05/03/2008

Blue Note Indoor - Gianluca Petrella, Bart Maris, Cecil Taylor

Jeudi dernier avait lieu à Gand la première soirée du premier Festival Blue Note Records Indoor.
L’intention de ce «nouveau» et court (2 jours) festival est de proposer une programmation un peu plus pointue que celle du rendez-vous d’été. On sait que Bertrand Flamang (directeur du festival) est assez friand de musiques improvisées et de free jazz.

Ce soir, dans le très beau, très bien aménagé et très contemporain Muziekcentrum du Bijloke à Gand, on pouvait assister à plusieurs concerts répartis dans différents endroits du bâtiment.
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Dans la grande salle d’abord: Gianluca Petrella Indigo 4.
Ce quartet avait fait forte impression lors de l’édition estivale du BNRF 2007.

Emmené par le remuant tromboniste italien, le groupe mélange les groove actuels,le swing et  l’impro limite free avec une énergie débordante.
Petrella balaie l’air avec la coulisse de s instrument à la manière d’un chef d’orchestre fou.
Il joue les effets, en trafiquant parfois le son de son trombone avec la pédale wha wha et cry baby sans exagération, car les mots soufflés, les grognements et les différentes sourdines font le reste.

A côté du leader, Franceso Bearzatti, au sax, donne une réplique exceptionnelle.
Il répond avec force et provoque souvent le tromboniste.
Les échanges sont vifs, excitants, brillants.

La rythmique (Fabio Accardi aux drums et Paolino Della Porta à la contrebasse) est très accrocheuse, elle aussi. Elle met le jeu des souffleurs en perspective.
C’est plus qu’un soutien, c’est une alimentation constante.
Énergique à souhait, ce concert a tenu toutes ses promesses.

Après cela, dans différents lieux du Bijloke, on nous propose trois concerts simultanés.
Il faut faire un choix, car ici, pas question d’entrer dans une salle pendant le concert.
Question de respect pour les artistes.

J’opte pour le projet de Bart Maris dans le grand hall.
Le trompettiste improvise d’abord seul, soutenu seulement par sa propre musique préenregistrée et diffusée via une dizaines d’enregistreurs et de vieilles bandes magnétiques tendues d’un bout à l’autre de la salle.
Etrange et fascinante installation qui déverse une musique aléatoire…

Le musicien est rejoint ensuite par Paul Van Gysegem à la contrebasse et Paula Bartolletti au chant lyrique et baroque, parfois bluesy, parfois traditionnel et populaire.
La musique est très éclatée, très ouverte, très avant-gardiste.
On passe de moments éclatants et hystériques à des moments extrêmement posés, faits de murmures.
L’expérience est éprouvante, intense et prenante.

Pour terminer: Cecil Taylor en piano solo.
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Le voilà, alerte, en pleine forme et souriant.
Les dreadlocks de part et d’autre de son crâne dégarni, les chaussettes oranges recouvrant le bas de son pantalon indien… on dirait le Tintin du free jazz.

Sa musique est surtout basée sur des grilles bien précises, mises au point par ses soins, qu’il n’hésite pas à quitter pour s’enfuir dans des  improvisations inspirées et souvent très tendues.

Le pianiste chantonne les airs qu’il invente, comme pour les adoucir.
Il faut dire que son jeu est découpé, percussif, brutal,explosif… et, l a seconde d’après, d’une infinie délicatesse, d’une quiétude et d’une légèreté incroyable.
Taylor alterne et rassemble des émotions extrêmes.

Sa musique est abrasive.
Les thèmes, dès qu’ils apparaissent comme une évidence, sont chassés d’un revers de la main, abandonnés dans un virage à 180 degrés ou perdus dans une accélération fulgurante.

On reste attentif tout au long du concert.
Scotchés.
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L’œil rieur, Cecil Taylor reviendra deux fois pour les «encore».
D’abord pour une courte et sèche improvisation  au piano, puis, pour déclamer un long poème aux accents politiques, digne des meilleurs slameurs actuels.
Taylor à 78 ans.
Il n’a rien a apprendre de quiconque. Il continue à inventer.

