25/10/2007

Notes à acheter. Et free... free.

Jusqu’au 26, vous pouvez acheter une note de la composition de Fabian Fiorini.
En faisant cela, vous soutiendrez les musiciens des écoles de musique dans des pays en conflit (Palestine, Congo, Mozambique etc..)

Bref, c'est une bonne action.
C'est quand même mieux que de leur vendre des armes... non? 

Et un concert a lieu au Singel à Antwerpen ce vendredi soir.
(Il y en avait un ce soir à la Monnaie à Bruxelles)

C’est organisé par Music Fund.
Les détails ici.

cotontige

Et puis, tout autre chose, ou presque, si vous avez envie d’écouter du free jazz pendant 12 heures non-stop, une seule adresse : Taran’s Free Jazz Hour !

Si vous êtes à Angers, allez-y (et saluez Taran de ma part) sinon, écoutez (ou regardez) l’émission via le net
C’est le 27, de midi à minuit.

A+

23:27 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fabian fiorini, free, taran |  Facebook |

23/10/2007

Free Desmyter Quartet - Hopper Antwerpen

J’étais très curieux d’entendre Free Desmyter en concert avec son nouveau projet.
(Oui, avant on écrivait "Fré"... maintenant c'est "Free", car il n'y a pas d'accent en flamand. Bref, ça se prononce toujours "Fré" et ça s'écrit "Free"...)

Mercredi dernier, je suis donc allé au Hopper à Anvers pour l’écouter.
01
J’adore quand un groupe décide de lancer toute sa musique au milieu de la scène et que chaque musicien vient y prendre ce qui l’intéresse.
C’est l’effet que je ressens en écoutant le premier thème du quartet.
Enfin, thème… C’est plutôt de l’impro me semble-il.
Une musique très ouverte et généreuse qui me rappelle un peu celle d’Andrew Hill.
Pourtant, en discutant avec Free, il m’avouera ne pas connaître la musique du musicien américain. Et même plus, il écoute très peu de jazz, mais plutôt du classique.
Serait-ce cela le secret de sa musique ?

Le deuxième morceau (dont je n’ai pas retenu le nom) est joué sur un rythme effréné.
C’est touffu et intense.
John Ruocco n’a pas son pareil pour incendier le thème. Suivant toujours une ligne assez claire, il le nourrit de milles idées.
Quant à Marek Patrman, à la batterie, il est explosif.
Tout à fait à l’opposé du jeu qu’il développe sur le morceau suivant: «In Memory», une ballade triste.
Là, Marek utilise des baguettes ultra fines. Le son est fragile, aérien.
Il me dira plus tard, en sirotant son thé, que ce sont … des pailles!
03

Les arrangements sur ce morceau sont étonnants. On part sur ce que l’on croit connaître avant que le quartet nous perde. Chacun semble prendre une direction pour donner un point de vue personnel à l’histoire.
Manolo Cabras propose un discours sensible et profond à la contrebasse et John Ruocco développe des lignes déchirantes à la clarinette, sans longueur.
Free, quant à lui, laisse beaucoup d’espaces et de respirations.
Il distribue les notes par vagues, ne se laisse jamais gagner par un romantisme facile.
Il y a de la dignité et de l’intelligence dans son jeu.
Tout le monde s’écoute, le langage musical semble s’inspirer des travaux de Messiaen
Beau moment.

Au deuxième set, le quartet entame une sorte de Calypso… avec grand écart entre bop et moments très libres.
Ruocco termine souvent ses interventions de manière abrupte comme pour provoquer le pianiste. Et les interventions de Free sont souvent courtes, souvent en contrepoints du saxophoniste.
Entre les deux, Manolo et Marek trouvent chaque fois une voie pour ricocher, pour raviver et pimenter le propos. Autant pour le resserrer que pour l’écarteler.
Sur «Thrill» (il me semble), le quarte fait monter la tension d’un cran, en gardant toujours une ligne mélodique forte.
02
Le concert se termine avec «Doo The Bop».
Je crois reconnaître un morceau de Parker…mais non.
Monk ? Lacy ? Non plus…
Bien vite, le quartet s’envole. Free Desmyter propulse Manolo vers un solo monstrueux et Ruocco fait taire tout le monde…
Et chacun se retrouve dans un final tendu.
La tension! Toujours garder la tension!

C’est bien ce qu’il fait, Free Desmyter, je vous le conseille.
En plus, son album vient de sortir chez De Werf.

Une dernière «bolleke» avec les musiciens et quelques amis avant de rentrer sur Bruxelles en écoutant le dernier album – magnifique - de Robert Wyatt: «Comic Opera».

A+

20/10/2007

Me Myself An Eye

J’ai rencontré Koen Van Daele lors d’un concert d’Erik Truffaz, voici quelques années déjà.

koen
Je ne sais pas très bien ce qu’il fait au juste.
Il est artiste, sculpteur… Educateur aussi parfois…

Je le rencontre encore de temps en temps à l’AB ou au Brosella, ou à Gand…

Si vous regardez les liens sur mon blog, vous avez peut-être été voir du côté de CineCitta. (Malheureusement inactif depuis quelques mois.)
Là, on y trouvait des animations amusantes, des réflexions sur l’art et des recherches sur le mouvement.
Il y avait aussi des collages ou photomontages genre roman-photo.
Un peu kitch.
Souvent décalés.
Toujours artistiques.
Avec plein de références aux films néo-réalistes italiens ou au surréalisme des années 30 (Bunuel, Breton, Man Ray…).


Bonne nouvelle, Koen est à nouveau sur le net.
Avec une très belle idée. Simple et fascinante.
Toujours basée sur le mouvement… et la sculpture.

Allez voir ça
ici.
Allez jeter un œil sur le portfolio, les flipbooks, mais surtout «
De Vierde filmstad», pour voir ses dernières créations.
Merveilleux.

J’adore ce genre de recherches.
J’avais vu dernièrement sur Arte un reportage sur l’artiste
Carmen Perrin.
C’était fascinant.
carmen

Carmen Perrin travaille, entre autres, sur la perception visuelle.
En effet, suivant l’endroit d’où l’on regarde son installation, on y découvre des images, des zones floues, des zones nettes…
Tout ça en juxtaposant simplement des milliers de pailles et en les plaçant devant une image.

Elle a renouvelé ce même principe à l’Aéroport de Zurich pour «séparer» différentes zones d’attentes pour les passagers.

Une autre façon de voir la réalité, en quelques sortes.

Le rapport avec le jazz? Heu… je ne sais pas vraiment...
mais, je dirais comme Mingus: «Me Myself An Eye»


A+

22:58 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mingus, carmen perrin, art, koen van daele |  Facebook |

18/10/2007

Hertmans (Jazz Station) Bart Defoort & Emanule Cisi (Sounds)

Comme me le disait dernièrement une excellente amie chanteuse: «Jacques, tu es très en retard dans la mise à jour de ton blog !»

Hé oui, c’est vrai, c’est derniers temps, mes journées et mes soirées furent très (trop) remplies…
Heureusement que le Sounds reste ouvert très tard (ce qui permet d’aller boire un verre en sortant du bureau... vers 23h). Ça ne repose pas vraiment son homme, mais ça fait tellement de bien que ça redonne une bonne pêche!

Je reviendrai donc plus tard sur quelques sujets qui me tiennent à cœur (disques, livres, artistes, etc.), mais avant cela, un petit mot sur les concerts de samedi dernier.

D’abord, Peter Hertmans Quartet à la Jazz Station.
01
Je suis arrivé pour le deuxième set. (Hé oui… boulot).

Une habitude avec ce groupe...

Après un premier thème assez «groovy» («Pure Soul»), Peter installe le climat tout en retenue de «Cadence 1».
Les phrases du guitariste se font longues et étirées.
On est dans une atmosphère très ECM.
A la batterie, Lionel Beuvens joue avec beaucoup de légèreté et de souplesse. La combinaison avec Théo De Jong (à la guitare basse acoustique « électrifiée ») fonctionne à merveille.
Plus tard, sur un autre thème aux accents un peu plus folk, c’est avec le soprano de Daniel Stokart que la magie opère.

Bien que naviguant entre post-bop et fusion, le quartet élargit parfois le spectre vers une musique plus latine ou un groove qui flirte avec le funk.
L’ensemble a quelque chose de touchant, d’humain. On sent une belle complicité entre les musiciens. Pas de chi-chi, pas de longueurs: ça joue.

