16/08/2016

Deux jours à Jazz Middelheim ( Part 1/2 )

Ornette Coleman, décédé en juin de l’année dernière, qui influença nombre de musiciens et fut invité plus d'une fois à Anvers, était assurément le fil rouge de cette trente cinquième édition du Jazz Middelheim. Une édition qui enregistra un record d’affluence avec pas moins 21.000 personnes présentes durant les quatre jours !

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Ce samedi soir, Denardo Coleman est programmé pour rendre un hommage à son père.
Mais en début d'après midi c'est d’abord à un « jazz talk », mené par Ashley Kahn en personne, auquel nous sommes convié. Sur le plateau, Han Bennink, David Murray et Denardo Coleman évoquent, avec force témoignages et anecdotes, l’esprit du légendaire saxophoniste. C’est touchant, inspirant et très intéressant. La personnalité d’Ornette transpire au travers de leurs propos, humbles et simples. Et quelques extraits nous prouvent, comme s’il en était besoin, que sa musique est toujours bien actuelle.

Sur la Main Stage.

Le trompettiste Avishai Cohen est l'artiste en résidence, cette année. Auteur d'un magnifique album, plein de douceur et de retenue, Into The Silence paru chez ECM qu’il a présenté la veille, montait pour la deuxième fois sur scène avec cette fois le projet Big Vicious. Ici, point d’introspection. Comme il le dit lui-même : "Big Vicious n’est pas du jazz, mais il y en a. Ce n’est pas du rock, mais il y en a, ce n’est pas du funk, mais il y en a…" Et cela se confirmera.
Ce projet a quelque chose de très intéressant et malin. Avishai Cohen joue avec les mesures composées qu'il mélange habilement à des tempos binaires puissants. Cela donne une dynamique particulière, pleine des cassures, des relances constantes, de légèreté et d’énergie. Bien sûr, on pourrait évoquer le jazz fusion de Miles ou des essais plus récents d’electro jazz ou de drum ‘n bass. Mais le trompettiste va sans doute plus loin dans la démarche. Les deux batteurs (Aviv Cohen et Dan Mayo) ont toutes les raisons d'être là pour affirmer puissance et une évidente dynamique. Les guitares basses (Yonatan Albalak) et électriques (Uzi Ramirez) sont bourrées d'effets psyché rock, mais le blues trouve aussi sa place. Les effets wahwah à la trompette, sur «Betrayed» par exemple, sont distillés avec nuance. Puis, le groupe déstructure habilement un «Ave Maria» ou joue un riff court qui sert de point de ralliement pour mieux repartir et explorer d’autres chemins rythmiques et harmoniques («October 26»). Il installe une ambiance mystérieuse, fait un crochet vers le métal rock et conclut en douceur par une reprise de «Teardrop» de Massive Attack.
En effet, c’est rock, soul, électro, funk. C’est tout ça et son contraire… Et ça fait du très bon jazz.

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Han Bennink et son ICP Orchestra n’est pas non plus à une contradiction près. Faire voler en éclat la tradition tout en la respectant, voilà le programme. Et ça fait du bien. Le départ est tonitruant, comme si l’on voulait se nettoyer à fond les oreilles ou s'éclaircir la voix. Et puis ça y est, la voie est libre ! ICP Orchestra s’amuse avec «East Of The Sun, West Of The Moon», mais aussi «Lady Sings The Blues»… Des cordes dissonantes (les magnifiques Tristan Honsinger au cello et Mary Oliver au violon), des cuivres et des anches qui se tordent et couinent (l’excellent Michael Moore à la clarinette et l’exceptionnel Wolter Wierbos au trombone !), tout est fait pour nous déstabiliser, mais tout est d’une cohérence parfaite. Chaque mélodie est prétexte à des impros débridées. La musique se vit comme un exutoire. Le groupe joue avec le souvenir d'un passé qu’il veut à la fois aimer et bousculer. Et les émotions sont fortes. Les contrastes sont puissants, tant dans l'instrumentation que dans les arrangements. Quand la clarinette se fait fine et délicate, le trombone vient prendre le contrepied avec des growls furieux. Le bonheur d’un swing léger précède souvent une explosion dévastatrice. C’est fiévreux et jubilatoire.
Tout est permis : des déclamations poétiques sur un jazz très contemporain («Where the Sunflowers Grow» de Charles Ives), à «Criss Cross» de Monk, en passant par le délirant «Jojo Jive» (qui permet à Han Bennik de faire son show : pieds sur les caisses lancé de baguettes), sans oublier les hommages à Misha Mengelberg. Que du plaisir !

