13/08/2012

Maxime Blésin Trio - Music Village

Traditionnellement, le Music Village continue à programmer des concerts durant tout l’été. Et c’est bien.

La formule est cependant légèrement différente de celle pratiquée pendant l’année. En effet, toute la semaine, du mardi au samedi, Paul Huygens ouvre la scène à un seul et unique groupe.

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Ce jeudi 2 août, je suis allé écouter Maxime Blésin qui a profité de l’aubaine pour roder un nouveau projet en trio. Derrière le leader, ce sont Sal La Rocca (cb) et Jan De Haas (dm) qui soutiennent le guitariste qui a décidé de… chanter. Bien sûr, Maxime avait déjà donné de la voix… en portugais (on sait qu’il affectionne particulièrement la musique brésilienne) mais pratiquement jamais en anglais.

Le répertoire est principalement basé sur des standards de jazz. Le trio y reprend «Night And Day», «Star Fell On Alabama», «Tenderly»…  Mais aussi «Samba de Verão» («Summer Samba»), on ne se refait pas.

Blésin profite de ces 5 soirées pour tester des guitares et chercher le son qu’il veut. Veut-il s’éloigner du style soul et jazz pour se rapprocher de la pop ? Ou flirter avec le classique ? Ou mélanger le tout ? Qui sait ?

Le phrasé est souple, vivace et souvent chaleureux. Dans son jeu, on décèle un peu de Grant Green, une pointe de John Scofield, un soupçon de Kenny Burrell, un peu de l’esprit de Kurt Rosenwinkel. Maxime Blésin cherche les ingrédients qui donneront à ce projet une identité toute personnelle.

Jan De Haas rebondit sur les riffs du guitariste et Sal La Rocca, profite du moindre espace pour improviser avec élégance et grande musicalité.

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Après avoir tourné avec son excellent sextette Bop And Soul Sextt (dont l’album contient des morceaux irrésistibles comme «Hydrogen Bond», «To Art» et surtout «Leaves In Windy Weather» qui mériterait de devenir un tube planétaire tellement il est en tout point parfait !!) il n’est pas exclu que Maxime Blésin enregistre un album avec ce nouveau trio. Mais il ne se contentera peut-être pas de cette «simple» formule et pourrait peut-être inviter quelques musiciens plus… classiques. N’en disons pas plus pour le moment, le projet est en gestation et le résultat pourrait être surprenant.

En attendant, le trio continue à diffuser sa musique sensuelle dans l’ambiance chaude et moite du Music Village. Les amateurs de belles mélodies finement ciselées sont ravis et n’hésitent pas à «en redemander».

Pour eux, comme pour moi, ce jazz à Blésin est idéal pour les soirées d’été.

 

A+

 

 

10/08/2012

Nguyên Lê. L'interview.


L'excellent guitariste Nguyên Lê sera en concert au Festival d'Art Huy ce 19 août.

Un concert qu'il ne faudra pas manquer si vous aimez le jazz, le rock et les musiques ethniques. Il a sorti chez ACT Music le très bon album ("Songs Of Freedom") qui mélange allègrement et intelligement quelques-uns des morceaux emblématiques du rock et de la pop (Led Zeppelin, The Beatles, Janis Joplin, Iron Butterfly ou encore Stevie Wonder) avec les musiques indiennes, vietnamiennes ou nord-africaines. Une réussite ! Bien loin des clichés "habituels".

Lors de son passage à l'Espace Senghor à Bruxelles, j'ai eu l'occasion de le rencontrer.

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Il y a eu “Purple”,  il y a eu aussi, avant et après, des projets basés plus spécifiquement sur la musique vietnamienne … Peut-on dire que “Songs Of Freedom” est la suite de “Purple” ou bien est-ce une parfaite fusion entre rock, jazz et musique asiatique?

Il y a eu des tentatives avant “Purple”. Mais c’est vrai que “Purple” a été déclencheur. Il y avait longtemps que je voulais travailler sur la musique de Jimi Hendrix. J’y pensais déjà en '93, avec le groupe que j’avais à l’époque.

Ultramarine?

Non, non, c’était après, avec Richard Bona, avant qu’il ne devienne la star qu’il est devenu. Je m’intéressais à l’énergie du rock. J’ai toujours adoré ça et je voulais développer cet élément. D’ailleurs, c’est quelque chose que j’ai toujours essayé de garder dans ma musique, quel que soit le projet. Au départ, c’était pour jouer, pour la joie que cela procure sur scène, la joie de sentir le retour" du public. Puis, il y a le passage au disque. Et pour cela, il faut plus que du plaisir, il faut du “concept”. Ce concept, je l’ai découvert avec une version de “Voodoo Chile. Il y avait une lecture ethnique, une lecture africaine sur un morceau rock. Je voulais relier plein d’éléments avec le morceau original. Autant par le texte que par la musique. Relier tous les symboles qui sont transportés par l’histoire d’Hendrix. Il était assez naturel, pour moi, de faire le rapport entre la transe Gnawa et la transe d’Hendrix. Pour moi, Hendrix a toujours été ne musique de transe. Et c’est comme cela que j’essaie de la jouer d’ailleurs. J’ai poussé le concept de cette fusion jusqu’à traduire les paroles d’Hendrix en Bambara. J’ai aussi invité le musicien algérien Karim Ziad pour jouer les percus. J’ai gardé l’énergie rock et l’esprit d’ouverture et d’improvisation typiquement jazz. Mais cela, c’était seulement pour un seul morceau. Et j’aimais ce concept et je voulais le pousser plus loin. Puis, Siggi Loch, le patron de ACT Record m’avait demandé de faire un deuxième volume sur la musique d’Hendrix. Alors, j’ai commencé à travailler, et puis j’ai réfléchi et je me suis dit que je ne devais pas me limiter à Hendrix. J’étais très excité d’aller voir plus loin, avec d’autres morceaux rock.

Est-ce une musique qu’il a fallut “réinventer” cette musique ? Car  ce mélange ethnique n’est peut-être pas toujours aussi évident que dans “Voodoo Chile ou dans la musique d’Hendrix en général ?

Oui. Mais au départ, avec le projet Hendrix, il y avait aussi une idée de “simplicité” volontaire. L’idée n’était pas de réécrire des choses, de les re-arranger. A l’opposé, dans Songs Of Freedom, j’ai voulu pousser le côté écriture beaucoup plus loin. Et ce groupe est,  pour moi, comme un mini Big Band. C’est pour cela que j’avais besoin d’un instrument harmonique, comme le vibraphone, par exemple. Ce que joue Illya Amar est très écrit. Cela n’en a peut-être pas l’air, mais c’est assez précis. Et le vibraphone donne une autre couleur que le piano ou le synthé ! Cela donne une lumière, une certaine clarté à l’ensemble

Pourquoi ne pas avoir voulu créer un groupe très rock dans l’instrumentation de base et jouer la couleur avec différents invités ?

C’est un peu la démarche que j’avais faite avec “Purple”. Sauf que je ne chante pas et qu’il me paraissait essentiel qu’il ya ait du chant dans ce projet. Donc, par rapport au quartette de “Purple”, j’ai ajouté une couche harmonique.

Tu as revu aussi le line-up du groupe par rapport à « Purple », il y a des raisons particulières ?

Disons que Stéphane Galland et Linley Marthe sont des musiciens qui ont fait partie de la dernière génération de mon groupe Hendrix. On a beaucoup tourné la musique d’Hendrix avec cette rythmique-là. Et comme ça marchait très bien, qu’on était sur la même longueur d’onde au niveau de l’énergie, on a continué.

Pour revenir aux morceaux, comment as-tu procédé pour le choix, selon quels critères, quelles idées ?

Il y a plein de morceaux qui sont venus naturellement, car c’étaient des morceaux que j’adorais quand j’étais plus jeune. Je dirais même que  ce sont des morceaux qui m’ont fait aimer la musique. C’est la première musique que j’ai écoutée. Avant cela, je n’avais même pas le goût de la musique.

Oui, il me semble avoir lu cela quelque part. Tu t’es mis à la musique assez tard, vers quinze ans, ce qui semble assez incroyable.

Oui, peut-être. Le vrai groupe qui m’a fait aimer la musique c’est Deep Purple. Mais quand j’ai réécouté leur musique dans l’idée de la travailler pour "Songs Of Freedom" cela ne m’intéressait plus du tout. Led Zeppelin, par contre, je l’ai redécouvert. J’aimais déjà ça à l’époque, mais pas à ce point. Pas comme maintenant.

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Pour quelle raison Led Zep' est-il plus intéressant ? Il y a plus de richesses harmoniques, ou  rythmiques ?

C’est beaucoup plus créatif. C’est resté super moderne. Et quand on écoute les enregistrements live, on se rend compte qu’ils improvisent de façon monstrueuse. Comme des jazzmen. Ce qui était très beau à l’époque, même s’il y avait une différence entre le jazz et le rock, c’est que les rockers improvisaient. Et pour Hendrix ou Clapton, bien sûr, c’était monnaie courante. Et Led Zep' allait dans le même sens.

Reprendre des thèmes rock et improviser dessus est parfois très casse-gueule. On ne va pas donner d’exemples, mais on en connait. Il faut trouver de l’espace pour improviser. C’est difficile ? Moins évident que sur des standards de jazz, par exemple ?

Pour moi, ce n’et pas spécialement difficile. C’est à dire que j’ai comme première attitude de respecter le morceau. Je ne cherche pas du tout à le dénaturer, à le détruire ou le rendre méconnaissable. J’essaie toujours d’être complètement relié au sujet de départ. Comme pour Hendrix et "Voodoo Chile". Ceci dit, une fois que j’ai trouvé mon point de vue, je développe très loin le travail qui peut paraitre parfois assez éloigné du matériau original. Mais l’esprit est présent, c’est la même chanson, les mêmes paroles. En fait, il s’agit plutôt d’une histoire de couches. Et je m’aperçois que je fais ça tout le temps. Ça fait des années que je m’amuse à réécrire de la musique sur de la musique qui existe déjà. J’écris de la musique sur des musiques qui n’ont pas besoin de moi, finalement. Et ces musiques, ce sont autant celles d’Hendrix que la musique Vietnamienne ou que la musique du Maghreb. Tous ces morceaux traditionnels - et on peut y inclure Hendrix ou Led Zep' sans problème – ce sont des diamants en eux-mêmes. Je veux qu’ils restent des diamants. Par contre, je veux me les approprier, avec le rêve que j’aurais pu les écrire moi-même (rires). C’est un rêve, il ne faut pas prendre ça au premier degré !

Pour chacun des morceaux, tu as conçu des arrangements aux influences différentes: une fois c’est le Vietnam, une fois l’Afrique, l’Inde…  Y avait-il une idée bien précise derrière chaque morceau ?

Absolument. Une fois encore, il s’agit de trouver un point de vue initial précis pour commencer l’arrangement.

Qu’est ce qui fait que tu décides de traiter tel morceau sur un raga ou sur un rythme africain ?

Je pense que les raisons sont spécifiques aux morceaux. Si l’on prend “I Wish”, que j’ai voulu en version “Bollywood”, c’est parce que ça groove déjà monstrueux au départ. Je ne pouvais pas en faire une ballade. Même si c’est un truc facile de jazzmen: prendre un morceau rock et le ralentir, en faire une version sobre et dépouillée. Et ça marche bien.  Mais moi, je voulais garder une version groovy. Et je voulais que cela corresponde à ma personnalité et que cela parle aux gens de ma génération, à ceux qui, comme moi, sont dans ce monde métissé. J’ai réfléchi aux musiques ethniques qui groovent et qui ont un côté joyeux et un peu clinquant… Il fallait que cela corresponde au morceau original qui, lui aussi, est très joyeux, presque bling-bling. "In A Gadda Davida" est un morceau que j’ai beaucoup écouté dans mon adolescence. Quand on écoute ça, c’est pop, mais déjà très oriental. Mais c’est de l’orientalisme psychédélique d’époque. J’ai simplement repris le petit interlude qui ne dure qu’une ou deux mesures sur le morceau original, que j’ai juste exploité. Je l’ai allongé et cela a inspiré tout le reste du morceau.

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Quel morceau a été l’élément déclencheur du disque ?

Au départ, il y avait "Voodoo Chile", qui était le morceau fondateur, comme je l’ai dit. Mais “Eleanor Rigby” est venu assez vite. Puis “Black Dog” ! Que je voulais absolument faire avec Dhafer Youssef. C’était impossible de passer à côté, c’est mon Robert Plant !!

Il y avait donc aussi l’idée de choisir des voix spécifiques suivant les morceaux. Comment les as-tu choisi ?

C’était moins simple, en effet. Il faut dire que, au départ, j’avais l’idée de traduire les paroles dans les langues appropriées aux arrangements. Comme je l’avais fait avec "Voodoo Chile". Je voulais pousser l’idée ethnique jusqu’au bout. En vietnamien ou en turc, cela aurait été super. Mais je me suis vite aperçu que je n’avais pas vraiment le droit de faire ça. Cela aurait été assez problématique au niveau juridique. J’ai oublié ça et les choses sont venues assez naturellement. Puis, certaines voix sont arrivées au dernier moment, comme Youn Sun Nah. Je cherchais la “bonne chanteuse” pour "Eleanor Rigby". Mon arrangement était asiatique et j’avais pris des contacts avec une chanteuse indienne qui habite en Californie. Mais c’était compliqué à mettre en place. Je me suis aperçu qu’il fallait que j’arrête d’aller chercher des inconnus que je n’avais entendu qu’une seule fois. L’idée était excitante, mais difficile à réaliser. Il fallait quelque chose de plus simple et naturel au niveau de la relation. Alors, comme je participais, à l’époque, à l’élaboration du disque "Same Girl" de Youn Sun Nah - pas en tant que musicien mais en tant qu’ingénieur du son – je l’ai entendu chanter "Enter Sandman", un morceau de Metallica. J’ai craqué et je me suis dit que c’était elle qui allait chanter “Whole Lotta Love”.  Et puis, il est devenu évident que c’est elle qui allait chanter "Eleanor Rigby".

Par contre, sur scène, tu ne peux pas emmener tous les chanteurs. Tu as dû faire un choix, là aussi. Cela n’a pas dû être facile.

En effet, il y a eu le concert au New Morning, pour la sortie de l’album où tout le monde était présent. C’était fabuleux. Mais, en effet, je ne peux pas faire ça tout le temps. Mais Himiko Paganotti est parfaite pour reprendre le rôle de chacun, et le sien, sur scène. Elle a un talent fou. Bien sûr, elle ne va pas chanter comme Dhafer, Julia Sarr ou David Linx. Mais le disque, une fois encore, c’est une chose et le live en est une autre. Et ce qui est intéressant, en live, c’est que le groupe prend possession de la musique. Au début, je suis le chef - simplement parce que j’ai écrit tout ça - alors on me suit. Mais très vite, chacun connait la musique par cœur et se l’approprie. Elle revit. On développe autre chose, une énergie qui se renouvelle sur scène. C’est le sens de l’improvisation.

Tu essaies aussi, à chaque projet de renouveler, en grande partie, tout le personnel. C’est pour garder de la fraîcheur de la spontanéité ?

