17/02/2018

Jazzques écoute - Linx, Ceccarelli, Goualch, Imbert - 7000 Miles

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David Linx est quand même un phénomène. Depuis qu’il chante, il surprend, il étonne et se remet en question à chaque projet.

Quand André Ceccarelli l’appelle à rejoindre son trio en 2009 pour rendre hommage à Claude Nougaro avec qui il avait beaucoup joué, ni le batteur ni le chanteur ne pensaient que l’aventure allait durer aussi longtemps ni même évoluer de la sorte.

Au fil des ans, le trio est devenu un véritable quartette, les concerts se sont enchaînés, et un répertoire, en dehors de celui de Nougaro, s’est précisé.

7000 Miles, l’album qui vient de paraître, n’est sans doute pas une finalité mais serait plutôt une étape, un jalon, tant on espère que le groupe continuera sur sa lancée.

7000 Miles est autant un retour aux sources qu’une projection vers l’avenir.

Le groupe sonne comme un seul homme et propose 9 perles de jazz où se retrouvent standards, reprises et compositions originales dans une cohésion parfaite. Car ce qui accroche d’emblée l’oreille, c’est le son de ce quartette, cette osmose, cette complicité entre les musiciens. Diego Imbert, à la contrebasse distille avec élégance des lignes ondulantes, tandis que Pierre-Alain Goualch, au piano ou au Fender Rhodes, impressionne de liberté dans un jeu tantôt sobre, tantôt explosif (écoutez-le sur l’étonnante et jubilatoire version de «Dock Of The Bay» d’Otis Redding). Et puis il y a le drumming parfait, aérien, voluptueux et superbement bien dessiné d’André Ceccarelli qui se marie si bien avec la voix de David Linx. Ce dernier joue dans le registre de la douceur, presque de la retenue, et donne peut-être encore plus d’éclat à certains textes. Des textes parfois engagés ou du moins porteurs de messages. Ecoutez, par exemple, l’amer «America» et ses trois petites notes qui rappellent The Star-Spangled Banner pour lancer la chanson, ou encore «Distortions» en hommage à James Baldwin. Eclairant.

Laissez-vous prendre par «From One Family To Another» et ensuite bercer par «The Promise Of You» ou les standards «Night And Day» et «Dock Of The Bay» qui évitent tous les pièges et les clichés, et qui sont ici littéralement réinventés. Et puis il y a cet obsédant «Poses» de Rufus Wainwright qui ouvre magnifiquement un album dans lequel on plonge sans jamais avoir envie de remonter à la surface.

N’hésitez pas à parcourir en tous sens ces 7000 Miles, le voyage en vaut vraiment le détour.

 

 

A+

 

 

 

 

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15/02/2018

Rebirth Collective - Jazz Station

Rebirth Collective existe depuis plus de 8 ans déjà et je n'avais jamais eu l'occasion de l'entendre live. Ce samedi, à la Jazz Station, c’était l’occasion de me rattraper.

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C'est le tromboniste Dree Peremans qui est à l'origine de ce... mini big band. Et oui, ils sont huit, mais ils sonnent comme seize. En effet, autour d'une solide rythmique (Toni Vitacolonna aux drums, Ewout Pierreux au piano et Christophe Devisscher, qui remplaçait exceptionnellement – et de façon exceptionnelle – Jos Machtel à la contrebasse), on retrouve 5 souffleurs : Dree Peremans, Jo Hermans (tp), Joppe Bestevaar (baryton), Wietse Meys (st) et Bruno Vansina (as, ss, clarinette).

D’entrée, le groupe balance une version tonitruante de «Witchcraft», (c’est aussi le titre de leur dernier album). Sur ce thème très enlevé, le pianiste et le trompettiste se mettent déjà en évidence. Ça claque de brillance ! Le «Waltz For Debbie» de Bill Evans - version Cannonball Adderley (Know Wat I Mean?) - n’en est pas moins énergique. Le jeu de Ewout Pierreux est autant swinguant que ferme et décidé. Le pianiste entraîne dans son sillage Bruno Vansina qui ne se fait pas prier pour prendre quelques chorus musclés.

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Rebirth Collective croise avec beaucoup de réussite la tradition et la modernité dans des arrangements judicieux. Il y a quelque chose de juste décalé, juste détaché, juste différent dans ce band qui le rend assez singulier. Par exemple, sur «First Song» de Charlie Haden, introduit magnifiquement par Christophe Devisscher et délicatement dessiné par Jo Hermans au bugle, tous les musiciens reprennent la mélodie en chantant doucement, y ajoutant ainsi un supplément d'émotion à ce thème magnifique.

Et puis, c’est reparti pour le swing, agrémenté de blues ou d’americana. «March Majestic» est sautillant, «Cherokee» ou «Corn ‘n Oil» font autant références à Count Basie qu’à Maria Schneider, tandis que «Just One Of Those Things» est joué à cent à l’heure. La cohésion est totale et la mise en place parfaite. Et chaque musicien peut profiter de «son moment» comme, par exemple, Toni Vitacolonna et  son solo tout en destruction/reconstruction qui n’oublie jamais de swinguer.

En un seul et long set, Rebirth Collective nous fait passer un très beau moment de jazz et de voyage. L’octette s'empare de tous les atouts d'un big band et profite de toute la liberté dune formation plus petite. Et c'est une belle réussite.

Promis, je n’attendrai plus si longtemps avant d’aller les réécouter.

 

 

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

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10/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 4

Day 4

Et nous voilà déjà samedi 3 février, la journée la plus chargée du Tournai Jazz Festival.

Dès neuf heure du matin, les organisateurs proposaient un brunch musical dans une boulangerie, puis une rencontre avec Stéphane Mercier et Igor Gehenot à la librairie Decallone, une projection du film Manneken Swing, une conférence sur le jazz belge avec Marc Danval au conservatoire, les expos de Fred Médrano et Philippe Debongnie au Fort Rouge, un dîner concert au Comptoir 17, un autre au Bièrodrôme avec les Atomic Ladies. Bref, c’était Jazz sur la ville !

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Tout cela pour nous mener au premier concert de la journée (encore et toujours sold out !) de Rhoda Scott à la Halle aux Draps, sur les coups de 17 heures.

Julie Saury, souffrante, a laissé la place à Thomas Deroineau derrière les tambours. Le Lady Quartet est donc devenu un Lady Trio Plus A Man. Au sax alto et à la clarinette, ce n’est pas non plus Lisa Cat-Berro comme annoncée, mais Aurélie Tropez. Par contre, Sophie Alour est bien présente et Rhoda Scott aussi, plus en forme que jamais !

Et ça swingue dès le premier morceau avec le très boogaloo «We Free Queens», titre éponyme de l’album qui fait sans doute aussi un petit clin d’œil à Roland Kirk.

Rhoda Scott, toujours pieds nus, toujours souriante et d’humeur très blagueuse entraîne son groupe avec énergie. Ça respire la bonne humeur et le bonheur sur scène comme dans la salle. Le groupe est soudé et la musique s’en ressent. On laisse de l’espace, on improvise, on fait monter le groove et les titres s’enchaînent. «Valse à Charlotte» ou «Que reste-t-il de nos amours» balancent voluptueusement au son graineux du ténor de Sophie Alour (aah, cette façon de «laisser traîner» les notes est divine). Sur «You’ve Changed», d’Ellington, c'est Aurélie Tropez qui démontre toute la richesse de son jeu, virevoltant et fin. «Joke», «I Wanna Move», «Moanin'» ou encore « What I’d Say » qui demande la participation du public, font chaque fois monter le groove d’un cran. Carton plein ! Voilà un premier concert plein d’énergie, de rires et de frissons qui nous comble de bonheur.

Petit break avant d’aller retrouver Stacey Kent sur la même scène.

Entourée de son équipe habituelle, son saxophoniste et mari Jim Tomlinson en tête, la gentille chanteuse propose ses chansons jazzy parfaitement mises en place. L’esprit est très cocoon, très ballades, parfois un peu de bossa ou un peu chanson française. Le moment est détendu, délicat et… sans surprise. Stacey chante de sa voix de jeune fille, ne la poussant jamais trop loin, restant dans le même registre du début à la fin. Elle n'est pas du genre à prendre des risques. Tout est propre, lisse et confortable. Pas de place au hasard. Le public apprécie mais, personnellement, je m’ennuie pas mal…

Dans le Magic Mirrors, sur la Grand Place, il y avait nettement plus d'ambiance et ça bougeait nettement plus. Pourtant il s'agit d'un tout jeune groupe d'élèves, encore au conservatoire (classique) ou à l’académie qui, passionnés par le jazz, ont monté un combo : The Outsiders. Et ils n’ont pas froid aux yeux ! Bien sûr il y a encore plein de petits défauts partout, mais il y a tellement d’enthousiasme, une déjà belle façon de se présenter, du groove et du swing que l’on ne peut que les encourager. Et certains solistes ont déjà pas mal de personnalité : Bastien Wibaut (as, baryton) ou William Delplanque (tp), pour ne citer qu’eux. Encore quelques années, un concours ici ou là et... on devrait entendre parler de l’un ou l’autre à l’avenir !

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Avec Didier Lockwood aussi ça déménage. Je craignais un peu le Lockwood fusion-electric-ambiant… Mais, heureusement pour moi, ce ne fut pas le cas. Avec Gary Husband (dm), Darryl Hall (cb) et Antonio Farao (piano), le violoniste français propose un jazz explosif qui renoue un peu avec la tradition (moderne). D’emblée, le curseur est positionné sur «tempi enflammés» ! Le groupe enfile les thèmes sur un rythme soutenu. Et chacun y va de sa «performance», tout en restant soudé au groupe. «Quark», «Positive Life» ou «The Ballad Of Pat & Robin» sont boostés par une rythmique bouillonnante. Antonio Farao est de tous les coups et, lorsqu’il prend ses chorus, la température monte encore. Le touché est vif, puissant et brillant, le pianiste enfile les arpèges et les accords avec une clarté et une vitalité éblouissantes. L’instrument gronde véritablement sous ses doigts.

Et si «Good Morning Lady Sun» commence tout en douceur, il évolue rapidement en un groove furieux. Darryl Hall malaxe les cordes et Gary Husband donne la pleine puissance, excité par le leader qui se contorsionne devant lui, comme la muleta que l’on remue devant un taureau. Emporté par son enthousiasme, le violoniste n’hésite pas non plus, comme Lisa Simone la veille, à descendre dans la salle et à aller communier avec un public électrisé. Même le «Blues Fourth», en rappel, n’est pas moins intense…

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Pas le temps de souffler – surtout que l’on a pris un peu de retard sur l’horaire – et l'on se retrouve pour le dernier concert, au Magic Mirrors, avec Eric Legnini.
Il est déjà tard, mais le public répond présent.

Le pianiste belge (parisien d’adoption) présente son excellent album Waxx Up avec Franck Agulhon aux drums, Julien Hermé (à la place de Daniel Romeo) à la basse, ainsi que la merveilleuse chanteuse new-yorkaise (qui est née au Canada) Michelle Willis.

Alors, bien sûr il faut «re-chauffer» la salle et ce n’est pas si simple après le concert de Lockwood. Mais la musique soul, aux accents groovy, R&B et Hip Hop, et la maestria de Legnini ne tardent pas à produire leurs effets. Le son est chaud et enveloppant. Les coups de baguettes du batteur, sur les peaux ou les pads, sont aussi secs que vibrants.

«Black Samouraï», qui sonne à la façon blaxploitation, est une entrée en matière efficace. Michelle Willis monte ensuite sur scène et donne un supplément d’âme aux «Sick And Tired», «I Want You Back», «Riding The Wave» ou «Night Birds», écrits pour elle ou pour les autres chanteuses invitées sur l’album. Sa voix est à la fois envoûtante et solide. Sa présence sur scène a quelque chose d’hypnotique. Et pourtant, on balance de la tête, on accompagne les rythmes de claquements de doigts et de tapements de pieds.

Sur scène, Legnini a trouvé un son approprié et différent de celui du disque – très produit – ainsi qu’une énergie particulière. Il laisse donc pas mal d’espaces aux impros (les siennes au Fender, sont quand même assez magiques) et aux solos (celui d’Agulhon est magnétique).

Big up, Waxx Up !

 

 

Il est bien plus d’une heure du matin, la salle est encore bien remplie et tout le monde semble vraiment heureux des quatre jours et nuits de jazz proposés par des organisateurs et des bénévoles qui n'ont jamais ménagé leurs efforts pour mener à bien un festival qui compte de plus en plus dans le paysage musical belge.

Bravo et merci à eux !

On se retrouve à Tournai l’année prochaine, sans faute, avec autant de plaisir.

Merci à ©JC Thibaut pour les images.

 

 

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08/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 3

Day 3

Vendredi, cela commence vers 18h30 sur la scène du Magic Mirrors avec le trio d’Igor Gehenot, et c’est déjà sold out !

L’ambiance est feutrée, intimiste et le public est attentif. Sur le battement lent de la contrebasse de Viktor Nyberg et les légers coups de baguettes sur la batterie de Jerôme Klein, Igor dépose des accords dilatés au piano, tandis qu'Alex Tassel souffle la mélodie du lunaire «Moni», puis de «Sleepless Night», plus crépusculaire encore.

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J'avais vu les débuts un peu hésitants du groupe avant l'enregistrement du disque (Delta chez Igloo) qui, à sa sortie, m’avait plutôt convaincu. Depuis, le quartette a beaucoup joué et la cohésion s’est renforcée. Le jeu d’Igor a, lui aussi, beaucoup évolué. Finesse, espace, groove, il ose tout et tout lui réussit. Il s'affirme et s'impose, sans en faire des tonnes, de façon toute naturelle. Il apporte toujours des idées neuves à son jeu et à l'ensemble du groupe.

Avec un son limpide et feutré à la fois, Alex Tassel est le partenaire idéal. Souplesse dans les enchaînements, brillance dans les relances, ses lignes mélodiques sont d’une maîtrise et d’une précision assez incroyables. La rythmique est, elle aussi, parfaite : à la fois discrète et indispensable. «Abysses», nocturne et tout en retenue, précède un «Start Up» nerveux et tendu, puis un «Jaws Dream», hyper groovy…

Le set est très bien ficelé, ménageant intelligemment les temps forts, pleins de fougue, et moments plus intimes. Et puis il y a aussi, semble-t-il, une volonté de simplifier le jeu (en apparence) pour laisser toute la place à l'émotion. Il n'y a pas à dire : ça touche juste !