A+

03/10/2007

Un tour du côté de chez Citizen

Avant de continuer mes comptes-rendus du Festival Dinant Jazz Nights: un petit intermède.

Quelques articles écrits pour Citizen Jazz.

D’abord un retour sur le Blue Note Records Festival de Gand.
Et ensuite, trois nouvelles chroniques de CD’s.

Premièrement celle de Tricycle.
Délicieux album.
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Puis, l'album de Greg Lamy.

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Et enfin, celui du saxophoniste italien Raffaele Casarano.

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Et si vous désirez avoir l’avis de Sophie Chambon (qui n’a pas hésité à estampiller l’album d’un «Elu») à propos de Rajazz, que j’avais également chroniquer pour Citizen Jazz, il suffit de cliquer ici.

Bonnes lectures.

A+

13/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 04

Après une journée «off» lundi (le festival avait laissé la place à l’arrivée du Tour de France), je suis retourné mardi à Gand pour écouter Stacey Kent.

Normalement, j’aurais voulu entendre aussi E.S.T., mais je ne pouvais pas être sur place plus tôt.
Dommage, car on m’a dit que c’était mieux qu’à Liège.

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Stacey Kent, donc…
Il y a un petit côté suranné, un peu désuet, chez cette chanteuse.
Ce qui ne manque pas de charme, bien sûr, surtout quand elle interprète – très joliment – une vieille chanson de Gainsbourg.
La diction de la chanteuse anglo-américaine est charmante en français et parfaite en anglais (sur «If I Were A Bell» en particulier).

Souvent sur des mid-tempos, elle laisse son mari de saxophoniste, Jim Tomlinson, développer des solos moelleux qui ne feraient pas tache dans le lounge d’un grand hôtel de luxe où l’on s’ennuie en buvant un cocktail…
Maniant avec habileté second degré et humour, Stacey Kent sait aussi se faire sensuelle, comme sur «The Surrey With The Fringe On Top». Par contre, elle n’arrive pas, à mon avis, à mettre une réelle émotion sur «Never Let Me Go»...
N’est pas Shirley Horn qui veut…

Bref, du jazz qui ne fait de mal à personne. C’est bien là l’ennui.

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Dernier concert de ce mardi: Charlie Haden qui venait fêter les 21 ans de son Quartet West.

À la place du regretté Billy Higgins, c’est Rodney Green qui tient les baguette.
Pour le reste, il s’agit du groupe d’origine: Ernie Watts au sax et l’excellent Alan Broadbent au piano.

Après un démarrage en souplesse et en douceur qui permet d’entendre une ou deux longues interventions du contrebassiste, le concert décolle un peu quand le groupe attaque «Child’s Play» dans un style «calypso».
Ernie Watts, qui me rappelle parfois Georges Coleman, s’emballe, lui aussi, dans un solo plein de ferveur.

Mais avec «Lonely Woman» on passe vraiment à la vitesse supérieure.

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Le sax flirte avec le free tandis que Broadbent, dans une approche très ouverte aussi, s’engouffre dans une longue improvisation.
Après une attaque assez contemporaine, le pianiste déstructure totalement le thème avant de revenir vers un vamp exaltant.
Haden renchéri et Rodney Green se fend d’un solo puissant.

Le «West» a 21 ans et il se porte très très bien…

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Mercredi, dans un chapiteau bien rempli où l’on avait retiré les chaises («All That Jazz ?» avec un «?» oblige) Erik Truffaz amorce son concert avec «Akiko» vitaminé à la jungle, puis invite Ed Harcourt pour «Red Clouds».
Le son est énorme et ça aide à faire passer le côté pop du projet.