Lionel Beuvens  ayant un autre gig, on n’aura pas droit à un rappel.
Dommage, avec le furieux «Doctor Dré», le groupe nous avait mis l’eau à la bouche.

03
Direction «Le Sounds» pour écouter Bart Defoort (Jazzhood) et Emanuele Cisi.

J’avais déjà entendu le saxophoniste italien il y a quelques années lors d’un concert au Music Village (avec Michel Benita et… Aldo Romano (??)).
J’étais curieux d’entendre le résultat que pouvait donner les deux ténors rassemblés.

Hé bien, on peut dire que ça fonctionne.
Et plutôt bien !
Il est même d’ailleurs question qu’un enregistrement studio suive.

A quelques exceptions près («Easy Living», un morceau de Kurt Weil ou «The Chase» de Ron Van Rossum), la plupart des morceaux sont des originaux écrits par Emanuele ou Bart.
Et tous les arrangements sont du musicien belge.
C’est fantastique car, à aucun moment, les souffleurs ne se marchent sur les pieds.
Au contraire, ils se complètent magnifiquement.
Il faut les entendre jouer à l’unisson sur «Taïs».

On est dans un tout autre style que lors du concert que Bart avait donné avec Jereon Van Herzeele lors du Jazz Marathon cet été. Ici, on est plus dans un bop moderne. Moins éclaté, mais tout aussi brillant et dynamique.
02
Cisi est souvent très énergique, voire parfois explosif. Et ses dialogues avec l’excellent Sebastiaan De Krom (oui, oui, le batteur de Jamie Cullum) furent d’une intensité remarquable.

Le batteur, au drive très sûr et précis, nous offrit une belle démonstration lors d’un de ses solos. Il joue, comme il aime à le faire, avec toutes les parties de la batterie (caisse, supports etc.), il étouffe les sons avec un pied sur les tambours, et nous fait un roulement qui part du tonitruant pour aller vers un touché des plus délicats.

Autant dire qu’avec un tel batteur, Sal La Rocca était aux anges.
Et on le voit jubiler sur «Alma» joué à 100 à l’heure.

Il ne faudrait pas oublier dans ce groupe le pianiste.
04
Ron Van Rossum m’a sans doute le plus impressionné ce soir.
Je l’avais entendu quelques fois lors de jams, mais rarement en concert.

J’adore ce genre de pianiste.
Ron a un sens de l’écoute incroyable, une attaque franche, un débit tantôt rapide, tantôt parcimonieux. En l’écoutant, j’avais le sentiment d’entendre l’influence d’un Bud Powel.
Toujours prêt à changer de direction, à lancer des idées. Son touché et son phrasé sont merveilleux. Dans ses solos, il continue à jouer avec la batterie, il laisse des respirations, se relance sur d’autres pistes, cherche, trouve…
Il n’en met pas partout… et pourtant, la musique est là.
C’est grisant.

Je ne demande qu’à réentendre tout ça.
Sur disque, mais aussi sur scène.

Quel plaisir le jazz !
Je discute avec les musiciens au bar jusqu’à une heure très avancée de la nuit.

Je vais avoir une de ces pêches demain matin, moi !

A+

10/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 5 -

Après une très courte nuit, je suis retourné très tôt sur Dinant.
Oui, j’aurais pu loger sur place, mais je m’y suis pris comme un manche et, comme d’habitude, beaucoup trop tard…

Pourtant, des hôtels et chambres d’hôtes, ce n’est pas ce qui manque dans la région.
Je me suis d’ailleurs retrouvé en fin de matinée dans un de ces hôtels car j’avais rendez-vous avec Paolo Fresu.

Non seulement Fresu est un trompettiste merveilleux, mais c’est un personnage d’une gentillesse remarquable. Et malgré tous les projets qu’il cumule, je suis stupéfait de sa disponibilité…

Bref, on en reparlera.

Retour au Centre Culturel pour la dernière journée de festival.

001
Vers 16h, la scène est ouverte par le duo de Petra Magoni et Ferruccio Spinetti.

Je connaissais les musiciens pour les avoir entendu sur le dernier album de Stefano BollaniI Visionari») et pour avoir entendu l’un ou l’autre morceau de leur album «Musica Nuda».

On pourrait penser qu’un tel duo (contrebasse et voix) peut être austère.
C’est sans compter sur l’esprit italien, très «comedia del arte», ce sens théâtral (tantôt comique, tantôt dramatique), cette diction parfaite, ce jeu de contrebasse unique.

Vraiment, ce fut un excellent moment.
Le duo reprend des chansons folkloriques, quelques rares standards de jazz, mais surtout des chansons pop (la manière de se réapproprier «Eleanor Rigby» ou «Come Together» des Beatles – et dieu sait si je suis sensible au répertoire des Beatles - est hallucinante).
002
Petra et Ferruccio ont un sens peu commun du dialogue avec le public.
La chanteuse n’hésite pas à essayer d’expliquer, dans un français approximatif mais extrêmement touchant, le sens des paroles des chansons.
Ainsi, ils «adaptent» en français «Le Due Corde Vocali» qui raconte la séparation (autobiographique?) entre un contrebassiste et sa fiancée.
Le duo improvise, Petra pose des questions, Ferruccio répond en chantant, en inventant, en rajoutant des détails sordides…
On ne peut s’empêcher de rire… et pourtant, la musique et le chant sont diaboliquement parfaits.

On passe du rire aux larmes.
On est ébloui par le débit infernal sur «La Boccia»( ????) et fasciné par ce regard immobile, figé, perdu dans un vide absolu pendant d’interminables minutes sur «My Funny Valentine»…
Subjuguant.

A revoir, je l’espère, au plus vite sur nos scènes nationales.

003
Dans un tout autre registre, Susanne Abbuehl, entourée de Wolfert Brederode au piano, Christof May à  la clarinette et clarinette basse et de Joost Lijbaart à l abatterie, nous à emmené dans son monde très poétique et très éthéré.

Certes, elle n’a peut-être pas fait l’unanimité auprès de certains spectateurs, mais pour ma part, je dois avouer que j’étais sous le charme.
On était replongé dans l’ambiance du festival de l’année dernière qui avait accueilli le label ECM.

Le chant, minimaliste et très intimiste, est soutenu par des ondulations pianistiques et un drumming aux balais d’une extrême délicatesse.
Seule la clarinette basse vient, en contrepoint, dialoguer avec la chanteuse.

On voyage dans les plaines désolées, froides et silencieuses.
On flotte dans la lenteur élégiaque d’un chant intérieur et dépouillé.

Abbuehl enchaîne sur un même mode «Children Song», «Yes Is A Pleasant Country» ou encore le glaçant «A Call For All Demons» en s’excusant de ne pas parler entre les chansons: «Pas parce que je ne veux pas vous parler… mais parce que je ne sais pas quoi vous dire».

Elle terminera par «Where Flamigo Fly».
Étrange sensation qui contraste avec le concert précédent.

Avant le concert suivant, je discute avec Dré Pallemaerts à propos de son dernier et excellent album «Pan Harmonie».
Il me raconte le cheminement, la genèse, l’enregistrement de ce petit bijou - que je vous conseille vivement – avant de rejoindre sur scène David Linx et quelques-uns des grands chanteurs américains invités à ce «Be Bop Vocal Summit».

En effet, autour du chanteur belge, on retrouve Sheila Jordan, Deborah Brown, Giacomo Gates et Mark Murphy.

Une belle brochette, avouez-le.
004
Et cette petite bande avait vraiment envie de s’amuser.
Surtout l’intenable Mark Murphy.

Chaque chanteur interprète deux ou trois morceaux (accompagné de Dré Pallemaerts (dm), Paolo Fresu (tp), Sal La Rocca(cb) et Kàlman Olah (p) ).
Les transitions étant assurées par l’ensemble des vocalistes, dans le plus pur style Be Bop.

On sent que David a un peu de mal à contrôler ce petit monde qui a envie de faire la fête, qui se lance des vannes…
Et chacun y va de son impro.
A ce jeu, Sheila Jordan, avec un humour grinçant, est sans doute la plus à l’aise.
Giacomo Gates, que je ne connaissais absolument pas, est éblouissant dans ses scats. Beborah Brown, à la voix puissante, est éclatante, Murphy penche un peu du côté crooner et Linx est à nouveau impérial… et heureux.

