11.03.2012

Jazz Tour Festival à Hannut

 

Joli succès pour la deuxième édition du Jazz Tour Festival au Centre Culturel de Hannut.

Ce n’était ni à l’habituel Henrifontaine ni à la Salle Jean Rosoux qu’il se tenait, mais bien au Centre de Lecture Publique, pour des raisons pratiques.

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Et sur les coups de 16 heures, ce samedi 3 mars, pas mal de curieux et d’amateurs étaient déjà présents pour écouter Unexpected 4.

Les lauréats du concours  du Festival Dinant Jazz Nights 2010 – que j’avais eu l’occasion de voir à la Jazz Station – présentaient un nouveau line-up. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais l’arrivée de Bas Cooijmans à la contrebasse, à la place de Vincent Cuper et de sa basse électrique, change quand même l’optique du groupe. On sent l’ensemble encore plus ramassé et une nouvelle dynamique se dessine. L’incisif Jeremy Dumont (p), dont l’entente avec Vincent Thekal est évidente, ouvre souvent les espaces. Le drumming d’Armando Luongo se veut toujours enflammé. Avec l’arrivée de Cooijmans, ils pourront sans doute se lâcher encore un peu plus et sortir d’une voie qui reste parfois encore un peu sage. Car, c’est clair, on imagine aisément que Unexpected 4 en a encore sous le pied.

Le trio de Thomas Champagne ensuite, sur sa lancée d’une année “anniversaire” (le groupe fêtait ses dix ans en 2011 avec une longue tournée dont j’ai palé ici et ), se présentait avec un invité: le guitariste Guillaume Vierset. Ce dernier aura l’occasion de se mettre plusieurs fois en valeur (notamment sur “One For Manu”) et de démontrer un jeu d’une belle sensualité non dépourvu d’accents plus mordants. Guillaume Vierset travaille actuellement sur une relecture des compositions de musiciens liégeois (Jacques Pelzer, René Thomas et d’autres) qu’il présentera au prochain festival Jazz à Liège avec des musiciens… liégeois. On est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

Après ce très bon set, intense et bien équilibré (Champagne (as), Yates (cb) et Van Uytvanck (dm) s’entendent à merveille pour faire monter la pression), c’était au tour de Collapse de montrer de quel bois il se chauffe.

Le groupe de Cedric Favrese (as) et Alain Deval (dm) prend décidément de l’assurance et propose un jazz des plus intéressants. On (ou “je”?) a fait souvent le parallèle entre la musique de ce quartette et celle d’Ornette Coleman. Bien sûr, on y sent l’esprit, mais il faut bien admettre que Collapse arrive à s’en détacher et à créer sa propre vision. Entre post bop et free, éclaboussé de klezmer et de musiques orientales, le groupe explore les sons, ose les couinements et les grincements avant de se lancer dans des thèmes haletants. Le travail - faussement discret - de Yannick Peeters à la contrebasse est souvent brillant et d’une telle intelligence qu’on aurait tort de ne pas le souligner, car il est réellement indispensable. Les longues interventions de Jean-Paul Estiévenart sont en tous points remarquables : il y a de la fraîcheur, de la dextérité et toujours une énorme envie de chercher, de prendre des risques et d’éviter la facilité. C’est cela qui est excitant dans ce groupe - à la musique à la fois complexe et tellement évidente - c’est cet esprit de liberté qui flotte et se transmet de l’un à l’autre. A suivre, plus que jamais.

Dans un tout autre genre, Chrystel Wautier livrait son dernier concert de sa série “Jazz Tour”. Entourée de Boris Schmidt à la contrebasse, de Quentin Liégeois - très en forme - à la guitare et de Ben Sluijs - toujours aussi fabuleux - au sax et à la flûte, la chanteuse a ébloui le très nombreux public. La voix de Chrystel fut, ce soir plus que jamais, parfaite. Avec décontraction, humour et sensibilité, elle nous embarque à bord de ses propres compositions ou nous fait redécouvrir des standards (de “Like Someone In Love” à “Doralice”) sous une autre lumière. Elle chante, elle scatte et… elle siffle même ! Et là où cela pourrait être, au mieux ringard et au pire vulgaire, elle fait de « I’ll Be Seeing You » un véritable bijou. On appelle ça le talent.

Retour au hard bop plus « traditionnel » pour clore la journée, avec le quartette de Michel Mainil (ts). On sent dans ce groupe, qui a déjà de la bouteille, une certaine jubilation à jouer pour le plaisir… même si cela manque parfois de fluidité dans l’ensemble. On remarquera les belles interventions de José Bedeur à la contrebasse électrique (je me demande toujours pourquoi ce choix « électrique » dans un tel contexte ? Mais cela n’engage que moi), la frappe « carrée » d’Antoine Cirri et surtout le jeu très alerte et précis d’Alain Rochette.

Il est plus de minuit, Xavier Lambertz et toute l’équipe du CC Hannut peuvent être heureux, le contrat est plus que rempli. Rendez-vous l’année prochaine.

A+

 

17.10.2011

Jazz Station Big Band - à la Jazz Station

Ça fait plaisir de voir qu’il y a encore beaucoup de monde qui apprécient le jazz et encore plus les Big Band.

Ce jeudi 6 octobre, la Jazz Station avait d’ailleurs fait le plein pour fêter la sortie du premier album du Jazz Station Big Band dirigé par le trompettiste Michel Paré.

J’avais vu cet ensemble à ses débuts, il y a plus de quatre ans.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que toutes ces années ont été mises à profit.

Un Big Band, quoi qu’on en dise, n’est pas l’autre, et celui de la Jazz Station est en trois dimensions. Quand il joue, on sent les avant-plans, les arrière-plans et le décor qui file derrière. Tout est toujours en mouvement. Tout bouge avec fluidité et précision. C’est de la haute définition.

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La musique, écrite en majeure partie par Michel Paré, est à la fois swinguante et lyrique. Simple et complexe. Riche et dépouillée.

C’est aussi une musique de partage entre amis. Et comme Michel Paré connaît très bien ses musiciens, il n’en oublie aucun à la distribution des choruses. Chacun y a droit. Mais attention, ils ne sont pas distribués au petit bonheur la chance. Michel Paré les a choisi comme on choisit une bonne bouteille de vin. Il a cherché l’accord parfait.

Alors, le caractère de chacun des jazzmen est mis en évidence et se déploie avec bonheur. C’est tout simplement d’une justesse remarquable. C’est sans doute à cela aussi que l’on reconnaît un bon leader.

Et bien sûr, aucun des musiciens ne faillit à la tâche et chacun y va avec un cœur gros comme ça!

Vincent Bruyninckx, au piano, irradie de son toucher brillant, léger et insaisissable. Daniel Stokart (as) est tranchant, Stéphane Mercier intenable et Fred Delplancq… d’une épaisseur et d’une profondeur touchantes. Et puis, il y a les autres, tous les autres qui méritent un p’tit coup de chapeau: Bart De Lausnay (btb), par exemple, ou Vincent Brijs (sax baryton), ou encore Jean-Paul Estiévenart (tp), ou…  Mais je risque de m’essouffler avant eux.

Le JSBB arrive à faire renaître la tradition de façon très actuelle et sans esbroufe, avec naturel et beaucoup de talent. Bref, ce Big Band est à suivre… à la Jazz Station ou ailleurs.

À bon entendeur…

 

A+

 

26.09.2011

Saint Jazz Ten-Noode 2011

Comme chaque année à pareille époque, on a tendu le grand chapiteau blanc sur la place Saint-Josse pour le Saint-Jazz-Ten-Noode. Cette fois-ci, l’événement est sous-titré : « Aux frontières du jazz ». Dimitri Demannez et une belle bande de bénévoles se sont donc coupés en quatre pour nous offrir une affiche plutôt excitante.

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Le public est encore un peu disséminé, quand j’arrive samedi sur les coups de 17h.30. Une bonne partie cherche encore quelques perles rares à la bourse aux disques qui se tient à deux pas, tandis que d’autres écoutent sagement le quartette de Fabrizio Graceffa. Le guitariste, accompagné de Boris Schmidt (cb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Lionel Beuven (dm) nous propose de parcourir son disque « Stories » sorti l’année dernière chez Mogno. L’ambiance est à la plénitude, aux longues harmonies douceâtres, aux développements contemplatifs. Il y manque parfois un peu de surprises. Il faut dire que la finesse des arrangements et la subtilité de l’écriture de cette musique intimiste se perdent un peu sur cette grande scène. A revoir en club pour en profiter pleinement.

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Voices de Nicolas Kummert (ts, voc) fait à nouveau monter le niveau. Contrairement au dernier concert que j’ai vu (à Bruges), celui-ci est peut-être un peu plus tendre et doux. Bien sûr, il y a toujours cette spirale ascendante qui nous emmène vers un climax fiévreux (« Folon », introduit magistralement à la guitare par Hervé Samb) ou des moments endiablés (« Affaires de Famille »). Et puis, il y a toujours un Alexi Tuomarilla (p) éblouissant et une rythmique d’enfer (Lionel Beuvens (dm) et Axel Gilain (cb) en remplacement de Nicolas Thys). Du top niveau.

C’est le tremplin idéal pour faire connaissance avec les amis de Baba Sissoko : Stéphane Galland et Boris Tchango aux drums, Reggie Washington à la basse électrique, Alexandre Cavalière au violon et de nouveau Nicolas Kummert au ténor et Hervé Samb à la guitare.