Après «Snake Charmer Man» et «Next Door», le groupe propose un nouveau morceau, me semble –t-il.
Sur celui-ci, Marcello Giuliani s’offre un grand moment de basse qui donne des idées à Patrick Muller qui frappe son Fender «décapoté» avec frénésie.

Dans ce grand délire très libre, Marc Erbetta en profite pour expérimenter ses «sons de bouche».
Mi pitre, mi batteur, il n’en oublie pas d’imprimer un groove terrible.

A nouveau avec Ed Harcourt, le groupe interprète une version assez «roots» de «Nobody Puts The Baby In The Corner» qui évoque un peu la musique des bordels de la Nouvelle Orléans.
Retour à la gentille pop d’«Anonymous» avant le final un peu foutoir mais énergique à souhait: «Miss Kaba».
Un foutoir comme j'aime.
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Ambiance planante et jazz atmosphérique, ensuite, avec Cinématic Orchestra.

Sur des thèmes très écrits et évolutifs, le saxophoniste (Tom Chant?) prend quelques libertés bienvenues avant que Heidi Vogel ne rejoigne le groupe.
La voix de la chanteuse est belle, très «lounge», ce qui sied très bien à cette musique aux tempos lents.

La plupart des morceaux joués ce soir sont tirés du dernier album du groupe: «Ma Fleur».
Sous l'impulsion de Jason Swinscoe, caché derrière son laptop, «To Build A Home», «Breathe» et autres chansons intimistes et mélancoliques rythment la soirée.

De temps à autre, le batteur Luke Flowers et le bassiste Phil France se permettent quelques dérives «soul/bop».

C’est sur la toute fin, et juste après leur tube «Evolution», que le Cinematic Orchestra laisse éclater quelques furieux groove… histoire d’annoncer DJ Shadow pour le dernier concert de la soirée (que je ne verrai pas... car parfois, il faut dormir.)

A+

10/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 03

Dimanche, sur le coup des cinq heures, le trio de Jef Neve entame de la troisième journée de concerts du festival.

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J’ai l’impression que la musique du trio s’est encore resserrée et affinée pour aller droit à l’essentiel.
Bien sûr, Jef joue toujours sur cette tension qu’il fait évoluer. On retrouve toujours cette montée en apnée vers les sommets du groove.
Ce rythme incandescent instigué par le pianiste et excité par Teun Verbruggen (dm) et Piet Verbiest (cb).
Mais ici, les développements mélodiques semblent faire fi d’ornements excessifs.
Le jeu du contrebassiste est, lui aussi, plus acéré, vif et profond.

Le trio avait invité le trompettiste italien Flavio Boltro à le rejoindre sur scène.
Ce n’est pas lui, évidemment, qui calmera les ardeurs du groupe.

Le son du trompettiste est ample, parfois «gras», qui rappelle par moments Louis Armstrong.

Le trio (+ un) revisite quelques morceaux des précédents albums de Jef avant d’enchaîner sur «Doctor K» de Boltro.
Groove, swing, hard bop, le pianiste se déchaîne, ses doigts filent sur le clavier, Flavio en remet une couche, les notes déferlent, la trompette couine, hurle…

«Lacrimosa» calme le jeu un moment.
Cette mystérieuse et belle ballade mélancolique dans laquelle Boltro développe un jeu sensible à la «muted Trumpet» introduit un nouveau morceau: «Soul And A Picture».
Teun frappe sèchement.
Dans cette excitation, Piet garde une musicalité extrême, Jef s’envole et Boltro le suit vers l’infernal «Nothing But A Casablanca Turtle Slideshow Dinner».

Standing ovation.

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Kurt Elling.
Charisme, classe, présence.
La voix grave, qui pourrait se rapprocher de celle de Frank Siantra, possède ce petit grain supplémentaire qui la rend singulière.
Sourire désarmant, contact facile avec le public, petite pointe d’humour dans la présentation, Kurt n’a plus qu’à dérouler ses ballades swinguantes ou ses bop agiles pour convaincre l’auditoire.

