20/02/2017

Tournai Jazz Festival 2017

Privé des habituelles salles de la Maison de la Culture, à cause de travaux, le Tournai Jazz Festival se devait de trouver un nouvel endroit pour sa 6ème édition. Quand on sait que les salles de spectacles ne sont pas légion dans cette ville, ce n’était pas gagné.

Face à l’adversité, certains auraient jeté l’éponge, mais c’était sans compter sur l’énergie et l’enthousiasme débordant d’une équipe de bénévoles dévouée au jazz et à la bonne cause (rappelons que la plupart des bénéfices sont reversés, via le Fifty One Club, aux plus démunis).

C’est donc en plein centre de la ville, sur la Grand Place, que le festival s’est installé. Et pour cinq jours ! D’une part sous le beau chapiteau du Magic Mirrors et d’autre part à la Halle aux Draps. Le résultat : carton plein ! Le public tournaisien – et même celui venu de bien plus loin - a répondu présent, et le festival a affiché complet du mercredi au dimanche.

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Comme chaque année, les organisateurs avaient alternés concerts de groupes locaux, belges et internationaux. Ce sont les français de Polvèche Quintet qui ont d’abord partagé la scène avec les tournaisiens d’Uncle Waldo et de Glass Museum.

Le lendemain, c’est l’Âme des Poètes qui a émerveillé le Magic Mirrors avant de laisser la place, à la Halle aux Draps, à CharlElie Couture. C’était, pour ce dernier, le seul et unique concert en Europe. Concert bien légitime dans le cadre de ce festival , quand on connaît l’excellent album blues « Lafayette » que le célèbre chanteur français, expatrié à New York, vient de sortir. Et, en trio, ce soir, on peut dire qu’il a conquis tout le monde.

En fin de soirée, Récital Boxon, emmené par la chanteuse Maïa Chauvier, bousculait un peu le public avec ses chansons engagées à la poésie incisive, dans un mélange de jazz, de folk, de rock et de spoken words. Un groupe à suivre.

Vendredi, déjà le troisième jour !

Le Magic Mirrors est l'écrin idéal pour la musique scintillante, groovy et poétique de Lorenzo Di Maio. Le quintette du guitariste a sorti un premier album (Black Rainbow) très réussi qui a été salué par une presse belge et internationale unanimes. Ce soir encore, le groupe démontre tout son potentiel et ses qualités. Du groove d'abord avec « Lonesome Traveller », puis le nerveux « No Other Way » dans lequel Nicola Andrioli (p) et Jean-Paul Estiévenart (tp) surenchérissent de maestria. Les doigts du pianiste s'affolent sur le clavier pour provoquer le trompettiste qui n'attend que ça. Estiévenart invente, malaxe, tord, étire et hache les notes avec un appétit féroce. « Black Rainbow » ou « Détachement », tout en douceur et en esprit americana, laissent divaguer la guitare chaude et languissante de Di Maio, soutenue par la basse sensuelle de Cédric Raymond. On ressent chez ce denier le côté multi instrumentiste qui lui permet de sortir des plans auxquels on ne s’attend pas. Il joue vraiment avec le groupe. C'est un peu pareil pour Antoine Pierre aux drums, qui découpe, précède ou construit, presque abstraitement, les thèmes en gardant une pulsation précise. Avec le très milesien « Open D », boosté par un intenable Nicola Andrioli au Fender Rhodes, suivi du jubilatoire « Santo Spirito », Lorenzo Di Maio Quintet conclu un concert de grande efficacité.