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Avec deux batteurs, le ton est rapidement donné, ce sera festif (pouvait-on attendre autre chose de Baba Sissoko, d’ailleurs?). La place est maintenant totalement remplie et prête à danser. C’est parti pour une heure - et bien plus - d’énergie et de bonne humeur africaine. Baba fait parler son Tama et invite les autres musiciens à la conversation. Ça fuse dans tous les sens et chacun à droit à la parole. Hervé Samb est un des premier à plonger de plain-pied dans la transe. Avec une dextérité peu commune, le guitariste Sénégalais enflamme le chapiteau. Et puis, c’est une «battle» entre les deux batteurs, suivi d’un duel entre Baba et Stéphane Galland, puis entre Baba et Boris Tchango. Et la salle danse et se dandine de plus belle en reprenant en chœur les chants du griot. Que du bonheur !

Le temps d’aller saluer et féliciter ce petit monde et je me dirige vers le Botanique pour les deux derniers concerts à l’Orangerie.

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Belle découverte que celle du trio R&J. Clive Govinden (eb), Jerry Leonide (keyb) et Boris Tcahngo (dm) déballent un jazz qui rappelle parfois la fusion des années ’70 ou la musique de Mario Canonge. Après quelques morceaux sans trop de surprise, la température monte soudainement. Le trio injecte encore un peu plus de funk et de R&B. Yvan Bertem en profite pour monter sur scène et entame une danse dont il a le secret. Mais bien vite, le service de sécurité (qui n’a rien compris à ce qui se passait) empoigne le danseur et le ramène dans le public. Heureusement, tout cela n’altèrera pas la bonne humeur ambiante. Hervé Samb, décidément partout ce soir, sera invité (sans se faire jeter par le service d’ordre, cette fois) à partager la scène. Brûlant !

Tout cela est parfait pour préparer le terrain au feu d’artifice final : Reggie Washington (eb), Gene Lake (dm) et Jef Lee Johnson (g).

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Nos trois hommes arrivent sur scène avec décontraction et simplicité. «First gig in my hometown», lâche Reggie. Ça en dit long sur son rapport avec sa ville d’adoption. Il y a quelque temps, il en témoignait dans So Jazz, sans aigreur, mais avec juste avec une petite pointe d’incompréhension. Mais ce n’est pas pour ça qu’il va rouler des mécaniques ce soir. Reggie est heureux d’être sur scène et de faire de la musique avec ses potes. Et c’est un vrai concert où le public et les musiciens apprennent à se connaître. Et c’est la musique qui les réunit. C’est blues. Du blues mâtiné de funk sensuel et de soul pure.

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Reggie déroule des lignes de basse avec une fluidité déconcertante. Elles se mêlent aux mélodies imprévisibles d’un Jef Lee Johnson, affalé dans son fauteuil. Gene Lake fait claquer ses drums. C’est sec et fin, vif et malin. Le mélange est détonnant et le trio fait monter la tension sans aucun artifice. Il nous prend par la main et nous emmène plus haut, toujours plus haut. Du grand art. Jef Lee Johnson joue à la limite du larsen avec finesse. Il raconte des histoires insensées avec ses doigts… et puis il chante, de cette voix grasse et fatiguée. L’alchimie entre ces trois artistes est unique. Avec eux, on passe par toutes les émotions. Absolument captivant.

Il paraît qu’un album est en préparation… Ça promet, ça promet…

Les saints du jazz étaient avec nous ce week-end.

A+

17.09.2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

11.06.2011

Brussels Jazz Marathon 2011

 

Plutôt «light» mon Jazz Marathon, cette année.


Sorti tard du bureau vendredi, je suis allé directement sur la Grand Place. J’aurais pu aller écouter Manu Domergue et Etienne Richard au Sablon, ou revoir Borderline à la Place Ste Catherine, mais non… je suis allé voir Eric Legnini. Et Krystle Warren.

Le temps de m’enfiler une pita chez Plaka (ce sont quand même les meilleures) et me voilà devant la scène.

Legnini derrière le Fender, Frank Agulhon derrière la batterie et Thomas Bramerie derrière la «volante» qu’il teste avant de l’emmener en tournée en Asie.

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C’est «Black President», puis «Kitchen Maquis». Ça groove, même si le son de façade est moyen. Eric – et les autres – ont l’air sincèrement heureux d’être là. Entre eux, c’est indéniable, il y a une complicité étonnante. Et quand Krystle Warren arrive pour chanter «Joy», on la sent tout de suite à l’aise dans ce groupe. Sa voix est assez incroyable. Graineuse, grave et claire à la fois. Casquette vissée sur la tête, les mains dans les poches, Krystle a enfilé sa veste, elle trouve le temps un peu frisquet. On a connu des Jazz Marathon sous des cieux bien moins cléments. Les thèmes s’enchaînent, Krystle se réchauffe et empoigne sa guitare, puis se lâche dans des impros vocales profondes sur «The Old And Grey». Entre folk, pop et soul jazz, le trio embarque avec lui un public ravi.

Je descends Rue des Riches Claires, vers le Floreo, pour écouter Alegria. Ben Prischi (p) et Nico Chkifi (dr) terminent le premier set. J’arrive juste au mauvais moment. Le temps de partager une bière avec les musiciens, de discuter un peu avec eux et je remonte vers le Lombard pour écouter Gratitude Trio, c’est-à-dire Louis Favre (dm), Jereon Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb).

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J’avais pris une belle claque avec ce groupe, l’année dernière au même endroit. J’ai donc tendu l’autre joue avec délectation cette année. Et je ne l’ai pas regretté. Encore plus soudés, encore plus forts et encore plus complices, ces trois mecs y vont à fond! C’est un bouillonnement inouï qui se dégage de ce trio. L’écoute est parfaite entre eux et les challenges qu’ils se lancent sont fantastiques. Il y a une énergie folle qui galvanise les musiciens et le public. On y sent les influences d’Albert Ayler ou de Coltrane. De Peter Brötzmann aussi sans doute. C’est explosif, incandescent. Les musiciens explorent la musique, malaxent les sons, bousculent les idées toutes faites. Jereon dompte l’Ewi puis revient au tenor, Louis fait exploser ses fûts et Alfred déglingue sa basse. C’est de la pyrotechnie excessivement bien réglée !

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Retour sur la Grand Place. Du blues, de la soul et du funk : Marc Lelangue (eg) et sa belle bande d’Heavy Muffuletas font chavirer la foule. Ça balance sec : Laurent Doumont (ts), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Alain Palizeul (tb) forment une sacrée section de cuivres! Et quand Mariana Tootsie prend la scène, ça déménage aussi. Quelle voix ! Quelle puissance, quelle aisance, quelle présence. Pas de chiqué, pas de triche, Mariana remet quelques pendules à l’heure. Du bonheur.

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Je serai bien allé écouter Fabian Fiorini à Flagey, mais je craignais de ne pas pouvoir entrer, une fois le concert commencé. Alors, j’hésite : la jam à la Jazz Station avec Pascal Mohy, Sal La Rocca et Lieven Vencken ou terminer au Sounds? Allez, juste un détour du côté de la rue de la tulipe. Le trio de Legnini termine son deuxième set. Il y a du monde jusque sur le trottoir. La nuit avance. On bavarde, on rigole, on écoute, on applaudit. Le trio et la chanteuse ne lâchent rien. Ils en donnent au public. Fin du troisième set. Le public se disperse peu à peu. Je bavarde avec Eric, Frank et d’autres musiciens qui se sont donnés un ultime rendez-vous au club.

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Il est plus de 2h30, Eric, Frank et Thomas remontent une dernière fois sur scène. Ils jouent pour moi… Oui, enfin, pour quelques autres irréductibles aussi… Jazz after hours, c’est magique et ça ne s’explique pas.

 

Samedi 16 heures, Place Fernand Cocq.

Jury des jeunes talents. J’adore ça. Pourtant, il faut désigner un gagnant. Un seul. Pas si drôle.

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Il y a  d’abord le quartet de Guillaume Vierset (g). Pas simple d’ouvrir un concours. Le début est un peu timide, puis ça se réchauffe. Le groupe installe des climats, joue l’intimité, puis se s’ouvre un peu. Le vibraphone (Jérôme Klein) apporte une couleur assez intéressante au groupe, une sorte de luminosité légèrement décalée. C’est super bien exécuté, ça groove souvent, mais ça reste peut-être encore un tout petit peu trop sage à mon goût.

 

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C’est au tour de Lift de monter sur scène. Ici, on repère vite de belles personnalités, comme Dorian Dumont aux claviers ou Thomas Mayade au bugle. Et puis il y a, bien sûr, la voix d’Emily Allison. Lift propose une musique assez sophistiquée où l’on devine aisément les influences de David Linx, mais aussi de chanteurs plus pop. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques sur des compositions parfois complexes. Les échanges entre voix et bugle se jouent souvent sur le fil du rasoir («Dark Flow»). L’équilibre est parfois précaire et l’exercice difficile.

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Avec Franka’s Pool Party de Marjan Van Rompay (as), on entre dans un autre registre. Ici, on ressent déjà une belle maturité et une vision assez claire. Le répertoire, résolument actuel, a mûri sur le terreau d’Ornette Coleman. Le drumming nerveux et hyper découpé de Jens Bouttery et les envolées de Sep François au vibraphone se mélangent à merveille aux attaques incisives de la saxophoniste. Hugo Antunes ajoute du liant à l’ensemble. Le set est nerveux, précis, clair et sans bavure.

