18/08/2016

Deux jours à jazz Middelheim ( Part 2/2 )

15 août, c’est la fête des mères à Antwerpen et la fête du jazz au Middelheim.

Retour, toujours sous le soleil, au Parc Den Bandt pour la dernière journée du festival.

Le monde commence déjà a affluer, vers 11h30, tandis que Ashley Kahn évoque une autre facette d'Ornette Coleman avec David Murray (encore lui) et Geri Allen.

On retrouvera les deux musiciens tout à l’heure sur scène en compagnie de Terri Lyne Carrington. Pour l’heure : piano solo !

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Main Stage

Il est 12h30 lorsque Craig Taborn s’installe devant son piano. Il entame une première et longue improvisation, qui tourne autour d’un motif court, cinq notes à peine, et place la barre très haut. Ce leitmotiv, répété à l’envi et ornementé de brillante façon, évoque tantôt Bartok tantôt Stravinsky. Et parfois, en écho, on perçoit quelques pointes de douceurs ellingtoniennes. On est soufflé. La deuxième impro est nettement plus free. Taborn, très concentré, fait gronder le piano après avoir provoquer les notes aiguës. Il plaque les accords, frappe les cordes, fouette les touches, écrase du coude le clavier à la Don Pullen ou à la façon d’un Cecil Taylor. C’est bref, intense et impressionnant. Tandis que le troisième morceau est peut-être le plus « jazz » de tous, plutôt bop à la Monk, la dernière intervention de Craig Taborn lorgne du côté de la musique concrète, parsemée de respirations romantiques. Toutes ces influences, mêlées avec intelligence, font sans doute de Craig Taborn l’un des pianistes les plus excitants du moment. Cette standing ovation et ce rappel n’ont certainement pas été usurpés. Seul sur la grande scène du Middelheim, il a réussi un véritable tour de force. Grand coup de cœur.

Le batteur belge Dré Pallemaerts a sorti récemment un superbe album (Coutances) qui lui ressemble bien : subtil, habile et impressionniste. Et ce sont la plupart de ces morceaux qu’il présente aujourd’hui sous le nom de « Seva » (l’une des compos de l’album) avec un line-up légèrement différent. Nic Thys s’est ajouté au groupe et Robin Verheyen a pris la place de Mark Turner. Derrière le piano, on retrouve Bill Carrothers et au Fender Rhodes Jozef Dumoulin. Le set est extrêmement bien construit, tout en paliers, en douceur et sans aucune monotonie. On flotte entre deux mers, à la fois brumeuse et indocile. Tout se fait en souplesse, à l'image du jeu, fluide et sensuel de Dré. Le phrasé romantique et lumineux de Carrothers, s’oppose aux notes plus acides et nébuleuses de Jozef. Robin Verheyen, lui, est toujours à la limite de la cassure, toujours sur le fil du rasoir. Parfois rauque au ténor et d'une rondeur acide au soprano. Et tout ce beau monde peut compter sur la basse chantante et discrète de Nic Thys (fini la barbe hipster !). Il y a de la tendresse dans les compositions de Dré (« For Anne », « Mood Salutation ») et de la volupté, comme sur « Where Was I », cette milonga extraite de son précédant album, Pan Harmonie, sorti il y a neuf ans déjà (et « must » également !). De la complicité, de l’interaction… du jazz. Et puis, après une visite à Satie (« Première pensée rose + Croix »), on swingue et on danse sur « Waltz Macabre » ou « Swing Sing Song »… Un très beau concert, maitrisé, plein d'inventivité et de finesse. Un étrange mix entre tradition, désuétude et contemporanéité qui rend la musique de Dré Pallemaerts très personnelle, singulière et très attachante.

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Le Power Trio Geri Allen, Terri Lyne Carrington et David Murray monte sur la scène sous un tonnerre d’applaudissements et démarre en trombe avec « Mirror Of Youth » ! La plupart des morceaux sont extraits de l'album Perfection, enregistré quelques jours après la mort de Ornette Coleman. Si « Perfection » est un morceau de Coleman à qui l’album rend hommage et qui sera joué plus tard, le trio a également une pensée pour Charlie Haden, Marcus Belgrave ou encore Peter O’Brian et son funky foxtrot « For Fr. Peter O'Brien ». La complicité est évidente, mais elle se remarque surtout entre Geri Allen et Terri Lyne Carrington sur « Geri-Rigged » par exemple. L’intensité est forte, Carrington ne quitte pas du regard Geri Allen et la pianiste enchaîne les chorus avec détermination. C’est bouillonnant. Le trio alterne les moments groovy (« The David, Geri & Terri Show », annoncé avec humour) avec d’autres, plus souples (« Barbara Allen »), qui permettent à David Murray de montrer son côté plus suave et moelleux à la Coleman Hawkins. Finalement, le trio se lâche complètement sur une version débridée de « Perfection ». Bel hommage, en effet.

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On attendait beaucoup de Pharoah Sanders. Le disciple inaltérable de Coltrane.
Entouré du pianiste Joachim Kühn et du percussionniste Zakir Hussain, le saxophoniste à la belle barbe blanche semble être bien assagi. Il laisse d’ailleurs beaucoup d’espace à ses partenaires. L’entrée en matière se fait de façon douce, sur une rythmique mystérieuse et psalmodiante. Le son du sax, unique, acre et pincé, est quand même bien là. Les phrases sont sinueuses et semblent se chercher un chemin entre les rythmes indiens de Zakir Hussain et les rivières de notes qui déferlent sous les doigts de Kühn. Le rythme est répétitif, comme une transe. Le dialogue entre Hussain et Kühn a quelque chose de fascinant. Mais c'est le long solo du joueur de tablas qui est plus surprenant. Chants et incantations se mêlent à un jeu d’une incroyable virtuosité. Et tout cela avec pas mal d’humour en plus. Les morceaux s’enchainent, Sanders esquisse quelques pas de danse, chante dans le pavillon de son sax, laisse à nouveau la place à Hussein, puis à Kühn… Le meilleur est passé. On attend un peu, mais… Il y avait trois personnalités sur scène plutôt qu'un vrai trio. Un peu dommage.

 

Club Stage

Et pendant ce temps-là, entre chaque concert sous la grande tente, le Club Stage fait le comble, lui aussi. Et pour ce dernier jour de festival, c’est Ben Sluijs qui nous offre quatre splendides concerts.

D’abord en duo avec son vieux complice, le pianiste Erik Vermeulen.

Que dire ? Que dire sinon qu’on est envoûté par tant de justesse, de beauté et d’humanité. Le couple reprend des compos personnelles (« Broken », « Little Paris », « Parity ») et quelques « standards » ( « Goodbye », « The Peacocks ») avec la même grâce et élégance. On laisse le temps à la mélodie de s'installer, on joue avec les respirations, le phrasé de Vermeulen est brillant, incisif sans être agressif. Ben Sluijs va chercher au fond de son sax les dernières notes comme on gratte le fond d'un plat pour en extraire les derniers sucs. Le duo ne tombe jamais dans le mielleux et garde toujours cette flamme, cette âme, cette vérité…

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Avec Marek Patrman (dm) et Manolo Cabras (cb), la musique est plus nerveuse, plus rugueuse parfois. Mais elle garde toute son intériorité ! Après un fiévreux et sinueux « Unlike You », « A Set Of Intervals », comme son nom l'indique, nous embarque dans un voyage exceptionnel sur les échelles de notes. Avec une sorte de pédagogie, Ben Sluijs expose le motif avant que le trio ne l'éclate, ne l'étire petit à petit et ne l'explose pour revenir au pont de départ. Magnifique ! Avec ces trois-là, le jazz prend quand même une sacrée dimension.

Toujours en trio, mais avec 3/4 Peace cette fois, c’est-à-dire Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p), Ben Sluijs revient pour la troisième fois. Ici, c’est une certaine idée de douceur et de swing qui est mise en avant. De façon hyper délicate, en mouvements lents et rassurants, chaque instrument vient prendre sa place en douceur. Et la magie opère. « Hope », l’insouciant, « Arad », le mystique, « Still », l’élégiaque… Le frisson est garanti. Grand moment de délicatesse.

Pour le quatrième et dernier rendez-vous, il y a toujours autant de monde au Club Stage. Le saxophoniste propose une toute nouvelle formation : au piano Bram De Looze, à la contrebasse Leenart Heyndels et à la batterie Dré Pallemaerts ! « Call From The Outside » fonce et fricote un peu avec le Free Bop. On y entendrait presque les influences d’Eric Dolphy. C’est un peu rubato, avec de faux démarrages, des rebondissements, mais toujours proposé avec la souplesse d'un swing. L’intro de Leenart Heyndels est à la fois introspective et forte sur « Song For Yussef », sorte de marche lente sous une lune orientale. Cela permet à la flûte de Ben de planer bien haut. Puis, il y a aussi « Miles Behind » et sa mélodie qui renaît à chaque fois d'on ne sait où, et une version de « Mali » plus sinueuse que jamais. Standing ovation. Rappel mérité. Un sans faute !

De quoi rentrer à Bruxelles, des étoiles dans la tête.

 

 

 

A+

Merci à ©Bruno Bollaert (WahWah) pour les images.

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29/11/2015

3/4 Peace au Bravo

Mercredi 25, réouverture du Bravo après le lock-out imposé à Bruxelles le week-end dernier. Autant dire que la foule est encore un peu clairsemée vers 20h30.

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Le message, véhiculé par le nom du groupe, est pourtant assez clair, positif et de circonstance : Peace.

Mieux 3/4 Peace !

Christian Mendoza (p), Brice Soniano (cb) et Ben Sluijs (as, fl) prennent place au milieu de la scène et, petit à petit, la salle se remplit. Message reçu.

Le trio présente son deuxième album, «Rainy Days On The Common Land» (sorti chez El Negocito).

Le groupe continue d’explorer la même sphère musicale, douce et élégiaque, mélodique aussi, tout en laissant la porte largement ouverte aux improvisations. Des improvisations souvent évolutives, fragiles, sur le fil du rasoir.

Tout commence donc en douceur et retenue avec «Glow». Balancement de la contrebasse, respirations du sax, scintillement du piano. La musique de 3/4 Peace fait penser à ces boîtes à pâtisseries raffinées qui se déplient de façon ingénieuse et élégante pour laisser apparaître un gâteau non moins sophistiqué. Ou alors ces livres pop-up pour enfants qui font émerger des histoires poétiques à l'imaginaire fort.

Les trois musiciens s’entendent pour nous inviter à l’introspection. La musique se développe sur d’infimes décalages rythmiques, lents et retenus. Et c’est toute sa fragilité qui s’en libère. Sur «Les Noces De Bethleem», Christian Mendoza égraine les accords étranges et flottants, avec cette légère dissonance qui évoque parfois Fauré ou Satie, mais aussi Messiaen. La mélodie se devine derrière un voile ondoyant.

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«Hope» est plus lumineux et vif. Presque swinguant. Il semble construit sur un grille plus «classique» qui laisse plein d'espace aux musiciens pour enchainer les chorus. On navigue entre joie et tendresse. Tous les morceaux sont souvent assez courts. Ils ne s'encombrent pas de digressions inutiles. Le groupe va à l'essentiel, raconte son histoire et laisse beaucoup de place à l'imagination de l’auditeur. La musique se donne de l'air.

Certains titres sont fortement inspirés de Messiaen («Louange à l'éternité de Jésus») ou de Bartok («Violin Concerto») et Brice Soniano use de l’archet pour faire résonner sa contrebasse comme un violoncelle. Mendoza répète les accords et Ben Sluijs survole l’ensemble, souligne quelques phrases, laisse parler les silences. Il y a de la clarté, de la nuance, de la subtilité et beaucoup de sensibilité dans cette musique. On pourrait parfois imaginer quelques influences du fameux et merveilleux Jimmy Giuffre 3, mais le trio de Ben Sluijs s'en détache aisément et réussit à imposer un véritable univers personnel.

Le très impressionniste «Cycling» succède à un morceau au tracé incertain. Ben Sluijs dessine alors des volutes délicates, tandis que le piano se laisse bercer par une contrebasse vacillante. A aucun moment le groupe ne casse le fil, pourtant très fragile, entre musique de chambre et jazz contemporain et aérien.

Le moment était suspendu ce soir au Bravo. Un moment délicat de beauté et de paix.

Tout ce dont a si souvent besoin.

 

 

 

A+

09/06/2015

Blue Flamingo - Juin 2015

Entre festival et «pop up» club de jazz, le Blue Flamingo en est déjà à sa cinquième année !

Oui ! Cinq ans qu’il propose de façon régulière (4 fois l’an, le temps d’un week-end) des doubles concerts, les vendredi et samedi, dans la très belle, spacieuse et chaleureuse salle du Château du Karreveld à Molenbeek. La dernière fois que j'y avais mis les pieds, c'était il y a trop longtemps (lors de la première édition, en fait). Depuis, la formule n'a pas changée mais l'organisation et l'aménagement des lieux se sont bien améliorés : acoustique, lumière et même une petite - mais délicieuse - restauration tendance bio, sont vraiment au top. À force de travail, d'abnégation et, sans aucun doute, d’une foie inébranlable dans le jazz, Vincent Ghilbert et Christelle (MuseBoosting) ont réussi un pari un peu fou. Je vous invite vivement à vous rendre aux prochaines éditions car, vous verrez, vous y serez gâtés.

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Ce vendredi soir c'est Raf D Backer Trio (avec Cédric Raymond à la contrebasse et Thomas Grimmonprez à la batterie) qui fait l’ouverture. Si la formule est un peu resserrée, elle n’en est pas moins explosive et groovy. Le premier morceau («Jo The Farmer») – un peu à la Legnini - est vite suivi d'un autre qui évoque, lui, Jimmy Smith ou Les McCann. Il faut dire qu’au piano ou à l’orgue électrique, Raf donne tout ce qu'il a : énergie, ferveur et sensibilité. Et comme tout bon leader qui sait bien s'entourer, il n'hésite pas non plus à laisser de la place à ses acolytes. Cédric Raymond peut ainsi s'évader dans l'un ou l'autre solo aussi virtuose que sensuel. De même, Thomas Grimmonprez peut découper l'espace de claquements sourds ou limpides sans jamais atténuer la tension. Et ça balance et ça ondule lascivement au son d’un gospel lumineux : «Oh The Joy». Le claviériste s’inspire aussi parfois de Bo Diddley et, tout en invitant le public à frapper dans les mains, rappelle l'essence du jazz, de la soul et bien sûr du blues. A ce rythme-là, le pas vers le funk est vite franchi. Mais on revient quand même aux fondamentaux. Et «Full House» précède un hommage à B.B. King avant que «Rising Joy», aux accents très churchy, ne termine un set rondement mené.