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A deux pas du Magic Mirrors, la Halle aux Draps a également fait salle comble. Archi comble, même !

Belle comme une prêtresse, dans sa cape jaune, entre sari et tunique, soutenue par une sacrée rythmique (Sonny Troupé aux drums, Reggie Washington à la basse électrique et Amen Viana à la guitare électrique) Lisa Simone impose sa présence d’emblée avec «Tragique Beauty» qui résonne comme une incantation.

La voix est sublime, pleine de soul, de gospel, de blues. Pas besoin de le cacher, c’est bien la fille de sa mère, dont elle chante le rageur «Ain't Got No, I Got Life». Puis, elle lui rend hommage avec le poignant «If You Knew», comme pour dire : «OK, je suis la file de Nina Simone, mais je suis aussi et surtout Lisa !». Et elle danse et elle bouge et elle occupe toute la scène avec grâce. Elle joue avec ses musiciens, les entraîne sur des chemins plus blues encore, plus jazz, plus rock aussi. Elle invite le public dans son «World» et communique avec lui en toute simplicité et sincérité. Lisa fait le show sans jamais jouer la diva. La voix et les paroles suffisent amplement au discours, pas la peine d’ajouter d'artifices !

Et l’excitation monte encore. Les riffs de Viana se font hendrixiens, la basse de Washington cogne de plus belle et Troupé se déchaine sur ses fûts. Alors Lisa Simone descend dans le public, va serrer les mains et embrasser les gens, tout en continuant de chanter avec ferveur. La salle est hystérique et c’est juste magnifique.

Quelle générosité. Quelle grande dame. Quel concert !

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Retour au Magic Mirror où le saxophoniste Stéphane Mercier a réalisé un tour de force, bien aidé par l’organisation qui a relevé le défi : inviter douze musiciens à jouer en live son album «Duology».

Avec intelligence, Mercier ne se «contente» pas de faire défiler la crème de nos jazzmen belges les uns après les autres. Non, il combine, mélange, fusionne.

Ainsi, après son duo avec Charles Loos, Nathalie Loriers les rejoint sur «Samsara». Puis, c’est Nic Thys qui ajoute sa basse sur «Alone Together». Entre la souplesse de jeu du bassiste et le touché merveilleux de la pianiste, Stéphane Mercier se sent pousser des ailes.

L’inimitable David Linx est là aussi. Avec beaucoup de générosité, dans un chant unique, il échange avec le guitariste Jean-François Prins.

Chaque morceau révèle ses petits moments de frissons. Jean-Louis Rassinfosse et Paolo Loveri réinventent «Louis», puis Bruno Castellucci vient prêter main forte à une section de souffleurs de rêve (Daniel Stokart, Toine Thys et Fabrice Alleman) pour un «Serial Series» énergique. Derrière le piano, on retrouve cette fois Vincent Bruyninckx, toujours inventif.

Presque au grand complet, le combo entame un très mingusien «Jazz Studio» dans lequel Daniel Stokart prend un solo fougueux !

D’une série de duos, on est passé à un big band ! Tous les musiciens sont là pour un énergique «Don’t Butt In Line» en forme de bouquet final. Stéphane Mercier a réalisé son rêve... pour notre plus grand plaisir.

Et hop, voilà une véritable journée de jazz totalement réussie…

 

 

A+

Merci à ©JC Thibaut pour les images (et la vidéo).

 

 

 

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02/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 1 and 2

Day 1

C’est dans le très joli et très cosy Magic Mirrors, installé sur la Grand Place, que s’ouvrait ce mercredi 31 janvier la septième édition du Tournai Jazz Festival.

Une mise en bouche plutôt festive - c’est le cas de le dire avec le «concept» Frit Jazz (une frite offerte à l’achat d’une place) - avec trois concerts au menu.

Et pour le plus grand plaisir des organisateurs (voire même leur surprise), c’était sold out !

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C’est la chanteuse Elia Fragione, que j’avais vue lors d’une précédente édition en 2014, qui a l’honneur d’ouvrir les festivités.

Ce soir, elle est entourée de trois excellents musiciens. Il y a d’abord Lorenzo Di Maio, présence indispensable, jeu clair et vif, aussi inventif dans les blues que dans les registres plus pop ou funk. Ses attaques sont franches, son phrasé est fluide et il étonne lors de chaque intervention. C’est sans doute l’un des meilleur guitariste belge actuel. Il y a aussi le batteur Fabio Zamagni, habitué des scènes jazz et pop (Typh Barrow, entre autres) et le multi-instrumentiste, arrangeur et producteur (allez écouter le très beau disque de Chrystel Wautier) à la contrebasse, Cédric Raymond.

Le répertoire oscille entre jazz, blues et parfois même une pointe de pop. «How We Love» de Gretchen Parlato, «Its A Good Day», «Love Me Or Leave me» ou encore «Miss Celie’s Blues» sont délivrés avec un bel aplomb. Il y a aussi une belle revisite de «Off The Wall» (Michael Jackson), un peu de bossa («Samba em preludio») et une excellente version de «Precious» (Esperanza Spalding). Elia a du charisme et elle rayonne sur scène. La voix est fine, claire et affirmée. Il y a du soleil dans son chant… et surtout du swing ! Elle contrôle avec beaucoup d’élégance ses inflexions bluesy - parfois canailles, parfois mélancoliques, parfois sensuelles - sans jamais appuyer aucun effet. Et en plus elle scatte ! Bref, c’est de la fraîcheur et du talent. Un talent avec qui il faudra compter à l’avenir.

Place ensuite aux Bandits de Belleville qui viennent, comme le nom ne l’indique pas, de Gand et qui sont cinq : Florian De Schepper et Jonas De Meester aux guitares, Jelle Van Cleemputte à la contrebasse, Pablo Golder au bandonéon et Margot De Ridder au chant, clavier et glockenspiel pour enfants. Sur une base swing manouche, le groupe mélange les traditionnels («Hora lautareasca») mais aussi les standards («It Don’t Mean A Thing»), la chanson française («Le jazz et la java» de Nougaro) et quelques compositions personnelles dont le très drôle «#Swing» ou un léger «Upside Down» inspiré sans doute de «On The Sunny Side Of The Street». Un beau spectre de styles, assuré avec conviction et une belle présence sur scène de la chanteuse au joli grain de voix. Alors, avec bonheur, on clappe des doigts, et on tape du pied.

Mais le plus «festif» reste à venir avec le groupe du nord de la France, Zazuzaz, qui rend hommage aux orchestres des années ‘30, ceux du Cotton Club et de Cab Calloway. Mais aussi à Boris Vian.

L'orchestre, qui se présente comme un big band informel, n'est pas venu seul mais avec une belle bande de danseurs attifés comme à l'époque (les membres de Danses & Cie). Et c’est parti pour swinguer, danser et chanter. Jonathan Bois, au piano et au chant, Jessy Blondel au sax et toute la bande ne ménagent pas leurs efforts pour installer une ambiance qui monte rapidement. «Just A Gigolo», «It Don’t Mean A Thing», «On n’est pas là pour se faire engueuler», «Sing Sing», un madison… Tout y passe ou presque et le public, ravi, participe avec entrain. Idéal pour clôturer avec le sourire cette première soirée.

Day 2

Pour le second jour, qui affichait complet également, on se partage entre jazz, un peu de variété et un peu de pop.

Du jazz d’abord avec le quartette du tromboniste Phil Abraham qui propose un set plutôt transitionnel joué avec beaucoup d'élégance et de raffinement. Un «Charlie et le pam», plutôt bop et un «Watermelon Man» revisité tout en mystère, permettent à chaque musicien de profiter de beaux espaces.

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Fabien Degryse d’abord, dans un jeu à la Grant Green fait merveille. Le phrasé est souple, virtuose, précis et tout en rondeur. Sal la Rocca, solide pilier, à la contrebasse très mélodieuse et ondulante, soutient et lie l'ensemble avec autant de souplesse que de fermeté. Aux drums, Thomas Grimmonprez distille un groove de velours, en jouant des balais ou simplement à mains nues. Autant dire qu'avec cette équipe, Phil Abraham se balade avec sérénité. Le jeu est lumineux, avec juste ce qu’il faut de sensualité et d’humour. Pas de glissando ni de growls, mais un jeu pur et bien dessiné qui donne toute sa force aux mélodies. «Esquisses», une ballade qui rappelle un peu Michel Legrand, «New Orleans Comphilation» qui plonge dans les racines du jazz ou un «Oui, mais bon» swinguant doucement, nous font passer un très agréable moment de jazz capiteux.

Devant la Halle aux Draps, une file énorme s’est formée pour assister au concert de Michel Jonasz en duo avec son pianiste Jean-Yves d'Angelo. Jonasz et le jazz, c'est un malentendu. Tout cela à cause de sa «Boîte de jazz». Ce soir, on a donc droit à un best of de ses chansons tristes délivrées avec une pointe d'humour («Lucille», «Super nana», «Du blues, du blues, du blues» et autres «Je voulais te dire que je t'attends»).  Il y a bien un court interlude blues (celui du «dentiste»), un peu de samba et un morceau de boogie au piano... mais de jazz, point.

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J'étais un peu sceptique aussi quant à la programmation de Sacha Toorop dans un festival de jazz. Mais le chanteur pop-rock à l’univers intriguant et très singulier s’est entouré des musiciens de Music For A While. Et sur la base des chansons de Toorop, l’extraordinaire pianiste Johan Dupont a revu quelques arrangements. Et voilà donc qu’il insuffle un petit air de liberté dans ce canevas bien précis. Il faut un peu de temps pour s'en rendre compte mais, au final, ça fonctionne. Bien sûr, il ne faut pas s'attendre à un swing effréné, quoique, sur certains titres, Jean-François Foliez (cl), en particulier, se fend de quelques échappées improvisées bien tranchantes. Et puis, on décèle ici et là une pointe de blues, un peu de jazz folk. Et derrière, André Klenes (cb), Martin Lauwers (violon) et Stephan Pougin (dm) font plus qu’assurer. Belle surprise.

Alors, maintenant que le festival est lancé, on s’apprête à déguster la suite avec impatience.

A+

Merci à ©JC Thibaut pour les images.

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31/01/2018

Or Bareket quartet - Jazz Station - River Jazz Festival

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Or Bareket est l’un des jeunes jazzmen new-yorkais dont on parle de plus en plus. On l’a vu aux côtés d’Aaron Goldberg, Chris Potter, Peter Bernstein ou encore Hamilton de Holanda… Et personnellement, je l’avais vu à l’Archiduc avec l’excellent pianiste français Fred Nardin et le batteur Rodney Green.

Ce soir à la Jazz Station, dans le cadre du River Jazz Festival, il présentait son tout premier album en leader : OB1. Pour ce premier opus, il s’est entouré de la crème de cette nouvelle vague de jazzmen israéliens partis conquérir la grosse pomme. Ce soir il est entouré de Shachar Elnatan (eg), Nitai Hershkovitz (p) et Ziv Ravitz (dm).

On retrouve donc cet esprit méditerranéen et cette énergie toute new-yorkaise dans sa musique. Mais pas que… Or Bareket est aussi passé par l'Argentine et cela s’entend également.

D’ailleurs, la merveilleuse ballade «La Musica Y La Palabra» de Carlos Aguira, qui ouvre le concert, est déjà un indice. Or Bareket révèle d’emblée qu’il aime les mélodies et les musiques qui racontent des histoires.

On remarque vite aussi, dans ce premier morceau, le jeu exceptionnel de Nitai Hershkovitz au piano. La casquette enfoncée jusqu'aux oreilles, semblant vouloir cacher une fausse timidité ou une certaine réserve, en gestes amples, il développe un phrasé, aussi dense que léger, d’une parfaite lisibilité. Et quand on le lâche, en duo avec le bassiste sur «Elefantes» par exemple, il insuffle de la tension, toute en progression et nervosité, sans jamais verser dans l’agressivité. Un superbe travail d’équilibriste.

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Le guitariste Shashar Elnatan pratique un peu dans la même veine. Il est de cette école new-yorkaise qui mélange à la fois virtuosité, souplesse et énergie, sans jamais aller dans la surenchère démonstrative ni la puissance sonore. Et pourtant, l'énergie est bien là, maîtrisée et catalysée sans doute par le leader. Ziv Ravitz, quant à lui, déroule un jeu souple, inventif, très à l'écoute de ses compagnons, et il maintient de bout en bout un groove tendre et solaire.

Or Barekett aime la musique un peu «à l'ancienne» (et néanmoins très actuelle), celle qui n'a pas peur d'être jolie et sereine. Celle dont se dégage une sorte d'insouciance et de bien-être, mais qui évite totalement la mièvrerie. Et puis, Bareket a une façon très simple et très charismatique de communiquer avec le public, de jouer avec lui, de le faire presque chanter. C’est la force de son écriture qui suscite cela, ce sont ses choix d’accords, ses arrangements, sa poésie.

Dans ce quartette, il se passe toujours quelque chose. Les musiciens, très complices, jouent «à découvert». Personne ne se cache derrière un artifice ou un écran de fumée. Tout se dessine avec clarté. Et le maillage est parfait.

«Patience» joue les montagnes russes, «Snooze» se fait crépusculaire, quant à «Joaquin», il est plus enlevé, genre : «je prends de l’élan et de l’altitude et puis je fonds sur ma proie». Le groupe reprend aussi quelques standards, dont un fabuleux «Whisper Not» remanié de manière étonnante, entre rumba et reggae.

Musique intelligente, à la fois douce et fougueuse, délivrée par un groupe dont il faudra suivre l’évolution avec intérêt, la soirée était parfaite.

 

 

 

Merci à ©Roger Vantilt (Or Bareket) et ©Olivier Lestoquoit (Nitai Hershkovitz) pour les photos.

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28/01/2018

Marc Ribot solo - River Jazz - au Senghor

Le Senghor nous a gâté ces derniers temps (comme toujours, diront certains) : Vinicius Cantuaria, Enrico Rava, Diederik Wissels, que du beau monde.