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Le temps de traverser la Grand Place et nous voilà à la Halle aux Draps. Soulignons le travail remarquable sur l’acoustique faite par toute l’équipe de techniciens de la Maison de la Culture. Pas facile, en effet, de sonoriser la cour intérieure couverte, d’un édifice tout en pierres datant de la Renaissance. Mais l’endroit est sublime et se prête, ici aussi, merveilleusement bien à la musique toute en atmosphère d'Anouar Brahem. Le oudiste, accompagné par Björn Meyer à la basse, Klaus Gering à la clarinette basse, François Couturier au piano et par l’Orchestre de Chambre de Wallonie conduit par Frank Braley, entame un long morceau contemplatif dont il a le secret. Le tunisien reprend principalement le répertoire de son album « Souvenance », sorti chez ECM en 2015. La basse électrique, au son très mat, fait écho au oud, léger comme le vent. Tandis que les cordes déroulent un tapis ondulant et mouvant, la clarinette basse sonde les mystères de la mélancolie. Le piano quant à lui, dialogue sobrement avec l’orchestre et amène une pointe de fraîcheur. Nous sommes à la croisée de la musique arabe, du jazz et du classique. Quelques rares interludes improvisés des solistes permettent les transitions bienvenues entre les morceaux qui, malgré leur éblouissante écriture, semblent parfois s’étaler juste un peu trop. On voyage dans un grand paysage harmonique, jamais grandiloquent ni étouffant, on plane et on se recueille presque. Il faut remarquer et saluer aussi la qualité d'écoute d’un public subjugué, respectueux, attentif et très enthousiaste. Ce qui est toujours agréable.

La transition est parfaite entre la musique d’Anouar Brahem et celle de Quentin Dujardin et Ivan Paduart, qui présentaient « Catharsis » en quintette, dans un Magic Mirrors noir de monde. Ici aussi, il s’agit de tirer un trait d'union entre la musique méditerranéenne, défendue par le guitariste, et le jazz plus affirmé délivré avec vigueur par le pianiste. Au duo de base, s’ajoutent le magnifique trompettiste Bert Joris – qui vient de sortir une perle avec le BJO - le bassiste électrique Théo de Jong et le batteur Manu Katché. Ici, c’est le groove et le swing moderne qui prennent rapidement le dessus. « Délivrance » puis « Far Ahead » donnent le ton. Les échanges sont vifs mais nuancés. « Retrouvailles » est plus intimiste et la guitare de Dujardin est bien mise en avant. Le jeu est fin, équilibré et brillant. Tout comme Paduart, Dujardin ne cherche pas nécessairement les accords complexes, du moins en apparence, mais essaie toujours de faire passer l'émotion au travers d’un jeu subtil et vivant. Associés au son enrobant mais toujours limpide de Bert Joris, les morceaux délivrent toutes leurs saveurs, à la fois épicées et sucrées. Entre Manu Katché, au jeu sec et tendu et Ivan Paduart, plus aérien mais aussi parfois très percussif, l’entente est parfaite. La musique bouge, se transforme, se déplace. Le jazz se mélange aux rythmes hispanisants et dansants, voire funky, comme sur un « Human Being », par exemple, dans lequel Théo de Jong fait éclater tout son talent avant que Katché ne conclue la soirée d’un solo époustouflant.

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Samedi, ça ne fait que commencer !

Le pari était plutôt osé de programmer le premier concert de samedi à 15 h30. Mais, bonne surprise : même si le Magic Mirrors n'est pas rempli au début du concert, il se comblera très vite pour accueillir le Heptatomic de Eve Beuvens ! Voilà qui confirme une réelle curiosité et un engouement certain du public tournaisien pour le jazz. Au fil du temps, le projet de la pianiste a pris du corps. A l'esprit migusien qui en avait surpris plus d'un lors de sa création au Gaume Jazz en 2013, Heptatomic semble y avoir ajouter une pointe George Russel, de Lennie Tristano ou même peut-être de Gunter Shuller. Toutes ses influences, conscientes ou pas, nourrissent un jazz moderne, acéré et franchement jubilatoire. La musique est angulaire mais ne manque certainement pas de swing. Elle rebondit, elle fonce, elle attend, elle recule pour mieux sauter. Et c'est tout bonus pour les solistes. Sam Comerford (ts), Grégoire Tirtiaux (as) et Jean-Paul Estiévenart se relaient tour à tour pour emmener la musique toujours plus loin. Benjamin Sauzereau inocule l’ensemble de riffs diaphanes dans un jeu très personnel, quant à Manolo Cabras, faisant claquer les cordes de sa basse et Lionel Beuvens à la batterie, ils assurent une rythmique des plus efficaces. Mélangeant nouveaux et anciens thèmes, Eve Beuvens et sa troupe arrivent à capter l'attention du public et à rendre toute cette émotion, énergique ou fragile, avec assurance. Bien équilibré et bien pensé, entre complexité et sensibilité, le set se prolonge par un rappel auquel Eve elle-même ne s'attendait pas, prouvant ainsi la qualité du projet et l’intérêt du public pour celui-ci.

