18/07/2016

Les Chroniques de l'Inutile - Bravo

J’avoue, j’ai un faible pour Les Chroniques de l’Inutile.

Le groupe, mené par le guitariste Benjamin Sauzereau, qu’accompagnent Pierre Bernard (fl), Erik Bogaerts (as, cl), Eric Bribosia (Fender Rhodes) et Jens Bouttery (dm), développe une musique particulière, pleine d’humour et de poésie.

chroniques de l inutile,eric bribosia,erik bogaerts,pierre bernard,jens bouttery,benjamin sauzereau,bravo

Ce jeudi soir (9 juin) au Bravo - qui a un peu de mal à se remplir (ha..., le foot, le foot !) mais qui a finalement réuni pas mal d’amoureux de la belle note - le groupe présente quelques nouvelles petites perles.

«Mauvaise Raison», par exemple, qui se construit sur des brisures de guitare, «Le Malentendu» (mais Sauzereau lui-même n’est pas très sûr que ce soit vraiment le titre du morceau) qui évolue comme une valse un peu bancale, à la ritournelle accrocheuse, ou encore «Gagner de l'argent» dans un registre presque pop.

Avec Les Chroniques de l’Inutile, l’impro est toujours subtile et très collective. Cela évoque parfois un bateau qui tangue, qui dérive, qui prend de la vitesse puis ralentit pour accoster on ne sait où. La musique est pleine de courant d’air, comme si on laissait aux musiciens la possibilité de la décoiffer, de la transformer, de la recolorer.

C’est cela qui est magique dans cette musique : elle nous fait redécouvrir les bonheurs simples. Et ce bonheur se lit sur le visage de Benjamin Sauzereau qui semble heureux que l’on jongle avec ses compositions. C’est comme s’il appréciait, avec gourmandise, une bonne réplique à un bon mot.

Et même si elles sont complexes et sophistiquées, ces fables musicales restent toujours aussi accessibles qu’une simple chanson.

Entre drumming foisonnant et bidouillages électro, Jens Bouttery distille un groove flottant. Eric Bribosia ressuscite parfois des ambiances du siècle dernier, évoquant presque Kurt Weill. Erik Bogaerts donne de l’épaisseur aux mélodies, les rend parfois âpres et granuleuses, tandis que Pierre Bernard semble toujours trouver des chemins de traverses.

Les Chroniques s’amuse sérieusement avec la musique et avec les silences aléatoires… Il y a une sorte de retenue minimaliste. C’est de la poésie moderne, contemporaine, qui se moque de la beauté intrinsèque, qui se fiche des formes, qui se joue des rythmes. Et cela, toujours avec humour. «Morceau pour les alcooliques», qui vacille sur ses bases, puis qui se déchaîne dans l'outrance pour finalement s'endormir à la belle étoile, est un beau résumé de la musique du groupe : très imagée et sans complexe.

Les Chroniques de l’Inutile flirte avec le minimalisme, le Krautrock, le jazz, le folk, le romantisme… et développe un univers vraiment particulier, original et créatif.

D’ailleurs, la petite bande (Sauzereau et Bouttery, en fait) a créé un label, Suite, qui n’hésite pas à jouer avec diverses disciplines artistiques (on y retrouve Philémon, le chien qui ne voulait pas grandir ou encore Jens Maurits Orchestra, pour l’instant). Une affaire à suivre avec grand intérêt, donc.

 

 

A+

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

31/05/2016

Jonathan Kreisberg quartet feat. Dave Kikoski au Bravo

bravo, joachim caffonnette, jonathan kreisberg, rick rosato, colin stranahan, dave kikoski

Malgré le fait que ce vendredi soit le premier soir du traditionnel Brussels Jazz Marathon et qu’il y a donc un maximum de concerts gratuits dans toute la ville, le Bravo est full pour accueillir le quartette de Jonathan Kreisberg.

Bien sûr, on a retardé un peu le début du concert et on a inversé le programme de la soirée en dernière minute. Joachim Caffonnette, prévu initialement en «support act», jouera finalement après le guitariste américain et ouvrira d’autant mieux la jam…

Il n’y aura donc qu’un seul set (mais long et très intense) pour Jonathan Kreisberg et ses compagnons. Mais quel set ! Le guitariste, Colin Stranahan (dm), Rick Rosato (cb) et l’incroyable Dave Kikoski (p) ont chauffé à blanc le Bravo.

Tout commence par un «Stella By Starlight» sur ce tempo obsédant et répétitif qui emprunte autant au blues qu’a un charleston très ralenti, et qui permet rapidement à Dave Kikoski de se mettre en lumière. Le pianiste dégage aussitôt une énergie incroyable et impose un groove terriblement bouillonnant. Kreisberg a bien raison d’en profiter, il a en face de lui un musicien qui ne se laisse pas faire, qui le pousse loin et qui le challenge. Et Kreisberg adore ça. Ça se lit sur son visage et s’entend dans sa musique. Le duo galvanise aussi la rythmique, toujours aussi irréprochable, et Rick Rosato, jeu ferme et enrobant, et Colin Stranahan, au drive sûr et incisif, ne manquent pas d’attiser le feu.

Kikoski se dandine sur son siège, se casse sur le piano, balance la tête dans tous les sens, bat des pieds. Ses attaques sont aussi franches et vives que ses gestes sont souples. Kreisberg répond et renchérit tout le temps. Chaque note et chaque accord se marquent sur son visage, entre extase et souffrance. Kikoski agit comme un booster sur Kreisberg, pourtant déjà terriblement groovy. Alors ça balance, ça groove et ça trace… ça trace… ça trace.

Si «Being Human» calme un peu les ardeurs, c’est pour mieux repartir avec «Until You Know». Cette fois-ci, c’est le binôme guitare et drums qui fait monter la pression. Et maintenant ça claque, ça fuse, ça explose. Kikoski est intenable et Kreisberg s’amuse avec les tempos : il les tire, les allonge, les accélère. Rosato claque les cordes, Starnahan giffle les peaux et Kikoski parsème ses fougueuses interventions de notes bleues. Il y a autant de McCoy Tyner que de Don Pullen dans ce jeu fou.

Ce n’est pas tous les soirs que l’on a l'occasion d'applaudir chaque solo…

«Wave Upon Wave», un peu plus apaisé, précède un «Stir The Stars» jubilatoire, introduit, tel un hymne, par Kikoski décidément intenable. Les fulgurances de la guitare sont contrebalancées par un drumming sec, ponctué de breaks surprenants. Tout éclate et tout se reconstruit comme par magie.