C’est une volonté, par rapport à chaque disque, d’essayer de nouvelles choses. La vie est très courte, j’ai plein d’idées. Depuis que je fais des disques sous mon nom, je me dis qu’il faut que cela en vaille la peine, que je trouve quelque chose à dire. Chaque disque a un sens et je déteste me répéter. Surtout sur disques. Et j’essaie de faire un peu le contraire du disque précédent. Je ne vais sans doute pas faire un disque “rock” après ce “Songs Of Freedom”, c’est sûr. Comme l’album que j’avais fait juste avant celui-ci, "Saiuky", qui était très acoustique et joué avec des musiciens vietnamiens traditionnels.

 

Merci à Jos L. Knaepen pour les photos.

 A+

05/08/2012

Del Ferro - Vaganée Group à la Jazz Station

Samedi 16 juin, après une bonne série de concerts en Flandre (dans le cadre des JazzLab Series), Frank Vaganée et Mike Del Ferro venaient présenter, à la Jazz Station, leur disque “Happy Notes”, sorti récemment chez De Werf.

Une chose est sûre : le titre de cet album porte plutôt bien son nom tant la plupart des compositions sont optimistes et résonnent du plaisir des retrouvailles. Hé oui, dans les années ’90, les deux musiciens jouaient déjà ensemble (ils se souviennent d’ailleurs de soirées mémorables au Swing Café à Anvers) et avaient sorti deux albums (“Introducing” et “Live”).

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Si l’on ne présente plus Frank Vaganée (leader du célèbre Brussel Jazz Orchestra), rappelons brièvement le parcours de Mike Del Ferro. Après tout, on ne le voit pas si souvent chez nous.

Le pianiste Hollandais a joué avec Randy Brecker, Norma Winston, Toots Thielemans, Jack DeJohnette, Jorge Rossy… Il a enregistré quelques belles plaques (pas toujours faciles à trouver) dans des styles parfois très différents (opéra, bossa, early jazz...). Bref, un homme éclectique et très actif.

Et puis, Del Ferro a aussi beaucoup voyagé à travers le monde pour le compte d’American Voices (le Vietnam, la Birmanie, le Koweït, l’Afrique du Sud, les pays de l’Est…) ce qui lui a donné l’idée d’enregistrer, l'année dernière, avec Bruno Castellucci (dm) et Jeroen Vierdag (cb) un album justement intitulé “The Journey”.

Voilà sans doute quelques-unes des raisons qui ont éloigné Frank et Mike pendant près de quinze ans.

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Ce soir, à la Jazz Station, Jos Machtel (cb) et Toni Vitacolonna* (dm) complètent le quartette qui entame le set par les tendres “Pat” et “Seconds”, avant de faire éclater le fantastique “Triolette”.

Swing endiablé, variations rythmiques, ponctuations décidées du pianiste, frappe tranchante du batteur, “Triolette” - qui rappelle la grande époque du bop et du cool - est le tremplin idéal aux solos vertigineux de Vaganée : clairs, limpides, efficaces et d’une maîtrise incroyable.

Le concert est lancé, le ton est donné.

Toni Vitacolonna fouette les cymbales et fait vibrer les tambours en un jeu à la fois souple et vif… un jeu “dégraissé”.  La connivence avec Jos Machtel - au groove solide et profond - est évidente. Ces deux-là se connaissent bien, puisqu’ils jouent ensemble au sein du BJO ainsi que dans l’autre quartette de Frank Vaganée.

Si le concert est énergique, il ne manque cependant pas de lyrisme non plus (“I'll Wait For You”, Kenya) ou de délicatesse, comme sur “Frankly My Dear” qui flirte avec l’esprit de Jobim ou de Getz.

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Mike Del Ferro affectionne peut-être plus les ballades, tandis que Vaganée recherche l’explosivité. La réunion des deux ne peut être qu’équilibrée et passionnante. La jubilation d’être ensemble sur scène se ressent. On joue pour le plaisir et l’on s’amuse à se surprendre. En plus, Frank n’est pas avare d’anecdotes et se plait à raconter avec beaucoup d’humour et de sincérité l’amitié qui le lie à Del Ferro. Amitié et bonheur qui se traduisent en musique sur le joyeux "Reunification" ou s’improvisent longuement et avec bonheur sur "Happy Notes" (thème pourtant très court sur l’album – 58 secondes à peine – mais qui semble justement prévu pour s’offrir à toutes les libertés possibles et (in)imaginables).

Résultat, le plaisir se voit autant sur scène qu’il ne s’entend sur disque.

Espérons ne plus devoir attendre quinze ans avant de revoir cette belle équipe sur les planches.


A+

* Sur l’album, c’est Jens Düppe (batteur du quartette de Pascal Schumacher) qui tient les baguettes.

 

 

10/07/2012

Lift au Sounds

Voilà plus d’un an que je n’avais plus vu ni entendu sur scène Lift, le quintette emmené par Emily Allison (voc) et Thomas Mayade (bugle). La dernière fois – qui était aussi la première – c’était lors du concours des jeunes talents du Brussels’s Jazz Marathon 2011 dans lequel je participais en tant que juré. Lift avait remporté le premier prix juste devant Franka’s Poolparty de Marjan Van Rompay (autre talent - dans un tout autre style - que je vous invite à découvrir… si ce n’est pas encore fait).

Depuis cette victoire, Lift s’est produit au Jamboree à Barcelone (c’était l’un des prix du concours), dans divers clubs belges et français ainsi que sur la Grand Place de Bruxelles pour l’édition 2012 du Brussels’s Jazz Marathon (autre récompense du concours).

Mais l’un des bons coups de pouce est aussi venu de Sergio et Rosy, qui ont accueilli le groupe, deux mardis sur quatre pendant plusieurs mois, dans leur fameux club de la rue de la tulipe.

C’est donc tout naturellement au Sounds, le 12 juin, que j’ai fêté mes retrouvailles avec le groupe.

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Lift mélange des compositions personnelles avec des standards de jazz et des reprises de chansons pop, en essayant toujours d’y apporter une touche très personnelle.

Si Emily Allison est la chanteuse du groupe, sa voix est surtout employée comme un instrument à part entière. Elle travaille beaucoup les vocalises, cherche toujours des chemins de traverses et accentue souvent la dramaturgie du chant.

L’autre voix principale du quintette, c’est le bugle de Thomas Mayade. Il papillonne souvent autour du thème, dans un jeu sûr et limpide, avant de dessiner des phrases mélodiques plutôt sophistiquées. Autour des deux leaders, on retrouve Dorian Dumont au piano, Jérôme Klein aux drums et Lennart Heyndels à la contrebasse.

La caractéristique du groupe est de tenter souvent des acrobaties harmoniques pour le moins sophistiquées. Lift propose un jazz vocal contemporain qui flirte parfois avec l’abstraction. C’est riche et foisonnant d’idées… et risqué.

«For All We Know» est découpé, étiré, malaxé. Tout comme «Kaléidoscope», une composition personnelle qui mérite bien son nom.

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On l’aura compris, la musique de Lift offre aussi une large place à l’improvisation et la rythmique, qui joue un rôle primordial, donne vraiment du nerf à cette poésie toute particulière.

Jérôme Klein soutient des tempi nerveux avec beaucoup de générosité. Rien n’est jamais sage ni aseptisé, même si la douceur pointe parfois le bout de son nez, il ne laisse jamais la tension se détendre. Le jeu au piano de Dorian Dumont est très affirmé. Tantôt cristallin, tantôt grave, mais rarement tiède. Il profite de la moindre occasion pour marteler le clavier avec beaucoup d’élégance et de vigueur, et arrive toujours à trouver un angle intéressant dans ses interventions.

Le quintette ne choisit jamais la facilité et navigue sur les rives d’une poésie organique faite de flux émotionnels fragiles aux formes imprévisibles. C’est souvent magique mais parfois aussi un peu moins convaincant sur un morceau comme «Hyperballad» de Björk, par exemple.

Lift joue avec le feu, repousse les limites et est même parfois au bord de la justesse. Mais après tout, c’est cet équilibre incertain et cette recherche constante d’originalité qui font tout l’intérêt de cette formation.

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Alors, quand on touche presque à la perfection - comme sur «Endless Paece» où la voix d’Emily se confond avec celle du bugle, ou sur «Dark Flow» qui hésite entre déclamation et spoken word avant de repartir sur un chant aérien, on est… sur un petit nuage.

«A Long Story Short» peut aussi faire penser à deux trapézistes qui se balancent ensemble quelque part, très haut dans le ciel… et sans filet. La voix va se balader seule, avant d’être rejointe d’abord par le bugle puis par les autres musiciens. La voix flotte sans faiblir et se faufile entre les instruments.

Mais le moment est plus poétique encore lorsque Thomas Mayade improvise longuement sur l’introduction de «Shadow». Il plonge son bugle au cœur du piano, joue avec la résonnance et les vibrations. Il crée des échos et suspend le temps.

Et le public reste attentif jusqu’aux dernières notes.

La virtuosité fragile - et parfois âpre - de Lift nous promet de beaux moments à venir.

D’ailleurs, le groupe entre en studio fin juillet pour enregistrer un album qui devrait sortir cet automne. On est déjà tout ouïe.

 

A+

16/06/2012

Gorgona à la Jazz Station

Jérôme Colleyn, le batteur, m’en avait déjà un peu parlé mais, je l’avoue, je ne connaissais pas Gorgona avant d’aller les écouter samedi 9 juin à la Jazz Station.

C’est le pianiste Yannick Schyns qui a créé le groupe en 2009 avec l’envie d’intégrer au jazz d’autres musiques qui lui tiennent fort à cœur : la world ou le classique, principalement.

Jusque-là, rien de bien neuf, me direz-vous. C’est ce que je me suis dit aussi.

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Le groupe s’installe, (Yannick Schyns au piano, Jérôme Colleyn aux drums, Pascal Hauben à la basse électrique, Franck Beele à la trompette et Marti Melia au ténor) et entame une longue intro surprenante, sous forme de milonga (ou de tango) des plus classiques…  Et puis soudain, il entre de plain-pied dans un jazz très actuel, aux couleurs hispanisantes. Très vite - après une belle improvisation en «pointillés» du trompettiste - Marti Melia prend un solo monstrueux et très inspiré de l’école avant-gardiste (Joe Mc Phee, par exemple). Il fait vibrer l’anche, fait claquer le bec, fait hurler le sax. Le son est un peu sale mais plein de vérité. Il accentue les intervalles avec fougue et détermination.

Voilà qui a de quoi surprendre et de donner envier d’en entendre plus.

«Les feux de la Sainte Florence» procède un peu de la même manière, mais cette fois-ci, la composition s’inspire d’une sorte de ritournelle médiévale. Et l’effet est tout aussi étonnant.

En fait de «fusion», il s’agit plutôt ici de choc des genres dans lequel on devine un canevas commun. Gorgona joue l’effet miroir, l’écho, les contrastes. Le quintette marie l’ancien et le nouveau sans les mélanger totalement. Il laisse transparaître la saveur de chaque ingrédient. Et c’est ça qui est intéressant, surtout quand les arrangements sont aussi bien maîtrisés.

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Le jeu de Yannick Schyns semble fortement influencé par le classique (même si son parcours est plutôt jazz). Il laisse un peu de côté – sans l’oublier totalement – l’élément swinguant pour exposer des phrases plus romantiques, voire impressionnistes. La mélodie et les harmonies ont un petit parfum de Debussy ou de Ravel.  Et c’est dans la rythmique qu’émerge l’esprit jazz. En parfaites complicités, Pascal Hauben et Jérôme Colleyn tissent des rythmes tantôt bop, tantôt cubain, tantôt pop aussi. Franck Beele assure un jeu clair, lui aussi inspiré de la tradition classique, celle d’un Maurice André peut-être. Le son est pur et finement ciselé. Ce qui ne l’empêche pas de se laisser aller, de temps en temps, à des improvisations plus débridées et charnues.

Alors, Gorgona enfile les différents morceaux en gardant toujours cette ligne de conduite originale. On passe ainsi de «Frozen Throne» (sans doute inspiré de Vivaldi) à un morceau beaucoup plus dansant et chaleureux (une sorte de samba) sans que cela ne choque. C’est que ces mélanges sont subtilement agencés et évitent les clichés avec une beaucoup d’intelligence.

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Malheureusement, je n’aurai l’occasion de ne voir que le début du second set, mais je me promets d’aller reécouter Gorgona lors d’un prochain concert. Des groupes qui amènent une idée originale et un traitement aussi habile, cela n’arrive quand même pas tous les jours.

Et l’on imagine qu’en jouant encore plus souvent ensemble et en creusant l’idée, tout cela pourrait bien déboucher sur quelque chose d’assez puissant.

À suivre donc, avec intérêt.

A+

 

13/06/2012

Jeremy Dumont Trio au Rideau Rouge

Jeremy Dumont s’est fait remarqué pour la première fois dans l’un des ses groupes, Unexpected 4, avec qui il remporta le premier prix du concours des jeunes talents au Dinant Jazz Nights en 2010.

On l’a ensuite retrouvé au sein du Brussels Pop Master (groupe qui mélange jazz et Hip Hop), puis avec Stéphane Mercier dans Solid Steps Quintet (inspiré par l’album au titre éponyme de Joe Lovano) et, finalement à la tête de son propre trio : le Jeremy Dumont Trio.

C’est ce dernier groupe (qui vient de remporter, par ailleurs, le concours «Jeunes Formations» à Comblain-La-Tour) qui se présentait ce jeudi 7 juin au Rideau Rouge à Lasne.

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Entouré du solide contrebassiste Bas Cooijmans et du jeune batteur Fabio Zamagni, Jeremy Dumont pose les premiers accords de «Dolphin Dance». Cette très jolie salle est l’écrin idéal pour un jazz intimiste et chaleureux, certes, mais quand même… le trio exécute ce standard de façon excessivement académique. Etonnant quand on connaît un peu le talent du pianiste. Tout est retenu et très (trop ?) respectueux. Passons. Sur le deuxième morceau – une composition personnelle, «Newportday» (?), le trio se montre un peu plus entreprenant et expressif. Le thème est plein de reliefs et est joué de façon plus enlevée. Alors, on se dit que Jeremy Dumont va se lâcher plus encore, qu’il sera moins timide, plus libéré, plus naturel... Mais non. Et ce ne sera pas le cas non plus sur le morceau suivant (un titre de Rick Margitza) - même si le beau solo de Bas Cooijmans tente montrer la voie - ni sur un «Tenderly», ici  aussi bien trop gentil et presque mielleux.

Heureusement, «Fingerprints» (de Chick Corea), forcément plus nerveux, semble enfin libérer le trio de toute contrainte. Ça joue et ça échange. Le plaisir se lit sur le visage des musiciens et sur celui du public. Et le trio remet ça sur composition personnelle dont je n’ai pas retenu le nom qui est, en fait, l’anagramme d’Eric Legnini (l’un des professeur de Jeremy).  On sent alors une véritable interaction entre les musiciens. Le terrain est miné de groove et de soul et le trio s’y faufile avec beaucoup d’habileté. Le jeu de Zamagni se fait plus sec et plus nerveux. Il rebondit face aux assauts de Cooijmans. Dumont montre alors un jeu beaucoup plus percussif et bien plus inspiré. Ses doigts se délient. Il frappe le clavier avec précision et fermeté. Ça y est, ça jazze !

