26/05/2013

Mâäk Electro - Au Bonnefooi


Laurent Blondiau n’est pas du genre à glander. Il mène bon nombre de projets de front avec Mâäk : Kodjo, Hungarian Project, le Quintet, Ghalia Benali… Ou encore, par exemple, Mâäk Electro (né il y a près de deux ans) que j’entendais pour la première fois ce mercredi soir au Bonnefooi.

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Autour du trompettiste, on retrouve Guillaume Orti (as, keys), Nico Roig (eg), Giovanni Di Domenico (p), João Lobo (dm) et, habituellement, deux danseuses (absentes ce soir vu l’exiguïté du lieu).

Si, au départ, la musique est écrite, elle est aussi, bien sûr, très largement improvisée.

Mâäk débute d’ailleurs en totale roue libre. Puis, à l’intuition, tout se met en place. Petit à petit. Le groupe joue avec les distorsions de sons, puis malaxe les effets larsen et la stridence, s’amuse avec des ondulations Doppler. On est loin de l’électro-jazz comme beaucoup l’imaginent. On est plus proche du Free Jazz ou plutôt du Free-Noisy-Jazz-Rock (si tant est que cette dénomination existe).

Sax et trompette s’additionnent, se complètent, s’estompent, s’éloignent.

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De son côté, João Lobo martèle un tempo lourd et obsédant. Roig fait crier sa basse, y mêle des effets, la fait bourdonner. Orti, lui aussi, triture la musique. Il fait cracher son sax ou l’étouffe avec la jambe, il s’accompagne au chant, fait tinter les grelots ou la cowbel. Mais il pianote surtout le clavier de son vieux Korg MS 20 et en sort des sons invraisemblables. Di Domenico, lui, derrière son Fender, distribue les notes, lance quelques mélodies, soutient le groove. Il explore les sons venus de l'imaginaire.

Parfois, on se met à imaginer que ce que l’on entend aurait pu être joué par le groupe électrique de Miles si ce dernier avait encore été de ce monde. En effet, on pense parfois aux explorations du maître, période «Agharta», quand la trompette de Blondiau résonne - bourrée de réverb’ - et se fond dans l’atmosphère, presque hostile, des cadences instables. Parfois, tout se construit sur un vamp swinguant qui enfle, gonfle et grossit à l’extrême. La musique en devient presque assourdissante… Les rythmes s’enchaînent, se mélangent, deviennent fous. Puis ils se répètent, se répètent et se répètent encore, jusqu’à se vider de leur substance. L’influence de l’Afrique est palpable et la transe affleure.

Après toute cette débauche de décibels et d’excitation, le groupe déroule le lancinant rythme de «Comme à la radio», comme pour chanter une berceuse qui enveloppera les rêves à venir.

Avec se projet, très ouvert, Mâäk casse une fois de plus les codes et donne de la chaleur à l’électro. On en redemande.

 

A+

 

25/05/2013

Melangtronik - A l'Archiduc


Il n’y a pas à dire, un concert de Melangtronik, ça vaut la peine !

Ce lundi soir (20 mai, lundi de Pentecôte), dans un Archiduc très bien rempli, Lieven Venken (dm), Michel Hatzigeorgiou (eb) et Jozef Dumoulin (Fender Rhodes) se sont réunis pour deux fabuleux sets.

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Quand j’entre, l’ambiance est très feutrée. Le public est hyper attentif et silencieux. Melangtronik revisite «You Don’t Know What Love Is» avec une subtilité rare, sur un tempo extrêmement alangui. Le jeu de Dumoulin est absolument unique (on le savait déjà, mais l’on s’en rend encore mieux compte ce soir). Il crée des atmosphères improbables. Sous ses doigts, les sons scintillent, ricochent, résonnent… s’envollent.

Sur cette mélodie, dépouillée à l’extrême, Lieven Venken use des balais. Il effleure et caresse les peaux et les cymbales avec beaucoup de sensibilité, tandis que Michel Hatzigeorgiou distille sobrement les accords de basse. Le temps semble suspendu. C’est une pure merveille.

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Et puis, contraste ! Le morceau suivant flirte avec la fusion. Brillant, bouillonnant et incandescent, Hatzigeorgiou lâche les riffs et les impros sur sa basse électrique (pas la fretless, l’autre).

Ses phrases se mélangent à celles de Jozef. Le groove est puissant, presque rock, un poil funky aussi. Frénétique.

Voilà ce qui est intéressant avec ce trio – qui ne joue pas si souvent ensemble, ce qui est dommageable dans un sens, mais qui accentue sans doute un peu plus encore la spontanéité et la connivence - c’est qu’il invente, avec fraîcheur et sur l’instant, un jazz très personnel. Avec une véritable identité. Ces trois-là ont tout digéré de cette musique de partage. Alors ils partagent encore.

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Que ce soit sur des compositions personnelles ou sur des standards, la musique se modèle à leur image. Les variations, sur la grille de «Giant Steps» par exemple, sont hallucinantes d’inventions. La musique a toujours quelque chose à dire. Il y a de l’exaltation, de la tendresse, de la colère, de la réflexion, du bonheur…

Car, au-delà du son particulier, il y a aussi et surtout la manière de jouer les thèmes.

Voilà ce que l’on demande au jazz : rester interpellant, ne pas nous laisser indifférent.

Pas de doute, Melangtronik remplit ce contrat sans aucune ambiguïté. Pourquoi devrait-on s’en priver ?

Mais alors, à quand le prochain concert ?


A+

 

 

 

22/05/2013

Tim Berne 7 - The Stone NY


Le Stone est au coin de la Second Street et de l’Avenue C.

Murs aveugles et badigeonnés de graffitis. L’immeuble semble presque abandonné. On devine une minuscule inscription sur la porte en alu. C’est bien là.

L’intérieur est très austère. Sorte de mini-loft minimaliste. Murs blancs, rideaux noirs, photos des jazzmen qui ont fait la renommée du lieu, un alignement de chaises et… c’est tout. On vient au Stone pour écouter de la musique, point barre !

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Ce samedi 11 mai, c’est pour le septette de Tim Berne que le public s’est rassemblé.

Dan Weiss aux drums, Ches Smith au vibraphone et percus, Michael Formanek à la contrebasse, Ryan Ferreira à la guitare électrique, Oscar Noriega à la clarinette et clarinette basse et Matt Mitchell au piano. Fameuse équipe.

On s’installe, on s’accroche, ça démarre sec.

Après «Rommate N°2», pièce complètement dingue et éclatée, c’est «Lamé N°3», un morceau évolutif et puissant, presque symphonique. Très écrit et pourtant propice à l’improvisation. La musique de Tim Berne est sans doute inspirée, volontairement ou non, par les travaux d'un Edgard Varèse ou par la musique concrète en général. Dans un chaos maîtrisé on atteint vite un climax oppressant… avant que tout ne s’écroule en un gros rythme binaire, en mid-tempo.

L’expérience est, d’entrée de jeu, saisissante. Mais ce n’est rien avec la suite, «Roommate N°4» est sans doute encore plus complexe et extrême.

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Le tempo mouvant imprimé par Dan Weiss se mélange a celui, découpé, de Formanek. Il en résulte un équilibre vacillant. Ajoutez à cela les coups de mailloches de Ches Smith sur les clochettes, cymbales, woodblocks, vibra et congas, autour desquels s’entortillent les éclaboussures d’accords de Matt Mitchell et vous comprenez qu’il y a de quoi être désorienté. Et pourtant. Tout cela à un sens. Tout cela se construit et s’imbrique.

Quand ce n’est pas Tim Berne qui ébauche la ligne mélodique, c’est Oscar Noriega qui met le feu (sur «Forever Hammered» notamment). Le son est âpre, sans fioriture, brut de décoffrage.

La musique est puissante et copieuse. De ce magma en fusion perpétuel émerge régulièrement des petites zones délicates dans lesquels l’un ou l’autre soliste peut improviser, souffler, s’oxygéner. Et nous aussi.

Cette musique, extrêmement écrite et très cérébrale, et demande une attention de tous les instants. C’est pourquoi, sans doute, entre les morceaux, Tim Berne s’amuse à blaguer avec le public. Comme s’il voulait désamorcer les tensions. Prendre du recul. Car, si la musique est sérieuse, les musiciens ne le sont pas toujours.



La musique se développe par nappes, par couches. On évolue dans des atmosphères étranges, parfois étouffantes. On flotte dans un univers mystérieux et inquiétant. Les brisures surgissent, accentuant l’inconfort. Et dans ce voyage dans l’inconnu, on découvre chaque fois une nouvelle planète, une nouvelle organisation, une nouvelle façon de respirer.

Puis, au bout du chemin, comme une véritable catharsis, tout explose. Les mondes sont en miettes. Et ce big bang musical permet de tout reconstruire. A nouveau. Sans aucun repère.

La musique de Tim Berne est ardue, certes, mais tellement fascinante.

J’avoue ne pas toujours savoir où il veut aller ni ce qu’il veut démontrer mais, intérieurement, sa musique fait son chemin. Et c’est sans doute cela le plus troublant.


A+

 

 

 

21/05/2013

Jacob Sacks fet Ellery Eskelin - Cornelia Street Cafe NY

La salle du Cornelia Street Café, au sous-sol du restaurant, est toute en longueur. Quelques petites tables sont disposées de part et d’autre de cette longue cave et, au bout, la scène.

Coincé sur la gauche, le piano - qui prend la moitié de la place – devant lequel s’installe Jacob Sacks. Le reste de l’espace, c’est pour Vinnie Sperrazza à la batterie, Michael Formanek à la contrebasse et Ellery Eskelin au sax ténor. Au programme, avant-garde et musique improvisée.

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Formanek, grand et costaud, lance une ligne de basse, très mouvante. Sperrazza claque d’autres rythmes. Sacks esquisse les harmonies et Eskelin ornemente. «Ha !», ce premier morceau, est une route à quatre bandes sur laquelle les musiciens accélèrent, ralentissent, passent devant, changent de voie… s’amusent. Précis, vif et surprenant. Du grand art.

Puis on revient à l’introspection avec «Plan» (?) de David Binney. Sacks égraine avec parcimonie les touches de son piano. Le temps s’étire, le silence joue son rôle, et la note, surprenante, celle que l’on n’attendait pas, surgit. La musique se fait très impressionniste, voire très minimaliste. La pulsation est intérieure. Chaque musicien respire le temps.

Après ces deux morceaux originaux, le quartette se lance dans une version de «Just One Of Those Things». Bien sûr, cette reprise ne peut être conventionnelle. Les quatre musiciens s’amusent à la déstructurer, à la découdre, à la désarticuler. Pourtant, elle ne manque ni de punch ni de groove. Eskelin s’embarque dans un solo énergique et très inspiré. Il y a chez ce saxophoniste une profonde base traditionnelle dont il se sert pour recréer un son très actuel. Il nous offre une vision très contemporaine du blues et du swing. On décèle presque chez lui des accents de Lester Young ou de Coleman Hawkins. Tout cela dans un vocabulaire très actuel et totalement libéré. Jacob Sacks, qui possède lui aussi un touché très particulier et très personnel, embraye sur la ligne ouverte par le saxophoniste. Son intervention est redoutable. Il plaque les accords, plus vite et toujours plus fort. Il reprend la mélodie - presque à l’envers - ou en esquisse juste les lignes de force. Vinnie Sperrazza et Michael Formanek, quant à eux, semblent adopter un autre point de vue. Tout aussi décalé. Tout aussi étonnant. Tout aussi juste. Cette relecture est éblouissante d’idées et de plaisir.

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Le quartette propose - et trouve - toujours le parfait dosage entre musique contemporaine, une pointe de free jazz et le blues. Une nouvelle new thing en quelque sorte.