Quel voyage !

Le rappel, façon rumba échevelée, ne calmera pas nos quatre musiciens. La musique enfle et déferle comme une grosse et ultime vague de bonheur.

Le Bravo ne désemplit pas. Joachim Caffonnette et ses acolytes prennent possession de la scène, balancent avec fougue les compos de leur très bon album «Simplexity» avant de lancer, comme promis, la fameuse jam.

A+

21/12/2015

Sylvain Cathala Trio + Guests au Bravo

Pour fêter les dix ans de son trio, Sylvain Cathala (ts) avait invité divers musiciens à rejoindre Sarah Murcia (cb) et Christophe Lavergne (dm) pour quelques concerts donnés tout au long de l’année en France - surtout - mais aussi en Belgique.

sylvain cathala,sarah murcia,christophe lavergne,marc ducret,benjamin moussay,bo van der werf,guillaume orti,bravo

C’est ainsi qu’à Bruxelles, au Bravo, nous avons eu droit à Marc Ducret (eg), Benjamin Moussay (keys), Guillaume Orti (as) et Bo van der Werf (bs).

Malgré cette affiche plus qu’alléchante, sur les coups de 21h, la salle est encore un peu vide. Décidément, les effets du récent lockdown bruxellois se font encore ressentir. Heureusement, l’amateur de jazz est téméraire et, au fil du concert, la salle se remplira très bien. Ouf.

Le trio et ses invités revisitent quelques-uns des thèmes emblématiques. Les arrangements ont été revus, voire même, parfois, remaniés de fond en comble.

Et l’esprit est bel et bien là ! L’écriture est assez complexe mais elle laisse toujours de l’espace aux musiciens pour s’exprimer. Ici, ce sont les couleurs qui changent mais l’intention est respectée. Les bribes de mélodies trouvent leur chemin dans les méandres sinueux d'une écriture dense. Les rythmes semblent souvent flottants ou presque aléatoires.

«Hope» (?), est très découpé et donne lieu à des échanges tendus entre Sarah Murcia et Marc Ducret. Ont dirait qu’aucun des deux musiciens ne veut laisser le dernier mot à l’autre. Chacun invente une nouvelle phrase, plus surprenante, plus déroutante, plus subtile que le précédente. La joute est stimulante et les sourires complices s’échangent. Dans ces cas-là, Christophe Lavergne intervient souvent pour jouer les «charnières» (parfois grinçantes, dans un jeu sec et puissant), et relancer les trois souffleurs ou Benjamin Moussay. Le jeu de ce dernier rappelle parfois, par petites touches, la fusion des années '70. Mais bien vite il s’en échappe et brouille les pistes en y mélangeant une pointe de soul a un phrasé très contemporain.

sylvain cathala,sarah murcia,christophe lavergne,marc ducret,benjamin moussay,bo van der werf,guillaume orti,bravo

Est-ce «Moonless» que l’on reconnaît dans cette musique intense ? Peut-être.

Toujours est-il que ça balance pas mal et que Bo et Guillaume s’acharnent à faire tanguer plus encore l’embarcation. Alors, ça se disloque. Imperceptiblement. Et ça se laisse emporter par des courants sous-marins. Et puis ça se gonfle et finalement se regroupe. Telle une vague énorme qui monte et finit par recouvrir l'ensemble.

«Phases Of Gravity» est tout aussi haletant tandis que «64–3», en un maillage déconcertant, joue le mystère. Ducret fait craquer sa guitare, Moussay fait geindre son Fender Rhodes. Le Bravo ressemble à une maison hantée. Une maison hantée et très habitée par ce jazz avant-gardiste, parfois très éclaté mélodiquement, parfois très resserré autour d’un rythme.

Avec ce trio «augmenté», rien ne file jamais vraiment droit et le dernier morceau, lancé à toute vitesse frôle plus d'une fois les sorties de route. Les virages se prennent à toute vitesse, le moteur hurle mais chaque dérapage est contrôlé. Et on arrive à bon port. En ayant fait le plein d’adrénaline.

Quel anniversaire !

Happy birthday Sylvain.

 

 

A+

 

29/11/2015

3/4 Peace au Bravo

Mercredi 25, réouverture du Bravo après le lock-out imposé à Bruxelles le week-end dernier. Autant dire que la foule est encore un peu clairsemée vers 20h30.

bravo,ben sluijs,christian mendoza,brice soniano,el negocito

Le message, véhiculé par le nom du groupe, est pourtant assez clair, positif et de circonstance : Peace.

Mieux 3/4 Peace !

Christian Mendoza (p), Brice Soniano (cb) et Ben Sluijs (as, fl) prennent place au milieu de la scène et, petit à petit, la salle se remplit. Message reçu.

Le trio présente son deuxième album, «Rainy Days On The Common Land» (sorti chez El Negocito).

Le groupe continue d’explorer la même sphère musicale, douce et élégiaque, mélodique aussi, tout en laissant la porte largement ouverte aux improvisations. Des improvisations souvent évolutives, fragiles, sur le fil du rasoir.

Tout commence donc en douceur et retenue avec «Glow». Balancement de la contrebasse, respirations du sax, scintillement du piano. La musique de 3/4 Peace fait penser à ces boîtes à pâtisseries raffinées qui se déplient de façon ingénieuse et élégante pour laisser apparaître un gâteau non moins sophistiqué. Ou alors ces livres pop-up pour enfants qui font émerger des histoires poétiques à l'imaginaire fort.

Les trois musiciens s’entendent pour nous inviter à l’introspection. La musique se développe sur d’infimes décalages rythmiques, lents et retenus. Et c’est toute sa fragilité qui s’en libère. Sur «Les Noces De Bethleem», Christian Mendoza égraine les accords étranges et flottants, avec cette légère dissonance qui évoque parfois Fauré ou Satie, mais aussi Messiaen. La mélodie se devine derrière un voile ondoyant.

bravo,ben sluijs,christian mendoza,brice soniano,el negocito

«Hope» est plus lumineux et vif. Presque swinguant. Il semble construit sur un grille plus «classique» qui laisse plein d'espace aux musiciens pour enchainer les chorus. On navigue entre joie et tendresse. Tous les morceaux sont souvent assez courts. Ils ne s'encombrent pas de digressions inutiles. Le groupe va à l'essentiel, raconte son histoire et laisse beaucoup de place à l'imagination de l’auditeur. La musique se donne de l'air.