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Du coup, le deuxième set sera d’un tout autre niveau. «Bud Powell» (de Chick Corea)  pour commencer, est une invitation directe aux échanges, à l’ouverture et aux improvisations plus débridées. Puis, «Jelly’s Da Beener» (de Robert Glasper) révèle une face beaucoup plus moderne du trio. Sans doute une ligne dans laquelle il devrait s’inscrire car on y perçoit quelque chose de plus personnel et d’original. Même si ce morceau est écrit en ce sens, on devine l’envie du trio de trouver une sorte de synthèse du jazz actuel, basé sur les solides fondations du bop et du jazz modal et influencé par la pop ou le hip hop.

Le trio a trouvé sa respiration, les morceaux s’enchaînent enfin sans arrière-pensées.

Et le public ne s’y trompe pas, il réagit et applaudit aux impros des différents solistes. Il salue le batteur sur «Humpty Dumpty», nerveux à souhait, ou le contrebassiste pour les superbes et fermes lignes mélodiques sur «Blue In Green». Et puis aussi pour le jeu très vif du pianiste sur un «Rhumba Flameco» enflammé.

L’ambiance s’est nettement réchauffée, le trio s’est libéré et a fait oublier les hésitations du début. On perçoit alors tout le potentiel d’un groupe qui, même s’il doit encore s’aguerrir, peut proposer une musique avec du caractère. Faisons leur confiance et allons les applaudir cet été à Comblain-La-Tour et, plus tard sans aucun doute, dans quelques-uns de nos nombreux clubs belges. Cela en vaudra sûrement la peine.

A+

09/06/2012

Strange Fruit - Fabrizio Cassol au Théâtre National

La veille - le jeudi 31 mai - Fabrizio Cassol et tous ses amis musiciens et chanteurs avaient fait salle comble au KVS.

Ce vendredi 1er juin, la bande - toujours au grand complet – s’est déplacée d’une centaine de mètres, a traversé le Boulevard Jacqmain, et est allée remplir le Théâtre National.

Strange Fruit - c’est le nom du spectacle - est une longue histoire que le saxophoniste d’Aka Moon a trimballé avec lui depuis plus de cinq ans pour la façonner minutieusement, de manière presque secrète.

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Inspiré par la célèbre chanson d’Abel Meeropol, Fabrizio Cassol a créé un étonnant conte musical qui mélange les genres et fait fi des frontières. Le jazz, l’opéra, le classique, le folk, les chants africains… tout y est, tout y passe. Et l'on y entend toutes les influences du musicien, toutes ses émotions et tout son engagement.

On pourrait craindre que cela n’aille dans tous les sens, mais ce serait sans compter sur la clairvoyance et l’intelligence du compositeur qui s'est astreint à garder un discours déterminé et une ligne de conduite éclairée.

Et cette ligne fédératrice, c’est l’humanité. Celle qui permet d’harmoniser toutes les différences.

D’ailleurs, avant d’entamer le concert, Fabrizio laisse la place à deux représentants du Collectif des Maliens de Belgique pour qu’ils exposent et nous sensibilisent à la situation désastreuse du Mali. Les mots sont simples, brutaux, terriblement imagés et d’une force inouïe. Une courte minute de silence s’en suit. Lourde. Pesante.

Alors, comme pour chasser les mauvais esprits et redonner de l’espoir, la voix de Baba Sissoko résonne du fond des coulisses. Il entre sur scène accompagné de trois autres joueurs de Tama qui laissent éclater un chant rassembleur.

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Entre-temps, Stéphane Galland s’installe derrière sa batterie et entre aussitôt dans la danse. Michel Hatzigeorgiou fait de même à la basse électrique. Et puis il y a aussi Hervé Samb à la guitare électrique. Et derrière, il y a Bart Defoort (ts), Laurent Blondiau (tp), Michel Massot (tb) et Magic Malik (flûte). De l’autre côté, Eric Legnini s’est entouré de claviers (piano, Fender, moog).

Mais il y a aussi la Choraline - le chœur des jeunes filles de La Monnaie aux voix sublimes, diaphanes et célestes - qui occupe le fond de la scène. Sous la direction de Benoît Giaux, ces adolescentes d’une quinzaine d’années vont sublimer la soirée de par leur aisance et leurs qualités vocales.

Entrent ensuite en scène Oumou Sangaré, magnifique dans son boubou rose, Marie Daulne, plus sensuelle que jamais dans une robe de voiles noirs et Cristina Zavalloni, divine et troublante comme la reine dans Blanche Neige.

Tour à tour elles chanteront «Soukoura», «Sehet Jesus», «I Can’t Sleep Tonight». C’est un mélange de voix plus subtiles les unes que les autres. L’émotion transpire, les portes de l’improvisation s’ouvrent.

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Marie Daulne, en duo avec Eric Legnini, donne sa vision de «Strange Fruit», à la fois solennelle et cruelle, dans laquelle elle injecte quelques paroles en français avant d’aller disséquer les mots en anglais. Le frisson perdure lorsque, de sa voix de mezzo-soprano, Cristina Zavalloni reprend le thème, accompagnée par la Choraline.

Puis, Kris Dane, guitare acoustique en bandoulière, vient implorer les grâces d’un poignant «If Jesus…», avant de laisser Oumou Sangaré nous chanter et nous parler de ses «Enfants de la rue». La voix de la diva malienne est sublime et unique (haa... cette patine légèrement graineuse). Elle fait passer toute la générosité d’une vie au travers de son chant.

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Etonnamment, Fabrizio Cassol intervient assez peu dans son spectacle. Mais, il est pourtant bien présent. Il met en valeur l’histoire, la musique et les musiciens, et dirige l’ensemble de main de maître.

Fabrizio invite David Linx à venir enflammer plus encore le Théâtre. Sur «Some Days», le chanteur se lâche complètement et entraîne avec lui Hervé Samb dans des solos incandescents, puis répond aux improvisations toujours surprenantes de Magic Malik avant de dialoguer jusqu’à la folie avec Cristina Zavalloni. Alors, tout le monde revient sur scène et Baba Sissoko fait exploser le final avec un «Farka» tonitruant et délirant.

C’est ça le voyage de Fabrizio. C’est partir de l’Afrique, passer de l’autre côté de l’Atlantique, revenir en Europe et repartir. Ailleurs. Encore. Toujours.

Le public est debout, danse et chante. Fabrizio ne peut se soumettre à un rappel des plus festifs.

Avec un tel line-up (ils sont près de 60) on n’aura pas souvent l’occasion de voir Strange Fruit sur scène (mais, qui sait, les rêves finissent parfois par se réaliser) alors, heureusement, il y a le disque. Il est paru chez Blue Note et il restera sans aucun doute un point de repère inaltérable dans la carrière de Fabrizio Cassol. C’est un album qui défiera le temps car il est unique (un peu comme cet autre monument auquel ont participé la plupart de musiciens ce soir : «A Lover’s Question», de Linx, Baldwin et Van Dormael).

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Bref, cet album risque d’être intemporel. Intemporelle comme l’est aussi la chanson «Strange Fruit», pour laquelle David Margolick a consacré un ouvrage indispensable (paru chez Allia) que je vous recommande tout autant.

 

A+

 

05/06/2012

Tutu Puoane Quartet à la Jazz Station

La Jazz Station était plus que comble en ce chaud mercredi soir de mai. Dans le cadre des Jazz Tour, le club accueillait ce 23 mai, la chanteuse sud-africaine Tutu Puoane. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas bien - un peu comme moi, je l’avoue – resituons rapidement le personnage.

Tutu est née près de Pretoria, il y a une trentaine d’années. Après voir étudié le jazz dans son pays, elle se balade du côté des States ainsi qu’en Europe au début des années 2000. Elle finit par s’installer à Anvers avec le pianiste belge Ewout Pierreux. On l’entendra d’abord avec Saxkartel (Frank Vaganée, Kurt Van Herck, Tom Van Dijk et Sara Meyer) puis avec le Brussels Jazz Orchestra («Mama Africa»). Entre-temps, elle produira trois disques sous son nom. C’est le dernier en date qu’elle vient présenter ce soir: «Breathe».

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Accompagnée de Nic Thys à la contrebasse, Lieven Venken aux drums et, bien sûr, Ewout Pierreux au piano, Tutu Puoane prend vite possession de la scène. En toute décontraction et en toute simplicité. Avec charme et humour.

Elle se présente - et présente les musiciens - en improvisant sur l’introduction de «All Or Nothing At All» avec autant d’élégance qu’Ella ou Sarah.

Elle enchaîne rapidement avec «Cape Town», superbe hymne écrit par Abdullah Ibrahim, dans lequel elle y injecte assez d’émotion et de passion pour en faire une véritable déclaration d’amour.

Tutu se donne entièrement. Et Tutu se confie facilement.

Elle a besoin d’un vrai contact avec le public. Elle communique beaucoup avec lui et veut vraiment qu’un échange fort s’établisse. Alors, elle le fait chanter sur un «Dream On» qui se enfle comme une transe apaisante. Elle veut garder ce lien qui lui semble vital. Elle improvise et balance par-ci par-là des petites phrases personnelles dans les chansons afin de se les approprier entièrement et de les partager encore mieux. Et le charme opère.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Tutu n’utilise sa culture africaine qu’avec parcimonie, comme lorsqu’elle pose des paroles en Zoulou sur «Lucky Loser», écrit par Nic Thys (sur son album «Virgo»), qu’elle rebaptise «Moratuwa».

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Ewout Pierreux fait preuve d’un toucher brillant et doux. Il fait sonner le piano avec profondeur et fait swinguer chacune de ses notes. Il y a quelque chose de chaleureux et vif à la fois dans son jeu. La complicité avec la chanteuse est évidente. Les échanges sont fins et pleins de sous-entendu. Il y a de la légèreté dans ce dialogue. Et de l'amour.

Le batteur sait quand il faut donner un coup de fouet ou quand il faut faire susurrer les balais sur les peaux. Le contrebassiste sautille par-dessus la mélodie avant d’ancrer profondément des jalons rythmiques très assurés. Ewout Pierreux, Nic Thys et Lieven Venken sont vraiment les alliés parfaits pour sublimer le chant de la belle Africaine.

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En attendant de la voir bientôt sur les grandes scènes d’Europe – franchement, elle le mérite et elle en a la carrure – vous pouvez encore la voir ce mois-ci à Mazy, à Antoing, à Lille, ou à Anvers, entre autres. Dépêchez-vous.

Sinon, bien sûr, il vous reste toujours le disque, enregistré à New York et publié chez Soul Factory. Le moment sera déjà bien agréable.

 

A+

 

29/05/2012

C-Mine Jazz Festival sur Citizen Jazz

Avant de revenir - entre autres - sur l'excellente édition de Jazz à Liège 2012 (bientôt sur Citizen Jazz), vous pouvez lire mon compte-rendu du toujours très intéressant C-Mine Jazz Festival à Genk.

C'est à lire sur Citizen Jazz.

c-mine,citizen jazz

A+

23:21 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : c-mine, citizen jazz |  Facebook |

26/05/2012

Giovanni Di Domenico - Piano solo au Cercle des Voyageurs

Giovanni Di Domenico s’est installé en Belgique, il y a plus de cinq ans, un peu par hasard. Il a d’abord quitté son Italie natale pour aller suivre des cours de piano au conservatoire de Den Haag, parce que l’un de ses amis saxophonistes voulait suivre ceux de John Ruocco. C’est là qu’il rencontre Joao Lobo, Oriol Roca, Manolo Cabras, Lynn Cassiers ou encore Alexandra Grimal avec qui il enregistre par la suite Seminare Vento et Ghibli. Il a enregistré récemment avec Arve Henriksen un superbe Clinamen.

Thelonious Monk, Paul Bley et surtout Masabumi Kikuchi sont quelques-uns de ses pianistes préférés. Voilà qui situe un peu le personnage.

giovanni di domenico,cercle des voyageurs

Ce 22 mai, au Cercle des Voyageurs, Giovanni est seul au piano.

Il y a quelque chose d’ingrat, pour un musicien, de jouer en solo dans un endroit où personne ne l’écoute. Mais c’est le deal de ce «Qui Va Piano» du mardi soir dans le restaurant du Cercle.

Alors, Domenico joue pour lui… Et pour moi.

Il improvise sur des standards («I Fall In Love Too Easily») ou des classiques du jazz.

Puis il exécute des variations sur «Prelude To A Kiss» en fait ressortir toute la noirceur insoupçonnée du thème.

Petit à petit, la personnalité de Di Domenico remonte à la surface, son jeu est de plus en plus détaché. Il oublie la joliesse pour mieux faire briller les vrais sentiments d’un «Chelsea Bridge» torturé. Il revisite un «Skylark» plus émouvant que jamais et puis attaque un superbe «Pannonica» qui se liquéfie au fil des notes, avant de revenir à quelque chose de plus léger : «Honeysuckle Rose».

Je suis le seul à applaudir.

Dans son T-shirt bleu électrique, derrière sa barbe fatiguée, Domenico esquisse un sourire dans ma direction. Puis il rentre à nouveau dans sa bulle, dans son monde. Il oublie les conversations des clients, les cliquetis des fourchettes, le choc des verres. Il oublie les va-et-vient des serveurs. Il écoute sonner et résonner le piano en bois brun.

Les partitions, étalées sur le lutrin, sont son seul horizon. La musique son unique oxygène.

Finalement, après avoir égrainer d’autres standards, il découpe et cisèle brillamment «Never Let Me Go», qui clos un concert que décidemment plus personne n’écoute...

Il se lève, referme le clavier, prend un verre et s’assied en face de moi.

Alors, on trinque ensemble. On parle de son parcours. On parle de jazz. On parle du besoin de créer. De la difficulté de se renouveler. On parle de l’Italie, de New York, de Paris. On parle de la force de Monk, de la beauté de Bill Evans. On parle de l’obligation de connaître les racines profondes du jazz pour pouvoir s’en libérer…

Bref, on parle de tout un monde musical qui aura sans doute échappé à la plupart des clients du Cercle ce soir.

A+

21/05/2012

Sal La Rocca - It Could Be The End - Interview

 

Début de l’année, Sal La Rocca, l’un des contrebassistes belges les plus demandés sur la scène jazz, sortait son deuxième album personnel chez Igloo. Après «Latinea» en 2003, voici «It Could Be The End», titre énigmatique qui, plutôt qu’une fin, pourrait être le début d’une belle aventure. L’album est lumineux et extrêmement bien balancé. Un véritable disque de jazz actuel, qui mêle le passé et le présent et dans lequel Sal, entouré de Hans Van Oosterhout (dm), Lorenzo Di Maio (eg), Pascal Mohy (p) et Jacques Schwarz-Bart (ts), donne le meilleur de lui-même. Il y a du swing, du groove, de la force et de la tendresse. Allez écouter le sensuel "Bluemondo", l'envoutant "Lazy Lion" et les solides "Osuna" et "It Could Be The End"... Autant dire qu’on a hâte de voir tout ce beau monde sur scène.

En attendant, je me suis retrouvé un dimanche après-midi face à ce musicien "entier", aux idées bien affirmées.

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Ton dernier disque s’appelle “It Could Be The End”. C’est sans doute la question que tout le monde te pose mais, n’est ce pas un titre un peu pessimiste?