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Le temps d’une courte mise en place, et le LG Jazz Collective monte sur scène.

Le truc du groupe, à la base, c'est de reprendre des thèmes de musiciens belges et de les arranger à sa sauce. Ainsi, «Jazz At The Olympics», de Nathalie Loriers, est retissé à la mode LG, avec verve (le solo de Laurent Barbier (as) est dense) et fougue (Igor Gehenot (p) est en pleine forme). Et «Carmignano», d’Eric Legnini, ou «A», de Lionel Beuvens, ne manquent vraiment pas d’idées. Si Guillaume Vierset laisse beaucoup de place à ses amis pour s'exprimer (comme sur «Move» où il laisse totalement libre Jean-Paul Estiévenart), il n'hésite pas à montrer de quoi il est capable (sur le même «Move», notamment). On remarque aussi l’excellent soutien de Fabio Zamagni qui remplace Antoine Pierre de brillant manière. «Grace Moment» permet aux souffleurs de se faire un peu plus lyriques (comme Steven Delannoye, par exemple, embarqué par Igor Gehenot). Mais, sous ses aspects simples, ce thème laisse apparaitre de tortueuses harmonies. Felix Zurstrassen (eb) – qui prend de plus en plus de risques - défriche alors quelques chemins secrets pour les offrir au pianiste puis au guitariste. La musique semble nous envelopper, comme pour nous étouffer lentement, sereinement, exquisément. Oui, le LG Collective a des choses à défendre et, au fur et à mesure des concerts, prend de l'assurance et se libère. Mais on aimerait qu’il se lâche encore un peu plus et que cela soit encore un poil moins «cadré». Cela pourrait être encore bien plus puissant … pour notre plus grand bonheur.

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Le lendemain, samedi, 3/4 Peace (Ben Sluijs, Christian Mendoza et Brice Soniano) isole le Château du Karreveld dans une bulle magique. On ne le répétera jamais assez, mais Ben Sluijs est une des très grande voix du sax alto. Toujours en recherche d'absolu et de sensibilité. Année après année, il développe un style unique. Tout en douceur, quiétude, retenue, sensibilité, et créativité. Avec «Glow», la musique est à fleur de peau. Puis, avec «Miles Behind», elle semble sortir lentement de la brume, doucement, sur un tempo qui s'accélère subtilement et se dessine sous les doigts de Christian Mendoza (quel toucher, mes amis, quel toucher !). Le pianiste égraine les notes avec parcimonie, répond en contrepoints à la contrebasse, puis prend des libertés dans un swing ultra délicat et d'une limpidité absolue. Brice Soniano (qui vient de publier un magnifique album en trio – Shades Of Blue – dont les concerts sont prévus en septembre... 2016 !!! Soyez patients…) accroche les mélodies avec une finesse incroyable et un sens unique du timing et du silence. Quant à Ben Sluijs, il survole et plane au dessus de cette musique d'une finesse et d'une transparence (dans le sens de luminosité, de brillance, de clarté et de légèreté) inouïe. Ce trio est unique ! Alors, il y a «Still», magnifique de retenue, puis «Constructive Criticism», morceau plus abstrait, découpé avec une intelligence rare, qui joue les tensions, les éclatements et qui trouve une résolution inattendue. 3/4 Peace parvient aussi à faire briller cette faible lueur d'espoir cachée au fond de la musique sombre et tourmentée qu’est «Éternité de l'enfant Jésus» de Messiaen. Puis il évoque Satie avec «Cycling» et enfin se donne de l’air avec un plus enlevé «Hope».

Grand moment. Très grand moment de musique !

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L’ambiance est nettement plus swinguante ensuite, avec le quartette du saxophoniste Stéphane Mercier, soutenu par une rythmique solide (Matthias De Waele (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), mais aussi et surtout par l'excellent Casimir Liberski (p). Ce jeune «chien fou» est toujours prêt à casser les règles, à élargir le spectre musical. Sur «Ma Elle», par exemple, ou sur «Jazz Studio», ses interventions sont furieuses et éblouissantes, presque au bord de la rupture. Il faut un solide Hendrik Vanattenhoven pour canaliser sa fougue. Et c’est magnifique d’assister à ce combat entre le feu et l’eau. Stéphane Mercier peut alors doser, comme il le veut, sa musique. Elle est solaire, énergique et pleine d'optimisme (à son image, en quelque sorte) avec «Team Spirit », puis dansante avec «Juanchito» et fianlement lyrique avec le très beau «Samsara». Avant d’accueillir, en guest, Jean-François Prins (eg) - que l’on ne voit peut-être pas assez en Belgique - pour un ou deux standards, Mercier nous offre encore «La Bohème» dans un esprit qui rappelle un peu Barney Willen, tout en langueur et détachement. Et c’est bon.

Voilà une bien belle façon d’achever cette merveilleuse édition du Blue Flamingo.

 

 

A+

 

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

21/04/2014

Ben Sluijs - Erik Vermeulen Duo au Bravo.

 

Concert au Bravo ce jeudi 10 avril, pour la sortie du tout nouvel album Decades (chez De Werf), du duo Ben Sluijs (as) et Erik Vermeulen (p).

Decades s’écrit-il au pluriel parce que le pianiste et l’altiste cherchent et travaillent ensemble depuis bientôt vingt ans sur les mystères de la musique en général et de l’improvisation en particulier ? Peut-être.

En tout cas, ce troisième disque franchit un échelon et est, une fois de plus, une belle réussite.

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On se souvient du premier et magnifique album, Stones, sorti en 2001, ainsi que du non moins brillant Parity (2010), qui rassemblaient les deux musiciens autour de compositions personnelles, de courts impromptus et de quelques standards revisités de manière plutôt originale. Decades creuse le sillon… et s’en éloigne tout autant.

Au sous-sol du Bravo, le silence se fait, le public s’étale en arc de cercle autour des deux instrumentistes, et Ben Sluijs souffle les premières notes.

Ce sont comme des papillons qui s’envolent - d'une façon un peu désordonnée - dans une ondoyante dérobade à laquelle Erik Vermeulen accroche aussitôt ses accords singuliers.

La musique du duo naît d’un véritable travail d’équilibriste. On vacille entre l’abstrait et le romantisme. Entre la chaleur et la réserve, entre le lumineux et l’énigmatique.

Les deux hommes s’écoutent et se répondent dans un dialogue particulier. Ils sont tellement attachés et tellement détachés, tellement différents et tellement complémentaires qu’ils ne proposent jamais de simples juxtapositions mélodiques ou d’accompagnements classiques mais plutôt une véritable fusion, particulière, étrange, unique.

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Cette musique a un sens et, pour l’apprécier et l’appréhender au mieux, il faut l’écouter par le début. Alors, elle devient vénéneuse, elle s’infiltre en vous et vous transforme. Le public l’a bien compris, il est attentif et scrute les moindres variations pour ne pas se faire surprendre... et se fait avoir quand même.

«Little Paris» se déploie comme une tendre ballade, dans laquelle s’immiscent quelques surprises, «Pretty Dark» nous emmène dans un voyage troublant et instable et «Decades» se raconte en pointillés. Puis il y a le thème très peu joué de Monk, «Light Blue» et un «April In Paris» revu et corrigé d’étonnante façon. Et puis il y a aussi une version intense de «The Man I Love».

On devine l’héritage de Tristano, de Waldron et bien sûr de Monk chez Vermeulen, qu’il a utilisé, fouillé, démonté puis jeté pour construire son propre style, unique et très reconnaissable. On sent la poésie un peu amère d’un Konitz ou la turbulence d’un Ornette Coleman épicer subtilement le jeu très personnel de Sluijs. Tout cela dans une optique très contemporaine.

Les compositions originales se fondent aux standards. Et inversement. Elles sont, les unes et les autres, transformées, malaxées, métamorphosées et, finalement, totalement absorbées par le duo.

Avec Decades, Sluijs et Vermeulen démontrent une fois de plus qu’ils font partie des musiciens belges – voire européens – qui ont véritablement quelque chose à dire. Et franchement, on devrait les voir bien plus souvent sur scène. Au nord comme au sud du pays… et même en dehors.

A bon entendeur...

 

 

 

A+

 

 

 

21:30 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ben sluijs, erik vermeulen, bravo, de werf |  Facebook |

13/09/2013

Belgian Jazz Meeting 2013

 

Après Bruges, il y a deux ans, c’est à Liège que se déroulait le deuxième Belgian Jazz Meeting. Le principe est inchangé. Douze groupes - ou solistes - sélectionnés par des journalistes et des programmateurs belges sont invités à se présenter devant des journalistes et des programmateurs du monde entier.

Un set d’une demi-heure pour convaincre - pas facile, mais c’est le jeu - des speed-meetings (face-to-face entre artistes et invités), des rencontres informelles après ou entre les mini–concerts, voilà le programme. De quoi se faire remarquer et de tenter de décrocher quelques chroniques et articles par ici, des concerts par là ou tournées hors de nos frontières.

A la Caserne Fonck, où francophones et néerlandophones (*) ont uni leurs efforts (vous ne pouvez pas savoir comme ça fait du bien !), l’accueil est des plus sympathiques, bien sûr, et l’organisation parfaite.

N’ayant pas l’occasion de m’y rendre le vendredi soir (le meeting se déroule sur trois jours), j’apprends le lendemain que certains groupes se sont joliment fait remarquer. Le trio de Jean-Paul Estiévenart en particulier (dont le très bon album Wanted - neo hard bop, vif et nerveux - sort sous peu chez De Werf) a marqué des points, Mélanie De Biasio n’a laissé personne indifférent - soit on adore, soit on déteste - et Mâäk, en version tout acoustique, déjanté et festif, a clôturé en beauté.

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Samedi soir, c’est Lionel Beuvens (dm) qui présente son album (Trinité chez Igloo) devant une salle bien remplie. Lentement, en toute intimité, le groupe installe un climat plutôt «nordique» distillé par le jeu très épuré du trompettiste finlandais Kalevi Louhivuori. Tout se réchauffe et s’anime dès le second morceau qui laisse entendre de magnifiques improvisations du pianiste Alexi Tuomarila au toucher aérien, lumineux et nerveux. Les compositions de Lionel Beuvens ont quelque chose d’enivrant. «Seven», qui clôt ce court set, par exemple, est construit sur une spirale ascendante et terriblement excitante…

Joachim Badenhorst se présente en solo, armé de ses seuls soprano, ténor et clarinette basse. Adepte du jazz avant-gardiste et de l’improvisation libre, Badenhorst n’y va pas par quatre chemins. Clair, précis et direct, il démontre que le difficile exercice en solo – sur une musique pas facile, qui plus est – peut-être très accrocheuse. Badenhorst travaille la texture, le son et la matière. Il roule les harmonies comme on roule les «r». Il va chercher les sons les plus graves, étire quelques notes pointues… En quatre morceaux, il présente l’essentiel de son discours, réfléchi, travaillé, préparé. Et l’on se dit qu’il a encore beaucoup de choses passionnantes à raconter (la preuve avec son prochain disque en septette).

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Avant la première pause de la soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui monte sur scène.

Fraîcheur, ingéniosité harmonique et rythmique, un pied dans la tradition, un autre dans le présent (peut-être même en avance sur son temps), le trio emballe le set de façon unique et jubilatoire. La complicité est réelle entre Nic Thys (eb), Lander Gyselinck (dm) et le pianiste. Je ne redirai pas tout le bien que je pense de ce trio, allez relire le compte-rendu du dernier Leffe Jazz Nights. La qualité des compos («Le lendemain du lendemain» ou «Diepblauwe Sehnsucht») n’a d’égale que la fluidité du propos (la version de «Walking On The Moon» est toujours un régal). Un vrai grand trio qui joue, invente et réinvente. On en redemande… mais le timing, c’est le timing.

Après une courte pause, on retrouve sur scène 3/4 Peace de Ben Sluijs (as,fl), Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p). Douceur et délicatesse. Le trio, resserré autour du piano, joue tout acoustique. L’ambiance est feutrée et fragile. La musique, d’une grande subtilité, voyage entre les trois hommes. Chacune de leurs interventions est dosée avec finesse et intelligence. Tout est dans l’évocation, dans la subtilité. Parfois la tentation d’un free jazz suggéré et maîtrisé affleure, histoire d’ouvrir d’autres perspectives et de mettre encore plus l’eau à la bouche. La belle intro de Ben Sluijs à la flûte, les interventions très musicales de Brice Soniano à la contrebasse et les envolées de Christian Mendoza au piano sont en tout point exemplaires. Un véritable délice.

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Pour terminer le tour d’horizon de la journée, Nathan Daems (ts), Marco Bardoscia (cb) et à nouveau Lander Gyselinck (dm) proposent, avec Ragini Trio, un jazz basé essentiellement sur des traditionnels indiens qu’ils modèlent à leur manière. Quand on sait que les références des musiciens passent de Paolo Fresu à Ernst Reijseger ou de John Zorn à la musique des Balkans, on imagine très bien avec quelle ouverture d’esprit ils vont revisiter ces thèmes parfois ancestraux. La Shruti Box lancée, la musique ondule et évolue rapidement sur des rythmes et des groove lancinants. Bardoscia reprend pour lui, à la contrebasse, le principe des onomatopées et des ragas. Lander assure une polyrythmie efficace et Nathan fait chanter son saxophone sur des intonations épicées. Une façon originale d’intégrer le jazz à la musique indienne. A moins que ce ne soit l’inverse…

Après une courte nuit, tout le monde est de retour à la Caserne Fonck le dimanche matin sur les coups de onze heures.

Derrière le piano, Igor Gehenot commence en douceur, dans un esprit très ECM, en distillant avec parcimonie les notes rares. Puis la musique se fait plus précise et plus vive. Sam Gerstmans (cb) et Teun Verbruggen (dm) donnent l’impulsion sur un «Lena» assez enlevé. On décèle chez Gehenot le romantisme parfois torturé d’un Brad Mehldau mêlé à des accents légèrement plus funky ou soul. On sent que le trio prend de la consistance et façonne petit à petit sa personnalité. Et puis, on aime ce mélange de douceur (dans le phraser d’Igor) et d’acidité (dans le jeu sec de Teun).

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On retrouve de nouveau Teun Verbruggen avec le dernier groupe qui ferme le ban : Too Noisy Fish. J’avais eu l’occasion de les voir en début d’année à Flagey lors d’un surprenant concert. Et force est de constater que le groupe a encore évolué. Le voici encore plus sûr de lui et de son humour décalé. Les trois dissidents du Flat Earth Society (Peter Vandenberghe au piano et Kristof Roseeuw à la contrebasse) s’amusent à mélanger les genres. On sent l’influence de Zappa, de Monk ou de Charlie Parker, mais aussi d’un rock très contemporain ou d’un folklore populaire assumé. On saute d’un tempo à l’autre sans crier gare. Le timing est d’une précision diabolique et les idées fusent. Peter Vandenberghe plaque les accords, puis enchaîne de brèves mélodie avant de suspendre le temps et de jouer avec les silences. Le drumming éclaté de Teun se confond aux glissando de la contrebasse de Kristof. En une demi-heure, Too Noisy Fish nous a offert un concentré de jazz intelligent, joyeux et innovant... A suivre...