Certains titres sont fortement inspirés de Messiaen («Louange à l'éternité de Jésus») ou de Bartok («Violin Concerto») et Brice Soniano use de l’archet pour faire résonner sa contrebasse comme un violoncelle. Mendoza répète les accords et Ben Sluijs survole l’ensemble, souligne quelques phrases, laisse parler les silences. Il y a de la clarté, de la nuance, de la subtilité et beaucoup de sensibilité dans cette musique. On pourrait parfois imaginer quelques influences du fameux et merveilleux Jimmy Giuffre 3, mais le trio de Ben Sluijs s'en détache aisément et réussit à imposer un véritable univers personnel.

Le très impressionniste «Cycling» succède à un morceau au tracé incertain. Ben Sluijs dessine alors des volutes délicates, tandis que le piano se laisse bercer par une contrebasse vacillante. A aucun moment le groupe ne casse le fil, pourtant très fragile, entre musique de chambre et jazz contemporain et aérien.

Le moment était suspendu ce soir au Bravo. Un moment délicat de beauté et de paix.

Tout ce dont a si souvent besoin.

 

 

 

A+

11/11/2015

Samuel Ber invite Tony malaby et Jozef Dumoulin au Bravo.

Tony Malaby est quand même un des grands du saxophone contemporain. On ne va pas retracer ici tout son parcours mais juste rappeler qu'il a jouer avec le Liberation Orchestra, l’Electric Bebop Band de Paul Motian, Ches Smith et d'autres, et qu'il est surtout leader de Tamarindo (avec Nasheet Waits et William Parker) ou du récent Novela (avec, entre autres, John Hollenbeck, Kris Davis, Ralph Alessi et Joachim Badenhorst).

Son influence est importante sur les saxophonistes en particulier, mais aussi sur tous les musiciens en général.

bravo,samuel ber,tony malaby,jozef dumoulin

Ce soir, au Bravo, il est accompagné par l'un des claviéristes des plus inventifs du moment: Jozef Dumoulin. Ces deux « monstres » répondent à l’invitation du tout jeune (et très prometteur) batteur belge Samuel Ber. Autant dire qu’il y aura de la surprise, de la créativité et beaucoup de fraîcheur.

Et cela se confirme rapidement. Pas impressionné pour un sou, Samuel Ber engage la conversation et semble même parfois montrer la ligne directrice. Il a préparé une ou deux compos, très ouvertes, qui permettent surtout aux musiciens d'improviser dans tous les sens possibles (ou presque).

Dès le départ, on s’émerveille devant les phrases sinueuses de Tony Malaby (au ténor) qui trouvent écho au discours toujours aventureux de Jozef Dumoulin. Ce dernier se démène derrière son Fender Rhodes et ses innombrables boîtes, filtres, pédales d’effets et spaghetti de câbles. Il triture, règle et dérègle sans cesses ses machines, pour mieux tordre les sons. Et Malaby se relance, cette fois-ci au soprano qui couine, s’étrangle et crie. La musique tremble. Puis elle devient lunaire. Des bribes de mélodies se dégagent, les tempos s'apaisent. La musique circule comme un esprit. L'écoute est intense, autant sur la scène que dans le public.

bravo,samuel ber,tony malaby,jozef dumoulin

Les indications sont minimes, l'impro est totale et souvent surprenante, le chemin est aléatoire, presque inconnu. Combien de fois Samuel Ber hésitera avant de frapper la cymbale tandis que Jozef Dumoulin déviera chaque fois un tout petit peu de sa route. C'est beau et fragile.

Quelqu'un a dit un jour que la musique ne se capturait jamais, qu’elle était « l'instant », qu'il n'y avait rien de plus éphémère ni de plus volatile qu’elle. Le trio nous en donne une preuve encore ce soir.

Après une courte pause, le second set commence en force, à pleine puissance, comme pour casser les murs de l'ordinaire. Comme pour se libérer directement des carcans. Après cela, tout est possible.

Le dialogue, comme une transe, entre Malaby et Ber est d'une intensité incroyable. Les phrases sont courtes, resserrées, comme pour ne garder que l'essentiel et pour mieux repartir dans la furie.

bravo,samuel ber,tony malaby,jozef dumoulin

On s'enfonce ensuite dans une jungle dense, faites de spasmes et de lamentations. Tout en énergie retenue. Petit à petit, tout devient délicatement percussif. La sax claque, la batterie se fait plus sèche encore et Jozef fait s'entrechoquer des verres. La musique naît, se bat, s'épanouit, grandit, résiste, s'abandonne et meurt.

C’était une abstraction sur une improvisation d’une composition qui n'a pas de nom, précise Samuel Ber, non sans humour... Tout est dit.

C’était surtout une belle rencontre, pleine d’échanges et de recherches. Une belle expérience et une preuve de plus que le jazz est bien vivant et qu'il a encore plein des choses à dire.

A+

Merci à Olivier Lestoquoit pour les photos.

22:53 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bravo, samuel ber, tony malaby, jozef dumoulin |  Facebook |

10/10/2015

Rotem Sivan Trio au Bravo

Je ne connaissais pas vraiment le guitariste Rotem Sivan, mais en écoutant son disque A New Dance (son troisième déjà), quelque chose m’a chatouillé l’oreille. Je ne sais pas quoi au juste. Un son, un phrasé particulier, une interaction entre les musiciens, une façon singulière de délivrer les mélodies. Un coup d’œil sur son site et je m’aperçois qu’il joue en trio au Bravo, le 6 octobre, avec Haggai Cohen-Milo à la basse et Ferenc Nemeth (qui remplace pour l'occasion Colin Stranahan) à la batterie. Ça ne se refuse pas !

bravo,rotem sivan,haggai cohen milo,ferenc nemeth

Dans la salle, il y a pourtant peu de monde. Alors, on a tiré les rideaux noirs pour rendre l’endroit plus cosy et intime. Et ça va très bien avec la musique de Sivan.

Le trio est resserré, Rotem Sivan joue assis, face à la batterie, et le bassiste se coince entre eux.

