05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

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L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

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J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

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27/05/2017

Citadelic ! C'est à Gand

Quand j’ai rencontré Rogé pour la première fois, on disait de lui que c’était un idéaliste.

C’était vrai. Mais c'était plus que ça. Rogé Verstraeten était un fou.

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Il l’est toujours.

Fou de jazz, fou de musiques, de liberté, d’art, de rencontres, fou d’humains. Car il faut être fou de tout ça pour faire vivre des lieux comme El Negocito pendant près d’une dizaine d’années où, dans un bric-à-brac chaleureux et convivial, on y jouait de la musique improvisée en dégustant d’excellents plats sud-américains. Fou pour remettre le couvert avec La Resistenza ! Et puis, en même temps, Rogé organisait aussi Jazz sur l'Herbe et avait développé son propre label : El Negocito Records.

Le label existe toujours - il est d'ailleurs une référence incontournable dans le milieu - et produit régulièrement de véritables perles de jazz contemporain, de musiques improvisées et aventureuses. On y retrouve, par exemples, BackBack, 3/4 Peace, De Beren Gieren, Bart Maris, Ruben Machtelinck, Moker, Manolo Cabras, Les Chroniques de l’Inutile, Llop, Fulco Ottervanger, Seppe Gebruers et tant d’autres…

Quant à Jazz sur l’Herbe, il est devenu Citadelic Festival.

Voici la dixième édition ! Et c’est gratuit !!! Oui gratuit ! De la folie.

Alors, pour rentrer dans ses frais, Rogé compte sur la dégustation d’excellents plats “maison”, des dégustations de vins ou de bières (hmmm la Hedonis !)… Mais toutes autres contributions sont les bienvenues. Renseignez-vous, demandez-lui.

Alors, c’est où ? A Gand, bien sûr, autour du kiosque du Citadelpark. Oui, là où se trouve aussi le S.M.A.K. !

Facile d’y accéder.

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Et c’est quand ? A partir du mercredi 31 mai jusqu’au lundi 5 juin ! Notez, notez !

Et qui verra-t-on ?

Plein de choses intéressantes comme, par exemples, Jorge Rossy Vibes Quintet featuring Mark Turner & Al Foster, le trio de Samuel Blaser avec Marc Ducret, pour commencer. Mais aussi Osama Abdulrasols, Rodrigo Fuentealba et la percussionniste japonaise Tsubasa Hori

Et puis encore le quartette de Sal La Rocca avec Lieven Venken, Jeroen Van Herzeele et Pascal Mohy, Lilly Joel (le duo de Lynn Cassiers et Jozef Dumoulin), le trio Patrick De Groote, Chris Joris et Paul Van Gysegem qui vient de sortir un fabuleux «Boundless», mais aussi Ruben Machtelinckx & Karl Van Deun, Steiger, Fred Leroux, GLiTS (Peter Vandenberghe et Bart Maris) dont l’excellent album vient de sortir également…

Ce ne sont que quelques noms parmi plus de vingt groupes programmés. Le mieux est d’aller voir le programme complet sur le site Citadelic.

Voilà dix ans que ça dure ! Si vous voulez que cela continue, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Allez, hop, tous à Gand ! Pour l’amour du jazz, pour les idéalistes, pour les fous, pour Rogé !

 

 

 

A+

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17/08/2015

Jazz Middelheim 2015 - Part 2

Il pleut à verse, ce quinze août, lorsque la chanteuse franco-américaine Cécile McLorin Salvant monte sur scène, et ses jolies boucles d'oreilles roses en forme de parapluie l'habillent fort à propos.

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Cécile McLorin Salvant (que j'avais sans doute très mal apprécié lors de sa prestation au Gent Jazz en 2013 – à ma décharge, la petite scène ne l’avait pas vraiment mise en valeur et je n’avais pas vu sa prestation avec Jacky Terrasson) possède une voix et un charisme incroyables, dignes d'une Sarah Vaughan.

Musicalement, autant dans les arrangements que dans ses compositions, elle allie magnifiquement modernité et tradition. Ne cherchez cependant pas d’imitation de sa part lorsqu’elle reprend « Haunted House Blues » de Bessie Smith, « Fine And Mellow » immortalisé par Billie Holiday, « Le Mal de Vivre » de Barbara ou encore « Most Gentlemen Don't Like Love », écrit par Cole Porter, mais trouvez-y de la personnalité, beaucoup de personnalité.