Avec le River Jazz Festival, le programmateur a continué à se faire plaisir (et nous avec) avec Tcha Limberger, LG Jazz Collective et ce mercredi soir : Marc Ribot ! Résultat : «full house», comme on dit.

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Cela se comprend, Marc Ribot n'est pas n'importe qui. Ce musicien touche-à-tout et assez inclassable, a collaboré avec les grands noms du rock, de l’avant-garde, du jazz ou de la danse contemporaine comme Tom Waits, John Lurie, Elvis Costello, John Zorn, Wim Vendekeybus, etc. De plus, ses propres groupes, Los Cubanos Postizos ou Ceramic Dogs, n’ont jamais laissé le public et les critiques indifférents.

Ce soir, c'est en solo que Marc Ribot se produisait. Une chaise, deux micros, un ampli, une pédale d'effets, une guitare électrique et une autre acoustique et basta.

Détendu et d’humeur blagueuse (teintée d’une pointe de cynisme quand même) il entame la soirée avec une chanson folk aux forts accents politiques (l’activisme de Ribot n’est plus à démontrer) qu'il enchaîne a un blues sec et ultra dépouillé qui se dilue en une improvisation plus abstraite. Ribot joue de façon radicale, voire brutale. Il joue des suites d'accords de façon sèche, il pince ou griffe les cordes pour en sortir des notes dissonantes qui semblent ne vivre que par elle-même, détachées les unes des autres. La musique bouge, évolue. Le guitariste tourne autour des riffs, invente les sons. Marc Ribot joue du Marc Ribot. Il joue son punk jazz.

Ensuite, arc-bouté sur sa guitare, comme absorbé par elle, comme intégré en elle, Ribot improvise sur les douces espagnolades et musiques haïtiennes de Frantz Casséus et démontre alors, sous une fragile couche de lyrisme brut, une certaine vélocité.

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Puis, à la guitare électrique, Ribot nous sert une version de «Some Of The Harmony Of Maine» de John Cage. Le son est grave, saturé, à la limite du larsen. Cependant, Ribot n’en rajoute pas. On pourrait s’attendre à ce que cela parte en feu d’artifice, mais il reste «dans les lignes». Il joue sur la longueur des notes qui s'étirent doucement. Langueur et longueurs s’entremêlent.

Retour à la guitare acoustique pour finir sur une note plus bluesy, en forme d’exercice de style, avec «Summertime» et autres blues.

Ribot semble toujours vouloir éviter la joliesse - sans pour autant oublier l'émotion - en se débarrassant de notes soi-disant inutiles. Il va à l’essentiel, souvent avec rage et sans ménagement, même si ce soir on aurait pu s’attendre, peut-être, à un peu plus de mordant encore. N’empêche, Marc Ribot, c’est Marc Ribot, et c’est déjà beaucoup.

 

 

 

Merci à ©Jean-Luc Goffinet pour les photos.

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26/01/2018

Kurt Rosenwinkel Bandit 65 + LABtrio + The Comet Is Coming à Flagey

Kurt Rosenwinkel me devait une petite revanche. La dernière fois que je l'avais vu (à la Tentation), son concert n'avait pas été, de mon point de vue, des plus excitants.

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Ce soir, au Brussels Jazz Festival à Flagey, avec son Bandit 65, un groupe qui existe depuis trois ou quatre ans et dans lequel on retrouve le guitariste Tim Motzer (Burnt Friedman, Ursula Rucker, Jamaaladeen Tacuma…) et le batteur Gintas Janusonis (Wu-Tang Clan, Bill Laswell, Bilal…), ça devait sonner autrement.

Aux pieds des deux guitaristes s’étale une forêt de pédales en tous genres et, à côté du batteur, s’empilent pads, laptop et autres gadgets électroniques.

Tout en douceur, les trois musiciens installent un climat onirique et cotonneux. Petit à petit, l’ambiance se fait pastorale. On imagine le soleil qui se lève sur une montagne embrumée, on entend presque les cloches sonner au loin, les feuilles d’arbres bruisser sous le vent, les échos cristallins d'eau de rivières clapoter… Et puis aussi des ondes électriques qui sabrent un silence relatif et qui résonnent dans le vide. Ces coups de fouet métallique nous ramènent dans un univers plus industriel. Le groove s'installe, les deux guitares échangent harmonies et mélodies et c’est surtout Motzer qui mène la danse. La tendance est au psyché americana, au jazz rock, voire au prog rock.

Les morceaux s’étirent longuement et s’enchaînent les uns avec les autres. Les mélodies s'évadent délicatement de cet esprit ambiant, parfois new age. Avec des effets électro légers, des torsions et distorsions et de gros coups d’infra basse, on passe de la balade folk au voyage intersidéral. Tout est très atmosphérique et la musique de Rosenwinkel semble s'inspirer plus de Pink Floyd, Tangerine Dream, Genesis ou de Robert Wyatt que de jazzmen post bop, même si l’on décèle, ici ou là, une pointe de Bill Frisell ou des riffs de bluesmen du Delta. Le groupe construit un univers sonore très cinématographique et subtilement contrasté. Parfois, ça galope dans de grands espaces arides, puis ça bouillonne dans une fiole de laboratoire. Kurt Rosenwinkel s’accompagne parfois d’un chant fantomatique, mélange doucement les mesures composées et rythmes binaires, l’abstrait et le lyrisme, l’organique et l’éthéré.

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Me voilà un peu réconcilié avec Kurt, même si son projet n’est pas aussi inventif que ceux – très différents - de l’époque «Intuit» ou «The Next Step». Ceci dit, on ne peut pas reprocher au guitariste américain, basé depuis plus de dix ans à Berlin, de ne pas tenter de trouver un chemin «différent» entre l’impro, le jazz et les musiques dites actuelles.

Avant le concert Rosenwinkel, je n’ai pu écouter que les derniers morceaux du concert de LABtrio (Lander Gyselinck, Anneleen Boehme et Bram De Looze) au Studio 1. Voilà sans conteste un groupe qui invente et fait la synthèse entre musique «savante», contemporaine, improvisée et pop. Il propose une véritable musique actuelle, bien dans son époque, tellement jazz, tellement inventive et terriblement efficace. LABtrio n’a pas fini de nous étonner.

Et après le concert de Kurt Rosenwinkel, Shabaka Hutchings et ses Comets inondaient le hall de Flagey - noir de monde - de leur jazz psyché-rock, dansant, funky et explosif. La foule s’amasse comme elle peut autour de la petite scène et danse et saute et se trémousse convulsivement. Une véritable house party underground. The Comet Is Coming envoie du sévère.

C’est la fête de tous les jazz, cette musique décidément bien vivante et de plus en plus diversifiée.

 

 

 

Merci à ©Didier Wagner pour les images.

 

 

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21/01/2018

Chris Joris Duo & Malcolm Braff Trio au Théâtre Marni

Entre les River Jazz, Flagey Brussels Jazz Festival et Djangofolllies, le Théâtre Marni a encore trouvé, ce mercredi 17 janvier, de la place pour un concert ! Mieux, un double concert : celui de Chris Joris (en duo avec Christophe Millet) et celui du trio de Malcolm Braff (avec Reggie Washington et Lukas Koenig). Et, bonne nouvelle, il y avait du monde !

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C’est donc un duo de percussionnistes qui se présente d’abord sur scène. Entouré de la panoplie (très) complète de congas, darbouka, cajón, woodblocks, carillons, clochettes, cymbales et autres tasses, verres, poêles ou casseroles (la batterie de cuisine n'aura jamais aussi bien porté son nom), Chris Joris explique avec beaucoup d’humour le chemin qu’il compte nous faire prendre… sans vraiment savoir où cela va nous mener.

Sur une simple idée de départ, nos deux musiciens se laissent vite aller à l’improvisation, à l’échange spontané et à la création instantanée.

Restant principalement derrière ses congas, Christophe Millet, soutient et pousse Chris Joris vers un discours de plus en plus volubile. Avec finesse, précision et virtuosité, ce dernier colore de mille et une façons la musique. Il passe d’un instrument à l’autre avec une fluidité déconcertante. On est ébloui par la manière dont il arrive à faire sonner un triangle (un simple triangle !) et à lui donner autant de nuances, de couleurs et de profondeur. Un morceau avec un simple tuyau, un autre au likembé (en duo avec Reggie Washington), puis au berimbau (superbe), ensuite au piano, façon Dollar Brand, dans lequel il injecte quelques citations de la Brabançonne (Un message ? Ce ne serait pas étonnant de la part de ce musicien qui combat la ségrégation, le racisme et la bêtise)... bref, ça sent l'Afrique et l’humanité à plein nez.

Sans jamais se prendre au sérieux - car la musique est une fête et un partage - le duo mêle les rythmes à la poésie. Merci messieurs pour ce très beau voyage. On reprend un billet quand vous voulez...

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Vingt minutes de pause et c’est au tour du trio de Malcolm Braff de venir nous mettre une belle claque. Dès le départ, étouffant les cordes du piano, pour accentuer le côté percussif, le pianiste fixe l’objectif : ce sera intense et palpitant. De fait, le premier morceau monte rapidement en puissance. Trop peut-être, car un ou deux baffles de retour, grésille, crépite, bourdonne... Dans la foulée et sans arrêter de jouer, le pianiste se lève et arrache les fils ! Problème réglé, on continuera sans les retours ! Et cela n'empêchera pas le trio de se donner à fond. Très vite, le groupe reprend ses esprits et les échanges improvisés recommencent de plus belle.

Lukas Koenig frappe sec mais nuance tout le temps son jeu. Il reste rarement sur une même métrique ou sur un même tempo. C’est tendu, hyper découpé et la musique - fortement teintée de l’esprit africain, mais aussi de blues, de rythmes afro-cubains ou brésiliens - bouge sans cesse. Et c’est passionnant. Les longues improvisations permettent au groupe d’explorer tous les chemins possibles, même les plus improbables, et la transe est à chaque fois relancée (Quel ostinato ! Quelle main gauche !). Entre la pianiste et le batteur, Reggie Washington fait la jonction, suivant l’un ou l’autre puis reliant les deux. Véritable cohésion, incroyable osmose !

Les thèmes («Berimbau», «Empathy For The Devil», «Sexy M.F.» ou «Mantra»), sont à peine exposés et sont surtout propices à de nouvelles escapades rythmiques et mélodiques. Malcolm Braff emmène la musique partout, pousse tout le monde à improviser, à s’amuser, à créer. Alors, tout le monde crée, improvise et s’amuse. Il se dégage de ce groupe une énergie et une puissance incroyables, mais aussi, il ne faudrait pas l’oublier, beaucoup de finesse et de douceur (comme sur le magnifique et sensible «Tied To Tide», par exemple). C’est cela qui est merveilleux avec ce groupe, c’est cette délicatesse qui se dégage derrière la puissance. Et c'est cela qui nous fait vibrer.

Au risque de me répéter (petit rappel du concert à l’Archiduc ?) ce trio est vraiment indispensable à la scène jazz européenne. Qu’on se le dise…

 

 

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images et Arnaud Ghys pour la vidéo.

 

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14/01/2018

Jazzques écoute - Claudia Solal - Butter In My Brain

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Magnétique, pénétrant, frissonnant, déroutant.

C’est ce que l’on ressent à l’écoute du dernier album de la trop rare Claudia Solal.

Room Service, son précédent disque - que je vous conseille vivement aussi - avec Joe Quitzke, Jean-Charles Richard et Benjamin Moussay, datait déjà de 2010.

Cette fois-ci, pour Butter In My Brain, la chanteuse ne dialogue qu’avec Benjamin Moussay. Elle dialogue ou, plutôt, se fait porter par le claviériste qui, tantôt aux Rhodes, au piano ou au synthétiseur, fabrique des nuages musicaux pour sa voix lunaire. Ici, tout se dit en poésie, en sous-entendus ou en séduction malicieuse au rythme de climats mystérieux et changeants.

Claudia Solal, manie les mots avec une habileté étonnante. Elle les choisit, les écrit, les accouple et les souffle avec une singularité fascinante. Elle raconte des histoires étranges et énigmatiques qui s’enveloppent d’ambiances déstabilisantes.

Aussi poétiques et presque insaisissables que sont la musique ou les paroles, il y a quelque chose de très organique dans cet imaginaire singulier. On y respire la terre, la mousse, l’herbe, la nourriture et on y palpe l’air et la lumière…

On suit la chanteuse dans les méandres de sa pensée («Butter In My Brain»), on se laisse guider vers des rendez-vous improbables («The Grass Is Greener»), on tente de s’échapper («Nightcap For Sparrows»), on se liquéfie («Smokehouse On The Ocean») on se désagrège («Tranfigured Dream»)…

Il y a quelque chose de very british qui émane de ce disque. On y sentirait presque une odeur de bibliothèque dans la pénombre, éclairée par un soleil froid qui parvient à peine à transpercer de lourds rideaux sombres. On flotte et on tombe dans un puits sans fond, comme dans un conte de Lewis Carroll. On est troublé comme dans les histoires d’Edgar Alan Poe ou les sonnets de William Shakespeare.

A la fois chanté, parlé ou susurré, les mots se déposent puis s’envolent, entre rêve et réalité.

Butter In My Brain est sans doute l’un des disques les plus envoûtant que j’ai eu l’occasion d’écouter ces derniers temps. Un disque très addictif à écouter sans modération.

 

 

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10/01/2018

Daniel Romeo - The Black Days Session live au Sounds

Il n'a pas son pareil pour déplacer les foules et remplir les salles, Daniel Romeo. On peut les compter sur les doigts d’une seule main, ceux qui arrivent à remplir à ras bord le Sounds trois fois de suite. Et puis, il n’a pas son pareil non plus pour chauffer une salle : en deux claquements de basse, la machine est lancée.

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Ces jeudi, vendredi et samedi derniers, notre intenable bassiste présentait son album (enfin !!!) «The Black Days Session». Cela faisait trop longtemps que l’on attendait un disque de Daniel Romeo, cet éternel insatisfait (il doit pourtant y avoir dans sa cave des bandes incroyables jamais éditée, malheureusement pour nous) ! Son dernier disque, «Live At The Sounds and More» (enregistré au Sounds en 1998) datait déjà de 2003 !