Ce jazz s’écoute à plusieurs niveaux. On peut y entendre des thèmes assez formels sur lesquels on accroche une bonne dose de modernisme… à moins que ce ne soit l’inverse. Mais bon sang, ces gars savent d’où ils viennent. Ils se nourrissent des racines profondes du jazz et du blues pour en faire fleurir des fruits totalement nouveaux. Les reliefs, les aspérités et les contrepieds constants, nous perdent et nous excite. Et Jacob Sacks et ses compagnons s’amusent à enlever ce glacis qui pourrait nous être trop confortable. Ils nous obligent à rester en alerte. Les musiciens placent chaque note au millimètre, au bon timing. Et chacun garde sa façon de s’exprimer. Au final, toutes ces fortes personnalités n’en font plus qu’une.

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Alors, pour le plaisir, le quartette reprend encore «We See» de Monk (incontournable Monk!) dans une version étonnante, comme pour prouver que le jazz est une éternelle remise en question.

Une conception à laquelle on ne peut qu’adhérer.


A+

 

19/05/2013

Greg Glassman Quintet - Fat Cat NY

Le nom de Greg Glassman ne m’était pas totalement inconnu, mais j'avoue que je n’en savais pas vraiment beaucoup plus à propos de ce trompettiste. L’occasion était trop belle pour aller le découvrir au Fat Cat ce jeudi 9 mai.

Ce newyorkais a deux albums en tant que leader à son actif, a pas mal tourné avec les Skatalites, et a fait ses classes aux côtés de Marcus Belgrave ou Clark Terry.

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Le Fat Cat est un endroit étonnant où la moitié du public joue au ping-pong, aux échecs, au billard ou encore au shuffleboard… L’autre vient écouter du jazz. L’ambiance y est unique, électrique, bruyante et surchauffée.

Pour se faire entendre, pas d’alternative, il faut “envoyer”.

Ça tombe plutôt bien, Greg Glassman - entouré de Ari Ambrose (ts), Jeremy Manasia (p), Joseph Leporte (cb) et Jason Brown (dm) - a de l’énergie à revendre. Et quand le quintette balance un premier thème à la Lee Morgan… ça joue ! Et pas un peu.

Entre hard, post-bop et soul jazz, le quintette mélange originaux et standards («Soul Eyes» de Mal Waldron, «Phalanges» de Clark Terry...) avec le même bonheur. On pense bien sûr un peu à Kenny Dorham ou Donald Byrd, mais il y a, en plus, un côté très actuel et moderne dans ce jazz enivrant.

Les attaques de Glassman sont claires et puissantes, le phrasé limpide et énergique. L’articulation est parfois légèrement imprécise, mais à cette allure et dans ce flot rythmique incessant, ça passe. Ça passe même très bien.

Au piano, Jeremy Manasia prend ses solos avec fermeté. Les phrases déferlent en cascades dans un esprit modal. Ça enfle, ça fait des vagues et ça s’élance dans le vide. Il joue des notes détachées, souvent dans les aigues à la manière d'un Duke Pearson. Dans un flow nerveux, enrobé d'une sensualité chaude.

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Ari Ambrose - qui remplaçait Stacy Dillard ce soir - déroule les chorus lumineux jusqu’à en perdre le souffle. Ici, on se donne à fond. Il faut dire que derrière, la rythmique n’est pas du genre à se la jouer cool. L’excellent Jason Brown (entendu aux côtés de Wayne Escoffery) pousse et pousse encore. Ses interventions sont explosives, denses et serrées. Et chaque fin de solo est propice à un changement de tempo.

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Le quintette joue avec les trippes, le cœur et l’âme. Et quand il passe sur un blues, on ressent en permanence cette pulsation swinguante qui bouillonne.

On ne perd pas une minute entre les morceaux, tout s’enchaîne et se déchaine. Et le public, celui qui est venu pour le jazz et qui s’écrase dans les fauteuils défoncés, alignés devant la scène, applaudit, tape du pied, siffle et en redemande. Pas question de lâcher la pression.

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Alors, pour (presque) terminer le concert, Glassman lance les premières mesures de «‘Round Midnight». Immédiatement, comme excité par l’alcool et la nuit, le thème est boosté par un tempo qui ne cesse de s’accélérer, irrémédiablement, pour prendre des allures de jam. C’est à ce moment que Stacy Dillard (qui jouait un autre gig plus tôt dans la soirée) se joint à la bande. Le morceau, improvisé, éclate littéralement. Dillard (Roy Hargrove, Mingus Big Band…) qui possède un son d’enfer, mêlant tradition et modernité, emmène le groupe encore plus loin, encore plus haut… Une folie.

Décidemment, ce jazz, quand il est revisité avec une telle détermination et une exaltation aussi sincère, n’est pas près de mourir.

A+

 

18/05/2013

Jonathan Kreisberg Trio - La Lanterna NY

Je ne pouvais pas passer à New York sans aller écouter Jonathan Kreisberg (qui vient de publier un album solo, “One”, dont je parlerai prochainement)!

à La Lanterna, à deux pas du Blue Note, c’est en trio que le guitariste se présente ce mercredi 8 mai : avec Colin Stranahan à la batterie et Rick Rosato à la contrebasse.

Le petit bar, au sous sol du restaurant du même nom, est full. L’ambiance y est très chaleureuse, sympathique et détendue. Certains mangent, d’autres se contentent de boire un bon vin ou une bière.

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Resserré dans un coin, le trio attaque avec un swinguant ”Microcosm For Two” puis un “Stella By Starlight” qu’il démonte et remonte dans tous les sens. Brisant les tempos pour mieux les relancer. Stranahan se fend d’un bien joli solo tranchant et énergique. Le batteur aime répéter et broder autour d’un motif court et obsédant. Il répète les figures avec beaucoup de nuance, gardant toujours en tête le groove… toujours le groove.

Rick Rosato, quant à lui, fait un travail remarquable lorsqu’il souligne la cadence ou quand, au contraire, il joue en contrepoint très marqué. Tout cela donne de la profondeur et une pulse irrésistible.

Et puis, bien sûr, il y a Jonathan Kreisberg qui affirme de plus en plus sa personnalité. Il fait ce qu’il veut avec sa guitare. Ses doigts filent sur le manche de l’instrument avec une précision diabolique. Mais au-delà de la virtuosité, il parvient toujours à magnifier la mélodie. Et c’est cela qui est excitant.

Du coup, même dans les ballades, ce léger swing reste bien présent. Ça ondule toujours. Sur “Peace” ou “You Don’t Know What Love Is”, par exemples, les harmonies s’entremêlent et semblent toujours ondoyer. Le timing est d’une rigueur implacable mais autour… ça bouge. Légèrement, sensuellement.

Il y a toujours du sentiment, de l’humanité, dans la musique de Kreisberg, mais jamais il ne force le trait. Il a toujours le bon goût d’évoquer sans trop insister. C’est pour cela qu’un thème écrit après les sombres évènements du onze septembre, “From The Ashes”, ne tombe pas dans le pathos.

Mais bien sûr, le trio sait s’amuser et “I Mean You” est un formidable espace de liberté pour les musiciens. La version est délirante, tout en étant respectueuse, et Kreisberg se lâche avec quelques effets qu’il affectionne. Monk aurait apprécié.

Le public, attentif et très participatif, en profite un maximum. Ça tape du pied et ça remue la tête avec enthousiasme.

Jonathan Kreisberg est un guitariste à suivre de très près car son univers, s’il n’est pas “tape à l’œil”, regorge de subtilité et de trouvailles. Ce n’est pas pour rien que Dr.Lonnie Smith l’engage régulièrement dans ses tournées…


Un très court – et très sobre - extrait de cette soirée à La Lanterna.



 


A+

 

14/05/2013

Bill Frisell - Beautiful Dreamer - Village Vanguard NY

Comme un gros malin, je n’avais pas réservé ma place et la file grossissait rapidement devant l’entrée du Village Vanguard. Cette semaine du 7 au 12 mai était consacrée au projet «Beautiful Dreamer» de Bill Frisell.

Le prolifique guitariste, toujours à la recherche de nouvelles sensations, a formé ce trio particulier (guitare, violon, batterie) au début 2010. Histoire d’explorer encore d’autres sons et de mélanger d’autres univers. Inutile de dire que j’étais curieux d’entendre cela en live.

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En attendant de pouvoir entrer, je scrute les gens et vois passer Ethan Iverson (Bad Plus) puis Bill Frisell, qui arrive à pieds, puis Lorraine Gordon (la patronne du Village), toujours alerte qui n’hésite pas à shooter dans la cale de bois qui sert à maintenir ouverte la porte du salon manucure voisin. Il fait doux et les taxi défilent dans la 7ème avenue.

Finalement, quelques places sont encore disponibles et j’obtiens mon sésame pour descendre dans cet endroit mythique.

Ambiance feutrées, photos de jazzmen qui ont marqué l’endroit, petites tables cosy et service cool et efficace. Dans le fond, le trio : Bill Frisell (g), Eyvind Kang (violon) et Rudy Royston (dm).

On commence en douceur, tout en roots, au son du blues. Eyvind Kang, veste militaire et tête de professeur d’économie, saupoudre d’accents parfois légèrement asiatiques les harmonies country, folk et rock. Puis les riffs de Frisell et les battements presque erratiques de Royston font tourbillonner les notes dans tous les sens. Le besoin de liberté se fait sentir. Alors, tout éclate, le temps d'un instant, en quelques impros qui flirtent presque avec le free jazz, pour ensuite mieux revenir sur des ambiances plus dépouillées, sensuelles et minimalistes.

L’osmose entre les musiciens est assez surprenante et la faculté d’écoute de Frisell est flagrante. Il répond à ses acolytes – ou les laisse parler – avec un sens profond de la nuance. Rarement il se met en avant et privilégie toujours le dialogue.

Les échanges sont riches et virtuoses.

Puis, chacun des deux solistes entame une conversation avec Rudy Royston. L’étonnant batteur s’adapte à toutes les situations, tantôt blues, tantôt pop, tantôt contemporaines. Il colore son jeu en s’aidant de mailloches, de gros fagots ou simplement avec les mains.

Quant à Frisell, il possède ce phrasé unique, souple et précis à la fois, qui laisse souvent trainer derrière lui un soupçon de mélancolie dans une réverbe sensible.

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Après avoir passé en revue une bonne partie des thèmes originaux de l’album («Baby Cry», l’envoutant «Winslow Homer»…), le trio s’atèle à revisiter quelques standards et reprises pop au deuxième set. Un thème de Monk, «Misterioso», se redessine en une musique plutôt abstraite et presque inquiétante. «Honeysuckle Rose» se perd dans les plaines arides de l’Arizona. «In My Life», des Beatles, se dévoile de façon minimaliste…

Même si le final est puissant, ce concert, tout en subtilité est idéal pour un club.

Et le Village Vanguard est certainement l’écrin rêvé pour accueillir ces petits diamants finement taillés…


A+

PS: Photos interdites pendant le concert. Donc, pas d'image du trio de Frisell.



10/05/2013

Ari Hoenig Trio - Gene Bertoncini - Smalls NY

Lundi 6 mai.

L’année dernière, j’étais venu au Smalls pour écouter un guitariste que je connaissais pas vraiment (Torben Waldorff). Cette année, je voulais écouter un batteur que je connaissais bien mieux: Ari Hoenig.

Mais ce soir-là, Mitch Borden (le patron du Smalls) m’a invité à venir un peu plus tôt pour écouter un autre guitariste que je ne connaissais pas vraiment: Gene Bertoncini. “Gee, he’s good ! Oh boy he’s good!”, m’avait-il dit la veille. Vérifions.

Bertoncini (qui a quand même joué avec Buddy Rich, Carmen McRae ou Mike Manieri) a 75 ans bien sonnés et joue en solo sur une guitare acoustique. Prise classique.

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Ce soir, il reprend essentiellement des standards, tendance cool jazz, ballades ou bossa, tels que “Smile”, “My Funny Valentine”, “Olha Maria”...

La technique, dans ce genre d’exercice est souvent primordiale. Et à ceux qui la maîtrisent à la perfection, on demande aussi de la personnalité. Hélas, Gene a sans doute perdu de sa virtuosité au fil des années. Son phrasé accroche souvent et manque singulièrement de fluidité. Et dans les “espagnolades”, cela se ressent assez fort. Et l’on ne peut vraiment lui pardonner sa prestation moyenne du fait qu’il se soit casser un ongle (il joue sans plectre). Cependant, cela a quelque chose de touchant. Pendant que sa jeune épouse vient lui coller un faux ongle, Gene parle avec ses vieux amis venus le voir. Alors, on l’écoute, ensuite, un peu différemment.