Sa tessiture est ample, et elle passe sans peine du chant haut perché au growl le plus profond, avec une justesse et un timing parfaits. Elle a le blues dans le sang et le jazz dans la tête. Le trio qui l’accompagne (David Blenkhorn (g), Sébastien Girardot (cb), Guillaume Nouaux (dm), mais aussi Olivier Chaussade (as) sur un morceau) est impeccable et met en évidence tout son talent. Normal que la foule lui réserve une standing ovation ! Alors, pour remercier le public - et comme pour porter le coup de grâce - elle revient chanter a cappella « You Oughta Be Ashamed » de Bessie Smith, pour vous foutre la chaire de poule et vous faire pleurer. La réputation de Cécile McLorin Salvant grandit au fur et à mesure de ses prestations… Et cette réputation n'est vraiment pas usurpée. Procurez-vous l’album For One To Love qui sortira début septembre, c’est un véritable bijou !

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Artiste en résidence, Jason Moran remonte pour la deuxième fois sur scène. Ce samedi, c’est pour rendre un hommage, à sa manière, à Fats Waller.

De Jason Moran, on connait son érudition sans faille de l’histoire du jazz mais aussi son éclectisme musical. Et c’est parfois surprenant. Pour le coup, il nous sert un mélange d'electro jazz, de hip hop, de ragtime, de dance music et de soul bop, délibérément choisi pour replacer dans notre époque l’esprit – et donc, pas seulement la musique – de Fats. Jason Moran a envie de faire la fête et l'intitulé de son programme (« Dance Party ») ne fait aucun doute là-dessus.

Au final, le résultat est quand même un peu lourdingue. Fats méritait-il ça ? On y reconnaît, bien entendu, « Honey Suckle Rose » et autres « Ain't Misbehavin' », mais, le tout est enrobé d'une sauce binaire indigeste et d’arrangements prévisibles, façon remix pour jazz FM. Le drumming de Charles Haynes et le chant de Lisa Harris tombent à plat et l'énorme masque de Fats dont s’affuble Jason Moran n’arrive pas à faire passer le « décalage ». Alors que Fats peut être si beau, si drôle, si fort et bien plus dansant quand Jason le joue stride – qu’il contrôle à merveille - en duo avec drummer par exemple...

Pour la fête et la folie, il y a le Broken Brass Ensemble qui fait le tour du site, entre deux concerts, dans une ambiance très « bayou ».

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Restons d’ailleurs dans le Big Easy avec Dr. John qui rend hommage à Louis Armstrong. Le chanteur-pianiste a choisi, lui, la manière blues rock - voire rock and roll - et funky pour saluer Satchmo.

S'il s'installe avec difficulté au piano, son énergie et son chant ne ressentent pas le poids des années. La voix, toujours un peu nasillarde et qui a bien vécu, raconte avec tellement de véracité les chansons et les thèmes d’Armstrong et des autres, qu’on est vite submergé. Sur le piano, il a déposé quelques grigris (crâne, cornes, peaux de serpents), comme pour chasser les mauvais esprits et, mi joyeux, mi désillusionnés, il fait briller les thèmes sous ses doigts (« You Rascal You », « Motherless Child », « Mack The Knife », …).

Derrière, Sarah Morrow (tb) joue au chef d'orchestre d'un band efficace, dans lequel on retrouve à l'avant-plan notre Bart Maris (tp) national ! Les interventions de ce derniers sont exemplaires (« Wonderful World » ou « Memories Of You »). Mais il faut aussi souligner l’excellente prestation de Cécile McLorin Salvant (décidément omniprésente dans ce festival et pour notre plus grand bonheur ! ) sur « When You Smilin' », ainsi que celles de Jamie Kime (g) ou encore de Benjamin Herman (as).

« Such A Night » ponctue cet excellent concert, plein de fougue et d'émotions, qui donne autant envie de replonger dans la discographie de Satchmo que dans celle de cette autre incroyable légende qu’est Dr. John.

Merci à Bruno Bollaert pour les photos.