(Rires) Oui, il y a même des gens que cela dérange. Mais, voilà, j’avais composé ce morceau et il fallait bien lui trouver un titre. Parfois on trouve le titre avant, parfois après. Et là, j'étais dans ma chambre, j’ai levé les yeux, j’ai regardé autour de moi et je me suis posé la question que tout le monde se pose presque chaque jour : ”Est-ce que tout cela va durer?”. Et c’est vrai que ce morceau a quelque chose d’un peu chaotique et d’incertain, surtout sur la fin. Mais le titre est plutôt optimiste pour moi, il va plutôt dans le sens du “renouveau”. Même si l’album est sorti en 2012, il n’y a pas de rapport avec la fin du monde qui est prévue pour 2012… Ça, je n’y suis pour rien (rires).

Quand a-t-il été enregistré ?

L’année dernière, au mois d’août. Mais cela a pris un temps fou avant sa sortie car je voulais – et cela, personne ne le sait – intégrer une reprise d’un titre d’ABBA chanté par Dani Klein de Vaya Con Dios. On l’a même enregistré. C’était vraiment bien. Mais quand j’ai demandé la permission de l’utiliser, on me la refusée. On a pourtant essayé et demandé à plusieurs reprises, mais il y a toujours eu un refus. Il faut s’appeler Justin Bieber pour pouvoir faire ça, sans doute.

Comment as-tu formé le groupe, et pourquoi avoir choisi ces musiciens-là ? Quels étaient tes critères?

Hé bien, je me plains souvent, ça, tout le monde le sait (rires). Je pense que beaucoup de musiciens sont des professeurs avant d’être des musiciens. Mais ce n’est pas de leur faute, certains sont obligés de faire ça, c’est le «système» qui veut ça. Moi, je voulais des musiciens qui avaient surtout, et avant tout, un véritable esprit jazz. Alors, j’ai appelé mon vieux pote Hans Van Oosterhout, que je connais depuis plus de vingt ans. Et puis j'ai pensé à Pascal Mohy, que j’ai appris à connaître et qui a une oreille et un esprit monstrueux. Ensuite, il y a eu Lorenzo Di Maio, pour ce même état d’esprit. Et enfin Jacques Schwarz-Bart... pas la peine de dire pourquoi.

L’envie d’intégrer un sax, celui de Jacques Schwarz-Bart en particulier, était claire et précise dès le début de l’écriture ?

J’avais enregistré avec Jacques sur l’album d’Olivier Hutman en 2005. On s’est lié d’amitié et on a joué ensemble plusieurs fois par la suite, sur ses projets ou sur les miens. J’ai donc pensé à lui, car il a un super esprit et une façon de jouer à la fois très roots et très moderne. Mais je n’avais pas écrit mes morceaux en pensant à lui spécialement. Il se fait que mes compos étaient écrites depuis un petit bout de temps déjà et j’ai fait coller les musiciens à la musique ce que j’ai écrite.

Tu avais également l’idée d’introduire une guitare aussi ? Celle de Lorenzo en particulier ?

J’avais de toute façon l’idée d’une guitare. Apparemment, je ne sais pas me passer d’une guitare. Il y en avait déjà deux sur mon album précédent, celles de Peter Hertmans et Jacques Pirotton. Je crois que cela me tient à cœur. Mais je ne voulais pas reprendre les mêmes, puisque lorsqu’on a décidé de changer, il faut vraiment changer. J’ai pensé à Lorenzo parce qu’il a un petit truc différent. Je ne dis pas qu’il a quelque chose en plus, mais quelque chose de différent. Et puis, en plus, il est à moitié sicilien comme moi (rires).

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Quand vous avez commencé à jouer tous ensemble, la musique a-t-elle encore évolué dans une certaine direction ou tu avais une vision bien précise de ce que tu voulais ?

J’avais plus ou moins un schéma précis. Mais, disons que je ne suis pas un leader au sens stricte du terme. C’est un peu comme si je m’engageais dans mon groupe, plutôt. Le leader, c’est la musique. Et puis, je suis très ouvert  pendant un enregistrement. Alors, en effet, des choses ont changé au cours de l’enregistrement, mais il ne s’agissait pas de choses fondamentales. L’ossature était assez solide.

Tu laisses, en effet beaucoup de libertés aux musiciens et tu fais même jouer du Fender à Pascal Mohy…

Absolument. C’est vrai qu’il est très piano”, mais il a un Rhodes chez lui, il en joue de plus en plus et puis, parfois, quand il n’y a pas de piano dans un club, il faut trouver des solutions. Mais cela apporte surtout une autre couleur et enrichit certains morceaux. Et quand j’ai demandé à Pascal de jouer cet instrument, il a accepté très vite. C’est vrai que je ne suis pas un contrebassiste qui se “met en avant”.  J’aime cette place de sideman, c’est vrai. C’est déjà tout un monde en soi. Donc, si je fais un disque, j’aurais tendance à garder le même rôle. Ce ne sera pas un disque de contrebassiste avec des soli interminables. De plus, je ne me considère pas comme un virtuose. J’essaie plutôt de partager mes expériences dans ce disque. Et si je dis que je ne suis pas leader, il s’agit quand même de ma musique. Elle est représentative de ce que je suis. Je suis le propriétaire des morceaux, si on peut dire, mais les portes sont toujours ouvertes aux bonnes idées.

Tu composes depuis longtemps?

Non, cela est venu assez tard. Après avoir acquis une certaine expérience.

Le fait d’avoir été sideman de Toots, de Jacques Pelzer, de Nathalie Loriers pendant longtemps, d’Anne Ducros, de Vaya Con Dios - la liste est très longue - a-t-il fait évoluer ta façon de jouer ou de concevoir la musique?

Tout à fait. J’ai accompagné pas mal de musiciens belges, au départ, comme Nathalie Loriers ou Diedrik Wissels et puis plein d’étrangers aussi. Il y a donc l’expérience qui s’acquiert au fil des ans, on finit par comprendre les choses. Mais il y a quelque chose d’innée aussi, je l’avoue. Lorsque j’ai composé les morceaux de mon premier album, en 2003, c’étaient des premiers jets et pourtant, Eric Vermeulen me disait que cela tenait debout, que c’était cohérent, qu’il y avait tout ce qu’il fallait. Il n’y avait pas de quoi crier au génie, certes, mais il y avait la structure pour raconter une histoire du début à la fin.

Tu as appris tout ça sur le tas. Tu es un parfait autodidacte.

Plus autodidacte que moi, ce serait difficile.

Cela permet d’apprendre d’une certaine façon ? Actuellement, on apprend beaucoup dans les conservatoires, les académies… Toi, c’était plus la méthode traditionnelle, dirons-nous. Tu sens, chez les jeunes, une manière différente de jouer ou d’appréhender le jazz par ceux qui ont fait le conservatoire et les autres ?

Oui, il y a une grosse différence. Mais certains arrivent à posséder les deux styles. C’est à dire qu’ils connaissent les bases et ont, en même temps, une personnalité très forte. Car le gros risque, à mon avis, c’est d’avoir un même professeur pendant cinq ans et de sortir de là en étant le clone de ce professeur. C’est ce qui arrive dans soixante pour cent des cas. Quand j’entends des jeunes qui sont sortis du conservatoire, je peux dire rapidement avec qui ils ont eu cours. Cela peut être problématique car une des qualités premières d’un musicien est de le reconnaître dès les premières notes.

A moins d’être un prodige, cela se définit avec les années, qu’il y ait conservatoire ou pas, non ?

Oui c’est sûr. Mais il faut aussi savoir ce que l’on veut dans la vie. Espérer que cela te tombe tout cuit du ciel ou chercher toi-même ta personnalité. En ce qui me concerne, je n’ai pas cherché pour chercher mais, en jouant concerts sur concerts, j’ai appris. Et toujours de manières différentes. Pendant un moment, j’étais beaucoup chez Jacques Pelzer à Liège, parce que j’habitais à quelques centaines de mètres de là, et j’ai vu défiler un maximum de jazzmen avec qui j’ai eu la chance de jouer. Et pas des moindres. Ça c’est une chance.

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Dans ces moments-là, est-ce que ces jazzmen te demandaient de jouer d’une certaine manière ?

Je débutais à l’époque, je n’étais nulle part. Je n’avais aucun background. Je jouais comme je le ressentais, avec mon propre et mince bagage. Avec beaucoup d’instinct, surtout. J’écoutais les conseils de Steve Grossman, Dave Liebman, John Thomas, qui passaient souvent là-bas, de Steve Houben aussi, qui m’a mis définitivement le pied à l’étrier. Je dois beaucoup à tous ces gens. Et puis, Jacques Pelzer me disait souvent des petites phrases qui n’avaient pas l’air d’être importantes et pourtant… Par exemple : “Play simple and strong”. Ça à l’air con, mais il faut garder ça en tête. Quand on est un peu busy, on pense à ça, on se calme et on y va. Ce sont des conseils en or.

Tu appliques ça aussi dans tes compositions ? Tu essaies de garder un fil conducteur plutôt que de te laisser tenter à faire compliqué pour faire compliqué ?

Le premier disque était peut-être un peu dans cette veine là. C’était peut-être un challenge pour moi, pour me prouver que je pouvais faire « sophistiqué » aussi. Quand tu écoutes certains jazzmen belges, il faut se lever tôt pour comprendre quelque chose. A l’époque, j’étais un peu dans ce mouvement-là, dans cet esprit-là. Mais en même temps, il y avait du lyrisme. C’est mon côté méditerranéen… un peu blanchi… car je suis né ici (rires). Mais il y avait des choses intéressantes que j’ai gardé pour la suite. Et dix ans après, pour ce nouvel album, j’en ai tiré les leçons. “It Could Be The End” est aussi simple que complexe, mais toujours accessible. Je trouve, bien sûr, qu’il est beaucoup plus réussi. Là, j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose qui pourrait marquer.

A quoi fais-tu le plus attention? Aux harmonies, aux mélodies…?

Pour moi, c’est surtout la mélodie qui prime. Ce qui me tenait à cœur, le challenge que je m’étais fixé, c’était de relier l’émotion et le cérébral. Car il y a inévitablement des trucs  parfois un peu complexes dans ma musique. Mais je voulais des mélodies que l’ont puisse presque siffloter.

Tu composes de quelle manière ? A la table, avec ta contrebasse, au piano?

A la guitare. J’étais guitariste de rock, de hard rock même, avant de me mettre à la contrebasse et au jazz. C’est donc plus naturel pour moi de chercher des accords et des mélodies à la guitare.

Tu n'as jamais été tenté de passer à la basse électrique?

Si parfois. De temps en temps, je m’y adonne puisque avec Vaya Con Dios, je joue aussi de la basse électrique. Mais, si je devais reprendre la guitare, ce serait avec plein de distos, pour faire ce que je faisais avant, avec une pointe de modernité en plus. Pourquoi pas?

On pourrait te demander de prendre la basse électrique ou alors on t’a définitivement “classé” dans un type de jazz ?

Tout à fait, je suis étiqueté. Mais, de toute façon, des bassistes électriques, il y a en a un paquet, et ils jouent tous très bien, donc je ne vois pas l’intérêt, pour l’instant, d’aller y mettre mon grain de sel. Et puis, il ne faut pas oublier que je suis encore et toujours très amoureux de la contrebasse. Je n’en ai pas fini, c’est un instrument qui m‘étonne encore.

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Y a t-il des contrebassistes que tu écoutes et qui sont des influences majeures pour toi ? Y a-t-il un certain type de jazz que tu écoutes plus volontiers qu’un autre ?

Je suis assez épris de Scott LaFaro, bien sûr, avec le trio de Bill Evans. C’est pour moi le must. On parle souvent de “l’art du trio”, mais celui-là est inégalable. Et Scott LaFaro est incroyable. On le sent instinctif, on le sent à la recherche tout le temps. Il jouait avec le cœur et les tripes. Et celui qui, pour moi, actuellement possède toutes ces qualités, c’est John Patitucci.

Le trio c’est la quintessence du jazz et est assez idéal pour un contrebassiste. Est-ce plus difficile de s’exprimer en quintette ?

C’est une question d’esprit. On peut jouer en quintette ou en quartette avec un esprit de trio. Un bon exemple, c’est le quartette de Jan Garbarek, Keith Jarrett, Palle Danielsson et Jon Christensen. Ça jouait avec l’esprit du trio. Tout le monde était en interactivité, ce n’était pas l’accompagnement d’un soliste. Palle Danielsson n’arrête pas de faire des contrepoints, puis il reprend la mélodie en même temps que Jarrett ou Garbarek. C’est la preuve par quatre qu’on peut jouer en groupe avec l’esprit du trio.

C’est cela que tu as essayé de garder dans ton quintette ?

C’est la raison pour laquelle il faut laisser pas mal de liberté et ne pas imposer une couleur trop définie. Encore une fois, les portes sont ouvertes et puis, il faut de la complicité et de la confiance. C’est comme dans la vie. Il faut avoir confiance à 100% dans les personnes que l’on choisit. Si on est à 90%, c’est qu’il y a un problème. Il faut être à 100%. C’est parfois ce qui manque à la scène jazz en Belgique. On a parfois peur que l’un ou l’autre ne joue pas comme on le veut. On le canalise trop.

N’est ce pas dû au fait que les groupes n’ont pas l’occasion de jouer beaucoup et régulièrement ensemble ?

Bien sûr. C’est un gros problème. Il y a beaucoup de demande et pas assez d’offre. Beaucoup se sont sacrifiés pour cela. Même si ce n’était pas simple avant, actuellement c’est encore plus difficile. Avant je réglais un gig en une heure, maintenant c’est trois semaines. C’est quarante e-mails, dix sms et cinq coups de fil… Bref, tu as déjà liquidé ton cachet avant de jouer ! C’est vrai qu’il y a beaucoup de monde mais il y a aussi certaines institutions qui “occupent” un peu assez bien l’espace. En tout cas, ils couvrent une grande zone. C’est un bien et c’est un mal à la fois. Grâce aux Jazz Tours ou aux Jazz Lab Series, les tenanciers ne paient que la moitié du cachet… C’est bien mais… si tu rates ce train-là, quand tu arrives avec ton groupe et que tu annonces un prix “normal”, c’est la galère. C’est un peu épuisant. Moi, je suis indépendant, c’est donc moi qui calcule mon prix. Et, trouver moi-même un engagement et annoncer le prix, qui est honnête par rapport à ce que l’on sait faire, c’est devenu très difficile, voire impossible.

 

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Pour les disques c’est difficile aussi, je suppose ? La distribution, la diffusion, tout cela n’est pas simple.

C’est tout aussi compliqué car le marché est dix fois, quinze fois plus large qu’avant. Et les gens achètent moins de disques qu’avant. On a un nouveau rapport avec le disque. Avant, on attendait la sortie d’un disque, on allait et retournait chez le disquaire pour savoir s’il était dans les bacs. Maintenant, on pianote et on trouve tout sur le web. C’est bien aussi, mais on écoute autrement. Ça passe plus vite. Moi, je veux qu’on écoute ma musique, qu’on s’y arrête…

Le disque ne sert-il pas plus de présentation ?

Oui, car pour trouver des concerts, il faut du concret ! C’est paradoxal. Mais le cd est là pour marquer le coup aussi. C’est un jalon indispensable.