Et voilà que, fin décembre 2017, il sort, presque sur un coup de tête, un double album ! Un vinyle, qui plus est ! La grande classe.

«The Black Days Session volume 1» - ce qui nous permet de rêver à une suite (?) - rassemble des morceaux écrits ou enregistrés dans une période émotionnellement difficile (les amis sont éternels, pas les hommes), mais l’énergie, la sensibilité et l’enthousiasme sont bien présents. Daniel sait qu’il n’y a rien de mieux que le partage pour passer au travers des coups durs.

C'est donc avec une équipe au grand complet (Arnaud Renaville au drums, Eric Legnini au Fender, Xavier Tribolet aux claviers, Christophe Panzani au sax, Nicolas Gardel – qui remplaçait «au pied levé» Alex Tassel - à la trompette, David Donatien aux percus et Lorenzo Di Maio à la guitare) qu'il présentait cet excellent album que je vous recommande vivement !

Deux morceaux, funky en diable, pour commencer ! Une basse galopante qui entraine tout le groupe et laisse directement au trompettiste et au saxophoniste plein d’espaces pour exécuter des solos qui montent vite en intensité. La musique tourne et le groove permet à chaque musicien d’improviser. C’est du funk - du «stinky funk» - et du jazz, c’est ça la marque de fabrique de Da Romeo. Ça démarre fort ! Alors on calme un tout petit peu le jeu - sans vraiment le calmer - avec «Serenity» qui fait un léger clin d'œil d’intro à «Lonely Woman».

Et puis, ça repart. Les souffleurs répètent un motif lumineux et solaire. Pas de temps mort. On monte les paliers sans faiblir.

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L'écriture de Daniel Romeo est quand même sacrément bien torchée. On connait le bassiste comme un exceptionnel grooveur, mais ce serait dommage de ne le cantonner qu’à cela. Il faut entendre comment les riffs, les mélodies, les rythmes, les break s’enchaînent et s’entremêlent. C’est bourré d’idées et plein de reliefs. C’est super bien ficelé. On module les temps forts et les temps suspendus (toujours tendus) et puis on laisse éclater des bombes groove incandescentes.

David Donatien et Arnaud Renaville – coups de caisse et de cymbales impeccables de bout en bout – se lancent dans une fight amicale éblouissante. Puis c’est Lorenzo Di Maio qui ne laisse pas le temps au précédent morceau de se terminer pour jeter des riffs funky et propulser le groupe sur un «Fat Cat» jubilatoire. Il lâche des solos hallucinants, entre blues et rock, entre B.B. King, Al McKay et Carlos Santana.

Dans la salle archi bondée ça ondule, ça danse, ça transpire, ça frotte.

Christophe Panzani, aussi à l’aise au ténor qu’au soprano, enfile les chorus. Et l'intensité redouble sous les coups de basse, de batterie et de percus. Ça pulse et ça sonne monstrueux ! Eric Legnini, qui a déjà pas mal éclaboussé de son phrasé fiévreux une bonne partie du concert, est littéralement poussé par le bassiste qui lui fait face. Et on monte encore dans les tours ! Et Xavier Tribolet remet une couche électro-cosmico-funky par dessus tout ça ! Folie furieuse…

On a droit au magnifique et lumineux «Onika», aux ultra-dansants «Pali» et «Escro», au touchant «Vincent». Les nuances, les pleins et les déliés rendent cette musique sensuelle, émotionnelle, excitante, frissonnante.

Alors, avant le rappel, le boss se paie enfin un solo dont il a le secret. Bouquet final !

Quel groupe de folie. Quelle soirée. Quel bonheur ! Quel funk de fun !

Après le disque, la tournée ?

 

 

Merci à ©Christophe Danaux pour les photos !

 

A+

 

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09/01/2018

Jazzques écoute - Reggie Washington - Rainbow Shadow 2

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A longueur d’année, le bassiste Reggie Washington parcours le monde aux côtés de Lisa Simone, Liz McComb, Rokia Traoré, Randy Brecker, Jacques Schwarz-Bart ou encore Wallace Roney. Sur sa carte de visite, on peut aussi y lire les noms de Steve Coleman, Branford Marsalis, Roy Hargrove, Oliver Lake, Cassandra Wilson, Don Byron, Lester Bowie...

Et pourtant, l’homme reste discret, modeste même. Il semble toujours être au service des autres mais aussi, et surtout, au service de la musique. Un peu comme le guitariste Jef Lee Johnson, musicien exceptionnel et trop peu connu du grand public qui a joué aux côtés des plus grands comme Mc Coy Tyner, George Duke, D’Angelo, Esperanza Spalding, Aretha Franklin, Erykah Badu ou Billy Joel. Jef a disparu prématurément en 2013. Reggie Washington lui rendit un premier hommage en 2015 avec le très bel album «Rainbow Shadows». Mais tout n’avait pas été dit. Il fallait bien un second volume pour mettre en lumière les compositions et les mots du regretté guitariste. Reggie Washington a donc convoqué la même équipe, à savoir Marvin Sewell (eg) DJ Grazzhoppa (turntables) et Patrick Dorcean (dm) pour un volume two.

Ce qui saute aux oreilles, dès la première écoute, c’est la qualité de ce blues à la fois très roots et très contemporain, ce mélange subtil de rudesse et de sensibilité. Chaque morceau contient sa part d’émotion, de revendication, de piquant ou de relâchement.

L’album est conçu de façon admirable. Il est chapitré comme un roman. Les longs morceaux, qui prennent le temps de se révéler, alternent avec des virgules sonores qui agissent comme autant de respirations («Hype») ou de coups de fouet («Testimony - Open Up»). On s’attarde donc sur les superbes et intenses «The Moon Keeps Telling Me Things», «It Ain't Hard For You», «Hard To Keep The Faith» ou «Blind Willie McTell» et on vibre au son des incisifs «Silence» ou «Sizzlean». Reggie n’hésite plus à chanter (parfois épaulé magnifiquement par Monique Harcum) et il le fait très bien. On y ressent vraiment un chant de vérité, intense et bienveillant à la fois.

On soulignera aussi le jeu brillant de Marvin Sewell (allez écouter l’envoutant «Emett Till» par exemple), les interventions adroites de DJ Grazzhoppa et le drumming sec et précis de Patrick Dorcean. Sur quelques morceaux, interviennent aussi quelques guest (Hevé Samb, John Massa ou Federico Gonzalez Pena) qui ajoutent encore un peu plus d’épaisseur à un album déjà intense et profond.

Compostions, arrangements, exécution, tout est maîtrisé de bout en bout. «Rainbow Shadow» méritait bien un second opus, et c’est une véritable réussite. A écouter en boucle.

Reggie Washington - Rainbow Shadow #2

 

A+

 

 

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02/01/2018

On commence par quoi ?

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Janvier 2018 va être chaud.

Ce n’est pas une prévision météorologique mais un constat jazzistique.

Quoiqu’on en dise, en matière de jazz en Belgique, on est quand même bien gâté. Il suffit de regarder l’agenda de Jazz In Belgium pour constater qu’il y a, chaque jour, des concerts de jazz à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie. Et encore, certains ne sont pas annoncés (parce qu’ils s’organisent en dernière minute, parce que certains organisateurs n’ont pas encore le réflexe de les signaler, ou parce qu’ils oublient…) ! Merci les clubs, merci les musiciens...

Il y a donc les clubs et puis, il y a les festivals.

 

 

Par ordre d’entrée en scène, il y a d’abord le Brussels Jazz festival à Flagey.
Du 11 au 20 janvier, il n’y aura pas moins de 25 concerts parmi lesquels on notera ceux de Archie Shepp, Jasper Høiby, Tony Allen, Soweto Kinch, Kurt Rosenwinkel, Uri Caine, mais aussi Mäâk (qui fête ses 20 ans !), LABtrio, Enrico Rava, Stijn Cools Book Of Air, Shabaka Hutchings ou Matthew Herbert !

Il y aura des projections (Django, Just Friends) et une expo des dessins de Pieter Fannes, et Yann Bagot qui présenteront leur livre : Jazzconcerten op papier.

 

 

Simultanément, à deux pas de Flagey, au Théâtre Marni mais aussi au Senghor et à la Jazz Station, se tiendra la quatrième édition du River Jazz Festival.

A partir du 12 et jusqu’au 27, ce sont Richard Galliano, Nicolas Kummert avec Hervé Samb, Fabian Fiorini et Yves Teicher, Thomas Champagne, LG Jazz Collective, Steve Houben, Anne Wolf, mais aussi Marc Ribot en solo et Or Bareket en quartette qui feront vibrer les trois scènes ! Et celui qui aura l’honneur de suivre le Maelbeek (l’ancien ruisseau qui reliait Ixelles à St-Josse et qui a inspiré le nom du festival) et de se produire le même soir dans les trois lieux avec trois projets différents, n’est autre que Tuur Florizoone.

Et ici aussi, il y aura des expos (Jorge Gonzalez, Horacio Altuna et Gani Jakupi, auteur du merveilleux «Roi invisible»), des conférences, des concerts pour enfants et des projections.

Mais vous êtes peut-être plus attirés par le jazz manouche ? Pas de problème, sinon peut-être celui de votre agenda très chargé. Rendez-vous à Gent, Antwerpen, Bruxelles, Charleroi, Liège et d’en d’autres villes et villages de Belgique (demandez le programme ! ) pour les Djangofolllies !

Lollo Meier, Minor Sing, la famille Cavalière et son Jazzy Strings, Tcha Limberger, Samson Schmitt et bien d’autres viendront swinguer près de chez vous.

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Et pour terminer cet excitant (épuisant ?) mois de janvier, direction Tournai pour son septième Jazz Festival (du 31 janvier au 4 février) !

Partagé entre la Halle aux Draps, le Magic Mirrors et le Conservatoire (rassurez-vous, tout cela tient dans un mouchoir de poche, autour de la Grand Place), on aura droit à une vingtaine de concerts !

On y verra Lisa Simone, Rhoda Scott, Stacey Kent et Michel Jonasz. Mais aussi Phil Abraham, Elia Fragione, Sacha Toorop, Didier Lockwood, Igor Gehenot, Eric Legnini et son Waxx Up et une carte blanche à Stéphane Mercier qui sera entouré, tour à tour, de Nathalie Loriers, David Linx, Jean-Louis Rassinfosse, Bruno Castellucci, Paolo Loveri, Fabrice Alleman, Vincent Bruyninckx, Nic Thys, Daniel Stockart, Toine Thys, Jean-François Prins, et Charles Loos… Wahoo !

Et bien sûr, pendant ces cinq jours (et nuits), il y aura des animations dans la ville, des expos, des projections…

Quand je vous disais que ce sera chaud…

 

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26/12/2017

Diederik Wissels - Pasarela - au Théâtre Senghor

Diederik Wissels est un musicien discret, timide… rare.

Toute sa musique lui ressemble. Depuis longtemps, on le sait, il aime écouter les autres, écouter les respirations, écouter les silences. C’est pour cela qu’il écrit une musique qui permet à ses acolytes - en l’occurrence pour ce récent et très bel album Pasarela soti chez Igloo : Thibault Dille à l’accordéon, Nicolas Kummert au sax alto, mais aussi Victor Foulon à la contrebasse et Emily Allison au chant - de se laisser aller et de prendre des libertés. Et tout cela avec beaucoup de délicatesse, de respect et de tendresse.

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C’est ce nouveau travail que le pianiste présentait au Théâtre Senghor le 8 décembre.

L’ambiance est feutrée et retenue lorsque les cinq musiciens prennent possession de la scène. C’est que la musique est fragile, on le sait, alors on se tait et on ferme presque les yeux.

Le groupe nous entraine vers des paysages nébuleux, lumineux, purs. Des endroits où personne ne semble jamais avoir été avant. Les mélodies et les harmonies s’entremêlent. Les rythmes flottent en battements lents. Il y a quelques accents celtiques lointains qui se mélangent à une sorte de tarentelle lente à peine esquissée. Des feulements de voix, des souffles de sax, des pincements d’accordéon. C’est comme une prière faite aux dieux des brumes, à la fois pleine de regrets et d’espoirs.

Les morceaux s’enchaînent. La voix lancinante d’Emily et la basse sporadique de Victor tressent des rideaux translucides.

En trio, légèrement nostalgique et de façon très introspective, Diederik semble raconter des histoires étranges, de rendez-vous manqués, des rêves inachevés. Sa musique est profonde, comme si elle nous poussait à interroger des esprits, ou simplement à s’interroger sur nous-mêmes. Diederik cultive le doux, le temps qui passe et qui s’étire, les silences. Il laisse le temps à Nicolas Kummert ou à Thibault Dille de développer des idées. Un long passage en solo, lancé par l’accordéoniste, permet d'apprécier le faux romantisme et la vraie personnalité du leader. Sous des dehors polissés d’une musique qui se veut calme et onirique, couve un tempérament brûlant. On sent chez lui une certaine rage contenue. Ça bouillonne. Mais le pianiste canalise et veut toujours ramener la paix et le calme. Parfois, il s'accompagne de légers rythmes enregistrés, mi électro, mi organique, mais ce sont surtout le saxophoniste, en un jeu très impressionniste, et l’accordéoniste, qui réinvente les sons, qui l’aident magnifiquement dans cette quête. Il y a une véritable osmose entre eux, et lorsque Emily Allison ou Victor Foulon reviennent compléter l’ensemble, ce n’est que pour mieux renforcer cet esprit de groupe.

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Après une heure seulement, s'excusant presque d’être là, Diederik présente ses musiciens. Il préfère nettement les laisser jouer. Alors on les écoute encore. Et on se laisse à nouveau envahir par une certaine torpeur bienveillante.

La musique de Diederik Wissels est décidément bien singulière. Et rare.

Il faut savoir en profiter.