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Le choix n’est pas facile du tout. Le débat au sein du jury est assez animé. C’est indécis. Faut-il primer la justesse, la modernité, la prise de risque, la cohésion, l’originalité, la qualité des compos, la qualité des interprétations? Il faut juger avec le cœur, avec la tête… Peser le pour, le contre. Difficile.

Finalement, c’est Lift qui l’emporte et qui aura la chance d’aller jouer, entre autres, au Jamboree à Barcelone, le 26 juillet. Quant à Jens Bouttery, il emportera le prix du meilleur soliste.

On entendra encore ces trois groupes au Sounds le 24 juin. Venez vous faire une opinion, ça vaudra la peine.

Après cela, je serais bien allé au Théâtre Mercelis écouter Lab Trio puis Kris Defoort. Ou Isabelle Antena au London Calling ou Vincent Thekal à la Fleur en Papier Doré, Laurent Doumont à la Grand Place, Philip Catherine au Sounds, Nono Garcia à la  Jazz Station… mais je suis un peu crevé et dimanche sera un longue journée de boulot… sans jazz… ou presque.

J’avais dit «light», non?


A+

09.01.2011

10 ans ? Champagne !

 

Cette année 2O11, le saxophoniste Thomas Champagne fête les dix ans de son trio.

10 ans, c’est un bail.

10 ans, ça permet de mûrir sa musique, d’affiner ses objectifs, de faire germer ses idées… ou d’en abandonner certaines.

Ça permet aussi de mettre à l’épreuve l’amitié.

Thomas Champagne, Nicholas Yates (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) ont passé toutes ces épreuves avec grâce, en construisant petit à petit leur univers.

En 2008, il y a même eu une première consécration: la sortie de leur premier album “Charon’s Boat” (chez Igloo New Talent) qui a reçu un accueil critique des plus positifs. Se sont alors enchaînés quelques belles dates (Jazz à Liège, Gaume Jazz Festival, des tournée en Allemagne et quelques-unes en France). Et l’histoire n’est pas finie.

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Pour marquer le coup et pour ne pas faire qu’un seul concert évènement, le trio a préféré fêter cet anniversaire durant toute l’année. Comment? En jouant deux fois par mois (une fois au Muze à Antwerpen et une fois au Cercle des Voyageurs à Bruxelles) et en accueillant chaque fois un nouvel invité (Dré Peremans (tb), Benjamin Prischi (p), Jean-Paul Estiévenart (tp) et d’autres encore à confirmer).

Bien sûr, si d’autres lieux sont prêts à participer à la fête (À Liège? À Gand? À  Namur ?  Ou même hors de nos frontières ?), Thomas Champagne ne dira pas non… et le public non plus.

 

A  cette occasion, j’ai rencontré Thomas Champagne.

 

Thomas, raconte-moi comment s’est formé ce trio?

Il y a plus de dix ans donc, je jouais avec Nicholas Yates dans un sextette, qui était l’ancêtre d'un autre projet, “Utz”, et un jour, on s’est dit qu’on aimerait jouer des standards ensemble. Comme je connaissais Didier Van Uytvanck, avec qui j’avais fait le conservatoire, je lui ai proposé de nous rejoindre. On a commencé par jouer des trucs de Joe Henderson, de Wayne Shorter, etc… Des vieux standards et des plus modernes auxquels on a intégré, petit à petit, nos propres compositions.

 

Je pensais que vous vous étiez rencontré au conservatoire…

 J’ai connu Nicholas au conservatoire également, mais il y était quelques années avant moi. Il avait commencé la guitare avant de changer pour la contrebasse qu’il a appris en autodidacte. Par contre, je jouais avec Didier dans le Big Band du conservatoire.

 

Quels ont été tes premiers contacts avec le jazz?

J’ai commencé le saxophone à huit ans. Pourquoi? Ce n’est pas très clair. Je ne suis pas issu d’une famille de musiciens, mais j’ai toujours été attiré par la musique. A l’époque, et comme dans toutes les familles, les parents te proposent de t’inscrire dans un club de sport, ou de faire du théâtre, ou de la musique. Moi, j’ai choisi la musique. J’hésitais entre la batterie et le saxophone, mais comme mes parents étaient séparés, on a opté pour le saxophone… c’est plus facile à transporter (rire). Mon professeur aimait déjà nous faire jouer d’oreille. Il nous faisait jouer des thèmes dans tous les tons. Je me souviens avoir joué des phrases de Parker dans tous les tons. Tout doucement, bien sûr. Plus tard, vers quinze ans, je suis allé à l’académie d’Evere qui venait d’ouvrir une section jazz. A l’époque, mes profs étaient Nathalie Loriers (p) et Fabien Degryse (g). Depuis, Michel Paré (tp), Stéphane Mercier (s) et d’autres y donnent cours aussi. Ensuite, j’ai suivi les stages de l’AKDT à Libramont, avec Pierre Vaiana (ss) et Bart Defoort (ts). Ensuite, je suis allé suivre les cours de Garrett List à Liège pendant un an, avant de rentrer au conservatoire flamand de Bruxelles avec Jeroen Van Herzeele (ts). Puis j’ai terminé mes études au conservatoire francophone.

 

Comment travaillez-vous vos compositions en trio? Et quels sont les musiciens qui t’ont influencés?

J’ai toujours beaucoup écouté les ténors: Joe Henderson, John Coltrane, Wayne Shorter, Sonny Rollins. En ce qui concerne notre façon de travailler, c’est Nicholas et moi qui amenons les compositions. Et lors des répétitions en trio, on améliore, on change, on cherche. Au début, jouer en trio, c’est chouette, on peut aller partout, ce n’est pas trop cher pour les organisateurs et on s’amuse bien. Mais avec le temps, je me suis rendu compte qu’un trio sans instrument harmonique était quelque chose d’assez particulier. On remarque vite que ce n’est pas si simple, qu’il y a intérêt à assurer plus que ce que tu ne penses, parce que, justement, il n’y a pas d’instrument harmonique. Donc il faut vraiment composer en fonction du trio. Il ne faut pas s’imaginer qu’il y a un piano, parce qu’il n’y en a pas. Il est dans la tête, mais… Il y a un vide. Alors, petit à petit, j’ai composé en pensant moins à une grille d’accords, mais plus à une ligne de basse, par exemple. Donc, moi, dans ma tête, j’entends la ligne de basse sur laquelle j’écris la mélodie. Comme je compose beaucoup au piano, j’essaie de faire sonner les thèmes en pensant aux deux voix : sax et contrebasse. On n’a jamais composé en groupe, mais on a souvent arrangé en groupe. Au début, on avait des morceaux assez faciles, en “5”, alors que maintenant on évolue pas mal dans du “7”, du “9”, du “11”… Sans aller vers du Steve Coleman ou du Aka Moon. Je dirais qu’on est plus dans la tendance Dave Holland, peut-être. Des trucs assez mélodiques, qui sonnent “simple”, mais qui sont, finalement, assez complexes.

 

Qu’est ce que cela amène à la musique de vouloir la “compliquer”? Ça amène plus d’ouvertures, de libertés?

Peut-être un peu tout ça. Si on fait un beau morceau en “4”, à un moment, on reste un peu dans la même couleur, dans l’esprit “standard”. Maintenant, en jazz, on a déjà fait beaucoup de choses. On est allé dans le free, dans la fusion avec le rock ou le classique… Le fait de composer comme on le fait nous permet de relever des challenges, en tant que musicien. Tout en gardant une certaine simplicité dans le résultat. Ça nous permet de nous amuser à jouer en “4 ½” ou en “3” des morceaux prévus en “9”. C’est un des avantages du trio, c’est vraiment un groupe de travail. On peut se réunir facilement et travailler plus souvent ensemble et donc évoluer plus vite. Le changement de métrique permet de faire sonner les compositions de manières originales. J’ai toujours été attaché à la mélodie, au lyrisme… même si dans ma tête je suis assez “free”. D’ailleurs, c’est amusant, lorsque je lis les critiques de notre disque ou de nos concerts, on dit que c’est lyrique ou mélodique, alors que, pour moi, dans ma tête, j’imagine Wayne ou Coltrane, j’imagine quelque chose de plus “ouvert”.

 

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Oui, mais on entend quand même dans ta musique des envies d’échappatoires. Ça bouge, ce n’est pas toujours stable…

Oui, mais c’est aussi dû à la formule, je pense. Si on se contente, en trio, d’un simple solo-thème-solo, le public finit par se lasser, car on reste dans le même son. Alors que, lorsqu’on essaie d’interagir et de bouger beaucoup, il y a plus de surprises. Autant pour nous que pour le public.

 

Pour fêter les dix ans du groupe, tu as choisi une formule originale… Comment as-tu choisi tes guests?