C’est pour cela que les concerts sont importants aussi, pour voir et entendre quelque chose d’unique, entendre comment la musique évolue ?

Oui c’est important. Même si l’on joue ce qu’il y a sur le disque, on le jouera toujours différemment, car un jour n’est pas l’autre. C’est pourquoi il faut jouer et tourner. Et c’est cela qui est difficile. Mais un groupe qui ne joue pas, c’est un groupe qui n’existe pas. On en est tous un peu là, malheureusement. On fait des disques, mais on ne joue pas.

En tant que sidemen, tu as joué et tu joues encore beaucoup hors de Belgique. Tu as des possibilités pour aller joueur avec ton propre quintette hors de nos frontières, en France par exemple ?

J’aimerais bien, évidemment. Mais comme chaque musicien du groupe fait aussi son “truc”, c’est parfois casse-tête. Le guitariste a son groupe, la saxophoniste a le sien, le pianiste aussi… c’est donc complexe pour booker tout le monde en même temps. En plus, en ce qui me concerne, il y a le fait que Jacques Schwarz-Bart a fait son quartette et qu’il a sorti son album entretemps. Egalement avec Han Van Oosterhout. Et comme il tourne en France, si je veux démarcher là-bas, j’arrive avec presque le même line-up... c'est mort. Pour l'instant.

Les concerts, c’est pour quand alors ?

Et bien, j’attends une réponse des Jazz Lab Series pour la fin d’année ou début d’année prochaine. Et avant cela j’espère bien trouver quelques dates pour “garder la main”. Pour le moment, j’essaie de faire parler de ce disque pour pouvoir ensuite grouper les concerts. De toute façon, je ne pense pas que ce disque soit un “feu follet”. Il a été pensé pour cela aussi, pour qu’il dure. Il est assez consistant, je pense.

Bref, «It Could Be The End», n’est qu’un début alors ?

Totalement ! (Rires)

 

A+

(Merci à Jos Knaepen pour les photos !)


18/05/2012

Toine Thys French Quartet au Sounds

Même si la démarche de Rackham est intéressante et le résultat plutôt réussi, oui, je l’avoue, je préfère Toine Thys dans des formations plus “acoustiques”.

J’aime son ancien groupe Take The Duck par exemple, ou son Trio avec Arno Krijger (org), ou encore, comme ce 4 mai au Sounds, son French Quartet.

Question de goût personnel, sans doute.

Toine Thys a une belle personnalité au ténor, au soprano ou à la clarinette basse, qui est bien mieux mise en valeur dans ce genre de formations, me semble-t-il. C’est là que se révèle toute la sensibilité qu'il cache peut-être parfois derrière un humour décalé et nonchalant.

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Dans ces moments-là il est plus touchant. Et, du coup, les petites imperfections inhérentes au fait que ce quartette ne joue ensemble que depuis quelques jours (voire quelques heures) s’acceptent plus naturellement. Mais ces petits flottements proviennent aussi du fait que la musique est loin d’être figée. Elle est vivante, elle est assez libre, elle est vraie, bref, elle est bonne. Et si elle possède toutes ces qualités, c’est que Toine Thys s’est aussi entouré de quelques belles pointures de la vague montante du jazz hexagonal (d'où le nom "French Quartet").

A la guitare, on retrouve Romain Pilon, que l’on connait pour l’avoir entendu aux côtés de David Prez notamment. Son jeu est élégant, et son phrasé délicat lui permet de faire émerger les subtilités mélodiques des compositions de Toine Thys. En plus, Pilon évite l’évidence et trouve toujours un angle original. Il laisse s’exprimer les respirations et teinte son jeu, souvent swinguant, de touches bluesy ou légèrement funky. Les échanges avec le saxophoniste sont bien équilibrés et la tension monte sans difficulté.

A la contrebasse, Yoni Zelnik, qu’on avait vu récemment avec Seb Llado ici même, n’hésite pas à prendre la poudre d’escampette dès qu’il le peut. Et quand il ne peut pas, il trouve toujours un moyen de secouer fébrilement le tempo pour provoquer une ouverture et s’échapper à nouveau (sur “Dust” par exemple). Il crée ainsi une dynamique supplémentaire, une deuxième couche musicale, parfois surprenante et souvent intéressante.

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Puis, à la batterie, Fred Pasqua – que je ne connaissais pas (il joue pourtant avec Louis Winsberg, Emmanuel Bex ou Sophie Alour) – est très attentif et très fin dans le soutien ou plus affirmé dans la relance. Il fait claquer les fûts sans jamais être envahissant.

C’est qui est un peu trop envahissant ce soir, c’est le bavardage intempestif de certains spectateurs. Alors, avec élégance et humour, Toine Thys n’hésite pas à descendre de la scène et à déambuler entre les tables pour jouer un joli “Bloody Mary” et rappeler à certains qu’on est là avant tout pour écouter de la musique.

Avec ce jazz - pas aussi classique qu’il n’y parait - le French Quartet de Toine Thys amène une certaine dose de fraîcheur dans notre jazz belge. Les arrangements, pourtant assez élaborés, passent avec beaucoup de simplicité et de spontanéité, et les richesses harmoniques se dévoilent avec pudeur. La musique respire naturellement et prend toute sa puissance au fil des morceaux, sans qu’il ne faille pour cela forcer le trait.

On se fera donc un plaisir de revoir cette nouvelle formation - sans doute mieux rodée encore – cet été d’abord au Gouvy Jazz Festival et puis... ailleurs encore... espérons-le.

 

A+

15/05/2012

Lidlboj à l'Archiduc

Assister à un concert de Lidlboj est assurément une expérience musicale hors du commun. L’auditeur est prié d’oublier ses idées préconçues à la porte du club afin de laisser son esprit le plus ouvert possible à la musique qu’il va entendre.

C’est comme ça.

La bande à Jozef Dumoulin n’hésite pas à vous emmener dans un univers très personnel et pour le moins inhabituel.

A l’Archiduc, ce dimanche 29 avril, pas mal de musiciens s’étaient donnés rendez-vous. Musique pour musiciens ? Non, musique pour ceux qui prennent encore le temps d’écouter la musique.

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Le premier morceau, «Little By Little», nous emmène avec douceur et délicatesse dans cet univers troublant. Couche après couche, les sons s’empilent et envahissent peu à peu l’espace. La musique flotte et se charge d’émotions, comme un nuage se charge d’eau. Et le nuage gonfle et bouge au gré du vent. Lourd et léger.

Lynn Cassiers, Jozef Dumoulin et Bo Van Der Werf injectent, tour à tour, des vibrations, des souffles, des sons étouffés, des bribes d’harmonie. La musique prend forme, se définit doucement, sort de la brume et se laisse découvrir, pudiquement.

Alors, Eric Thielemans secoue le tempo, bouscule les rythmes et instaure une pulsion sourde. La basse électrique de Dries Laheye, parfois en contrepoint, parfois à l’unisson, parfois en roue libre, rebondit et ricoche en réponse aux coups de Thielemans. Le groove est omniprésent. Et la mélodie s’impose, comme par magie, sans forcer, sur des métriques insoupçonnées. Tout est si fragile, mais tout se tient si fortement. Tout est évident et pourtant tout est caché.

Et soudain, c’est le tonnerre. Et c’est la tempête… La musique devient bruit. Le gros nuage, gavé, se déverse avec violence. C’est l’orage.Thielemans fait claquer ses baguettes de façon erratique puis impose un beat puissant et obsédant. Finalement, tout redevient calme… Étrangement calme.

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Alors, Lynn Cassiers, seule avec son mégaphone de poche, laisse échapper les premières phrases de «I Loves You, Porgy». La version est dépouillée. Lo-Fi. Irréelle. Emouvante. Sa voix est d’une pureté incroyable, à peine voilée par le crachoti du mégaphone. Les claviers de Jozef Dumoulin résonnent alors comme ceux d’un orgue lointain. Perdu. Vaporeux.

Le gros nuage se déplace, se déforme, se dilate, se contracte, devient gris, devient noir.

Chacun des musiciens est relié par un fil imaginaire qui leur permet d’improviser tout en douceur, tout en poésie. La musique, aussi abstraite qu’elle puisse paraître, est d’une logique imparable, extrêmement équilibrée. Elle se base certainement autant sur l’intuition que sur une écriture stricte. Et l’auditeur entre sans s’en rendre compte dans le processus de création.

Le ciel gronde à nouveau. Tout éclate soudainement. Différemment. Lidlboj se déchaîne et mélange le noisy rock avec l’électro… L’esprit de Steve Reich et de Arvo Pärt se mélangent à celui d’un Vander Graaf Generator. Puis ça bascule dans une folie disco funky comme seuls certains groupes norvégiens déjantés arrivent à le faire.

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Tout se mélange tout le temps, mais toute cette musique a un sens et un fil conducteur. Et Jozef Dumoulin ne nous lâche jamais, bien trop habile à jouer avec nos sentiments.

Et si l’on se perd, on se retrouve toujours. Lidlboy organise sa musique en cycles dans lesquels s’inscrivent d’autres circonvolutions. Les formes se superposent, se distendent, s’éloignent, se recoupent. C’est  un tourbillon incessant.

Le concert s’achève avec douceur, laissant une légère bruine flotter dans l’air et dans laquelle on y verrait presqu’un arc-en-ciel se dessiner…

Lidlboy ne nous fait pas perdre nos repères. Il fait bien mieux : il en invente de nouveaux.

A+

13/05/2012

Episodes manquants

Je ne trouve pas toujours le temps de parler de tout que je vois (concerts et performances) et entends (démos, cd’s, interviews) et ça m’énerve. Il faudra vraiment que je trouve une solution, car le temps, malheureusement, n’est pas extensible.

Résumé des épisodes manquants.

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Je ne vais pas vous dire à nouveau tout le bien que je pense du duo de Ben Sluijs (as) et Eric Vermeulen (p) car je risquerais de me répéter. Mais, rien à faire, quand la musique touche de cette manière, il serait dommage de la garder pour moi. Le concert qu’ont donné les deux musiciens au Pelzer à Liège le 11 avril était… sublime. Le club était plein et le public très attentifs aux échanges entre le saxophoniste et le pianiste. L’émotion, l’intensité, la légèreté et l’humour parfois, étaient bien présents. Vermeulen, en grande forme, s’amusait à répondre avec une intelligence rare aux propos de Sluijs, l’obligeant tout le temps à se dévoiler encore un peu plus, à chercher plus loin, à creuser plus profondément. Et bien sûr, en retour, Sluijs pousse Vermeulen à se définir plus encore… Je ne vous refais pas le détail de la soirée, mais je vous conseille encore et toujours le CD « Parity », paru chez De Werf.

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Le week-end suivant, 13 et 14 avril, j’étais au C-Mine Festival à Genk, dans la très belle et impressionnante mine désaffectée de Winterslag (au nord de Genk). L’endroit a été magnifiquement réhabilité en un espace de culture (conférences, expos, concerts).

Le programme du festival était assez alléchant. Mais je n’ai pas pu tout voir à cause de la simultanéité de certains concerts. Il a fallu faire des choix. Le vendredi, j’ai vu le projet de Frank Vaganée & Cyclop Max, qui allie jazz et projections de dessins (style BD) en temps réel. Un mélange parfois perturbant, malgré la qualité des dessins et surtout de la musique.

J’ai découvert aussi Matthew Halsall, un trompettiste anglais à l’univers particulier, entre jazz modal et ambiant. Il était accompagné, entre autres, de Nat Birchall au sax et d’une jeune harpiste (!!) Rachael Gladwin. Beau moment.

Puis, il y a eu l’élégante Lizz Wright, ensuite le très prometteur quartette de Frank Deruytter (avec Bart De Nolf, Eric Legnini et Peter Erskine) à l’esprit très funk et soul et, pour finir, l’excellent trio de Monty Alexander.

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Le samedi, c’est l’étonnant groupe Phronesis qui ouvrait le bal. Un trio anglais – même si le leader, Jasper Høiby, est danois – qui risque de faire parler de lui à l’avenir (à mon avis, il est bien plus intéressant que le sont ses compatriotes Portico Quartet ou Neil Cowley Trio).

Puis, Mimi Verderame nous en a mis plein les oreilles avec son quintette. Du hard bop jubilatoire de premier ordre. Bien plus excitant que la décevante prestation du pourtant très attendu (trop attendu ?) Trio Fly, avec Larry Grenadier (cb), Jeff Ballard (dm) et Mark Turner (ts). Trop dispersés sur la grande scène - qu’avait illuminé juste avant Mulatu Astatke et son ethio-jazz chaleureux – le trio a livré un concert qui manquait cruellement d’âme. Vous pourrez lire très bientôt sur Citizen Jazz un compte rendu bien plus complet.

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Le 26 avril, c’était la première des Singers Night au Sounds. Et il y avait du stress… On le sentait dès que l’on avait franchi la porte du club. Du coup, l’envie de bien faire et d’être à la hauteur ont fait perdre leurs moyens à plus d’un chanteur. On retiendra - pour ma part - une bonne prestation d’un certain Stefano (un joli « Tenor Madness »), mais surtout de Karolien, au timbre de voix assez grave (« My Foolish Heart » et « Twisted ») et de Agnese, à la voix plus feutrée, qui chantera magnifiquement « The Days Of Wine And Roses » et « Everytime We Say Goodbye ». Chanter du jazz, c’est franchement pas évident. Rendez-vous le 31 mai pour la deuxième.

Et puis, en dehors des concerts, il y a aussi les promesses d’écrire pour des groupes ou des musiciens. Des promesses que je ne tiens pas … J’en suis parfois (souvent) rouge de honte.

Gratitude par exemple, le trio de Louis Favre (dm), avec Alfred Vilayleck (eb) et Jereon Van Herzeele (ts) qui m’avait conquis et scotché lors de deux prestations aux Jazz Marathon 2011 et 2012. Je leur avais promis d’en parler, en long et en large. J’ai écouté et re-écouté des démos. J’ai aligné des mots. J’ai fait des phrases… mais je ne suis jamais arrivé à écrire  quelque chose de satisfaisant. Pourtant, ce groupe, j’ai envie de le faire connaître. Mais, rien à faire… Blocage. Et les belles promesses que j’avais faites à Louis Favre… je ne les ai pas tenues. J’en suis confus. Encore plus confus maintenant que le disque s’annonce et… s’annonce bien même. Ce sera pour bientôt… et sans mes mots.



Voilà, ce n’est qu’un tout petit exemple de lacunes – car je ne vous ai même pas « parlé » de CD’s ! Ceux de Charles Loos, Gebhard Ullmann, Baloni (coup de cœur pourtant !), Aki Rissanen et Robin Verheyen, Machine Mass Trio, "Rock My Boat" de David Linx, Big Four, Chris Smith… sans compter ceux que j’ai reçu récemment.

Allez, au boulot.

 

A+

09/05/2012

Raffaele Casarano Locomotive Quartet au Sounds


Pour quelques raisons d’organisations (ou de désorganisations) personnelles, je n’arrive au Sounds que pour le second set du concert de Locomotive, le quartette de Raffaele Casarano.