Bonheur sur scène et dans la salle.

Voilà encore un festival à Dinant très réussi. On en redemande.
J’ai déjà réservé ma chambre d’hôtel pour l’année prochaine !

A+

03/10/2007

Un tour du côté de chez Citizen

Avant de continuer mes comptes-rendus du Festival Dinant Jazz Nights: un petit intermède.

Quelques articles écrits pour Citizen Jazz.

D’abord un retour sur le Blue Note Records Festival de Gand.
Et ensuite, trois nouvelles chroniques de CD’s.

Premièrement celle de Tricycle.
Délicieux album.
02


Puis, l'album de Greg Lamy.

01


Et enfin, celui du saxophoniste italien Raffaele Casarano.

03


Et si vous désirez avoir l’avis de Sophie Chambon (qui n’a pas hésité à estampiller l’album d’un «Elu») à propos de Rajazz, que j’avais également chroniquer pour Citizen Jazz, il suffit de cliquer ici.

Bonnes lectures.

A+

02/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 3 -

Le deuxième week-end de cet ambitieux 10ème anniversaire se déroulait à Dinant.

Premier rendez-vous, vendredi soir à la Collégiale pour un concert unique et inédit: Gonzalo Rubalcaba et Omara Portuondo.
La rencontre promettait d’être magnifique… et elle le fut.

01

La Collégiale, qui avait accueilli l’année dernière Jan Garbarek et l’Hilliard Ensemble, est décidemment une caisse de résonance idéale à ce genre de rencontres.

Comment une musique peut-elle provoquer autant d’émotions ?

Quand Omara dévie subtilement de «La Siteria» vers «Guantanamera», c’est comme si on retrouvait les couleurs, les saveurs et les odeurs de l’œuvre originale.
Son chant ne ment pas.

Omara est touchante aussi quand elle va se réfugier derrière son pupitre pour ne pas trahir les paroles des chansons qui ont bercé toute sa vie. Le chant est plus vibrant que jamais. C’est à pleurer. On l’écoute la gorge serrée.

02
Rubalcaba joue tout en souplesse. Avec amour.
Il anticipe, puis il attend.
C’est de la tendresse, de l’humanité pure.
La chanteuse cubaine laisse sa place, le temps d’une chanson, au parrain du festival (David Linx) avant de revenir nous offrir trois autres morceaux d’une sensibilité rare.

Grande, très grande dame, et concert inoubliable.

De retour dans le centre culturel de Dinant, le Midnight Trio de Kàlman Olah (celui qui fut le déclencheur, voici 10 ans, de ce festival) est prêt pour un concert assez intimiste, dans la tradition club et jazz modal.

03
L’entrée en matière est assez originale: le bassiste Jànos Egri pose les bases du thème, le batteur Elemér Balàzs monte sur scène et vient ajouter une seconde voix avant que le pianiste ne les rejoigne pour improviser.

Stéphane Belmondo, autre habitué du festival, rejoint à son tour le trio pour jouer «Footsteps».
Les standards s’enchaînent avec bonheur et simplicité.
Le bassiste tente parfois de déstabiliser le trompettiste. Cela pimente un peu un concert trop tendre. L’ambiance est douce…Un peu trop même, et parfois, on frôle l’ennui.

Le pianiste, au toucher subtil, essaie pourtant quelques échappées contemporaines avant de revenir vers «All Of Me» ou «Round Midnight».

Il est tard.
Le journée de demain sera belle…
Je rentre sur Bruxelles, le cœur léger.

 

A+

 

01/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 2 -

Retour à Ciney, samedi 22.
Affluence accrue. Et c’est tant mieux.

Je n’ai pas eu l’occasion d’entendre le Floreffe Big Band, mais par contre j’étais présent pour le concert de Mélanie De Biasio.

Aujourd’hui, c’est Lieven Venken qui tient les baguettes à la place de Teun Verbruggen.

04
Ce qui est fascinant avec Mélanie, c’est l’ambiance qu’elle arrive à créer dès les premières mesures. On entre aussitôt dans son monde. Tout en délicatesse.
Mélanie De Biasio est sans doute une des plus belles choses qui soit arrivée au jazz vocal (au-delà de la Belgique) ces dernières années.
Elle allie le blues, le jazz et la chanson avec élégance et intelligence.

Après un «Blue» tout en nuance, la chanteuse invite Steve Houben à la rejoindre pour partager un «A Stomach Is Burning» intense.
Dialogue merveilleux entre le saxophoniste et la chanteuse qui ressort, pour l’occasion, la flûte.

La contrebasse du fidèle Axel Gilain est toujours aussi envoûtante.
Au piano, Pascal Mohy est volubile et merveilleux d’aisance sur le léger «Never Gonna Make It».
Le drumming de Lieven n’a rien à envier à celui de Teun. Il est délicat, sensible et toujours groovy. D’une autre couleur, certes, mais qui s’accorde très bien à l’univers de la chanteuse.
Pascal Paulus, quant à lui, teinte l’ensemble de sons très ’60. A la fois «soul» et lunaire.
Parfait.

05
Avant de terminer en douceur un concret un peu court (la balance et la mise en place avaient pris un peu trop de temps), Steve Houben nous offre un solo brûlant sur «Let Me Love You»…

«Let Me Love You»… qui s’y refuserait ?

06
Ce fut ensuite à Ivan Paduart de monter sur scène avec son quintet.
Ce soir, il présente un nouveau projet: «Exile With A Dream» avec Toon Ross (ss, ts), Sam Gerstmans (en remplacement du bassiste Philippe Aerts), Joost Van Schaaik (dm), Stéphane Belmondo (tp), et son amie de longue date - je me demande même si ce n’est pas Ivan qui la présenta à David Linx – la chanteuse hollandaise Fay Claassen.

Les deux premiers morceaux se joueront cependant sans elle.

«I Thought I New» met en lumière le jeu précis et vif de Paduart.
Moi aussi, je pensais que je savais. Je pensais que je connaissais le style du pianiste. Mais sur ce coup-là, et le morceau suivant («Storyteller», où l’on retrouve un esprit «Giant Step»), il m’a bluffé.

Ces morceaux font un beau tremplin pour les chorus de Belmondo.
Malheureusement, on le sentait un peu mal à l’aise.
À sa décharge, il n’avait pas eu l’occasion de beaucoup répéter et les compos de Paduart ne sont pas si simples que cela.
Toon Roos, plus habitué à Paduart, se mettra bien mieux en valeur. Jeu brillant et agile. Tout en force et sinuosité.
 

Fay Claassen rejoint alors le groupe pour «Life As It Is».
La voix est toujours aussi belle et graineuse, légèrement voilée.
Fay tente parfois des choses très difficiles et on sent dans ces moments ses limites. On les perçoit d’autant plus lorsque David Linx vient chanter en duo avec elle «Crossroad».

Bonne et belle surprise que ce concert. Je suis curieux d’entendre ça sur cd.

08

Autre surprise pour moi, fut la découverte sur scène d’Eliane Elias. Il faut dire que la chanteuse/pianiste ne m’a jamais vraiment convaincu sur disque (du moins, ceux que je connais). Mais ce soir, en «live», je fus conquis.
D’abord par son sens du rythme et du placement. Ensuite, par son touché, à la fois percussif et chantant. Très jazz dans un style, évidemment, assez «bossa».
C’est ce mélange des genres, qu’elle réalise avec fluidité, qui m’a étonné.

Après un medley de musiques traditionnelles brésiliennes, où elle invite le fabuleux batteur Satoshi Takeishi à faire monter la pression, elle entonne une jolie ballade: «Call Me».

Toot Thielemans, en invité exceptionnel, vient déposer quelques notes sur «Black Orpheus» (du moins, il me semble).
On sent l’harmoniciste un peu «court», pas trop à l’aise.
Que se passe-t-il ? Pas en forme Toots ?
…Non, il change d’harmonica: « Mon ‘la’ est bouché » dit-il en riant.
Et oui, malgré l’age, Toots est toujours en forme.
Et il le démontre sur «Corcovado» ou «Oye Como va».
Et plus encore, dans une joute amicale et musicale de haut vol avec l’excellent guitariste Ricardo Vogt quand les musiciens se provoquent l’un l’autre.