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Vers 17h30, la Halle aux Draps a fait le plein pour accueillir le duo du pianiste Jacky Terrasson et du buggliste Stéphane Belmondo. Ceux-ci présentent le très intimiste album « Mother » sorti l'année dernière. Entre ballades originales et standards, joués sobrement et avec une pointe d'humour, la musique berce l'auditoire avec bienveillance. Il faut un petit temps pour que le concert trouve sa voie, mais quand l'inspiration vient, on sent les deux musiciens totalement complices. Ils n'hésitent pas à parsemer les thèmes de citations. Ils déconstruisent et remontent à leur façon des airs que l’on connaît presque par cœur. Le duo mixe les moments de mélancolie et les moments de totale désinvolture. Le jeu de Terrasson est à la fois romantique et rythmiquement ferme. Belmondo n'hésite jamais à désamorcer la tension qui risquerait d’envahir un peu trop la musique. Du coup, après l’émouvant « You Don’t Know What Love Is » et surtout « La chanson d’Hélène », délivrés avec une sensibilité à fleur de peau, « Les valseuses », « Fun Key » ou encore « Pompignan » se dégustent avec un plaisir non feint.

Sur les coups de 19h 30, la salle est archi comble lorsque Kyle Eastwood monte sur scène. Le démarrage est explosif et ne donne aucun doute sur l'objectif de la musique que le contrebassiste défend. « Proceco Smile » et « Bullet Train » déboulent avec furie. C’est clair, Eastwood veut, comme il le dit lui-même, payer son tribu à la musique des années ‘50, celle des Blakey, Morgan et Silver. Loin d'en faire une simple copie, Eastwood et ses compagnons insufflent un son bien actuel et décomplexé. Quentin Collins à la trompette et Brandon Allen au sax se relaient pour faire monter l’intensité. Ça y va à l'énergie. Franck Agulhon fouette et frappe dans un pulse toute maîtrisée ses fûts, tandis qu’au piano, Andrew McCormack distille des phrases bop bien senties. Le leader impressionne aussi dans son jeu à l’archet, sur « Marrakech » notamment. On le préfèrera à la basse acoustique qu’à l’électrique, qui est pourtant son instrument de prédilection. En effet, la version de « Dolphin Dance » un peu trop respectueuse et « Letter From Iwo Jima » en duo basse électrique et piano, font légèrement baisser l’enthousiasme. Après ce passage un peu plus faible et d’autres moments presque trop pop, le groupe reprend des forces avec « Caipirinha » et un « Big Noise From Winnetka » enflammé. Quant au « Boogie Stop Shuffle » en rappel et entamé en solo, il sera concis, direct et intense comme on l’aime.

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A son tour, Manu Katché a fait salle comble et a soigné la mise en scène. Arrivée de star dans la pénombre tandis que le groupe entame l’intro d’ « Unstatic », du nom du très bon album sorti récemment. Comme sur le disque, Katché suit fidèlement l’ordre des morceaux. Il laisse juste l’espace qu’il faut aux saxophonistes, Raffaele Casarano et Torre Brunborg, pour improviser. Jim Watson se partage entre le piano et le Fender, distillant des notes plus soul. Quant à Jérôme Regard, il assure avec fermeté un tempo solide. Il faut quand même laisser à Manu Katché un style et un son particuliers, reconnaissables entre cent. Sa façon de faire sonner les cymbales, de redoubler les coups sur les caisses claires et les toms, tout en gardant un gros son bien marqué, est assez unique. « City », Blossom » ou « Daze Days » défilent. Le groupe reste assez proche des mélodies, très écrites, enregistrées sur l'album. Cela en rassure certains et laisse un petit goût de trop peu à ceux qui aiment les surprises. Mais en rappel, l’éternel « Cherokee » permet à tous de vraiment se lâcher. Et c’est bon ! Trois rappels se succèdent alors pour combler un public très enthousiaste.

