous une standing ovation.

Quant à moi, il est temps que je rejoigne Gand pour écouter Wayne Shorter.
Mais ça, c’est une autre histoire.

A+

07/07/2008

Trois festivals et un portrait.

Vous irez sans doute au festival Gent Jazz ?
L’affiche est belle, non ?

Mais… vais-je être conquis par Herbie Hancock? A part les morceaux avec Tina Turner, Wayne Shorter et surtout Leonard Cohen, je ne suis pas trop «fan» de son dernier album, pourtant encensé par une bonne partie de la critique. Heureusement, il paraît que pour cette tournée, il injecte quelques bons «tubes» d’antan.

 

 

Et Metheny? Vais-je enfin succomber?

J’avoue que ce que j’ai entendu de son dernier album m’a plutôt laissé une bonne impression…. Wait and see.

Bon, ça, c’est pour les petites interrogations. Pour le reste: Amina Figarova, Trio Grande, Saxophone Summit (avec Liebman, Lovano et Coltrane) FES & Jimi Tenor, ou encore Wayne Shorter… je m’y rends avec excitation.

 

Mais, vous serez peut-être au Brosella?

 

 

J’y serai aussi.
Si si… Le dimanche.
Il va quand même falloir jouer serré pour être l’après-midi près de l’Atomium et le soir au Bijloke.
Ici aussi, l’affiche est belle. Voire exceptionnelle !
Maria Schneider Orchestra, Rabih Abou Khalil… et… Paul Bley !! Immanquables !
Et aussi Mathilde Renault, Ben Sluijs, Les Doigts de l’Homme

 


Et la semaine suivante, vous serez aux
Dinant Jazz Nights?

 


 
 
Brazzavile, San Severino, Greg Houben et Julie Mossay, Rhoda Scott, les frères Belmondo et Milton Nascimento, Eric Legnini et… Toots Thielemans.
Tout ça, sur trois soirs. Dans le parc de l’Abbaye de Leffe.
Il y a des endroits plus sinistres, non ?
 
Puisqu’on parle des Dinant Jazz Nights, je vous invite à lire l’entretien que j’ai eu avec Jean-Claude Laloux.
C’est ici, sur Citizen Jazz.

Bon, on se rencontrera bien quelque part?

A+