 

Merci à ©Pierre Hembise pour les images

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28/11/2017

Fred Hersch Trio à Flagey

Le pianiste Fred Hersch vient de sortir un album solo sublime, Open Book, dans lequel il se dévoile peut-être encore un peu plus. Gay, séropositif, deux mois dans le coma suite à une complication… ce n'est plus un secret depuis longtemps et l'homme assume, revendique, en fait un combat, une force. Le film «The Balad Of Fred Hersch», projeté juste avant le concert à Flagey - et que je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir - retrace et parle de tout cela, de tout ce qui lui a forgé un sacré caractère.

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Fred Hersch, c'est de la finesse et de la sensibilité au bout des doigts. On a parfois rapproché son style de celui d'un Bill Evans, mais il a su - surtout depuis qu'il a échappé à la mort - forger son style. «You don’t have to reinvent the wheel all the time. If there is one little aha moment during a concert, it is more than enough.» lui souffla un soir à l’oreille Stan Getz.

C'est ce que Fred Hersch a fait ce soir à Flagey. Et des «aha moments», il y en a eu plus d’un.

Frêle, presque timide devant son piano, entouré de ses deux amis de longue date, John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie, le leader démarre un morceau de Kenny Wheeler «Everybody’s Song But My Own».

Même quand il joue ce morceau de façon plutôt déliée, presque décharnée, très tachiste, il y a un lyrisme diffus qui en émane. La batterie suit pas à pas le piano et rebondit sur les notes. Puis la contrebasse prend le pas et Fred Hersch la laisse s'exprimer, seule. Du grand art. On est en suspend.

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Le trio joue les surprises et les fausses fins. C’est un superbe numéro d’équilibristes. Les tensions et les percussions se mêlent à la fragilité des mélodies et des harmonies.

Sans jamais casser la magie, Fred Hersch prend le temps de présenter les morceaux. «Skipping», «Snap»… Le climat est intimiste, fragile et à la fois tranchant.

Eric McPherson joue sur toutes les surfaces de sa batterie, sur les pieds, les bois des fûts, les tiges. C’est d’une finesse et d’une justesse incroyables. Quant à John Hébert, il est toujours à l’affut. Il prend à sa charge une longue partie mélodique, presque en solo, d’un morceau plus «nocturne» et mélancolique. Douceur, volupté… le son est absolument parfait. Le niveau sonore est assez bas et permet à la musique de prendre tout l'espace de ce magnifique Studio 4. C'est pratiquement un concert acoustique. Feutré et brillant.

Le trio joue, invente et réinvente. Un hommage à Rollins, façon calypso, des variations sur «Serpentine», un très gershwinien «Big Easy Blues», un thème de Wayne Shorter, «For No One» des Beatles ou un dernier thème de Monk qu'il va chercher dans les profondeurs du piano, comme s'il y était enfoui, comme s’il fallait creuser pour le déterrer. Fascinant.

Fred Hersch possède un sens de la narration très personnel, bien actuel, plein d'ellipses, de contrepoints, de mélanges de points de vue, de pulsations. L’approche est très contemporaine mais toujours mélodique.

Il nous a offert une heure et demie de concert en gris et bleu, plein d'ambiances et d'atmosphères. Un peu doux amer. Il a subjugué le public.

Pour le «encore», Fred Hersch revient en solo, une fois, deux fois, trois fois et nous offre «And So It Goes» de Billy Joël, une impro qui se frotte à Monk et finalement le touchant «Valentine».

Magnifique panorama des talents, de l'esprit et des lointaines influences qui font que Fred Hersch est Fred Hersch… et personne d'autre.

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Merci à ©Pieter Fannes pour les superbes illustrations !

Pieter présentera avec Yann Bagot, le livre «Live. Jazzconcerten op papier», qui rassemble des dessins de concerts de jazz. Cela paraitra chez Bries. Il y aura une présentation, le 14/01/18 à Flagey, accompagné d'un concert dessiné. Notez déjà le rendez-vous, ça vaudra la peine. Toutes les infos ici

 

 

 

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26/11/2017

Enrico Rava Quartet au Senghor à Bruxelles

La jolie et intime petite salle du Senghor aurait pu être bien plus remplie pour accueillir l’icône italienne de la trompette, Enrico Rava. C'est vrai, c’était une occasion unique de l’écouter, presque, comme dans un club. Rassurez-vous, il y avait quand même pas mal (et même beaucoup) de monde.

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Ce soir, ils sont quatre sur scène pour présenter le dernier album en date de Rava, Wild Dance sorti en 2015 chez ECM : Francesco Diodati à la guitare, Gabriele Evangelista à la contrebasse et Enrico Morello à la batterie.

On le sait, le leader de 76 ans aime aller à la découverte de nouveaux talents, de s’entourer de jeunes musiciens et de jouer, en quelques sortes, les passeurs, les pygmalions. Alors, le premier thème résonne un peu comme une fête un peu potache et bouillonnante dans lequel Rava, à coup d’appels de bugle, rassemble sont équipe comme pour leur demander si elle est bien là, si elle est bien prête à jouer et à échanger.

Le groove feutré s’installe et… c’est parti.

La batterie caresse les rythmes, la basse chantonne, la guitare éclabousse quelques riffs. Le bugle se chauffe sur une mélodie aux accents légèrement orientaux.

Rava et son groupe enfilent les titres du dernier album sans aucun temps mort. Ils envoient le chaloupé «Don’t», le nerveux et groovy «Infant» dans un style post bop, le vif «Cornette» ou encore le nébuleux «Wild Dance»... Les thèmes sont brièvement exposés mais sont surtout propices à la transformation, l’improvisation, au voyage et à la liberté. Après le piano de Stefano Bollani ou le trombone de Gianluca Petrella, c'est à la guitare que Rava donne la réplique, un peu comme il le faisait à ses débuts avec John Abercrombie, par exemple. Francesco Diodatti use avec finesse de quelques effets électro et de loops et les griffures métalliques, les glissades sur les cordes agissent comme des coups de foudre.

Et puis, il y a tout le lyrisme du jeu de Rava. Il y a cet équilibre entre douceur ouatée et vent frais et vivifiant. Il y a cette espèce de focus qui perce les flous et qui met en valeur la mélodie. Il y a ces déchirures, ces quelques traits de pinceau sur un tableau calme, ces coups de griffes de félin qui ne veut que jouer. Tout cela est presque cinématographique. Bien sûr il y quelques légères imperfections dans le jeu de Rava, il n'a plus 20 ans, mais il y a une telle humanité et une telle vérité dans le son qui le rend unique. Et ce sont ces petites rides qui font tout le charme et toute la force de sa musique.

Rava reprend aussi quelques classiques comme «Les lilas de mai» de Michel Legrand avec beaucoup de sensibilité et de tendresse, ou des standards comme «Zingaro», tout en subtilité et mystère.

Et on alterne les thèmes oniriques avec d’autres plus enlevés qui permettent souvent de longs échanges improvisés, de bouillonnements presque free. On laisse toujours de la place au guitariste ou au bassiste (excellents de bout en bout) avant de revenir à l’impro collective. Rava semble toujours ouvrir des pistes, proposer des chemins non balisés. Sans doute adapte-t-il même sa set-list suivant l'inspiration du moment.

Durant tout le concert, Rava ne parle pas, il enchaîne les morceaux sans jamais s’adresser au public. Il joue beaucoup avec ses musiciens en face à face, se tourne rarement vers le public. C'est la musique du groupe qui l'intéresse et qu'il veut partager. Et c’est elle qui nous atteint.

Et, à la manière des boppers, et comme pour leur rendre hommage, il termine le concert avec un bref thème indicatif… avant de revenir pour un tout aussi bref rappel, plein de vivacité et de densité.

C'est beau le jazz quand même...

Merci Enrico.

 

 

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19/11/2017

Fabien Degryse & Joël Rabesolo Duo - Au Marni

À gauche, Fabien Degryse, guitariste droitier, et à droite, Joël Rabesolo, guitariste gaucher

Ils étaient tous deux sur la scène du Marni ce jeudi 16 novembre pour présenter leur tout nouvel album Softly… .

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Joël Rabesolo vient tout droit de Madagascar. Il est arrivé à Bruxelles pour y poursuivre ses études et approfondir sa connaissance du jazz au conservatoire. C’est là qu’il rencontre Fabien Degryse.

L’élève et le maître ? Pas vraiment car le Malgache a emporté avec lui un joli bagage (un premier prix de guitare jazz, une collaboration avec les meilleurs musiciens de son pays au sein du Malgasy Guitar Masters et une série de concerts avec Linley Marthe). Entre Joël et Fabien, la connexion se fait rapidement et chacun voit et entend ce que l’autre peut lui apporter.

Le bar du Marni a fait le plein, la lumière est tamisée et les deux musiciens entament en toute simplicité «Vonianvoko», une chanson populaire malgache, puis une belle version, toute en légèreté, de «Stompin’ At The Savoy».

Les échanges entre les guitaristes sont étonnants de fluidité. Degryse assure d’abord la basse puis les rôles s'inversent en souplesse. Et ensuite tout se mélange, les questions, les réponses, les non-dits. Le dialogue est subtil et vif. C'est un brillant voyage sur une petite route de campagne dans un soleil couchant. Il y a comme un petit parfum de Toots qui flotte, un peu de Grappelli aussi…

La prise de guitare «à l'envers», c’est à dire que les cordes graves se trouvent en dessous, offre un phrasé particulier à Rabesolo. Quant à la maîtrise du finger picking de Degryse, elle n’en est pas mois surprenante.

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«{Six-(E[ight} Bar] Blues)» évoque le sud avec un son comme étouffé par une chaleur sèche alors que la mélodie perle sur les cordes comme autant de gouttes de sueurs. Puis, un autre morceau se fait plus folk. Et un autre plus jazz. Il y a des regards, des échanges, des encouragements et beaucoup de respect. Tout cela se sent. Fabien laisse d’ailleurs le soin à Joël de présenter les titres, de raconter un peu son parcours, de dire qu’ils s’amusent. Et Joël de s’arrêter de jouer pour écouter Fabien improviser du bout des doigts sur la caisse de sa guitare sur «Naufrage en Drôme».

On sent une vraie tendresse entre les musiciens et un réel plaisir à jouer ensemble, à se surprendre, à s'écouter. On cache la virtuosité - ou, en tout cas, elle n'est pas mise en avant – même si elle est indispensable pour pouvoir servir cette musique apparemment simple mais tellement sophistiquée.

«Pagalana» alterne la douceur et le joyeux, «Muir Woods» se fait mélancolique et introspectif. Puis, Rabesolo improvise, en solo, un long morceau qui respire l’Afrique. Et Degryse enchaine à son tour, en solo et en clin d’œil, avec «(In My) Solitude».

Il y aura encore un «Bye Bye Blackbird» touchant et un sifflotant «O17». Et en rappel – les deux musiciens nous épargnant avec humour le coup de la sortie de scène – on aura droit à un emblématique «Softly As In A Morning Sunrise».

Pourquoi s'encombrer de fioritures et de conventions, tout est dans la musique. Et nos deux jazzmen nous l’ont offerte avec beaucoup de générosité et d'élégance.

 

Merci à mon duo de photographes (©Olivier Lestoquoit – pour Joël Rabesolo et ©Roger Vantilt pour Fabien Degryse) pour les jolies images…

 

 

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18/11/2017

Chrystel Wautier - The Stolen Book à la Jazz Station

Elle a pris son temps, Chrystel Wautier. Elle a pris du temps pour se construire un vrai et beau répertoire. Pour se trouver une musique qui lui ressemble, une musique à la fois lumineuse, brillante et légèrement mélancolique.

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Depuis quelques années déjà, on sentait qu’elle voulait prendre quelques chemins de traverses. De s’éloigner ostensiblement du «jazz» avec un grand «J», deux grands «Z» et l’accent circonflexe sur le «A» majuscule. Sans le dénigrer pour autant. Loin de là.

Elle a gardé du jazz - et de la soul aussi - ce sens du placement, ce balancement, ce swing léger et sensuel qui permettent à ses chansons d’aller bien au-delà de la pop. Parmi ses influences, elle cite Gretchen Parlato ou Stevie Wonder par exemples, et Ella n'est jamais loin.

Avec Cédric Raymond, pianiste, co-compositeur et coproducteur, ils se sont bien compris et les arrangements s’en retrouvent aussi efficaces que délicieux. Et puis, Chrystel s'est entourée de musiciens qui savent y faire : le très mélodieux Jacques Pili à la contrebasse, Jérôme Klein, fin, inventif et aérien, à la batterie et le toujours étonnant et surprenant Lorenzo Di Maio à la guitare électrique.

Mercredi 15, la chanteuse était invitée par les Lundis d’Hortense à la Jazz Station. Et le public était nombreux au rendez-vous.

On démarre au petit trot avec «Into The Dust» et «The Waiting» pleins de reliefs, puis on continue avec «B Town», légèrement bossa. Le son est chaud, la voix est affirmée et d’une justesse irréprochable. On se laisse porter avec douceur.

Chrystel rayonne de bonheur et son plaisir d’être sur scène est partagé. Elle n’hésite pas à raconter la genèse de ses compositions, à partager quelques anecdotes, à donner quelques clés. Ses chansons ne se contentent pas d’être jolies, elles sont souvent bien plus subtiles et profondes. Ecoutez «The Stolen Book», «A Warrior» ou «Far Away»…

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Elle reprend aussi «Le soleil donne» de Voulzy, dans un arrangement que peu auraient imaginés. Et c'est ce que l’on peut vraiment appeler une revisite car il y a tout l'esprit et l'essence de l’original avec, en plus, une mise en valeur d’un message qui nous avait peut-être échappé à l’époque... Et puis, ici aussi, on tourner autour de la mélodie, on laisse de l’air, on laisse danser, on laisser écouter.

Voilà ce que Chrystel a aussi gardé du jazz : l'espace. De l’espace qu'elle laisse à ses musiciens pour improviser. Et c’est un vrai plaisir de se laisser embarquer par la fougue de Lorenzo Di Maio ou le jeu tout en ondulations de Cédric Raymond. «Conversation» et «Beauty Is A Mystery» s’enchaînent et puis, avec beaucoup d'émotions et de pudeur, Chrystel raconte ses origines au travers de «The Stolen Book». Elle raconte son Ukraine lointaine. Elle raconte le sang qui coule dans ses veines, son histoire passée, presque oubliée, presque volée par les silences. On la sent fragile. C’est très émouvant et touchant.

