04/09/2016

Sons Of Kemet - Feeërieën Brussels

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Mercredi 24 août, Parc de Bruxelles, il fait un peu lourd, mais une légère brise rend la soirée bien agréable. Avec ce très beau temps, et malgré un service de sécurité un peu renforcé, qui reste quand même sobre et discret, les Feeërieën, organisées par l’AB, attirent pas mal de monde. Et c’est, culturellement parlant, plutôt rassurant. On a laissé en dehors de la zone les centaines de chasseurs de Pokemon Go, les yeux rivés sur leurs Smartphones, et on attend tranquillement, assis dans l’herbe ou sur un banc, Sons Of Kemet.

Vers 20h30, le monde s'agglutine un peu plus encore autour du kiosque quand les quatre Enfants de l’Ancienne Egypte (Shabaka Hutchings (ts), Theon Cross (tb), et les deux batteurs, Sebastian Rochford et Tom Skinner), montent sur scène. Formé vers 2012 ce groupe anglais mélange autant le jazz, le rock, la musique des îles, la musique éthiopienne que celle de La Nouvelle-Orléans.

Soutenues par le tuba haletant et un double drumming obsessionnel, les premières phrases du sax sont courtes, hachées et nerveuses. La musique bourdonne et vibre comme si il y avait une invasion de criquets. Puis le tuba rugit comme un éléphant qui charge. La machine est lancée. Elle s'emballe. Les pulsations s'accélèrent.

On reconnaît peut-être « Breadfruit » ou « In Memory Of Samir Awad » et son rythme chaloupé. Mais l’esprit festival en plein air et le retour du public, plutôt chaud, attisent la ferveur musicale.

Le tuba répond au sax qui crache et hurle. Les deux batteurs frappent de plus en plus fort, à l’unisson ou en contrepoint. Ça gronde. Ça sonne autant Fela Kuti que The Thing de Mats Gustafsson. Afrobeat, makossa, free jazz, tout se mélange sans aucun temps mort. Une intro au tuba, jouant sur les infra basses, fait remonter à la surface les rythmes tribaux, ceux qui nourrissent les racines d'un jazz ancestral qui ne fera le voyage vers les States que bien plus tard.

Sons Of Kemet nous envoient à la figure un « Tiger » (?) convulsif, un « Inner Babylon » puissant et d’autres morceaux dans une même rage furieuse. Puis, on fait de la place à un morceau plus venimeux, qui devient vite entêtant. Il résonne comme une transe africaine, comme un exorcisme. Et la fanfare se remet à rugir de plus belle et à exulter aux sons de « In The Castle Of My Skin » ou « Play Mass »…

La scène est bleue, rouge, jaune, le public tremble et saute sur ces rythmes effrénés. C’est la fête au gros son et au « lâchage ». C’est la fête et ça libère. Ces quatre-la sont une fanfare africaine à eux seuls.

Sons Of Kemet seront de retour à Flagey, en janvier de l’année prochaine. En attendant, vous pouvez toujours vous mettre dans l’oreille leurs albums : Burn ou Lest We Forget What We Came Here To Do.

A bon entendeur…

 

 

A+

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27/08/2016

Stefan Lakatos & Dominique Ponty + Condor Gruppe plays Moondog

Ok, d’accord, ce n’est pas vraiment du jazz. Mais quand même. Et puis, le jazz, ça commence où et ça finit où ? Vaste question.

Ce mardi 23, au Parc de Bruxelles dans le cadre des Feeërieën organisées par l'AB, on rendait hommage à Moondog ! Moondog, ce musicien inclassable qui passa une grande partie de sa vie à jouer sa musique dans les rues de Manhattan. Cet homme que l’on surnomma le « Viking de la 6e avenue » à cause de son accoutrement. Cet homme à la vie étonnante, aveuglé à l'âge de 15 ans par l’explosion d’un bâton de dynamite, marqué à vie par la musique des Indiens d’Amérique qu’il a entendu vers 5 ans, qui rencontra aussi bien Charlie Parker que Leonard Bernstein et qui avait l’oreille absolue.

Ce musicien, rythmicien hors pair et compositeur, disparu en 1999, aurait eu 100 ans cette année.

C’est aux anversois passablement décalés, Condor Gruppe, que l’on a « ouvert la scène » ce soir. Le groupe vient en effet de sortir un très bel album hommage à Moondog : « Frog Bog ».