Bien sûr on peut le trouver un peu trop sucré par moments (lors de son interprétation de « Louise » de Jobim, par exemple), mais il est éblouissant sur «Resolution» de Coltrane ou sur «New Body And Soul» inspiré de Dexter Gordon.
Vocalises, scats et impros s’emmêlent. Dans ces moments-là, il me rappelle un peu Jon Hendricks.

Le chanteur laisse beaucoup d’espaces aux excellents musiciens qui l’accompagnent.
Laurence Hobgood, au piano, prend plus d’une fois des solos aux inflexions qui rappellent parfois Monk, et Willie Jones impose quelques impros vigoureuses aux drums.
Rob Amster quant à lui, assure un tempo toujours précis et profond.
Beau concert dans la tradition des grands chanteurs/crooners des années ’60… avec ce petit quelque chose en plus.

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Avec Soledad, la fin d’après-midi prend une autre couleur.
Voilà le tango argentin.
Après un début très énergique, rendant hommage à Astor Piazzolla le quintet délivre un concert assez académique. Plus classique et virtuose que vibrant.
L’exécution est magnifique. Patrick De Schuyter (g), Manu Comté (violon) et Jean Frédéric Molard (accordéon) nous emmènent vers des chants mélancoliques, voire douloureux.
Les morceaux sont d’une infinie tristesse… mais parfois aussi assez prévisibles.
Le violon se fait un peu tzigane, mais l’ensemble reste souvent très doux, très sobre.
On flirte aussi parfois avec le romantisme (trop poli) sur un morceau où le piano (Eugène Galland) prend un peu plus de place.

L’arrivée de Philip Catherine (alibi «jazz» pour avoir sa place dans ce festival ?) amène un peu de légèreté à l’ensemble.
«Chin Chin» ou «Passage à 5» prennent de la couleur.
«Tanganika», de Catherine, fait un petit clin d’œil à Grappelli et Djnago, ce qui détend un peu l’atmosphère.

Bref, un concert plus «classique» que jazz en quelques sortes.

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Et voilà le «clou» de la soirée: Chick Corea et Gary Burton.
Détendu, simple et souriant, le duo attaque directement un «Love Castle» très aérien avant de s’attaquer à un thème plus rapide.

Les échanges entre piano et vibraphone sont d’une extrême délicatesse.
Gary Burton, au look de grand père américain sorti tout droit d’un film de Spielberg, se tient droit comme un «i» et joue cependant avec nonchalance.
Mais quel jeu !
Surtout quand le concert s’emballe sur «Bud Powel» puis sur d’autres morceaux de Thelonious Monk («Blue Bolivar Blues» et «Four in One»).

Les deux complices s’amusent dans ces «chases» ludiques.
Corea enfile les notes cristallines sur un jeu parfois «stride».

Après avoir expliqué avec humour comment s’était concrétisée leur rencontre (lors d’une jam, après un festival, où eux seuls avaient répondu présent), Burton et Corea interprètent le morceau fétiche «Crystal Silence».
Légèreté, phrasé magnifique, le concert s’est chargé d’émotion.

Le duo termine en feu d’artifice et avec humour, en jouant ensemble du vibraphone.

Quelle belle journée…

A+

08/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 02

Deuxième journée.
J’étais curieux d’entendre Gianluca Petrella dont je ne connaissais pas grand chose, je dois l’avouer.
J’avais bien entendu quelques extraits de son dernier album et lu de très bonnes critiques à son égard.

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Hé bien, allons-y tout de go : j’ai trouvé ce concert et ce groupe tout à fait excellent.