On revient alors à un peu plus de «légèreté» avec «My Love And I», «Let’s Fall», «You Make Me Feel So Good» et «Before A Song» en rappel bien mérité.

Le voyage est beau, simple, plein de douceur, de sensualité et de fraîcheur.

Les deux sets s’équilibrent entre humour et émotion, sans banalités, sans clichés… mais avec beaucoup de sincérité. Et c’est ça qu’on aime.

Merci ©Roger Vantilt pour les images

 

 

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11/11/2017

Kris Defoort Diving Poet Society - Jazz Station

Ai-je déjà été aussi ému par un concert ?

Oui, sans doute. Mais ce dernier concert de Kris Defoort à la Jazz Station m’a quand même bien remué. Pas nécessairement par l’énergie, la force ou le groove, (quoique)… mais par l’émotion, la délicatesse et l’adrénaline qu’il provoque.

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C’est un peu comme si une aiguille fine était venue toucher une terminaison nerveuse jusqu’alors inconnue. Douce sensation.

Kris Defoort présente donc son dernier projet Diving Poet Society avec son trio habituel (Nic Thys à la basse électrique et Lander Gyselinck aux drums) augmenté de deux invités de choix : Guillaume Orti au sax tenor et Veronika Harcsa au chant.
Le disque m’avait déjà fasciné dès la première écoute. La sensation s’est renouvelée et s’est confirmée en live.

Avec une poignée de notes abstraites, jetées on ne sait comment et qui retombent on ne sait où, le pianiste trace quelques lignes de pure mélancolie, tout en économie. «Le vent des Landes» flotte dans la salle puis se lève peu à peu. Du bout des baguettes, Lander insuffle alors un groove sec, la basse électrique galope, le piano répète un motif qui se balance de haut en bas. «Tokyo Dreams» se révèle doucement. C’est puissant mais tellement léger…

Et soudain, comme venu de nulle part, Guillaume Orti, du fond de la salle, lâche quelques notes. La musique prend une autre dimension. Le mystère s’épaissit, Kris et son groupe jouent avec l’espace, comme pour nous déconcerter… ou nous rendre plus attentif.

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Veronika Harcsa rejoint alors le reste de la troupe. On entre dans le vif du sujet avec 3 morceaux, presque une suite, («The Pine Tree And The Marching», «The Pine Tree and The Fire» «Liquid Mirors») extraits de l’album et basés sur les poèmes de Peter Verhelst.

La voix de Veronika Harcsa est un instrument d’une justesse incroyable. Les paroles sont découpées avec une précision étonnante, chaque mot se charge de sens. Parfois aussi, elle laisse traîner le souffle comme le ferait un shruti box indien. Elle maintient la note, basse, presque inaudible et pourtant bien présente. Pendant ce temps, les mesures se mélangent, les cycles rythmiques s’entrelacent. C’est passionnant.

«Diving Poets», qui donne le nom à l'album et qui est dédié à la mémoire de Pierre VanDormael avec qui Kris eut de très longues et profondes discussions, est un chant intime et presque hypnotique. Les peaux craquent, le sax crachote, le piano égraine quelques notes éparses. On est dans les nuages, dans le coton, dans un autre monde. Orti improvise avec finesse et épouse le chant d’Harcsa, à moins que ce ne soit l’inverse. La voix est sur la même, mais alors vraiment la même (!), fréquence que celle du sax ou du piano. Ça chante à l'unisson pour mieux se diluer par la suite. On est sous le choc. On en pleurerait presque. Et l’on remarque à ce moment la qualité d'écoute du public. Un vrai bonheur.

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Pour ne pas casser la fragilité de l’instant, tout se joue en un seul et long set.

«Deepblauwe Sehnsucht» et «New Sound Plaza» se confondent. On se croirait perdu dans les brumeuses divagations d’un Leoš Janáček. Veronika Harcsa aurait pu être chanteuse d’opéra… ou de rock. Car ça éclate soudainement. Sur un motif répétitif, Lander Gyselinck provoque un incendie, Guillaume Orti, en bon pyromane, attise le feu, Kris tisonne et Nic Thys souffle sur les braises. Ce dernier joue de sa basse électrique comme si elle était acoustique. Il y met de la chaleur, de la profondeur, du boisé. Le son est monstrueux de force contenue, de beauté et d'intensité. Le tourbillon ascendant semble aller vers l'infini. Le moment est incroyable, hypnotique et émouvant.

Emouvant comme cet hommage à Billie Holiday, presque fantomatique («Heavenly Billie»). La chanteuse prend son temps pour déclamer, pour respirer. Les pianiste, bassiste, saxophoniste et batteur jouent les peintres de la musique. Ils jouent avec les nuances, les traits fins, les pleins et les déliés… Fascinant.

Tonnerre d’applaudissements.

En rappel, car on en veut encore, le quintette nous livre un morceau brûlant et nerveux comme un «Music Is the Healing Force of the Universe» de Albert Ayler. Eclaté et pourtant terriblement concis. C’est comme une boule à neige que l'on secoue avec excitation et dont les flocons, prisonniers du globe, s’affolent et finissent par retomber, épuisés.

La plongée au cœur de cette étrange «Society » est décidément une expérience poétique incroyable que l’on se souhaite de revivre au plus vite... En sachant que ce sera sans doute différent mais que ce sera certainement tout aussi fort.

A très vite, donc….

(Merci à ©Roger Vantilt pour ses merveilleux clichés)

 

 

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06/11/2017

Jason Moran - In My Mind - à Flagey

Pour célébrer le centenaire de la naissance de Thelonious Monk, Flagey a eu la bonne idée, parmi d’autres excellentes initiatives, d’inviter Jason Moran et son projet «In My Mind : Monk At Town Hall». Un concert, créé en 2009, qui suit la trame de celui que donna le génie du piano en 1959 à New York.

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Il s’agit en fait d’un concert/concept «multimédia». Comprenez par là qu’on projette images d’époque, textes et témoignages sonores de Monk mis en scène par le vidéaste David Dempewolf, tandis que les musiciens jouent live à l’avant-plan.

Jason Moran a donc réuni sur scène Tarus Mateen (eb) Nasheet Waits (dm), Immanuel Wilkins (as), Walter Smith III (ts) Ralph Alessi (tp) André Hayward (tb) et Bob Stewart (tuba). Autant dire qu’il s’agit quand même d’une belle brochette de jazzmen dignes des Donald Byrd, Phil Woods, Charlie Rouse, Pepper Adams, Art Taylor et les autres de l'époque.

Jason Moran arrive d’abord seul sur scène, s’installe au piano et pose un casque sur les oreilles. Dans la salle se propage alors l’enregistrement original de «Thelonious». Jason écoute puis improvise, répond au jeu de Monk, dialogue avec lui. Un peu étrange et légèrement déstabilisant au début, un peu comme peut l'être la musique de Monk à la première écoute.

Tout le band entre alors sur scène tandis que la voix de Monk tente d’expliquer la conception de sa musique.

Et l’on reprend «Thelonious», puis «Friday The 13th». En respectant les mélodies mais en prenant des libertés. Nasheet Waits impose un drumming claquant et inventif. Comme s’il venait jeter des pétards sous les pieds des musiciens. Tarus Mateen, bien qu’à la guitare basse électrique, garde un son chaud et rond, plein de tension.

L’idée de projeter simultanément des images, flashy et de façon saccadée, est quelque fois perturbante, mais les témoignages de Moran ou de Monk, parfois émouvants, parfois drôles, permettent de mettre en perspective la démarche des deux pianistes. On apprendra ainsi que Jason Moran a découvert la musique de Monk à l’âge de treize ans, lorsque ses parents regardaient à la télévision les images d’un crash aérien dans lequel étaient impliqués des amis, tous commentaires éteints, et qu’ils écoutaient «Round Midnight». On peut parler d’un double choc.

Moran en profite alors pour introduire un enregistrement de rythmes africains, drums et tambours, pour évoquer les origines, la ségrégation, les brimades infligées à Monk et à ses parents. Puis il nous ramène à ’59 et nous projette ensuite au présent par l’entremise d’un solo stupéfiant de Nasheet Waits.

Et on reprend le chemin de Town Hall.

«Monk’s Mood» se joue tout en nuances, Jason Moran laisse de l’espace au deux saxophonistes pour broder et improviser. Tant Walter Smith III que Immanuel Wilkins s’en donnent à cœur joie. Puis c’est le fabuleux «Little Rootie Tootie». Et ici, c’est tout l’orchestre qui se donne à fond, qui s’amuse et qui swingue. Les interventions de Ralph Alessi sont percutantes, celles du tromboniste André Hayward ou de Bob Stewart ne le sont pas moins. Monk n’aimait pas le son d’un big band, disait-il : «Il sonne trop raide». Pour le coup, Jason Moran et sa bande ont bien compris le message.

«Off Minor» enchaîne puis s’enchaîne à la voix de Monk qui répète inlassablement «In my mind, in my mind... ». Tout se dilue comme dans un rêve et Jason Moran reprend en solo «Crepuscule With Nellie», de façon poétique, énigmatique…

De façon très monkienne.

Après le salut final, plutôt qu’un rappel, Moran et tous les musiciens descendent dans la salle en jouant, comme lors un enterrement festif à la Nouvelles Orléans, entrainant derrière eux le public vers la sortie.

Dans le hall de Flagey, ils y improviseront encore quelques longues minutes.

Oui, la musique de Monk, toute aussi cabossée et complexe soit-elle, est dansante, vibrante, surprenante et surtout... surtout… toujours bien vivante.

 

"In My Mind" (opening clip) from Center for Documentary Studies on Vimeo.

 

 

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05/11/2017

Carla Piombino - Salle Dublin à Bruxelles

La salle Dublin à Ixelles s’est faite toute belle et a fait le plein pour accueillir Carla Piombino, jeune chanteuse italienne qui vit en Belgique depuis maintenant 6 ans. Elle y a beaucoup joué, entre autres avec son saxophoniste de mari Angelo Gregorio, mais pas nécessairement dans le circuit «traditionnel» jazz. C’était une découverte pour moi.

Ce soir elle présentait Take A Chance, son premier album.

 

 

Pour l’accompagner, on retrouve quelques jeunes et prometteurs jazzmen déjà entendu ici ou là, comme Lucas Vanderputten aux drums, Julien Gillain au piano et Antoine Guiot à la contrebasse et, plus tard, viendront s’ajouter Pauline Leblond (tp), Abel Jednak (as), Timothé Le Maire (tb) et bien entendu Angelo Gregorio (ts).

Carla Piombino démarre avec un thème folk jazz de Madeleine Peyroux «Don't Wait Too Long» dont elle prend les intonations et l’accent. Et franchement ça fonctionne, si tant est que l'on aime Madeleine Peyroux.

Carla sourit et parle beaucoup, on la sent un peu fébrile, un peu nerveuse et excitée. Ce moment est le sien et elle veut vraiment le partager avec tous.

Alors elle enchaîne standards jazz, chansons pop et quelques compositions originales.

Ça marche bien sur «Nostalgia in Salerno», «To Close For Comfort», avec de belles interventions des soufflants, l’amusant et burlesque «Can’t Take You Nowhere» ou «Everybody’s Song But My Own» aux arrangements de mini Big Band très réussis.

On est moins convaincu sur les chansons pop empruntées à Pino Daniele et surtout sur «Jóga» de Björk. Il y aura encore un «You Don’t Know What Love Is» assez gentil, «Trow It Away» d’Abbey Lincoln un peu trop lisse et quelques traditionnels italiens sympathiques.

Entre jazz un peu convenu, plutôt propre, et chansons bluesy folk, le moment est assez agréable. Carla a une belle présence sur scène, elle est charismatique et toujours souriante et le public semble avoir apprécié.

A+

02/11/2017

Fred Nardin Trio à l'Archiduc

Un concert qui commence par «I Mean You» de Thelonious Monk est déjà un bon concert. En tous cas, si le morceau est joué comme le joue Fred Nardin, «jeune» prodige du jazz français.

Le pianiste parisien (d’origine bourguignonne) était pour deux jours à Bruxelles, lundi 16 et mardi 17 octobre à l'Archiduc, pour présenter Opening, son tout nouveau disque en trio.

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Sur l’album, il est en compagnie de Or Bareket à la contrebasse et de Leon Parker aux drums. Ce mardi à Bruxelles, c’est cependant Rodney Green qui tient les baguettes. Il n’y a pas à dire, Fred Nardin sait s’entourer.

Pour la petite histoire, Fred Nardin est aussi le co-fondateur de l’Amazing Keystone Big Band qui a joué avec Cécile McLorin Salvant, Quincy Jones, Gregory Porter - excusez du peu – et est sideman, entre autres, de Gaël Horellou, Charnett Mofett, Sophie Alour, Didier Lockwood, Stefano Di Battista ou encore Jacques Schwarz-Bart

Tout cela démarre donc très fort et ne va pas baisser en intensité.

Derrière une posture plutôt détendue, le pianiste a un sacré tempérament. Pas de grimaces, pas de torsions de corps dans tous les sens, pas de gestes inutiles : il reste souriant et droit sur son tabouret alors que ses doigts courent à une vitesse folle sur le clavier. On décèle ici et là dans son jeu des respirations à la Ahmad Jamal, des accélérations à la Chick Corea, des attaques à la McCoy Tyner, des brillances à la Oscar Peterson… Bref, il sait de quoi il parle, il a le jazz dans les doigts et l’interaction avec ses deux camarades n’en est que plus évidente.

«Don’t Forget The Blues», avec ce feulement tendu et roulant de la batterie, son beau solo de contrebasse, découpé et plein de soul, cet ostinato plein de nuances rythmiques qui donne de la souplesse à un jeu sec et clair, est une véritable petite pépite. Le pianiste sait lancer la machine et la laisser «rouler», en y injectant avec intelligence quelques vamp pour titiller l’intérêt. Rodney Green est toujours à l'écoute, toujours présent et tellement discret.

Même dans les ballades, comme sur «Lost In Your Eyes» le trio impose une belle pulsation. Or Bareket - retenez bien ce nom - ne reste pas seulement à l’affut ou en soutien du leader, mais il trouve toujours un espace pour ajouter un pointe d’émotion.