Le “plan”, à la base était d’avoir quatre ou cinq endroits. Bon, finalement ce sera deux, fixes et réguliers, pendant un an. Mais on ne désespère pas en trouver d’autres. Il y a déjà d’autres endroits qui nous engagent pour une ou deux dates. Bref, pendant deux mois, on joue avec le même guest. Ça nous permet de travailler un nouveau répertoire et de travailler réellement ensemble. Alors, on a choisi les invités suivant leurs instruments : soit un instrument mélodique soit un deuxième souffleur. Comme j’écoute aussi beaucoup Ornette Coleman, le mélange de deux souffleurs, sans harmonie, m’intéressent beaucoup. En plus, dans ce cas-là, on reste dans l’esprit du trio mais il y a plus de richesse avec deux voix. Avec l’autre formule, le manque de piano ou de guitare dans le groupe pourra être combler et cela pourra amener des idées nouvelles. Puis, le choix des musiciens est fortement humain aussi. Ce sont des musiciens que l’on connait et avec qui on a déjà joué dans d’autres formules ou avec d’autres formations. On avait déjà joué avec Dré Peremans lors de l’inauguration de la Jazz Station. Et puis, l’apport d’un tromboniste rappelle aussi le groupe de Dave Holland, même si chez lui il y a le vibraphone en plus. Avec Ben Prischi, nous avions eu la chance d’avoir été invités pour une carte blanche au Gaume Festival, ce qui nous avait permis de travailler ensemble une semaine. Après, nous avons appris à nous connaître un peu plus, lors d’un échange musical entre la Pologne et la Belgique. Ben est très curieux et il se fond vite dans le groupe. C’est important aussi d’avoir un guest qui s’intègre vraiment au groupe et à l’esprit du groupe. Enfin, on a joué souvent avec Jean-Paul Estiévenart, on se connait bien et on s’apprécie beaucoup. En plus, c’est un excellent musicien, que demander de plus? Pour la deuxième partie de la saison on verra. J’ai déjà quelques noms, mais rien n’est vraiment confirmé pour l’heure. Et pour l’été, on espère bien élargir la formule à deux ou trois guests pour les festivals…

 

Ce seront de nouvelles compos ?

Pour la plupart, oui. Disons que là, pour l’instant, on est au trois quart du chemin. On a déjà arrangé sept ou huit morceaux. Principalement pour le trombone. Ce que l’on fera avec Jean-Paul sera arrangé autrement. Ou alors, nous ne jouerons pas les mêmes morceaux. Puis, oui, il y aura de nouvelles compos. Et pour l’instant, elles sont faites pour le trombone. Des trucs à deux voix, trombone et contrebasse ou trombone et sax, soit avec le thème qui vient au-dessus ou deux voix mélodiques… Ce sont des choses qui ne marcheront peut-être pas avec la trompette, par contre. On a envie de composer pour la formule. C’est ce qui est amusant avec ces nombreuses dates : on va pouvoir faire plein de choses différentes. Puis, ça nous remet en question. Quand on compose en trio, on adopte certains automatismes. Ici, on se pose des questions : est-ce que je fais un contre-point ? Une mélodie basée sur la contrebasse ?... Avec le trombone, c’est assez intéressant car il peut aller dans le côté rythmique, pour soutenir la basse ou la batterie, par exemple, ou il peut être en haut avec moi, pour faire les mélodies, ou des questions-réponses. Bref, on se pose la question essentielle : le guest est là et il y a une raison. Avec le piano, c’est également intéressant car on pourrait se contenter de prendre tous les morceaux et y mettre des accords, puisqu’il n’y en a pas pour l’instant, mais ce serait un peu trop facile. C’est comme si on ajoutait un musicien en plus, sans raison réelle. Il faut au contraire profiter de cette richesse supplémentaire pour aller ailleurs.

 

Pour la seconde partie de l’année, tu es tenté par quels autres instruments ?

Je pense à un autre saxophoniste, sans doute soprano. J’aimerais aussi inviter un trompettiste allemand, très peu connu ici. Et puis, ce qu’on n’a pas encore essayé, c’est avec une guitare, ce sera l’occasion. Une guitare plutôt électrique, pour tenter quelque chose de plus rock. Ou alors des trucs à la Tomassenko, avec des guitares qui jouent sur l’ambiance. Dans l’esprit d’un Frisell par exemple.

 

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Un enregistrement est prévu ? Pendant ou après ?

On va, de toute façon, enregistrer tous nos concerts. Cela pourrait être mixable, mais c’est surtout par curiosité et pour nous entendre. Pour retravailler les morceaux s’il le faut. Mais nous aimerions quand même refaire un enregistrement studio. Le premier disque a été bien reçu et il nous a permis d’être crédible sur le « marché ». Cela nous a permis d’avoir un retour critique et de pouvoir nous « construire » à partir de cela aussi. Le but est évidemment d’en faire un autre et de proposer de nouvelles choses.

 

Au delà du trio tu as d’autres projets en cours?

Oui, je joue avec les Sidewinders, un quintette de hard bop, avec Michel Paré (tp), Eve Beuvens (p),  Toon Van Dionant (dm) et toujours Nicholas Yates (cb). On fait des reprises des années ’50, Lee Morgan, Hank Mobley etc… On jouera prochainement à l’Os à Moelle, au Lokerse Jazz Club, à la Jazz Station et peut-être au Gouvy cet été. Et puis l’autre projet c'est Utz, le septette de Renato Baccarat, qui est aussi le chanteur et le guitariste. Je ne dis pas que c’est un groupe brésilien sinon tout le monde s’imagine un certain type de musique. Alors je dis que c’est un septette pop rock brésilien. C’est assez festif. Il y a quatre souffleurs et une rythmique d’enfer. On joue le 15 janvier au Jacques Franck.

 

Pour ne rien rater des concerts du Thomas Champagne Trio, rendez-vous sur leur MySpace.


 

 

 

A+

 

22.05.2010

Jazz à Liège 2010

Impossible de me rendre à Liège, le vendredi 7 mai, pour le Festival de Jazz qui fêtait ses 20 ans.

Samedi 8, par contre j’y étais. Un peu trop tôt d’ailleurs. Belle occasion pour me détendre un peu à la terrasse ensoleillée d’un sympathique café et pour continuer la lecture de l’excellent livre de Geoff Emerick «En studio avec les Beatles». Je me demande toujours comment il est possible de se souvenir, aussi précisément, d’événements qui se sont produits voici près de quarante ans! Emmerick est l’ingénieur du son qui a enregistré, entre autres, «Revolver», «Sgt Pepper», «Abbey Road»... Dans ce livre, il nous fait vivre de l’intérieur ces incroyables moments de créativité qui ont bercé ma jeunesse. Et c’est jubilatoire. Pour peu que vous vous intéressiez un tantinet aux Fab Four, je vous recommande vivement cet ouvrage incontournable.

Allons, il est temps de rejoindre le Palais des Congrès.


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Je passe d’abord une tête dans la Salle de la Région Wallonne où Nathalie Loriers fait son sound check. Les réglages sont délicats. Non seulement, le line-up de base du String Quartet a été légèrement modifié, mais c’est Jean-Paul Estiévenart qui a la lourde charge de remplacer Bert Joris à la trompette. Comme je verrai cette formation (avec Bert) lors du prochain Jazz Marathon (dimanche 30), je descends au Bar des Congressistes pour écouter Sophie Alour (ts, ss), accompagnée par Yoni Zelnik (cb) et Karl Januska (dm).


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Le trio présente son dernier album «Opus 3». Le jazz de Sophie Alour mélange les genres avec une certaine retenue. On passe du bop au rock en lorgnant tantôt vers le classique, tantôt le jazz très moderne, tantôt le jazz très soul. «Mystère et boule de gomme!», aux harmonies et aux arrangements assez sophistiqués, nous emmène dans une spirale déstabilisante, tandis que «Eloge du lointain», qui flirte avec les rythmes africains, nous ramène sur un terrain plus organique. Le jeu souple et tout en douceur de Sophie Alour se mêle joliment à celui, très chantant et sinueux, du contrebassiste Yoni Zelnik. À la batterie, Karl Januska est impeccable de bout en bout. Il est à la fois très sec et tranchant sur «Untitled» (?), puis sensuellement percussif sur «Mystère et boule de gomme!» et fougueux sur «Karlstone».  C’est frais et très agréable, surtout que Sophie Alour ne manque pas d’humour.

Je fais l’impasse sur le trio de Donny McCaslin, pensant aller le voir le lundi suivant au Hnita Hoeve. Malheureusement, je n’en aurai pas l’occasion. Un coup dans l’eau. De toute façon, ici à Liège, la salle était comble - impossible de se faufiler plus avant - et le concert avait commencé depuis près d’une heure.


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En route donc vers la Salle de Fêtes pour découvrir ce que l’on considère comme étant la révélation pianistique de ces dernières années: Tigran Hamasyan. Le premier et long morceau me laisse pourtant très dubitatif. Tigran est très expressif et très physique sur son piano, il alterne les phrases légères, les accords massifs et les échappées virtuoses. C’est impressionnant, mais… Mais il faut attendre «Love Song» pour que se révèle alors un formidable groupe. La vocaliste Areni trouve idéalement sa place. Les tessitures se mêlent. Piano, voix et sax (Ben Wendel) jouent à l’unisson puis s’éloignent, prennent des libertés et se rejoignent à nouveau. Les harmonies orientales se mélangent au jazz et au rock. «Falling» débute par un intense solo de batterie (Mark Giuliana) aux accents jungle, repris au micro, façon beat box, par Tigran. Tout le folklore arménien explose. Le pianiste se déchaîne et Sam Minaie (cb) redouble d’impétuosité. Le contraste est violent lorsqu’ arrive «Chinar Es», en duo piano - voix, qui prend alors une ampleur étonnante. Cet air plaintif et mélancolique irradie la salle. Le groupe revient au complet pour un final éblouissant. Tigran, les deux mains hyper mobiles, met le feu aux poudres. Ok, me voilà convaincu.


