26/09/2011

Saint Jazz Ten-Noode 2011

Comme chaque année à pareille époque, on a tendu le grand chapiteau blanc sur la place Saint-Josse pour le Saint-Jazz-Ten-Noode. Cette fois-ci, l’événement est sous-titré : « Aux frontières du jazz ». Dimitri Demannez et une belle bande de bénévoles se sont donc coupés en quatre pour nous offrir une affiche plutôt excitante.

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Le public est encore un peu disséminé, quand j’arrive samedi sur les coups de 17h.30. Une bonne partie cherche encore quelques perles rares à la bourse aux disques qui se tient à deux pas, tandis que d’autres écoutent sagement le quartette de Fabrizio Graceffa. Le guitariste, accompagné de Boris Schmidt (cb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Lionel Beuven (dm) nous propose de parcourir son disque « Stories » sorti l’année dernière chez Mogno. L’ambiance est à la plénitude, aux longues harmonies douceâtres, aux développements contemplatifs. Il y manque parfois un peu de surprises. Il faut dire que la finesse des arrangements et la subtilité de l’écriture de cette musique intimiste se perdent un peu sur cette grande scène. A revoir en club pour en profiter pleinement.

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Voices de Nicolas Kummert (ts, voc) fait à nouveau monter le niveau. Contrairement au dernier concert que j’ai vu (à Bruges), celui-ci est peut-être un peu plus tendre et doux. Bien sûr, il y a toujours cette spirale ascendante qui nous emmène vers un climax fiévreux (« Folon », introduit magistralement à la guitare par Hervé Samb) ou des moments endiablés (« Affaires de Famille »). Et puis, il y a toujours un Alexi Tuomarilla (p) éblouissant et une rythmique d’enfer (Lionel Beuvens (dm) et Axel Gilain (cb) en remplacement de Nicolas Thys). Du top niveau.

C’est le tremplin idéal pour faire connaissance avec les amis de Baba Sissoko : Stéphane Galland et Boris Tchango aux drums, Reggie Washington à la basse électrique, Alexandre Cavalière au violon et de nouveau Nicolas Kummert au ténor et Hervé Samb à la guitare.

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Avec deux batteurs, le ton est rapidement donné, ce sera festif (pouvait-on attendre autre chose de Baba Sissoko, d’ailleurs?). La place est maintenant totalement remplie et prête à danser. C’est parti pour une heure - et bien plus - d’énergie et de bonne humeur africaine. Baba fait parler son Tama et invite les autres musiciens à la conversation. Ça fuse dans tous les sens et chacun à droit à la parole. Hervé Samb est un des premier à plonger de plain-pied dans la transe. Avec une dextérité peu commune, le guitariste Sénégalais enflamme le chapiteau. Et puis, c’est une «battle» entre les deux batteurs, suivi d’un duel entre Baba et Stéphane Galland, puis entre Baba et Boris Tchango. Et la salle danse et se dandine de plus belle en reprenant en chœur les chants du griot. Que du bonheur !

Le temps d’aller saluer et féliciter ce petit monde et je me dirige vers le Botanique pour les deux derniers concerts à l’Orangerie.

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Belle découverte que celle du trio R&J. Clive Govinden (eb), Jerry Leonide (keyb) et Boris Tcahngo (dm) déballent un jazz qui rappelle parfois la fusion des années ’70 ou la musique de Mario Canonge. Après quelques morceaux sans trop de surprise, la température monte soudainement. Le trio injecte encore un peu plus de funk et de R&B. Yvan Bertrem en profite pour monter sur scène et entame une danse dont il a le secret. Mais bien vite, le service de sécurité (qui n’a rien compris à ce qui se passait) empoigne le danseur et le ramène dans le public. Heureusement, tout cela n’altèrera pas la bonne humeur ambiante. Hervé Samb, décidément partout ce soir, sera invité (sans se faire jeter par le service d’ordre, cette fois) à partager la scène. Brûlant !

Tout cela est parfait pour préparer le terrain au feu d’artifice final : Reggie Washington (eb), Gene Lake (dm) et Jef Lee Johnson (g).

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Nos trois hommes arrivent sur scène avec décontraction et simplicité. «First gig in my hometown», lâche Reggie. Ça en dit long sur son rapport avec sa ville d’adoption. Il y a quelque temps, il en témoignait dans So Jazz, sans aigreur, mais avec juste avec une petite pointe d’incompréhension. Mais ce n’est pas pour ça qu’il va rouler des mécaniques ce soir. Reggie est heureux d’être sur scène et de faire de la musique avec ses potes. Et c’est un vrai concert où le public et les musiciens apprennent à se connaître. Et c’est la musique qui les réunit. C’est blues. Du blues mâtiné de funk sensuel et de soul pure.

