17/12/2010

OPen Source - Hot Club De Gand

 

Dernièrement,  Joe Higham a eu la bonne idée de mettre en ligne le concert qu’il a donné au Hot Club De Gand le 7 novembre dernier.

Bien sûr, l’idéal est d’aller écouter un concert in situ. Rien de mieux, en effet, que de voir les musiciens en chair et en os, de sentir l’ambiance, la chaleur et les odeurs pour vivre encore mieux la musique. Ceci dit, comme je n’ai pas eu l’occasion d’aller écouter ce concert live, je n’allais pas refuser le cadeau de Joe. Vous pouvez, vous aussi, downloader les deux sets en vous rendant sur son site Cardboard Music. (Juste pour info, Domenico Solazzo et son collectif PaNoPTiCoN, procède de la même manière. Poussant même le processus à mettre en ligne tous les concerts du groupe. Je vous conseille d’ailleurs d’allez y jeter une oreille attentive, ça vaut la peine.)

Bref, après l’avoir écouté plusieurs fois au casque, la nuit venue, intrigué et embarqué par la musique du quartette OPen Source de Joe Higham (ts,cl), (avec Augusto Pirodda (p), Hugo Antunez (cb) et Antonio Pisano (dm)), j’ai laissé un premier commentaire sur le blog. Cela s’est rapidement mué en mini interview improvisée.

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J'ai été surpris de t’entendre jouer comme ça. C'est vraiment bien. Comment définirais-tu ce genre de «jazz»? «Musique improvisée »? « Free jazz »? «Jazz contemporain»? (Oui, j'aime «étiquettes» :-)))

Oui, je l'appelle tout simplement musique improvisée.

Comment improvisez-vous? Sur une gamme? Sur un mode? Quel est votre «truc»? Comment trouvez-vous votre chemin?

Je pense qu’il suffit de mélanger tout ce tu connais à propos du rythme, des gammes, des sons, etc., et ensuite, de garder les oreilles (très) grandes ouvertes sur ce que font les autres. C'est assez difficile, en effet, et très fatiguant aussi, car il faut rester très concentré. Curieusement il est plus difficile de jouer ce style de musique que de la musique plus «balisée» - avec des progressions d’accords, etc. - au moins, là tu as des repères, c’est moins exigeant et cela nécessite moins d'imagination. Les deux sont amusants, mais je dois dire de se lever et monter sur scène sans idées préconçues, c’est grisant.
Un autre problème est… de trouver un engagement pour faire ce type de musique. Mais c'est une autre histoire.

Précisément, si il n'y a pas d'idée « précise » pour commencer, comment pouvez-vous démarrer? Qui «lance» l'idée en premier? N’êtes-vous pas tenté de replonger sur des thèmes familiers? Êtes-vous tous dans le même état d'esprit? L'ambiance, le public, l'emplacement, le temps influencent la musique?

Eh bien, je suppose que je devrais écrire un petit post sur mon blog avec quelques remarques sur nos improvisations, et comment nous nous y prenons. C’est à la fois très facile et difficile. C’est un peu comme regarder un magicien. Cela paraît plus simple que cela ne l’est (mais ça fait partie de la magie).
La musique commence simplement. L’un de nous (ou tous en même temps) joue et… «voilà», le groupe se met en route. C’est un peu comme pour le dessin ou la peinture, il faut parfois avoir juste le courage de mettre le crayon sur le papier et de faire le premier trait.
En ce qui concerne l’état d’esprit, je suppose que nous avons tous le même objectif en tête : la création d'un certain type de musique. Comme tu peux le constater il y a beaucoup de différents styles de musiques «free». L'atmosphère de la salle a certainement une influence, de même que les personnes qui sont présentes, ce qui est plus ou moins la même chose.


Lorsque vous répétez avant un concert, vous «préparez» des «plans» pour les jouer sur scène ou, au contraire, pour les éviter?

Concernant les répétitions, nous jouons et nous discutons quelques idées, parfois avant et parfois après. Nous envisageons parfois d'ajouter certains thèmes, avec ce groupe, mais pas nécessairement pour démarrer la musique. Et nous n’esquivons absolument rien. Ce serait contre-productif. Je pense que nous nous éclaterions moins sur «Now's the Time», mais qui sait!

Depuis combien de temps jouez-vous ensemble, avec Augusto, Antonio et Hugo?

Nous jouons ensemble depuis environ 8 ou 9 mois.
 

Pour cette «nouvelle» expérience (si elle est nouvelle ?), as-tu écouté d’autres saxophonistes (avant ou après)?