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Le temps de me rafraîchir un peu au bar, de croiser quelques amis dans le long couloir et me voilà dans la Dexia pour le concert de Mark Turner (ts), Larry Grenadier (cb) et Jeff Ballard (dm). C’est plein à craquer. L’ambiance est assez nocturne et dépouillée. Le trio développe un jazz assez intimiste. Cependant, le concert est un peu plus nerveux que l’atmosphère générale de l’album («Sky & Country») paru dernièrement chez ECM. On sent, dans le jeu de Ballard surtout, l’envie de donner du nerf à la musique, tandis que Turner semble souvent retenir l’explosivité. Il préfère broder autour d’ondulantes phrases lyriques («Child’s Play» ou «Brother’s Sister»). Mais avec «State Of The Union», on file tout droit. Grenadier rebondit sur des rythmes que Ballard s’amuse à casser. FLY force même le trait un peu boogaloo sur «Elena Berenjena». Bien sûr, on reste dans la nuance et la délicatesse. Pas de tonitruance ici, même si «Super Sister» termine le set de manière très enlevée.

En attendant que Nicholas Payton daigne bien commencer son concert, je vais écouter les derniers instants de celui de Murat Öztürk… Eh bien, j’aurais voulu en entendre plus. Dans la veine assez traditionnelle du trio piano - basse - batterie, le leader d’origine turque fait preuve d’une belle personnalité. Le jeu de Murat est assez clair, détaché et brillant. Gauthier Laurent (cb) impose un jeu ferme et très musical, qui se faufile entre les lignes d’un jazz assez chatoyant. Et tout cela est soutenu par le drumming magique et sobre de Dré Pallemaerts. À suivre.


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Dans la grande salle du fond, Nicholas Payton balance un jazz plutôt prévisible. C’est toujours agréable, certes, mais cela ne soulève pas chez moi un enthousiasme débordant. Il y a pourtant sur scène une belle brochette d’excellents musiciens, à commencer par le tout jeune et extraordinaire pianiste Lawrence Fields, aussi vif que pétillant. Marcus Gilmore (dm), plus sage ici qu’avec Vijay Iyer, partage la rythmique avec le percussionniste Dan Sadownik et le contrebassiste Vicente Archer. Le sextette revisite le bop (ou neo-bop) façon Terence Blanchard ou Wynton Marsalis. Tout est hyper réglé, avec juste ce qu’il faut de swing, de latin jazz et de rythmes langoureux. Il manque juste un peu de folie… ou simplement de plaisir de jouer?

Un peu fatigué, je jette quand même une oreille au Flat Earth Society. Ici, il y a de la folie, une pointe de délire et une envie évidente de s’amuser. J’aurais dû opter pour ce concert-là, peut-être…

 

A+

 

06.04.2010

Collapse

Oui, oui, oui !!!

Ha oui, voilà le genre de musique qui me fait du bien !

Collapse vient de sortir son premier album chez Igloo. Collapse, je les avais remarqué lors du concours jeune talents au Jazz Marathon 2007. Concours qu’ils avaient d’ailleurs remporté.

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Entre-temps, je n’ai vu aucun de leurs concerts (Shame on me!). Trois ans plus tard (enfin!) voilà l’album. Et l’on peut dire que c’est une belle réussite. Le groupe a évolué, a mûri, a pris de la consistance.

Dès le premier morceau, le quartette marque son territoire. On se prend «King-Fu» en pleine figure. Comme une grande claque de fraîcheur et d’énergie.

On se dit que si ces jeunes-là ne viennent pas de New York, ils y ont au moins puisé toute la fougue. C’est sûr, on est dans l’univers des William Parker, Fred Anderson ou Ornette Coleman mais aussi peut-être dans celui du trio Tiny Bell de Dave Douglas.

Tout est puissant. Mais d’une puissance saine et contrôlée. Rien ne passe jamais en force.

Il y a de l’adrénaline dans le drumming d’Alain Deval. De la folie dans les grands écarts de Jean-Paul Estiévenart. Le sax alto de Cédric Favresse tangue entre explorations sonores, à la limite de la frénésie, et mélodies sinueuses. La contrebasse de Lieven Van Pee est souvent intrigante, que ce soit à l’archet ou en pizzicatos fermes et robustes. 

Ça remue tout le temps. Le groupe joue les silences et les temps suspendus pour se faire plus explosif dans la minute suivante. On joue avec les intervalles, les tensions et les scansions.

On nous entraîne sur des rythmes aventureux, on joue les déviations subites et les reconstructions vacillantes. Tout est brûlant et excitant. 

«Rain» se développe en un thème ondulant et mystérieux. «Erupcja Duszy» fait des incursions dans les musiques balkaniques. «Bustani» impose un rythme lancinant et dansant qui enfle et se mue en transe.

Collapse ne nous laisse jamais indifférents. Et ils ne nous laissent jamais au bord de la route, non plus. Après d’explosives expérimentations bruitistes, il raccroche les wagons sur des motifs obsédants ou fiévreux. Le dialogue entre Favresse et Estiévenart est jubilatoire. On dirait deux compagnons en virée, et les lignes droites cèdent sous les soubresauts heurtés. Entre post bop audacieux et avant-garde, parfois à la limite du free, la musique est souvent imprévisible. Et ça, c’est bon.

Le groupe était au Pelzer à Liège, la semaine dernière, je n’y étais pas et je le regrette. Alors je propose une nouvelle tournée générale de clubs pour Collapse! Ce jeune groupe est à suivre à la trace.

 

A+

 

25.10.2009

Robin Verheyen, Stépahne Galland et Nicolas Thys au Roskam

Dimanche 11, beaucoup de monde, dont pas mal de musiciens, se pressent dans le bar de la rue de Flandres : le Roskam. On y vient peut-être comme pour y prendre une leçon ou, en tout cas, pour partager un moment de très bonne musique.

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Robin Verheyen (ss, ts), qui fait l’aller-retour entre New-York et l’Europe avait convié Nicolas Thys (elb) et Stéphane Galland (dm) à le rejoindre sur scène. Robin vient de sortir, chez Pirouet, un nouvel album avec Bill Carrothers, Dré Pallemaerts et Nicolas Thys, qu’il présentera en Belgique et en France début novembre, (soyez attentifs).

Le trio se lance dans une musique sans concession, avec une seule idée en tête: le plaisir. Plaisir de chercher ensemble, de se surprendre, de créer et d’improviser. Bref, le plaisir de faire du jazz. Robin explore toutes les possibilités de son ténor ou de son soprano. Avec un penchant pour les notes pincées, hautes et aigues, amenées avec intelligence par de nombreuses circonvolutions rythmiques, plus riches les unes que les autres.

Il faut dire que Robin a côtoyé Pierre Van Dormael assez longtemps. Celui-ci a sans nul doute influencé son jeu ainsi que sa façon d’élaborer les thèmes. D’ailleurs, Verheyen lui rend hommage plusieurs fois ce soir (avec «Entre les étoiles» et «Linux», entre autres). Résultat: thèmes complexes, polyrythmies en pagaille et énergie communicative.

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Bien sûr, Stéphane Galland n’est pas là pour calmer les tensions. Sur «New York 1 & 2», rythmiquement déjà assez complexe, Stéphane s’amuse à jouer un peu avant, un peu après le temps. Vous savez, ce petit quart de moitié de centième de seconde qui rend le jeu encore plus périlleux, encore plus osé. Et quand c’est contrôlé de telle façon, c’est encore plus excitant et encore plus beau. Il remettra ça plus tard avec «Colors», dans le plus pur style d’Aka Moon. Il se lance à la recherche d’un motif qu’il triture dans tous les sens avec une aisance confondante. Le jeu, pour en être énergique, n’en est pourtant pas moins souple. Stéphane me dira plus tard qu’il travaille beaucoup sur la respiration ces derniers temps. Ce qui lui permet d’encore mieux dominer ses attaques et d’avoir un jeu tout aussi incisif et puissant (parfois plus) tout en contrôlant mieux son énergie. Sur ce même thème («New York 1 & 2», donc), il faut aussi entendre la basse obsédante de Nicolas Thys qui tient le cap, comme le capitaine d’un  bateau en pleine tempête, pendant que Robin joue tout en arabesques.

Le trio se fera aussi quartette sur deux titres avec l’arrivée de Jean-Paul Estiévenart à la trompette. Il s’intègre rapidement au groupe sur «Lilia», de Nascimento, (on connaît aussi l’admiration de Robin Verheyen pour Wayne Shorter), avant de transfigurer un thème aux influences plus «bop» écrit par Nicolas Thys: «Long Island City». Le jeu est clair, presque léger. Une souplesse qui contrebalance à merveille les solos telluriques de Galland.

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Avant de terminer par un bouillonnant «Roscoe Project» et  un «You Don’t Know What Love Is» totalement métamorphosé en rappel, il faut aussi souligner les moments plus lyriques, voire méditatifs, comme «Africa» introduit à la flûte par Robin, ou encore «Dr. Pierre» dans lequel Thys nous gratifie d’une improvisation absolument magnifique, confirmant chez lui un sens profond de la mélodie.

 La formule inédite de ce trio est totalement convaincante et les deux sets de très hautes tenues étaient là pour le prouver. On en redemande. Merci pour la programmation, Adib, et merci le Roskam.