Déstabilisant dès les premières notes, comme pour chasser nos préjugés, le quintet nous invite à suivre un chemin pas banal pour un sou.
Le chemin est bordé des musiques de Coleman (Ornette et Steve aussi), d’Archie Shepp, Mingus, mais aussi d’Ellington sans oublier quelques touches electro-expérimentales…

Petrella évite tous les clichés, désoriente par le côté free ou contemporain, rassure par certains titres aux rythmes binaires avant de repartir dans des aventures décoiffantes.
La basse monstrueuse de Paolino Della Porta impose un groove toujours prêt à dérailler ou à s’enfuir.
Fabio Accardi impose, quant à lui, un jeu sec, énergique et puissant à la batterie qui s’allie si bien aux délires des deux souffleurs.
Oui, deux souffleurs, car aux côtés de Petrella, Francesco Bearzatti (au sax ou à la clarinette) répond avec insolence aux improvisations hallucinées du tromboniste.
Le leader, souffle, parle, chante dans son trombone. Il sample son instrument, donne de la reverb, distille quelques notes electro.

Le groupe a bien digéré le hard bop, le free jazz, la drum ‘n bass, les musiques électro et nous livre une vision bien personnelle, fraîche et énergisante d’un certain jazz européen.
Vous aimez Furio Di Castri, Antonello Salis et autres italiens fous du même accabi ? Vous allez adorer Gianluca Petrella…

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Dans un autre registre, Mike Del Ferro et Frank Vaganée ont remis sur pied le groupe qu’ils avaient formé voici près de dix ans maintenant.

Sur des bases «swing» et bop, le quartet ne dédaigne pas jouer le détricotage mélodique.
Del Ferro, au jeu oscillant entre contemporain et lyrisme, fait monter la pression rapidement. Vagnaée emboîte le pas et n’hésite pas s’envoler dans des impros très Parkeriennes («Secret Update»).
Jos Machtel (cb) et Dré Pallemaert (dm), eux aussi, sont capables d’une belle énergie toute en nuances.

Les ballades ne sont pas inintéressantes non plus. Del Ferro arrivant toujours à introduire des phrases surprenantes, alors que Dré se permet quelques belles échappées arythmiques. Lorgnant parfois aussi du côté des airs latino chaloupés («The Woolf» ?), le quartet est explosif sur un bop qui dérive en blues avant de finir en un bouillonnant morceau presque funk («Doing… ??» le titre m’échappe) sous l’impulsion de Del Ferro, à nouveau, qui «éparpille» le thème de façon incisive…

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Retour à la sérénité, à l’émotion, à l’intensité avec le quintet des frères Belmondo qui accueillait l’immense Yusef Lateef.
Quel superbe moment que ce concert !

Les ondulations orientales se mêlent aux rythmes africains lancinants.
Le son de la flûte de Lateef est incomparable. On dirait que toute sa vie passe par là.

Tout se construit en douceur et avec ferveur.
Stéphane Belmondo prend le relais de Lateef au bugle pour monter vers des improvisations éclatantes.
On passe de l’intériorité à la rage, puis on vogue sur une mer tumultueuse, faussement calme aux rythmes des phrases de Laurent Fickelson au piano.

Dré Pallemaerts joue la percussion, plus que la batterie, sobre, discrète… indispensable.
De même, l’excellent Sylvain Romano à la contrebasse soutient, pousse, ouvre des portes. Son jeu est magnifique d’écoute, de pulsions et de propositions.

Et quand Yusef Lateef et Lionel Belmondo croisent leurs souffles aux saxes, on atteint des sommets d’émotion.

Emotion encore quand Lateef chante, à la manière d’un griot, un thème d’une profondeur et d’une sensibilité extrême.

Le tout se terminera avec un puissant morceau aux rythmes tribaux…

Quelle fête !
Grand moment !

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C’est Wynton Marsalis et son Lincoln Center Orchestra qui clôtureront la soirée.

L’esprit est swing, traditionnel et propre.

L’exécution des thèmes est irréprochable, chaque soliste a son espace pour délivrer de très beaux solos.

Je mettrai en évidence ceux du tromboniste Chris Crenshaw ou du saxophoniste Sherman Irby (bien que chaque soliste fut parfait), et bien sûr Wynton, le seul à venir au devant de la scène pour exécuter son solo.
Rien à dire, Wynton sait souffler…

Une belle machine qui permet de «revoir» ses classiques (même si les compos sont originales…).
Un peu «lisse» à mon goût, cependant…

A+

07/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 01

Allez, quelques mots à propos de la première soirée au Blue Note Records Festival à Gand.