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Mais avant ça, il y a d’abord le concert en duo du percussionniste Stefan Lakatos et de la pianiste Dominique Ponty, tous deux élèves et derniers accompagnateurs du défunt « Viking »…

A eux deux, ils reprennent le plus fidèlement possible la musique de Moondog.

« Elf Dance », « Carnival », « Canon » sont des œuvres courtes, comme la plupart des compositions de l’artiste. « Car je n'ai pas plus à dire, avait dit le maître. Si vous aimez la mélodie vous pouvez la répéter trois ou quatre fois. Tant que ça vous plait... ».

Mine de rien, c'est complexe et rigoureux. Tandis que Dominique Ponty phrase avec précision et fermeté, Stefan Lakatos mélange les tempos et les rythmes sur la Trimba, l'instrument inventé par Moondog. Il s’agit d’un montage de tubes triangulaires en bois, de différentes sections, sur lesquels Lakatos frappe avec une clave ou des maracas. Le son est hypnotique, flottant, léger et sourd à la fois. La musique est un mélange de menuets, de cantates et de rythmes lancinants inspirés par ceux des Indiens d'Amérique. Ce que Moondog appelait « son jazz ». « Fleur de Lis », « Mood Montreux » ou encore « Mother’s Whistler » sont de véritables petites perles qui se laissent découvrir encore et encore.

Après un petit quart d'heure, le temps de se sustenter et se réhydrater, Condor Gruppe a pris place sur la scène. Sax, trompette, bongos, wurlitzer vintage, guitares, drums… ici, Michiel Van Cleuvenbergen et ses complices exploitent la musique de Moondog de façon plus rock ou funky. On revisite, on réarrange, on s’en inspire. Condor Gruppe brode autour des courtes compositions. Bien entendu, la mélodie, le style incantatoire et le sens de la répétition sont bien là. Et tout le monde danse et s’amuse sur « Bird’s Lament », le « tube » (un peu comme le « Yekermo Sew » de Mulatu Astatke) qui cache une forêt de compos incroyables. Il y «Frog Bog », « Viking » ou encore « All Is Loneliness » (repris en son temps par Janis Joplin) et  une longue version de « Single Foot »…

La nuit est tombée. Des lumières rouges et bleues lèches les arbres et se perdent dans les feuillages. L'air est doux et encore chaud. L'ambiance est détendue, légère et insouciante. Feeërieën porte bien son nom. Moondog n’est pas mort.

 

 

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17/09/2008

Esperanza Spalding - AB Club

Elle fait la une de Jazz Time de septembre.
Elle est encensée un peu partout où elle passe.
Elle a 24 ans à peine.
Elle chante divinement bien.
Elle est jolie.
Elle joue de la contrebasse.
Jos Knaepen m’en avait parlé lorsqu’il l’avait vu sous les pommiers à Coutances.

Et Jazz Frisson en est transi.
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Mardi, Esperanza Spalding a rempli la salle de l’AB Club à Bruxelles.
Pour son premier concert belge, elle est venue accompagnée d’Otis Brown aux drums, Leo Genovese au piano et Ricardo Vogt à la guitare.

Dès le premier morceau, on sent que ça sera groovy. Et pas un peu.
«I Know You Know» ouvre la voie d’un jazz qui mélange le funk, la musique brésilienne, la salsa, la soul, un peu de hip hop et surtout un swing d’enfer.
C’est énergique et brillant à souhait.
Après deux morceaux enflammés, la tension ne redescend pas. Au contraire: voici une version de «Body And Soul» à tomber par terre.
La voix, les variations et le timing sont parfaits. Rien ne l’effraie. Et elle livre ça avec un naturel confondant !
Ça respire le vrai, le vécu. Ça vient du cœur. Ça ne sent pas le travail qu’il y a derrière. C’est ensoleillé et c’est bourré d’énergie !
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Si Esperanza attire toute l’attention sur elle, il ne faudrait pas oublier les musiciens qui l’accompagnent.
Le batteur a une frappe sèche, précise et nuancée. Ricardo Vogt (vu à Dinant en 2007 en compagnie d’Elaine Elias et Toots) délivre des phrases fluides et limpides, tandis que le pianiste, Leo Genovese, injecte des accords en ruptures avec la mélodie ou, au contraire, accentue la ligne de basse.
Son intro sur le magnifique «Wild Is The Wind» est incroyable!
Et quand la belle Esperanza entonne: «Love me, love me, love me, say you do.
Let me fly away with you…
», on se liquéfie…
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Puis, en duo avec le pianiste, elle chantera merveilleusement une chacarera (musique traditionnelle argentine qui marie la sensualité bestiale du tango à la volupté de la valse).
Cette fille est insolente de talent.
Alors, elle continue et elle enchaîne les moments délicats avec les temps forts en évitant les temps morts.
Le sens du rythme, encore et toujours.
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À voir et à revoir… en concert surtout (car il faut bien l’admettre, même si il contient des perles, son album ne convainc pas autant que sa prestation scénique éblouissante).