A+

 

 

 

 

 

10/05/2015

MikMâäk au Théâtre Marni

MikMâäk, c'est la grande formation de Mâäk, qui fait la part belle aux souffleurs. On y retrouve en effet pas moins de trois trompettistes (Laurent Blondiau, Jean-Paul Estiévenart, Timothé Quost – en remplacement de Bart Maris), autant de trombonistes et tubistes (Geoffroy De Masure, Michel Massot, Niels Van Heertum, Pascal Rousseau), de flûtistes et clarinettistes (Quentin Menfroy, Yann Lecollaire, Pierre Bernard) mais aussi des saxophonistes (Jereon Van Herzeele, Guillaume Orti, Grégoire Titiaux), le tout soutenu par Fabian Fiorini (p), Claude Tchamitchian (cb) et Joao Lobo (dm).

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Ce combo, créé en 2014 à l’occasion du Gaume Jazz Festival, s’était rôdé auparavant, chaque mois, au Recyclart. Par la suite, MikMâäk avait remis le couvert, presque tout aussi régulièrement, au Théâtre Marni, cette fois. Une sorte de résidence qui permetait à l’ensemble de travailler et de présenter des musiques chaque fois nouvelles ou en perpétuelles évolutions.

Ce jeudi, c’était le dernier concert avant l’enregistrement live prévu à De Werf en juin.

Après un premier titre tout en furie - dans lequel on remarque tout de suite le jeu impressionnant de Timothé Quost - «Litanie», écrit par Fiorini et introduit par le ténor grave et rocailleux de Jereon Van Herzeele, se développe de façon plus insidieuse, à la manière d'une énorme vague qui ne cesse de gonfler.

«Tilt» , lui, écrit par Yann Lecollaire, fonctionne par strates dans lesquelles chaque section (une fois les sax, puis les trompettes et ensuite les flûtes) trouve un terrain de liberté. La musique est à la fois très composée et à la fois hyper ouverte. Le travail sur le son et la volonté de «sonner différent» sont évidentes. On a rarement l’occasion, par exemple, de voir une sourdine - énorme - sur un tuba, qui donne au jeu de l’excellent Pascal Rousseau encore plus de caractère.

Si l’esprit d’ensemble reste très cohérent, les ambiances sont très changeantes. «Cubist March-suite» (de Fiorini) ressemble parfois à une valse désarticulée et désabusée qui met en valeur le jeu souple et inventif de Claude Tchamichian ou le trombone indomptable de Geoffroy De Masure. Calme et nocturne, «Souffle de lune» (de Michel Massot) irradie d’émotions contenues parsemées de quelques scintillements de flûtes mais aussi éclaboussées par le solo lumineux et incandescent  de Jean-Paul Estiévenart.

Et la suite est à l’avenant, aussi déroutante qu’excitante.

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Ce qui est remarquable chez MikMâäk, c'est le travail d'arrangements de chacun des morceaux. Il y a une maîtrise et une sensibilité énormes ainsi qu’une précision et une rigueur qui laissent pourtant plein de d'espaces aux improvisations libres. Les solos ne sont jamais là pour mettre simplement en valeur le talent des musiciens (Lobo et son intro en accélération absolument irrésistible ou Tchamitchian en intro du morceau d’Emler, pour ne citer que ceux-là), ils participent intelligemment à la construction des thèmes. Tout cela est très sophistiqué et complexe mais, finalement, très accessible tant c’est musical.

Alors, le groupe s'amuse. Sur un «Back And Force» d'Andy Emler (un ami de la famille si l'on peut dire), les musiciens feignent de se disputer sur la façon de jouer avant de s’engager dans un groove plein de rebondissements. Et ça tourbillonne autour du trombone de De Mazure, qui prend des accents très orientaux d’abord, avant se perdre dans un jazz volé à Chicago. La fête aurait pu continuer longtemps. MikMâäk finit par descendre dans la salle et se mélanger au public avant de disparaître dans le fond de la salle sous les cris et les applaudissements nourris.

Contemporaine, ethnique ou de chambre, MikMâäk fait vaciller les piliers classiques de la musique et du jazz. Et pourtant, comme par magie, tout cela tient, tout cela a du sens. MikMâäk explore et défriche sans jamais laissé de côté l'auditeur et, au contraire, l'entraîne sur des terrains étranges et insolites.