« Yam », qui ouvre le concert tout en douceur, a des petits airs – légers, très légers - de bossa. Le morceau suivant est légèrement plus swinguant, un rien plus tranchant. Tout semble se jouer à l'économie, tout en finesse. Le jeu du batteur est extrêmement aérien. Ferenc Nemeth éparpille des rythmes soutenus dans des frappes ultra légères mais bien présentes. Ses baguettes et ses balais rebondissent avec souplesse. C’est un coloriste qui arrive, en deux coups secs, à évoquer tout un paysage.

Face à lui, le jeu de Rotem Sivan ne prend que plus de brillance. Si le guitariste s'inspire sans doute des grands anciens (les Jim Hall ou Joe Pass, par exemples) il y intègre cette énergie, très concentrée, de la scène new yorkaise actuelle. On perçoit également chez lui quelques inflexions classiques ou baroques dans l'approche. Il y a quelque chose de « naturel » dans le son et Rotem, qui évite le plus souvent la surenchère d'effets. Bien sûr, il s’aide parfois de pédales, comme sur une magnifique et surprenante version de « In Walked Bud ». Avec Haggai Cohen-Milo, il s’amuse surtout à jouer les contrepoints et à redoubler les accélérations. Le bassiste est extrêmement mélodique et très rythmique à la fois.

bravo,rotem sivan,haggai cohen milo,ferenc nemeth

« I Wish You Where Here » s’enfièvre rapidement, les échanges sont courts et précis. « New Dance » fluctue entre tarentelle et blues. «Angel Eyes » se fait plus intrigant que jamais. « One For Aba », à la fois tendre et nerveux, révèle quelques subtiles réminiscences du folklore juif. Le jeu est sautillant, parsemé de stop and go

On sent indéniablement, dans ce trio, une filiation avec les Avishai Cohen, Ziv Ravitz, Omer Avital ou encore Shai Maestro. On ressent à la fois cette urgence et cette énergie toute new yorkaise qui ne s'embarrasse pas de fioritures et, à la fois, plein de douceur.

En un seul et long set, le groupe a présenté la plupart des titres de son dernier album, très convainquant, et nous a donné envie d'en entendre plus.

Un trio à tenir à l’œil et un guitariste à suivre, très certainement.

 

 

A+

 

 

 

15/06/2015

Matthieu Marthouret Bounce Trio - Bravo

L’organiste Matthieu Marthouret était de passage à Bruxelles pour présenter son dernier album en trio : Small Streams… Big Rivers. Et il avait choisi le Bravo.

Avec Toine Thys au ténor et Gautier Garrigue aux drums, Bounce Trio (puisque tel est le nom du groupe) rebondit entre bop, soul jazz, thèmes originaux et reprises, comme, par exemple, avec ce légèrement funky «Tom Thumb» de Wayne Shorter, pour ouvrir le concert.

matthieu marthouret,gautier garrigue,toine thys,bravo,vincent thekal

Le thème est emballé avec une belle fougue. Il faut dire que, en trio, la musique est plus découpée et dégraissée. Marthouret fait d'ailleurs preuve d’une belle habileté en assurant groove, lignes de basse et mélodies. Bien sûr, le drumming, tendu et sûr, de Gautier Garrigue est là, bien solide, pour le soutenir. Sur «Joe», le sax et l'orgue jouent à la course poursuite ou le relais, c'est selon. Entre quelques citations de «Lullaby Of Birdland», le thème file et Toine Thys peut enchaîner les chorus enflammés. Les échanges sont parfois âpres, pleins de swing et de vivacité. On en voudrait plus des morceaux comme celui-là car, même si «Visions » (de Stevie Wonder) est plein de charme, il est un peu trop respectueux de l’original, et manque peut-être un peu d’intérêt. On pourrait faire la même remarque à propos de la reprise de «Shine On You, Crazy Diamond» (de Pink Floyd).

Quand ils sont libérés, chacun des musiciens y va de son solo. Guarrigue claque les fûts sur un question-réponse avec l'organiste et Thys vient mettre son grain de sel. «Years», tout en accélérations et allers-retours rythmiques est brillant d'efficacité. Du coup, «Prélude en Ut Mineur» (inspiré de Frédéric Chopin), joliment arrangé, vient à point nommé pour calmer le jeu.

Le fait de ne faire qu'un seul et long set est sans doute bénéfique au trio chez qui l’on ressent de la chaleur et de la cohésion grandir au fil des morceaux. Les trois amis semblent dialoguer sans a priori, ni calcul. La musique n'en est que meilleure. Elle est plus chaude et sensuelle, les solos sont plus liés, s'intègrent et se confondent plutôt qu'ils ne se succèdent. L'âme du trio se révèle vraiment, comme sur ce morceau d’Eddy Louis ou encore sur un «Bounce Neuf», tourbillonnant à souhait.

Et pour terminer ce bon concert, et pour rendre un dernier hommage à Ornette Coleman, disparu le matin même, Marthouret invitera un second ténor à monter sur scène : Vincent Tekhal.

Small Streams… Big Rivers.

 

 

 

A+

 

07/06/2015

Guillaume Vierset Harvest Group - Au Bravo

Première bruxelloise pour le nouveau projet de Guillaume Vierset : Harvest Group.

Il s’agit, ce soir au Bravo, d’une remise en jambe, d’un try out, avant la sortie officielle de l’album Songwriter prévue officiellement à Liège (13 juin à l’An Vert) puis à Comblain en juillet et au Marni en octobre seulement.

guillaume vierset,yannick peeters,yves peeters,mathieu robert,marine horbaczewski,bravo

Est-ce le succès prolongé du LG Collective (dont Guillaume est également leader) qui aura retardé la sortie de l'album enregistré en aout 2014 déjà ? Peut-être. En tous cas, si Guillaume Vierset a pris son temps (à raison sans doute), c'est bien à l'image de la musique qu'il propose.

En effet, inspirée de Neil Young (un peu) et de Nick Drake (beaucoup), ce jazz, un peu folk un peu pop, aime s'alanguir sur des tempis calmes. Et pour rendre au mieux ces ambiances americana (qui évoque parfois l'esprit Brian Blade et son Fellowship Band ou Bill Frisell de Big Sur) le guitariste s´est entouré d'un line-up original et de tout bon niveau. On y retrouve en effet Mathieu Robert au soprano, Yannick Peeters à la contrebasse, Yves Peeters aux drums et Marine Horbaczewski au violoncelle.