Et comme si cela ne suffit pas, le festival a encore prévu un concert ! Il est près de minuit quand le Nu Jazz Project du trompettiste François Legrain monte sur la scène du Magic Mirrors qui ne désemplit pas. « Do You Know Where You’re Coming From ? », « Siegfried », « Keep Me In Mind » s’enchainent. Le public est toujours là et danse sur les rythmes jazz, drum ‘n bass et hip hop du collectif. Le mélange fonctionne assurément bien. Les cuivres sonnent ( Dominique Della-Nave au trombone, Maayan Smith au sax), le drumming de Sylvio Iascio est puissant, DJ Odilon crache les scratchs, soutenu par Brieuc Angenot à la basse. Quant à Dorian Dumont au piano électrique, il s’immisce entre les voix de Soul T et Angela Ricci qui assurent un flow parfait.

 

Come Sunday.

Pour les insatiables et les lève-tôt, l’organisation avait prévu, dès 11h du matin, une série d’animations et de concerts gratuits ! A commencer d’abord par une évocation de Boris Vian, puis des concerts des élèves du conservatoire de Tournai. Vers 16h. c’est le big band JMO, sous la houlette du jeune pianiste Gilles Carlier, qui propose ses compositions originales et des standards peu joués, dans des arrangements qui ne craignent pas la sophistication. Plutôt osé pour un band d’amateurs. Mais le travail et l'audace paie. On remarquera ainsi quelques bons solistes tels que le saxophoniste Thomas Van Ingelgem sur un « Chronométrie » assez complexe, un trompettiste sur « Walkin' Tiptoe » de Bert Joris ou encore l’excellente chanteuse Sarah Butruille, sur « Avalon » de Natalie Cole, entre autres.

Et pour conclure ces cinq jours intenses, Fabrice Alleman met un point d’honneur à offrir un concert sublime et sans faille, malgré un léger problème technique et une courte panne qui prive le chapiteau de lumière, mais pas de musique, pendant quelques minutes. « Obviously » est sorti en 2013 déjà, et ne cesse de bonifier. Ce projet qui allie jazz sensuel et rythmes groovy n’oublie pas la tendresse dans les compositions magnifiées par le jeu aérien et à la fois déterminé de Nathalie Loriers. « Regard croisés » se développe tout en douceur et volupté. « Suite Of The Day » qui se décline en trois parties reste un must du répertoire d’Alleman. Le sax se déploie, crie puis s'amuse et laisse la place au Fender Rhodes, très soul et groovy, de Nathalie Loriers. Et le final, plus funk jazz et un peu canaille, embrase la salle. Lionel Beuvens et Reggie Washington assurent une rythmique parfaite. « Take It As It Is », en duo piano/soprano, et même sifflée, est une ballade sensible et romantique d’où s’échappent de belles notes bleues. Pour terminer, « Open Your Door », rageur et revendicatif, et « Crazy Races », tendu et galopant, vont titiller les limites du « out ». Ces nouveaux morceaux donnent encore plus de corps à un projet qui mêle humanisme et rage, bonheur et inquiétudes. Et qui devrait continuer à évoluer.

Une fois de plus, le Tournai Jazz festival a tenu toutes ses promesses. Il y en a eu pour tous les goûts ! C’était un cadeau pour ceux qui ne connaissaient pas le bon jazz, ou s’en faisait une fausse idée, et pour ceux qui ne jurent que par lui.

On se donne déjà rendez-vous en 2018 avec le même plaisir et la même gourmandise.

 A+

Photos : © JC Thibaut

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

22/05/2010

Jazz à Liège 2010

Impossible de me rendre à Liège, le vendredi 7 mai, pour le Festival de Jazz qui fêtait ses 20 ans.