07
Le cadeau d’Eliane Elias à Toots, c’est «Bluesette» chanté en portugais.
L’émotion est palpable.
Le public se lève pour saluer comme il se doit la sortie de notre Toots national.

Le concret ne baissera pas d’intensité par la suite.
«Doralice», «Tangerine» ou encore «Desafinado», achèvent dans l’enthousiasme général cette très belle journée.

A+

29/09/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 1 -

Après Gand, Anvers et Bruxelles, cap sur le festival de Dinant.

Le week-end dernier, c’était le coup d’envoi du Dinant Jazz Nights.
Dixième du nom !
Pour fêter ça, le festival se déroule en deux week-ends. Le premier à Ciney (là où Jean-Claude Laloux avait créé ce premier rassemblement) et le deuxième à Dinant.

La semaine qui sépare ces deux rendez-vous ayant été plus que chargée, je n’ai pas eu l’occasion de vous raconter ce qui s’est passé les 21 et 22 septembre au centre culturel de Ciney. Allons-y!

Le parrain du festival de cette année est David Linx. Normal que ce dixième anniversaire soit dédié au jazz vocal.

01
Vendredi soir, Laïka Fatien a conquis un public malheureusement un peu clairsemé.
Pour ma part, je suis resté légèrement (très légèrement) sur ma faim.
Bien sûr Laïka chante très, très bien. Et elle a une belle façon de vivre les textes. Surtout les standards. Enfin, des «nouveaux» standards, tels que «Old Portrait» de Mingus, «Lost» de Wayne Shorter ou encore «A Shade Of Jade» de Joe Henderson. On le voit, et elle l’avoue, elle a un faible pour les saxophonistes. Elle est d’ailleurs accompagnée, comme d’habitude, par l’excellent ténor David El Malek. Celui-ci est un écho parfait à la voix sensuelle de Laïka.
Mais le plus sensationnel dans  ce groupe est sans conteste le pianiste Pierre de Bethmann.
Il est éblouissant de virtuosité, mais surtout d’inventivité et de sensibilité.
Tant sur les morceaux swinguants que sur le classique «Old Devil Moon» ou encore le très soul/boogaloo «Zigaboogaloo (qui porte bien son nom) de Nicolas Payton
Pianiste fantastique.

Avant de revenir en vedette avec le BJO, David Linx rejoindra la chanteuse pour interpréter en duo un morceau tiré de « La tectonique des nuages » de Laurent Cugny… Somptueux.

03
Le Brussels Jazz Orchestra, donc.
Le rêve pour le chanteur.
Et le résultat est à la hauteur des espérances.

Le public est plus nombreux, mais ce concert aurait mérité une salle comble.
Linx et l’un des meilleurs Big Band du monde (si, si…) présentaient leur nouveau projet: «Changing Faces».
13 morceaux pour douze arrangeurs différents.
13 styles, 13 couleurs différentes et pourtant une osmose parfaite.
Ce qui est fascinant avec ce projet, c’est d’entendre le BJO sonner comme s’il s’agissait d’une petite formation (dans le sens quartet ou quintet).
Linx, mais aussi Mario Laginha, Michel Herr, Stephane Guillaume et tous les autres arrangeurs, ont eu la belle idée et l’intelligence d’utiliser le band de manière très ouverte. Et ces multiples écritures démontrent le talent incontestable de tous ces musiciens.

Une attaque franche, un suivi en ostinato au piano (Nathalie Loriers) et voilà «Deep Night» sur les rails. Les sons tombent en cascade: les trompettes, les trombones et puis les saxes. Brillant.
Et ce n’est qu’un début.
«Black Crow», de Joni Mitchell et arrangé par Michel Herr, impose une fausse douceur, mais une vraie tendresse. Pas de faux-semblants ici. Pas de triche.
La musique n’en est que plus véritable.

02
Philip Catherine viendra nous faire une visite sur quelques titres, histoire que la fête soit complète. Ici aussi, le dialogue est juste. Et vif.

Le BJO propose différentes palettes.
Un peu bossa avec «Bilhete», terriblement swinguant avec «Then We’ll Be Home», très «black» et cru avec «A Day’s Journey» ou encore explosif avec «The Land Of Joy».

Et à aucun moment, l’orchestre ne faiblit.
Les solistes y sont époustouflants (Bart Defoort, Kurt Van Herck, Lode Mertens, Franck Vaganée, Bo Van Der Werf et bien sûr Nathalie Loriers).

Et David Linx ?
Il est au sommet de son art. Il est heureux, léger, parfait.

Haaa… vous auriez du être là !

A suivre…

A+

23/09/2007

The Wild Party - Atelier 210

Ce n’est pas vraiment un concert, pas vraiment du théâtre non plus…
Un monologue?
Oui, en quelques sortes.
Pourtant il y a 5 acteurs?
Oui.
Enfin, 4 musiciens et un acteur. Et parfois, l’acteur se fait chanteur et les musiciens se font acteurs.

01

The Wild Party, c’est noir, c’est cru, c’est drôle, c’est cynique, c’est étonnant et, oserais-je le mot?… c’est génial!

Ce spectacle est présenté à l’Atelier 210 jusqu’au 26 septembre.
Dépêchez-vous d’y aller. Franchement, ça vaut vraiment la peine.

On vous raconte l’histoire de Burns, Queenie et Mister Black.
Une histoire d’amour, de sexe et d’alcool qui se termine mal. Très mal.
Ça pourrait être banal, et pourtant, les textes, la mise en scène (de Frederik Haugness), le jeu, la musique et les lumières empêchent cet écueil.

Benoît Verhaert, acteur fabuleux à la gestuelle sûre et aux mille visages, raconte avec conviction cette histoire sauvage et impudique écrite en 1926 par Joseph Moncure March (et aussitôt censurée) sortie une première fois de l’oubli par Art Spiegelman.
L’acteur joue tour à tour les rôles de la femme, de l’amant, du salaud, de la pute, du narrateur…
Tantôt poétique, tantôt grinçant, tantôt drôle, le texte a été superbement adapté à notre époque pour en garder toute la rage, toute la violence et un second degré bien senti. Il tape juste, il tape fort.

Les musiciens ponctuent, illustrent et participent musicalement aux dialogues.
Sommes-nous dans la pièce? Dans le texte? Dans l’impro? Difficile à dire.
Les acteurs mélangent temps présent et passé, jouent avec la réalité et la fiction. C’est un véritable tourbillon.

On flotte entre une ambiance à la Miles, façon «Ascenseur pour l’échafaud», et à la Lenny Bruce (comme me le faisait remarquer justement Manu Hermia).
On y entend quelques standards et un thème récurrent de Mingus. Ambiance !

Chacun endosse les rôles des uns et des autres.
Comme le sperme, l’alcool et le sang, tout se mélange.
Et puis, il faut voir les qualités d’acting du trompettiste Greg Houben (hilarant dans certaines scènes), du pianiste Matthieu Van (en pince-sans-rire cynique), du batteur Laurent Delchambre (mi-Jacques Dutronc, mi-Jacques Gamblin) et du bassiste Sam Gerstmans (détonant et explosif).

Cette pièce (??) ne se raconte pas, elle se vit.
Comme un concert de jazz.

N’hésitez plus une seconde: allez-y !

A+

Klara Festival - Pierre Vaiana

Dans la série des concerts du Klara Festival, Pierre Vaiana avait également été convié à une «carte blanche» pour les « Late Nights ».

Pierre en a profité au maximum en présentant un « groupe » à géométrie variable. Il avait décidé, en effet, de faire des mélanges et de jouer les métissages. Chose qu’il adore et qu’il fait avec beaucoup d’inspiration.

03

Après une mise en bouche en trio, avec Felix Simtaine (dm) et Nic Thys (cb), Pierre invitait le fidèle Fabian Fiorini pour interpréter «Aljazaïr» (c’est le nom d’Alger en arabe… et ce n’est pas mon ami Mouloud qui me contredira ;-) ).
La musicalité de ce thème est tantôt incertaine, tantôt évidente sous les doigts du pianiste. Fabian a cette faculté d’inoculer les morceaux de touches personnelles tellement créatives qu’il me surprend toujours. Par exemple, sur un autre morceau plus rapide, il explose le thème et emmène dans son sillage Felix Simtaine qui, tout heureux, n’en demandait pas tant. Impressionnant.

