28/11/2007

Certified 31% Evil - Jazz Station

La Jazz Station se remplit peu à peu pour finalement faire presque salle comble.
C’est plutôt encourageant quand on connaît la programmation habituelle du club et le genre de groupe invité ce soir.
La Jazz Station prouve ainsi qu’elle n’a pas froid aux oreilles et qu’elle n’a pas peur de l’éclectisme.
Tant mieux.

Car ce soir, c’est free jazz.
Et Certified 31% Evil est certifié 100% free.

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Certified 31% Evil est une belle équipe réunie autour du remuant batteur, et initiateur du projet, Teun Verbruggen.
A la contrebasse : Nic Thys, à la guitare : Jean Yves Evrard, au piano : Erik Vermeulen, aux saxes : Toine Thys et Andrew D’Angelo (entendu aux côtés de Jim Black, Kurt Rosenwinkel…ou dernièrement à Jazz Middelheim avec Nic Thys et les 68 Monkeys).

Ce soir, l’impro est donc totale.


Chacun démarre sans savoir où il va.
Puis il écoute l’autre, va poser une phrase, change de chemin.
Tout le monde se cherche et peu à peu le tourbillon prend naissance.
La musique monte en cercles concentriques.
Comme une onde infinie.
Elle fait des circonvolutions.
Se construit sur presque rien. Surtout sur elle-même..
Elle monte en puissance.
Une terrible puissance initiée par un D’Angelo intenable.

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Les musiciens sculptent les sons comme dans un granit brut. Les éclats jaillissent de partout. Toine Thys ponctue les formes brutes du saxophoniste New Yorkais, comme pour polir les angles.

A la guitare, Jean Yves Evrard - tantôt sur la scène, tantôt devant – cisèle le son à la lame de rasoir, tandis que Teun et Nic maintiennent une pression lourde.

Après avoir atteint des sommets quasi orgasmiques, les notes scintillantes et cristallines du piano viennent offrir un contraste saisissant dans un silence soudain.

Erik Vermeulen frotte, gratte, étouffe les cordes de son piano.
On joue sur les couleurs, les sons et les souffles.

Le temps d’un instant, D’Angelo échange son sax contre une clarinette basse.
Le climat change.
Puis, à nouveau, les saxes crient, hurlent et crissent.
C’est exubérant, exaltant, énergisant…sonnant.

Le deuxième set débutera de manière plus intime.
L’énergie est contenue, voire retenue. La forme est plus grasse, plus ronde. Les cycles plus longs.

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Au paroxysme d’un mouvement, le piano s’encanaille avec la batterie.
Le dialogue est sec, rugueux et nerveux.
Tout devient prétexte à faire de la musique : verres, guimbarde, clochettes, grelots, tamtam. Les rythmes se construisent pour s’effilocher aussitôt.
D’Angelo éclabousse tout le monde. Il est omniprésent.

Evrard impose alors un ostinato oppressant et hypnotique.
Et doucement, la fièvre retombe.

Quel voyage. Quelle montée d’adrénaline.

Je prends un peu l’air, discute avec Mwanji, Nath, Céline ou Christine.
Puis avec Erik, pour essayer de comprendre comment ça se passe dans la tête des musiciens, comment ils tressent cette musique totalement libre.

Fascinant mystère.

Tout le monde décide d’aller jammer au
Sounds.
Il est déjà tard, la journée a été longue et la semaine sera éprouvante.
Mais on trouve l ‘énergie où l’on peut…alors je les suis.

A+

25/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 05 -

Dimanche dernier (le 19 août): « Grand Final » comme on dit à «Jazz Middelheim».
Et l’appellation n’est pas usurpée.
Au programme de ce dernier jour: Jef Neve Trio, Nic Thys et ses 68 Monkeys, Bert Joris Quartet et … last but not least, Ornette Coleman !

Sold out !
La tente déborde littéralement. Il y a overbooking, assurément. Ce n’est pas possible autrement…

Je n’ai pas vu l’ami Jef cette fois-ci, mais on m’a rapporté que son concert fut très bon… (comme d’habitude).

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Nic Thys, que j’avais récemment vu avec son T&T lors du Brussels Summer Festival se présentait ce soir avec quelques belles pointures du jazz américain.
Tous nés en ’68 ! D’où le nom du groupe…

Aux saxes: Tony Malby (tenor) et Andrew D’Angelo (alto), au piano: Jon Cowherd, à la guitare électrique: Ryan Scott, aux drums: Nasheet Waits et bien sûr, à la contrebasse: Nicolas Thys.