Pour terminer son concert, il invite une chanteuse brésilienne de passage à chanter “The Girl From Ipanema”. Tout cela est sympathique, mais l’on reste quand même un peu sur sa faim.

Pause bière au bar.

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Changement de style et de niveau ensuite avec Ari Hoenig, artiste en résidence chaque lundi au Smalls. Ce soir, ce sont Johannes Weidenmueller (cb), un complice de longue date, et Shai Maestro (p) que le batteur New Yorkais a invité.

Les morceaux qu’ils vont jouer se décident quelques minutes avant le gig, ce qui laisse entrevoir de beaux moments d’impros, d’interaction et qui démontre ainsi une belle confiance mutuelle.

Autant dire que ça démarre fort. Les regards complices et les sourires échangés invitent à toutes les audaces. Dès les premières mesures, un groove et un swing incroyables émergent.

La finesse du jeu de Shai, les surprises incessantes de Hoenig (jamais il ne répète deux fois le même gimmick) et le liant du jeu de Weidenmueller font de ce jazz quelque chose de puissant et d’organique. Un jazz qui s’invente. Un jazz qui joue aux montagnes russes. Les trois musiciens, heureux de jouer ensemble, sont presque aussi hilares que Satchmo sur la grande photo au fond de la scène.

Le jeu de Shai Maestro emprunte parfois à la musique slave ou Middle East. On y ressent ce romantisme chaud. Toujours musclé. Toujours alerte.

Trois ou quatre morceaux puissants et sans concession («Bert’s Playground», «Ramilson’s Brew»…), truffés de rebondissements, font passer ce premier set à la vitesse d’un boulet de canon.

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Le Smalls est toujours bourré pour le second set. Normal, personne ne s’ennuie.

L’intro de «Smile» (décidemment le morceau du jour) que Ari Hoenig joue seul est subjuguant. Le batteur joue des coudes, étouffe la caisse claire et le tom. Il leurs fait dire ce qu’il veut. Les tambours chantent littéralement sous le coup des baguettes, mailloches et balais. (Je vous invite à écouter son album solo The Life Of A Day).

Et puis, tout s’emballe à nouveau et monte en puissance, dans un groove incandescent ! Ça échange à tout va. Il n’y a plus de limite.

Jusqu’au bout, la musique se colore et se transforme.

Voilà du jazz qui mouille sa chemise !

Un concert brillant et époustouflant, comme on en rêve.

Ari Hoenig vient de publier Punkbop (enregistré au Smalls avec Jonathan Kreisberg, Will Vinson, Tigran Hamasyan, Danton Boller), à bon entendeur…

 

A+

 

30/04/2013

Stephane Galland Interview sur Citizen Jazz.

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C’était à la fin de l’année dernière. Stéphane Galland allait fêter avec ses vieux complices, les 20 ans d’Aka Moon. Mais ce soir-là, dans un bar près du Sablon, c’est de son premier album que nous parlerons : LOBI.

L’interview est à lire sur Citizen Jazz.

Et LOBI sera à voir sur les scènes de Jazz à Liège et du Paris Jazz Festival… Ne ratez pas ça.

A+

 

22:42 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stephane galland, interview, citizen jazz |  Facebook |

25/03/2013

Tournai Jazz Festival sur Citizen Jazz

Les organisateurs du Tournai Jazz Festival apprennent vite. L’an dernier, pour la première édition, ils avaient déjà bien fait les choses. En grand. Peut-être même un peu trop grand pour un début : le BJO, Toots Thielemans, Eric Legnini, Philippe Catherine, Terez Montcalm et d’autres. Il fallait tenir le rythme pendant trois jours. Et sur la fin, on sentait le public un peu moins assidu.

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Cette année, on est passé à deux jours et on s’est limité à deux salles : le grand patio et la belle grande salle Jean Noté. Résultat : carton plein et une ambiance très festive.

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Compte rendu complet à lire sur Citizen Jazz...


A+


23/03/2013

Mélanie De Biasio - No Deal

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Tout simplement é-blou-i-ssant !

Mélanie De Biasio.

 

A+

09/03/2013

Pause momentanée.

J’ai vu beaucoup de concerts. Ecouté beaucoup de musique.

Et je n’ai pas trouvé le temps d’en parler.

Il faut dire que ces dernières semaines, les journées filent aussi vite qu’elles ne sont longues. Et les week-ends ne sont pas plus cool. Le rush, le stress, la course… le quotidien. Pas le courage de me remettre devant mon mac à 23h, la tête pas toujours libérée du boulot de la journée, quand il faut être frais le lendemain à 6h.

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Il faut que je respire, que je prenne du recul.

Je fais donc une pause... jazz… et je continue à affronter le rush.

Une fois que la tempête sera un peu calmée, je reprendrai le temps d’écouter sereinement les disques et d'écrire, plus ou moins correctement, les comptes-rendus des concerts passés…

En attendant, je vous conseille quand même d'écouter les derniers albums Obviously de Fabrice Alleman, Blasting Zone Ahead de Fox, Live de Nik Bärtsch, Dancing On The Rim de Folk Tassignon, 13 de Flat Earth Society, The Jungle He Told Me de Johachim Badenhorst, MEQ de Mikael Godée et Eve Beuvens, The Other Strangers de Orioxy, Kailash de Octurn, All You See de Yves Peeters Group, Sing Twice d’Eric Legnini, Trinité de Lionel Beuvens, Jour de Fête de Yvonnick Prené, Work On Peace de John Snauwaert, One de Jonathan Kreisberg, Faerge de Ruben Machtelinckx, OSA de Banjax, Skin de Nicola Lancerotti, Daramad de Daramad, Mercy Pity Peace and Love de Doubt, Buenaventura de Mâäk

Et je suis sûr d’en avoir oublié quelques-uns…


A+

 

19:45 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

23/02/2013

Listen Closely

 Vienne c’est Stauss ou Mozart pour les uns, Gustav Klimt, Stephan Zweig ou le Danube, Le Troisième Homme et la Zacher Torte pour les autres.

Et à Vienne, qu’en est-il du jazz ? On n’y pense pas automatiquement.

Pourtant, comme à Berlin, Paris, Amsterdam ou Bruxelles, le jazz y a sa place. A Vienne, les clubs s’appellent Jazzland, Porgy And Bess, Miles Smiles ou encore Jazz Cafe Bird… Pour ne citer qu’eux.

Et Daniel Noesig (qu’on connaît bien en Belgique pour l’avoir vu jouer avec Take The Duck), Angel Reisinger, Le Vienna Jazz Orchestra et bien sûr Joe Zawinul, ce n’est pas rien quand même.

Oui, il y a une scène jazz.

Et il y a aussi un jeune label, Listen Closely, créé par le saxophoniste Werner Zangerle.

J’avais rencontré Werner lors d’un concert du guitariste Tchèque Petr Zelenka au Sounds. Un concert très ouvert, dans un esprit avant-gardiste et free. Je pensais alors que Zangerle officiait essentiellement dans le genre, surtout après l’avoir entendu avec son Trio ZaVoCC - à la pochette complètement improbable (digne de Heidi ou de la Mélodie du Bonheur) - qui joue la carte de l’impro, mélangée à la noise et à l’électro planante. Mais, à l’écoute de Panto notamment, l’univers de Zangerle m’a paru finalement bien plus nuancé.

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Le label Listen Closely est donc né d’une volonté de donner de la visibilité à de jeunes jazzmen autrichiens mais aussi de décloisonner les genres. En deux ans d’existence, cinq disques ont déjà vu le jour. Cinq albums aux univers forcément différents.

Rapide tour d’horizon.

Commençons par l’album Panto du quartette de Werner Zangerle (ts) qui réunit Matthias Löscher (eg), Matthias Pichler (cb) et Klemens Marktl (dm).

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Cet album, brillant et frais, rappelle par moment l’esprit du Trio Fly de Mark Turner sur «Lucid» par exemple et surtout sur «Rise and Fall» qui, comme son titre le laisse supposer, évolue par cycles successifs, reliés par quelques beaux solos de contrebasse et de guitare. On perçoit aussi, au travers d’une forme parfois plus traditionnelle («Let Fools To Be Fools»), des intonations plus marquées, à la Chris Cheek, dans le chef de Zangerle. Il faut souligner aussi le jeu remarquable et très personnel du contrebassiste Matthias Pichler tout au long de l’album qui pousse souvent le groupe à aller de l’avant. L’album est d’une belle homogénéité qui ne manque cependant pas de diversité. Quand «It’s Getting Cold» se décline à la manière d’une belle ballade jazz, que «Lamento» montre un côté plus sombre et introverti, le morceau «Panto» n’hésite pas à brouiller les pistes et à se faire plus incisif, plus bruitiste, voire plus rock. Et là, c’est le guitariste qui surprend.

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L’album Songs About Birds and Horses du Philipp Harnisch Quartet est d’un tout autre genre. Sans doute plus radical.

L’ambiance y est mystérieuse, plutôt torturée mais néanmoins poétique. Il y a dans ce quartette une manière plus froide et plus nordique daborder le jazz. Un mélange subtil de jazz avant-gardiste, de recueillement et de contemplation. Bien qu’il soit leader, le saxophoniste Philipp Harnisch, laisse beaucoup de place au pianiste Elias Stemeseder. Les mélodies, presque décharnées (comme sur le très beau «Purple Days»), sétendent lentement avant d’être traversées par des attaques agressives venues de tous bords («Steel Horses» ou «Pulsate»).

Des bribes de mélodies désenchantées se déploient doucement dans des ambiances parfois brumeuses. Le toucher de Stemeseder oscille entre la fermeté – dans les ostinatos – et la langueur. Tout se développe avec une certaine lenteur au son d’un drumming parfois désarticulé de Maximilian Santner. Harnisch n’hésite pas alors à faire crisser son saxophone et à le faire rugir («Pulsate»).

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Souvenir est l’œuvre de Memplex - Niki Dolp (dm), Mario Rom (tp), Werner Zangerle (ts, ss), David Six (p), Walter Singer (cb) - un quintet dont lesprit flirte parfois avec celui d’un mini big band explorateur. Si les deux premiers morceaux sont plutôt swinguants, la suite est plus nuancée. «Plantlet», en piano solo de Niki Dolp (qui a lâché un instant sa batterie), se fait minimaliste et «Auganblicke», sur lequel on retrouve Philip Harnerisch au sax, propose un jazz plus avant-gardiste. Puis, une marche lente («This Tiring Chase») sur laquelle on a invité une chanteuse (Mira Lu Kovacs), fait penser à certains travaux de Mara Carlyle ou de Sidsel Endresen. Un autre chanteur, Willi Landl, est également invité (sur «Tim Talk») et rappelle, en fin de morceau, les excentricités vocales d’un Médéric Collignon. Souvenir est traversé de multiples influences mais n’en est pas pour autant incohérent. C’est même plutôt intéressant.

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Un trio à cordes : violon, contrebasse et guitare. Un peu de mélancolie et de fragilité qui jouent sur le malaise, la fêlure et aussi l’insouciance. C’est Jetset Suite de Christoph Mallinger (v), Reinhard Schraml (g), Martin Heinzle (cb).

Le trio fait très attention à l’équilibre des timbres : tous unis, tous différents. Entre tentations slaves et blues, «Ewald» rappellerait presque le Hot Club de France. L’archet de la contrebasse met en valeur le violon, et la guitare prend de l’assurance, se met en avant et crée de l’espace. C’est enlevé et joyeux aussi sur «The Evil Twin». Mais souvent, la mélancolie l’emporte. Les arrangements se complexifient. La ligne artistique du trio n’est peut-être pas fermement définie et l’on navigue souvent entre deux eaux… mais c’est sans doute cela qui est intéressant. Le trio refuse la formalité et lorgne du côté de l’Espagne («El que»), de la ballade insouciante qui rappelle l’association Stéphane Grapelli et Philip Catherine («Das Gansl und sein Wirt») ou du baroque («Herbstgedicht»). Entre musique de chambre et le jazz bohème, ce disque, très personnel, est plutôt très agréable à écouter.