Cette sobre musique, mélancolique et lumineuse à la fois, doit certainement une grande partie de sa réussite à la sensibilité de chaque musicien, de leur grande entente et, bien entendu, d’une grande écoute mutuelle. Outre le jeu d’une belle souplesse de Guillaume Vierset, ce sont les cordes du violoncelle, mêlées à celle de la contrebasse, qui donnent une saveur particulière à l’ensemble. Parfois à l'unisson, parfois en contrepoint, les deux filles de la bande colorent les atmosphères de ce glacis nostalgique et légèrement ténébreux. De son côté, les interventions plus âpres, assurées par le soprano d’un Mathieu Robert irréprochable, amènent une pointe d’acidité bienvenue. C'est ce côté doux-amer, sucré salé qui fait tout le charme discret de cette musique. Les compos originales de Vierset («Songwriter», le superbe «Around Molly», «First Act» ou encore «Enough» qui a les honneurs du premier Real Book belge) n'ont rien à envier à celles de Nick Drake («Time As Told Me», «Pink Moon»…). On y retrouve le même esprit, et on se laisse bercer et emporter par cette musique toute et nuance et délicatesse.

guillaume vierset,yannick peeters,yves peeters,mathieu robert,marine horbaczewski,bravo

Alors, les morceaux s’enchaînent, en un seul set, pour ne pas briser l’ambiance ouatée qui s’est installée peu à peu. Si tout est assez feutré, jusque dans le drumming caressant de Yves Peeters, «Red Moon» ne manque cependant pas de fermeté rythmique.

Et puis, soulignons aussi les arrangements, maîtrisés et équilibrés, qui permettent aux musiciens de s´exprimer tour à tour, en solo ou en duo, et amener ainsi le juste relief dont cette musique a besoin.

 

 

Un bon premier concert qui se savoure avec bonheur dans l’intimité d’un confort simple.

A+

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

20/04/2015

Oded Tzur Quartet - Bravo

Après Paris et avant Amsterdam, Rotterdam ou encore Tel Aviv, le groupe du saxophoniste new yorkais - d'origine israélienne - Oded Tzur a profité de la sortie de son premier album (Like A Great River, chez Enja) et de sa première tournée européenne pour s'arrêter ce dimanche soir à Bruxelles. Et on peut dire qu’il y avait du monde au Bravo pour découvrir cet intriguant quartette dans lequel on retrouve de sacrées pointures : Shai Maestro (p), Ziv Ravitz (dm) et Petros Klampanis (cb).

bravo,ziv ravitz,shai maestro,oded tzur,petros klampanis

Dans une ambiance intimiste, l’entrée en matière se fait tout en souplesse et sensualité. On se laisse  peu à peu envahir par la musique comme on se coule doucement dans un bain chaud. Sur les respirations calmes de la contrebasse, Tzur dépose un souffle chaud et serein. L’espace s’ouvre et les motifs se dessinent lentement.

Le ténor laisse ensuite la place à Shai Maestro et Ziv Ravitz (toujours soutenus par la contrebasse lancinante de Klampanis). Le pianiste développe des harmonies de plus en plus charnues et plus complexes. On dirait un vent chaud, venu du désert, qui s'élève avec force avant de s’estompe délicatement. Quand le tourbillon prend de la force, Oded Tzur reprend le fil de l’histoire où il l’avait laissé… dans le silence qui est revenu.

On reste en suspens et on n’ose à peine applaudir pour ne pas briser la magie de l’instant.

bravo,ziv ravitz,shai maestro,oded tzur,petros klampanis

Il y a quelque chose d'organique et de minéral dans cette musique. On a l’impression qu'elle vient du sol, qu'elle s’épanouit en douceur, qu’elle grandit avant de s’évaporer. On dirait qu’elle révèle les âmes, les accompagne et les protège, avant de les laisser vivre et danser.

Chaque morceau est une longue et lente évolution mélodique, introspective, méditative.

Oded Tzur travaille avec douceur des notes étirées qui évoquent tantôt le bansuri, tantôt la zurna. La transe n’est jamais loin et se mêle à un groove retenu.

Derrière ses tambours, Ziv Ravitz joue les sons feutrés, presque étouffés. Il utilise les mailloches ou les mains pour caresser les peaux et faire vibrer sobrement les cymbales. Son solo en fin de concert, plein de fougue et dénué d'agressivité, est magnifique de maîtrise.

bravo,ziv ravitz,shai maestro,oded tzur,petros klampanis

Quant à Shai Maestro, il invente, il colore et dévoile les harmonies aux saveurs légèrement orientales. La pulse est comme souterraine. Lui aussi étouffe parfois les cordes, comme pour creuser un peu plus dans une musique ethnique, comme pour se rapprocher encore plus des racines et des fondations. Car la musique d’Oded Tzur va bien au-delà du jazz (ou plutôt, vient de bien avant le jazz).

Cette musique hypnotique invite au balancement, puis à la transe, avec une élégance rare. Tzur garde une ligne de conduite - un objectif et un seul discours qu'il ne lâche jamais - comme s’il s’agissait d’une quête ou d’une recherche perpétuelle de quiétude.

C’est comme cela qu’il construit des moments forts et qu’il nous a offert, ce soir, un magnifique concert.

 

 

A+

 

04/04/2015

Random House - Bravo

Oui, j'ai raté plusieurs concerts au Bravo, le club qui a le vent en poupe en ce moment à Bruxelles. Oui, j'ai raté Jochen Rueckert (avec Mark Turner et Lage Lund) et aussi le quartette de Will Vinson

Mais ce jeudi soir, j'ai pu aller écouter Random House, le dernier groupe de Thomas Champagne. Et ce soir, le public est assez dispersé (il faut dire que «l’offre jazz» est assez étoffée : JS Big Band à la Jazz Station, la Jam du Chat-Pitre, Joachim Caffonnette au Sounds, entre autres).

bravo,random house,thomas champagne,alain deval,guillaume vierset,ruben lamon

Au sous-sol du Bravo, Guillaume Vierset (g), Ruben Lamon (cb) et Alain Deval (dm), qui entourent le saxophoniste, entament «Oriana», un morceau à la structure plutôt classique mais très solaire et tournoyante. Aussitôt, on remarque les impros incisives de Guillaume Vierset, à qui Champagne laisse beaucoup de place dans le groupe, ainsi que de belles interventions de Ruben Lamon, qui fait preuve d’un jeu ferme et ondulant.