 

Pour l'hommage à son père, le batteur Denardo Coleman a réuni une belle bande : Al Macdowell (eb), Tony Falanga (cb), Charlie Ellerbe (eg), René Mclean (as), Abraham Burton (ts), Wallace Roney Jr (tp)… et en invité de dernière minute : David Murray ! Si cela commence sur les chapeaux de roue, cela se passe quand même un peu dans une légère confusion. L'énergie est là mais elle ne semble pas totalement canalisée. Ce qui est amusant à voir, cependant, ce sont les styles différents des trois soufflants. Murray emplit son instrument d'air et de tonnerre, René Mclean est plus fin et sinueux, tandis qu’Abraham Burton est plus agressif et tortueux.

Le classique «Turnaround» remet tout le monde sur la bonne voie et l’on revisite le répertoire d’Ornette. Tout en énergie. Sans se laisser trop le temps de reprendre son souffle. Chacun y va de son solo, l’émotion est là, même si cela ressemble parfois un peu à une grande jam. On notera quand même des interventions décisives de Charlie Ellerbe et l’incessant drumming de Denardo. Seul Wallace Roney n’est pas trop mis en avant. Avishai Cohen vient faire une courte visite surprise, pour que l'hommage soit complet. Bien entendu, le rappel est obligatoire avec l’incontournable «Lonely Woman».

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Cerise sur le gâteau de cette journée : Patti Smith !
Devant une foule monstre, elle lit d'abord un texte d’Allen Ginsberg après s’être «excusée» de ne pas être une chanteuse de jazz, mais une «rock bomb» ! Personne ne lui en voudra. Au contraire.

Alors, elle enchaîne avec «Dancing Barefoot»  et ce sont les premiers frissons ! Patti Smith, c’est quand même la claque. Et c’est la classe ! Même si elle crache comme une véritable punk, qu’elle est restée, entre deux couplets ! Elle impose le silence, le respect, l’écoute. Lunettes sur le bout du nez, elle enflamme le public avec la lecture de «Howl» (Holy ! Holy ! Holy !...) de Ginsberg. Il y a de la ferveur, de l’intensité, de la véracité chez elle. Elle ne cache rien. Elle ne joue pas un rôle. Elle est intègre, combattante, passionnée et passionnante. Elle rend hommage à Prince, à Amy Winhouse («This Is The Girl»), au papa («Frederick») de son fils, Jackson Smith, qui tient la guitare ce soir, et puis bien sûr aussi à Ornette ! Elle dépose les paroles de l’un de ses poèmes («The Second Stop Is Jupiter») sur le thème de «Lonely Woman». Magique.
Et puis, la folie reprend de plus belle. A ceux qui veulent danser elle lance : «Ok, il n'y a pas beaucoup de place mais si vous voulez danser, dansez ! Fuck the chairs !». Magnifique ! Le public devient fou ! La révolte gronde ! Et Patti Smith ira jusqu’au bout de son combat pour la liberté, les droits humains et l’amour ! «People Have The Power», «Ghost Dance», «Because The Night» ou encore «Gloria» sont vécu avec une force incroyable ! Grand moment ! Grande dame, très grande dame !

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Club Stage

Entre tous ces concerts sur la « Main Stage », il ne faut pas oublier ceux qui se déroulent sur la « Club Stage » (qui n'est pas si petite que ça d’ailleurs). Ce samedi, c’est Éric Thielemans qui a l’honneur de montrer quatre facettes de son talent !