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Sans temps mort, le trio attaque «The Giant», qui pourrait être un standard tellement il est bien écrit, travaillé et semble déjà patiné par le temps, et pourtant, c’est un morceau composé par Nardin lui-même. C’est sûr, il a tout assimilé du jazz. Le drive de Rodney Green est énergique, très bop et pourtant très contemporain. La machine est lancée à toute vitesse. Nardin enfile les arpèges, monte et descend sans faiblir, trouve encore le temps d’y injecter quelques citations tandis que la rythmique pousse encore et encore. Et puis c’est «You’d Be So Nice To Come Home To» plein de reliefs, «Parisian Melodies» qui mêle le romantisme français à la Fauré ou Debussy avant de se transformer en transe sur un motif bref et obnubilant. La science et l'intelligence de jeu de Rodney Green fait merveille. Les silences, les reprises, les tensions… Tout joue. Quelle dynamique !!

Et que dire de ce «Green Chimneys» et la façon de se réapproprier Monk sans en prendre les tics mais en gardant tout l'esprit ? Jouissif.

Les deux sets passent à la vitesse de l’éclair. Le public est accro.

Après un dernier «Travel To…» éblouissant, Fred Nardin ne peut refuser un rappel mille fois mérité et propose alors, en solo, «Speak Low» sur un rythme effréné. Hé oui, il aime ça ! Mais son jeu est clair, son phraser limpide et l’articulation sans faille. On jubile.

Voilà un trio qui fait la synthèse entre tradition et modernité avec panache.

Ceux qui ont raté ça auront droit à une séance de rattrapage à la Jazz Station dans le courant de l’année prochaine. Soyez attentif, vous ne serez pas déçus.

 

 

A+

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01/11/2017

Round Trip Trio + Jason Palmer au Sounds

Vendredi 13 octobre, rendez-vous au Sounds avec Round Trip Trio pour la sortie de Traveling High (chez Fresh Sound New Talent). Le groupe, drivé par Julien Augier (dm) entouré de Mauro Gargano (cb) et Bruno Angelini (p) poursuit un «concept» qui consiste à inviter un musicien américain à cette rythmique européenne.

C’est ce qu’explique le batteur, de façon très didactique, détaillée et enthousiaste en introduction au concert.

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J’avais déjà vu le trio lors de sa venue à Bruxelles en 2014 avec, cette fois-là, Mark Small. D’autres projets sont en gestation, notamment avec les saxophonistes Dan Pratt ou John Ellis. Mais pour l’instant, c’est le trompettiste Jason Palmer qui est l’hôte de Round Trip et c'est lui qui figure sur ce premier album.

L’entrée en matière se fait de manière très souple et lyrique avec «Otrento» (de Gargano). C’est d’abord le côté romantique et lumineux d’Angelini qui est mis en avant et qui entraine Jason Palmer dans un dialogue d’une grande délicatesse.

Il en va d’une toute autre manière avec le morceau suivant écrit par Jason Palmer (dont je n’ai pas retenu la nom). Introduit longuement par le trompettiste, à coup de phrases courtes et de growl, le morceau nous embarque dans un groove haletant et nuancé. On emprunte des routes vallonnées à toute vitesse, Bruno Angelini déglingue le tempo pour mieux le relancer, Mauro Gargano passe du gros son au pizzicato nerveux et finalement Julien Augier reprend le drive. Grisant !

En deux morceaux, le trio a défini le terrain sur lequel il allait jouer : entre la tradition afro américaine et une certaine conception de la musique européenne. Entre l’énergie et la sérénité, entre la spontanéité et la réflexion. Proposant à chaque musicien de venir avec son bagage, son accent, sa culture. Un rendez-vous sur un vrai terrain d’entente en quelque sorte.

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A partir de là, chacun écoute, propose, répond, construit. Et l’on passe rapidement d’une musique assez élaborée à un swing organique très moderne. On monte vite en puissance, sous l'impulsion d'Angelini au toucher alerte et sophistiqué, qui joue les contrepoints, occupe tout le clavier, alterne les mélodies, harmonies et dissonances avec toujours beaucoup d’à-propos. Il peut être à la fois lyrique et, aussitôt après, presque free. Et le courant passe à merveille entre lui et Jason Palmer. L’américain possède un son clair et précis, comme celui d'un post-bopper frénétique, mais aussi, parfois, un son plus «sale» et rauque à la Armstrong... Ou alors, il est d’une légèreté presque éthérée.

«Third Shift», «In A Certain Way» ou «Jtrio» s’écoutent comme autant d’histoires différentes et communes à la fois. Avec un point de vue qui diffère toujours.

Dans un discours fluide et sans fioriture, Julien Augier, en leader de bon goût, laisse souvent la parole à ses acolytes. Et quand il prend des solos, c'est toujours en fonction de la musique et non pas pour faire de la musculature.

Pour terminer ce très bon concert, le groupe invitera encore le trompettiste Adrien Volant (venu saluer son ami Jason) à partager un standard envoyé avec une belle fougue.

Round Trip Trio and Guest, remplit vraiment bien le contrat qu’il s’est fixé. On le réécoutera donc encore avec intérêt et on suivra sans nul doute ses évolutions à venir, avec Jason Palmer ou avec d’autres.

 

 

 

A+

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26/10/2017

Robin Verheyen, Bram De Looze, Joey Baron - Monk au Monk

 

Thelonious Monk a 100 ans.

Le 10 octobre, Thelonious Monk a 100 ans ! Alors, mardi, de midi à 19h., à Flagey, en compagnie de Marc Van den Hoof, on écoute toute, toute, mais alors vraiment toute l’œuvre du génie du piano.

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Mais la veille, le lundi 9 au soir, dans "Jazz", l’émission de Lies Steppe sur Klara, on écoute et on évoque aussi Monk. En long et en large, de 18h. à minuit !

Au micro de Lies, se succèdent musiciens et spécialistes, Guy Peters, Peter Vermeersch, Claire Chevallier et Rob Leurentop.... Tout ça, en direct du Monk café, à Bruxelles ! Évidemment.

Et pour que la fête soit totale, Klara a eu la bonne idée d’inviter aussi le trio du saxophoniste Robin Verheyen (avec Bram De Looze au piano et Joey Baron aux drums), qui, à l’invitation de Bozar - ou il a joué quelques jours plus tôt - a concocté un programme spécial ! Et ce soir, tout ça, c’est gratuit ! N'est-ce pas un très beau cadeau d'anniversaire, ça ?

Autant dire que le bistro de la place Sainte Catherine est bourré à ras bord.

Vers 21h., le trio prend possession de la scène dans une chaude ambiance.

Des notes de piano comme venues d’un autre monde, un sax qui claudique, puis des balais qui précisent le tempo. C’est découpé, cinglant et sec. Le swing est nerveux et dégraissé jusqu'à l'os. Robin envoie des riffs brefs, Bram ponctue et éclabousse, Baron fouette. «Bans», la compo originale de Robin claque et est bien dans l’esprit monkien ! Quelle entrée en matière !

«Ugly Beauty» se fait ultra introspectif et crépusculaire. On effleure la mélodie avec nuance et parcimonie. On laisser respirer les silences. On est suspendu au souffle profond de Robin et aux contrepoints étonnants de Bram. «Bye-Ya», introduit aux percus, mains nues, par Joey Baron n’en finit plus de s'ouvrir. Robin Verheyen, au soprano pincé comme du Steve Lacy, invente, sculpte, s'évade. Le trio détricote le morceau, le rapièce, le malaxe.

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Enfin, une longue improvisation plus délicate, presque pastorale, rappelant un peu Ravel, prend forme. Robin virevolte, sans jamais prendre de la hauteur, comme pour rester à butiner avec la batterie, au plus près du piano de Bram, déconcertant, souple et élégant. Ce «rase-motte» étonnant nous amène à «We See», qui, lui, n'en finit plus de s'élever.

Break. Fin du premier set... Et malheureusement, je n’assisterai pas au second. J'écouterai encore un peu l'émission à la radio. Avant de m'imaginer la suite...

Monk ! Compositeur unique. Monk qui surprend encore et toujours, et qui permet aux jazzmen (qui ont assimilé l'esprit et la pseudo folie du maître) de se réinventer en toute liberté. Encore et toujours. La preuve, ce soir, avec les musiciens exceptionnels que sont Robin Verheyen, Bram De Looze et Joey Baron.

Monk est vivant.

Merci les amis. Merci Bruxelles. Merci Monk.

A+

 

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24/10/2017

Manuel Valera Trio à l'Archiduc

Comment se fait-il que Manuel Valera, pianiste cubain, qui vit à New York depuis 2000 et ayant déjà à son actif près d’une douzaine d’albums en tant que leader, soit très peu connu chez nous ? On peut se poser la question ! On retrouve pourtant sur ses albums Seamus Blake, Antonio Sanchez, James Genus, Alex Sipiagin, John Patitucci, Bill Stewart ou encore Ben Street

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Il aura donc fallu que soit mis en lumière par les bons soins de Stefany Calembert (Jammin’Colors) Seasons (album que je vous recommande chaudement) pour que l'on s’en prenne plein les oreilles.

Pour sa tournée européenne, le trio de Manuel Valera (Hans Glawischnig à la contrebasse et E.J. Strickland aux drums) faisait un halte à l’Archiduc ce dimanche 8 octobre.

Nos trois jazzmen se connaissent bien et ne se posent donc aucune question pour nous balancer le bien nommé «Opening» en pleine face ! Bam ! On entre de plain-pied dans le groove, l'énergie et la tension.

Les attaques de Valera sont franches et percussives. On pense un peu à Chick Corea, Keith Jarrett des débuts ou à Gonzalo Rubalcaba, bien sûr, mais ce ne sont là que quelques accents, Valera impose rapidement sa propre personnalité. Au-delà d’une technique impressionnante, il délivre un jeu plein de musicalité, mettant surtout en avant la mélodie. C’est vif, clair et précis.

Et puis on sent un trio soudé, qui s'écoute, se répond et échange les yeux fermés. Valera tourne même le dos à son contrebassiste et son batteur. Sont-ce eux qui suivent ou qui poussent ?

Il y a des tensions jusqu’à la cassure, des relâchements tout en douceur et une musique voyage tout le temps.

«Tres Palabras», sans mièvrerie ni cliché, se fait dansant et effleure à peine une tendance latino. Mais il y a de l’âme dans cette musique ! Ça joue romantique et c’est ferme en même temps. Dans ce cas de figure, Hans Glawischnig rappelle un peu le jeu d’un Scott La Faro. Ambiance !

Il y a ensuite l’incroyable et explosif « What Is This Thing Called Love », propulsé par une rythmique incandescente. Ces gars ont baigné dans la tradition, il connaissent le vocabulaire par cœur et s’en jouent. Ça sent New York ! Ça pue New York ! Il n’y a aucun temps mort, aucun déchet, tout est nécessaire. Et jamais, jamais, les musiciens n’insistent.

Strickland, merveilleux de finesse et de force mêlées, s’immisce dans les contrepoints, donne du relief. Il a cette faculté de laisser respirer les morceaux pour mieux leurs donner du souffle.

Sur un des morceaux de la suite «The Seasons», le trio s’amuse avec de faux ralentissements et des changements de tempos. Il joue le chaud et le froid. Le piano laisse la contrebasse puis la batterie prendre de l'avance avant de venir dépasser tout le monde sur le fil. Plaisir à l’état pur !

«In My Life», des Beatles, n'a rien d'une pop jazzifiée et «Rhythm A Ning» - anniversaire de Monk oblige - est revisité avec beaucoup de personnalité. Alors, on a bien droit à un rappel ! Et il n’est pas moins explosif…

Deux sets bouillonnants, pleins de surprises, de générosité et de plaisir.

Bref, un trio à revoir et à réentendre. A Bruxelles ou ailleurs.

Et pas dans douze albums !

 

 

 

A+

 

 

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23/10/2017

Nathalie Loriers Groove Trio au Sounds

J’étais très curieux d'entendre le trio de Nathalie Loriers dans une nouvelle configuration (avec Thierry Gutmann à la batterie et Benoît Vanderstraeten à la basse électrique) et baptisé pour le coup : Groove Trio !

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Samedi soir, après le concert de FOX à la Jazz Station, je fonce donc au Sounds pour écouter ça.

Je pensais, au vu du nom du groupe, que Nathalie allait jouer du Fender Rhodes, comme elle le fait avec talent dans la formation de Fabrice Alleman. Hé bien non, surprise, ce sera du piano.

Alors bien sûr, au début, même si le trio a déjà joué quelque fois ensemble, il doit trouver ses marques, surtout concernant l’équilibre sonore. Sur le vivifiant «Jazz At The Olympics», par exemple, la rythmique a tendance à dominer et étouffer un peu trop le piano et c'est parfois dommage car, lorsque il y a des changements de tempo comme sur «Canzoncina», par exemple - où la relance est quand même jubilatoire - on ne profite pas totalement des subtilités et de la richesse de jeu de Nathalie…

Mais tout cela s’arrange rapidement et le groupe prend vite sa vitesse de croisière.

Reprenant principalement des compositions de son répertoire, la pianiste en a réarrangées certaines. «Lennie Knows», tout en pleins et déliés, se faufile avec bonheur entre soul jazz et post bop, et chacun des musiciens y trouve un bel espace de jeu. Mais c’est surtout dans la ballade «And Then Comes Loves», plus suave et feutrée, que l’on retrouve le phrasé unique de Nathalie, à la fois incisif et détaché.

Quant à la reprise, en version pseudo calypso, de «Summertime», elle permet à Benoît Vanderstraeten de s’envoler dans un solo éblouissant, ample et souple, et au reste du groupe de s’amuser en toute liberté.

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Le second set continue sur sa belle lancée avec un «Caravan» revu et corrigé. Une intro à la basse d’abord, puis la batterie qui enchaîne en claquant et ensuite le piano qui improvise, explore, file et s’évade. Les longues phrases de Nathalie progressent par vagues, ondulent puis galopent avec beaucoup d’inventivité. On tapote des doigts et on bat du pied.