 

A+

 

08.04.2009

Al Orkesta à la Jazz Station

 

Un petit retour à la Jazz Station.
Mercredi 25 mars c’était  pour la session Gare Au Jazz, organisée par les Lundis D’Hortense (et enregistrée par Musiq3).
Au programme: Al Orkesta de Joe Higham.
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Joe est un saxophoniste influencé par diverses courants dont les musiques orientales, (qu’il a minutieusement étudié), juives, africaines, le rock et bien sûr le jazz.
Il a d’ailleurs beaucoup joué avec des formations klezmer ou arabes (mais aussi avec Chris Mentens, François Decamps, etc…).

Comme il le dit lui-même, il n’est pas puriste (mais qui est pur?) et s’est nourri de tous ces chants durant toute sa vie.
Riche de tout cela, il a créé sa propre musique après avoir longtemps cherché la bonne formule et les musiciens pour la faire.

Les musiques d’Al Orkesta (c’est le nom du groupe), sont souvent festives et dansantes. Elles sont souvent chaudes et possèdent toujours cette petite pointe d’amertume que l'on retrouve dans les musiques orientales ou slaves (ha oui, la musique des Balkans fait aussi partie du projet).
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«House Of The Mariage» est un traditionnel Turc, revu par le groupe et «Sal fi-na al-landha» est basé sur un traditionnel Syrien.
C’est enlevé et rythmé à souhait.

Jean-Paul Estiévenart (qui a l’habitude de ce genre de musiques et de formations puisqu’il joue aussi avec le Marockin’ Brass) et Jacques Pirotton colorient l’ensemble de façon étonnante.
Assez typée pour le trompettiste et plutôt rock pour le guitariste.
Étonnant et excitant.

Après un intermède intime et nocturne («Valse Immonde»), le groupe repart sur des morceaux plus fougueux, toujours présentés avec beaucoup d’humour par le leader.
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«Maflouz» se gorge de soleil petit à petit et «Saz Samai» laisse entendre un Pirotton assez rockeur tandis qu’Olivier Stalon (eb) s’embarque dans un solo fiévreux. Puis, le bassiste «enfonce» profondément une cadence hypnotique. Une sorte de transe s’installe.

Stephan Pougin (dm) rythme les thèmes avec beaucoup de sensualité.
Avec ses baguettes ou avec la paume des mains, les sons brillent ou se font mats. On dirait une fine pellicule de sable qui se dépose délicatement sur les mélodies.

Le sax est voluptueux et il serpente autour des attaques de la guitare ou des volutes de la trompette.

Al Orkestra nous fait voyager tout en rythme, avec humour et légèreté, de la Méditerranée aux Balkans.
Un peu à cloche-pied.
Une fois sur le droit, une fois sur le gauche.
Finalement, c’est plus amusant comme cela… et ça nous emmène peut-être même plus loin.

A+

01.11.2008

4in1 - Sortie CD au Sounds

 

Ça y est, le premier album de Jean-Paul Estiévenart (en tant que leader) est sorti.
Chez Talisman Music
.


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Il le présentait vendredi dernier (le 24 octobre) dans un Sounds bien garni.

4in1 c’est bien sûr Estiévenart à la trompette (ou au bugle), mais ce sont aussi les excellents Sam Gerstmans à la contrebasse et Toon Van Dionant à la batterie, sans oublier le jeune et talentueux Lorenzo Di Maio à la guitare.

Dans les morceaux assez groovy, on serait tenté d’y retrouver peut-être l’influence d’un Dave Douglas, et dans les moments plus cool, on pourrait y entendre un peu de Wynton Marsalis
Mais au-delà de ça, on y entend surtout et déjà un son bien personnel.
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4in1 développe un jazz respectant la tradition tout en s’imbibant d’un esprit New-Yorkais très actuel (on pense à Kurt Rosenwinkel ou Chris Potter…)
Les mélodies sont denses et tendues.
Mais le groupe n’oublie pas non plus la tendresse ni la poésie.

Tout est joué avec beaucoup de plaisir et de décontraction, ce qui rend cette musique accessible et simple.
Par rapport au concert auquel j’avais assisté, il y a quelques années déjà, on peut dire que 4in1 évolue super bien.
Et le disque en est la confirmation.
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Le jeu de Di Maio a pris en assurance et en créativité. On le sent jouer d’instinct. Capable d’assumer ses propres envolées.
 
Entre Sam Gerstmans et Toon Van Dionant, l’équilibre se fait naturellement. Le jeu souvent débridé du batteur est canalisé avec intelligence par le contrebassiste. Cela rajoute de la profondeur et du relief à l’ensemble. Quand l’un s’échappe un peu trop loin, il sait toujours retrouver son chemin.

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Jean-Paul Estiévenart, quant à lui, mène bien sa barque, tout en finesse et connivence.
Sous des dehors extravertis et pleins d’humour se cache un trompettiste d’une grande sensibilité. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter «Ines» (en hommage à sa fille) ou «Benlliure 22» (dont je n’ai par contre aucune idée de la signification).

Dans la salle, le public et les amis (Fred Delplancq, Steven Delannoye ou encore François Decamps) semblent aussi contents que les musiciens.
Que voulez-vous, il n’y a pas de secret: la bonne musique, ça se partage.



A+

27.10.2008

Fred Delplancq Quartet 2d Time au Sounds

 

C’est incroyable comme le quartette de Fred Delplancq a pris de l’épaisseur.
Il possédait l’énergie, il maîtrise maintenant la fluidité.
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Depuis l’enregistrement du cd «Talisman», le groupe a parcouru un sacré bout de chemin.
On connaissait les qualités individuelles de chaque musicien, mais ce qui frappe actuellement, c’est la cohésion ainsi que l’entente qui règne au sein du groupe.

Dans chacun des morceaux joués ce soir au Sounds, on y sent vraiment une âme.

Chaque musicien ne dit pas son texte, il le ressent.
Au piano, le toucher de Vincent Bruyninckx est à la fois léger et incisif. Il trouve l’équilibre qui convient parfaitement aux riches compositions de Fred.
De leur côté, Sam Gertsmans , à la basse, appuie là où c’est sensible tandis que le drumming de Toon Van Dionant souligne à merveille le contour des mélodies. Il accentue légèrement les creux et donne du relief aux cimes.
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Et puis, il y a Delplancq bien sûr !
Le leader a l’intelligence de laisser vivre son groupe. Il leur laisse de grands espaces pour occuper au mieux le sien. Alors, quand il intervient, il est éclatant.
À la fois force et agilité.
Rien ne pourrait l’arrêter.
Et pourtant, là aussi, il évite de lâcher la phrase de trop, la note inutile…

Et quand Jean-Paul Estiévenart vient rendre visite à son ami, c’est comme s’il ouvrait une porte que l’on n’avait pas vue au départ.

C’est magique le jazz.

A+

18.05.2008

Tuesday Night Orchestra - Band of Birds

Depuis le temps que Sergio me parle de ce formidable Big Band qui se produit chez lui chaque premier mardi du mois (d’où le nom «Tuesday Night Orchestra»), il fallait bien qu’un jour ou l’autre j’aille l’écouter.

Croyez-le ou non, je n’en avais jamais trouvé l’occasion auparavant...
Même si le TNO joue régulièrement aussi au Hopper à Anvers.

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Mardi 6 mai, ça y est, j’y étais.

Dirigé par un sympathique et discret leader, Bart De Lausnay (tb), le Tuesday Night Orchestra joue la carte du swing énergique à fond. Ça joue vite, mais surtout, ça joue bien.

La plupart des morceaux sont des compositions personnelles de Tom Van Dyck ou des standards (ou assimilés) souvent arrangés par ce dernier ou par Wietse Meys (ts).
Tout ici est limpide, direct et d’une terrible efficacité.

La cohésion du groupe est évidente et cela permet à quelques solistes de se mettre en avant en toute confiance.

Pas étonnant, du coup, de voir débouler des solos nerveux (presque furieux) de Bruno Vansina (as) ou très volubiles de Steven Delannoye (ts).
De son côté, Tom Van Dyck, au sax baryton, fait vibrer par un jeu fluide et profond un éclatant «Yes Or No» de Wayne Shorter.
Et sur ce morceau, Michel Paré (tp) n’est pas en reste: jeu souple et tonique à la fois.

Dans le rang des trompettes, on s’en voudrait d’omettre les belles interventions d’Yves Fernandez  ou de Jean-Paul Estiévenart, plus
«Clifford Brownien» que jamais.

Plus loin, sur le très sensuel «Springwaltz», le trombone de Frederik Heirman se marie tellement bien à la contrebasse moelleuse et suave de Christophe Devisscher.
C’est vrai, il ne faudrait pas oublier la solide rythmique: Devisscher donc, mais aussi le drumming judicieux et attentif de Toon Van Dionant, ainsi que les interventions swinguantes, très inspirées et toujours mélodieuses d’Ewout Pierreux, caché dans le fond de la scène.
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Trop d’éloge et d’enthousiasme?
Allez plutôt les écouter, vous verrez que j’exagère à peine.
Et puis, si le leader du Brussels Jazz Orchestra, Frank Vaganée, a décidé de produire l’album du Tuesday Night Orchestra, c’est qu’il possède quelque chose ce Big Band, non ?

Vous m’en direz des nouvelles.

A+

20.12.2007

Les copains d'abord... Julie et le Singers Workshop.

Vous connaissez Julie Jaroszewski?
… Ha, j’en devine, dans le fond, qui connaissent.