L’imprévisible percussionniste se présente d’abord en solo, dans un set un peu trop court à mon goût… Une impro bruitiste qui rappelle un peu le Gamelan, puis un exercice de percussion joué avec de toutes fines baguettes, d’une délicatesse extrême, cristalline et diaphane, et finalement une musique plus méditative, presque divine, jouée à l’archet sur… les rayons d’une roue de vélo !! Sans vraiment se prendre au sérieux, pour laisser les auditeurs entrer dans son univers, Eric Thielemans surprend. Et ça marche. Mais c’est déjà fini...

Pour son deuxième passage, il sera à la batterie face à Billy Hart ! Un duo d’une complicité incroyable qui nous invite dans un long voyage plein d'échanges, de cavalcades et de moments suspendus. Les batteurs prennent tour à tour l'initiative, ils se suivent, se répondent, s’évadent. Ils jouent avec les gongs, comme pour prolonger ce beau moment de zenitude. Une petite merveille de bonheur.

La troisième performance, sera peut-être moins convaincante. Elle est, en tous cas, totalement différente des deux premières et fait référence à Ornette ( «Dancing In Your Head»). Elle est très bruitiste, très noisy rock, très expérimentale. Thielemans est entouré d’une belle bande de fous furieux tels que Mauro Pawlowski, Rudy Trouvé, Jean-Yves Evrard et Roman Hiele. Entre impros totales et brutales et thèmes lancinants, le groupe joue les formes et le son, la distorsion, la stridence et le chaos apocalyptique. Impression mitigée.

Quant à la dernière intervention, elle agit comme une lente progression sourde et fantasmagorique. Thielemans s’occupe d’effets électro tandis que l’on retrouve Jozef Dumoulin aux claviers, Jean-Yves Evrard à la guitare, Niels Van Heertum à l’euphonium, Laurens Smet à la basse, Phillip De Jager et Karen Willems aux percus et Billy Hart à la batterie. Cela fait beaucoup de monde à diriger…

Comme des forces occultes ou souterraines qui donnent une pulsation de plus en plus haletante à l'ensemble, on se dirige vers une musique presque tribale. Les gongs, carillons, timbales géantes, se mêlent aux riffs joués en boucles, aux bidouillages de Jozef et aux déchirements de guitare. L’expérience est étonnante mais peut-être pas totalement aboutie. Et puis, on sent Eric Thielemans dérangé, déconcentré, par le bruit ambiant… Bref, on reste un peu sur sa faim, et lui aussi sans doute, un peu…

N’empêche, on peut remercier le Middelheim d’offrir une scène pareille à ce type d’expériences.

 

 

A+

Photos ©Bruno Bollaert (WahWah)

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10/03/2014

Tournai Jazz Festival 2014

 

Mais que s’est-il passé à Tournai lors du dernier Festival de Jazz ?

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Pour connaître tous les détails – et connaître mes sentiments à ce propos – il suffit d’aller jeter un coup d’œil ici, sur Citizen Jazz.

Entre-nous, c’était une superbe édition… Et on attend déjà la prochaine avec impatience.

A+

 

26/01/2014

Rendez-vous à Tournai

Plus que 9 fois dormir et s’ouvrira à Tournai la troisième édition du Festival de Jazz.

Rappelez-vous, j’avais parlé de deux précédentes éditions, qui avaient tenues toutes leurs promesses, sur Citizen Jazz (d’abord ici et puis ici).

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En 2013, les organisateurs avaient tiré les leçons d’un premier essai assez ambitieux (presqu’un coup de maître) avec bonheur. Le Tournai Jazz Festival reprend donc la même formule cette année et l’affine encore un peu plus. Outre le patio et l’habituelle salle Jean Noté, la salle Lucas ouvrira également ses portes pour accueillir au total 11 concerts pendant deux jours.

Du côté de la programmation, Geoffrey Bernard (l’un des principaux initiateurs du projet) et ses amis se sont, une fois de plus, plutôt bien débrouillés pour proposer une affiche originale et bien alléchante.

Voyons ça en images et en musiques…

Vendredi, c’est Elia Fragione (dans un registre pop jazz) qui donnera le coup d’envoi, et l’intenable Daniel Willem et son Gipsy Jazz Band qui fermera le ban.