Raffaele Casarano est un saxophoniste italien qui entretient une belle relation avec la Belgique où il revient souvent. On l’avait vu, entre autres, aux côtés de Paolo Fresu, il y a quelques années. Ce jeune italien a déjà sorti plusieurs albums sous son nom et a collaboré avec pas mal de monde (Daniele Di Bonaventura, Philip Catherine, Gianluca Petrella...). Il est, en plus, directeur artistique du Locomotive Jazz Festival qui se déroule chaque année près de Lecce.

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C’est au soprano qu’il entame le premier morceau de ce second set. Le jeu est un peu pincé, un peu nasillard… et plein de fougue. Casarano n’a pas peur de faire siffler l’instrument. L’influence coltranienne (je sais, c’est un lieu commun pour la plupart des saxophonistes) est assez claire, mais Casarano n’hésite pas à chercher des voies différentes (il suffit d’écouter son album Argento dans lequel il mélange le flamenco, le rock ou l’électro pour s’en convaincre).

Il utilise par exemple – sans en abuser – d’un léger delay, un peu à la manière de son ami Paolo Fresu, pour créer une ambiance délicatement feutrée et ajouter juste ce qu’il faut de relief à une musique déjà riche. C’est que Casarano n’est aussi sage qu’on pourrait le croire. Et puis, il faut dire que le contrebassiste Marco Bardoscia n’est pas du genre à rester discrètement dans le fond de la scène. Toujours à l’affut, il n’hésite pas à «quitter le chemin», à bousculer un peu les convenances et à attirer ses compagnons dans des contrées moins tranquilles.

Le quartette reprend, par exemple, un standard (dont le nom m’échappe) qu’il déstructure sans pudeur mais avec élégance. Puis, au détour d’un morceau assez bop, il laisse échapper quelques bribes de tarentelle.

Le groupe joue à l’instinct et cherche à provoquer les accidents. Il joue la spontanéité et cherche le plaisir. C’est comme si il s’amusait à déplacer un décor pour laisser apparaître une structure plus brute. On dit souvent du jazz italien qu’il est «chantant» (il faut en convenir, même si c’est un cliché), mais il ne faudrait pas oublier qu’il cherche souvent aussi à surprendre.

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Alors, sur scène, ça remue pas mal aussi. Raffaele Casarano projette son instrument devant lui ou, au contraire, le colle sur sa poitrine. Il exprime ses sentiments en une sorte de chorégraphie très personnelle. Il ne veut faire qu’un avec sa musique.

William Greco, au piano, est sans doute moins explosif qu’un Ettore Carrucci, mais ses attaques n’en sont pas moins fermes. On assiste d’ailleurs à quelques vifs et beaux échanges avec Bardoscia. Quant au batteur Marcello Nisi, à la frappe est puissante et précise, il est peut-être celui qui garde l’église au milieu du village. A l’exception d’un solo en fin de concert, il tient plutôt le rôle de gardien du tempo, et permet aux autres de «voyager» en toute liberté.

Et le groupe ne s’en prive pas, au risque de se perdre parfois. Mais le plaisir et l’énergie arrange toujours tout.

Pour clore ce bon concert, et ravir encore un peu plus les très nombreux italiens présents ce soir, le quartette rend un hommage au regretté Lucio Dalla en reprenant un «Caruso» aussi sombre que lumineux.

C'est ça aussi, le jazz italien.

A+

 

 

 

 

 

06/05/2012

The Flying Fish Jumps au Buster à Antwerpen

Pour la sortie de leur premier album – Road Trip - The Flying Fish Jumps faisaient la tournée des clubs en Belgique et au-delà. Après Lille, Paris, Liège, Namur, Hannut, Eupen et Bruxelles, ils étaient à Anvers, au Buster.

Je n’avais plus vu le groupe sur scène depuis de nombreuses années (c’était quasiment à leurs débuts). A l’époque, les FFJ cherchaient encore leur chemin.

Si l’on peut dire aujourd’hui qu’ils ont fait un choix, on ne peut cependant pas dire qu’ils ont pris un chemin balisé de toute part. Les influences sont multiples et le groupe se moque des frontières. S’il n’est pas facile de définir un style, on peut au moins affirmer qu’ils ont leur style.

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Ce vendredi 20 avril à Anvers, The Flying Fish Jumps démarrent en force avec «Lost In A Dream». Mélange de blues et de trip-hop, boosté à l’électro. Car de l’électro, il y en a partout. Sur la clarinette de Vincent Ghilbert d’abord. Le leader du groupe s’est acharné depuis des années à amplifier et à trafiquer le son de son instrument pour lui donner une couleur toute particulière. Et cette couleur s’accorde à merveille avec le Fender Rhodes (non moins traficoté) de Martin Daniel. A eux deux, ils définissent déjà bien l’architecture du groupe. Mais il ne faudrait pas oublier le drumming énergique de Daniel Duchateau, capable de s’adapter aussi bien aux tempi jazz qu’à ceux, plus rock, plus free ou klezmer aussi, que le groupe ne cesse de mélanger. Et puis, il y a aussi Cyrille de Haes, à la contrebasse, qui invente lui aussi des sons improbables, parfois assez éloignés de ce que l’on peut imaginer. Ainsi, sur «Khachanistan» - morceau qui ne cesse de voyager entre jazz et musique contemporaine, avec de constants changements de rythmes - il use joliment de l’archet.

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Face à une large panoplie de pédales étalées à ses pieds, Vincent Ghilbert manipule avec précision les sons de sa clarinette mais aussi ceux de sa clarinette basse. Le son peut être à la fois vintage comme il peut être très avant-gardiste.

The Flying Fish Jumps ne vont jamais là où on les attend. Des morceaux que l’on pense construits pour groover tout droit («Inside», par exemple) dévient insidieusement sur le bas côté, sur des terrains plus mouvants. La musique ondule, flirte avec l’afro beat, avec la musique orientale ou celle des Balkans. Elle prend des libertés.

L’énergie rock se mêle au sens de l’improvisation de ces jazzmen atypiques et The Flying Fish Jumps invoquent l’esprit de Frank Zappa, la force de John Zorn ou l’âme d’un Steve Lacy.

Après «Road Trip» et «I Don’t Know Why» le groupe reprend un morceau d’Henri Texier («Don’t Buy Ivory Anymore») qu’il revisite avec beaucoup de pertinence. Les improvisations de Martin Daniel rappellent d’ailleurs un peu les expérimentations de Bonjan Z.

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Et puis, le quartette, qui a déjà bien donné et bien transpiré sur scène termine ce concert intense avec «XSSMLXL», un morceau échafaudé sur un rythme disco trompeur qui se déglingue bien vite en une furie éclatée et indicible, comme la musique unique de The Flying Fish Jumps.

A+

30/04/2012

Ça jazz partout !


Aujourd’hui, on jazze !

Plus que jamais.

Aujourd’hui, 30 avril, c’est la journée internationale du jazz, décrétée par l’UNESCO.

L'évènement sera célébré partout dans le monde, avec des concerts exceptionnels à Paris, New York, etc..., sous le parrainage d'honneur de Herbie Hancock.



A cette occasion, Les Lundis d’Hortense ont décidé de faire voyager un «Big Band» dans différents endroits de la capitale.

Ne vous étonnez donc pas de croiser au détour d’un quai de gare ou de métro, ou dans l’enceinte d’une université, des saxophonistes, tromboniste, batteurs, bassistes ou guitaristes…

Et puis, n’hésitez pas à les suivre. Ils ne vous mèneront pas - comme le flûtiste de Hamelin - à la rivière, mais dans un club de jazz… Méfiez-vous quand même, cela peut vous être tout aussi définitif.

Les rendez-vous?

A 13h30 : Campus de l'ULB,  à 16h : à la station de métro Montgomery, à 17h30 : à la gare Centrale, à 19h : à la place Flagey et à partir de 22h : au Sounds.

03:46 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/04/2012

Brooklyn Boogaloo Blowout feat Chris Cheek au 55 Bar NY

D’accord, il s’agissait plus d’une grosse jam, d’une grande fête, que d’un concert dans les «règles de l’art», ce vendredi 6 avril au 55 Bar à New York. Mais il faut dire aussi qu’il s’agissait du Brooklyn Boogaloo Blowout.

J’avais prévu de venir écouter, la veille, Chris Potter (avec Adam Rogers, Dave Virelles et Nate Smith… excusez du peu), mais la fatigue en avait décidé autrement. Avec le Brooklyn Boogaloo Blowout, j’ai quand même eu droit à Tony Mason (dm), Tim Luntzell (eb), Andrew Sherman (key), Bill Sims Jr (eg) et Chris Cheek (ts)… Qui s’en plaindrait ?

55 bar,chris cheek,andrew sherman,bill sims jr,tim luntzell,tony mason

Il est plus de 22h. et le célèbre club est bondé. Il y a une ambiance électrique mais l’accueil est, ici aussi, cool et décontracté. Les gens ont le sourire. On se parle comme si on se connaissait depuis toujours. Les éternelles guirlandes de lumière courent le long des murs couleur crème sur lesquels sont accrochés de nombreuses photos de gigs et de jazzmen.

Dans le fond de la salle le groupe reprend des standards de funk, de blues et de soul  («Soul Drum», «I Say A Little Prayer», ...) ainsi que quelques compositions personnelles. Ici, on ne se pose pas de question. On joue. On n’est pas là pour cachetonner. Ça transpire, ça souffle et ça frappe. Bref : ça joue !

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C’est souvent Tim Luntzell qui amorce les premières pulsations. Ses lignes de basse mettent vite le feu aux poudres et, aussitôt, Tony Mason embraie, avec une frappe sèche et précise… et le reste suit.

Sur son orgue, Andrew Sherman excite et brûle les notes. Ses doigts rebondissent sur le clavier. Ça sonne comme dans les années ’70. Et sur cette base incandescente, Bill Sims Jr. attise un peu plus le feu, à la manière du vrai bluesman qu’il est. Sorte de force tranquille, à la Howlin' Wolf ou BB King, il place quelques riffs, bien sentis, bien choisis, juste au bon moment, au bon endroit. Aucune démonstration ici, mais le sens de la note juste, celle qu’on comprend, celle qu’on n’explique pas. Il laisse glisser ses doigts sur les cordes et, sans effort, fait groover sa guitare.

Et puis il laisse la place à Chris Cheek très en verve, qui ponctue de notes graves ses envolées légères et papillonnantes. Il y a un échange permanant sur des rythmes entêtants.

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Entre deux gorgées de bière, le public dodeline de la tête, en mesure. Il tape du pied et claque des doigts quand il ne frappe pas dans les mains. Certains, devant, se sont levés de leur tabouret pour mieux bouger sur ces rythmes sans équivoque, ces tempis diaboliques, ce boogaloo enfiévré.

Pour certains, c’est sûr, la nuit ne fait que commencer.

Je remonte les marches du club qui me ramènent dans Christopher Street. L’un des serveurs me demande si j’ai apprécié le concert. Je lui réponds par l’affirmative et lui promets de revenir…

Je reprends le métro, j'ai de la musique plein la tête. New York ne s’arrête jamais.

A+

25/04/2012

Singers Night au Sounds et Dinant Jazz Nights.

2 choses à savoir…

D’abord, ce jeudi 26 avril, c’est la reprise des Singers Night au Sounds.

Après quelques années d’interruption, Véronique Hocq et Rowena Meenderman ont décidé de faire revivre le rendez-vous incontournable des amoureux du jazz vocal créé en 1998 par Danièle Copus. Trois dates sont déjà prévues et on espère qu’il y en aura beaucoup d’autres, surtout que le niveau des sélections a été revu à la hausse et que la qualité devrait être de la partie.

Tous les renseignements et inscriptions sont à lire sur le site.

Et vous pouvez écouter ou ré-écouter l’interview de Véronique Hocq chez Philippe Baron dans l’émission Jazz sur le RTBF.

singersssssss.jpg

Ensuite, il est temps pour les jeunes jazzmen de s’inscrire au 5ème concours des Jeunes Talents des Dinant Jazz Nights qui se déroulera les 21 et 22 juillet 2012 dans cadre du festival.

Quelles sont les conditions? Les groupes devront compter au minimum deux musiciens résidant en Belgique et avoir moins de trente ans au 31 juillet 2012. Les candidatures avec le nom, la date de naissance et l'instrument joué devront s’accompagner d’une démo de 10 à 15 minutes comprenant trois titres (dont un "standard du jazz").

dinant.jpg

Les candidatures devront être adressées pour le 25 mai au plus tard à :

Jeunes Talents DJN, c/o. J.M. Hacquier, 91, av. du Diamant, 1030-Bruxelles.

Le règlement détaillé peut être consulté sur le site du festival.

A+


01:20 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

23/04/2012

Torben Waldorff Quartet au Smalls NY

A New York, les concerts commencent à l’heure. Il est à peine passé 20h30. quand je descends les marches qui mènent à la petite salle du bien nommé Smalls et j’entends déjà les musiciens jouer. Ce soir, il s’agit de Torben Waldorff, un guitariste danois installé à New York depuis quinze ou vingt ans déjà. Il est accompagné de Matt Clohesy (cb), Jon Wilkan (dm) et Gary Versace (p).

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C’est drôle comme on se sent vite chez soi au Smalls. L’accueil est des plus simples et des plus sympathiques. Et puis, la confiance règne : si l’on veut acheter un cd, il suffit de le prendre et de glisser dix dollars dans le petite urne qui se trouve juste à côté. « Non, il n’y a jamais eu de vol… Peut-être un oubli, une fois ou deux…», me dit, le sourire en coin, Mitch Borden, le patron du club.

Dans une ambiance très sombre, je longe le bar qui s’étend sur le côté et trouve une chaise face à la scène décorée de bric et de brocs, de cadres, de tapis, de miroirs et d’une photo de Louis Armstrong. Le club se remplit peu à peu pour être quasi plein à la fin du premier set.

Le quartette présente des nouveaux morceaux qui figureront sur le prochain album que le groupe enregistrera quelques jours plus tard et qui s’appellera «Wah-Wah».

Waldorff joue dans une certaine lignée de guitaristes américains actuels (Rosenwinkel en tête). Il y ajoute cependant sa petite touche personnelle en mélangeant à un swing parfois un peu paresseux de légers effets ondulants avec le vibrato. Waldorff semble souvent tourner autour de la musique, d’attendre que le thème se définisse un peu plus avant de plonger dedans. Il y a de la douceur dans son phraser et beaucoup de souplesse.

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«You Hear» est construit à la manière d’un blues qui se développe lentement. Cela permet à Gary Versace de distiller des phrases riches et des improvisations nerveuses. Le contraste entre le pianiste et le guitariste est d’ailleurs plutôt bien dosé, l’un attise et l’autre semble contrôler. Derrière, Clohesy tisse des mailles subtiles. Il tire et rebondit sur les harmonies et les accords d’un Versace vraiment brillant. Sur «Ginga» (?), au tempo plus enlevé, Versace repart de plus belle. Son jeu est lumineux, les notes tombent en cascades, le morceau file. Mais l’univers de Torben se situe plutôt dans le feutré.

«Country And Fish» flirte avec la ballade folk un peu nostalgique et nonchalante. Pourtant, il y a toujours de la luminosité dans le jeu du guitariste, un peu froide cependant, un peu pâle («Flat N°2»).