Samedi 8, par contre j’y étais. Un peu trop tôt d’ailleurs. Belle occasion pour me détendre un peu à la terrasse ensoleillée d’un sympathique café et pour continuer la lecture de l’excellent livre de Geoff Emerick «En studio avec les Beatles». Je me demande toujours comment il est possible de se souvenir, aussi précisément, d’événements qui se sont produits voici près de quarante ans! Emmerick est l’ingénieur du son qui a enregistré, entre autres, «Revolver», «Sgt Pepper», «Abbey Road»... Dans ce livre, il nous fait vivre de l’intérieur ces incroyables moments de créativité qui ont bercé ma jeunesse. Et c’est jubilatoire. Pour peu que vous vous intéressiez un tantinet aux Fab Four, je vous recommande vivement cet ouvrage incontournable.

Allons, il est temps de rejoindre le Palais des Congrès.


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Je passe d’abord une tête dans la Salle de la Région Wallonne où Nathalie Loriers fait son sound check. Les réglages sont délicats. Non seulement, le line-up de base du String Quartet a été légèrement modifié, mais c’est Jean-Paul Estiévenart qui a la lourde charge de remplacer Bert Joris à la trompette. Comme je verrai cette formation (avec Bert) lors du prochain Jazz Marathon (dimanche 30), je descends au Bar des Congressistes pour écouter Sophie Alour (ts, ss), accompagnée par Yoni Zelnik (cb) et Karl Januska (dm).


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Le trio présente son dernier album «Opus 3». Le jazz de Sophie Alour mélange les genres avec une certaine retenue. On passe du bop au rock en lorgnant tantôt vers le classique, tantôt le jazz très moderne, tantôt le jazz très soul. «Mystère et boule de gomme!», aux harmonies et aux arrangements assez sophistiqués, nous emmène dans une spirale déstabilisante, tandis que «Eloge du lointain», qui flirte avec les rythmes africains, nous ramène sur un terrain plus organique. Le jeu souple et tout en douceur de Sophie Alour se mêle joliment à celui, très chantant et sinueux, du contrebassiste Yoni Zelnik. À la batterie, Karl Januska est impeccable de bout en bout. Il est à la fois très sec et tranchant sur «Untitled» (?), puis sensuellement percussif sur «Mystère et boule de gomme!» et fougueux sur «Karlstone».  C’est frais et très agréable, surtout que Sophie Alour ne manque pas d’humour.

Je fais l’impasse sur le trio de Donny McCaslin, pensant aller le voir le lundi suivant au Hnita Hoeve. Malheureusement, je n’en aurai pas l’occasion. Un coup dans l’eau. De toute façon, ici à Liège, la salle était comble - impossible de se faufiler plus avant - et le concert avait commencé depuis près d’une heure.


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En route donc vers la Salle de Fêtes pour découvrir ce que l’on considère comme étant la révélation pianistique de ces dernières années: Tigran Hamasyan. Le premier et long morceau me laisse pourtant très dubitatif. Tigran est très expressif et très physique sur son piano, il alterne les phrases légères, les accords massifs et les échappées virtuoses. C’est impressionnant, mais… Mais il faut attendre «Love Song» pour que se révèle alors un formidable groupe. La vocaliste Areni trouve idéalement sa place. Les tessitures se mêlent. Piano, voix et sax (Ben Wendel) jouent à l’unisson puis s’éloignent, prennent des libertés et se rejoignent à nouveau. Les harmonies orientales se mélangent au jazz et au rock. «Falling» débute par un intense solo de batterie (Mark Giuliana) aux accents jungle, repris au micro, façon beat box, par Tigran. Tout le folklore arménien explose. Le pianiste se déchaîne et Sam Minaie (cb) redouble d’impétuosité. Le contraste est violent lorsqu’ arrive «Chinar Es», en duo piano - voix, qui prend alors une ampleur étonnante. Cet air plaintif et mélancolique irradie la salle. Le groupe revient au complet pour un final éblouissant. Tigran, les deux mains hyper mobiles, met le feu aux poudres. Ok, me voilà convaincu.