Voilà un joli panorama, fidèle – mais restreint bien entendu – du jazz belge : cette scène éclectique aux milles influences qui en fait toute sa singularité.

Il ne reste plus qu’à espérer que les programmateurs étrangers seront bien inspirés de l’exporter un peu partout en Europe.

On fera le bilan dans deux ans, lors du prochain Belgian Jazz Meeting qui se tiendra à nouveau à Bruges.

A+


* Museact (Gaume Jazz Festival, Jazz 04/Les Chiroux, Jazz Station, Maison du Jazz/Jazz à Liège, Les Lundis d'Hortense, Collectif du Lion, Sowarex/Igloo, Ecoutez-Voir), Brosella, Jazz Brugge, Wallonie-Bruxelles Musiques et Flanders Music Centre. La Federation Wallonie-Bruxelles et De Vlaamse Gemeenschap, les villes de Liège et de Bruges.

 

 

 

11/02/2013

Alexandre Furnelle Quartet - Tribute to Charlie Haden - Sounds


Charlie Haden est un immense contrebassiste et un grand mélodiste. Alex Furnelle est, lui aussi, contrebassiste. Et amoureux des belles mélodies.

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Alors, pourquoi ne pas reprendre le répertoire du maître ? Ce n’est pas si courant, après tout. Et puis, pourquoi ne se limiter qu’aux seules œuvres de Haden et ne pas élargir le spectre, en allant chercher d’autres morceaux emblématiques (de Keith Jarrett, Ornette Coleman ou de Carla Bley) que Haden a illuminé de sa présence ? Surtout que toutes ces compositions sont souvent d’une richesse incroyables et permettent de belles et nombreuses digressions. Pourquoi s’en priver ?

Alex Furnelle s’est donc entouré de Jan De Haas à la batterie, de Peter Hertmans à la guitare électrique et de Ben Sluijs au sax alto et à la flûte, et leur donné rendez-vous au Sounds samedi 22 décembre.

N’hésitant pas à raconter quelques anecdotes et à donner nombre d’info sur les morceaux qu’il joue, Alex Furnelle possède ce joli sens didactique et charismatique qui n’est pas pour déplaire. On sait dès lors où l’on met les oreilles et l’on en apprécie encore un peu plus la musique.

«The Death And The Flower» (Jarrett) - introduit magnifiquement à la flûte par Ben Sluijs - permet à Furnelle de montrer tout son talent à l’archet. Cette belle ballade ondulante – presque orientaliste – se développe avec grâce sous l'écoute attentive d’un nombreux public.

Après «Hermitage», le quartette enchaîne quelques thèmes d’Ornette Coleman. «Turnaround» et surtout «Ramblin’» permettent aux musiciens de s’exprimer totalement. Peter Hertmans, au jeu chargé de blues, dessine de belles lignes harmoniques. Il n’hésite pas à salir un peu le phraser, pour le rendre plus roots encore. Il utilise une légère disto ou un soupçon de vibrato. Son jeu est souple et sensuel et s’accorde merveilleusement à celui du sax alto.

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Libre et léger, le jeu de Ben Sluijs est un délice. Rattaché au fil fragile de la tradition (une pointe de Konitz ?) Sluijs trouve toujours le moyen de s’échapper, de papillonner et d’illuminer les moindres phrases. Il replace toujours le discours dans un langage moderne, actuel, intelligent et accessible.

Avec délicatesse, Furnelle caresse les 5 cordes de son instrument. On dirait qu’il joue «en surface», qu’il effleure les mélodies, qu’il laisse parler les silences.

«Silence» est d’ailleurs le morceau suivant sur lequel Hertmans montre, une fois encore, tout sa sensibilité et sa finesse dans un jeu sobre, fait d’ombres et de lumière.

Le quartette prend visiblement du plaisir à voyager dans ce jazz-là. Et nous aussi. Mais puisqu’il faut une fin, le groupe termine ce bel hommage - de façon plus «musclée» - avec «Our Spanish Love Song» et, en rappel, avec le lancinant et poignant «We Shall Overcome».

Reprendre des standards (ou du moins des morceaux historiques) a du sens quand ils sont reconsidérés de la sorte, avec respect, mais surtout lorsqu’ils sont habillés d’une vision toute personnelle.

C’est cela aussi qui permet de garder le jazz vivant.



A+

 

 

 

27/01/2013

Citadelic Winter - Gand

Rogé, patron du El Negocito et indéfectible défendeur des musiques improvisées et innovantes, a mis sur pieds, voici quelques années, Citadelic.

Rogé, l’initiateur de Jazz sur l’herbe, d’un label, d’un second club de jazz (La Resistenza) et d’autres initiatives encore, n’a jamais eu peur de rien.

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Pour ce mini festival, à la programmation pointue, Rogé a investi le Gravenstein à Gand, haut lieu, s’il en est, des premiers festivals free jazz à la fin des années 60.

Le 11 décembre 2012, Citadelic Winter accueillait ¾ Peace, Nathan Daems, Basic Borg et le trio d’Alexander von Schlippenbach. Malgré le froid et des conditions climatiques peu avenantes, le public était bien présent.

J’arrive à la fin du concert de Nathan Daems. Pas vraiment le temps de me faire une opinion. Le saxophoniste propose un jazz boosté au rock. C’est plutôt puissant (voire bruyant) et, pour le peu que j’en ai entendu - même si cela semblait un peu brouillon - c’est assez excitant et plutôt prometteur. Je n’aurai pas l’occasion de voir non plus  ¾ Peace de Ben Sluijs (as), avec Christian Mendoza (p) et Brice Soniano (cb), programmé un peu trop tôt pour moi. Dommage.

Dans la très belle et grande salle du donjon (XIème siècle), on a installé des chaises et des tables. Dans un coin, on propose des mets de cuisine Chilienne d’excellente qualité, ainsi que des bières et des vins qui ne le sont pas moins. Un peu plus loin, Instant Jazz a installé son petit stand et propose une sélection de CD’s triés sur le volet.

20 heures, voici Basic Borg, le groupe de Manolo Cabras (cb), qui présente son premier album: I Wouldn’t Be Sure.

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Un imprévu empêche Riccardo Luppi d’être présent ce soir, et c’est Jereon Van Herzeele qui le remplace au ténor. Mais le reste du groupe est au grand complet : Matteo Carrus au piano, Oriol Roca aux drums et Lynn Cassiers au chant et bidouillages électroniques.

Ambiances mystérieuses, mélodies généreuses et poésie furieuse, voilà le programme.

On entre dans cet univers particulier à pas feutrés. En douceur. Le sax de Jereon et la voix  de Lynn se trouvent vite un terrain d’entente, parfois de façon étonnante à l’unisson, parfois en contrepoint ou en décalage total.

La voix de Lynn pourrait être comparée à celle d’une sirène. Une sirène au pays des merveilles. De sa voix mutine, elle raconte des histoires d’enfants adultes ou d’adultes encore enfants, c’est selon. Elle chante les notes du piano, de la contrebasse ou du saxophone, les accompagne un instant puis les libère et s’évade elle-même.

Après quelques circonvolutions oniriques et déstabilisantes, Van Herzele fait tout éclater en un free jazz furieux. Cabras arrache les cordes de sa contrebasse comme s’il allait chercher les sons au fond de son instrument. Oriol Roca fait claquer les tambours, sèchement, fermement. Matteo Carrus frappe le clavier du piano de manière erratique… et revient finalement vers des enchaînements d’accords magiques. L’orage est passé. La douceur reprend sa place. Les mélodies refont surface, toujours enrobées de ce léger parfum d’enfance.

Lynn filtre sa voix pour la fondre le plus possible aux instruments. Les échanges entre sax et piano sont d’une extrême délicatesse. La chanteuse opte alors pour le chant dans un mini mégaphone… un peu contrainte, il faut le dire, par un souci technique qui l’empêche d’utiliser tout son matériel électro. Qu’à cela ne tienne, le moment est peut-être plus étonnant encore. Une sensualité brute s’en dégage et tous les sentiments sont exacerbés. Mais le set est, malheureusement pour des raisons techniques, écourté…

Si l’on se rabat sur l’écoute de l’album, on retrouve bien cet univers à la fois tendre et mélodieux («No Comment», «Dolce»), fragile et incertain («A Ciascuno Il Suo», «It Should Be There») presque swinguant («Game Over») ou plutôt éclaté («Scalar’e Bottulusu»). Inutile de dire que je vous le conseille chaudement. Et l’on pourra revoir le groupe au Jazzzolder à Malines le 8 février et au Sounds à Bruxelles le 9.

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Après une rapide mise en place, c’est le Trio d’Alexander von Schlippenbach (p) – avec Evan Parker (ts) et Paul Lovens (dm) - qui s’installe dans la grande salle voutée.

Le démarrage est instantané. Evan Parker fait naître d’un bourdonnement sourd, une sorte de marche obstinée et prisonnière d’une pièce close. Ses éclats harmoniques semblent se fracasser sur les parois d’un mur invisible. Ou bien elles sont cassées par un piano vengeur. L’histoire qui naît alors est comme sous-titrée par le batteur, qui suit les phrases, les précède ou les attend. Deux petites caisses claires, deux cymbales sans prétention, une grosse caisse et quelques casseroles, cela suffit à Paul Lovens pour marquer sa présence de façon unique.

La musique est toujours en mouvement. Tout est disséqué, affiné, éclaté, explosé parfois. Et pourtant, tout se tient. Un fil ténu, mais solide, semble relier nos trois musiciens. Tout peut arriver, la confiance est là. Et chacun provoque la surprise, ou cherche l’accident. Chacun enrichit le dialogue parfois abstrait ou surréaliste. Parfois enflammé, parfois très réfléchi.

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Puis, Alexander von Schlippenbach se love dans de longues divagations poétiques. Sa main droite se libère tandis que la gauche, extrêmement ferme et précise, prépare un terrain mouvant. Accidenté ou lisse.

Des morceaux très denses laissent la place à d’autres, plus dépouillés, presque décharnés. Puis ça grouille à nouveau, comme des vers dans un fruit trop blet. Tous les morceaux s’enchaînent sans discontinuité. Les improvisations instantanées et les compos personnelles se mêlent à quelques thèmes de Monk («For In One», par exemple). Toutes les émotions défilent. L’équilibre entre le confort et l’inconnu est maîtrisé avec une intelligence rare. Le trio revisite et donne sa propre vision d’un jazz créatif et bien vivant. Un jazz passionnant de bout en bout.

Arès le concert, dans une bonne ambiance, simple et conviviale, on se boit un dernier verre, on discute entre amateurs avertis et on croise quelques musiciens (dont Louis Sclavis, par exemple – qui sera en résidence au Vooruit, le lendemain, avec De Beren Gieren).

Pour qui aime être surpris et est prêt à écouter un jazz qui sort des sentiers battus - trop vite caricaturé comme une musique difficilement accessible - un passage du côté de Citadelic est indispensable. Ça tombe bien, après le «Winter», l’édition Citadelic «Basement» débute en février.

Merci Rogé.

 

 

 

 

 

13/05/2012

Episodes manquants

Je ne trouve pas toujours le temps de parler de tout que je vois (concerts et performances) et entends (démos, cd’s, interviews) et ça m’énerve. Il faudra vraiment que je trouve une solution, car le temps, malheureusement, n’est pas extensible.

Résumé des épisodes manquants.

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Je ne vais pas vous dire à nouveau tout le bien que je pense du duo de Ben Sluijs (as) et Eric Vermeulen (p) car je risquerais de me répéter. Mais, rien à faire, quand la musique touche de cette manière, il serait dommage de la garder pour moi. Le concert qu’ont donné les deux musiciens au Pelzer à Liège le 11 avril était… sublime. Le club était plein et le public très attentifs aux échanges entre le saxophoniste et le pianiste. L’émotion, l’intensité, la légèreté et l’humour parfois, étaient bien présents. Vermeulen, en grande forme, s’amusait à répondre avec une intelligence rare aux propos de Sluijs, l’obligeant tout le temps à se dévoiler encore un peu plus, à chercher plus loin, à creuser plus profondément. Et bien sûr, en retour, Sluijs pousse Vermeulen à se définir plus encore… Je ne vous refais pas le détail de la soirée, mais je vous conseille encore et toujours le CD « Parity », paru chez De Werf.

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Le week-end suivant, 13 et 14 avril, j’étais au C-Mine Festival à Genk, dans la très belle et impressionnante mine désaffectée de Winterslag (au nord de Genk). L’endroit a été magnifiquement réhabilité en un espace de culture (conférences, expos, concerts).

Le programme du festival était assez alléchant. Mais je n’ai pas pu tout voir à cause de la simultanéité de certains concerts. Il a fallu faire des choix. Le vendredi, j’ai vu le projet de Frank Vaganée & Cyclop Max, qui allie jazz et projections de dessins (style BD) en temps réel. Un mélange parfois perturbant, malgré la qualité des dessins et surtout de la musique.

J’ai découvert aussi Matthew Halsall, un trompettiste anglais à l’univers particulier, entre jazz modal et ambiant. Il était accompagné, entre autres, de Nat Birchall au sax et d’une jeune harpiste (!!) Rachael Gladwin. Beau moment.

Puis, il y a eu l’élégante Lizz Wright, ensuite le très prometteur quartette de Frank Deruytter (avec Bart De Nolf, Eric Legnini et Peter Erskine) à l’esprit très funk et soul et, pour finir, l’excellent trio de Monty Alexander.

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Le samedi, c’est l’étonnant groupe Phronesis qui ouvrait le bal. Un trio anglais – même si le leader, Jasper Høiby, est danois – qui risque de faire parler de lui à l’avenir (à mon avis, il est bien plus intéressant que le sont ses compatriotes Portico Quartet ou Neil Cowley Trio).

Puis, Mimi Verderame nous en a mis plein les oreilles avec son quintette. Du hard bop jubilatoire de premier ordre. Bien plus excitant que la décevante prestation du pourtant très attendu (trop attendu ?) Trio Fly, avec Larry Grenadier (cb), Jeff Ballard (dm) et Mark Turner (ts). Trop dispersés sur la grande scène - qu’avait illuminé juste avant Mulatu Astatke et son ethio-jazz chaleureux – le trio a livré un concert qui manquait cruellement d’âme. Vous pourrez lire très bientôt sur Citizen Jazz un compte rendu bien plus complet.