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Et enfin, il y a Hypnotic Zone avec La Justice, les Filles et l’éternité. Il y a indéniablement une recherche philosophique dans ce travail. Rien n’est laissé à la simple beauté de la musique. Il y a une envie de fond, de message sous-jacent, de réflexion. Le pianiste d’origine grecque, Villy Paraskevopoulos, s’est entouré de Stefan Thaler (cb), Niki Dolp (dm) pour délivrer une musique à la fois lyrique et envoûtante, aux accents qui rappellent parfois Paul Bley. Après un démarrage en force (cordes de contrebasse qui claquent, drumming graisseux et accords plaqués de piano), Hypnotique Zone nous emmène dans un jazz assez minimaliste, souvent emprunt de mystère et de retenue. Le dialogue entre les trois musiciens est précis et plein de finesse. Le groupe se ménage aussi beaucoup d’espace et de temps pour laisser respirer la musique. Le disque est même «chapitré» et ponctué par de courts interludes improvisés. Une très belle découverte.

Bref, voilà un label qui mérite un peu d’attention. Surtout que l’on annonce un sixième album avec Ingrid Schmoliner (p, voix) Joachim Badenhorst (bc, ts) et Pascal Niggenkemper (cb). On salive déjà.




A suivre.

A+

 

11/02/2013

Alexandre Furnelle Quartet - Tribute to Charlie Haden - Sounds


Charlie Haden est un immense contrebassiste et un grand mélodiste. Alex Furnelle est, lui aussi, contrebassiste. Et amoureux des belles mélodies.

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Alors, pourquoi ne pas reprendre le répertoire du maître ? Ce n’est pas si courant, après tout. Et puis, pourquoi ne se limiter qu’aux seules œuvres de Haden et ne pas élargir le spectre, en allant chercher d’autres morceaux emblématiques (de Keith Jarrett, Ornette Coleman ou de Carla Bley) que Haden a illuminé de sa présence ? Surtout que toutes ces compositions sont souvent d’une richesse incroyables et permettent de belles et nombreuses digressions. Pourquoi s’en priver ?

Alex Furnelle s’est donc entouré de Jan De Haas à la batterie, de Peter Hertmans à la guitare électrique et de Ben Sluijs au sax alto et à la flûte, et leur donné rendez-vous au Sounds samedi 22 décembre.

N’hésitant pas à raconter quelques anecdotes et à donner nombre d’info sur les morceaux qu’il joue, Alex Furnelle possède ce joli sens didactique et charismatique qui n’est pas pour déplaire. On sait dès lors où l’on met les oreilles et l’on en apprécie encore un peu plus la musique.

«The Death And The Flower» (Jarrett) - introduit magnifiquement à la flûte par Ben Sluijs - permet à Furnelle de montrer tout son talent à l’archet. Cette belle ballade ondulante – presque orientaliste – se développe avec grâce sous l'écoute attentive d’un nombreux public.

Après «Hermitage», le quartette enchaîne quelques thèmes d’Ornette Coleman. «Turnaround» et surtout «Ramblin’» permettent aux musiciens de s’exprimer totalement. Peter Hertmans, au jeu chargé de blues, dessine de belles lignes harmoniques. Il n’hésite pas à salir un peu le phraser, pour le rendre plus roots encore. Il utilise une légère disto ou un soupçon de vibrato. Son jeu est souple et sensuel et s’accorde merveilleusement à celui du sax alto.

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Libre et léger, le jeu de Ben Sluijs est un délice. Rattaché au fil fragile de la tradition (une pointe de Konitz ?) Sluijs trouve toujours le moyen de s’échapper, de papillonner et d’illuminer les moindres phrases. Il replace toujours le discours dans un langage moderne, actuel, intelligent et accessible.

Avec délicatesse, Furnelle caresse les 5 cordes de son instrument. On dirait qu’il joue «en surface», qu’il effleure les mélodies, qu’il laisse parler les silences.

«Silence» est d’ailleurs le morceau suivant sur lequel Hertmans montre, une fois encore, tout sa sensibilité et sa finesse dans un jeu sobre, fait d’ombres et de lumière.

Le quartette prend visiblement du plaisir à voyager dans ce jazz-là. Et nous aussi. Mais puisqu’il faut une fin, le groupe termine ce bel hommage - de façon plus «musclée» - avec «Our Spanish Love Song» et, en rappel, avec le lancinant et poignant «We Shall Overcome».

Reprendre des standards (ou du moins des morceaux historiques) a du sens quand ils sont reconsidérés de la sorte, avec respect, mais surtout lorsqu’ils sont habillés d’une vision toute personnelle.

C’est cela aussi qui permet de garder le jazz vivant.



A+

 

 

 

10/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Dernière)

 

Pour en terminer avec les 20 ans d’Aka Moon, revenons sur les deux derniers concerts à la Jazz Station.

Le premier des deux avait lieu le 21 décembre et revisitait l’album avec les DJ’s.

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Pour l’occasion, le groupe a invité DJ Grazzhoppa, bien entendu, mais aussi Benoit Delbecq (keys) et Guillaume Perret, le nouvel enfant terrible du saxophone (trafiqué) français.

Le club a fait le plein, une fois de plus. Il n’y a plus une seule place libre.

Pas une minute à perdre. Benoit Delbecq derrière son ordi et son mini clavier, et Grazzhoppa derrière ses platines lancent un groove sourd et bourdonnant, empli de tonnerre et d’orage. Et bam! C’est parti. Puissance et énergie maximales, on ne fait pas dans le détail. Stéphane Galland entre aussitôt dans la danse, suivi par Michel Hatzigeorgiou et finalement par les deux saxophonistes.

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Ce qui est magnifique dans cette orgie de décibels et de beats insensés (hé oui, on est quand même loin d’un simple rythme binaire de boîtes de nuit), c’est que l’esprit musical d'Aka Moon reste totalement perceptible. Peu importe le traitement et la couleur qu’on lui impose, son langage musical est plus fort que tout. L’ADN du trio ne peut mentir.

Sans ne jamais rien perdre de leur intensité, les mélodies s’enchevêtrent sur des tempos soutenus et toujours mouvants. Virages abrupts, changements de directions surprenants, la musique prend tous les risques et nous entraine dans un tourbillons insensé. Des paysages hallucinés se dessinent, des univers insoupçonnés se découvrent. Des sirènes hurlantes, des voix trafiquées ou des sons urbains se bousculent sur des rythmes venus des quatre coins de la planète. La musique ne fait qu’un seul monde. Aux impros jazz, se mélangent le dub, le rock, le folklore oriental, le blues, le classique et rythmes tribaux. Et tous s’entendent.

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Le trio ouvre constamment l’aire de jeu et Guillaume Perret s’engouffre dans les moindres espaces. Il sort de son sax - sur lequel il a scotché de minis micros - des sons ultra trafiqués qu’il module à l’aide d’une panoplie impressionnante de pédales. Sa dextérité et sa maîtrise lui permettent de toujours être sur le coup. Il rebondit, improvise, invente et propose à tout va.

Delbecq injecte des micros rythmes, des crachotis, des craquements, des bribes d’harmonies. Grazzhoppa fait courir ses doigts sur les vinyles et les curseurs de ses platines.

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Fabrizio Cassol joue le chef d’orchestre, parfois presque dépassé par la folie ambiante. Hatzigeorgiou et Galland rivalisent d’idées pour maintenir le cap. Et tout le monde communique, avec passion et ferveur. Rien n’est jamais pareil et la musique se réinvente perpétuellement sur des rythmes fous.

Je vous invite à découvrir l’univers de Guillaume Perret à travers son album (sorti chez Tzadik, le label de John Zorn) en attendant de le revoir en concert en Belgique – espérons-le – avec son propre projet. Vous ne serez pas déçu.

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Le lendemain, toujours au même endroit, on retrouve le trio, comme au premier jour, pour conclure ces 20 ans d’amitié et de créativité incessantes.

Il est touchant de constater que ces trois amis se surprennent encore et toujours, qu’ils ont toujours autant du plaisir à jouer ensemble, à inventer et réinventer. Cela se sent dans leur musique, mais aussi dans leurs yeux et leurs sourires. Complices jusqu’au boutils passent en revue, ce soir, «Unisson», le bien nommé.

Aucun concert n’aura jamais été pareil, n’aura jamais été une redite. Chacun d’eux aura été une renaissance, une recréation d’un monde. Un monde de richesses musicales inépuisables.

On est passé par tous les sentiments et par tous les pays. On a découvert et rencontré des gens formidables, des gens passionnés, émouvants, drôles, profonds et subtils. Des musiciens à l’identité forte. Tous brillants. Et qui avaient chacun quelque chose à partager.

Si ça ce n’est pas du jazz…

A+

 

06/02/2013

Ananke - Jazz Station

L’évènement “20 ans Aka Moon” draine de plus en plus de monde et la Jazz Station a plusieurs fois affiché complet. Ce 20 décembre ne déroge pas à la règle et le club est très bien rempli pour accueillir le groupe invité par Aka Moon : Ananke.

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Au départ, Ananke est un trio qui s’est formé vers 2003. Mais, début de l’année dernière, la formule a changé et deux membres se sont ajoutés aux côtés de Victor Abel (p), Alexandre Rodembourg (dm) et Romeo Iannucci (eb) : le flûtiste Quentin Manfroy et le clarinettiste (basse) Yann Lecollaire.

Si l’influence majeure d’Aka Moon ne fait aucun doute, Ananke se dégage cependant par une sincère personnalité par rapport à ses ainés.

Leur musique est peut-être un peu plus ”linéaire”, même si elle regorge de complexités harmoniques et rythmiques.

Ce soir, le groupe démontre une sérieuse maîtrise, même si certains moments sont un peu tirés en longueur («For Real»), ce qui eut tendance à affaiblir une tension jusque là assez forte. Ce petit bémol mis à part, on prend un réel plaisir à entendre les sorties musclées de Victor Abel (au piano ou au Fender Rhodes). Celui-ci possède un toucher assez personnel, un peu sale et légèrement bancal, et cependant très poétique.

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Ananke fusionne les influences du jazz et du rock progressif ou de la musique classique contemporaine et du funk pour en extraire une mixture pour le moins relevée.

Le deuxième set commence en trio et les morceaux semblent plus «resserrés», plus concentrés. Roméo Iannucci nous gratifie alors de quelques solos plutôt costauds. Il utilise les loop, enchaîne les phrases nerveuses et n’hésite pas à dévier dans la disto, à l’instar de son mentor : Michel Hatzigeorgiou, très attentif, assis dans la salle.

Mais, la flûte et la clarinette basse ajoutent un côté plus mystérieux et plus riche au groupe. Les reliefs s’accentuent, la matière est presque palpable. Cela permet aux musiciens de s’ouvrir à d’autres horizons.

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Finalement, le leader d’Aka Moon, Fabrizio Cassol (as), rejoint le groupe sur scène. C’est comme un booster qui agit sur le quintette, comme un additif puissant qui vient dynamiter l’ensemble. Du coup, Alex Rodembourg se sent pousser des ailes derrière sa batterie, il redouble de puissance, et Yann Lecollaire s’envole dans un final brillant et excitant.

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Du groove et de l’énergie, Ananke n’en manque certainement pas, et leur univers semble se définir au fil des albums (un troisième est prévu pour 2013), même si une étiquette n’est pas si évidente à leur coller.

Tant mieux, cela nous promet encore de belles surprises.

A+

 

 

 

 

 

04/02/2013

Torben Waldorff - Wah-Wah

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Le guitariste danois Torben Waldorff, qui vit à New York depuis plus de quinze ans, vient déjà de sortir son sixième album en tant que leader. Avouons-le, à part dans son pays et par quelques fanatiques de guitare sans doute, Torben Waldorff est très peu connu de ce côté-ci de l’Atlantique. C’est d’ailleurs à New York que j’ai eu l’occasion de le voir en concert, juste avant qu’il n’enregistre l’album Wah-Wah.