L’excellent «Dinner With Ornette and Thelonious», parsemé de citations, se prête à merveille, lui aussi, au nouveaux arrangements. Les virages sont serrés et les accélérations surprenantes. Thierry Gutmann relance sans cesse dans un jeu sec tandis que Benoît Vanderstraeten joue ample, ce qui permet à Nathalie Loriers de prendre les chemins qu’elle veut.

«Portrait in Black and White (Zingaro)» de Jobim est certes moins funky, mais n’en est pas moins dansant. Et pour conclure un concert aussi élégant que groovy, le trio se lâche une dernière fois sur un «Funk For Fun» qui n’est pas sans rappeler, dans cet arrangement, un Les McCann ou même un certain Legnini

De belles aventures à suivre, donc.

A+

 

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19/10/2017

FOX trio + Guest à la Jazz Station

FOX, le trio de Pierre Perchaud (eg), Nicolas Moreaux (cb) et Jorge Rossy (dm & vibra), oui l'ex batteur de Brad Mehldau - qui s’était déjà fait remarquer avec un premier album tout en tendresse il y a un an ou deux - s'est augmenté de Chris Cheek (ts) et Vincent Peirani (acc) pour enregistrer un second opus, Pelican Blues, qui trouve son inspiration dans la musique de la New-Orleans, berceau du jazz et du blues.

Et c’est au grand complet qu’il s’est présenté à la Jazz Station ce samedi 7 octobre.

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Une fois de plus, le club (je sais, ce n’est pas vraiment un club) avait fait salle comble. Cela devient une (bonne) habitude et c’est amplement mérité au vu de l’excellence et de la régularité de la programmation.

Bien que l’orientation soit assumée donc, FOX ne revisite pas les standards de l'époque et ne «se la joue pas» - encore moins - roots. Par contre, les musiciens ont intelligemment digéré cette musique, ils l'ont humée, mâchée, dégustée et assaisonnée à leur façon. Bien sûr, on retrouve parfois le blues poisseux (comme dirait Vincent Bessières dans les très intéressantes liner notes de l'album), le côté jovial mais aussi légèrement fataliste qui caractérisent cette musique. Mais FOX évite les clichés et propose une musique plutôt personnelle.

«Cliff Tone» ouvre le chemin de façon nerveuse à un «Canoë» qui dérive sur des courants tumultueux et impétueux. Merveilleuse entrée en matière.

Avec beaucoup de simplicité et de décontraction, Nicolas Moreaux ou Pierre Perchaud expliquent, tour à tour, quelques anecdotes sur chacune des compositions. Il est toujours intéressant de contextualiser ce type de musique et d’en expliquer la démarche. Et si, en plus, c'est fait avec légèreté et humour, cela ne se refuse pas.

Après un énergique «Fox On The Run», qui se défile comme un animal traqué entre les échanges vifs du sax et de la guitare, il est temps d’inviter Vincent Peirani.

C’est incroyable la façon qu’a l’accordéoniste d’utiliser son instrument et de le détourner sans pour autant le dénaturer. Il lui donne un rôle swinguant et canaille tout en restant fin et élégant. ... Et détonnant !

Ce «Pelican Blues», titre éponyme de l’album, est un délice. Ça sent bon l'alcool de contrebande servi dans les bars de nuits, les déambulations nocturnes, les pertes d’équilibre au bord du caniveau d'une rue mal éclairée. Et pourtant, je le répète, on est loin des clichés. La guitare de Perchaud est souvent caressante et enveloppante, mais elle ne manque cependant jamais de piquant. Le dialogue avec le sax, faussement soyeux, de Cheek est une parfaite réussite

FOX mélange le traditionnel et le contemporain, le blues et le classique. Presque sans y toucher. «Syntax», par exemple, (inspiré de «When the Saints Go Marching In» impossible à reconnaître) semble décliner la mélodie en pointillés, laissant beaucoup de place aux impros et aux échanges.

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A la contrebasse, le jeu de Moreaux est sensible, très à l’écoute des autres. Il ajoute beaucoup aux mélodies dessinées par Perchaud en laissant beaucoup de distances. Ça respire et c’est dense à la fois. Ce n’est jamais agressif mais c’est toujours tendu.

On retrouve toujours un équilibre nuancé entre groove et douceur, entre impétuosité et détente dans chacune des compos. Il y a toujours un balancement entre nonchalance et urgence. Mais il y a surtout une grande écoute et une ouverture d'esprit qui font l'essence du jazz, et qui permettent un vrai dialogue.

Alors, il y a encore le voluptueux «2 a.m.», avec Jorge Rossy au vibraphone, le lent «Four Deuces», aussi sensuel que le dos musclé de Marlon Brando dans «Un tramway nommé Désir», ce «Mardi Gras - Bubble Gumbo» qui rappelle les marches de fanfares qui déambulent dans des rues poussiéreuses, ou encore la ballade introspective «Spirit of St. Louis»…

Fox nous fait voyager, en toute élégance, entre bluegrass et americana, tout en gardant un ancrage très européen.

C’est frais, actuel, swinguant, simple et plutôt singulier.

On en reprendrait bien encore un peu…

 

 

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

A+

 

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14/10/2017

Paco Sery Group - Marni Jazz Festival

Paco Sery est un batteur imprévisible.

Sans doute parce qu’il joue la musique « d’oreille » depuis qu’il est petit. Il ne se donne donc aucune limite et aucun obstacle n’est infranchissable pour lui. C’est un fonceur plutôt qu’un calculateur – même s’il sait très bien où mener sa barque – et est capable d’entraîner dans son sillage n’importe quel musicien prêt à jouer le jeu.
Ce soir, au Théâtre Marni qui a de nouveau fait salle comble, ce sont Swaeli Mbappe (eb), Danny Marta (eg), Nicholas Vella (keys) et Eric ‘Rico ‘ Gaultier (as) qui s’amusent avec le maître Ivoirien.

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Arrivé dans un tonnerre de bruits préenregistrés et dans une salle plongée dans la pénombre et la fumée, baskets lumineuses aux pieds, Paco s’installe derrière les futs et lance aussitôt un groove transpirant de sensualité. Derrière son orgue électrique, le claviériste s’accompagne d’un talkbox, tandis que l’immense saxophoniste, aux allures de basketteur, attaque sèchement, répond ou brode avec fougue. La basse galope et les riffs de guitare se mêlent aux frappes puissantes et claquantes de Paco. Le batteur se jette littéralement sur ses tambours se soulève, se tord, se penche en arrière. Ça commence fort.

Et cela n’ira pas en s’assagissant. On passe d’un soul funk à la George Benson à un bop ouvrant la voie aux improvisations délirantes, sans oublier un « Boogie Shuffle » en hommage à Joe Zawinul. L’impro est totale, tant dans la musique que dans la set-list. Rien ne semble avoir été préparé et l’on joue pour le plaisir. A l’instinct. Comme dans une jam… de très haut niveau. Les break et les surprises s’enchaînent. Chacun y va de son solo, poussé dans le dos par le leader. Paco se balade, décide, sur le moment, de la route qu'il va prendre, joue avec des silences parfois long pour mieux surprendre le public et garder la tension entre les musiciens.

Puis, il y a le passage obligé au likembe pendant lequel un dialogue de transe s’installe avec le piano puis la basse. Paco fait le show, raconte ses aventures, quelques anecdotes, se moque gentiment des musiciens, tente avec eux de jouer des morceaux à peine répétés. Et ça marche. Ces gars ont ça dans le sang. Funk, afro beat, tout y passe.

On invite le public à se lever, à participer, à clapper des mains, à chanter, à danser. Et en bouquet final, notre fantastique bassiste national Da Romeo, vient s’emparer de la basse de Mbappe en plein milieu du morceau pour ajouter une dose supplémentaire d’explosivité. Magique.

Paco et sa bande sont heureux, ils saluent le public qui redouble d’applaudissements, avant de quitter la scène. Les lumières se rallument un peu… mais le public en veut encore et insiste ! Et Insiste encore… Alors le groupe reviendra une dernière fois sur scène pour un court, mais très intense rappel.

Que du bonheur pour ce bon concert final d’un Marni Jazz Festival des plus réussis.

Bien vite l’année prochaine !

A+

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

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17/09/2017

NextApe - Antoine Pierre - Théâtre Marni

On avait dit qu'avec internet et les connexions en tout genre, plus personne ne sortirait de chez lui. Détrompez-vous. Il y a encore beaucoup de gens prêts à découvrir des choses en live. Et c'est plutôt rassurant. Sur les six concerts proposés par le Théâtre Marni, lors de son Jazz Festival dédié à la batterie, trois étaient totalement sold-out et les autres full de chez full.

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Ce vendredi encore, on se massait devant la scène pour assister à la très attendue carte blanche offerte à Antoine Pierre qui s’est entouré de Lorenzo Di Maio (eg), Jérôme Klein (keys), la merveilleuse chanteuse Veronika Harcsa et Ben Van Gelder (as) pour former NextApe.

Le prolifique batteur, que l’on ne présente plus (Urbex, LG Collectif, TaxiWars, Philip Catherine, Lorenzo Di Maio, Jean-Paul Estiévenart, Tree-Ho, etc.) vit bien dans son époque. Il est curieux de tout et passionné de tout. Et très érudit. Et très éclectique. Normal que sa musique le soit aussi...

Ce soir, on l’a senti, il s’est encore fait plus plaisir qu’à l’habitude. Fidèle à son sens du boulot bien fait, Antoine a pensé et repensé son projet. Il a imaginé la musique, mais aussi la mise en scène, la dramaturgie, les textes, la lumière.

En guise d’introduction, dans une salle plongée dans le noir, NextApe nous fait d’abord entendre - version low-fi - un enregistrement de Basquiat sur une musique crachotante de jazz des années folles. Et puis, aligné devant nous, le groupe nous balance un rock binaire puissant, électrique et électro. C’est « Alarm Clock », qui nous prévient : « Here comes the Next Tape or... Next Ape »…

Et nous voilà parti dans l’exploration (une partie seulement) de l’univers d’Antoine Pierre : rock, rap, hip-hop, prog rock, électro, ambiant… Du jazz ? Non, pas vraiment cette fois-ci.

D’ailleurs, le second morceau, joué par strates, flirte avec l’esprit trip-hop. Et on ne peut s’empêcher de penser à Portishead ou UNKLE. On glisse ensuite du côté pop, très légèrement soul (léger, léger), avec un morceau semblant s’inspirer d’Urbex pour mettre une première fois en valeur les talents de la chanteuse Véronika Harcsa. A l’aise dans tous les registres, elle impose une présence forte. Autant elle est intégrée dans la musique, autant elle semble avoir du recul sur l’ensemble… et donc, plus d’emprise encore.

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NextApe enchaîne. Avec énergie. On se dit qu’on a devant nous un véritable groupe de rock. De rock savant ! NextApe joue les breaks, construit une musique foisonnante d’idées. Pleine d’idées. Trop d’idées peut-être. On a parfois l’impression de se retrouver dans un grand magasin de confiseries dans lequel on pourrait tout goûter sans pouvoir en profiter pleinement, ou dans un méga musée contemporain bourré d’œuvres exceptionnelles, sans avoir le temps de réellement en apprécier toute la richesse et la profondeur. Du coup, on n’a pas vraiment le temps de vibrer ou d’être vraiment ému. On est fasciné par la technique irréprochable des musiciens. Mais on reste un peu distant. Peut-être que ce concert aurait dû se jouer « debout » ? Et l’on continue la visite d’un monde un peu rageur, voire parfois pessimiste, avec « Oliphant » qui zieute du côté de Sidsel Endresen ou de tUnE-yArDs. On va faire un tour du côté de Thom Yorke, Squarepusher, Zappa, Aphex Twin, Pink Floyd

Soudain, en invité surprise, venu du public, l’acteur Martin Swabey ("Mr. Nobody") déclame avec force un texte écrit par Paméla Malempré (« They Came » (?) ) sur une musique rageuse. Puis on laisse Lorenzo Di Maio se déchaîner sur un solo, Jérôme Klein explorer des beat électros tranchants, Ben Van Gelder déposer quelques phrases plaintives sur un morceau planant et surtout Veronika Harcsa éblouir tout le monde. Et l’on entend du Mike Ladd, du Kendrick Lamar, des gimmicks à la DJ Logic, du Mark Guiliana

On entend beaucoup de choses. Ça va partout. Il y a beaucoup d’infos. Cela devrait peut-être être un peu canalisé pour que l’émotion ressorte plus, pour que l'on retrouve ce frisson qui fait oublier tout le reste. Pour retrouver aussi, peut-être, un peu de cet esprit jazz dans tout ça...

Antoine Pierre s’est fait plaisir, et il a bien eu raison… Alors, quand on entend ce que fait NextApe, on se dit que… le rock a vraiment de beaux jours devant lui. Et pour cela, on ne peut que remercier nos jazzmen.

A suivre… ;-)

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

 

 

A+

 

 

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14/09/2017

La Chambre Verte

Souvent, je les croise lors de concerts. Souvent, ils sont sont là bien avant le concert. Ils sont là pendant la balance.

Un peu avant aussi.

Ce sont Bastien Paternotte et Vincent Dascotte, casque sur les oreilles, micro à la main.

C’est Arnaud Ghys l’œil collé à l’objectif.

la chambre verte,

Ils captent l’ambiance avant que les musiciens ne montent sur scène, en toute décontraction. Ils échangent.

Puis ils partagent.

C’est du son et des images fixes. Un montage subtil, intelligent et impressionniste, qui révèle l’artiste. Un moment… différent.

C’est La Chambre Verte.

Il y a d’abord eu Erik Truffaz, lors de son passage à Flagey (il a eu droit à son "webdocumentaire" et on espère que les autres jazzmen y auront droit aussi). Puis il y a eu David Linx lors de son concert au Théâtre Marni ensuite Ivan Paduart, Quentin Dujardin et Manu Katché au Tournai Jazz Festival

Maintenant c’est au tour d’Antoine Pierre d’entrer dans la Chambre Verte. C’était lors de son passage à la Jazz Station en mars dernier.

Assez complémentaire avec ce que vous lisez chez Jazzques, non ?

Assez parlé. Assez lu.

Allez écouter. C’est ici !

 

Photo © Arnaud Ghys.

A+

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