 

 

Entre les deux, Tournai aura les honneurs de l’excellent Jef Neve (avec son Sons Of A New World) et l’étonnante - et très réussie - évocation de Billie Holiday par Viktor Lazlo (vu l’année dernière au Théâtre Le Public à Bruxelles, je vous le recommande).

Samedi, après le drôle et touchant conte musical pour enfants de Toine Thys, «La Mélodie Philosophale» (vu l’été dernier au Gaume Jazz. Je vous le conseille vivement, même si vous avez passé l’âge), Ivan Paduart se produira en trio, avec Hans Van Oosterhout et Philippe Aerts. Ça commence donc très bien, non ?

Et ce n’est pas fini !

Il y aura Electrophazz, Les Swing Hommes

 

 

Mais il y aura aussi, ni plus ni moins, la fabuleuse chanteuse Youn Sun Nah pour un concert envoutant et frissonnant à souhait (je vous le garantis), suivi par le trio de Avishai Cohen, (qui avait mis tout le monde d’accord lors du Jazz Middelheim en 2012 !).

 

 

Ça promet !

Mon petit doigt me dit qu’il ne faut plus tarder à réserver… tout est bientôt sold-out ! Vite !

On se retrouve là-bas ?

A+

 

18/06/2011

Stefano Bollani sur Citizen Jazz

 

 

Souillac au mois de juillet l’année dernière.

J’y étais pour le festival. Au programme, il y avait Nguyên Lê, Tigran Hamasyan, Enrico Rava et Stefano Bollani.

J’en avais profité pour réaliser quelques interviews.

Vous avez peut-être déjà lu celle d’Enrico Rava (sinon, c’est ici, sur Citizen Jazz) mais vous n’avez peut-être pas encore lu celle de Stefano Bollani, ça vient de sortir, c’est toujours sur Citizen Jazz et c’est ici.

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Cette année, à Souillac, il y aura un autre Italien, Francesco Bearsatti, mais aussi Ibrahim Maalouf (que j’avais interviewé, il y a quelques années déjà) et Avishaï Cohen.

C’est juste entre les Dinant Jazz Nights (mazette, quelle affiche !!) et Gouvy, Gaume, Middelheim etc… J’essaierai d’y être.

 

A+

03/08/2010

Brosella 2010

Dimanche 11 juillet, il fait très chaud. Étouffant même. Heureusement, au Théâtre de Verdure, qui accueille le 34ème Brosella, à l’ombre des grands arbres, il fait respirable. L’ambiance est agréable et bon enfant, comme d’habitude. Malgré la Coupe du Monde, il y a énormément de monde devant les deux scènes, les allées, les sous-bois

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Il est près de 17h.30, sur le podium principal, voici Avishai Cohen. On le sent en très grande forme, il ne tient pas en place. Il emmène avec lui toute sa petite bande: Karen Malka (voc), Amos Hoffman (oud), Shai Maestro (p), Itamar Doari (perc) et le jeune Amir Bresler (dm).

 

Au-delà du jazz, sa musique est fortement teintée d’influences orientales et de musique juive. Tout est souvent dansant, joyeux et rythmé. Percussions et batterie se disputent les premiers plans. S’accompagnant à la contrebasse, Avishai pousse la chansonnette. Sa voix chaude se marie excessivement bien avec celle, très sinueuse et puissante, de Karen Malka. Passant de la guitare au oud, Amos Hoffman fait un travail remarquable de sensibilité et de dynamisme, soutenu par un Shai Maestro au piano souvent lyrique. Le bouquet final n’en sera que plus explosif («Almonos Pal Monte» ?) avec un dernier baroud de percussion et batterie

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On remonte vers la petite scène ou un nombreux public s’est déjà amassé, pour écouter Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tbn) et Marine Horbaczewski (cello). L’ambiance est très intimiste, mais non dénuée de surprises rythmiques, de ruptures, de sons bizarres ou d’ambiances fantomatiques initiées principalement par l’imprévisible Michel Massot. Les influences sont nombreuses et parfois indéfinissables, on flotte entre des folklores de l’Est, musique de chambre, blues, ou valse. C’est souvent très imagé, parfois mélancolique. Il y a quelque chose de légèrement suranné et de moderne à la fois… Univers très personnel et envoûtant. Mais, Tuur Florizoone en parle sans doute mieux… (Interview à lire ici très prochainement).