Je suis arrivé un peu tard pour écouter aRtet, mais je suis arrivé pile poil pour entendre le Big Band de Charles Tolliver.

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Le trompettiste a joué aux côtés de McCoy Tyner, Jacky McLean ou encore Andrew Hill… fin des années ’60 avant de se faire plus discret jusqu’il y a peu (avec Andrew, à nouveau).

Son Big Band, il le veut un peu «sale», un peu rebelle.
Tolliver vient du hard bop, il adore ça et ça s’entend.
Il donne plus d’importance à l’énergie et à l’impro qu’au respect de l’écriture des thèmes.
Son batteur, Victor Lewis ainsi que quelques souffleurs (Stafford Hunter, Billy Harper par exemple) semblent être du même avis.
Avec «Rejoicin’», le ton est donné: ça déménage sec. C’est pas toujours précis, pas toujours vraiment au point, mais c’est brut de décoffrage et du coup, ça fonctionne.
Même si il est touchant sur des morceaux plus «intimistes» comme «‘Round Midnight», Tolliver est bien plus à son affaire sur les tempos plus rapides.
Et d’ailleurs Cecil Mc Bee (excellent) ou Georges Cables (p) sont là pour maintenir la pression…

Changement radical de style avec le Vanguard Jazz Orchestra.
Big Band mythique qu’avaient fondé Mel Lewis et Thad Jones, anciens pensionnaires du Count Basie Orchestra, fin des années ‘60.
L’esprit et la qualité sont toujours bien présents.
Ici, ça swingue, c’est joué au millimètre, c’est huilé…
John Mosca (tb) présente avec beaucoup d’humour et dirige avec fermeté les excellents musiciens (Dick Oats ou Gary Smulyan pour ne citer qu’eux)…
L’invité d’honneur était notre célèbre trompettiste Bert Joris (qui s’y connaît en Big Band…).
D’ailleurs, on reconnaît tout de suite sa patte dans ses compositions. Ça sonne comme du… Bert Joris.
Il a cette façon de moduler les tempos, de faire vibrer la douceur d’un thème.
Son phrasé est d’une pureté indéniable. On pense à Chet ou à Tom Harrell parfois, mais c’est bien du Joris.
Avec le VJO, le cocktail est parfait.

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Mais mon coup de cœur ce soir allait à Kenny Werner et son quintet.
Quel quintet !
Scott Colley,Randy Brecker, David Sanchez (qui m’a semblé bien mieux inspiré qu’à Liège), et la fabuleuse Cindy Blackman (dm) que je voyais pour la première fois.

Werner aime les ruptures de rythme.
Il a une façon d’emballer la machine de manière exceptionnelle.
On ne s’ennuie pas une seule seconde.
C’est nerveux («New Amsterdam»), c’est frais, c’est parfois funk (ben oui, Randy n’est pas là pour rien), c’est parfois lyrique (haaa… ses petites influences classiques), c’est parfois doux sans être mou («The 13th Day») c’est parfois «complexe» («Inaugural Balls») et c’est ça qui est bien...

Il y a eu de superbes moments de dialogue entre la batterie et le piano et des échanges musclés entre le sax et la trompette.

Puis, Toots est arrivé sous un tonnerre d’applaudissements (le chapiteau était plein à craquer).
Notre harmoniciste national à reçu pour ses 85 ans un joli album de photos de Jos Knaepen

Mais le vrai cadeau, c’est Toots qui nous l’a offert.
On a beau connaître le musicien par cœur, ces notes font mouche.
Et entouré de tels musiciens, «Stella By Starlight», «Les Moulins de mon Cœur» ou «Wonderful World» prennent encore une autre dimension.
Chapeau les artistes…

A+