Pour les autres: Julie est une jeune et jolie et brillante chanteuse (et comédienne aussi) que j’ai eu la chance de voir et entendre un soir à la Singers Night du Sounds… (Je suis tombé sur le cul).
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Je l’ai revu et réentendu plusieurs fois par la suite, avec Jean-Paul Estiévenart, Matthieu Van, Sam Gerstmans, Toon Van Dionant, etc... ou lors de jams…

Il y a des gens qu’on aime comme ça… directement.
Pour leur talent, leur gentillesse, leur passion, leur enthousiasme…
Julie en fait partie.

Alors, petit coup de pouce.

Julie organise un workshop pour chanteurs et chanteuses avec Grzegorz Karnas, le gagnant de l'édition 2006 de la compétition Young Jazz Singers au Music Village.

Le stage aura lieu, au Music Village du 8 au 12 janvier, de 10h à 13h, et de 14h30 à 17h. Sous l' oreille attentive de Grzegorz, bien sûr, mais aussi de Sabin Todorov (au piano)
Tout ça pour 200 euros par personne....
Et une jam est prévue le samedi en fin d'après midi.

Moi, si j’étais chanteur, je n’hésiterais pas.

Et comme spectateur, j’y serai.

Des infos ?
Tél. : 0497 85 54 60 

ou par mail : julie_jaroszewski@hotmail.com


A+

12.12.2007

Chrystel Wautier - Almadav - T-Unit 7 - Véronique Hocq

Retour sur quelques concerts auxquels j’ai assisté ces dernières semaines.
Malheureusement, pas toujours entièrement.
Un set… ou deux, maximum.
Mais ce n’est pas une raison pour les passer sous silence.

Alors, reprenons.
Dans un ordre plus ou moins chronologique.
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Chrystel Wautier, d’abord.
La chanteuse présentait «Between Us…», son premier album, au Sounds.
Autour d’elle, on retrouve Quentin Liégeois à la guitare et Boris Schmidt à la contrebasse (en remplacement de l’habituel Sam Gerstmans).

Ce soir, il était prévu que quelques guests partagent la scène avec le trio. Malheureusement, des problèmes de santé ont empêché Paolo Radoni (g) et Guy Cabay (vib) de répondre à l’invitation. Jean-Paul Estiévenart (tp) par contre était bien là, bon pied bon œil. Mais je n’ai pas pu assister à sa prestation car je «devais» partir à la fin du premier set…

Chrystel nous a donc offert son swing élégant en trio.
«Show Me», «Easy To Love» ou «Born To Be Blue» se succèdent avec délicatesse. Parfois même avec timidité. Étonnant de sa part. Du coup, la voix perd parfois un tout petit peu d’assurance…
Du côté de la rythmique, par contre, le fluide passe avec aisance et la version de «My Favorite Things» est brillante. Courte, sobre, simple et efficace.
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L’album de Chrystel Wautier est un très joli recueil de ballades fines et de morceaux swinguant tendrement. A déguster au coin du feu cet hiver. Tout y est d’une belle justesse et la belle prise de son ajoute à la volupté.


Quelques jours plus tard, je suis passé au Music Village pour écouter les derniers sets d’Almadav, un des groupes d’Alexandre Cavalière qui  avait reçu carte blanche pour 3 jours dans le club de la Grand Place.
Le public habituel, sans doute moins enclin à entendre un jazz fusion assez ouvert n’a pas trop suivi.
Dommage, car je vous assure, et je le répète, Almadav c’est bien !
Ce soir, Sam Gerstmans remplace Cyrille De Haes parti jouer avec le groupe rock français Treize à Table (pour un bout de temps, semble-t-il), et Jereon Van Herzeele était invité à se joindre au groupe.
Les deux premiers morceaux oscillent entre fusion («Tight») et funk («Ramblin’» ??).
Puis, honneur à l’invité du soir, Jereon improvise et booste une jolie ballade qui invite le guitariste Manu Bonetti à répondre par un très beau solo, carré et solide.
Alexandre, lui, s’amuse visiblement à répliquer aux assauts du saxophoniste.
David Devrieze (tb) prend lui aussi un énergique et puissant solo sur «I See The Time» aux rythmes asymétriques qu’affectionne particulièrement l’excellent batteur Xavier Rogé (d’ailleurs, le morceau est de lui).
J’aime décidément bien l’esprit frondeur qui émane du groupe. Entre une énergie à la Mingus et un jazz contemporain qui joue sur les tensions.

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Quelques jours plus tard, je suis à la Jazz Station pour écouter le deuxième set de T-Unit 7, le septet du saxophoniste Tom Van Dyck.
«The Chase» est un morceau chaloupé qui prend le temps de s’installer.
La cadence monte petit à petit et me fait un peu penser à l’ambiance «Star People» de Miles Davis… en moins électrique. Le saxophoniste emmène son petit monde entre soul et funk.
Ewout Pierreux, jusque-là aux Rhodes, rejoint son piano et amorce, de façon très lyrique et inspirée, une ballade délicate.
Mais les changements de rythme et de tempos, les brisures et les surprises ne se font pas attendre. Michel Paré (tp) et Fred Delplancq (ts) sont là aussi pour donner du piquant et faire éclater les thèmes.
Il faut aussi souligner les très belles interventions, aux accents parfois un peu boogaloo, du jeune tromboniste Peter Delannoye, qui remplaçait quasi au pied levé Andreas Schikentranz.
T-Unit 7 voyage au travers de différentes contrées d’un jazz tantôt blues, tantôt soul et au groove  parfois nonchalant mais toujours présent.
Belle équipe à revoir et réentendre.

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Pour terminer mon périple, retour au Sounds, quelques soirs plus tard pour écouter Véronique Hocq que j’avais raté au Music Village deux ou trois semaines auparavant.
La voix un peu plus voilée qu’à l’habitude et accompagnée du très lyrique pianiste Mathieu De Wit, la chanteuse nous fait un mini concert très intimiste.
Son timbre colle à merveille sur un «Never Let Me Go» d’une très belle sensibilité.
Sans doute le morceau le plus réussi ce soir.
Quand elle scatte sur des thèmes plus enlevés comme «Whisper Not», on la sent encore un tout petit peu mal à l’aise… Mais au moins, elle ose.
On aimerait cependant que la voix projette plus dans ces moments-là.
C’est d’ailleurs ce qu’elle arrive à faire sur un morceaux plus swinguant («Billie’s Bounce» ??), quand Nicola Lanceroti (cb) et Didier Van Uytvanck (d) viennent prêter main-forte sur scène…

A suivre.

A+

11.04.2007

Jazz Station Big Band

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Jeudi dernier, je sors du bureau et je file directement à la Jazz Station.
Depuis le temps qu’on me vante le Jazz Station Big Band dirigé par Michel Paré
Si, si.
Même quelques musiciens (qui ne font pas partie du Big Band) et quelques spectateurs assidus de jazz m’avaient déjà conseillé d’aller y jeter une oreille.
Connaissant déjà le travail et le résultat obtenu par le leader-trompettiste avec des musiciens «amateurs» (l’AcaJazz, dont j’ai déjà parlé ici), je ne prenais pas trop de risques.

Le temps de m’enfiler un Durum au bas de la rue, et me voilà fin prêt à écouter ce jeune band (ils n’ont joué ensemble que 7 ou 8 fois).

Dès les premières notes, ça «sonne».

Fred Delplancq (encore lui !) montre directement le chemin: ce soir, ce sera «énergie» !
Sur le premier thème, «Some Sunshine Again», il prend tout de suite un long solo puissant et plein de ferveur. Non, on ne jouera pas «à l’économie» ce soir.
Cela donne des idées à Daniel Stokart qui, sur «Friday», développera à son tour un solo, moins long, mais tout aussi inspiré. Tout en légèreté et en rupture de rythme.
A la guitare électrique, François Descamps distille quelques phrases discrètes mais bien senties, tout comme Cedric Raymond, remplaçant au pied levé, mais avec l’inventivité qu’on lui connaît, Vincent Bruyninckx ce soir.

Cédric est à nouveau éblouissant sur «Ana Maria» de Wayne Shorter quand il vient «déranger» la mélodie tendre avec un jeu bouillonnant et rageur. Il brouille toutes les pistes et le Big Band en profite pour faire monter la pression… jusqu’à la fission.

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Chauffé à blanc, le JSBB se lance alors dans le répertoire de Mingus avec «Fables Of Faubius».
Étonnement, c’est dans les individualités que ce morceau prend du corps avec l’excellent tromboniste français (lui aussi en «remplacement») Simon Girard ou encore avec Daniel Stokart.
L’ensemble restant, à mon avis (mais… qui suis-je ??), un peu trop proche de la partition. Trop respectueux, peut-être.

Par contre, avec «Moanin’», le band est libéré.
Introduit généreusement par Vincent Brijs (un nom à retenir !) au sax baryton, Jean-Paul Estiévenart s’échappe, et emmène avec lui le reste du groupe dans une douce folie.
Stéphane Mercier, à la manière d’un impressionniste, jette, par touches, les bases d’un solo furieux.
Le Big Band est éclatant.

Dans les moments plus calmes, comme sur «Go On Now», on apprécie le dialogue subtil entre Michel Paré au bugle et Delplancq au ténor.
Plus loin, sur «Please Walk Out Of My Head», on est ébloui par le solo lumineux et ciselé (voire même très découpé) de Daniel Stokart.
Et sur «After The First Step» (dont l’arrangement Vamp semble faire un clin d’œil à «Tiptoe» de Thad Jones) on est séduit par le jeu riant de Descamps ou de Paré.