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Le temps de me rafraîchir un peu au bar, de croiser quelques amis dans le long couloir et me voilà dans la Dexia pour le concert de Mark Turner (ts), Larry Grenadier (cb) et Jeff Ballard (dm). C’est plein à craquer. L’ambiance est assez nocturne et dépouillée. Le trio développe un jazz assez intimiste. Cependant, le concert est un peu plus nerveux que l’atmosphère générale de l’album («Sky & Country») paru dernièrement chez ECM. On sent, dans le jeu de Ballard surtout, l’envie de donner du nerf à la musique, tandis que Turner semble souvent retenir l’explosivité. Il préfère broder autour d’ondulantes phrases lyriques («Child’s Play» ou «Brother’s Sister»). Mais avec «State Of The Union», on file tout droit. Grenadier rebondit sur des rythmes que Ballard s’amuse à casser. FLY force même le trait un peu boogaloo sur «Elena Berenjena». Bien sûr, on reste dans la nuance et la délicatesse. Pas de tonitruance ici, même si «Super Sister» termine le set de manière très enlevée.

En attendant que Nicholas Payton daigne bien commencer son concert, je vais écouter les derniers instants de celui de Murat Öztürk… Eh bien, j’aurais voulu en entendre plus. Dans la veine assez traditionnelle du trio piano - basse - batterie, le leader d’origine turque fait preuve d’une belle personnalité. Le jeu de Murat est assez clair, détaché et brillant. Gauthier Laurent (cb) impose un jeu ferme et très musical, qui se faufile entre les lignes d’un jazz assez chatoyant. Et tout cela est soutenu par le drumming magique et sobre de Dré Pallemaerts. À suivre.


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Dans la grande salle du fond, Nicholas Payton balance un jazz plutôt prévisible. C’est toujours agréable, certes, mais cela ne soulève pas chez moi un enthousiasme débordant. Il y a pourtant sur scène une belle brochette d’excellents musiciens, à commencer par le tout jeune et extraordinaire pianiste Lawrence Fields, aussi vif que pétillant. Marcus Gilmore (dm), plus sage ici qu’avec Vijay Iyer, partage la rythmique avec le percussionniste Dan Sadownik et le contrebassiste Vicente Archer. Le sextette revisite le bop (ou neo-bop) façon Terence Blanchard ou Wynton Marsalis. Tout est hyper réglé, avec juste ce qu’il faut de swing, de latin jazz et de rythmes langoureux. Il manque juste un peu de folie… ou simplement de plaisir de jouer?

Un peu fatigué, je jette quand même une oreille au Flat Earth Society. Ici, il y a de la folie, une pointe de délire et une envie évidente de s’amuser. J’aurais dû opter pour ce concert-là, peut-être…

 

A+

 

25/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 05 -

Dimanche dernier (le 19 août): « Grand Final » comme on dit à «Jazz Middelheim».
Et l’appellation n’est pas usurpée.
Au programme de ce dernier jour: Jef Neve Trio, Nic Thys et ses 68 Monkeys, Bert Joris Quartet et … last but not least, Ornette Coleman !

Sold out !
La tente déborde littéralement. Il y a overbooking, assurément. Ce n’est pas possible autrement…

Je n’ai pas vu l’ami Jef cette fois-ci, mais on m’a rapporté que son concert fut très bon… (comme d’habitude).

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Nic Thys, que j’avais récemment vu avec son T&T lors du Brussels Summer Festival se présentait ce soir avec quelques belles pointures du jazz américain.
Tous nés en ’68 ! D’où le nom du groupe…

Aux saxes: Tony Malby (tenor) et Andrew D’Angelo (alto), au piano: Jon Cowherd, à la guitare électrique: Ryan Scott, aux drums: Nasheet Waits et bien sûr, à la contrebasse: Nicolas Thys.

Excusez du peu…
L’ensemble manquait cependant, à mon avis, d’esprit de synthèse et de cohésion. J’aurais aimé que les morceaux soient un peu resserrés, un peu plus concis.

Tout avait commencé en force avec «It’s Been A While», d’une puissance incroyable et s’était terminé plus ou moins dans le même esprit avec «Munich».