Et pour des voyages pareils, on est toujours partant.

 

MikMâäk @ Recyclart, Brussels part I from Mâäk on Vimeo.

 

 

A+

 

05/03/2008

Blue Note Indoor - Gianluca Petrella, Bart Maris, Cecil Taylor

Jeudi dernier avait lieu à Gand la première soirée du premier Festival Blue Note Records Indoor.
L’intention de ce «nouveau» et court (2 jours) festival est de proposer une programmation un peu plus pointue que celle du rendez-vous d’été. On sait que Bertrand Flamang (directeur du festival) est assez friand de musiques improvisées et de free jazz.

Ce soir, dans le très beau, très bien aménagé et très contemporain Muziekcentrum du Bijloke à Gand, on pouvait assister à plusieurs concerts répartis dans différents endroits du bâtiment.
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Dans la grande salle d’abord: Gianluca Petrella Indigo 4.
Ce quartet avait fait forte impression lors de l’édition estivale du BNRF 2007.

Emmené par le remuant tromboniste italien, le groupe mélange les groove actuels,le swing et  l’impro limite free avec une énergie débordante.
Petrella balaie l’air avec la coulisse de s instrument à la manière d’un chef d’orchestre fou.
Il joue les effets, en trafiquant parfois le son de son trombone avec la pédale wha wha et cry baby sans exagération, car les mots soufflés, les grognements et les différentes sourdines font le reste.

A côté du leader, Franceso Bearzatti, au sax, donne une réplique exceptionnelle.
Il répond avec force et provoque souvent le tromboniste.
Les échanges sont vifs, excitants, brillants.

La rythmique (Fabio Accardi aux drums et Paolino Della Porta à la contrebasse) est très accrocheuse, elle aussi. Elle met le jeu des souffleurs en perspective.
C’est plus qu’un soutien, c’est une alimentation constante.
Énergique à souhait, ce concert a tenu toutes ses promesses.

Après cela, dans différents lieux du Bijloke, on nous propose trois concerts simultanés.
Il faut faire un choix, car ici, pas question d’entrer dans une salle pendant le concert.
Question de respect pour les artistes.

J’opte pour le projet de Bart Maris dans le grand hall.
Le trompettiste improvise d’abord seul, soutenu seulement par sa propre musique préenregistrée et diffusée via une dizaines d’enregistreurs et de vieilles bandes magnétiques tendues d’un bout à l’autre de la salle.
Etrange et fascinante installation qui déverse une musique aléatoire…

Le musicien est rejoint ensuite par Paul Van Gysegem à la contrebasse et Paula Bartolletti au chant lyrique et baroque, parfois bluesy, parfois traditionnel et populaire.
La musique est très éclatée, très ouverte, très avant-gardiste.
On passe de moments éclatants et hystériques à des moments extrêmement posés, faits de murmures.
L’expérience est éprouvante, intense et prenante.

Pour terminer: Cecil Taylor en piano solo.
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Le voilà, alerte, en pleine forme et souriant.
Les dreadlocks de part et d’autre de son crâne dégarni, les chaussettes oranges recouvrant le bas de son pantalon indien… on dirait le Tintin du free jazz.

Sa musique est surtout basée sur des grilles bien précises, mises au point par ses soins, qu’il n’hésite pas à quitter pour s’enfuir dans des  improvisations inspirées et souvent très tendues.

Le pianiste chantonne les airs qu’il invente, comme pour les adoucir.
Il faut dire que son jeu est découpé, percussif, brutal,explosif… et, l a seconde d’après, d’une infinie délicatesse, d’une quiétude et d’une légèreté incroyable.
Taylor alterne et rassemble des émotions extrêmes.

Sa musique est abrasive.
Les thèmes, dès qu’ils apparaissent comme une évidence, sont chassés d’un revers de la main, abandonnés dans un virage à 180 degrés ou perdus dans une accélération fulgurante.

On reste attentif tout au long du concert.
Scotchés.
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L’œil rieur, Cecil Taylor reviendra deux fois pour les «encore».
D’abord pour une courte et sèche improvisation  au piano, puis, pour déclamer un long poème aux accents politiques, digne des meilleurs slameurs actuels.
Taylor à 78 ans.
Il n’a rien a apprendre de quiconque. Il continue à inventer.

A+