Le deuxième set démarre de façon plus musclée, plus nerveuse. Jon Wilkam instille un rythme plus jungle. Son drumming monte en puissance et entraine toute la bande.

Versace explore les notes graves, va chercher dans «le fond du piano». Il fait rouler les notes en un ostinato obsédant. Il innerve parfois ses solos de clins d’œil classiques ou rappelle un madrigal. Et ça joue et ça galope. Et ce que Waldorff perd en précision, il le gagne en puissance.

Smalls, Torben waldorff, matt clohesy, jon wilkan, gary versace, mitch borden

Alors que «Birds» balance comme un calypso - et permet des échanges très délicats et complices entre guitare et piano - «Heinmat» démarre de façon lymphatique avant de se transformer au fil du temps en un tonitruant et énergique final.

Torben Waldorff est un guitariste à découvrir qui joue dans un esprit relax, avec une énergie contenue, laissant le temps de s’installer un bouillonnement interne. A suivre certainement.

 

A+

21/04/2012

Matthieu Marthouret quartet au Sounds

Il y a un truc indéfinissable chez Matthieu Marthouret, c’est la façon dont il distribue les rôles dans son groupe. Il a une manière singulière d’arranger les morceaux pour que chacun y trouve une place. Jusque-là, c’est normal et c’est d’ailleurs un peu le but d’un arrangement… mais il y a quelque chose de particulier chez lui. Et comme c’est indéfinissable, je vais avoir du mal à vous le décrire. Il y a quelque chose d’impalpable et d’imperceptible qui flotte dans l’espace qu’il laisse aux autres musiciens. Quelque chose qui les guide ou qui, au contraire, les libère.

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L’organiste français arrive à créer une certaine dynamique, souvent intéressante et loin des clichés, pour faire vivre ses compositions. Il possède cette clairvoyance qui lui permet de construire des thèmes qui – pour être raffinés et plutôt élaborés - paraissent simples et donc très accessibles.

Il laisse souvent s’exprimer Nicolas Kummert (ts) ou Maxime Fougères (g) et vient de temps à autres souligner ou redessiner légèrement le thème avant d’improviser par dessus - à sa manière - comme pour y déposer un glacis fragile et trompeusement protecteur.

Bien soutenu par le druming efficace de Manu Franchi – on soulignera son solo énergique sur «564» par exemple - Marthouret dirige avec souplesse et fermeté son quartette et le fait surtout groover.

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«The Tree In The Backyard», qui ouvre le concert au Sounds, ce vendredi 30 mars, se joue en un duel amical mais musclé entre le guitariste et le saxophoniste. Il y a du Kenny Burrel chez l’un, un peu de Warne Marsh chez l’autre. Mais bien sûr, le quartette va bien au-delà de ces références. Kummert chante dans son sax (sur «Benz») et Fougères illumine de solis incisifs «Seeds» ou «Colours», tandis que Franchi fait tonner sa batterie et donne à l’ensemble un son bien actuel.

Marthouret mélange les ambiances : groovy («Old Milstone»), façon Rhoda Scott – même s’il ne se revendique pas de la dame aux pieds nus – lyrique, voire sentimental («Prelude»), ou très soul  («The Weird Monk») dans lequel il mélange habilement l’esprit de Monk à celui de Ramsey Lewis. Et  à chaque fois, il s’en sort avec légèreté.

Je vous avais déjà parlé du deuxième album du groupe ici. Je ne peux que le recommander à nouveau aux amateurs du genre pour les faire patienter en attendant que Matthieu Marthouret ne revienne faire une tournée chez nous.

 

A+

 

15/04/2012

Aka Moon - 20 years au Bota

Quand Fabrizio Cassol demande au public, à la fin du concert, combien étaient là lors du tout premier gig d’Aka Moon - il y a vingt ans - deux ou trois voix se font entendre. Mais lorsqu’il remonte le temps, les cris, les sifflets et les applaudissements se font de plus en plus nombreux. Jusqu’au délire. Il faut dire qu’il y avait foule à l’Orangerie du Bota ce jeudi 29 mars, pour fêter l’anniversaire de ce trio hors du commun.

Voilà 20 ans que Fabrizio Cassol, Stéphane Galland et Michel Hatzigeorgiou bousculent le petit monde du jazz avec un plaisir croissant année après année.

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Si Cassol a gardé son épaisse tignasse bouclée, Hatzi s’est un peu dégarni et Galland est maintenant chauve (mais c’est volontaire). L’univers musical, par contre, tout comme leur énergie créatrice et leur forte amitié sont toujours bien présents, renforcés... décuplés même.

Après avoir exploré les coins et les recoins des rythmes et des pulsations les plus improbables, après avoir fusionné et recréé la musique venue des quatre coins du monde, après avoir partagé les émotions et la philosophie d’amis et de musiciens parfois très éloignés de jazz, Aka Moon a voulu célébrer l’évènement simplement : en trio. Comme pour retourner à la source et retrouver la quintessence du groupe.

Ce soir, Aka Moon présentait la plupart des nouveaux morceaux écrits spécialement pour l’occasion et que l’ont retrouve dans le dernier et tout nouvel album du groupe : Unisson (Cypres Records).

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Unisson, voilà un titre qui veut bien dire ce qu’il veut dire. Les trois musiciens ne font qu’un.

Et malgré les polyrythmies qui caractérisent le groupe, Aka Moon affirme aussi de cette façon que ce qui les unit, c’est une certaine idée du jazz. Car, ensemble, ils inventent une musique plurielle, unique et personnelle puisqu'il faut bien l’avouer, le langage musical d’Aka Moon ne ressemble à rien d’autre qu’à celui d’Aka Moon. Un langage inventé de toute pièce, travaillé et peaufiné au fil des années. Mais, aussi complexe qu’il soit (ou qu’il peut paraître), il est compris par tous. C’est un langage universel. C’est cela aussi qui fascine – et parfois étonne – , c’est cette musique qui rassemble autant les amateurs de jazz, de rock, de musique contemporaine ou de world ainsi que toutes autres disciplines artistiques.

Et ce langage est en perpétuelle évolution. C’est une langue vivante qui nous surprend, nous désoriente parfois, mais qui nous interpelle toujours.

Même les membres du trio semblent parfois encore surpris des dialogues qui naissent entre eux. Pourtant, ils se connaissent par cœur. Cela leur permet d'ailleurs d’inventer dans l’instant, de pouvoir se «reposer» sur l’un ou de provoquer l’autre et de jouer, jouer, jouer. Des phrases, des mots, des expressions… chaque concert en révèle de nouveaux.

Ce soir, Aka Moon à réinventer une nouvelle fois Aka Moon, en revisitant quelques «classiques» («Aka Teri Ya», «Amazir») et en refaçonnant déjà les tous frais «Mirror», «Michel Is Back», «For Drummer Only» ou encore «Stésté».

Un concert magnifique, un anniversaire réussi. Alors, on ne souhaite qu’une chose, en reprendre pour vingt ans.

Ruez–vous sur Unisson et ne manquez les prochains concert d’Aka Moon. Amis Parisiens, rendez-vous au New Morning le 24 mars… et pour tous les autres, notez déjà dans vos agendas le Vooruit, De Singer, Jazz à Liège, au Jazz Marathon... et plus tard une résidence à la Jazz Station !

A+

16:48 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/03/2012

Franck Amsallem Solo - Maison des Arts Schaerbeek

 

C’est ce vendredi 23 mars, à la Maison des Arts à Schaerbeek, dans le cadre du cycle Jazz Now, que se produisait en solo le pianiste et chanteur Franck Amsallem.

Peu de monde (Crise ? Pas assez pub ?) pour entendre cet excellent pianiste qui se fait rare chez nous. Il est vrai que l’homme est lui-même assez discret. Malgré ses neuf disques (très souvent salués, à juste titre, par la critique), 20 ans de carrière aux States (aux côtés de Randy Brecker, Joshua Redman, Tim Ries ou Gary Peacock, entre autres) et de nombreuses tournées en Afrique du Sud, en Amérique Latine, en Chine et un peu partout en Europe, il ne fait pas beaucoup parler de lui. Il préfère sans doute laisser parler sa musique.

jazz now,franck amsallem

En attendant le début du concert, Franck Amsallem est attablé à la terrasse de l’Estaminet, dans la cour intérieure de cet ancien hôtel de maître. J’en profite pour parler un peu avec lui, de son parcours, de ses projets et de sa façon d’appréhender le piano solo et le jazz vocal. Puis il est temps de rejoindre le petit salon où se déroule le concert.

L’endroit est intime et propice à ce genre d’exercice en solitaire. Cela ressemble presque à un concert à domicile. D’ailleurs, tout se déroule de façon très naturelle, sans prétention et sans chichis. Le plancher craque, les chaises grincent un peu, la lumière est basse... Atmosphère.

Amsallem entame la soirée avec «Out A Day» (librement inspiré de «Night And Day»), enchaine avec une ballade tendre et romantique («Dee») puis explore un jazz où les emprunts à la musique classique contemporaine (Stravinsky ? Bartók ?) ne sont pas totalement étrangers («Runing After Eternity»).

Mais là où ça devient étonnant - et où le pianiste affiche toute sa personnalité - c’est lorsqu’il reprend quelques titres de Thelonious Monk.

Intelligemment, il garde l’esprit et rejette l’imitation. Il plaque les accords avec force sur «Ask Me Know», découpe «Monk’s Dream» avec habileté et dépouille finement «‘Round Midnight». Sans effet appuyé. Sans joliesse… sauf celle de Monk. Cette beauté «ugly» qui n’appartient qu’au maître. Alors, Amsallem tourne autour de «Evidence», qu’il assemble comme un puzzle, puis termine en douceur et en sensibilité avec «Reflections».

Très beaux moments.

Au second set, après une version soul et musclée de «Summertime» et un hommage à Michael Brecker («In Memoriam»), le pianiste se fait chanteur.

jazz now,franck amsallem

Et «Second Time Around» (de Frank Sinatra), «There Will Never Be Another You», «The Song Is You» ou encore une très beau «Body And Soul» nous convainc totalement qu’Amsallem est aussi bon chanteur que pianiste. En toute décontraction, il arrive à faire passer beaucoup d’émotions. Sans aide de micro ni d’amplification, sa voix «passe». Une voix chaude aux légères intonations de crooner. Avec fluidité, naturel et sans maniérisme, avec une diction claire et simple, il impose, ici aussi, une vraie personnalité. C’est sûr, Amsallem met les mots en valeur. A sa façon. Et pour notre grand plaisir.

Beau et très agréable concert.

On aimera certainement le revoir, en solo ou en trio (le projet est déjà sur les rails) et cette fois-ci, espérons-le, avec un peu plus de public.

A+

 

 

16:10 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jazz now, franck amsallem |  Facebook |

28/03/2012

Pascal Mohy Trio au Sounds

Le Mohy nouveau est-il arrivé ?

Cela faisait longtemps que je n’avais plus entendu Pascal Mohy en trio (la dernière fois, c’était début septembre, lors du Belgian Jazz Meeting à Bruges).

Je ne sais pas pourquoi mais, ce vendredi 23 au Sounds, on sent le pianiste plus fébrile, plus incisif. Il y a chez lui comme une nouvelle énergie qui l’anime.

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Ce soir, pas de tergiversation, pas d’état d’âme, dès les premiers accords d’un morceau de Bud Powell, il plonge. Et puis, sur «Crescent», il se lâche encore plus.

Est-il poussé dans le dos par le drumming fougueux d’Antoine Pierre ? Par le jeu plus déterminé que jamais du pirate de la contrebasse, Sal La Rocca ?

Toujours est-il que le pianiste parait libéré du lyrisme dans lequel il semblait s’enfermer.

Ce soir, ça sonne et ça claque. Et le trio passe en revue une bonne partie des plus grands standards du hard bop. Il n’y a pas de raison de ne pas se faire plaisir ! Et le plaisir est communicatif entre nos trois jazzmen et cela semble leur donner des ailes.

Après un jubilatoire et groovy «This Here» de Bobby Timmons, ils s’attaquent à «Cherokee», version balade, de manière somptueuse. C’est somptueux car le trio évite la mièvrerie, contourne les clichés et fait briller ce classique des classiques à la manière d’un Brad Mehldau au meilleur de sa forme. La main gauche de Mohy ne tremble pas. Elle est ferme et convaincante. Sûre d’elle. Déterminée. Je n’avais plus entendu une version aussi brillante de ce morceau depuis longtemps.

Alors, comme portés par leur élan et leur enthousiasme, les trois musiciens terminent le premier set en feu d’artifice avec «Hallucinations» de Bud Powell, qui semble décidément bien inspirer notre pianiste.

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Rassurez-vous, Pascal Mohy n’a rien perdu de sa sensualité et sa version de «Satin Doll» d’Ellington a presque quelque chose de sexuel. Il y a cette façon de retenir l’extase, de jouer au chat et à la souris avec la mélodie, d’user, sans abuser, de stop and go. Il y a cette entente, ce défi constant, ce contraste brutal entre le piano et la batterie... Car Antoine Pierre joue sec, cinglant et tonique. Mais quand il le faut, le batteur peut se faire très félin aussi (comme lors de «In A Sentimental Mood»). De son côté, Sal La Rocca n’est pas en reste et, s’il fait souvent le lien,le passeur, il n’hésite pas à mettre de l’huile sur le feu de temps à autres. Le voilà qui relance, qui fait claquer les cordes, puis les fait murmurer.

Tout ce jazz est bien dégraissé, vif et fringuant. Il a de la saveur, il a du corps. Et c’est tout ce qu'on demande, c'est tout ce qu’on aime.

Il y aura encore un thème de Charlie Parker («Now’s The Time») et un de Gainsbourg («La Javanaise») mais aucune composition personnelle, comme s’il s’agissait pour Mohy de prendre un peu de recul, de prendre un nouvel élan... pour mieux sauter...

On peut lui faire confiance, il est sur la bonne voie.

A+

 

23:34 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pascal mohy, sounds, antoine pierre, sal la rocca |  Facebook |

22/03/2012

Jazz Now et piano solo

Il y a quelques années (2002… 2003?) j’avais vu Franck Amsallem en concert au Music Village, en quartette avec Stéphane Belmondo (tp), Johannes Weidmuller (cb) et Dré Pallemaerts (dm), si ma mémoire est bonne.

Je me souviens très bien, en tous cas, avoir échangé furtivement quelques mots avec le pianiste et Lionel Belmondo à propos de «ma lecture» du moment (le Jazzman que j’avais emmené avec moi et que je feuilletais entre les deux sets).

«C’est bien de lire les magazines de jazz, mais il faut surtout venir écouter les jazzmen en live», m’avait lancé Lionel Belmondo.

A l’époque, déjà, j’étais totalement d’accord avec ce «précepte», et j’en suis d’ailleurs toujours totalement convaincu.

Dernièrement encore, une amie que j’emmenai pour la première fois dans un concert de jazz, ne m’avait pas dit autre chose que : «Ecouter les disques, c’est bien, mais voir les musiciens sur scène, c’est quand même très différent. C’est étonnant».

Depuis cette rencontre, j’en ai vu des tas, des concerts, et je ne m’en suis toujours pas lassé. Et j’ai souvent été surpris.