Pour ce dernier effort, Waldorff a décidé d’abandonner les différents saxophonistes qui l’accompagnaient régulièrement depuis ses débuts (Karl-Martin Almqvist, Henrik Frisk et surtout Donny McCaslin). Cette décision lui permet de radicaliser son propos, de se mettre plus en avant, mais également de se mettre un peu plus en danger.

Waldorff peut cependant compter sur une solide rythmique composée de Matt Clohesy à la contrebasse (Seamus Blake, Ingrid Jensen, Eric Reed), Jon Wikan à la batterie (Maria Schneider) et l’excellent Gary Versace au piano, au Fender Rhodes et à l’orgue (Jonathan Kreisberg, Loren Stillman, Jon Hollenbeck, John Abercrombie).

Ce qui se dégage, dès les premiers accords de «Circle And Up», qui ouvre l’album, c’est une sensualité élégante dans le phrasé de Waldorff et une volonté évidente du groupe à développer les mélodies.

Et Wah-Wah évolue en douceur, alternant les morceaux plutôt enlevés avec des moments plus sobres et intimes. Ainsi, Waldorff nous emmène sur les traces d’un blues mélancolique («You Here») - dans lequel il croise magnifiquement les cordes avec la contrebasse de Matt Clohesy - puis s’aventure, non sans humour, sur les rives ondulantes de la bossa («Poolside» et «Burtsong») et flirte même délicatement avec la drum ‘n bass («Fat#2»).

Le guitariste n’hésite d’ailleurs pas à donner quelques coups d’accélérateur ou à se faire plus mordant - sur «Evac» notamment - pour ouvrir l’espace à Gary Versace afin que celui-ci déroule quelques solos brillants. C’est sans doute grâce à ce dernier, qui passe du piano à l’orgue ou de l’orgue au Fender Rhodes, avec autant de vélocité que d’inspiration, que les couleurs chnagent au fil des plages. Lumineux et nerveux sur «Circle And Up» et «Cutoff (The Eleventh Bar)», plus churchy et profond sur le très beau et très langoureux «Country And Fish», Versace démontre un véritable savoir-faire, plein d’imagination et de virtuosité.

Ajoutez à cela un drumming sobre, précis et efficace de Jon Wilkan, et vous obtenez un disque à la fois homogène et très varié, d’une fraîcheur qui fait vraiment plaisir à entendre. Wah-Wah ne manque ni de punch ni de groove, et même s’il est emprunt d’une certaine nostalgie, il est vraiment bien de notre époque. A suivre de près, donc.

A+

 

03/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 3)


Cette fois-ci, Mezzo (la chaine télé culturelle française) est présente pour immortaliser l’événement. Le concert sera sans doute diffusé dans le courant du mois d'avril 2013.

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Ce jeudi 6 décembre, on revisite Guitars et Amazir. Et la Jazz Station est sold out!!!

Comme souvent, Aka Moon commence en force. Et quand on sait aussi que la tension retombe rarement, on peut s’attendre à un feu d’artifice.

Pas de Prasanna, pas de David Gilmore ni de Pierre Van Dormael pour mettre le feu à «A La Luce Di Paco», mais un Magic Malik éblouissant et toujours aussi surprenant. Avec lui, tout bascule, tout chavire, tout prend d’autres couleurs. Et les sommets sont vite atteints. Ce qui n’empêche pas Michel Hatzigeorgiou, avec des solos en re-re, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol d’aller toujours plus loin.

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Les échanges entre le flûtiste extra-terrestre et le saxophoniste – qui vient assurément d’une autre planète aussi – sont délirants et d’une inventivité folle. Les phrases coulent en un flot continu. C’est toujours surprenant, impertinent, inattendu.


Les lignes de basse et le beat de la batterie s’entrelacent. Ça ondule tout le temps. A chaque mesure, le tempo change. La pulsion s’accélère, ralenti, se fige et repart de plus belle. Un peu plus vite, un peu plus fort.

Malik et Cassol échangent comme des duellistes. «Scofield» brûle, «Vasco» ondule, «Cuban» chaloupe, «Amazir» émeut... le public exulte. On se congratule, on s’embrasse, on est heureux.

Comme le dit Fabrizio Cassol dans un sourire: «Aka Moon, symbole de l’amour éternel».

(Merci à Jempi pour la vidéo.)

A+

 

 

30/01/2013

Sylvain Cathala Trio - Cercle des Voyageurs

Jeudi 13 décembre. La cave du Cercle des Voyageurs est vide. Sylvain Cathala, Sarah Murcia et Christophe Lavergne s’accordent une dernière fois. Il est passé 21 heures, j’ai un peu peur d’être seul face aux trois musiciens.

Cet excellent trio français, souvent récompensé dans son pays – à juste titre - et trop peu médiatisé chez nous s’est rarement produit en Belgique. Voilà deux bonnes raisons pour ne pas rater ce concert.

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Mais alors, où sont les curieux et les amateurs?

Cathala va souffler les premières notes et, comme par magie, le public vient remplir la salle. Juste à temps. Ouf, me voilà rassuré…

Ce sont les premières notes de «Moonless» qui résonnent. Le son est chaud, enveloppant, presque gras. La musique prend le temps de s’installer, d’occuper l’espace. Mais bien vite elle évolue et s’enrichit de combinaisons sophistiquées.

Sarah Murcia passe devant et nous sert un solo ferme et déterminé. Il n’y a pas à dire, on est loin d’un walking.

Avec «Hope», le son devient puissant, tendu et claquant. Toute la musicalité vire en un discours énergique, fait de phrases définitives.

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Les idées sont claires et bien dessinées. La musique circule et la conversation est souvent animée. Les rythmes et les harmonies s’enchevêtrent parfois de façon complexe. Tout se joue dans un mouchoir de poche. Pas besoin de développer trop longtemps une idée, dès que le message est passé, on passe au suivant.

Tout est mouvant, flottant presque. Le trio surfe sur un faux rubato. Les thèmes balancent et donnent une impression d’ondulation permanente. Très ouverts, les morceaux se laissent parfois influencés par des rythmes tantôt orientaux («Constantine»), tantôt bluesy, tantôt très urbain.

La frénésie s’empare parfois du trio, comme s’il voulait secouer la pulpe du fond et revoir la musique à l’envers. Le drumming de Christophe Lavergne est foisonnant, nerveux et groovy. Il s’aide parfois de petits accessoires (une boîte de pastilles Valda, par exemple) pour colorer et nuancer plus encore son jeu.

On décèle dans le groupe, ici et là, l’influence d’un Steve Coleman ou d’un Aka Moon peut-être…

Parfois plus introspectifs, certains morceaux révèlent un parfum de mystère («Diamant»?). Légèrement déstructuré, le thème avance comme sur un terrain presque inconnu. Le trio joue à cache-cache. On avance à tâtons et chaque musicien propose des idées, donne des bribes des solutions, ose des éléments de réponses… ou laisse en suspens la résolution.

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Sylvain Cathala tient quelquefois la note haute, il aime flirter avec les sommets et titiller les aiguës. Mais après quelques circonlocutions acrobatiques et brèves, il rejoint ses deux complices.

Et les voilà totalement unis. Trois voix, un son.

C’est cette belle unité et cette énergie qui permet au trio de passer avec une certaine aisance au travers d’harmonies et d’arrangements complexes. Hé oui, le groupe se donne la peine de jazzer autrement… sans toutefois faire table rase du passé.

Et dans la cave - bien remplie maintenant - le public ne cache pas son bonheur.

Un nouvel album est en préparation et devrait sortir début avril. Ce serait peut-être l’occasion pour le groupe de revenir fêter ça en Belgique !

En tous cas, on est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

A+

 

 

 

27/01/2013

Citadelic Winter - Gand

Rogé, patron du El Negocito et indéfectible défendeur des musiques improvisées et innovantes, a mis sur pieds, voici quelques années, Citadelic.

Rogé, l’initiateur de Jazz sur l’herbe, d’un label, d’un second club de jazz (La Resistenza) et d’autres initiatives encore, n’a jamais eu peur de rien.

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Pour ce mini festival, à la programmation pointue, Rogé a investi le Gravenstein à Gand, haut lieu, s’il en est, des premiers festivals free jazz à la fin des années 60.

Le 11 décembre 2012, Citadelic Winter accueillait ¾ Peace, Nathan Daems, Basic Borg et le trio d’Alexander von Schlippenbach. Malgré le froid et des conditions climatiques peu avenantes, le public était bien présent.

J’arrive à la fin du concert de Nathan Daems. Pas vraiment le temps de me faire une opinion. Le saxophoniste propose un jazz boosté au rock. C’est plutôt puissant (voire bruyant) et, pour le peu que j’en ai entendu - même si cela semblait un peu brouillon - c’est assez excitant et plutôt prometteur. Je n’aurai pas l’occasion de voir non plus  ¾ Peace de Ben Sluijs (as), avec Christian Mendoza (p) et Brice Soniano (cb), programmé un peu trop tôt pour moi. Dommage.

Dans la très belle et grande salle du donjon (XIème siècle), on a installé des chaises et des tables. Dans un coin, on propose des mets de cuisine Chilienne d’excellente qualité, ainsi que des bières et des vins qui ne le sont pas moins. Un peu plus loin, Instant Jazz a installé son petit stand et propose une sélection de CD’s triés sur le volet.

20 heures, voici Basic Borg, le groupe de Manolo Cabras (cb), qui présente son premier album: I Wouldn’t Be Sure.

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Un imprévu empêche Riccardo Luppi d’être présent ce soir, et c’est Jereon Van Herzeele qui le remplace au ténor. Mais le reste du groupe est au grand complet : Matteo Carrus au piano, Oriol Roca aux drums et Lynn Cassiers au chant et bidouillages électroniques.

Ambiances mystérieuses, mélodies généreuses et poésie furieuse, voilà le programme.

On entre dans cet univers particulier à pas feutrés. En douceur. Le sax de Jereon et la voix  de Lynn se trouvent vite un terrain d’entente, parfois de façon étonnante à l’unisson, parfois en contrepoint ou en décalage total.

La voix de Lynn pourrait être comparée à celle d’une sirène. Une sirène au pays des merveilles. De sa voix mutine, elle raconte des histoires d’enfants adultes ou d’adultes encore enfants, c’est selon. Elle chante les notes du piano, de la contrebasse ou du saxophone, les accompagne un instant puis les libère et s’évade elle-même.

Après quelques circonvolutions oniriques et déstabilisantes, Van Herzele fait tout éclater en un free jazz furieux. Cabras arrache les cordes de sa contrebasse comme s’il allait chercher les sons au fond de son instrument. Oriol Roca fait claquer les tambours, sèchement, fermement. Matteo Carrus frappe le clavier du piano de manière erratique… et revient finalement vers des enchaînements d’accords magiques. L’orage est passé. La douceur reprend sa place. Les mélodies refont surface, toujours enrobées de ce léger parfum d’enfance.

Lynn filtre sa voix pour la fondre le plus possible aux instruments. Les échanges entre sax et piano sont d’une extrême délicatesse. La chanteuse opte alors pour le chant dans un mini mégaphone… un peu contrainte, il faut le dire, par un souci technique qui l’empêche d’utiliser tout son matériel électro. Qu’à cela ne tienne, le moment est peut-être plus étonnant encore. Une sensualité brute s’en dégage et tous les sentiments sont exacerbés. Mais le set est, malheureusement pour des raisons techniques, écourté…

Si l’on se rabat sur l’écoute de l’album, on retrouve bien cet univers à la fois tendre et mélodieux («No Comment», «Dolce»), fragile et incertain («A Ciascuno Il Suo», «It Should Be There») presque swinguant («Game Over») ou plutôt éclaté («Scalar’e Bottulusu»). Inutile de dire que je vous le conseille chaudement. Et l’on pourra revoir le groupe au Jazzzolder à Malines le 8 février et au Sounds à Bruxelles le 9.

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Après une rapide mise en place, c’est le Trio d’Alexander von Schlippenbach (p) – avec Evan Parker (ts) et Paul Lovens (dm) - qui s’installe dans la grande salle voutée.