Puis, c’est au tour de François Vaiana (voc.) de monter sur scène pour interpréter «Duke Ellington Sound Of Love» de Mingus.
Et puisqu’on parle de Mingus, on aura droit à deux contrebasses (il faut bien ça pour ce bon Charlie). Lara Rosseel fera donc équipe avec Nic.

C’est ensuite Eve Beuvens qui succède à Fabian au piano pour un «Broken Wings» (en hommage à Chet Baker) de Richie Beirach. Au chant, François Vaiana me paraît bien plus à l’aise que lors de certains concerts où je l’ai entendu. J’ai l’impression que le swing lui va bien. Et avec «Lester Left Town», il est servi.

02

Pierre Vaiana, quant à lui, est d’une fluidité et d’une précision redoutables. Tant dans les mélodies complexes en mid-tempo que dans les débits rapides.

Après avoir entendu 2 contrebasses, pourquoi pas deux pianos ?
Fiorini – Beuvens, 2 styles complètement différents qui donnent du goût à un dialogue improvisé, vif et relevé.

Et puis vint David Linx.
Ses impros a cappella (scat ou vocalese?) sont toujours aussi impressionnantes.
Il possède décidément une tessiture incroyable et un sens du timing, du swing et du rythme redoutables.
Ça c’est pour le côté «groove».
Pour le côté «ballade», il n’en est pas moins brillant.
Une version intime et sensuelle de «Luiza», de Jobim, en est la preuve…

01

Ce beau concert «patchwork», et à rebondissement, se termina avec le morceau envoûtant: «Chiàchiara Ccu Mia», qui oscille entre prière, psalmodie et transe à la «A Love Supreme», sur des paroles scandées en sicilien.
Chair de poule garanti.
C’est brûlant et enivrant.

Dans le bar du KVS Box, je croise plein de musiciens avec qui je parle de leurs projets (et il y en a !) comme Nelson Verras, Magic Malik, Robin Verheyen, Laurent Melnyk, Fabrizio Cassol, mais aussi Felix Simtaine, David Linx et bien sûr Pierre Vaiana…

Bien belle soirée, donc.
Dommage que je n’ai pas eu l’occasion de participer aux autres concerts prévus… grrr…

A+

16/09/2007

Eve Beuvens - Théâtre Marni

Il y a des années que je me promets d’aller écouter le trio de la pianiste Eve Beuvens.
Mais chaque fois que l’occasion se présentait, j’avais un empêchement.

a
Cette fois-ci, je n’ai pas raté cette opportunité.
Il faut dire, à ma décharge (si, si…), que ce groupe ne tourne pas énormément non plus…
Heureusement, dans le cadre des «rencontres jazz» au Théâtre Marni, Jules Imberechts a eu la bonne idée de programmer le «nouveau» trio d’Eve (son frère, Lionel Beuvens a pris la place de Jérôme Colleyn).
Du côté de la contrebasse, pas de changement, il y a toujours Yannick Peeters.

Connaissant Eve, pour l’avoir vu jouer dans différentes formations ou lors de jams, je m’attendais à entendre un trio évoluant dans un esprit Evansien.
Bien sûr on entend, ici et là, quelques influences du pianiste américain, mais, plus d’une fois, le trio s’en éloigne et va plutôt flirter du côté d’un Eric Watson ou d’un John Taylor.
Pour preuve, et pour souligner l’apport de ce dernier dans la démarche musicale d’Eve, le groupe reprend, en fin de concert, un morceau du pianiste.

«Compo 2», écrit par Eve, est d’ailleurs un peu pensé dans cet esprit.
Un peu lunaire, assez intimiste, gardant toujours une délicatesse vacillante, une stabilité quelque peu trouble.

Sur d’autres morceaux, les musiciens n’hésitent pas à ouvrir encore un peu plus le jeu, à improviser de manière assez libre. A oser s’aventurer dans l’inconfort, à créer de surprises. Comme sur le passionnant «Bij Mij» écrit par Yannick Peeters, qui joue les silences et les structures «flottantes».

Les moments intenses - comme pour «North Sea» où Eve joue avec la matière du piano (elle fait craquer le bois, fait crisser les cordes, grincer la pédale, créant ainsi un univers minéral, frissonnant et mélancolique) – se succèdent aux instants plus romantiques et lyriques.
On retrouve alors parfois un touché à la Brad Mehldau ou un groove à la Esbjorn Svensson de la bonne époque (du temps de «From Gagarine’s Points Of View» ou «Good Morning Susie Soho», par exemple).
b
Quelques standards sont intelligemment revus et arrangés, comme «Everything I Love» de Cole Porter ou «Alone Togheter». On perd par contre un peu le fil sur «All The Things You Are»…

Avant le très «soul» et joyeux «Little Scorpions», il y eut, à mon avis, un des plus beaux morceaux de la soirée : «Fragile» (écrit par Lionel).
On sentait là tout le potentiel du trio. La musique passait entre les musiciens tel un fluide. Chacun ajoutant sa touche. Un dialogue merveilleux s’installait entre eux.
Excellent.

On sent que ce trio est en train de se découvrir petit à petit un langage personnel.
Et ça, c’est plutôt intéressant.
Alors, tenez-le à l’œil et à l’oreille.
Moi, en tout cas, c’est ce que je vais faire. En espérant ne plus être contrarié dans mon agenda…

A+

15/09/2007

Klara Festival - Michel Hatzi et Puggy

Bousculé de chez bousculé, en ce moment.
J’ai raté plein de concerts prévus (Klara Festival et Marni…).
Et je n’ai pas trouvé le temps de mettre en ligne ceux que j’ai vu…

Alors, allons-y.

Klara Festival, le 3 septembre, premier «Late Night» Concert.
Le principe: un musicien en invite d’autres pour une collaboration unique et inédite.
Ce soir, c’est Michel Hatzi qui s’y collait.

02
Il avait invité Puggy dont j’avais déjà entendu parler (chez Nath, par exemple) et écouté quelques extraits sur leur site MySpace.
Puggy est un groupe rock, qui s’est formé à Bruxelles avec des musiciens (plus ou moins «jazz» à la base, si j’ai bien compris…) venant de France, d’Angleterre et de Suède.
Pas banal.

De ce mélange des genres, leur musique s’en ressent.
Énergie, spontanéité, riffs percutants et simples, influences Britpop mais aussi parfois hispanisantes, des touches de folk, de jazz, des références aux Pixies ou à Muse, peut-être? A Jeff Buckley aussi ?  ... Bref, difficile de leur mettre une étiquette.
Et c’est tant mieux.

Puggy décharge donc quelques-uns de leurs morceaux accrocheurs (parfois un peu trop simplistes à mon goût) avant que ne monte sur scène Michel Hatzi pour un hommage à Jimi Hendrix!

03
Hatzi a délaissé sa basse pour la guitare électrique.
Et le voilà absolument éblouissant! Plus Hendrixien que nature!
Le son, la disto, la puissance, la dextérité… tout y est.
Epoustouflant.

C’est à ce moment-là aussi qu’on est subjugué par les compositions d’Hendrix.
Aucune chanson ne ressemble à une autre. Elles sont hyper riches. Extrêmement bien construites.
Et ça ne peut être que du Hendrix !
On y sent cette pâte bouillonnante qui vient du blues et de la soul, boostée au rock psychédélique…

Tout ça, Puggy et Hatzi le rendent admirablement bien.
D’ailleurs, en rentrant, je me suis repassé quelques morceaux tirés de «Are You Experienced?» ou «Electric Ladyland», et c’est bien ça que j’ai entendu sur la scène du KVS Box quelques heures auparavant.

Michel Hatzi semblait heureux (parfois hilare) en jouant ces morceaux.
Et Matthew Irons assurait véritablement au chant.

04
Autre invitée par Hatzi, Claron Mc Fadden (qui chante avec Aka Moon sur le projet VSPRS) vient exploser un peu plus, de sa voix claire et puissante, un «Foxy Lady» burné, ou un somptueux et sensible «The Wind Cries Mary» (avec Hatzi au Bouzouki!).
Claron possède une tessiture incroyable.
Sur certains morceaux, elle me rappelait  les performances vocales de Clare Torry avec Pink Floyd («The Great Gig In The Sky»).