Franck Amsallem, je ne l’ai plus revu depuis cette soirée au Music Village. Il a pas mal bougé depuis, il a sorti «A Week In Paris» (2006) et dernièrement «Amsallem Sings» !

Hé oui, Franck Amsallem chante. Et bien, même !

 


Ce vendredi 23 mars, il sera à La Maison des Arts à Schaerbeek (dans le cadre de Jazz Now), en piano solo et au chant.

Moi, j’y serai, sans mon Jazzmag, mais les oreilles bien ouvertes.

A+

19/03/2012

Mathieu Marthouret - Upbeats

Un peu de douceur et de tendresse, ça ne fait jamais de mal.

Après l’agréable premier album (Playground) chaleureusement accueilli par le public et la presse spécialisée, l’organiste français Matthieu Marthouret continue à creuser le sillon de la délicatesse avec son nouvel album Upbeats.

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La volonté de donner les pleins pouvoirs à l’harmonie et aux mélodies est évidente et saute aux oreilles dès les premiers accords. Marthouret aime quand ça se fredonne, se chantonne et se retienne.

Ce qui ne l’empêche pas de parsemer ses compositions d’arrangements assez sophistiqués ou de laisser de belles libertés aux musiciens qui l’accompagnent.

Il y a d’abord le mariage de l’orgue Hammond et de la guitare (celle de Sandro Zerafa ou de Maxime Fougères, selon les morceaux), qui prodigue une douceur toute parfumée de tradition. Puis il y a le soutien indéfectible de Manu Franchi à la batterie, tantôt frais et pétillant («Weird Monk» ou «Spring Bossa») tantôt d’une séduisante délicatesse («Prélude»). Et finalement, il y a les interventions du saxophone (David Prez et Nicolas Kummert se partagent l’affaire) qui pimentent l’ensemble d’explorations parfois plus aventureuses. L’alternance des deux saxophonistes permet d’ailleurs d’entendre leurs approches différentes : l’un semblant travailler plus sur l’urgence et l’autre plus sur la longueur. Tandis que David Prez ensoleille «Sping Bossa» ou «564», une courte improvisation («Kairos») et «Bends» permettent à Nicolas Kummert de chanter  - comme il sait si bien le faire - dans son ténor.

Quant à Marthouret, auteur de toutes les compositions, il distille un jeu plutôt personnel, à la fois sobre et dynamique, mêlant le jazz aux parfums funky, latino ou pop. Il évite avec intelligence les pièges du genre et tente de trouver des chemins de traverses. Et si le leader laisse beaucoup de champ à ses compagnons de jeu, c’est sans doute pour développer un véritable son de groupe. L’ensemble est d’ailleurs d’une belle homogénéité et d’une grande élégance, et nous fait passer les cinquante minutes de ce Upbeats avec beaucoup plaisir.

Le groupe sera en tournée belge à partir du 27 mars et passera par Nam’ in Jazz, le Sounds, Le Pelzer, La Madelonne et le Stuk. A bon entendeur…



A+

 

14/03/2012

Jozef Dumoulin Trio - Rainbow Body

Franchement, ce disque est fascinant.

Même si… oui, en effet, il faut du temps pour l’appréhender, le découvrir, l’apprécier.

On ne va pas revenir sur l’éternel débat “jazz” ou “pas jazz” mais, si l’on veut creuser dans ce sens, on peut l’affirmer : oui, il s’agit bien d’un disque de jazz. De jazz très actuel. Dans le sens où il joue beaucoup sur l’improvisation, l’interaction et les dialogues - parfois sibyllins - que s’échangent les différents protagonistes. D’un autre côté on en est loin, si l’on considère que cette forme de musique ne peut porter ce nom que si elle s’inscrit uniquement dans la tradition, dans le bop ou le swing.

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Mais Jozef Dumoulin nous a déjà habitué à aller au-delà de ces considérations archaïques et à dépasser la forme pour n’en garder que l’essence. Avec ce disque, il pousse encore plus avant cette recherche.

Il explore les sons, bouscule les métriques et les mélodies. Et ce qui peut paraitre chaotique au premier abord se révèle peu à peu rythmique ou hypnotique.

Rainbow Body (Bee Jazz) porte finalement bien son nom car il possède toutes les couleurs des sentiments. Il joue avec nos rêves et nos cauchemars, avec nos peurs d’enfants et nos défis d’adultes.

Dans ce disque, on entend vite le jeu de batterie d’Eric Thielemans, toujours surprenant et déroutant, toujours en alerte, toujours en embuscade.

Puis il y a basse indomptable de Trevor Dunn qui soutient, qui dessine des lignes profondes dans un jeu sous terrain, qui provoque l’un ou qui répond à l’autre comme dans un écho.

Pilotant son Fender Rhodes qu’il a trafiqué, trituré, torturé, Jozef Dumoulin, semble planer au-dessus de ce terrain mouvant. Et comme le rapace qui observe sa proie, il joue avec elle avant de fondre dessus à toute vitesse.

Et le trio s’amuse à mélanger les genres, les rythmes et les harmonies. On sent l’amour de Dumoulin pour Gyorgy Ligeti ou Morton Feldman - et pour toute la musique concrète en général -  sur des morceaux comme "Birthday Cake", par exemple. On sent aussi son besoin de toucher à tout et de tout tenter. "Sachiko" explore d’angoissants beats industriels, "Fuga X" mélange l’esprit baroque avec un groove pseudo funky, "Dragon Warior" flirte avec le rock progressif tandis que "Mei" se décline en une balade étrange, tendre et douce. Quant à "Asia" ou "Sosuke", ils empruntent à la musique minimaliste, faite de bruissements et de souffles.

Rainbow Body aime déranger et ne pas vous laisser tranquille. C’est un gros shaker qui vous met le cerveau à l’envers et fait vaciller vos certitudes. Et ne vous laisse jamais indifférent.

Après tout, n’est-ce pas là la première obligation d’une œuvre ?


 

A+

 

 

 

 

11/03/2012

Jazz Tour Festival à Hannut

 

Joli succès pour la deuxième édition du Jazz Tour Festival au Centre Culturel de Hannut.

Ce n’était ni à l’habituel Henrifontaine ni à la Salle Jean Rosoux qu’il se tenait, mais bien au Centre de Lecture Publique, pour des raisons pratiques.

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Et sur les coups de 16 heures, ce samedi 3 mars, pas mal de curieux et d’amateurs étaient déjà présents pour écouter Unexpected 4.

Les lauréats du concours  du Festival Dinant Jazz Nights 2010 – que j’avais eu l’occasion de voir à la Jazz Station – présentaient un nouveau line-up. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais l’arrivée de Bas Cooijmans à la contrebasse, à la place de Vincent Cuper et de sa basse électrique, change quand même l’optique du groupe. On sent l’ensemble encore plus ramassé et une nouvelle dynamique se dessine. L’incisif Jeremy Dumont (p), dont l’entente avec Vincent Thekal est évidente, ouvre souvent les espaces. Le drumming d’Armando Luongo se veut toujours enflammé. Avec l’arrivée de Cooijmans, ils pourront sans doute se lâcher encore un peu plus et sortir d’une voie qui reste parfois encore un peu sage. Car, c’est clair, on imagine aisément que Unexpected 4 en a encore sous le pied.

Le trio de Thomas Champagne ensuite, sur sa lancée d’une année “anniversaire” (le groupe fêtait ses dix ans en 2011 avec une longue tournée dont j’ai palé ici et ), se présentait avec un invité: le guitariste Guillaume Vierset. Ce dernier aura l’occasion de se mettre plusieurs fois en valeur (notamment sur “One For Manu”) et de démontrer un jeu d’une belle sensualité non dépourvu d’accents plus mordants. Guillaume Vierset travaille actuellement sur une relecture des compositions de musiciens liégeois (Jacques Pelzer, René Thomas et d’autres) qu’il présentera au prochain festival Jazz à Liège avec des musiciens… liégeois. On est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

Après ce très bon set, intense et bien équilibré (Champagne (as), Yates (cb) et Van Uytvanck (dm) s’entendent à merveille pour faire monter la pression), c’était au tour de Collapse de montrer de quel bois il se chauffe.

Le groupe de Cedric Favrese (as) et Alain Deval (dm) prend décidément de l’assurance et propose un jazz des plus intéressants. On (ou “je”?) a fait souvent le parallèle entre la musique de ce quartette et celle d’Ornette Coleman. Bien sûr, on y sent l’esprit, mais il faut bien admettre que Collapse arrive à s’en détacher et à créer sa propre vision. Entre post bop et free, éclaboussé de klezmer et de musiques orientales, le groupe explore les sons, ose les couinements et les grincements avant de se lancer dans des thèmes haletants. Le travail - faussement discret - de Yannick Peeters à la contrebasse est souvent brillant et d’une telle intelligence qu’on aurait tort de ne pas le souligner, car il est réellement indispensable. Les longues interventions de Jean-Paul Estiévenart sont en tous points remarquables : il y a de la fraîcheur, de la dextérité et toujours une énorme envie de chercher, de prendre des risques et d’éviter la facilité. C’est cela qui est excitant dans ce groupe - à la musique à la fois complexe et tellement évidente - c’est cet esprit de liberté qui flotte et se transmet de l’un à l’autre. A suivre, plus que jamais.

Dans un tout autre genre, Chrystel Wautier livrait son dernier concert de sa série “Jazz Tour”. Entourée de Boris Schmidt à la contrebasse, de Quentin Liégeois - très en forme - à la guitare et de Ben Sluijs - toujours aussi fabuleux - au sax et à la flûte, la chanteuse a ébloui le très nombreux public. La voix de Chrystel fut, ce soir plus que jamais, parfaite. Avec décontraction, humour et sensibilité, elle nous embarque à bord de ses propres compositions ou nous fait redécouvrir des standards (de “Like Someone In Love” à “Doralice”) sous une autre lumière. Elle chante, elle scatte et… elle siffle même ! Et là où cela pourrait être, au mieux ringard et au pire vulgaire, elle fait de « I’ll Be Seeing You » un véritable bijou. On appelle ça le talent.

Retour au hard bop plus « traditionnel » pour clore la journée, avec le quartette de Michel Mainil (ts). On sent dans ce groupe, qui a déjà de la bouteille, une certaine jubilation à jouer pour le plaisir… même si cela manque parfois de fluidité dans l’ensemble. On remarquera les belles interventions de José Bedeur à la contrebasse électrique (je me demande toujours pourquoi ce choix « électrique » dans un tel contexte ? Mais cela n’engage que moi), la frappe « carrée » d’Antoine Cirri et surtout le jeu très alerte et précis d’Alain Rochette.

Il est plus de minuit, Xavier Lambertz et toute l’équipe du CC Hannut peuvent être heureux, le contrat est plus que rempli. Rendez-vous l’année prochaine.

A+

 

03/03/2012

Consort In Motion - Samuel Blaser à l'Archiduc

 

C’est l’histoire de quatre fluides. Presque indépendants les uns des autres.

Quatre fluides qui vont se rejoindre, s’emmêler, se fondre et se confondre pour révéler une musique forte, envoutante ou fiévreuse.

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Le premier fluide, c’est Samuel Blaser au trombone. Monstre de technicité et de sensibilité. Avec une précision diabolique, il façonne les notes, les fait glisser, les fait grandir. Toute la palette des sons y passe, avec une prédilection pour les graves. Tantôt on sent le souffle rouler avec une légère raucité dans la coulisse, tantôt on le sent d’une éblouissante clarté.

Le deuxième fluide, c’est Thomas Morgan à la contrebasse. Personnage lunaire, hors du monde. Il oscille entre le walking – d’une rare élégance – et les échappées abstraites. Il laisse parler les silences et lâche les notes avec parcimonie, comme si elles avaient la valeur d’une pierre précieuse. Il ne distribue que les meilleures, celles qui servent, celles qui ont un sens.

Le troisième fluide, c’est Russ Lossing au piano. La délicatesse de son toucher n’a d’équivalent que la fermeté d’une frappe cinglante et puissance. Il explore toute la gamme en lâchant des suites d’accords extrêmes. Il creuse au plus profond les intervalles. Puis il plonge dans le piano, bloque les cordes, les pince, les fait résonner avec une mailloche. Il provoque l’instrument, le caresse, le frappe rapidement.

Le quatrième fluide, c’est Gerry Hemingway à la batterie. Il maintient toujours le groove. C'est parfois imperceptible, parfois clairement swinguant, parfois totalement éclaté. Il manipule les balais avec une douceur trompeuse. Après avoir retenu les sons jusqu’à l’étouffement, il laisse exploser la rage dans un discours toujours limpide.

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Ces quatre fluides se mélangent donc pour créer une musique largement improvisée, dont le point de départ est initié par quelques œuvres de Monteverdi. Tout se dessine dans un mouvement continu. Il s’agit d’écoute, de réactions, de réponses habiles. Personne ne parle en même temps, chacun laisse à l’autre le temps de s’exprimer totalement, librement. Le quartette nous entraîne en douceur vers des contrées étranges.

L’ambiance feutrée, parfois lourde ou mystérieuse, fait soudain place au bouillonnement puis au tonnerre.

Dans cette musique, dans ce jazz singulier, les mélodies - même si elles sont parfois bousculées ou malmenées - restent centrales. Elles ne sont pas toujours évidentes, elles voyagent, se faufilent et se découvrent pour mieux se cacher. Ou inversement. Chacun des musiciens semble lire une partition invisible cachée dans la tête de l’autre.

Le détournement des instruments provoque des mimétismes sonores étonnants. Entre le piano et le trombone, les voix se fondent. Entre le crissement de la cymbale et le chant de la contrebasse, les sons se confondent.

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La lenteur d’une valse, la réminiscence d’un blues, les échos d’une musique baroque, les motifs d’un jazz contemporain, tout s’amalgame pour en faire une musique unique.

Ce «Consort In Motion», ce dimanche 26 février après-midi dans un Archiduc rempli d’un public très attentif, c’était de la poésie pure déclamée avec passion.

C’était sans doute l’un des concerts les plus sensibles et les plus profonds qu’il m’ait été donné d’entendre ces derniers temps.

Samuel Blaser sera de retour en Belgique - en octobre, normalement, et au Hnita Jazz, sans doute - pour présenter la suite de ses autres aventures (avec Marc Ducret, Banz Oester et Gerald Cleaver) et son nouvel album à paraître chez Hat Hut Records qui devrait s’intituler «As The Sea» (après «Boundless», s’il nous fait tout le  sonnet de ShakespeareMy bounty is as boundless as the sea, My love as deep; the more I give to thee, The more I have, for both are infinite – on va vers une large collection de belles musiques). Et pour la petite histoire, «As The Sea» a été enregistré lors du concert au Hnita Jazz, dont j’avais parlé ici.

Bref, un rendez-vous à ne pas manquer.

A+

 

28/02/2012

Tournai Jazz Festival sur Citizen Jazz

La création d’un festival de jazz est toujours réjouissante. Celui de Tournai est d’autant plus à encourager qu’il se situe dans une région un peu trop oubliée des médias. Pourtant, la ville occupe une position géographique assez enviable puisqu’elle est située au carrefour de la Wallonie, de la Flandre et du Nord de la France.

Et puis, du jazz à Tournai, on n’en avait plus entendu depuis bien longtemps.

La suite à lire ici, sur Citizen Jazz...

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Bonne lecture.


A+