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Reggie déroule des lignes de basse avec une fluidité déconcertante. Elles se mêlent aux mélodies imprévisibles d’un Jef Lee Johnson, affalé dans son fauteuil. Gene Lake fait claquer ses drums. C’est sec et fin, vif et malin. Le mélange est détonnant et le trio fait monter la tension sans aucun artifice. Il nous prend par la main et nous emmène plus haut, toujours plus haut. Du grand art. Jef Lee Johnson joue à la limite du larsen avec finesse. Il raconte des histoires insensées avec ses doigts… et puis il chante, de cette voix grasse et fatiguée. L’alchimie entre ces trois artistes est unique. Avec eux, on passe par toutes les émotions. Absolument captivant.

Il paraît qu’un album est en préparation… Ça promet, ça promet…

Les saints du jazz étaient avec nous ce week-end.

A+

02/05/2008

Africa Jazz

Dernièrement, j’ai eu l’occasion de rencontrer Dee Dee Bridgewater, avec quelques amis de la presse écrite, pour parler de son projet actuel «Red Earth, A Malian Journey».

Dee Dee sera en concert aux Bozar ce 13 mai.

Vous avez peut-être déjà lu ma chronique de l’album sur Citizen Jazz. Vous aurez prochainement droit à l’interview de la chanteuse.

Après avoir parlé du Mali et de l’Afrique en général avec Dee Dee, j’ai ressorti 3 disques «Africains» dont je n’ai pas encore eu l’occasion de parler.

Le «moins récent» d’entre eux est celui de Dieudonné Kabongo:
«Kata Ndevu».

02
On connaît l’homme en Belgique pour l’avoir vu jouer la comédie au théâtre, dans ses one-man-shows ou encore au cinéma («Lumumba» de Raoul Peck  ou «Le couperet» de Costa Gavras, par exemple).
Le voici chanteur.
Bon, ici, on n’est pas vraiment dans le jazz, on est bien d’accord.
On serait plutôt dans la world ou la chanson africaine.
Parfois intimiste, voire minimaliste, la musique s’ouvre pourtant aux rythmes plus puissants.
Les percussions – derrière lesquelles on retrouve Chris Joris, Frank Michiels et Kabongo lui-même – résonnent alors dans un tourbillon presque hypnotique («Burundi» ou «Kutuntuka»).

Mais il s’agit surtout d’un album de chansons un peu pop («Shitaweza» soutenu discrètement par Cyril Orcel aux claviers), et il faut souligner le beau travail sur les voix. Ce sont elles surtout qui donnent du charme à l’ensemble.
Agréable.

01
Plus intéressant, plus «radical» peut-être, et plus «jazz» aussi : J’Afro’zz est un groupe formé par des musiciens Congolais qui allient musique traditionnelle et jazz.

Paul Ngoie, percussionniste et leader, emmène son petit monde dans une musique très solaire, joviale et dynamique.
Il a invité sur quelques titres Pierre Vaiana (ss), Fabrizio Cassol (as) ou encore Boris Tchango (dm) qui injectent aussitôt un «esprit jazz» plus marqué (sur «Bakubass» ou «Rencontre» entre autres).

Ailleurs, on ne reste pas insensible aux rythmes langoureux sur «Yves in Sorrow», qui donne à entendre le très beau jeu de Yves Monama à la guitare, soutenu par une ligne de basse ondulante de Claude Bakubama.

«Ngoma Tempo» est un album de jazz original et intéressant, car il n’est vraiment pas courant d’entendre la musique congolaise traitée de cette façon.

 

03
Bien différent encore de tout cela, c’est le projet de Eloi Baudimont et de Baba Sissoko: «Mali Mali».

C’est mon coup de coup de cœur depuis quelques mois déjà.
Il s’agit ici, de l’histoire d’une rencontre entre un Griot et un chef d’orchestre touche-à-tout.
Une belle histoire d’amitié et de musique entre le Mali et la Belgique.

Ce qui est particulièrement touchant dans «Mali Mali», c’est cette musique interprétée par la Fanfare amateur de Mourcourt et une quarantaine de choristes, tous aussi amateurs.
Je sais, on pourrait se méfier.
Mais on aurait tort.
Car ce disque est un véritable bijou de sincérité, de bonheur et de tendresse.
Il est magique.

C’est étonnant, comme le mélange de ces deux cultures fonctionne à merveille.
C’est émouvant de sentir l’application des choristes à faire «groover» les morceaux et de sentir chez eux ce côté hésitant, timide parfois, mais tellement chaleureux.

«Ebi» vous arracherait presque une larme.
«Tunga» ou «Masaya» ne peut que vous faire taper du pieds et claquer des mains. Si ce n’est pas danser.

Quant à la Fanfare, elle est éclatante de vie, de dynamisme et de sincérité.
Sans fard, sans prise de tête, sans crainte, mais avec un cœur «gros comme ça», elle peut tout se permettre. Et elle en profite.
Et ça marche.

Le disque est accompagné d’un DVD qui retrace le voyage d’Eloi Baudimont au Mali, ainsi que l’un des premiers concerts donnés à la Maison de la Culture de Tournai.
On en redemande !

Voilà donc un coffret (CD + DVD) que je vous recommande plus que chaudement.
(En plus, 1 Euro est reversé à l’association «Eau Vive» pour financer la construction de puits en Afrique de l’Ouest).

Bonheur et frissons garantis.

A+