Je me suis vraiment replongé dans ce que j’avais toujours écouté. Les choses que j'ai écoutées plus récemment ont été Mujician et Atomic. Puis, de nouveau, il y a eu l'influence d'Augusto et les conversations que nous avons eu ensemble en traversant la Belgique. Augusto a été très important dans le développement de ce groupe. Je lui avais parlé de ce désir et il m'a proposé d’essayer. Je dois dire que je ne connaissais d'autres personnes, ici, qui étaient vraiment «dans» ce courant musical aussi, ou tout au moins désireux de jouer (Erik Vermeulen, Jereon Van Herzeele pour ne citer qu’eux. Mais il y en a d’autres. Suffisamment pour organiser un petit festival intéressant). Augusto a enregistré avec Paul Motian et est très influencé par la musique de Paul Bley également. Nous avons aussi parlé de Kikuchi, un joueur de piano incroyable qui a travaillé avec Paul Motian (on peut trouver ses vidéos sur You Tube). En fait, si Augusto n'avait pas été aussi enthousiaste, je n’aurais jamais essayé ce truc (j’en aurais simplement rêvé).
En dehors de cela, je suis aussi un grand fan de Jimmy Giuffre, qui est presque le «parrain» de ce type de musique - la liberté mélodique - bien qu’il y ait beaucoup de groupes qui suivent les mêmes principes (les deux groupes que j’ai mentionné plus haut par exemples). De plus, cette musique est assez populaire en Angleterre, je pourrais citer des dizaines de noms.

Peut-être que je me trompe mais, pour ce genre de musique (du moins pour ce concert) tu joues souvent les notes basses (profondes ou sombres, devrais-je dire). Est-ce un point de vue délibéré, une option ou tout simplement le sentiment du moment?

En ce qui concerne les notes graves, non, je pense que j’essaie juste de jouer dans différentes régions du saxophone et de donner une coloration différente à la musique. Parfois, en jouant dans le registre du milieu, cela donne une impression de jouer des «solos». Jouer les notes basses ou très élevées n’est pas si évident, le saxophone est difficile à utiliser comme instrument de percussion.

As-tu le sentiment de jouer de manière différente que dans d’autres contextes?   

Tu veux dire: dans d'autres contextes musicaux? Si oui, en effet, une fois que tu commences à jouer plus ouvertement, cela t’influence à jouer dans un autre esprit.



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Dans le même ordre d’idées, je ne peux que vous conseiller d’écouter également le dernier album de Manu Hermia (avec Manolo Cabras et Joao Lobo) «Long Tales And Short Stories» paru chez Igloo. Mais on en reparlera bientôt. Promis.

 

A+

 

 

 

21/03/2008

Lynn Cassiers au Murmure Café

Après le concert du BJO, avec David Linx et Maria Joao, je décide d’aller écouter Lynn Cassiers au Murmure Café.

C’est juste derrière Flagey.

Contrairement à ce que pourrait faire penser son nom, Le Murmure est plutôt un endroit bruyant.
Après le feu Comptoir des Etoiles, ou le Montmartre, c’est le café à la mode - hype ou underground, je ne sais pas comment il faut le définir - où se mélange la jeune génération et les vieux briscards du jazz belge (on parle aussi souvent du Roskam… mais je ne m’y suis pas encore rendu).

C’est bondé (mais ce n’est pas très grand non plus) et je me trouve une place entre Bart Defoort et Erik Vermeulen. Je vois aussi quelques têtes connues: Jordi Grognard (toujours dans les bons coups), Marek Patrman, Manolo Cabras, Bo Van Der Werf etc…

On est vraiment au plus près des musiciens.
Ce n’est pas plus mal, car avec le bruit ambiant, il faut tendre l’oreille pour entrer dans la musique.
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Pas de scène, pas d’éclairage particulier, tout est brut de décoffrage.
Un peu comme la musique de Lynn.

La chanteuse est entourée de Augusto Pirodda au piano, Antonio Pisano à la batterie et Nico Roig à la guitare.

Assise derrière sa petite table, Lynn Cassiers travaille et trafique sa voix au travers de petites machines. Elle improvise, elle interagit sur les phrases incisives du pianiste ou du guitariste.
Le chant est parfois un peu plaintif, un peu lancinant, très ouvert et très libre…
Difficile de coller une étiquette.
Et ce n’est pas plus mal.

Je me demande comment les musiciens arrivent à se concentrer (et parfois à s’entendre) dans ce brouhaha incessant. La musique est tellement expérimentale, organique, atmosphérique. Elle se joue tellement sur l’écoute de l’autre.

Les rythmes (ou les pulsations plutôt) semblent aléatoires.
Tout se transmet suivant le feeling, l’humeur, les sentiments.
Un sentiment étrange, entre malaise et plénitude.

Il y a comme un flux irrégulier.
C’est sans doute cela qui me fascine.
C’est comme lorsque le sang ne circule pas régulièrement dans les veines et entraîne le cœur à battre de façon inhabituelle.
Du coup, on reste en alerte, attentif.
C’est un peu étrange, inattendu et tellement singulier.

Le quartet est dans son monde.
Mais en fermant les yeux, on y entre facilement.

Bien envie de réentendre ça dans de meilleures conditions.

Après le concert, je discute avec toute cette petite bande dans cette ambiance chahutée et très sympathique.

Il est plus de deux heures du mat’, et le Murmure ne désemplit pas.

A+