Le démarrage est instantané. Evan Parker fait naître d’un bourdonnement sourd, une sorte de marche obstinée et prisonnière d’une pièce close. Ses éclats harmoniques semblent se fracasser sur les parois d’un mur invisible. Ou bien elles sont cassées par un piano vengeur. L’histoire qui naît alors est comme sous-titrée par le batteur, qui suit les phrases, les précède ou les attend. Deux petites caisses claires, deux cymbales sans prétention, une grosse caisse et quelques casseroles, cela suffit à Paul Lovens pour marquer sa présence de façon unique.

La musique est toujours en mouvement. Tout est disséqué, affiné, éclaté, explosé parfois. Et pourtant, tout se tient. Un fil ténu, mais solide, semble relier nos trois musiciens. Tout peut arriver, la confiance est là. Et chacun provoque la surprise, ou cherche l’accident. Chacun enrichit le dialogue parfois abstrait ou surréaliste. Parfois enflammé, parfois très réfléchi.

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Puis, Alexander von Schlippenbach se love dans de longues divagations poétiques. Sa main droite se libère tandis que la gauche, extrêmement ferme et précise, prépare un terrain mouvant. Accidenté ou lisse.

Des morceaux très denses laissent la place à d’autres, plus dépouillés, presque décharnés. Puis ça grouille à nouveau, comme des vers dans un fruit trop blet. Tous les morceaux s’enchaînent sans discontinuité. Les improvisations instantanées et les compos personnelles se mêlent à quelques thèmes de Monk («For In One», par exemple). Toutes les émotions défilent. L’équilibre entre le confort et l’inconnu est maîtrisé avec une intelligence rare. Le trio revisite et donne sa propre vision d’un jazz créatif et bien vivant. Un jazz passionnant de bout en bout.

Arès le concert, dans une bonne ambiance, simple et conviviale, on se boit un dernier verre, on discute entre amateurs avertis et on croise quelques musiciens (dont Louis Sclavis, par exemple – qui sera en résidence au Vooruit, le lendemain, avec De Beren Gieren).

Pour qui aime être surpris et est prêt à écouter un jazz qui sort des sentiers battus - trop vite caricaturé comme une musique difficilement accessible - un passage du côté de Citadelic est indispensable. Ça tombe bien, après le «Winter», l’édition Citadelic «Basement» débute en février.

Merci Rogé.

 

 

 

 

 

20/01/2013

Bad Touch - Archiduc

9 décembre. Rue Antoine Dansaert. Round About Five.

L’Archiduc, en fin d’après midi par un dimanche pluvieux d’hiver, cela a quelque chose d’un peu étrange et mélancolique.

Mais cela devient vite romantique et excitant quand il y a du jazz dedans.

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Aujourd’hui, c’est Bad Touch qui vient jouer au magicien.

Resserrés autour du piano coincé entre les deux piliers, Ted Poor (dm), Nate Radley (g), Gary Versace (keys) et Loren Stillman (as) lâchent les premières notes de "The Big Eyes". Un morceau langoureux qui se développe par petites couches, tout en douceur et souplesse. Ça réchauffe et illumine aussitôt le cœur et l’esprit.

C'est agréable de revoir Ted Poor (que j’avais vu dans un registre différent, avec Tigran Hamasyan), Loren Stillman (vu avec Arthur Kell) et Gary Versace (vu avec Torben Waldorff). Par contre, je ne connaissais Nate Radley que sur disques, entre autres sur Like A Magic Kiss de Bad Touch.

Ce sont la plupart des morceaux de cet album - mélangés à quelques titres d’un prochain à enregistrer - et ceux de l’album The Big Eyes de Nate Radley, que le groupe propose dans sa tournée européenne qui passe par la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique.

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Bad Touch manie avec élégance et sobriété les moments forts et les discours plus débridés. Semblant de rien, les morceaux montent souvent en «tensions». C’est souvent là que Gary Versace en profite pour «casser» la mélodie – tout en gardant la trame – et diriger le quartette vers d’autres horizons, un peu churchy ou un peu plus funky.

Gary Versace – qui doit aujourd’hui composer avec le piano et un synthé plutôt qu'avec son orgue Hammond habituel – injecte constamment du groove qu’il parsème d’inflexions empruntées parfois à la musique classique, parfois à la soul. On entend même aussi quelques références à Monk.

Loren Stillman, son très pur et clean, préfère souvent jouer les mélodies, et trouver la beauté dans celles-ci, plutôt que d’en explorer les limites. Il y a beaucoup de pudeur et de tranquillité dans ses solos. Nate Radley procède un peu de la même manière. Il est dans la lignée des guitaristes New-Yorkais actuels. Une certaine nonchalance dans les riffs, une énergie maîtrisée et une belle inventivité dans les chorus. Son entente avec le saxophoniste est idéale.

Quant à Ted Poor, il souligne et ponctue discrètement le temps. Tout est légèrement mouvant et les tensions se font et se défont avec subtilité. Mais, quelquefois, il emballe le rythme ou laisse éclater sa puissance dans des contretemps qui accentuent le relief.

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Le groupe enchaîne un "Bad Touch" exalté et nerveux avec un "New Tree" et un "Skin" qui balancent plus légèrement. "Brother’s Breakfast" repart sur une base plus enlevée. On y décèle peut-être un faux rythme de rag. C’est l’archétype même du morceau qui bouge sans cesse, sans que l’on ne s’en rende compte. L’évolution se fait en douceur et les phrases - de plus en plus affirmées - du guitariste se nouent aux interventions sinueuses du saxophoniste.

Bad Touch offre un jazz «sophistiqué» (dans la richesse de ses arrangements) mais très accessible. Tout se tient, s’enchaîne et se construit avec intelligence. Les histoires sont très lisibles et ne manquent cependant jamais de surprises.

Alors, bien installé au bar, on sirote un vin blanc et on se laisse envahir par cette musique presque apaisante. Une manière bien agréable de passer une fin de week-end.



A+

 

18/01/2013

Peter Van Huffel's Gorilla Mask - Howl !

 

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Accrochez-vous, Peter Van Huffel et ses Gorilla Mask frappent fort.

Stridence, raucité, férocité, chaos… D’entrée de jeu, avec «Legendarious», le ton est donné. Il faut dire que le trio - formé à New York fin 2009 – s’est mis en tête d’allier improvisation pure et dure du jazz et énergie débridée d’un groupe de rock. Pour le coup, c’est réussi.

Mais qui se cachent derrière ces masques de gorilles ? Outre le leader Peter Van Huffel (as), il y a aussi Roland Fidezius (entendu avec So Weiss ou Marcus Klossek Electric-Trio) à la basse acoustique et Rudi Fischerlehner (Dominique Pifarély, Andreas Willers) aux drums.

Ces trois-là nous emmènent dans la jungle d’un jazz puissant, furieux, brûlant et incantatoire. Un jazz qui mélange les références du heavy metal (Rage Against the Machine, Biohasard…) avec celles du free jazz (Peter Brötzmann, Albert Ayler, John Zorn…).

Dans cette jungle, ne vous étonnez pas que les cris d’un sax vous écorchent un peu les tympans, que les vibrations obscures et sourdes d’une batterie vous cogne la tête, que les vibrations d’une basse venimeuses vous inocule la fièvre.

Il s’agit de traverser cet univers comme on traverse une épreuve initiatique. Comme pour s’exorciser. Le groupe ne se pose pas de questions, il fonce !

Cependant, Gorilla Mask se ménage bien un ou deux morceaux moins brutaux. Mais, même «Time Burning» et «Angry Monster» (et son final en stéréo infernale qui vient secouer vos derniers neurones) ne laissent pas votre esprit en paix.

«Z» évolue de façon lancinante, à l’image d’une marche pénible, encouragée – ou suppliée – par les pleurs et les gémissements du sax. Mais la révolte n’est jamais loin. A tous moments, le trio revient à la charge et ne lâche jamais la pression. On songe, parfois, au groupe anglais Acoustic Ladyland ou The Thing.

Certains riffs, ultrabasiques («Dirty City»), permettent à Van Huffel de souffler des improvisations jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à l’étourdissement. Jamais à court d’idées, le saxophoniste explore les phrases dans tous les sens. Ça siffle, ça couine, ça claque, c’est guttural, ça hurle. Et derrière lui, la batterie et la basse imposent un va-et-vient incessant. Constant. Alors parfois, on est surpris d’entendre le swing - même s’il est de courte durée - émerger d’un morceau, comme dans «Monkey’s Revenge». Comme si Van Huffel voulait se rappeler les origines du jazz… et s’amuser à mieux les exploser ensuite.

Howl ! peut agir de deux manières : soit il vous électrise et vous booste un maximum, soit il vous met K.O. debout.

Vous voilà prévenu.

A+

 

 

 

16/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part2)

Deuxième semaine de la rétrospective Aka Moon 20 ans à la Jazz Station. Troisième concert du groupe. Cette fois-ci, on revisite la période Invisible MotherInvisible Sun et In Real Time.

Et l’invité du jour n’est autre que Fabian Fiorini. Un vieil ami.

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Fiorini est un pianiste très percussif et puissant, on le sait. Mais il est aussi capable de disperser des notes d’une incroyable finesse et d’une étonnante poésie. Toujours prêt à naviguer entre la musique contemporaine la plus complexe et les rythmes tribaux les plus sauvages.

Et ce soir, c’est la force qui parle. On a parfois l’impression qu’il va démonter le piano tant son touché (sa frappe ?) est robuste, presque violente.

Ce soir, il faut «donner» ! Et Fabian s’en donne à cœur joie. Il faut dire que les «Dirty Play and Chaos Dance» ou «Spiritualisation» ne se laissent pas faire. Joués avec une énergie de tous les diables, ces morceaux exigent une présence forte. Pas question de se cacher. Le piano doit exister sous les assauts du saxophone de Fabrizio Cassol, les attaques de la basse de Michel Hatzigeorgiou et les coups de batterie de Stéphane Galland.

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Ajoutez à cela que la période qu’Aka Moon nous propose de réentendre - ou de redécouvrir – n’est sans doute pas la plus simple. C’est l’époque du travail avec Ictus, avec Bernard Foccroule, avec Sivaraman. Harmoniquement et rythmiquement, le groupe semble vouloir aller au-delà du raisonnable. Tout explorer. Dans tous les sens.

Et c’est parfois de la folie pure, avec un enchevêtrement de notes et d’accords plus improbables les uns des autres.

Pourtant, Anne Teresa de Keersmaeker a réussi à faire danser sa troupe sur ce magma en fusion perpétuel. Et c’est vrai qu’en étant attentif – ou en se laissant aller - on encaisse toujours ce groove et l’on respire inconsciemment ce balancement étrange. Imperceptible. Inévitable. Il agit comme un virus dans le sang, il le fait bouillir et provoque des réactions presque inconnues.

Sur «Alix», comme en une transe hystérique, les envolées de Michel Hatzi sont époustouflantes. Il va au-delà du jeu de basse. Au-delà de la guitare électrique. Ses doigts courent, le poignet se tord. La disto s’invite à la frénésie.

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Et Stéphane Galland en remet toujours une couche, plus surprenante que la précédente. Il veut toujours avoir le dernier mot. Et Fabrizio Cassol aussi. Et Fabian Fiorini aussi. Quelle bande de sales gamins !

Et si, comme le souligne si bien Fabrizio Cassol à la fin du concert, «Anne Teresa de Keersmaeker n’a peur de rien...», Aka Moon, lui, est capable de tout.

A+

 

 

14/01/2013

Jérôme Sabbagh & Jozef Dumoulin Quartet - Music Village

Jérôme Sabbagh est français, mais il vit essentiellement aux States. À New York plus précisément. Depuis plus de quinze ans. C’est là qu’il a fait sa vie, qu’il a fait son jazz.

C’est là qu’il a trouvé son style en se frottant à Bill Stewart, Andrew Cyrille, Matt Penman, Tony Malaby, Paul Motian, Reggie Workman et tant d’autres.