Excusez du peu…
L’ensemble manquait cependant, à mon avis, d’esprit de synthèse et de cohésion. J’aurais aimé que les morceaux soient un peu resserrés, un peu plus concis.

Tout avait commencé en force avec «It’s Been A While», d’une puissance incroyable et s’était terminé plus ou moins dans le même esprit avec «Munich».

Entre les deux, les belles compositions, sobres et parfois mélancoliques manquaient un peu de tension. C’était, quelques fois, un peu trop tiré en longueur.
Bien sûr il y a eu les solos monstrueux du guitariste Ryan Scott qui rappelle de temps à autres un phrasé à la Rosenwinkel. Et puis, surtout, la paire de saxes.
Ces deux-là jouent aux frères ennemis: Tony Malby, posé et solide et D’Angelo, nerveux, explosif et toujours d’attaque.
Fabuleux !

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Avec son Quartet, Bert Joris nous invite à du jazz pur jus.
Le trompettiste démarre directement avec le très swinguant et nerveux «Mr Dado», en hommage à son vieux complice: le pianiste italien Dado Moroni.
Ce dernier n’attend pas son tour pour sauter dans le groove.
Ça rebondit, ça swingue, ça improvise à tout va.

Les thèmes écrits par Bert Joris sont d’une limpidité éblouissante. Un peu à l’instar de son jeu. Un phrasé raffiné, clair, précis. Un peu à la Kenny Dorham dans les moments intenses et à la Chet dans les passages plus intimistes.
Entre «Magone», «Anna», «Triple» ou «King Combo», Joris alterne bugle et trompette (parfois «muted») avec pertinence.

Philippe Aerts allie, comme toujours, virtuosité et musicalité extrêmes à la contrebasse, alors que Dré Pallemaerts (omniprésent lors de ce festival) joue avec autant de finesse que de subtilité.
Mais attention… quand il envoie, ça cogne sec.

Pas de bavardage superflu dans les solos (Moroni est vertigineux), qualité de jeu brillante, bonne humeur communicative et complicité visible entre les membres du groupe, le quartet de Bert Joris a sa place dans ce «Grand Final», et mérite sans conteste de se retrouver sur les podiums des meilleurs festivals de jazz d’Europe et d’ailleurs…

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Et voilà LE grand moment.
Le moment tant attendu.
Celui que l’on pouvait craindre aussi. Craindre d’être déçu d’une si grande attente…

Heureusement, Ornette Coleman fut au rendez-vous.
Et comment !
Quel concert, mes amis… quel concert !

Derrière le célèbre altiste, le fils Denardo Coleman aux drums. Et autour, trois bassistes !!!
Charnett Moffett et Tony Falanga aux contrebasses et Albert McDowell à la basse électrique.

Fidèle à la dialectique Colemanienne, le premier morceau («Jordan»), court et concis,  explose d’intensité.
Le groupe revisite ensuite la plupart des morceaux du dernier album («Sound Grammar» enregistré live en Allemagne en 2005) en les réinventant.

Le drumming énergique de Denardo est excessivement physique et impressionnant. Aucune faiblesse, aucune baisse de régime. Ça joue à du 200 à l’heure.

Tony Falanga use beaucoup de l’archet, imposant souvent un jeu grinçant, étrange, parfois plaintif («Sleep Talking»), et donne une réplique cinglante au saxophoniste.

Les autres bassistes remplissent les espaces avec brio, trouvent des ouvertures, improvisent avec une clairvoyance subjugante.
Ornette intervient parfois à la trompette, puis au violon.
Il dirige sans diriger.
Le groupe se trouve les yeux fermés.
C’est d’une précision magistrale dans les breaks, les stop and go, les relances. Tout est réglé au cordeau et reste pourtant d’une incroyable liberté.
Ça voyage, ça échange, ça ose tout le temps…

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Qui joue quoi ? Comment naît cette musique ?
Difficile à décrire.
Serait-ce cela le fameux principe «harmolodique» du maître ?

Après un superbe «Turnaround» (recréé comme si ce morceau n’avait jamais existé) Tony Falanga ébauche le
«Prélude de la suite N°1» de Bach.
Denario éclate le morceau de quelques frappes puissantes et le groupe atomise le thème dans un délire free ébouriffant.

On frôle le blues, le calypso («Matador»), le funk parfois, toujours dans un esprit totalement libre… totalement Ornette.

Grand et énorme concert.

La salle est debout, applaudit  à tout rompre pendant de longs instants.
Ornette fait distribuer une à une les fleurs du bouquet qu’il a reçu aux femmes des premiers rangs avant de revenir offrir, à tous cette fois, un « Lonely Woman » magique.

Ornette!

Encore!

 

A+