Sur la grande scène, un grand orchestre. C’est celui qu’a réuni Pierre Anckaert dans un pari assez «casse-gueule». Autour de son quintette (Mimi Verderame (dm), Guy Nikkels (g), Stefan Bracaval (fl) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), il a invité l’ensemble de musique de chambre Odysseia et nous présente son projet «String Attached» (sorti chez Prova). C’est casse-gueule et pas facile. Seulement voilà, Pierre est un malin, et il gère tout ça avec beaucoup d’élégance et d‘intelligence. Les cordes soulignent et mettent en valeurs des compositions très mélodiques, sans jamais y ajouter le côté sirupeux que peut piéger ce genre d’exercice. On pense un peu à Roger Kellaway Cello Quartet (oui, je sais c’est une référence pour moi). Tout est légèreté et toujours swinguant. Et puis, quand Anckaert invite le bandonéoniste Michael Zisman, sa musique se colore d’un subtil lavis sensuel («Mist Call»). Ajoutez à cela le souffle de velours de la trompette de Bert Joris et le tableau est complet.

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Avant d’inviter Bai Kamar Jr. sur la petite scène du Brosella, Ivan Paduart et son quartet déroulent un jazz swinguant et chatoyant. Dans la tradition neo-bop, Toon Roos (ts, ss) enveloppe les mélodies avec tendresse et pétillance («Song For Obama»). Comme souvent chez Paduart, c’est la délicatesse et le lyrisme qui priment. Entre ballade et bop bien senti, le voyage est agréable. L’arrivée de Bai Kamara Jr. ajoute une touche plus soul à l’ensemble. La voix grave et chaude est légèrement graineuse. Un peu crooner, un peu chanteur pop, il fait penser inévitablement à Marvin Gaye

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22h.30, final avec Roy Hargrove. Démarrage en trombe («I’m Not Sure»), sans se poser la moindre question, ça sonne et ça bop. La trompette est fière, claire et puissante. Le jeu d’Hargrove est fluide et lumineux. À ses côtés, Justin Robinson (as) énonce les phrases courtes avec dextérité et vivacité. Un groove d’enfer, mêlant roots et modernité, jaillit. Et puis, au piano, semblant de rien, Jonathan Batiste impose un jeu des plus particuliers. Un peu en avance du temps, déstabilisant légèrement le tempo, accentuant les creux, jouant les notes muettes, suspendant un accord… une sorte de Monk moderne (s’il est possible d’être plus moderne que Monk !).

 

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Ameen Saleem (cb), utilisant sa contrebasse comme perroquet pour son chapeau, et Montez Coleman (dm) attisent les rythmes, maintiennent la pression. Aucun temps mort : les ballades («In A Sentimental Mood») s’enchaînent aux thèmes soul les plus endiablés («Low-life» de Donald Byrd?). L’étonnant Jonathan Batiste continue à inventer des phrases de façon tout à fait originales (c’est un pianiste à suivre de près, assurément). Plusieurs fois, Roy s’approche du bord de la scène, scrute les abords. Puis, on le sent venir… «Strasbourg, Saint Denis» éclate après l’intro insidieuse à la contrebasse. Ça éclate tant et plus. Et Roy s’approche de plus en plus du bord…

 

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«Soulful». Et voilà ! Il descend de la scène et fend le public incrédule. Le voilà parti dans les travées du Théâtre de Verdure, trompette aux lèvres. Tour de chant ! Il remonte sur scène (sans l’aide de personne, nom de Dieu !!!).

Il est plus de minuit trente, un à un, les musiciens quittent la scène. Spectacle total, magique, merveilleux.

Pour ceux qui n’étaient pas présents ce dimanche-là, séance de rattrapage au Gouvy Jazz Festival, le 7 août. À ne pas rater.

Brosella 2010 peut s’endormir, tranquille, jusqu’à l’année prochaine. Des journées comme celles-ci, on en redemande.