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Le 26 avril, c’était la première des Singers Night au Sounds. Et il y avait du stress… On le sentait dès que l’on avait franchi la porte du club. Du coup, l’envie de bien faire et d’être à la hauteur ont fait perdre leurs moyens à plus d’un chanteur. On retiendra - pour ma part - une bonne prestation d’un certain Stefano (un joli « Tenor Madness »), mais surtout de Karolien, au timbre de voix assez grave (« My Foolish Heart » et « Twisted ») et de Agnese, à la voix plus feutrée, qui chantera magnifiquement « The Days Of Wine And Roses » et « Everytime We Say Goodbye ». Chanter du jazz, c’est franchement pas évident. Rendez-vous le 31 mai pour la deuxième.

Et puis, en dehors des concerts, il y a aussi les promesses d’écrire pour des groupes ou des musiciens. Des promesses que je ne tiens pas … J’en suis parfois (souvent) rouge de honte.

Gratitude par exemple, le trio de Louis Favre (dm), avec Alfred Vilayleck (eb) et Jereon Van Herzeele (ts) qui m’avait conquis et scotché lors de deux prestations aux Jazz Marathon 2011 et 2012. Je leur avais promis d’en parler, en long et en large. J’ai écouté et re-écouté des démos. J’ai aligné des mots. J’ai fait des phrases… mais je ne suis jamais arrivé à écrire  quelque chose de satisfaisant. Pourtant, ce groupe, j’ai envie de le faire connaître. Mais, rien à faire… Blocage. Et les belles promesses que j’avais faites à Louis Favre… je ne les ai pas tenues. J’en suis confus. Encore plus confus maintenant que le disque s’annonce et… s’annonce bien même. Ce sera pour bientôt… et sans mes mots.



Voilà, ce n’est qu’un tout petit exemple de lacunes – car je ne vous ai même pas « parlé » de CD’s ! Ceux de Charles Loos, Gebhard Ullmann, Baloni (coup de cœur pourtant !), Aki Rissanen et Robin Verheyen, Machine Mass Trio, "Rock My Boat" de David Linx, Big Four, Chris Smith… sans compter ceux que j’ai reçu récemment.

Allez, au boulot.

 

A+

11/03/2012

Jazz Tour Festival à Hannut

 

Joli succès pour la deuxième édition du Jazz Tour Festival au Centre Culturel de Hannut.

Ce n’était ni à l’habituel Henrifontaine ni à la Salle Jean Rosoux qu’il se tenait, mais bien au Centre de Lecture Publique, pour des raisons pratiques.

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Et sur les coups de 16 heures, ce samedi 3 mars, pas mal de curieux et d’amateurs étaient déjà présents pour écouter Unexpected 4.

Les lauréats du concours  du Festival Dinant Jazz Nights 2010 – que j’avais eu l’occasion de voir à la Jazz Station – présentaient un nouveau line-up. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais l’arrivée de Bas Cooijmans à la contrebasse, à la place de Vincent Cuper et de sa basse électrique, change quand même l’optique du groupe. On sent l’ensemble encore plus ramassé et une nouvelle dynamique se dessine. L’incisif Jeremy Dumont (p), dont l’entente avec Vincent Thekal est évidente, ouvre souvent les espaces. Le drumming d’Armando Luongo se veut toujours enflammé. Avec l’arrivée de Cooijmans, ils pourront sans doute se lâcher encore un peu plus et sortir d’une voie qui reste parfois encore un peu sage. Car, c’est clair, on imagine aisément que Unexpected 4 en a encore sous le pied.

Le trio de Thomas Champagne ensuite, sur sa lancée d’une année “anniversaire” (le groupe fêtait ses dix ans en 2011 avec une longue tournée dont j’ai palé ici et ), se présentait avec un invité: le guitariste Guillaume Vierset. Ce dernier aura l’occasion de se mettre plusieurs fois en valeur (notamment sur “One For Manu”) et de démontrer un jeu d’une belle sensualité non dépourvu d’accents plus mordants. Guillaume Vierset travaille actuellement sur une relecture des compositions de musiciens liégeois (Jacques Pelzer, René Thomas et d’autres) qu’il présentera au prochain festival Jazz à Liège avec des musiciens… liégeois. On est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

Après ce très bon set, intense et bien équilibré (Champagne (as), Yates (cb) et Van Uytvanck (dm) s’entendent à merveille pour faire monter la pression), c’était au tour de Collapse de montrer de quel bois il se chauffe.

Le groupe de Cedric Favrese (as) et Alain Deval (dm) prend décidément de l’assurance et propose un jazz des plus intéressants. On (ou “je”?) a fait souvent le parallèle entre la musique de ce quartette et celle d’Ornette Coleman. Bien sûr, on y sent l’esprit, mais il faut bien admettre que Collapse arrive à s’en détacher et à créer sa propre vision. Entre post bop et free, éclaboussé de klezmer et de musiques orientales, le groupe explore les sons, ose les couinements et les grincements avant de se lancer dans des thèmes haletants. Le travail - faussement discret - de Yannick Peeters à la contrebasse est souvent brillant et d’une telle intelligence qu’on aurait tort de ne pas le souligner, car il est réellement indispensable. Les longues interventions de Jean-Paul Estiévenart sont en tous points remarquables : il y a de la fraîcheur, de la dextérité et toujours une énorme envie de chercher, de prendre des risques et d’éviter la facilité. C’est cela qui est excitant dans ce groupe - à la musique à la fois complexe et tellement évidente - c’est cet esprit de liberté qui flotte et se transmet de l’un à l’autre. A suivre, plus que jamais.

Dans un tout autre genre, Chrystel Wautier livrait son dernier concert de sa série “Jazz Tour”. Entourée de Boris Schmidt à la contrebasse, de Quentin Liégeois - très en forme - à la guitare et de Ben Sluijs - toujours aussi fabuleux - au sax et à la flûte, la chanteuse a ébloui le très nombreux public. La voix de Chrystel fut, ce soir plus que jamais, parfaite. Avec décontraction, humour et sensibilité, elle nous embarque à bord de ses propres compositions ou nous fait redécouvrir des standards (de “Like Someone In Love” à “Doralice”) sous une autre lumière. Elle chante, elle scatte et… elle siffle même ! Et là où cela pourrait être, au mieux ringard et au pire vulgaire, elle fait de « I’ll Be Seeing You » un véritable bijou. On appelle ça le talent.

Retour au hard bop plus « traditionnel » pour clore la journée, avec le quartette de Michel Mainil (ts). On sent dans ce groupe, qui a déjà de la bouteille, une certaine jubilation à jouer pour le plaisir… même si cela manque parfois de fluidité dans l’ensemble. On remarquera les belles interventions de José Bedeur à la contrebasse électrique (je me demande toujours pourquoi ce choix « électrique » dans un tel contexte ? Mais cela n’engage que moi), la frappe « carrée » d’Antoine Cirri et surtout le jeu très alerte et précis d’Alain Rochette.

Il est plus de minuit, Xavier Lambertz et toute l’équipe du CC Hannut peuvent être heureux, le contrat est plus que rempli. Rendez-vous l’année prochaine.

A+

 

12/02/2012

3/4 Peace au Sounds


3/4 Peace (lire Three for Peace), est l’une des nouvelles formations de Ben Sluijs, avec Christian Mendoza au piano et Brice Soniano à la contrebasse. Les trois hommes se connaissent bien puisqu’ils jouent ensemble depuis quelques années déjà au sein du groupe de Christian Mendoza (avec Joachim Badenhorst, et Teun Verbruggen), dont l’album “Arbr’en Ciel” vaut le détour,… d’ailleurs il faudrait que je vous en parle un jour.

Mais ce 20 janvier au Sounds, c’est Daniele Esposito qui remplace au pied levé le contrebassiste français, souffrant. Une tâche pas facile qu’il assumera cependant brillamment.

Haaa, comme c’est malin un concert comme celui-là.

Ben Sluijs n’a décidément pas son pareil pour nous prendre par les sentiments, nous mettre en confiance et puis, finalement, nous embobiner dans les méandres complexes d’une musique à laquelle on ne soupçonnait pas aussi facilement adhérer. Une musique qui, si elle n’est peut-être pas excessivement complexe est, en tous cas, très élaborée et riche en rebondissements.

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On remonte d’abord quelques années en arrière, avec "Unlike You" dans lequel on retrouve toute la sensibilité et le lyrisme que Ben Sluijs distillait dans ses premiers projets (comme sur “Candy Century”, par exemple, l’un de ses premiers albums – un bijou, soit dit en passant !)

Il y a de la délicatesse, de la tendresse, de la poésie. De la vraie poésie. Celle qui touche, celle qui stimule ce fil obscur, impalpable et indéfinissable reliant le cœur au cerveau. Le son de Ben Sluijs est reconnaissable entre mille, remplit d’une sensualité exempte de toute fioriture. Sluijs va droit à l’essentiel, trouvant toujours le mot juste, l’inflexion parfaite.

Le souffle se mélange aux notes subtiles du piano et de la contrebasse. Et si la formule sax, piano, contrebasse a déjà été éprouvée ailleurs (on pense à Giuffre, Bley, Swallow, bien sûr), on est loin de l’imitation car ce trio est marqué de la personnalité du saxophoniste. Une personnalité qui influence sans doute un peu le jeu de Mendoza. Lequel influence, à son tour celui de Sluijs. Tout est ricochet, écho, progression, évolution, mutation perpétuelle … Tout en douceur. Un véritable travail d’écoute.

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Le public est très attentif à ce lyrisme qui pénètre doucement, tout doucement, au plus profond de l’âme. Et s’il est aussi attentif, c’est que la manière de raconter l’histoire et de la faire évoluer est toujours surprenante. Le trio joue sur le fil du rasoir, entre légèreté et noirceur avec intelligence.

Sur "From Distance", la main droite de Mendoza martèle, seule, le clavier, sèchement, dénuée de douceur, tranchante comme un scalpel. Mais le pianiste fait aussi preuve de finesse de langage et joue à l’équilibriste sur "November Snow", par exemple. Il est toujours prêt à aller plus loin, au risque de tomber. Mais il est toujours assez malin pour trouver la parade.

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Si “Embracable You” vous arrache une larme, “Jesus Maria” (de Carla Bley) ou “Glow” vous font tourner la tête. De la bel ouvrage. Alors, pour conclure, le trio revisite “Ask Me Know” de Monk, avec Ben à la flûte, et puis se lâche complètement sur “Esda” (de Manolo Cabras).

Un album est prévu pour fin avril 2012, chez El Negocito Records et… sans doute en vinyle! (Une raison supplémentaire de remettre définitivement ma platine en état!)

 

A+

 

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

14/06/2011

Riccardo Luppi's Mure Mure au f-Sharp

Dimanche 29 mai, je bosse une grosse partie de la journée et je fais l’impasse sur les concerts organisés par les Lundis d’Hortense sur la Grand Place à l’occasion du Jazz Marathon.

Hé oui…

Vers 20h, je finis  quand même par me rendre du côté de Matongé, rue de Dublin.

C’est là que le f-Sharp a élu domicile après s’être fait mettre à la porte du Théâtre Molière où il résidait depuis quelques mois déjà. Le f-Sharp, c’est une bande de copains bénévoles, fondus de jazz et d’autres musiques qui remuent les tripes et les neurones. Après avoir souvent été déclaré mort, f-Sharp résiste comme un virus persistant - et c’est tant mieux - et continue d’organiser des concerts chaque dimanche soir, à la Salle Dublin.

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Ce soir, c’était Riccardo Luppi’s Mure Mure.

J’avais reçu ce disque, étrange et fascinant, édité par El Negocito Records, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en parler. Il a été enregistré live, lors du festival Ah-Um à Milan en 2008. Totalement improvisé. Un ovni. Un must.

Le groupe, c’est Manolo Cabras à le contrebasse, Lynn Cassiers aux chants et aux effets, Joao Lobo aux drums et Riccardo Luppi au sax ténor et à la flûte. Ils s’appellent Mure Mure car c’est dans ce petit bistro, derrière Flagey, qu’ils ont joué un de leurs premiers concerts.

Il est 20h45. En avant pour l’aventure.

Climat éthéré, ambiance sombre et douce. Le premier morceau est une lente progression plaintive. Telle le chant d’une sirène, Lynn nous ensorcelle.

Puis tout devient nerveux. Comme une mouche prisonnière d’un verre, le sax tente de s’échapper. Les rythmes deviennent erratiques, Manolo tire sur les cordes de sa contrebasse, Joao casse aussitôt les tempos qu’il initie…

On plonge ensuite dans un rêve d’enfant. Ambiance amniotique, sourde, feutrée. Le rêve est légèrement agité. L’archet de Manolo grince tendrement, Riccardo dépose un souffle chaud et rassurant. Joao s’aide de sachets plastiques pour frotter les peaux des tambours. Lynn ressort ses kazoo, clochettes, petites cymbales, hochets. Elle chante une histoire sans image.

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On flotte entre rêve et réalité, entre angoisse et apaisement, entre nervosité et langueur. Le quartette nous emmène dans un monde musical étonnant, il tente de nous câliner, de nous bercer, de nous blesser aussi, et de nous perdre… pour mieux nous rattraper au dernier moment. L’expérience est déroutante, mais tellement excitante.

Il y a une telle connivence entre les musiciens, qu’ils peuvent improviser des histoires comme ils veulent. C’est un cadavre exquis. Exquis.

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C’est à ce moment que le groupe invite sur scène Ben Sluijs (as). Très vite, les échanges musclés s’échafaudent entre lui et Luppi. Avec la rythmique en appuis, on s’imagine vite une pyramide humaine se former dans notre esprit. C’est vif, intelligent et surprenant. Les mélodies s’esquissent. À nous d’imaginer ce qu’elles pourraient devenir car les musiciens suivent déjà une autre piste. Ça ri, ça s’amuse, ça échange. C’est de l’impro totale et jamais le public n’est laissé pour compte. La preuve, il demandera un rappel.

Et le disque, me direz-vous ? Hé bien le disque, c’est exactement pareil. Mais totalement différent.

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A+

05/12/2010

Les vagues de Monsieur Pirodda.

 

Augusto Pirodda est un musicien que j’aime beaucoup. J’aime son approche assez percussive du piano. Celle qui laisse planer des silences pleins de fureur juste après qu’il a frappé les cordes et les structures de son instrument. J’aime la violence qui gronde après un moment de douceur… ou vice-versa. J’aime la façon dont il contraste ses compositions, entre jazz et musique contemporaine. J’aime les ondulations vagues de son romantisme totalement dénué de complaisance et de mièvrerie.