Les bases sont jetées et l’on peut s’aventurer plus loin avec «Block». Ici, on défriche et on fouille les sons. L’esprit est plus chaotique et abstrait. La tension se fait sentir et les sons rebondissent et ricochent. L’histoire se construit par touches et finit par exploser en une sorte de blues rock, lourd et puissant. On sent que le groupe capable de se lâcher un peu plus encore et de délirer à fond. Mais Random House préfère garder le contrôle et ne pas trop s’étendre. On en aurait bien pris un peu plus.

On aurait bien pris un peu plus aussi de «Around Molly», une composition de Vierset en hommage à la maman de Nick Drake dont il est fan déclaré. Cette superbe ballade jazz folk, aux parfums americana, voit se tresser des mélodies subtiles qui s’entrelacent enter la guitare et le sax. Ce morceau est propice aux impros et digressions… mais le groupe préfère respecter un format chanson, court et concis. Tant pis pour nous. Plus swinguant est le thème suivant (qui ne porte pas encore de nom) dans lequel Thomas Champagne se libère totalement. Soutenu par une rythmique solide, il mène la danse avec fermeté avant de passer le relais à Vierset (un futur grand de la guitare, décidément). Son jeu est fluide et nerveux, parfois osé, inspiré des meilleurs guitaristes new-yorkais actuels. Il construit et invente sans jamais se départir d’un groove intérieur.

bravo,random house,thomas champagne,alain deval,guillaume vierset,ruben lamon

Après une reprise nerveuse au second set, Random House propose, un thème plus nébuleux, éclaté et dispersé, «One For Manu». On se rapproche un peu de la méditation ou de la transe parfois, surtout au travers du travail d’Alain Deval, qui joue principalement avec les maillets, comme pour invoquer la forge sourde de Vulcain. Le morceau est aussi fascinant que changeant. Le groupe mélange - si pas les styles - en tous cas les rythmes, les tempi et  les ambiances.

On enchaine alors avec un morceau plus ondulant et sensuel, «Circular Road» qui navigue entre jazz et pop à la Talk Talk et, bien entendu, la musique répétitive.

Random House défriche le jazz avec délicatesse, tout en gardant une oreille sur la tradition, et ne se ferme aucune porte. Ce mélange d’influences définit bien le nom d'un groupe qui n'est qu'au début d'une belle aventure. A suivre.

 

 

 

A+

 

 

22/02/2015

Jonathan Kreisberg Quartet au Bravo

 

bravo,jonathan kreisberg,colin stranahan,rick rosato,will vinson

Vendredi soir, Jonathan Kreisberg était de retour au Bravo avec son quartette.

Il y était déjà venu en octobre de l’année dernière, avec la même formule, dans un club bondé. Cette fois-ci - à cause des vacances de Carnaval ? De la grosse offre jazz sur Bruxelles ce soir-là ? - il y avait peut-être un peu moins de monde au club du bout de la rue Dansaert. Et c’est un peu dommage car un guitariste de ce niveau (qui fait partie, à mon avis, des 10 meilleurs New Yorkais actuels, aux côtés des Kurt Rosenwinkel, Lage Lund, Lionel Loueke, Rez Abassi, Yotam Silbertstein et quelques autres…) mérite une bien plus grande audience. Pourquoi ne le verrions-nous pas, d'ailleurs, dans des festivals chez nous ?

En attendant, et tant que l’on peut profiter de sa musique en club, ne nous en privons pas.

Entouré de Will Vinson (as,p), Rick Rosato (cb) et Colin Stranahan (dm), Jonathan Kreisberg débute, tout en souplesse, un «Stella By Starlight» d’une grande élégance. Le thème est retravaillé sur un groove qui évoque un peu les balancements d’Ahmad Jamal. L’ambiance est relax, douce et détendue. On s’installe confortablement.

bravo,jonathan kreisberg,colin stranahan,rick rosato,will vinson

Après cette entrée en matière suave, Jonathan Kreisberg introduit magistralement «Until You Know» avec une incroyable maîtrise technique et musicale. Ça monte vite dans les tours. C’est l’occasion pour Will Vinson de décocher ses premiers solos vifs et nerveux et pour Colin Stranahan de provoquer les breaks. Il faut dire que ce thème, lancé à toute allure, est quelque peu vicieux. Il change plusieurs fois de directions, de tempos et de métriques, mais il se joue surtout avec beaucoup de fluidité, ce qui ajoute à la puissance.

Entre chaque morceau, Jonathan Kreisberg prend le temps de dialoguer et de rire avec le public. Il y a de la décontraction dans son attitude et cela se ressent aussi dans sa musique qui, aussi complexe et virtuose qu’elle soit, passe avec beaucoup d’aisance. Pourtant, lorsqu’on regarde jouer le guitariste, son visage, hyper mobile, se tord dans tous les sens, se contracte, se tend, s’apaise un instant, puis grimace à nouveau. Il vit intensément sa musique.

«Wave Upon Wave» (titre éponyme de l’album, que je vous recommande vivement) évolue par couches plus intenses les unes que les autres. Kreisberg distille quelques effets qui renforcent plus encore la mélodie. Et puis, sur la reprise de «I Fall In Love Too Easely», on ne peut qu’être admiratif de son phrasé, riche et raffiné.

Rick Rosato, à la manière d’un Palle Danielsson, fait preuve, une fois de plus, d’une grande musicalité dans ses solos : ils sont autant profonds, chauds et charnus que secs et claquants.

bravo,jonathan kreisberg,colin stranahan,rick rosato,will vinson

Le quintette enchaîne les thèmes, joue avec le chaud et… le brûlant. «Wild Animals We’ve Seen» est fiévreux, tandis que «From The Ashes» rebondit sous les baguettes de Stranahan et les riffs de Kreisberg à peine assouplis par interventions de Will Vinson (tant au piano, qu’au sax). Le swing est partout, le groove omniprésent. Le groupe se nourrit de la tradition bop pour délivrer un jazz moderne, très actuel.

«Spin», tour de force qui porte bien son nom, s'enroule et s´envole autour de la guitare virevoltante du leader. Jamais pourtant, on ne tombe dans le démonstratif. C'est la sensibilité qui prime toujours, comme sur cette somptueuse balade dont je ne me lasse pas : «Being Human».

Après ce moment feutré, de toute beauté, on termine en force avec le très jungle et nerveux «Stir The Stars», avant un rappel qui rend hommage à Monk.

Bref, ce soir au Bravo, il n’y avait que du bonheur.