A+

02/12/2007

Brad Mehldau Trio - Ancienne Belgique

Rattrapons le temps perdu.

Le 15 novembre, l’AB est remplie à ras bord (et deux dates sont prévues!).
J’arrive quelques minutes avant le début et… pas le choix, je serai tout en haut, tout derrière.
Pas grave dans cette salle où l’acoustique est excellente et la vue parfaite.
0b
Le trio est resserré au milieu de la scène.
Brad Mehldau entouré de Larry Grenadier et de Jeff Ballard entame deux longs morceaux.
Le premier est de Clifford Brown, mais je n’ai pas reconnu le thème ni retenu le titre.
Il est retravaillé dans le plus pur style Mehldau…
Le second hésite entre bossa et rumba lente.
Le thème est évolutif, mais il manque de rebondissements, de tensions.
Pas mal de remplissage en fait.

Les titres s’enchaînent.
Ballard se met un peu en évidence. Heureusement, il est moins envahissant que lors du concert avec Pat Metheny… mais son jeu n’en est pas plus intéressant pour cela.
Le drumming se veut un peu plus «jungle», un peu plus groovy, ça veut un peu bouger…
Mehldau et Grenadier jouent à l’unisson en réponse au batteur.
Tout est basé sur un motif répétitif. C’est un peu plus tendu, un poil plus excitant.

Avant de prendre enfin la parole, Mehldau nous offre encore une ballade faite de jolies déstructurations rythmiques sur lesquelles Grenadier suit magnifiquement à l’archet.

Le pianiste s’adresse enfin au public. Dans un Néerlandais presque parfait (sa compagne, Fleurine, est Hollandaise rappelons-le).
Mon amie (néerlandophone) me propose, agréablement moqueuse, de traduire…
Je lui réponds qu’en tant que francophone, je ne suis demandeur de rien.
Ce qui nous fait beaucoup rire… (Désolé, c’est de l’humour belge de circonstance: mélange de dérision et de désespoir…)

Bref.

Ça s’emballe un peu avec «We See» de Monk.
Enfin, ça swing vraiment. Mehldau recrée à sa manière le jeu inimitable de Thelonious.
Ballard se fait un peu trop démonstratif et, sans nul doute, c’est encore Larry Grenadier le plus intéressant des trois: son solo est lumineux, inventif et fougueux.
Ses lignes sont claires et précises. Du grand art.
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Mais l’intensité retombe à nouveau avec une ballade («My April Heart») pourtant très bien introduite par une longue improvisation du pianiste.
Et «Samba e Amor» (de Buarque) ensuite, n’excite pas plus que ça l’assistance.

Malgré tout, le trio revient pour interpréter «Holland» de Sufjan Stevens (Mehldau a toujours aimé reprendre les thèmes pop)…
Bon. Le public à l’air satisfait.
Pour ma part, ce fut un petit concert.
Mehldau m’a déjà habitué à bien mieux.
Ce soir, il semblait peu inspiré et son trio ronronnait un peu.

Vous allez dire que je ne suis jamais content: quand Brad tente des sorties (comme avec «Largo», par exemple), je ne le suis pas vraiment et quand il revient à ce qui a fait son succès non plus…

Enfin, pas cette fois-ci.

Certes.
0a
Mais, je réécoutais dernièrement encore son enregistrement de ’96 au Village Vanguard («The Art Of Trio Volume Two») … et c’était nettement plus inventif et… plus nouveau.

Allons, je suis sûr que ce sera mieux la prochaine fois.

A+

22:28 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : jeff ballard, ab, brad mehldau, larry grenadier |  Facebook |