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Ce soir, le 3 novembre à la Jazz Station, le premier morceau («Between») est l’exemple parfait de ce qui vient d’être dit. Pirodda évoque le sac et le ressac incessants, il insuffle cette idée flottante et incertaine qui laisse le sax de Ben Sluijs et la contrebasse de Manolo Cabras s’entortiller, et qui laisse le temps à la batterie de Marek Patrman de plonger, de se cacher et finalement de resurgir. Puis, comme un brise-lames, Augusto vient rompre l’élan pour redistribuer les cartes, proposer une autre réflexion et reconstruire une idée nouvelle.

Ce qui est excitant avec ce groupe, c’est que tout le monde y trouve sa liberté. Vous savez, cette démocratie qui existe dans le jazz, cette chose fragile qui permet aux musiciens d’aller où ils veulent et de dire ce qu’ils pensent tout en respectant les autres. Un jazz qui peut quitter la maison, aller jouer dans le jardin du voisin, revenir sous une autre forme, avec une autre façon de penser. Sans rien imposer, juste en laissant deviner ce qui s’est dit à côté. Rien de neuf, me direz-vous? Peut-être, mais quand ces principes sont appliqués avec une telle honnêteté, la musique se réinvente et nous surprend toujours. Elle peut-être exigeante mais n’en est certainement pas inaccessible. Il suffit de se laisser prendre.

Quand il le faut, l’excitation aidant, Pirodda, se lève, se balance de gauche à droite pour appuyer un accord, pour accentuer une note. Il bouge presque autant que l’intenable Manolo Cabras. Sur «If You Wear A Bell» (compo originale inspirée de qui vous devinez), il fait sonner le piano à la Cecil Taylor, puis «se repose» sur la contrebasse en ne jouant que des lignes nerveuses de la main droite. Tout comme le contrebassiste, Marek Patrman, à la batterie, remplit les creux, trouve toujours un minuscule interstice pour s’immiscer, afin de combler ou accentuer les intervalles. À l’alto, Ben Sluijs semble planer au-dessus. Il tourbillonne, attend le bon moment et puis plonge dans l’harmonie, chamboule la donne, ouvre les espaces, jette des idées, puis remonte et s’envole encore plus haut...

A quatre, la musique est toujours instable, inventive, en perpétuel mouvement et toujours en construction.

La délicatesse sombre de «Psalm N.S.» (de Patrman) fait place aux éclaboussures sonores de «Brrribop!!!». Marek se fait plus nerveux, plus tonitruant, plus tranchant, plus claquant, mais parvient toujours à garder un équilibre fragile entre swing et free.

Puis, le groupe improvise sur trois petites notes obsédantes d’ «Ola», comme pour une oraison funèbre, avant de terminer par la fiévreuse ballade «Per Claudia». Des allers-retours, des échanges, des questions, des réponses… des vagues. Ce soir, le quartette de Pirodda nous a donné sa version du jazz… qui n’est certainement pas une des moins intéressantes de toutes.


Augusto Pirodda a enregistré l’année dernière un album avec Gary Peacock et Paul Motian (rien que ça!) qu’il sortira sous peu sur le label allemand Jazz Werkstatt. On en reparlera sans aucun doute. Ici, bien sûr, mais ailleurs aussi, certainement.

 

A+

 

14/11/2010

Ben Sluijs & Erik Vermeulen - Parity - Rataplan Antwerpen

 

J’avais raté les prestations de Ben Sluijs et Erik Vermeulen à Gand et à Bruges pour la sortie de leur dernier CD en en duo Parity. Dernier, parce qu’il y en avait eu un autre avant: Stones. Un merveilleux album sorti aux débuts des années 2000 chez Jazz Halo et réédité l’année dernière par De Werf. L’idée de “Stones” avait germé après les improvisations solos que Ben Sluijs avait réalisé à l’occasion d’un parcours guidé entre les sculptures du Parc du Middelheim à Anvers. Emile Clemens avait ensuite écrit quelques poèmes autant inspirés par les œuvres d’art que par la musique. Puis, c’est Erik Vermeulen qui s’est immiscé dans le projet. Le pianiste et le saxophoniste ont alors remis de l’ordre entre compos et impros. Puis, ils ont enregistré. Et le résultat fut magnifique. Allez réécouter “Gargoyles”,  “Minor Problems”, “Glow” ou le sublissime “Still” et vous ne regarderez plus jamais les pierres comme avant…

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Pour Parity, l’optique est quelque peu différente. Ben et Erik ont enregistré sporadiquement, depuis deux ou trois ans, des standards, des improvisations ainsi que leurs propres compositions. Ils les ont collecté, réécouté, jeté, gardé et en ont finalement sélectionné 14 pour l’album. Des pièces parfois très courtes (entre une et deux minutes) et d’autres plus longues. Le tout est d’une immense poésie, d’un lyrisme parfois sombre mais d’une musicalité toujours lumineuse. Le romantisme flirte avec l’impressionisme et la liberté avec le respect. Parity est un recueil de musiques qui parlent à l’âme.

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Rendez-vous ce 29 octobre au Rataplan à Borgerhout, dans la banlieue d’Anvers, pour entendre la version «live».

 

En première partie d’abord, quatre jeunes musiciens, Marjan Van Rompay (as), Jan Debel (p), Dries Laheye (eb) et Jakob Warmenbol (dm), qui ont eu la chance d’être coacher deux semaines durant par Ben Sluijs, présentaient le fruit de leur travail. “Bye-Ya” de Monk pour commencer et une ballade ensuite, permettent de remarquer rapidement un beau toucher de la part du pianiste. Le jeune quartette se lance alors dans un morceau d’Ornette Coleman. Il ne faut pas se rater. Il y a intérêt à bien s’entendre et à pouvoir canaliser les énergies. Il faut négocier la fulgurance impromptue et le lâcher prise. Pas simple, mais ils y parviennent avec brio. Jakob Warmenbol, que j’ai déjà vu plusieurs fois, opte souvent pour un jeu feutré et équilibré. La basse électrique est souple et le sax de Marjan Van Rompay, assez inspirée, se fait souvent ondulant. Prometteur.

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C’est au tour du duo Sluijs-Vermeulen de monter sur scène. Entre eux, le dialogue est libre et sans entrave. Ils se connaissent si bien. Si bien, que leurs discours ne se répètent jamais. Ils l’inventent à chaque fois. Après un léger “Sweet And Lovely”, “Parity” joue clairement le dialogue, l’échange et les contrastes. Le duo fait un bout de chemin ensemble avant de se libérer l’un de l’autre. Mais ils s’entendent dans les silences et se rejoignent les yeux fermés. Les harmonies semblent se perdre et pourtant elles sont toujours présentes, sous-jacentes, en creux ou en non-dit. C’est tout l’art de ce duo. Rien n’est jamais figé et pourtant tout repose sur des lignes invisibles fortes. Saxophone et piano se croisent, se saluent ou se bousculent un peu. Puis, tandis qu’Erik plaque des accords, Ben s’envole. C’est la terre et c’est le ciel. Et entre les deux, il y a le rêve.

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“Bright Day” (écrit un jour où Erik était d’humeur positive dit en plaisantant Ben) n’a presque rien à voir avec la version de l’album. Le duo évoque et esquisse la mélodie, tout comme il le fera avec “Con Alma” (Dizzy Gillespie). Entre jazz et musique de chambre, entre musique contemporaine et classique, le duo ne cache pas ses influences et “Béla”, en hommage à Bartók, en est la preuve. Vermeulen joue comme en contrepoint, sa main droite invente et parfois reste en suspens… pour laisser parler Sluijs. L’équilibre est fragile, le dialogue est fin, la mélodie est comme susurrée.

 

C’est comme une respiration lente, une respiration parfois irrégulière.

Une respiration qui vous tient en haleine.

 

A+

 

13/11/2010

Blue Flamingo - Chrystel Wautier

La veille du concert de Da Romeo au Théâtre National, j’étais allé voir Chrystel Wautier. C’était à l’occasion du premier Blue Flamingo Festival organisé par Muse Boosting.

Pourquoi «Flamigo»? D’après Serge Solau, c’est parce que le flamant est migrateur, qu’il va là où il fait bon et chaud. Et «Blue»… parce que  «la note bleue», parce que «le jazz». C’est sans doute pour ces raisons que ce festival de deux jours (qui se déroulera une fois par saison), a trouvé refuge dans l’une des très belles pièces du Château du Karreveld à Molenbeek. Je n’y ai pas vu de flamants au bord des étangs (mais je les ai bien imaginé), par contre j’ai entendu du jazz.

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La salle est grande, les murs sont en briques apparentes, l’impressionnante charpente de bois est haute, l’endroit est chaleureux et l’acoustique naturelle est formidable. Des tables sont disposées autour de la scène, éclairée par un ruban de lumière bleue. Quand j’arrive – en retard – la salle est plongée dans l’obscurité et, dans la bulle de lumière, Chrystel chante, accompagnée de Quentin Liégeois à la guitare, Boris Schmidt à la contrebasse et Ben Sluijs à l’alto. Sensibilité, humour, tendresse, c’est ce qui caractérise sans doute le mieux la chanteuse dans ce projet. Avec ses acolytes, elle a réussi à former un quartette original et complice.

 

La plupart des chansons  sont choisies avec soin. Les standards (comme, par exemple, ce «You’re Driving Me Crasy » nerveux et décontracté à la fois) prennent des couleurs chatoyantes et des formes nouvelles tout en restant assez respectueux des originaux. Entre le guitariste et le contrebassiste, la musique coule paisiblement. Chacun se permet quelques impros délicates. Le sax alto s’amuse à s'envoler dès qu’il le peut, personne ne le retient et le résultat n’en est que plus magique. Le public ne s’y trompe pas et il applaudit avec chaleur. Je suis sûr qu'en écoutant l’album («Peace Of Time» édité par Muse Boosting également), il aura les mêmes élans.


Sympathique et très bien organisé, le Blue Flamingo a pris un bel envol. Le lendemain, le festival accueillait As Guest et pour les prochaines éditions, on annonce Pascal Mohy, No Vibrato, Jacques Pirotton, Steve Houben ou encore Peter Hermans. À noter, d’ores et déjà, dans votre agenda.

 

A+

29/08/2010

Le Music Village a dix ans.

Une nuit de 1999, je m’étais baladé du côté de la Rue Traversière et étais entré au Travers (lieu mythique du jazz bruxellois, aujourd’hui disparu. Jules - du Travers - s’occupe actuellement de la programmation au Théâtre Marni). Dans le fond de cet endroit sombre et enfumé y jouait le quartette de Ben Sluijs. Pour moi, ce fut une belle claque. Voulant absolument savoir où jouera ce groupe prochainement, je fouille le site Jazz Valley (lui aussi disparu)…

C’est comme cela que, quelques mois plus tard, je découvre le Music Village, à deux pas de la Grand Place, dans une ancienne quincaillerie totalement relookée. L’endroit est intime, chaleureux, cosy. Je me renseigne à l’entrée et apprends que le club a ouvert ses portes, il y a quelques mois à peine… Ouf, je n’ai presque rien raté.

 

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Dix ans plus tard, le Music Village est toujours là, fidèle à l’esprit voulu par Paul Huygens.

 

À partir du 3 septembre, pour fêter dignement cet anniversaire, le club programme une série de concerts «spéciaux». On y verra Phil Abraham, Dave Pike, Gino Lattuca, Ivan Paduart, Amina Figarova, Mélanie De Biasio, les Swing Dealers, Charles Loos et bien d’autres encore.

 

Dix ans, c’est  un bel age et c’est l’occasion de poser dix questions au maître des lieux, Paul Huygens.

 

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1 : Pourquoi le jazz ?

 

Avant tout pour l'atmosphère (sentimentale ou excitante) qui entoure la musique de jazz live. Et, étant surtout amateur de musique classique pendant mon adolescence, je trouve, avec le temps, que le JAZZ est la musique de la VRAIE vie. Pas dramatique, pas extrême, mais faite de rose avec des touches de gris, et de gris avec des touches de rose… bref jazzy. Et bien sûr pour des tas d'autres raisons plus savantes…

 

2 : Pourquoi le nom de "Music Village" ?

 

En référence au Village Vanguard d’abord et ensuite, à l’origine, pour permettre d’ouvrir l’espace à d’autres musiques. Ce qui n’est plus trop d’actualité… Et puis l’idée de «Village» me semblait «cosy» : atmosphère, atmosphère….

 

3 : Pourquoi près de la Grand Place ?

 

Clairement pour bénéficier d’une visibilité nationale et internationale. Pour être au centre de la capitale de l’Europe et pour cette dernière. Pour ajouter un atout culturel international (qui manquait d’ailleurs…). Et parce que l’Anglais et le jazz, c’est éminemment international et «œcuménique».

 

4 : Quel a été ton premier contact avec le jazz et le premier coup de coeur ?

 

Mon instituteur primaire, en 1ère et 2e, qui s’appelait Charles Denose, jouait en classe de la guitare jazz et du banjo. Voyant mon intérêt, il avait même prêté à mes parents l’intégrale de Django Reinhardt (en vinyle, indeed. Années 1958…).

 

5 : Quel est ton meilleur souvenir, parmi les nombreux concerts, au Music Village ?

 

Le tout premier concert live, en août 2000, quand les premiers accords ont résonné pour un public. J’ai versé quelques larmes, même… (en coulisses, indeed) Il y avait, entre autres, Roger Van Ha et Johan Clement.

 

6 : Si tu n’avais aucune limite de budget, quel artiste rêverais-tu de voir un soir (ou deux, ou trois, ou plus) au Music Village?

 

Jacky Terrasson sans aucune hésitation.

 

7 : Que penses-tu de l’évolution du jazz (en Belgique ou ailleurs) depuis ces dix dernières années ?

 

Probablement qu’il y a un peu plus d’intérêt de la part des plus jeunes pour le répertoire classique. Qu’il y a moins d’ «extrémisme» créatif. Et qu’il y a toujours aussi peu de clubs de jazz… J’essaie d’y travailler au sein du Conseil des Musiques non Classiques.

 

8 : Quel est la plus grande difficulté à surmonter lorsqu¹on est patron d¹un club de jazz ?

 

Arriver à faire un bon mix entre «jazz-art» et de «jazz-entertainment», les 2 piliers du jazz qui sont certainement, selon moi, les seules manières de se projeter dans l’avenir. Cela dit, de manière plus prosaïque, le problème est toujours d’arriver à boucler les budgets, en étant, pour l’essentiel autofinancé (90%).

 

9 : Sur quels critères as-tu établi le programme pour « fêter » ces dix ans ?

 

Je voulais avant tout réunir un maximum de musiciens – belges surtout – qui ont accompagné et compris mon aventure depuis 10 ans.

 

10 : Que nous réserve le Music Village pour les dix ans à venir ?