 

 

A+

 

06/02/2015

Sinister Sister Performs Zappa - Au Bravo

Sinister Sister, ce sont Pieter Claus (vib), Michel Hatzigeorgiou (eb), Maayan Smith (ts)
Jan Ghesquière (eg) et Lander Gyselinck (dm).

Ils ont décidé, voici un an ou deux, de rendre visite à ce bon vieux Frank Zappa. Et on peut les comprendre. Quel plus grand plaisir, pour un musicien, de jouer cette musique qui n'a jamais choisi entre le jazz, le rock et les expérimentations contemporaines les plus dingues.

sinister sister,michel hatzi,maayan smith,jan ghesquiere,lander gyselinck,pieter claus,bravo,frank zappa

Alors bien sûr, pour jouer Zappa, il faut les avoir bien accrochées, un sacré bagage technique et musical mais aussi et surtout, il faut comprendre l'esprit de ce fou (pas aussi iconoclaste qu'on veuille bien le dire) de Baltimore. Et, en ce qui concerne l'esprit (car ici, ni la technique, ni le culot, ne sont à mettre en doute), nos 5 complices ont tout compris.

Pieter Claus, initiateur du projet, a re-arrangé certains morceaux, les a parfois mélangé entre eux, sans pour autant en simplifier l’écriture, ni trahir le style. «Black Page», «Alien Orifice» ou encore «Peaches En Regalia» : bonjour le délire.

Aux avant-postes, il y a Maayan Smith au ténor, jeu souple et voix souvent à la limite de la cassure, qui maintient contre vents et marrées, une tension mélodique intense (et il n’a rien à envier à Brecker ou Napoleon Murphy Brock). Puis, le groupe peut compter également sur la basse ondulante d'Hatzi. Une véritable anguille qui remue constamment les tempos, les pousse au bord du déséquilibre tout en gardant toujours le contrôle. Il rappelle ses artistes chinois qui font tourner des assiettes au bout d’un long et fin bâton, sans que jamais elles ne tombent. Les rares solos qu’il prend, attisés par le drumming démentiel (précis, fougueux, toujours inventif) de Lander Gyselinck, sont fantastiques.

Puis il y a «Filthy Habits» ou encre «I Promise Not To Come In Your Mouth».
Et c’est Jan Ghesquière qui en profite pour lâcher une série de chorus bien trempés. Il tord les sons, les étire, puis il les taillade de quelques riffs incisifs. C’est fluide et fort.
Et bien entendu, Pieter Claus, derrière son vibraphone, amène cette touche de folie (une de plus), parfois douce, parfois schizophrène, un peu hors du temps, un peu hors des modes. Le jeu est aérien et flottant, mais quand il plonge, tête la première dans la transe, il fond comme l'épervier sur une proie. Les autres musiciens s'écartent le temps d'une courte respiration avant de l'engloutir à nouveau dans le magma bouillonnant.

Ce qui est formidable avec la musique de Zappa – et dans la façon dont elle est jouée ce soir - c'est la juxtaposition, presque contre nature, de la puissance parfois quasi hard rock des thèmes et de la douceur des pseudo ballades perverses aux richesses harmoniques insoupçonnées. La surprise est toujours là où on ne l'attend pas. Même si l'on connaît (ou croit connaître) la musique du grand moustachu.

On n’arrêtera jamais de redécouvrir Zappa. Même 20 ans après.
Alors voilà une bonne nouvelle : Zappa est bien vivant.

 

 

A+

 

 

21/04/2014

Ben Sluijs - Erik Vermeulen Duo au Bravo.

 

Concert au Bravo ce jeudi 10 avril, pour la sortie du tout nouvel album Decades (chez De Werf), du duo Ben Sluijs (as) et Erik Vermeulen (p).

Decades s’écrit-il au pluriel parce que le pianiste et l’altiste cherchent et travaillent ensemble depuis bientôt vingt ans sur les mystères de la musique en général et de l’improvisation en particulier ? Peut-être.

En tout cas, ce troisième disque franchit un échelon et est, une fois de plus, une belle réussite.

ben sluijs,erik vermeulen,bravo,de werf

On se souvient du premier et magnifique album, Stones, sorti en 2001, ainsi que du non moins brillant Parity (2010), qui rassemblaient les deux musiciens autour de compositions personnelles, de courts impromptus et de quelques standards revisités de manière plutôt originale. Decades creuse le sillon… et s’en éloigne tout autant.

Au sous-sol du Bravo, le silence se fait, le public s’étale en arc de cercle autour des deux instrumentistes, et Ben Sluijs souffle les premières notes.

Ce sont comme des papillons qui s’envolent - d'une façon un peu désordonnée - dans une ondoyante dérobade à laquelle Erik Vermeulen accroche aussitôt ses accords singuliers.

La musique du duo naît d’un véritable travail d’équilibriste. On vacille entre l’abstrait et le romantisme. Entre la chaleur et la réserve, entre le lumineux et l’énigmatique.

Les deux hommes s’écoutent et se répondent dans un dialogue particulier. Ils sont tellement attachés et tellement détachés, tellement différents et tellement complémentaires qu’ils ne proposent jamais de simples juxtapositions mélodiques ou d’accompagnements classiques mais plutôt une véritable fusion, particulière, étrange, unique.

ben sluijs,erik vermeulen,bravo,de werf

Cette musique a un sens et, pour l’apprécier et l’appréhender au mieux, il faut l’écouter par le début. Alors, elle devient vénéneuse, elle s’infiltre en vous et vous transforme. Le public l’a bien compris, il est attentif et scrute les moindres variations pour ne pas se faire surprendre... et se fait avoir quand même.

«Little Paris» se déploie comme une tendre ballade, dans laquelle s’immiscent quelques surprises, «Pretty Dark» nous emmène dans un voyage troublant et instable et «Decades» se raconte en pointillés. Puis il y a le thème très peu joué de Monk, «Light Blue» et un «April In Paris» revu et corrigé d’étonnante façon. Et puis il y a aussi une version intense de «The Man I Love».

On devine l’héritage de Tristano, de Waldron et bien sûr de Monk chez Vermeulen, qu’il a utilisé, fouillé, démonté puis jeté pour construire son propre style, unique et très reconnaissable. On sent la poésie un peu amère d’un Konitz ou la turbulence d’un Ornette Coleman épicer subtilement le jeu très personnel de Sluijs. Tout cela dans une optique très contemporaine.