Entre les deux, les belles compositions, sobres et parfois mélancoliques manquaient un peu de tension. C’était, quelques fois, un peu trop tiré en longueur.
Bien sûr il y a eu les solos monstrueux du guitariste Ryan Scott qui rappelle de temps à autres un phrasé à la Rosenwinkel. Et puis, surtout, la paire de saxes.
Ces deux-là jouent aux frères ennemis: Tony Malby, posé et solide et D’Angelo, nerveux, explosif et toujours d’attaque.
Fabuleux !

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Avec son Quartet, Bert Joris nous invite à du jazz pur jus.
Le trompettiste démarre directement avec le très swinguant et nerveux «Mr Dado», en hommage à son vieux complice: le pianiste italien Dado Moroni.
Ce dernier n’attend pas son tour pour sauter dans le groove.
Ça rebondit, ça swingue, ça improvise à tout va.

Les thèmes écrits par Bert Joris sont d’une limpidité éblouissante. Un peu à l’instar de son jeu. Un phrasé raffiné, clair, précis. Un peu à la Kenny Dorham dans les moments intenses et à la Chet dans les passages plus intimistes.
Entre «Magone», «Anna», «Triple» ou «King Combo», Joris alterne bugle et trompette (parfois «muted») avec pertinence.

Philippe Aerts allie, comme toujours, virtuosité et musicalité extrêmes à la contrebasse, alors que Dré Pallemaerts (omniprésent lors de ce festival) joue avec autant de finesse que de subtilité.
Mais attention… quand il envoie, ça cogne sec.

Pas de bavardage superflu dans les solos (Moroni est vertigineux), qualité de jeu brillante, bonne humeur communicative et complicité visible entre les membres du groupe, le quartet de Bert Joris a sa place dans ce «Grand Final», et mérite sans conteste de se retrouver sur les podiums des meilleurs festivals de jazz d’Europe et d’ailleurs…

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Et voilà LE grand moment.
Le moment tant attendu.
Celui que l’on pouvait craindre aussi. Craindre d’être déçu d’une si grande attente…

Heureusement, Ornette Coleman fut au rendez-vous.
Et comment !
Quel concert, mes amis… quel concert !

Derrière le célèbre altiste, le fils Denardo Coleman aux drums. Et autour, trois bassistes !!!
Charnett Moffett et Tony Falanga aux contrebasses et Albert McDowell à la basse électrique.

Fidèle à la dialectique Colemanienne, le premier morceau («Jordan»), court et concis,  explose d’intensité.
Le groupe revisite ensuite la plupart des morceaux du dernier album («Sound Grammar» enregistré live en Allemagne en 2005) en les réinventant.

Le drumming énergique de Denardo est excessivement physique et impressionnant. Aucune faiblesse, aucune baisse de régime. Ça joue à du 200 à l’heure.

Tony Falanga use beaucoup de l’archet, imposant souvent un jeu grinçant, étrange, parfois plaintif («Sleep Talking»), et donne une réplique cinglante au saxophoniste.

Les autres bassistes remplissent les espaces avec brio, trouvent des ouvertures, improvisent avec une clairvoyance subjugante.
Ornette intervient parfois à la trompette, puis au violon.
Il dirige sans diriger.
Le groupe se trouve les yeux fermés.
C’est d’une précision magistrale dans les breaks, les stop and go, les relances. Tout est réglé au cordeau et reste pourtant d’une incroyable liberté.
Ça voyage, ça échange, ça ose tout le temps…

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Qui joue quoi ? Comment naît cette musique ?
Difficile à décrire.
Serait-ce cela le fameux principe «harmolodique» du maître ?

Après un superbe «Turnaround» (recréé comme si ce morceau n’avait jamais existé) Tony Falanga ébauche le
«Prélude de la suite N°1» de Bach.
Denario éclate le morceau de quelques frappes puissantes et le groupe atomise le thème dans un délire free ébouriffant.

On frôle le blues, le calypso («Matador»), le funk parfois, toujours dans un esprit totalement libre… totalement Ornette.

Grand et énorme concert.