 

Je veux surtout continuer à soutenir le jazz «classique» et ses musiciens belges, et offrir à un public renouvelé, qui n’est pas toujours spécialiste, une belle introduction vers la musique de jazz. Et, en même temps, présenter ceux qui, parmi la jeune génération, partagent les valeurs éternelles du jazz qui sont pour moi : swing, intelligence, créativité, plaisir partagé… et puis, l’atmosphère !

 

 

Réservez dès maintenant vos places pour le mois de septembre… et les dix années à venir.

Happy birthday, Paul.

 

(Merci à Jos Knaepen pour la photo). 

 

 

A+

 

09/08/2010

Gent Jazz Festival

Mais oui, bien sûr, j’étais au Gent Jazz Festival.

Et vous pourrez bientôt lire le détail sur Citizen Jazz.

En attendant, voici quelques images. Et quelques mots quand même.

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D’abord, il y a eu «Monsieur» Ornette Coleman, le jeudi soir.

Voilà ce qu’on appelle une légende vivante!

Avec aisance, avec nonchalance presque, il arrive sur scène, il ne doit rien dire, rien faire…. Juste être là.

Derrière lui, une rythmique d’enfer, qui redouble d’énergie. Lui, Ornette, avec des gestes presque lents, s’empare de son saxophone, puis de sa trompette et enfin de son violon. Tranquille. Tranquille et puissant. Magique.

Avant lui, il y a eu Kurt Elling, brillant et magnétique. Il renouvelle à chaque fois l’esprit du jazz vocal.  Il est suivi par le trio de Pierre Vaiana (avec Salvatore Bonafade et Manolo Cabras) pour évoquer un voyage sur les routes de Sicile. Moment hors du temps.

Le lendemain, l’excellent et très prometteur quintette de Christian Mendoza (avec Ben Sluijs et Joachim Badenhorst aux saxes, Teun Verbruggen aux drums et Brice Soniano à la contrebasse). Assez cérébral mais ô combien excitant.

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Puis, il y a eu le trio de Vijay Iyer. Intense, moderne, intelligent.
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Et finalement le Freedom Band de Chick Corea, avec Christian McBride, Kenny Garrett et Roy Haynes… Concert formidable, mais surtout, une jam d’enfer en rappel! Moment inoubliable pour tous ceux qui y étaient. Et pour les musiciens qui y participaient. En coulisses, Vijay Ijjer, attablé aux côtés de Roy Haynes, me dira que c’était «sans doute les vingt minutes les plus folles de [sa] vie». Le rappel dura, en effet, plus de trente minutes sur un «Sex Machine» venu d’on ne sait où. Sur scène on y retrouva les membres du groupe de Chick, plus ceux de celui de Vijay Iyer, plus la plupart des membres du groupe de Stanley Clarke qui joueront le lendemain.
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Le lendemain, justement, découverte du jeune guitariste Julian Lage. Beau moment de fraîcheur.
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Puis, ce fut le puissant set de Stanley Clarke, surtout enflammé au piano par Hiromi au  tempérament explosif!

 

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Et un final tendre, mélancolique, voire triste, de Toots Thielemans dans un chapiteau archi comble. Avec lui, ce sera entre jazz et bossa, entre un sourire et une larme. Emouvant.


Allez, on se remet une petite dose de la jam du Freedom Band?



A+

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

05/05/2010

Chrystel Wautier - Peace Of Time - Sounds

Chrystel Wautier était au Sounds samedi 10 avril. Ambiance décontractée, rires, sourires… Normal, avec elle, on est entre amis. Chrystel a le don de mettre à l’aise son public et ses musiciens. C’est dans son caractère, dans sa nature. Si elle chante, c’est sans aucun doute pour respirer, pour prendre du bon temps et pour partager. Parmi les chanteuses, elle a trouvé sa place. Elle n’est pas du genre insipide, pas du genre tourmenté non plus. C’est plutôt du genre ensoleillé, spontané, avec ce petit «je ne sais quoi» qui la différencie des autres.

Ce soir, elle présentait son dernier album «Peace Of Time» (c’est sorti sur MuseBoosting et en vente, entre autres, sur le site du label).

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Il y a trois ans, il y avait eu «Between Us…», avec Sam Gerstmans à la contrebasse (remplacé depuis par Boris Schmidt) et Quentin Liégeois - déjà - à la guitare. Un album qui augurait de belles choses à venir. Puis, ceux qui ne la connaissaient pas trop bien l’ont certainement vu s’épanouir au sein du Radoni’s Tribe. Chrystel Wautier a pris de l’assurance et sa voix s’est affirmée.

La voilà rayonnante sur scène. Simplement. Elle est là pour chanter et perpétuer une certaine tradition du jazz vocal, avec une pointe de modernisme, un peu dans l’esprit de ce que fait Roberta Gambarini (même si la comparaison avec cette sublime chanteuse est impossible). Alors, Chrystel enfile les «But Beautiful», «East Of The Sun», qu’elle introduit en sifflant avec une facilité déconcertante, «You Drive Me Crazy», «Old Devil Moon»…

Derrière elle, la rythmique est solide. Boris Schmidt excelle dans un jeu foisonnant et simple à la fois. Sans batterie pour lui donner un coup de main, Boris abat un boulot de fou. Quentin Liégeois maîtrise son jeu avec finesse. On retrouve chez lui une souplesse toute latine rehaussée de fulgurances à la Philip Catherine. «Devil May Care» est emmené à un train d’enfer. Contrebasse et guitare s’amusent et Chrystel scatte.

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Break. Deuxième set.

Et hop, voilà deux couleurs de plus à l’arc-en-ciel : Ben Sluijs (as et flûte) et Cédric Raymond (p) ont rejoint le trio. Cédric Raymond distille par petites touches un jeu brillant, subtil et fin. Ses interventions sont souvent intelligentes et se fondent avec discrétion dans les histoires. Ben Sluijs est absolument époustouflant. Il faut l’entendre entrer dans ses solos, l’entendre les développer, l’entendre préparer le terrain pour le soliste suivant. Que ce soit à l’alto ou à la flûte, comme sur le merveilleux «Hope», c’est brillantissime. Avec ce trio devenu quintette, «Just A Gigolo» se fait tendre et touchant comme jamais, et contraste avec un joyeux et virevoltant «Day In Day Out» qui clôt le concert (je vous conseille d’ailleurs d’écouter ce morceau sur l’album, avec des arrangements superbes et des chœurs comme on n’en avaient plus entendu depuis des décennies: un délice).

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Pour le bis, Chrystel annonce qu’elle n’a plus de voix et qu’elle est un peu fatiguée… et se lance tête baissée et avec bonheur dans un «Twisted» énergique !!!! Si ça, ce n’est pas avoir du tempérament !

Si vous allez du côté de Liège ce samedi, allez l’écouter au Festival Jazz à Liège.

 

A+

 

06/10/2009

Musicalix 2009

 

Musicalix, deuxième du nom.

Au programme, cette année, quelques groupes que je ne connaissais pas et que, malheureusement, je n’aurai pas l’occasion de voir (Yellow Green Big Band, Samba Da Candeia), et de d’autres, que je connaissais et que je ne verrai pas non plus faute de temps (Musique Flexible ou le trio de Vincent Antoine, dont le Swingin’ Voices m’avait vraiment impressionné lors du dernier festival Dinant Jazz Nights)…

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J’arrive juste à temps pour écouter les KMG’s, nouvelle formule.

On a laissé de côté le clinquant et les paillettes psychédéliques pour se concentrer un peu plus sur le côté roots et la transpiration. C’est sans doute dû à l’arrivée du “nouveau” chanteur (ça fait plus d’un an, mais bon…) Adam The First (alias Adam Laurinaitis).

Voix singulière à la tessiture assez large, gestuelle et présence charismatique sur scène, Adam The First impose son style. Les KMG’s flirtent désormais encore un peu plus souvent avec la soul mais n’oublient jamais le funk. La section rythmique est toujours aussi efficace, c’est rôdé et ça joue ferme. Les anciens morceaux, revus et retravaillés, se mélangent aux nouveaux et l’intensité ne fait que monter. Les KMG’s reprennent de l’épaisseur. Ce n’est que du plaisir !

 

Vers 20h30, on laisse les braves gens dormir en paix, et l’on abandonne le chapiteau pour rejoindre la salle du Centre Culturel de Joli Bois.

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C’est Julie Jaroszewski et son quartette - Rui Salgado (cb), Nicolas Chkifi (dm) et Charles Loos (p) - qui nous accueillent. Très influencée par la musique hispanisante (elle entame son concert avec «Alfonsina Y El Mar») et le flamenco (elle chante «You And The Night And The Music» en tapant des talons façon taconeado), Julie a vite fait de nous emmener dans son petit univers. Elle reprend «My Funny Valentine» ou «You Don’t Know What Love Is» avec pudeur et sincérité. Elle prend du plaisir sur «Bye Bye Blackbird» et puis nous tire presque les larmes avec un troublant et poignant «La solitude» de Barbara. Frisson.

Vous ai-je déjà dit que cette fille avait du talent? A suivre, à suivre, à suivre…

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Pour finir en beauté ce festival décidément bien sympathique, place à The Radoni’s Tribe (dont j’avais déjà parlé ici). Le groupe s’est formé, rappelons-le, à la suite de la disparition Paolo Radoni. Quelques musiciens, parmi ses plus fidèles amis, se sont en effet mis en tête de continuer à faire vivre (ou à faire connaître et reconnaître) la musique du guitariste pour notre plus grand bonheur.

Paolo Loveri (g) a pris le lead, Michel Herr a fait de sublimes arrangements, et un album a vu le jour l’année dernière chez Mogno .

Ce soir (hormis les invités que l’on retrouve sur le disque,  comme Philip Catherine, Peter Hertmans, Alex Furnelle etc…) ils sont tous là, ou presque, puisque c’est Bas Cooymans qui remplace exceptionnellement l’habituel Bart De Nolf à la contrebasse.

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En formation complète («Touch Of Silver», ça sonne!), en trio ou en solo (superbe Charles Loos sur «Cupid’s Wings»), la tribu nous fait passer du rire à l’attendrissement. Le drumming délicat et précis de Bruno Castellucci se marie avec subtilité au lyrisme du saxophone de Ben Sluijs et au souffle limpide de la trompette de Gino Lattuca. Chrystel Wautier (voc) très à l’aise sur les thèmes swinguants, ne peut que nous emmener au paradis quand elle entame son «Let Me Hear A Simple Song». Quant à Paolo Loveri, il nous fait fondre lorsqu’il revisite «Luiza», de Jobim, que Paolo Radoni considérait comme l’une des plus belles chansons jamais écrite.

Radoni’s Tribe prouve que la musique peut encore être simple et sophistiquée à la fois. Intelligente et accessible. Actuelle et intemporelle.

 

Merci Musicalix!  Et à l’année prochaine, sans faute.

 

A+

 

13/04/2009

Radoni's Tribe - CD Release au Sound

Voilà plus d’un an, Paolo Radoni nous quittait.
Brutalement.

Paolo était guitariste mais aussi un superbe compositeur.
On s’en rend encore mieux compte à l’écoute de ce très bel album qui lui rend hommage: «Let Me Hear A Simple Song».

Radoni’s Tribe !
La belle idée.
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Cette tribu, dont les membres ont bien connu Paolo, s’est formée simplement, facilement, naturellement. Comme l’aurait aimé Paolo.

C’est Brigitte, son épouse, qui eut l’idée avec Paolo Loveri de réunir Gino Lattuca, Ben Sluijs, Charles Loos, Bart De Nolf, Alex Furnelle et Bruno Castellucci pour revisiter quelques unes des plus belles compositions du guitariste.
Dans cette tribu, on y retrouve aussi Chrystel Wautier, Christine Schaller, Frank Wuyts, Denis Van Hecke, Fanny Wuyts, Peter Hertmans et Philip Catherine… Excusez du peu…

La belle idée, c’est aussi d’avoir demandé à Michel Herr d’en faire les arrangements.
Le résultat est en tout point merveilleux et les mélodies en sont magnifiées.
Quel superbe travail.

Su ce disque, il y a beaucoup de ballades – mais quelles ballades ! – et peu de morceaux rapides («Touch Of Silver» et «My Li’l Angel»). Pourtant, l’album est très varié, car les thèmes et les mélodies sont riches.

Au Sounds, ce vendredi 3 avril, la troupe au grand complet présentait officiellement la sortie du disque.

Il y avait beaucoup de monde, bien sûr, et l’ambiance était chaude et amicale.
Pas trop de nostalgie mais plutôt une envie de faire la fête à Paolo. Sobrement.
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Plutôt que de vous faire le concert dans le détail, je préfère vous conseiller de vous procurer cet album au plus vite.
C’est un petit bijou, je vous dis.

Mes coups de cœur ?
«Let Me Hear A Simple Song» bien sûr, pour les superbes arrangements, pour la voix de Chrystel, pour les interventions de Gino.
Comment ne pourrais-je pas avoir la gorge serrée à l’écoute de ce morceau? Pas qu’il soit triste, au contraire, mais parce que je me souviens l’avoir entendu chanté par Chrystel pour la toute première fois au Sounds en compagnie de…Paolo lui-même.

«Levante», pour son aspect modal, pour cette mélodie mystérieuse et sensuelle. Pour le sax de Ben Sluijs (extraordinaire tout au long de l’album!).

«Chove sol» pour le duo de guitares ente Philip Catherine et Paolo Loveri.

«Cupid’s Wings» pour Charles Loos…

«Trapèze» pour cette ritournelle entre Loveri et Loos qui vous fait siffloter le reste de la journée.

«Milano Per Caso», pour son petit côté «Nino Rota», avec des arrangements décalés de Frank Wuyts…

Et puis, «Ballad For One» pour Peter Hertmans… et le jeu de Castellucci aux balais…

Et puis «Vento»…spectral.

Oh… et puis, tous les autres morceaux aussi…

A+

07/03/2009

Jazz After Shopping - Ben Sluijs trio à l'Archiduc

Samedi 21 février, «Jazz After Shopping», ou plutôt «Jazz After Working» pour ma part.

Le temps quand même de faire un crochet par la Fnac pour saluer Thomas Champagne en tournée «Showcase» à l’occasion de la sortie de son premier et très bon album «Charon’s Boat» (Igloo), et me voilà à l’Archiduc pour écouter Ben Sluijs en trio.


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La particularité réside ici dans le fait que Ben s’est entouré de deux jeunes musiciens -Nathan Wouters (b) et Jacob Warmenbol (dm) – entendu notamment avec le «Oliver Nelson Project».

Au programme ce soir: standards («Subconscious Lee», «Segment») et compos personnelles de Ben Sluijs, période «True Nature», «Flying Circles» ou même «Seasounds».

