| À l’initiative de «Z» aka «Jazz chroniques et coups de cœur» 8 blogueurs et blogeuses s'associent ce jour pour publier un billet sur les femmes jazzeuses... Retrouvez ces articles en cliquant tour à tour sur les liens suivants: Maître Chronique Belette & Jazz Jazz Frisson Jazz chroniques et coups de coeur Jazz à Paris Ptilou’s Blog

MATHILDE RENAULT
La première fois que j’ai entendu le nom de Mathilde Renault, c’était lors d’une conversation avec Jules Imberechts, il me semble. Puis, un soir, j’ai entendu un extrait de son album à la radio.
Univers particulier.
Intrigué, je me renseigne. Mathilde est la fille du pianiste belge Jean-Christophe Renault: excellent et discret musicien qui a un pied dans le jazz et un autre… ailleurs. Ecoutez-le sur l’album de Pirly Zurstrassen («Pour L’Ivoire»), ou mieux encore, sur son propre album solo «Là est la question».
Mathilde, elle, a longtemps refusé l’univers musical parental (sa maman est également musicienne), préférant plutôt la peinture, la photo ou le cinéma. Ce n’est que vers 18 ans qu’elle plonge «sérieusement» dans la musique.
Et en l’écoutant, on ne peut nier une certaine filiation. Bon sang ne peut mentir.
Cependant, et malgré sa jeunesse, Mathilde possède déjà une très forte personnalité artistique. C’est ce qui fait tout l’intérêt de son disque «OverOceans – Alina Luda».
OverOceans est né de la rencontre entre la pianiste et une jeune violoniste américaine de passage à Bruxelles: Caroline Shaw. Ce sont ajoutés rapidement au projet, le percussionniste Stephan Pougin (Phinc, Rêve d’Elephant, Steve Houben,…) et le contrebassiste Arne Van Dongen.
À l’écoute de l’album, ce qui frappe d’entrée, c’est la maturité du jeu et des compositions ainsi que cet univers décidément bien personnel.
Voilà un jazz influencé par la musique classique, la musique des Balkans, le folklore latin ou des musiques nordiques… Mélange de soleil et de vents froids. La joie côtoie des moments plus mélancoliques, voire presque sombres.
Et si le jeu de Mathilde est sensible et délicat, il ne manque cependant pas d’affirmation. Ses attaques sont franches et quand il faut que «ça balance», elle y va tout de go. «Rolling Tango» ou «Merengue», plus ouvertement jazz, offrent ainsi de beaux échanges entre piano, percus, violon et contrebasse.
À d’autres moments, Mathilde joue les temps suspendus (comme sur le magnifique «In A Swedish Mood») ou le dépouillement total qui vire soudainement en air de fête (sur «Saynätsälo, une ballade sur un lac gelé en Finlande… une île au milieu du lac…» … oui, oui, c’est le titre !).
Parfois aussi, Mathilde Renault chante. Ou plutôt, elle dépose un souffle léger et ondulant qui accompagne ses accords de piano. Elle chante des mots sans paroles. Elle chante à l’unisson, comme le fait parfois le violon (sur «Aliana Luda», par exemple).
Bref, voilà un disque riche, frais et attachant, qui ne manque pas d’idées ni d’humour. «Un Match Bresil-Bulgarie Dans Les Rues De Stockholm» résume presque à lui seul l’esprit du projet, tant dans l’intitulé que dans la musique.
J’ai rencontré Mathilde lors du Festival Dinant Jazz Nights en septembre. En me remettant son album, à la fois timide, excitée et finalement soulagée que ce soit moi qui vienne vers elle (car, comme beaucoup d’artistes, elle n’aime pas «se vendre» ...Ouch… le vilain mot !), elle m’a parlé de sa musique et d’OverOceans mais aussi de ses nouveaux projets… Déjà.
Je suis d'ailleurs curieux et impatient de découvrir ça.
En attendant, et comme je n’ai pas encore eu l’occasion d’entendre OverOceans en concert, je me noie dans cet album hautement recommandable.
Allons, n’ayez crainte et faites comme moi, jetez-vous à l’eau.
A+
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