Belle soirée, pleine de bonnes énergies!
Ça fait du bien...

Puggy à revoir et Jimi à réécouter, encore et encore…

A+

06/09/2007

Boîte à musique et basson


La boîte à musique
est une émission intelligente, amusante et tout à fait accessible, qui parle de musique classique.
Et de musique en général.
J’arrive un peu comme les cavaliers d’Offenbach, car cette émission était diffusée, pour la deuxième année consécutive, pendant les vacances (sur France 2 ... et à une heure très tardive comme toutes les émissions intéressantes).
Et bien sûr, j’en ai raté quelques-unes…

Bref.

Le présentateur, Jean-François Zygel (compositeur, pianiste et professeur) est un pédagogue qui a le don de simplifier – comme tout bons pédagogues, quoi - le propos avec aisance.
C’est ludique et sympathique.
C’est bourré d’exemples courts et pertinents…
Voyez l’extrait ci dessous à propos d’Erik Satie.

 


Et parfois, on a droit à une petite leçon de jazz.
Ici, c’est expliqué par l’excellent pianiste Antoine Hervé.


On y présente aussi un instrument… « rare »… Entre guillemets.
Un instrument qu’on n’a pas trop l’habitude de mettre en avant.
Il y eut la harpe, par exemple. Et la semaine dernière, ce fut le basson.

Si le basson n’est pas trop souvent mis en avant dans la musique classique, imaginez ce que cela doit être dans le jazz !

Et pourtant, dernièrement, j’ai reçu l’album de Daniel Smith qui s’est mis en tête de faire swinguer le basson (il avait déjà fait l’exercice sur le mode be-bop).

01
Ce musicien américain de formation classique, dont la réputation dans le milieu est assez grande (il a enregistré 37 concertos pour basson de Vivaldi, entre autres), n’a pas peur d’aller chasser sur les terres du jazz.

Sur cet album, donc, il reprend principalement des standards tels que : « Well You Needn’t », « Mood Indigo », « Summer Samba » et autres « St Thomas »…

Le résultat est assez surprenant de par le son du basson, d’abord -
même si on a l’impression que celui-ci est toujours à l’arrière-plan - mais aussi par quelques arrangements intéressants.
Cependant, on remarque vite les limites de cet instrument dans un tel contexte. Et malgré le grand talent et la dextérité du musicien, on a l’impression que ça part parfois un peu en embrouille…

Daniel Smith est entouré d’une belle rythmique (un peu trop sage) dont certains ont déjà un beau c.v.
Le pianiste Martin Bejerano, par exemple - qui s’est déjà fait remarqué aux côtés de Roy Haynes et qui vient de sortir un album (« Evolution/Revolution ») dont on dit beaucoup de bien Outre Atlantique - s’échappe de temps en temps pour quelques vives impros.
Mais, comme je le disais, l’ensemble reste un peu sage et on aurait aimé un peu plus de folie, de prise de risques et de surprises.
L’album reste assez (trop?) fidèle aux thèmes originaux et du coup, l’exercice devient un peu anecdotique.

Ceci dit, comme vous êtes curieux, n’hésitez pas à y jeter une oreille, c’est sorti chez Zah Zah.

A+

03/09/2007

1,2,3... CD's !

Les bonnes feuilles de tonton Jazzques.

Enfin, quand je dis «les bonnes feuilles», comprenez: les chroniques de bonnes musiques.
Pour la rentrée, trois albums sur
Citizen Jazz.

01
Chris Joris et son «Rainbow Country».
Album sorti  chez De Werf.
Il contient de petites merveilles.
Prenez le temps (l’album est riche), ça vaut la peine.

02
J’ai chroniqué aussi l’album de Louis Sclavis : «L’imparfait des langues».
Sacré exercice. Pas toujours « simple » mais tellement intéressant.
Un album qui a ses «partisans» et ses «contradicteurs».
Pour ma part, je suis dans le premier groupe.

03
Et puis l’album de Mélanie De Biasio.
Une des toutes grandes réussites de ces derniers mois, à mon avis.
Et je pense ne pas être le seul à le dire.
Ça méritait un «Elu»… Mais, allez comprendre les rédacs chefs…
:-/

 

Allez, bonnes lectures.

A+

28/08/2007

L'incroyable jam !

Sympathique initiative que cette Incredible Jazz Jam.

02

Depuis cinq ans, Luc Siccard (qui est aussi l’instigateur des Ateliers du jazz) organise une jam ( incroyable :-) ) où se croisent pros et amateurs dans le seul but de s’amuser.
Pas d’esprit de compétition ici, juste celui de se rencontrer et de partager.
(En pourrait-il être autrement, d’ailleurs ?)

J’y ai passé le bout de mon nez ce samedi, mais n’ai pas pu rester très longtemps malheureusement…
L’Aquamarine, c’est là que ça se passe, faisait quasiment salle comble.

01

Sur scène, il y avait du moyen (c’est que ce n’est pas si simple de faire du jazz !) et du très bon.

Dans la catégorie très bon: Fred Delplancq (ts), Alexandre Cavalière (violon), Xavier Rogé (dm), Eve Beuvens (p), Olivier Stalon (eb) (du beau monde n’est-ce pas ?) et un excellent guitariste, Laurent (?) que je ne connaissais pas, nous ont fait une reprise de « Equinox » de Coltrane du feu de Dieu.
Bref, ils ont placé la barre assez haute.

Mais je suis sûr qu’il y eut plus tard d’autres moments aussi intenses.
Il suffisait de voir les musiciens qui attendaient de monter sur scène: Alain Pierre, Nicola Lancerotti, Gianlivio Liberti, Véronique Hocq, Mathieu De Wit… pour ne citer que ceux que j’ai repéré (et je suis sûr que j’en oublie…).

Alors, encore bravo Luc et… à l’année prochaine !

A+

21:34 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ateliers du jazz, incredible jazz jam |  Facebook |

25/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 05 -

Dimanche dernier (le 19 août): « Grand Final » comme on dit à «Jazz Middelheim».
Et l’appellation n’est pas usurpée.
Au programme de ce dernier jour: Jef Neve Trio, Nic Thys et ses 68 Monkeys, Bert Joris Quartet et … last but not least, Ornette Coleman !

Sold out !
La tente déborde littéralement. Il y a overbooking, assurément. Ce n’est pas possible autrement…

Je n’ai pas vu l’ami Jef cette fois-ci, mais on m’a rapporté que son concert fut très bon… (comme d’habitude).

001
Nic Thys, que j’avais récemment vu avec son T&T lors du Brussels Summer Festival se présentait ce soir avec quelques belles pointures du jazz américain.
Tous nés en ’68 ! D’où le nom du groupe…

Aux saxes: Tony Malby (tenor) et Andrew D’Angelo (alto), au piano: Jon Cowherd, à la guitare électrique: Ryan Scott, aux drums: Nasheet Waits et bien sûr, à la contrebasse: Nicolas Thys.

Excusez du peu…
L’ensemble manquait cependant, à mon avis, d’esprit de synthèse et de cohésion. J’aurais aimé que les morceaux soient un peu resserrés, un peu plus concis.

Tout avait commencé en force avec «It’s Been A While», d’une puissance incroyable et s’était terminé plus ou moins dans le même esprit avec «Munich».

Entre les deux, les belles compositions, sobres et parfois mélancoliques manquaient un peu de tension. C’était, quelques fois, un peu trop tiré en longueur.
Bien sûr il y a eu les solos monstrueux du guitariste Ryan Scott qui rappelle de temps à autres un phrasé à la Rosenwinkel. Et puis, surtout, la paire de saxes.
Ces deux-là jouent aux frères ennemis: Tony Malby, posé et solide et D’Angelo, nerveux, explosif et toujours d’attaque.
Fabuleux !

002
Avec son Quartet, Bert Joris nous invite à du jazz pur jus.
Le trompettiste démarre directement avec le très swinguant et nerveux «Mr Dado», en hommage à son vieux complice: le pianiste italien Dado Moroni.
Ce dernier n’attend pas son tour pour sauter dans le groove.
Ça rebondit, ça swingue, ça improvise à tout va.