Bien plus qu’une simple rythmique, les jeunes batteur et contrebassiste savent pimenter l’ambiance et se mettre en valeur derrière l’un des meilleurs altistes belges.
Quand il faut prendre un solo, ils ne se défilent pas, même si c’est au risque de parfois se perdre un tout petit peu.
L’énergie est là, l’émotion et l’inventivité aussi. Chacun d’eux ajoute de la matière à la musique et occupe l’espace de façon intelligente.
Le jeu de Warmenbol est d’une belle épaisseur et le batteur alterne les résonances et les claquements secs avec une belle précision (on n’est pas élève de Dré Pallemaerts pour rien).
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Pour le coup, Ben Sluijs retrouve tout son lyrisme qu’il accroche à la fluidité d’un jeu fait  de phrases ondulantes ou tremblantes.
Il dénoue la musique comme on démêle un écheveau de fil sans fin.
Les chorus s’enchaînent, toujours surprenants, toujours nouveaux, toujours habiles.


Alors, le trio revisite «Old Demons», puis «Happy House» (d’Ornette Coleman) et tente, en rappel, une nouvelle compo: «Easy For You».

Chouette groupe (à revoir du côté de Flagey en avril) et quelques noms à retenir.
Voilà une journée qui s’achève de bien belle façon: tout en jazz.

Le lendemain, toujours à l’Archiduc, Billy Hart venait jouer avec Philip Catherine et Martin Zenker… malheureusement, impossible pour moi de me libérer.
Snif.

A+

24/10/2008

Ben Sluijs & Mikkel Ploug sur Citizen Jazz

 

En ce moment, sur Citizen Jazz, vous pouvez lire deux chroniques toutes fraîches !

Hé oui, si je ne trouve pas le temps de mettre à jour mon blog aussi régulièrement que je ne le voudrais ces derniers jours, cela ne veut pas dire que je me tourne les pouces…

Alors voilà, allez lire ce que je pense du dernier album de Ben Sluijs (entre nous, c’est une vraie réussite)
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... et de celui de Mikkel Ploug (groupe que j’avais vu il y a quelques mois au Sounds).

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Ce sera tout pour l’instant, mais je vous prépare une belle petite série, ainsi que des interviews… bientôt... et toujours sur Citizen.

Et puis quelques compte-rendus de concerts... sur Jazzques bien sûr !

 

A+

 

Les sites de Ben Sluijs et de Mikkel Ploug.

 

 

21:14 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citizen jazz, ben sluijs, chronique, mikkel ploug |  Facebook |

12/10/2008

Musicalix Festival - 27-09-2008

Le Parvis Ste-Alix n’est certainement pas l’endroit le plus animé de Bruxelles.
Cependant, sur l’agréable petite place, un peu excentrée, de la sage commune de Woluwe St-Pierre, Leila Radoni a eu la belle (et folle) idée d’y organiser un festival de jazz.

Quoi?
Pour faire vivre un quartier, on peut faire autre chose qu’une braderie?
La preuve que oui.

Leila a rassemblé son courage et son optimisme, a reçu le feu vert de l’échevin Carla Dejonghe, l’aide de l’association des commerçants, le soutien d’amis bénévoles et voilà le rêve qui devient réalité.

Petit chapiteau blanc planté, scène montée, le festival peu commencer.
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Le public est au rendez-vous pour applaudir le premier groupe LM4 de Laurent Melnyk.
Je n’aurais, pour ma part, que l’occasion d’entendre le dernier morceau.
(Promis Laurent, je ferai mieux la prochaine fois…)

C’est au tour de Yasmina Bouakaz de monter pour la toute première fois sur scène.
La pauvre a un trac d’enfer, et il faut attendre «Come Together» (des Beatles) pour la sentir un peu plus à l’aise. Elle peut alors donner toute l’ampleur d’une voix puissante et charnue.
Le répertoire navigue entre pop, rock, soul et un tout petit peu de jazz.
Malgré qu’elle soit entourée de l’excellent Alex Furnelle (cb) et de l’étonnant Jan Rzewski (ss, as) - dont l’album en duo avec Fabian Fiorini vient de sortir – l’ensemble manque de cohésion et de finesse. Les arrangements du pianiste Samir Bendimered sont intéressants, mais un drumming plat et lourdingue flanque tout par terre.
On est plus proche du bal que d’un concert jazz.


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Heureusement, le trio de Chrystel Wautier remet tout le monde sur le bon chemin.
Avec sa voix sensuelle, entre soie et velours, Chrystel revisite les standards («Devil May Care», «East Of The Sun») avec élégance et justesse.
Le jeu vif mais souple de Boris Schmidt (cb) se marie très bien à celui du guitariste Quentin Liégeois. Ce dernier est passé maître dans l’art de ne pas y toucher.
Et pourtant, il y a un foisonnement d’idées dans son jeu.
Entre ces trois-là, l’alchimie est parfaite, c’est fluide, c’est swinguant, c’est un régal.
Et l’on se laisse emmener par «You Drive Me Crasy» aux changements de rythmes incessants, par «Doralice» en samba chaude et lumineuse ou encore par «Let Me Hear A Simple Song» en émouvant  hommage à Paolo Radoni.

Changement de style, ensuite, avec le dernier projet de Paolo Loveri.
A son trio habituel (Bruno Castellucci (dm) et Benoît Vanderstraeten (eb) ), le leader avait invité un vieil ami italien: le guitariste Pietro Condorelli.


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Il y a une grande interactivité entre les deux guitaristes. Les deux jeux, parfois très différents, se complètent magnifiquement. Condorelli est incisif tandis que Loveri joue plus souvent en rondeur.
De ce fait, une dynamique et un groove énergiques en ressort.
Il faut dire que la rythmique emmenée par un Castellucci parfois «tellurique» dans ses solos et par un Vanaderstraeten opiniâtre dans ses interventions ne fait pas baisser la tension.
Le jeu de Benoît Vanderstraeten est d’ailleurs assez singulier: enfin un bassiste électrique qui trouve une tangente à la voix «incontournable» Pastorius. L’esprit y est, mais la personnalité de Benoît prend le dessus.
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Paolo Loveri devrait sortir prochainement un album avec cette formation.
Plaisir en perspective.

Feu d’artifice final!
Le public est toujours présent et nombreux. Et il a eu raison de rester.
Richard Rousselet et son quintette nous proposent un voyage au pays de «tunes» de Miles Davis.
En bon pédagogue, Richard n’oublie jamais de resituer le morceau dans son époque. Et c’est bien agréable.

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En route pour ce fantastique périple en compagnie de pointures du jazz belge !
Au piano, Michel Herr, fantastique dans ses interventions, Bruno Castellucci, diabolique de précision et d’une efficacité terrible aux drums, tout comme Bas Cooijmans au jeu ferme et tendu à la contrebasse. Et puis, il y a aussi Peter Hertmans, discret mais pourtant fulgurant dans les espaces qu’il se crée.
Et pour donner le change à un Richard Rousselet très en verve: Ben Sluijs en invité à l’alto.
Ce quintette, devenu sextette, est un cadeau!
L’interprétation et la relecture de «Summertime», «Eighty-One» ou encore du fougueux «Milestone» sont des perles d’énergie hard bop.
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Ben Sluijs est bouillonnant et intenable. Et ce n’est encore rien par rapport à la suite: un
«In A Silent Way» comme on n’ose en rêver !
Éclatant de maîtrise et de plaisir. Michel Herr réinvente le jeu de Zawinul, Hertmans électrise le thème, Sluijs ne redescend plus sur terre et Richard Rousselet jubile.
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On pensait connaître la musique de Miles, mais l’on se rend compte, à nouveau ce soir, de sa richesse éternelle. Quand elle est jouée aussi brillamment et avec une telle compréhension de l’œuvre, on comprend mieux pourquoi elle a marqué (et qu’elle continue de marquer) le jazz et la musique en général.
Guettez les prochains concerts de Richard Rousselet, vous apprendrez encore des choses.

Les lampions se sont éteints, le premier Musicalix Festival a vécu et l’on attend déjà la prochaine édition avec impatience!

A+

21/07/2008

Brosella 2008

Dimanche dernier, le 13, avant d’aller écouter le concert de clôture de la première partie du festival Gent Jazz, je ne pouvais résister à l’attraction de la toute belle affiche du Brosella.

Direction: l’agréable théâtre de verdure, à deux pas de l’Atomium.

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Quelques gouttes de pluie tombent.
Deux fois rien.
Sur la scène, l’orchestre de Maria Schneider s’est installé.
Superbe Big Band dans lequel on retrouve quelques stars du jazz américain actuel.
Voyez plutôt : Clarence Penn, Ben Monder, Donny McCaslin, Rich Perry, Steve Wilson, etc…
Sans oublier les «habituels» de l’orchestre : Ingrid Jensen, Charles Pillow, Frank Kimbrough, pour ne citer qu’eux.
Tout ça pour nous. Et gratuitement! Merci Henri…

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Les compositions, magnifiquement tissées par Schneider, font mouche dès les premières mesures.
D’ailleurs, le soleil revient aussitôt.
Est-ce «Hang Gliding», ce premier thème?
Toujours est-il que la rythmique est soyeuse et swinguante, extrêmement bien mise en place.

Avec «Rich’s Piece», le ton est plus mélancolique et Rich Perry peut développer le thème d’un bout à l’autre.
Sax légèrement plaintif, quelque peu désabusé… magnifique.

Puis, avant de le diriger, Maria prend un plaisir sincère à expliquer le voyage musical qu’inspire le long et fabuleux «Cerulian Skies», tandis que chaque musicien imite le chant des oiseaux.
Donny McCaslin, dans son solo, monte en puissance pour atteindre un paroxysme et une plénitude où vient le rejoindre l’accordéoniste Toninho Ferragutti, dans un jeu dépouillé, retenu, presque mystique…
Tonnerre d’applaudissement d’une foule extrêmement nombreuse.

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À l’opposée de la grande scène, et dégagée cette année-ci du petit bois où elle partageait habituellement le bar et les sandwisheries (ce qui était sympathique mais pas toujours optimal pour écouter la musique), la seconde scène accueillait Mathilde Renault.

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Pour l’occasion, la jeune pianiste avait invité le saxophoniste suédois Jonas Knutsson.
Le quartette (Stijn Cools aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse) revisite les compositions de Mathilde: «Merengue», «In a Swedish Mood», etc…
On y retrouve toujours ce mélange original de jazz et de musiques inspirées de tous les parfums du monde (Brésil, Balkans, Orient…).
Les rythmes sont chatoyants, les thèmes évolutifs et parsemés de changements de directions. Mathilde chante dans son langage imaginaire.
Tout ça dans la subtilité et la légèreté.
«Smiles» (de Knutsson) s’insère avec facilité et sans heurt dans ce répertoire plus qu’agréable.

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Transition idéale pour aller écouter Rabih Abou Khalil.
Toujours aussi drôle et ironique dans la présentation de ses musiciens et de ses morceaux, il nous offre la plupart du répertoire de son dernier album «Em Português».

Le fidèle Michel Godard au tuba, Jarrod Gagwin aux percussions, Luciano Biondini à l’accordéon et Gavino Murgia au sax font balancer l’ensemble entre le festif et l’introspectif.

Retour vers la petite scène pour un changement de style assez radical: Ben Sluijs Quintet.
Ce n’est pas parce que c’est un festival que le quintette fait des concessions.
Le groupe fonce tête baissée dans les principaux thèmes des deux derniers albums : «Somewhere In Between» et «Harmonic Integration».

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Ici, on flirte avec l’atonal, la dissonance. On joue pour un public averti.
Sluijs et Van Herzeele bâtissent autour de «The Unplayable», «Squawk», «Close» ou encore «Where Is The Joy?» des improvisations ardues et inspirées.
Erik Vermeulen intervient ponctuellement et arrive toujours à imposer des phrases d’une qualité extrême, oscillant entre le contemporain et le lyrisme.
Quant à la rythmique Cabras et Patrman, elle est toujours aussi solide et bouillonnante.

Dans un coin du parc, Olivier Kikteff et ses amis des Doigts de l’Homme continuent de jammer doucement. Le soleil ne quitte plus le site et l’ambiance est, comme toujours, détendue, familiale et sympathique.
Il y a, bien sûr, toujours quelques égoïstes qui s’emparent d’une chaise, ne la lâche plus et se baladent avec elle pendant tout le festival.
À croire que d’avoir posé leur cul dessus leur donne droit à la propriété exclusive…

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Passons.

La foule est compacte et attentive devant la grande scène pour écouter Paul Bley en solo.
Même si il met de l’eau dans son répertoire (évitant les improvisations intransigeantes), le pianiste ne la joue pas petits bras.

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Plein d’inventivité et sans temps morts, il rebondit sur les standards dont il n’utilise que les premières notes pour se construire des mélodies toutes personnelles.
Il revoit «Somewhere Over The Rainbow» ou «I Loves You Porgy» et joue avec les tensions, joue les temps suspendus, joue rubato…

Il injecte quelques motifs répétitifs qu’il associe à une valse lente, à un blues ou même parfois presque à un léger rag.

Bien sûr, on aurait voulu un Bley un peu moins conciliant. Pour cela il faudra sans doute attendre de le revoir au Ro
ma à Anvers en mai 2009, si mes infos sont exactes.

Paul Bley aurait bien continué encore. Et le public l’aurait suivi… mais le timing d’un festival se doit d’être respecté.
Et il quitte la scène sous une standing ovation.

Quant à moi, il est temps que je rejoigne Gand pour écouter Wayne Shorter.
Mais ça, c’est une autre histoire.

A+

05/07/2008

Augusto Pirodda Quartet - Sounds

Dans le numéro du mois de juin de Jazz Magazine (avec Zappa en couverture), Thierry Quénum regrettait le fait que l’on avait tardé à remarquer Giovanni Falzone en France.
Je partage son point de vue.

Il ne faudrait pas que l’on commette la même bévue avec Augusto Pirodda en Belgique.

Pirodda, je vous en avais déjà parlé ici.

Cette fois-ci, il était en concert en quartette (Ben Sluijs, Manolo Cabras et Marek Patrman) au Sounds le 20 juin. (Oui, je sais, c’était il y a plus de quinze jours maintenant, mais je n’ai pas eu le temps de trouver… le temps d’en parler.).

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Je suis arrivé au deuxième set (et sans mon appareil photo. Alors, je vous ai mis l’image de l’un de ses albums en duo avec un autre pianiste, Michal Vanoucek, enregistré en 2002 au festival de jazz de Nuoro ).

«Opa Tune», écrit par Marek est un morceau magnifique, basé sur un rythme qui hésite entre la valse et la milonga. Le dépouillement est quasi total, le groupe joue avec les silences, l’attente. Une ambiance assez ECM.

Les notes graves, en contrepoint très marqué, de Pirodda, finissent par rencontrer celles de l’alto de Ben Sluijs. Puis, elles se croisent, s’espacent, se recroisent à nouveau tandis que Marek ponctue sèchement les rencontres.