Les compositions originales se fondent aux standards. Et inversement. Elles sont, les unes et les autres, transformées, malaxées, métamorphosées et, finalement, totalement absorbées par le duo.

Avec Decades, Sluijs et Vermeulen démontrent une fois de plus qu’ils font partie des musiciens belges – voire européens – qui ont véritablement quelque chose à dire. Et franchement, on devrait les voir bien plus souvent sur scène. Au nord comme au sud du pays… et même en dehors.

A bon entendeur...

 

 

 

A+

 

 

 

21:30 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ben sluijs, erik vermeulen, bravo, de werf |  Facebook |

08/03/2014

Sylvain Cathala Trio au Bravo

 

Je ne sais pas si c’est parce que c’est nouveau, mais le Bravo semble être l’endroit idéal pour le jazz qui se crée, se recrée et se transforme sur l’instant même.

Il faut dire aussi que ce soir (jeudi 27 février) c’est le trio de Sylvain Cathala qui donne le ton.

sylvain cathala,sarah murcia,christophe lavergne,bravo

Si la musique de Cathala est complexe dans sa construction, elle n’en est pas moins immédiate et captivante.

En effet, les différents rythmes semblent se débattre pour infiltrer votre cortex et votre épiderme en même temps. Et très rapidement, la musique vous envahit. A la manière d’un cheval de Troie (ou de trois !) qui s’ingénie à brouiller les pistes pour tordre au mieux vos sentiments et bousculer vos certitudes.

Les polyrythmies sont quasi constantes et les changements de tempos nombreux. On flotte dans un rubato presque permanant («Hope»). Et pour que cela tienne, il faut bien connaître ses partenaires et en être à l’écoute. De ce côté-là, pas de problème, Sarah Murcia (cb) et Christophe Lavergne (dm) s’entendent comme larrons en foire. Ils échangent des lignes rythmiques et mélodiques qui se régénèrent à chaque fois, proposant au groupe d’aller explorer de nouveaux univers et de chercher d’autres horizons. Cathala laisse d’ailleurs beaucoup d’espaces à cette rythmique exaltée.

sylvain cathala,sarah murcia,christophe lavergne,bravo

Les accélérations et décélérations brutales permettent au saxophoniste, dans de longues phrases sinueuses, d’emmener les mélodies là où on ne les attend pas. «Entremêlée» porte vraiment bien son nom.

Le travail de Sarah Murcia à la contrebasse est épatant. Elle fait corps avec son instrument, elle le pétri et elle creuse pour aller dénicher les notes ou les laisser s’évader. Son introduction en solo sur «Black Dance» est d’une pureté et d’une musicalité absolue, aussi brutale que sensuelle.

Parfois aussi, elle slappe presque les cordes, comme pour tenir tête au feu continu du batteur. Ensemble, ils jouent au chat et à la souris et déplacent les points de stabilité du trio. Christophe Lavergne a la claque sèche (tant aux balais qu’aux baguettes) et son jeu est toujours sous tension. On le sent attentif aux moindres mouvements. Il est toujours en alerte.

sylvain cathala,sarah murcia,christophe lavergne,bravo

Alors, Cathala, auteur de toutes les compos, s’infiltre dans les espaces, et ses mélodies se construisent sur les sillons creusés par la rythmique. Un peu à la manière d’un cours d’eau qui trouve son chemin entre les galets et les alluvions, mais qui peut aussi modifier le parcours à tout moment. Tout est dans la mouvance, entre l’écriture stricte et l’improvisation la plus débridée.

Parfois, le saxophoniste suspend la phrase pour la terminer plus tard, laissant la musique s’oxygéner d'avantage.

Chaque pièce de ce puzzle musical s’imbrique les unes aux autres, malgré leurs formes particulières, et finissent par délivrer une histoire pleine de nuances («Constantine», pour ne citer que celle-là).

Le trio de Sylvain Cathala est toujours en renouvèlement et chacun de ses passages en Belgique est réel plaisir. On attend donc sa prochaine visite avec grande impatience. Tenez ça à l’œil.

 

 

 

A+

 

 

 

 

 

03/03/2014

Lieven Venken Trio au Bravo

 

Le Bravo est un tout nouveau lieu à Bruxelles qui a l’ambition de programmer du jazz… beaucoup de jazz.

Au sous-sol d’un immeuble restauré et transformé en bar et cantine (en plein Creative Business du Centre Dansaert), dans une ambiance post-industrielle, undrground et chaleureuse, le trio du batteur Lieven Venken (avec Michel Hatzigeorgiou et Jereon Van Herzeele) joue sans amplification.

yvan bertem,bravo,lieven venken,michel hatzi,jereon van herzeele

Il faut dire que l’endroit s’y prête à merveille. Décor fruste, vieilles palettes de bois encaissées dans de grandes étagères en béton. Tout est brut de décoffrage. Tout comme la musique du groupe, d’ailleurs, prêt à en découdre avec de bons vieux thèmes brûlants.

Jereon Van Herzeele (ts) découpe à la hache «Afro Blue», après un solo puissant en introduction de Lieven.

L’esprit est au jazz de révolte et de revendication.

Michel Hatzi enchaîne furieusement les accords. Nerveux, tranchés.

«Naïma» est un cri plutôt qu’une douce et longue complainte. De même, «Solar» est incendié par le jeu abrasif de Jereon Van Herzeele.

Puis, le jazz entre en transe avec une intro à la basse électrique de Michel Hatzi et ses loops hypnotiques et lancinants. Sa science de la construction est inouïe.

Ces rythmes entrainent quelques téméraires danseurs (dont l’incroyable Yvan Bertrem) a exécuter une chorégraphie erratique devant le groupe. Et la tension monte, la musique bouillonne entre jazz très improvisé, presque free, et psychédélisme.

«Gratitude» (de Van Herzeele), construit sur un module répétitif prend des airs rock et le solo de Michel Hatzi est à nouveau monstrueux. Il rappelle par moment les délires d’un Terry Kath.

Jereon Van Herzeele, toujours à pleine puissance, s’inspire autant d’Ayler que de Coltrane époque «Interstellar Space». Lieven Venken , imperturbable, martèle sa batterie comme jamais, tout en gardant un drive imparable.

Pour terminer, «Giant Steps» lui-même est absorbé, malaxé et démantelé par le fougueux trio.

Ce soir, c’était du jazz version «alcool fort». Straight, no chaser.

A+