Les thèmes écrits par Bert Joris sont d’une limpidité éblouissante. Un peu à l’instar de son jeu. Un phrasé raffiné, clair, précis. Un peu à la Kenny Dorham dans les moments intenses et à la Chet dans les passages plus intimistes.
Entre «Magone», «Anna», «Triple» ou «King Combo», Joris alterne bugle et trompette (parfois «muted») avec pertinence.

Philippe Aerts allie, comme toujours, virtuosité et musicalité extrêmes à la contrebasse, alors que Dré Pallemaerts (omniprésent lors de ce festival) joue avec autant de finesse que de subtilité.
Mais attention… quand il envoie, ça cogne sec.

Pas de bavardage superflu dans les solos (Moroni est vertigineux), qualité de jeu brillante, bonne humeur communicative et complicité visible entre les membres du groupe, le quartet de Bert Joris a sa place dans ce «Grand Final», et mérite sans conteste de se retrouver sur les podiums des meilleurs festivals de jazz d’Europe et d’ailleurs…

005
Et voilà LE grand moment.
Le moment tant attendu.
Celui que l’on pouvait craindre aussi. Craindre d’être déçu d’une si grande attente…

Heureusement, Ornette Coleman fut au rendez-vous.
Et comment !
Quel concert, mes amis… quel concert !

Derrière le célèbre altiste, le fils Denardo Coleman aux drums. Et autour, trois bassistes !!!
Charnett Moffett et Tony Falanga aux contrebasses et Albert McDowell à la basse électrique.

Fidèle à la dialectique Colemanienne, le premier morceau («Jordan»), court et concis,  explose d’intensité.
Le groupe revisite ensuite la plupart des morceaux du dernier album («Sound Grammar» enregistré live en Allemagne en 2005) en les réinventant.

Le drumming énergique de Denardo est excessivement physique et impressionnant. Aucune faiblesse, aucune baisse de régime. Ça joue à du 200 à l’heure.

Tony Falanga use beaucoup de l’archet, imposant souvent un jeu grinçant, étrange, parfois plaintif («Sleep Talking»), et donne une réplique cinglante au saxophoniste.

Les autres bassistes remplissent les espaces avec brio, trouvent des ouvertures, improvisent avec une clairvoyance subjugante.
Ornette intervient parfois à la trompette, puis au violon.
Il dirige sans diriger.
Le groupe se trouve les yeux fermés.
C’est d’une précision magistrale dans les breaks, les stop and go, les relances. Tout est réglé au cordeau et reste pourtant d’une incroyable liberté.
Ça voyage, ça échange, ça ose tout le temps…

003
Qui joue quoi ? Comment naît cette musique ?
Difficile à décrire.
Serait-ce cela le fameux principe «harmolodique» du maître ?

Après un superbe «Turnaround» (recréé comme si ce morceau n’avait jamais existé) Tony Falanga ébauche le
«Prélude de la suite N°1» de Bach.
Denario éclate le morceau de quelques frappes puissantes et le groupe atomise le thème dans un délire free ébouriffant.

On frôle le blues, le calypso («Matador»), le funk parfois, toujours dans un esprit totalement libre… totalement Ornette.

Grand et énorme concert.

La salle est debout, applaudit  à tout rompre pendant de longs instants.
Ornette fait distribuer une à une les fleurs du bouquet qu’il a reçu aux femmes des premiers rangs avant de revenir offrir, à tous cette fois, un « Lonely Woman » magique.

Ornette!

Encore!

 

A+ 

21/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 04 -

Belle surprise que le quintet du tromboniste allemand Nils Wogram.
Je ne connaissais que son album en duo avec Simon Nabatov, «Starting Stories», et n’avais jamais été plus loin.
Erreur !

01
Le groupe présent sur scène cet après-midi («Root 70») n’hésite pas à mélanger les genres.
D’un bop assez classique au dub ou au reggae, en passant par un jazz très contemporain, Nils Wogram et ses compagnons élargissent les frontières sans se poser trop de questions et proposent un jazz jouissif et très expressif.

«Eat It» est, à ce propos, un bel exemple.
Après avoir démarré sur un chaos bruitiste, on s’envole vers un thème aux accents latins. Puis, on joue les stop and go et les questions-réponses qui donnent une sacrée dynamique au morceau.
Simon Nabatov, très percussif, joue toujours la surprise, le rebondissement.
Il ouvre des pistes, relance le tromboniste et le saxophoniste qui se complètent très bien …
Le saxophoniste Hayden Chisholm, justement, sonne parfois comme Paul Desmond sur les thèmes plus intimistes.

Dans les moments intenses, comme sur «The Myth», on sent comme l’influence d’un Mingus. Le groupe est soudé, énergique et rageur.
Et Nils, dirige ce petit monde avec vigueur.

Mélange très savoureux et groupe à suivre assurément.

02
Moins explosif ou fonceur qu’à l’habitude, le trio d’Eric Legnini nous gratifie d’un concert posé et détendu, laissant de la place aux mélodies et aux thèmes pour se développer.
Cela nous permet d’apprécier encore mieux la qualité des compositions du pianiste.

Avec Dré Pallemaerts à la batterie, exceptionnellement à la place de Franck Agulhon, le trio offre des versions poétiques de «Trastevere» et de «Night Fall» avant d’attaquer vivement «Miss Soul», introduit par un long  et beau solo de  Matthias Allamane à la contrebasse.

Un «Mojito Forever» fait monter la fièvre à la manière d’un alcool qui tape vite à la tête.
Sous l’œil rieur de Legnini, Dré s’amuse d’un solo à mains nues sur ses tambours.
On déguste. On sourit.
Il faut dire que, juste avant, Eric m’a presque fait pleurer avec une improvisation magnifique en intro de «La Starda».
Il remettra ça avec un «Back Home» plus gospel et churchy que jamais.
Merveilleux.

Après le concert, je discute un peu avec Eric.
Heureux de sa prestation et de ses 130 derniers concerts.
Et ce n’est pas fini, puisque dès fin septembre, il ira jouer en Allemagne, en Pologne et à nouveau en France, avant de s’envoler pour le Japon.
Un enregistrement spécial sera d’ailleurs réalisé pour le pays du soleil levant.
Puis, il travaillera sur un projet avec les frères Belmondo et Milton Nascimento pour un concert à La Villette en septembre.
Voilà de quoi nous rendre impatient…

03

Découverte totale ensuite, avec Dez Mona.
Est-ce du jazz ? Est-ce du rock ? Est-ce de la pop ?
Le chanteur, Gregory Frateur, aux airs de Diva, ne le sait pas lui-même.

Toujours est-il qu’on cherche un peu le lien entre sa musique et un festival de jazz. Un titre de Nina Simone, en rappel, suffit-il ?

Le chant particulier rappelle un peu Klaus Nomi.
La voix est grave et nasillarde.
On y trouve aussi, par moments, des intonations à la Tom Yorke (Radiohead) ou Brian Molko (Placebo).

Les ambiances et les thèmes sont généralement sombres, voire assez dépressifs, et se teminent presque à chaque fois en explosions hystériques.

On nage entre ambiant, pseudo-classique et rock progressif.

Bram Weijters au piano et Roel Van Camp à l’accordéon accentuent par leurs interventions le côté noir et désespéré des paroles.

Frateur se fait parfois un peu crooner et parfois aussi un peu «folkeux» (avec une reprise de «Who Knows Where The Times Goes» de Sandy Dennys , ex-chanteuse de Fairport Convention dans les années ’70).

Impression bizarre.
Bien qu’intéressant par moments (il faut souligner quelques performances vocales étonnantes) l’ensemble est crispant et parfois tellement excessif que cela en est peu touchant.


04
Pour terminer ce quatrième jour: délire total et bonheur complet avec le Matthew Herbert Big Band.

Je suis depuis longtemps ce «bidouilleur» de génie («Dr Rockit», «Radio Boy») qui mélange la dance intelligente (le merveilleux «Bodily Functions» en 2000) et les expérimentations musicales hors normes, comme sur le récent «Plat Du Jour».
Ce dernier album est enregistré uniquement  avec des bruits de déglutitions, de mastication, de cris de cochons, de poules en batteries et autres sons en rapport avec la (mal)bouffe…
Et c'est absolument génial. Et étonnant.

Aussi étonnant que son Big Band ce soir.

Basé sur le même principe que ses expérimentations, Matthew Herbert échantillonne en temps réel toutes sortes de sons et crée des beat.