Petit à petit, tout s’emballe et le jeu devient bouillonnant.

L’originalité de Pirodda doit peut-être se trouver quelque part dans cette façon de mélanger une musique très physique avec des moments de romantisme aux accents toujours modernes. Son touché et son timing sont étonnants.
C’est ce qui fait sa force.

Sur «Waltz Cruise» ou «Seak Fruits», de manière singulière, il distribue les notes tranchantes que viennent adoucir les harmonies très inspirées du saxophoniste.

Une voix, résolument personnelle et originale que celle d’Augusto.
Difficile de lui trouver une quelconque filiation. Paul Bley, peut-être ? Antonello Salis ? Un peu de Cecil Taylor ?

C’est plein de tendresse et de délicatesse parfois. De mélancolie aussi…
Une pointe d’Hancock ? De Satie ?

Allez  savoir…

À tenir à l’oreille.

A+

04/06/2008

The Unplayables - Jazz Station

Comme dans un petit avion qui décolle, on quitte doucement la terre.

Les deux saxophonistes, Ben Sluijs et Jereon Van Herzeele, jouent une mélodie douce.
Manolo Cabras, à la contrebasse, marque une pulsation régulière.
Marek Patrman éclabousse le thème de délicats coups de cymbales.
Erik Vermeulen saupoudre l’ensemble de quelques notes cristallines.
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Et puis, ça monte en intensité. Comme si tout se déglinguait.
On se demande si ce morceau va tenir?
Un chaos maîtrisé s’installe… les notes s’éparpillent… puis, retombent comme une fine poussière qui tourbillonne… et trouvent finalement un chemin.
C’était «Close» et «Perfect» extraits de la suite «A Set Of Intervals» sur le précédent album du Ben Sluijs Quartet «Somewhere In Between».

Ça commence fort.
Alors, Manolo et Ben introduisent, dans un esprit très lunaire, ce qui doit être, je pense «Whistling»… Mais Jereon vient jouer les trublions et impose petit à petit une insidieuse mélodie qui se transforme bien vite en improvisation incandescente.

C’est le mariage de l’eau et du feu.
C’est une douceur brute.
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Mais «The Unplayables» (c’est le nom de ce quintet), est capable aussi de lyrisme. Normal, si on connait un peu Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
«Scalewise» est très romantique, très printanier.
Bien sûr, on est loin de la banalité.
Les saxes, à l’unisson, lancent le pianiste vers un solo finement ciselé, tendre et subjuguant.
Là où certains jouent beaucoup de notes, Vermeulen les distille avec parcimonie.
Il les laisse respirer, joue avec le silence et son écho…
De même, ses lignes mélodiques, sur «The Unplayables» (merveilleux Ben Sluijs à la flûte), sont des oasis, des petits coins de ciels bleus, des moments de fraîcheur.

Frisson est garanti.

«Major Step», termine le premier set en explosion free, swing et post-bop nerveux.
«Harmonic Integration» ouvre le second sous la forme d’une valse nonchalante, suivi par «Where Is The Joy», qui joue beaucoup plus la carte du free jazz.
Des structures courtes, très ouvertes, des interventions incisives de la rythmique (Marek nous gratifiera plus tard un solo diabolique) et un Van Herzeele toujours prêt à s’échapper…
Le cœur bat vite.
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Alors, le final se joue tout en douceur.
Une flûte aux accents un peu orientaux ou indiens nous ramène dans une ambiance nocturne et introspective…

C’était le 21 mai à la Jazz Station.

A+

03/03/2008

Cordes sensibles - Manolo Cabras

Après avoir célébré quelques grandes dames du jazz, notre gang de blogueurs (Jazz Chroniques et Coups de Cœur, Ptilou’s Blog, Jazz Frisson, Maître Chronique et Jazz à Paris ) remet le couvert pour vous proposer cinq portraits envers et contrebasses.


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MANOLO CABRAS

Les contrebassistes courent de gig en gig.
C’est très important un bon contrebassiste.
Ils sont très demandés les contrebassistes.
Les bons.
Certains tentent de répondre à toutes les invitations, quelques-uns choisissent leurs partenaires… d’autres les cherchent.

Pas simple, la vie avec la grand-mère.

En Belgique, ils sont nombreux, les excellents  contrebassistes: Jean-Louis Rassinfosse, Sal La Rocca, Philippe Aerts, Piet Verbist, Nic Thys, Bart De Nolf, Roger Vanhaverbeke… pour ne citer qu’eux.
La liste est trop longue et je m’arrête ici car je risque d’en oublier… et je ne voudrais pas qu’on me tire la gueule la prochaine fois que je vais en club. (Déjà croisé le regard noir d’un Sam Gerstmans courroucé?)

Depuis 5 ou 6 ans, il y a un contrebassiste qui a pris une place particulière dans le jazz belge: le sarde Manolo Cabras.
Souvent associé au batteur tchèque Marek Patrman, avec qui il forme une rythmique singulière, il est devenu un sideman très recherché.

On peut se demander pourquoi un Italien décide de quitter ce merveilleux pays ensoleillé pour rejoindre la grisaille du notre?
«Il n’y avait pas beaucoup de gigs qui me plaisaient là-bas. Il y avait peu d’intérêt pour le genre de jazz que j’aime, et donc peu de jobs excitants», avoue-t-il.

C’est que Manolo aime Paul Bley, Gary Peacock et Paul Motian ainsi qu’un certain esprit du jazz européen. Un jazz sans doute un peu moins «facile».

Alors, il décide de monter dans le Nord.
Il ne s’arrête pas tout de suite en Belgique, car son objectif c’est d’abord la capitale Hollandaise: Den Haag.
Il sait que, là-bas, il pourra évoluer et jouer la musique qui le fait vibrer profondément.

Sur place, il joue avec Jesse Van Ruller, Eric Vloiemans ou Wolfert Brederode…, mais il rencontre aussi et surtout de jeunes musiciens, venus d’un peu partout en Europe, qui partagent la même vision du jazz que lui: Joao Lobo, Giovanni Di Domenico, Alexandra Grimal, Lynn Cassiers, Gulli Gudmundsson et d’autres encore.

C’est là aussi qu’il rencontre Marek Patrman qui l’entraînera à Anvers pour jouer avec Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
L’étincelle jaillit, ici aussi.
Les musiciens se comprennent aussitôt.

Mais quelle est donc cette alchimie qui fait que «ça fonctionne» ?
Trouver les mots pour l’exprimer n’est pas facile.

Marek a bien du mal, lui aussi, à trouver les mots :
«Time and sound», lâche-t-il spontanément avant de réfléchir plus longuement.
Il continue:
«Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment pensé. C’est un jeu différent des autres. Mais ça vient tellement naturellement entre nous. Je reçois la musique de la même manière que lui. Et quand on la reçoit de la même façon, c’est assez simple de la rendre de la même manière.»

Pas besoin de mots, en quelques sortes.
Voilà une belle illustration du le langage universel et complexe du jazz.

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Une des premières fois que j’ai entendu Manolo, c’était avec le nouveau quartet de Ben Sluijs.
Le saxophoniste alto avait décidé d’orienter sa musique vers un style plus ouvert, lorgnant du côté d’Ornette Coleman ou de… Paul Bley.
Cabras était le contrebassiste tout désigné pour l’aider à mener à bien son projet.

Quand je demande à Ben s’il a une explication à la réussite de cette rencontre, et ce qu’il pense de son contrebassiste il répond:
«Parce qu'il veut me suivre vers les étoiles.
Parce que ça marche tellement bien avec Marek.
Parce qu'il fait des trucs rythmiques qui sonnent décalés, mais qu’il sait (la plupart du temps ! – rires -…)  où il est.
Parce qu'il est parfois difficile mais qu’il se donne toujours à 100% musicalement.
»

Le témoignage est assez éloquent et, on le voit, plein de sensibilité.

De son caractère, de son tempérament et bien sûr de son talent, Manolo Cabras marque indéniablement les groupes dans lesquels il joue: Free Desmyter, Erik Vermeulen, Unlimited et autres…

Mais il est bien plus qu’un sideman. Il a d’autres projets plus personnels qu’il aimerait aussi développer, tel que «Borg Collective», constitué de neuf musiciens rencontré à Den Haag (voir plus haut), avec qui il crée une musique très improvisée et use de sampling, re-recording, effets électros etc...

Il est également co-leader avec Lynn Cassiers (chanteuse atypique à la voix irréelle et somptueuse) d’un groupe qui lui tient particulièrement à cœur.
Un jazz qui combine également les effets électros et l’improvisation non seulement musicale, mais aussi textuelle.
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Manolo redescend parfois un peu vers le Sud, car il est également présent sur la scène française avec le quartette d’Alexandra Grimal. (Nos amis Parisiens ont eu la chance de les entendre souvent au défunt club «La Fontaine» - qui renaît actuellement sous le nom de «Les Disquaires».)

Alexandra est, elle aussi, tombée sous le charme musical et humain de Manolo:
«Manolo Cabras est un des musiciens qui me touchent le plus. Il est entier dans la musique et joue avec une intensité peu commune.
Le son de la contrebasse est brut et profond, il fait chanter l'instrument sur de nombreux registres différents. Il est soliste, mélodiste, rythmicien, en contrepoint permanent. Il est d'une grande générosité, toujours à l'écoute des autres, il ouvre de nouvelles voies instinctivement. Il vit la musique dans l'instant, tout en pouvant se projeter à la fois dans de longues formes improvisées. C'est un improvisateur et un compositeur extraordinaires.
J'aime particulièrement chez lui sa recherche du vrai, le son tel qu'il est, dans sa forme la plus brute, dans l'impulsion qui le crée.
Que dire de plus? Difficile de mettre des mots sur un tel musicien si complet. Il est aussi à découvrir en tant qu'ingénieur du son!
Il faut surtout l'écouter jouer, il est libre et plein de projets, tous plus variés et étonnants les uns que les autres.
»

On le voit, Cabras ne laisse personne indifférent.
Même pas vous, j’en suis sûr.

Ecoutez-le sur quelques rares CD's, comme «Something To Share» de Free Desmyter ou «In Between» de Ben Sluijs…
Mais surtout, venez le voir sur scène lorsqu’il se balance frénétiquement avec son instrument, complètement investi par sa musique…

Allez, je vous fais une place et je vous attends.

A+


Merci à Jos Knaepen pour les photos, à Marek, Ben et Alexandra pour leurs réponses.

20/04/2007

Erik Vermeulen Trio - Jazz Station

J’ai toujours été fasciné par le jeu d’Erik Vermeulen.
Par le personnage aussi.

Je me rappelle la première fois que je l’ai vu jouer : c’était avec le quartet de Ben Sluijs.
À l’époque de «Candy Century».
Au feu Travers.
D’abord, j’ai pris une belle claque en entendant le groupe, mais en plus, j’étais hypnotisé par le pianiste. Sa façon de jouer, de se tenir, de bouger, de geindre…

Quel jeu ! Quelle personnalité. Quel sens du rythme. Quel sens des silences.
Un maître.

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Samedi dernier, à la Jazz Station, Vermeulen était enfin de retour avec son trio.
Son «nouveau» trio.
Cette fois-ci il était entouré de Marek Patrman et Manolo Cabras (oui, encore eux).

Que va-t-il nous jouer notre Erik ?
Le sait-il lui-même ?
Imprévisible, comme seuls les artistes peuvent l’être, le pianiste décide alors de donner beaucoup de place à l’improvisation à partir d’un « simple » thème de sa composition.
Il aime ça, l’improvisation. C’est sa liberté à lui. Et quand il nous invite à la partager, il ne faut surtout pas refuser ce bonheur.
Il y aura donc deux long morceaux par set.
Des morceaux de premier choix.

Les musiciens jettent les bases du premier thème comme les pièces d’un puzzle qu’il faut assembler. Les doigts et les mains de Manolo courent sur sa contrebasse et impriment un rythme haletant, Marek éclabousse l’espace de ces cymbales… et le trio nous emmène petit à petit vers une mélodie contemporaine lyrique, voire même parfois romantique.
Il y a de la profondeur, de la retenue, de la mélancolie, de la tristesse, mais surtout de la musique comme trop rarement on en entend.

Sur la mélodie, Erik joue avec une dextérité et un touché incomparable.
Bien sûr on pourrait citer John Taylor ou Keith Jarrett par moments.
Mais ce ne sont là, sans doute, que quelques tentatives vaines de ma part pour définir le jeu unique d’Erik.

Marek joue sur la peau de ses tambours par simple pression des doigts, il griffe subtilement les cymbales, les effleure avec les balais, les fait scintiller en les frappant sur la tranche, joue avec une petite cymbale placée sur le tom. Il crée un univers éblouissant fait de rythmes mouvants et riches.
Sans jamais oublier un swing sous-tendu.
Il y a une écoute et une entente formidables entre les trois musiciens.
Le jazz est vraiment présent.

Contrairement au concert de la veille avec Jereon Van Herzeele, la musique est moins «free», même si elle reste très ouverte et très improvisée. Elle est moins agressive aussi, sans doute. On lorgne d’ailleurs plus vers la musique contemporaine genre Margaret Leng Tan… avec des fulgurances en plus.
Erik distribue les notes avec un sens parfait du timing. Il alterne les moments intenses ou les déboulés nerveux avec des mélodies très … lunaires.
Les influences «classiques» (Bartok ? Mozart ?) se font aussi ressentir par moments.
Un véritable bouillonnement d’idées. Exposées avec brillance.

02

Si la musique d’Erik Vermeulen peut sembler parfois «difficile» pour certain, c’est sans doute parce que nous n’avons pas l’occasion de l’entendre assez souvent. Car finalement, elle est très pure, très humaine.
C’est un langage auquel il faut s’habituer un peu.
Un langage qui, pour peu qu’on lui laisse le temps de s’immiscer en nous, amène des émotions fortes.

Par exemple sur «No Comment» écrit par Manolo, le trio joue, sur un tempo lent, un thème élégiaque parsemé d’inflexions incertaines.
La basse hypnotique entraîne le groupe vers une improvisation très inspirée, jusqu’au défoulement total. On joue sur les moments suspendus, des «bruits» de musique décharnée, des colorations éclatantes.
Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris.
Mais en tout cas, j’ai tout ressenti.

En rappel, le trio se réapproprie «Up Too Late» de Steve Swallow avec une maestria et une personnalité enivrantes. Ça improvise, ça dérape, ça joue, ça s’amuse.
C’est… bluffant.

Ce trio de toute grande classe mérite cent fois (que dis-je: mille fois !!) les scènes des clubs européens.
Et aussi, beaucoup plus de passages sur nos scènes belges.
Ça, c’est mon petit conseil aux patrons de clubs… ;-)

A+