Son jeu, d’une fausse simplicité, est souple et bourré d’énergie contenue. Il possède une force intérieure qu’il canalise avec une belle assurance. Il joue avec cette énergie latente qu’on ne trouve qu’à New York. Sans fioriture mais non sans lyrisme, sans agressivité mais non sans puissance. Sabbagh puise sans doute son inspiration dans l’esprit des grands saxophonistes du style de Warne Marsh ou de Dexter Gordon… Il possède un sens du timing qui lui permet d’économiser ses forces et de donner des coups d’accélérateur aux moments propices.

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Début de l’année dernière (2012), Jérôme Sabbagh avait sorti «Plugged In», un album avec Jozef Dumoulin - avec qui il partage le même label mais peut-être pas tout à fait le même univers. Pourtant, l’alchimie a fonctionné. Au-delà des espérances même. Les deux musiciens se sont trouvés quelques points communs dont celui des mélodies et surtout la sensibilité pour les façonner. Chacun gardant pourtant sa propre personnalité. Et c’est d'ailleurs ce mélange qui est intéressant.

Après que l’album a été salué comme il se devait par la presse, il était temps de le défendre sur scène.

La tournée européenne débutait le 6 décembre par Bruxelles (avant Paris, la France, la Suisse, etc.) au Music Village. Cette première date s’étant ajoutée en dernière minute, le quartette initial (avec Patrice Blanchard (eb) et Rudy Royston (dm) ) s’en trouve légèrement modifié. Et c’est Dré Pallemaerts et Nic Thys que l’on retrouve exceptionnellement ce soir.

Tout débute par un «Drive» plutôt énergique avant que l’on ne plonge dans un «Aïsha» plus atmosphérique. On sent aussitôt les deux hémisphères qui forment le groupe. Mais l'on parle plus d’équilibre et de dialogue que de rapport de force.

Les sons étranges distillés par Dumoulin au Fender Rhodes – avec ses accords bizarres et presque abstraits - se mêlent aux lignes ondulantes du saxophoniste.

Les échanges entre ténor et Rhodes tiennent parfois de la magie, de l’irréel. Chacun des musiciens semble être sur une «onde», chacun voyage suivant son style, mais tout le monde prend soin de l’autre. Il y règne toujours cette sensibilité particulière qui permet à tous de se rejoindre et de partager la même histoire.

Certains morceaux plus linéaires se mélangent à d’autres plus complexes. Mais l’objectif est le même: la mélodie. «Once Around The Park» (de Paul Motian), semble se liquéfier au fur et à mesure de la progression. On flotte entre onirisme et fragilité, et le jeu tout en nuance de Dré Pallemaerts – qui a le don d’effleurer comme personne les cymbales - n’y est sans doute pas pour rien. Un très dépouillé «Slow Rock Ballad» prolonge encore un peu cette atmosphère presque crépusculaire.

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On se balade au fil des morceaux entre force et douceur, entre puissance et fragilité. Étrangement, parfois, comme sur «Ur», le son du Fender Rhodes se confond avec celui du sax… À moins que ce ne soit l’inverse. Le moment est Fascinant.

Enfin, le quartette repart et termine le concert sur des terrains plus fermes avec «Ride».

Finalement, les mondes de Jozef Dumoulin et de Jérôme Sabbagh ne sont pas si éloignés que ça. Tout est une question de langage et d’intelligence.

Voilà une leçon que certains hommes devraient retenir.

A+

 

13/01/2013

Sous les flocons, le jazz.


Deux, trois, petits rendez-vous en ce début d’année.

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Hé oui, les festivals ne se déroulent pas toujours sous le soleil d’été.

Winter Jazz Festival porte d’ailleurs bien son nom. Depuis quelques années, Flagey et le Théâtre Marni proposent une série de concerts, ainsi que quelques projections de films concernant le jazz. Sur le grand écran, on y verra «Petrucciani» de Michael Radford, «Autour de minuit» de Bertrand Tavernier ou encore «Sweet And Lowdown» de Woody Allen.

Et sur scène on verra Mâäk avec Marc Ducret, Metal-o-phone ou encore Too Noisy Fish pour les plus avant-gardistes, Jef Neve, Sal La Rocca, LABtrio et Christian Escoudé, pour les valeurs sûres, Kaja Draksier’s Acropolis ou Elifantree pour les découvertes et Matthew Herbert Big Band pour le plus grand plaisir de tous.

Alors, hop ! Une écharpe, un bonnet et n’hésitez pas à traverser la Place Falgey dans les deux sens.

Mais à côté de la «grosse machine», n’oublions pas non plus nos amis de Muse Boosting et leur Blue Flamingo Jazz Festival, qui continuent à proposer chaque trimestre deux concerts à Molenbeek. Allez vous réchauffer dans cette magnifique salle du Château du Karreveld aux sons de Big Noise et du trio d’Igor Gehenot. Ambiance assurée.

Ça c’est à Bruxelles. Mais il y a aussi Tournai qui propose la deuxième édition de son Tournai Jazz Festival . Cette année, on y verra Ibrahim Maalouf (unique concert en Belgique !!) mais aussi Richard Galliano, Manu Katché, Bojan Vodenitcharov et Steve Houben et quelques jeunes groupes dont Blue Monday People, Mister Dumont, Pia Silva… et encore Big Noise.

Allez-y !

Et puis, il y a aussi les Djanjofolllies dont les concerts s’éparpillent aux quatre coins du pays (Christian Escoudé, Les Violons de Bruxelles, MuZiek de Singe, Les Doigts de l’Homme et bien d’autres).

Et, bien entendu, outre les festivals, il y a toujours les clubs, les clubs, toujours les clubs !

Plongez dans l’agenda du site des Lundis d’Hortense, qui est toujours là pour vous dire où et quand ça se passe. Qu'il neige ou qu'il fasse soleil...

 

A+

10/01/2013

Soledad - Soledad Plays Soledad

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Ne dit-on pas que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même ?

Soledad applique enfin cette vérité et joue… Soledad !

On se demande d’ailleurs pourquoi il a mis si longtemps avant de franchir le pas ? Pour construire et affiner son univers ? Pour trouver ou affirmer ses racines ? Ou, au contraire, pour s’en défaire ?

Manu Comte (acc), Alexander Gurning (p), Jean-Frederic Molard (v) et Patrick De Schuyter (g) se sont d'abord forgés une solide réputation en jouant Piazzola, puis Stravinsky, puis Gismonti et puis les autres. Ils ont fait le tour du monde, ont collectionné les récompenses, ont accumulé les reconnaissances. Fallait-il être humble à ce point pour toujours remettre à plus tard la mise en lumière de leurs propres œuvres ?

Pourtant, à l’écoute de ce dernier album, on peut affirmer sans crainte que les compositions originales n'ont rien à envier aux thèmes de Carlos Jobim ou d’Hermeto Pascoal auxquels ils se mêlent. Dans cet album, toute l’âme de Soledad y est définitivement révélée, dessinée, installée. L'expression des sentiments et les différentes émotions sont ici dévoilées avec beaucoup de pudeur ou, au contraire, jetées avec une fougue libératrice.

Les arrangements sophistiqués et les exposés d’idées en mode «champs contre champs» (Soledad n’a pas travaillé les musiques de films pour rien), nous font passer des sentiments joyeux et faussement insouciants à d’autres, plus intimes et indicibles… Oui, Soledad remue.

Cette mixture délicate et puissante d’accordéon, de guitare, de violon et de piano est soutenue par la contrebasse chantante de Sam Gertsmans et rehaussée par les percussions chaleureuses de Michel Seba. Si ces deux derniers viennent de rejoindre Soledad, c’est peut-être plus pour renforcer l'esprit du groupe que pour le faire changer. Quoique… On perçoit un frémissement plus jazz par-ci, un emballement plus funk par-là, des accentuations plus rock ailleurs. Oui, Soledad brouille les pistes et mélange ces tensions qui libèrent le souffle, l'air et la vie et qui rendent la mélancolie salutaire. On devine toujours la sensualité moite d’une danseuse de tango prête à s'écrouler avant qu’elle ne soit retenue, in extremis, par son compagnon.

«Eden» s’éveille petit à petit avant de groover sous la pulse de Michel Seba, «Victor» s’emballe sur des riffs de guitares rock, un léger esprit Philip Catherinien vient caresser «Moonmist», «Rebound» sautille aux sons d’un piano et d’un accordéon enivrés de soleil, «Recco» réinvente la new-musette, «Homilia» fait s’accorder à l’unisson le bandonéon et le violon tandis que Maurane prête sa voix à un «Por Toda A Minha Vida» déchirant.

Sur la pochette, un marteau frappe le plancher – à la façon du talon des chaussures de flamenco – comme pour briser quelque tabou. Soledad joue Soledad et c’est une certaine idée de la tradition qui est revisitée par la modernité. Et c’est bon.

 

A+


08/01/2013

Les chroniques de l'inutile - Aka Moon 20 ans - Jazz Station

 

Pour fêter ses 20 ans, Aka Moon a invité différents groupes, ou projets, qui touchent de près ou de loin leur univers. Ce jeudi 29 novembre, Les Chroniques de l’Inutile était sur la scène de la Jazz Station.

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Voilà un drôle de nom pour un groupe. Benjamin Sauzereau (guitariste et leader) tente bien de m’en expliquer son origine, mais j’avoue que cela reste un peu flou. On navigue entre le surréalisme et le dadaïsme. Les histoires sont plutôt écrites mais ne se lisent jamais de la même manière. Elles ne se jouent jamais de la même manière non plus. Voilà pourquoi les «Chroniques» laissent beaucoup de place à l’improvisation et à l’imagination. Quant à «l’Inutile», c’est la question qui se pose sur le bien fondé de ce qui précède… Vous suivez ?

Bref, avec Eric Bribosia au Fender Rhodes, Jens Maurits Bouttery à la batterie, Erik Bogaerts (qui remplace définitivement Gregor Siedl ??) au sax ténor et Benjamin Sauzereau à la guitare nous ne sommes jamais au bout de nos surprises.

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Il y a quelque chose des «Children Songs» dans les compositions du groupe ou du moins dans la façon de les jouer. La musique, finement ouvragée est très évocatrice. On imagine des monstres cachés sous le lit ou dans les armoires. On s’invente des mondes, des personnages. C’est de la féérie moderne, pleine d’humour et de non-sens à la Jacques Tati ou à la Raymond Queneau.

Les titres, parfois plus long que le morceaux («Les gens qui rentrent dans le tram sans vous laisser le temps d'en sortir bien que vous ayez trois sacs sur le dos»), ne font aucun doute sur l’esprit de ce jazz très malicieux et libertaire. Ajoutez à cela la richesse des instrumentations et l’inventivité des arrangements et vous vous sentirez comme dans une bulle, entre rêve et réalité.

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«Bûche» (allez comprendre pourquoi), aux accents orientaux et mystérieux, nous embarque dans un souk imaginaire. Puis, «L’ampoule et le haricot» délivre avec simplicité une musique riche, délirante et complexe tout en restant constamment accessible et intéressante. Et amusante aussi. Car il y a de cela également dans la musique du groupe : une façon de ne pas se prendre au sérieux, de prendre du recul sur le monde, les évènements et les gens. L’intelligence de l’humour enrobée d’une certaine philosophie poétique. Et tout est bon pour faire de la musique. Jens Mauritz Bouttery use de mille et un objets, plus incongrus les uns des autres, pour en extraire des sons de toutes les couleurs. Eric Bribosia distille des lignes de basse sobres et ponctue les phrases d’accords cristallins. Le jeu de Benjamin Sauzereau est léger et fin. Il effleure les cordes de sa guitare. S’envole. Invente.

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Tout est douceur, tout se meut avec souplesse et délicatesse. On est emporté dans une sorte de transe lymphatique et ouatée. Pourtant, on reste en alerte, les rythmes évoluent sans cesse, les respirations s’accélèrent imperceptiblement, le groove est présent, le tempo s’efface petit à petit, puis réapparaît en toute discrétion. Flottant par-dessus tout, Erik Bogaerts innerve les mélodies d’un luxe de nuances. Les notes ondulent, s’affirment ou se laisse découdre.