Bref, ça joue, ça ose et on s’amuse.
Comme Peer Baierlein (tp) ou Simon Girard et Samuel Marthe(tb) qui s’en donnent à cœur joie sur «Seven Over Rock», ou bien encore Stokart et à nouveau les deux trombonistes sur «Nostalgia In Time Square» qui clôture (avant « Moanin’ » en rappel) un concert énergisant.

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Non, non, les Big Bands ne sont pas morts.
D’ailleurs, il faut que j’aille découvrir le Tuesday Night Orchestra, dont on me dit aussi beaucoup de bonnes choses…
À suivre, donc…

A+

18.03.2007

Casarano quartet et Paolo Fresu au Sounds

Mes filles devaient m’accompagner ce samedi soir (le 9) pour venir écouter Paolo Fresu, invité par le quartet de Raffaele Casarano .

Mais vous connaissez la vie fatiguante des enfants, ainsi que leurs activités du samedi (je vous passe les détails)…
Alors: être en forme de 22h. jusqu’à tard dans la nuit, c’est pas gagné.
Pourtant, elles étaient bien décidées à venir, au départ, car elles connaissent Paolo Fresu, au même titre que Miles, Coltrane,Monk, Flavio Boltro, Legnini ou encore Erik Truffaz dont les morceaux tournent en boucle chaque été pendant les vacances.

Cette année, par exemple, c’était «Sardità» de Stefano Bollani et son refrain que l’on chantait à tue tête en voiture: «Ha… Haaaa… Ammarau su Paolo Fresu…».

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Bref, je vais écouter seul Raffaele Casarano, dont je ne connaissais qu’un peu l’album «Legend» que Sergio passe parfois dans son club.
Il faut dire qu’il n’y a pas pour rien dans la réalisation de cet album. Il a un peu «facilité» les contacts entre Raffaele et Paolo et a déjà invité ce quartet et son guest au Sounds.
En remerciement, Casarano a même écrit un morceau intitulé «Rue de la Tulipe», que l'on trouve sur l’album.

Le Sounds est bien rempli et le quartet démarre avec un bon thème bop où chacun y va de son solo, avant d’inviter le célèbre trompettiste sarde.
Le second morceau, endiablé, démarre au quart de tour. Paolo fait sonner sa légendaire trompette «muted» avec force et reverb
Trop de reverb d’ailleurs.
Le son est trop puissant et presque strident. Il oblige le saxophoniste à souffler puissamment pour parvenir (sans réellement y réussir) au niveau sonore de Fresu.
Heureusement, par la suite l’équilibre reviendra pour notre plus grand bonheur.

Paolo passe de la trompette au bugle avec une aisance déconcertante.
La fluidité de son jeu est à chaque fois impressionnante.

Il faut souligner aussi le jeu très percussif et à la fois très chantant du pianiste Ettore Carucci. Un jeu très …italien, en somme.
Un mélange détonant de lyrisme, de swing et d’explosivité. Il ira jusqu’à – presque - jouer «boogie» avant de déstructurer son solo fiévreux sur «You Don’t See Me».

Pour contrebalancer une ballade un peu trop lisse(et dont le nom m’échappe), de Miles, le quintet termine le premier set en force.
On assiste alors à un beau «duel» entre les deux souffleurs sur un morceau où les tempi s’accélèrent et ralentissent abruptement. Caserano a pris le soprano pour répondre aux assauts du bugle.
Et ça swingue !
Marco Maria Bardoscia à la basse et Alessandro Napolitano à la batterie impriment un solide groove.

Certes, rien de vraiment révolutionnaire dans ce premier set bâti sur un mode un peu conventionnel (thème, solo, solo, thème), mais un niveau de jeu et de plaisir énorme qui donne une bonne et franche énergie dans la salle.

Le deuxième set débutera un peu sur le même principe jusqu’au moment où le groupe installe un climat «magique» en jouant magistralement «O Que Sera» (que Nougaro avait repris sous le titre «Tu verras»).
Sur un tempo très lent, le dialogue, fait de petites touches entre le soprano et la trompette, fait mouche.
L’émotion est palpable.
Seuls de légers accords de piano, distillés avec sensibilité par Carucci, viennent soutenir ce poème plaintif.

Le concert sera par la suite plus débridé, plus libéré.

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Raffaele invitera même Jean Paul Estievenart à venir partager la scène avec Paolo Fresu pour jouer «There Is No Greater Love».
Notre jeune Django d’Or semble un peu fébrile sur les premières notes (on peut le comprendre) mais bien vite, il montre qu’il est bien un des meilleurs jeunes trompettistes de la scène belge.
J’entends derrière moi une personne murmurer : «Il a des couilles».
Oui… et du talent en plus.

Intégré rapidement dans le groupe, Jean-Paul n’hésite pas à prendre de longs solos, Raffaele et Paolo n’étant pas les derniers à le relancer.
Le plaisir sur scène est monté d’un cran supplémentaire.
Ils enchaîneront un autre morceau de Miles après avoir improvisé sur «Round Midnight».

Le quintet reprendra sa configuration «normale» pour terminer ce concert très jouissif.

Au bar, je discute avec Paolo, Raffaele ainsi que Ettore. Je parie qu’on les reverra assez rapidement en Belgique.

Je discute aussi avec Jef Neve et Jacobien. Puis avec Patrick Bivort et Jean-Claude Laloux (que je n’avais pas reconnu tout de suite – milles excuses encore Jean Claude ;-) ) avec qui je parle du prochain Dinant Jazz Nights qui nous réservera de bien belles surprises (mais que je ne révèlerai pas, hé, hé, hé…).
Etienne Payen est là aussi, Jean-Marie Hacquier et plein d’autres musiciens…

La soirée fut belle et, une fois de plus… longue.

Mes filles dorment depuis longtemps déjà.
Chacun ses rêves.

A+

09.01.2007

Chrystel Wautier Trio au Sounds

Chrystel Wautier est revenue toute hâlée du Maroc où elle y a chanté avec son trio pendant quelques semaines.
Elle a ramené avec elle le soleil.
Pas celui qui brille fadement dehors non, mais celui qui fait briller son cœur et sa voix.
Car elle est comme ça Chrystel, elle est spontanée, franche et elle ne se cache jamais derrière de faux sentiments.
Elle n’interprète pas, elle chante.

Ce soir, au Sounds, c’était avec l’excellent Quentin Liégeois à la guitare et le non moins brillant Sam Gerstmans à la contrebasse pour une soirée très... jazz.

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Il faut se rappeler que Chrystel excelle aussi dans le funk, la soul, le R ‘n B, soit avec les KMG’s, qu’on ne présente plus, ou avec son quartet dont j’ai déjà dit ici tout le bien que j’en pensais.

Ce soir donc, place à un «But Not For Me» joyeux, un «Baby Baby, All The Time» sensuellement bluesy ou un «One Of Those Things» ultra vitaminé…
Tout ça avec classe et détachement.

Il faut dire qu’elle est «soutenue» par une rythmique qui tient solidement la route.
Pas moyen de faire «trébucher» Quentin quand elle le pousse à répondre à ses impros-scats sur «Easy To Love», par exemple.
Celui-ci garde un calme olympien même dans des soli nerveux.
Son jeu rappelle parfois un Freddie Green ou un Kenny Burrell. À la fois souple et incisif.
Souvent virtuose.

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Quant à Sam Gerstmans, on le sent vraiment à l’aise dans ce trio. Il fait chanter sa basse. Il faut dire qu’on lui donne pas mal de place.
Et quand il prend un solo, ou lorsqu’il dialogue avec Quentin, c’est du bonheur. Ça swingue, ça balance. On claque des doigts, on tape des pieds.

Les plaisirs simples, ça a du bon…

Le trio se promène aussi du côté de la bossa, avec un «Speak Low» langoureux évitant aisément le côté sirupeux.
La voix de Chrystel possède d’ailleurs ce grain de velours que ne la rend pas lisse. La voix n’est pas grave ni profonde ni voilée, la voix est… graineuse.
Et on ne lui en veut pas quand elle se perd dans les paroles de la chanson: elle le prend avec un tel humour, une telle aisance, un tel charisme...
En a-t-on voulu à Sarah Vaughan de se perdre sur «Thanks For The Memory» lors de l’enregistrement au London House de Chicago?
Surtout qu’ensuite elle enchaîne avec «Twisted» plus Lambert, Hendricks and Ross que nature. D’ailleurs c’en est.
Un morceau (de Wardell Gray) que je ne connaissais pas (honte à moi) et qui fut interprété merveilleusement bien par Joni Mitchell ou Jane Monheit, d’après ce que me souffle à l’oreille ma voisine de table qui s’y connaît.
Chrystel fait chanter le public comme une véritable entertainment woman.

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Puis, elle invite sur scène Paolo Radoni (dont elle avait chanté une de ses merveilleuses compositions: «Let Me Hear A Single Song») qui prendra la place de Quentin et le trompettiste Jean-Paul Estiévenart (oscillant ce soir entre Chet et Louis) pour un «Centerpiece» un peu fripouille.

Chapeau Miss…

Il y en a qui vont s’amuser au Pelzer Jazz Club à Liège ce mercredi soir (le 10) en allant écouter ce trio.
N’hésitez pas à y aller.

A+