La salle est debout, applaudit  à tout rompre pendant de longs instants.
Ornette fait distribuer une à une les fleurs du bouquet qu’il a reçu aux femmes des premiers rangs avant de revenir offrir, à tous cette fois, un « Lonely Woman » magique.

Ornette!

Encore!

 

A+ 

07/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 01

Allez, quelques mots à propos de la première soirée au Blue Note Records Festival à Gand.

Je suis arrivé un peu tard pour écouter aRtet, mais je suis arrivé pile poil pour entendre le Big Band de Charles Tolliver.

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Le trompettiste a joué aux côtés de McCoy Tyner, Jacky McLean ou encore Andrew Hill… fin des années ’60 avant de se faire plus discret jusqu’il y a peu (avec Andrew, à nouveau).

Son Big Band, il le veut un peu «sale», un peu rebelle.
Tolliver vient du hard bop, il adore ça et ça s’entend.
Il donne plus d’importance à l’énergie et à l’impro qu’au respect de l’écriture des thèmes.
Son batteur, Victor Lewis ainsi que quelques souffleurs (Stafford Hunter, Billy Harper par exemple) semblent être du même avis.
Avec «Rejoicin’», le ton est donné: ça déménage sec. C’est pas toujours précis, pas toujours vraiment au point, mais c’est brut de décoffrage et du coup, ça fonctionne.
Même si il est touchant sur des morceaux plus «intimistes» comme «‘Round Midnight», Tolliver est bien plus à son affaire sur les tempos plus rapides.
Et d’ailleurs Cecil Mc Bee (excellent) ou Georges Cables (p) sont là pour maintenir la pression…

Changement radical de style avec le Vanguard Jazz Orchestra.
Big Band mythique qu’avaient fondé Mel Lewis et Thad Jones, anciens pensionnaires du Count Basie Orchestra, fin des années ‘60.
L’esprit et la qualité sont toujours bien présents.
Ici, ça swingue, c’est joué au millimètre, c’est huilé…
John Mosca (tb) présente avec beaucoup d’humour et dirige avec fermeté les excellents musiciens (Dick Oats ou Gary Smulyan pour ne citer qu’eux)…
L’invité d’honneur était notre célèbre trompettiste Bert Joris (qui s’y connaît en Big Band…).
D’ailleurs, on reconnaît tout de suite sa patte dans ses compositions. Ça sonne comme du… Bert Joris.
Il a cette façon de moduler les tempos, de faire vibrer la douceur d’un thème.
Son phrasé est d’une pureté indéniable. On pense à Chet ou à Tom Harrell parfois, mais c’est bien du Joris.
Avec le VJO, le cocktail est parfait.

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Mais mon coup de cœur ce soir allait à Kenny Werner et son quintet.
Quel quintet !
Scott Colley,Randy Brecker, David Sanchez (qui m’a semblé bien mieux inspiré qu’à Liège), et la fabuleuse Cindy Blackman (dm) que je voyais pour la première fois.

Werner aime les ruptures de rythme.
Il a une façon d’emballer la machine de manière exceptionnelle.
On ne s’ennuie pas une seule seconde.
C’est nerveux («New Amsterdam»), c’est frais, c’est parfois funk (ben oui, Randy n’est pas là pour rien), c’est parfois lyrique (haaa… ses petites influences classiques), c’est parfois doux sans être mou («The 13th Day») c’est parfois «complexe» («Inaugural Balls») et c’est ça qui est bien...

Il y a eu de superbes moments de dialogue entre la batterie et le piano et des échanges musclés entre le sax et la trompette.

Puis, Toots est arrivé sous un tonnerre d’applaudissements (le chapiteau était plein à craquer).
Notre harmoniciste national à reçu pour ses 85 ans un joli album de photos de Jos Knaepen

Mais le vrai cadeau, c’est Toots qui nous l’a offert.
On a beau connaître le musicien par cœur, ces notes font mouche.
Et entouré de tels musiciens, «Stella By Starlight», «Les Moulins de mon Cœur» ou «Wonderful World» prennent encore une autre dimension.
Chapeau les artistes…

A+