Les Chroniques de l’Inutile est un groupe à l’esprit très personnel et original. Le genre de groupe qui peut vous mener loin. Qui fait référence à nombre de sentiments, d’images et de musiques. Un jazz qui ouvre un peu plus encore l’esprit.

Non, vraiment, ce groupe est loin d’être inutile. Qu’on se le dise.

Voilà sans doute l’un de mes coups de cœur du moment.



A+

 

 

 

 

 

06/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 1)

 

22 novembre 2012. Bruxelles. Jazz Station. Le club est plutôt bien rempli. Le public se presse au bar ou se cherche une pace dans la salle. Ça bouillonne déjà, c’est électrique. Il est plus ou moins 20h30. Ça y est, coup d’envoi d’une série de concerts qui vont célébrer les 20 ans de carrière d’Aka Moon.

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L’inséparable trio monte sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Après quelques mots d’une brève introduction pleine d’émotion, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland plongent et replongent dans le répertoire fondateur du groupe.

Nous voilà en 1992. «Aka Moon», «Aka Earth», «Aka Truth»… Les morceaux du premier album défilent. Avec la même fraîcheur et avec toujours autant d’intensité. On se surprend à re-entendre en live ces morceaux qu’on n’écoutait plus que sur CD. Coups d’accélérateur par-ci, virages en épingle par-là, courses poursuites, queues de poisson, décélérations brutales, tout y est, intact comme aux premiers jours. On jubile.

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Aka Moon attaque le deuxième set avec la période Akasha (1995). «As Known As Venus», «Bagherathi», «Galileo Galilei», «Alakananda». L’énergie est toujours là. Les musiciens se surprennent encore. Il faut voir l’œil d’Hatzi briller à l’énoncer du morceau à venir. Il faut voir le sourire complice de Stéphane Galland, prêt à sortir des polyrythmies encore plus délirantes. Il faut sentir ce bonheur décuplé qui jaillit en notes ininterrompues du saxophone de Fabrizio Cassol. Après 20 ans, la source ne s’est pas tarie. On se croirait dans «La machine à explorer le temps» de Welles. Les paysages défilent à toute allure, les décors évoluent constamment, les souvenirs remontent à la surface. L’excitation est à son comble et le public ne cache pas sa joie. Aka Moon termine le set avec «Bruit» en hommage à Pierre Van Dormael (qui en avait signé la compo) qui fut, on le sait, l’un des éléments déclencheurs de cet incroyable groupe. Et puisque le public en redemande encore, Aka Moon amorce la période Elohim et Ganesh - que le groupe revisitera le lendemain avec David Linx en invité - et nous balance un dernier morceau éblouissant.

On me rapportera d’ailleurs que le concert du vendredi 23 (avec David Linx) fut d’une puissance incroyable. Je n’y étais pas. «C’était Werchter à la Jazz Station!» me confiera Fabrizio quand je le croise le samedi 23 pour le concert en duo de Michel Hatzi et David Linx.

Car oui, en plus de la rétrospective complète des 20 ans, Aka Moon a également fait de l’espace pour des projets parallèles (Conference Of The Birds, Ananke, Les Chroniques de l’Inutile ou encore Pudding oO…). J’en parlerai plus tard.

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Pour l’instant, Michel Hatzigeorgiou et David Linx sont sur scène. Le duo a déjà enregistré ensemble. Il y a plus de quinze ans. Mais ne cherchez pas leur discographie, vous ne trouverez rien : les bandes originales se sont perdues suite à la faillite du studio d’enregistrement. L’occasion était donc trop belle pour raviver le projet et faire, enfin (!), un premier concert.

L’instant a quelque chose de magique.

Qui inspire l’autre? Qui suit l’autre? Qui le devance ou l’attend? Impossible à dire. La connivence est totale. Le souffle, le scat, les respirations de Linx se fondent aux slapping, aux résonances et aux pizzicati d’Hatzi. Tout se noue, se dénoue, s’accélère et se détend, tantôt de façon enlevée et fougueuse, tantôt avec extrême sensibilité. Le duo mélange standards et compositions originales. Le blues, l’Afrique, le rock et le jazz se confondent. «Blackbird» (The Beatles), énergique et ornementé de beaux effets de guitare, précède un «Jessica» où les mots de Linx déferlent en cascade sur une mélodie, sinueuse et vive  à souhait, emmenée par Hatzi. Le bassiste électrique profitera ensuite pour délivrer une version incroyable de «Last Call From Jaco»... haa, ce riff obsédant. On entendra plus d’une fois ce thème lors des différents concerts et, croyez-le ou non, il sera chaque fois réinventé, recoloré, redessiné. C’est ça le jazz, c’est ça l’impro, c’est ça le talent.

Linx et Hatzi reprennent encore «Walk Alone» (le morceau enregistré et perdu), «Black Crow» ou «The Wind Cries Mary» (Jimi Hendrix) avec une telle force et une telle passion que cela devrait les pousser à remettre définitivement ce projet sur pieds. Et mon petit doigt me dit que...

à suivre bien entendu, l'aventure ne fait que commencer…

A+

 

10/12/2012

Siân Pottock au Music Village

Après un sympathique et tendre «Good Morning Brussels», en solo et à la guitare, pour saluer son retour dans la capitale, Siân Pottock (Indo-Pakistanaise, Congolaise, Belge et Slovaque, née aux States et vivant entre Paris, Bruxelles et New York,... pour faire court...) invite Julien Agazar (keys), Fabien Mornet (g) et Jon Grandcamp (dm) à la suivre sur «Stand By Me».

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Pour ce deuxième soir au Music Village, qui accueille régulièrement la chanteuse depuis quelques années déjà, le club est plutôt bien rempli. Il y a les fidèles, les habitués et les curieux.

Depuis longtemps, Siân a aboli les frontières entre le jazz, la pop, les musiques ethniques et le folk. Et son univers est un subtil dosage de toutes ces influences. Elle écrit, compose et arrange la plupart des morceaux qui reflètent bien son caractère.

La voix est chaude, souvent riante, même si les sujets abordés sont parfois douloureux. Au-delà de l’amour, il y est question de l’incompréhension du monde et des blessures de la vie. On pense à Tracy Chapman, bien sûr, mais aussi parfois à Joni Mitchel ou… Susheela Raman. L’ambiance est assez intimiste et les arrangements - raffinés et bien ciselés - ne cèdent jamais à la facilité. De plus, Siân Pottock a la bonne idée de ne jamais en rajouter dans le pathos et de ne pas surcharger ses chansons tristes d’effets excessifs. Elle garde une certaine distance, un peu comme le faisait Barbara à son époque par exemple (je parle ici de l’esprit de la chanteuse, pas de sa façon de chanter). Et ça, franchement, ça fait du bien.

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Si Siân Pottock est bien sûr au-devant de la scène, les musiciens qui l’accompagnent sont assez indissociable du projet. Le jeu de Jon Grancamp est à la fois feutré et franc. Il utilise souvent les balais ou les mains et opte pour des sons un peu étouffés qu’il illumine par quelques frappes sur des calebasses. Ses dialogues avec Julien Agazar fonctionnent à merveille, et le claviériste semble souligner par petites touches les sentiments de la chanteuse. La guitare de Fabien Mornet vient, quant à elle, soutenir et donner du relief à celle Siân. La voix, les cordes et les percus forment alors un très bel ensemble à la douceur particulière, légèrement amère.

Tout est sobre et juste. Sans esbroufe, avec juste le plaisir de partager.

Et puis, il y a de l’humour aussi, de la décontraction et un certain sens de la mise en scène chez Siân Pottock. Il faut dire qu’elle s’est déjà frottée à de belles pointures comme Mario Canonge, Clarence Penn, Jacky Terrasson ou Richard Bona. Sur les scènes Parisiennes (Sunset, China et autres) ou New Yorkaises (55 Bar, Fat Cat, The Rockwood ou Blue Note notamment aux côtés de l’incroyable pianiste Jonathan Batiste !).

Alors on se laisse entraîner par un intéressant «Elevator» (joué pizzicato au violoncelle par la chanteuse), par un frais «Sunday» ou par un poignant «Talk To Me». Et l’on se dit que, lorsqu’elle n’est pas formatée, la chanson pop-folk-jazzy (appelez ça comme vous voulez) vaut vraiment la peine d’être écoutée.

A+

 

 

08/12/2012

Manu Hermia Trio - Chapelle de Verre

Jouer avec l’acoustique et la réverbération de cet endroit incroyable et surprenant qu’est la Chapelle de Verre à Ronquière ! Voilà ce qui attend le trio de Manu Hermia ce vendredi 16 novembre.

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La Chapelle de Verre est un ancien lieu de culte construit en 1929 par Arthur Brancart - directeur des verreries Fauquez qui produisait la marbrite (du verre opacifié imitant le marbre et qui a orné de nombreuses maisons Art Déco dans le monde entier). Au temps de sa splendeur, les verreries employaient près de 1000 ouvriers venus de tous pays, c’est pourquoi l’usine avait construit un véritable village autour d’elle. Mais dans les années 70, vint le déclin. La Chapelle fut abandonnée, puis désacralisée et enfin reprise et restaurée au milieu des années ‘90 par Michaël Bonnet. Celui-ci en a fait un musée, un bar crêperie et une salle de spectacle… fascinante.

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Un saxophone, une contrebasse et surtout une batterie dans la nef d’une chapelle, la partie n’est pas gagnée d’avance. Et pourtant…

Avec le souffle de l’alto, le frémissement des cordes et le feulement des peaux, «A Story Of A Caress» se dessine doucement et le trio apprivoise facilement le lieu. Les musiciens s’écoutent, s’observent et ont l’air de redécouvrir leurs sons. Malins, ils ne jouent pas contre, mais avec la sonorité de l’architecture. Et la magie opère, il y a comme un quatrième membre au trio.

Alors Joao Lobo (dm) prend de l’assurance et fait rebondir plus sèchement ses baguettes sur ses tambours. Il étale – comme il aime le faire - ses sachets plastic, ses clochettes et ses mini-cymbales pour réinventer son univers. Il joue avec la paume des mains, passe un archet sur la cymbale ride. L’instant est divin

Et le trio s’emballe sur «Illegal Mess» et pousse encore un peu plus loin l’exaltation avec le très coltranien «The Color Under The Skin». Manolo Cabras frappe sa contrebasse dans tous les sens pour répondre aux assauts de Joao Lobo. Et le morceau s’emballe en une transe profonde et sans fin. Manu Hermia fait pleurer le thème au soprano jusqu’à le faire crier. La communion entre les musiciens est totale (quoi de plus normal dans une chapelle, me direz-vous ?). La musique de Manu Hermia oscille sans cesse entre poésie et douleur, entre douceur et rage. Son implication personnelle dans la recherche de cet équilibre de vie - la terre, les humains, la sagesse - est bien présente dans toutes ses compos. Les messages sont clairs et son jazz les amplifie.

Entre balade sensuelle et déchirement plus chaotique, tout fait sens.

Avec «Song For Yasmina», on revient alors à plus de douceur. La musique envahit vraiment tout l’espace et se faufile dans les moindres recoins. A la manière d’un Mark Dresser, Manolo Cabras fait crisser l’archet sur ses cordes, puis fait rebondir ses poings sur le corps de sa contrebasse jusqu’à presque la fissurer ! Manu Hermia passe du bansuri au soprano, puis à l’alto. Les sonorités indiennes se mêlent au jazz. Et on va presque jusqu’au free jazz débordant d’énergie avec «Austerity ? What About Rage ?».

En rappel, devant un public conquis, le trio revient jouer un morceau plus introspectif, qui fait la part belle au bansuri. Tout se termine en douceur.

Après une belle tournée (près de 18 concerts d’affilée répartis entre les JazzLab Series et le Jazz Tour) le trio semble plus soudé que jamais et prêt à enregistrer un nouvel album. Il est à parier qu’il sera sans concession et plus énergique encore que le précédent – que je vous recommande toujours – Long Tales And Short Stories.

Quant à La Chapelle De Verre, j’y retournerai sans aucun doute très vite pour avoir le plaisir de redécouvrir la musique... et profiter de ce merveilleux accueil.

A+