Ce soir, tout a commencé avec un «cliquetis» de verre de vin rouge sur les dents…
Une fois le rythme lancé, le Big Band monte sur scène.

05
Le mélange «électro» (je n’ai pas trouvé d’autre terme) et orchestre swing, dans la grande tradition de Glenn Miller, fonctionne à merveille.
Et ce qui marche sur disque (album «Goodbye Swingtime») marche encore mieux sur scène.
C’est qu’ici, le spectacle est visuel aussi.

Allons-y pour faire de la musique avec des journaux déchirés (ce qui amène une belle bataille de boulettes de papiers) ou avec des ballons de baudruche, ou même, en rappel, avec des flash d’appareils photos.

On passe d’une ambiance «Coton Club», à du blues sensuel («The Trhee W’s») et à la dance la plus incandescente («Missprint»). Et Valérie Etienne, à la voix soul, n’est sans doute pas pour rien dans l’histoire.

Matthew Herbert, derrière ses machines (ou son accordéon rose), s’amuse autant que ses musiciens et que le public.

06
Voilà sans aucun doute une façon des plus intelligentes de mêler house et jazz.
Le public (même les jazzeux) ne s’y trompe pas.
Et c’est évidemment un gros (très gros) succès mérité pour le musicien anglais.

 

A+ 

20/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 03 -

Toots a envie de jouer ce soir.
Ça se sent, ça se voit.

08

Devant une salle pleine à craquer (ça déborde même), accompagné par Hans Van Oosterhout à la batterie, Bart De Nolf à la contrebasse et Bert van Den Brink au piano, Toots  enchaîne avec fougue et passion «Waltz For Sonny», «The Days of Wine and Roses» sur des tempos enlevés avant de poursuivre avec un magnifique mélange de «I Loves You Porgy» et de «Summertime»…

Superbe medley de ces deux titres déposés sur une rythmique qui rappelle «So What».
Sur l’ostinato, à la contrebasse, de Bart De Nolf , le pianiste intervient dans un solo lumineux.
Il redouble le tempo, échange des phrases avec Toots, en grande forme, et emmène finalement tout le monde vers «One Note Samba».
Du grand art.
Du bon jazz avec tout ce que cela implique de groove, d’impro, de swing et de plaisir.

Il n’y a aucun temps mort.
Hans imprime avec beaucoup de justesse des rythmes ondulants.
Toots invite Bart De Nolf à prendre un solo. Merveilleux.
Bart est un discret mais précieux contrebassiste à la sensibilité et à la rythmique sûres.
Son intervention est d’une finesse mélodique rare.

Toots s’adresse au public (enfin! serait-on tenté de dire) pour raconter, avec son humour habituel, comment il a rencontré Lee Konitz avant d’inviter ce dernier à le rejoindre sur scène.

Konitz me semble un peu plus à son aise avec cette petite formation qu’avec le BJO.
Avec Toots, il entame un court dialogue qui les lance sur «Body And Soul».
Puis, ils improvisent ensemble sur «Cherokee» qui se termine de façon un peu confuse peut-être…
Avant que l’invité ne quitte la scène, ils joueront encore «Giant Step».
Morceau que joue chaque jour Toots pour… «pratiquer».

07

L’harmoniciste est heureux.
C’est évident.
Alors il nous offre une version sensible de «For My Lady» avant de déclencher l’hystérie dans le public avec les premières notes de «Bluesette».
Sans cabotinage excessif, Toots fut simplement magnifique ce soir.

En rappel, il jouera une version très émouvante de «What A Wonderful World» en hommage à celui qui lui a donné le virus du jazz: Louis Armstrong.

Le public en redemande encore, mais le quartet viendra simplement saluer une salle debout.
On n’en voudra pas à Toots, ce soir il n’en a pas fait trop, mais il l’a fait de manière exceptionnelle.

A+

19/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 02 -

Comment va jouer Mâäk’s Spirit aujourd’hui ?

Que vont-ils nous proposer cette fois-ci ?

On peut s’attendre à tout avec eux. Surtout que pour ce concert au Middelheim, ils ont invité Misha Mengelberg ! On peut comprendre que ça fasse peur à certains.
Et que ça aiguise la curiosité des autres.

05
La configuration de la  scène surprend déjà.

En avant-plan et au centre : la batterie d’Erik Thielemans. Dos au piano.
Face à lui, Jeroen Van Herzeele (ts), Laurent Blondiau (tp) et Jean-Yves Evrard (g).
A la contrebasse, Sébastien Boisseau.

Improvisée du début à la fin, sans répétition aucune, voilà l’OVNI lancé.
Attachez vos ceintures.

Vin blanc à la main, bob sur la tête, Misha Mengelberg jette quelques notes.
On se cherche, on se jauge…
Petit à petit, chaque musicien se découvre. Le feu couve, la pression monte, l’ouragan éclate. C’est le chaos. Le chaos maîtrisé.

On frotte les percussions, on frappe les cordes. Tout est sens dessus dessous.
Les souffleurs surfent sur le haut des vagues d’une mer houleuse, déchaînée, indomptable…
Mais, Mäâk’s Spirit sait aussi installer un climat quand seuls les balais (quand ce n’est pas des sachets en plastique) de Thielemans soufflent face aux notes dispersées du pianiste et du guitariste.
Et c’est à nouveau la fusion… jusqu’à la fission.

09

Encore plus inspiré, le groupe s’envole vers des impros d’une liberté délirante quand Misha se lève, éructe des sons gutturaux. Mäâk’s se disloque… chaque musicien change de place et se ballade sur scène. Jusque dans les coulisses.
On rentre, on sort, on siffle, on voyage…

Terminus. Tout le monde descend.

Moment rêvé ? Cauchemardé ?
Moment intense, excitant et incroyable en tout cas.

Le jazz n’est pas mort et le free jazz (en est-ce ?) n’a pas encore fini de nous étonner.

06

Avec le BJO, c’est une autre histoire.

Lee Konitz s’est fait invité par l’excellentissime Big Band dont la renommée a largement dépassé nos frontières depuis belle lurette.

Ce soir, sous la baguette de Ohad Talmor, qui a fait tous les arrangements, on commence par le très swinguant «Sound Lee».

Essayant ensuite un jeu un peu déstructuré sur «June 5», entre cool et calypso, on ne voit pas vraiment où veut aller l’ensemble. Et Lee n’a pas l’air de suivre.
Pourtant, les interventions à la guitare de Peter Hertmans (excellent), ou le solo grave et presque sombre de Nathalie Loriers au piano laissent entrevoir quelques espoirs…
Mais non, les arrangement restent, par la suite, assez traditionnels et on dirait que Lee Konitz et Ohad Talmor ne profite pas du potentiel du Big Band.
Décidemment, on n’est pas en présence de Maria Schneider, Bert Joris ou de Kenny Werner qui avaient su donner la pleine puissance au BJO.

Konitz, au phrasé rond et suave, répond cependant avec bonheur au chant profond du sax baryton de Bo Van Der Werf, mais peu d’étincelles jaillissent de cette rencontre.
Pourtant, on sent Konitz heureux d’être là…
Alors, laissons rouler «Sweet Rythms», «Ornetty» ou «Remember You» et ne boudons pas notre plaisir, le BJO nous réserve encore bien d’autres (meilleures) surprises.

A+

18/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 01 -

J’étais curieux d’entendre, mais surtout de voir, Tineke Postma sur scène.

J’avais eu l’occasion d’écouter quelques-uns de ses morceaux, d’avoir vu un de ses concerts à la télé (je ne sais plus où) et de l’avoir vu lors de la remise des victoires du jazz il y a deux ans, mais c’est à peu près tout ce que je connaissais d’elle.

01

Jolie fille blonde dans une robe à paillette, sourire charmant et belle présence, Tineke distille son jeu par touches sensibles et précises. Les notes s’enchaînent les unes aux autres à la manière d’un fil de soie. Ça swingue gentiment, tout est bien carré, bien en place. Il n’y a pas trop d’espace pour des impros interminables (ce qui n’est pas mal, parfois), ni pour des délires ou des prises de risques.

Bref, elle va à l’essentiel et les motifs de ses compositions sont simples et efficaces.
Elle laisse cependant assez de place au pianiste Marc Van Roon pour développer un jeu chatoyant («Synchronicity») et parfois nerveux («A Journey That Matters»). Idem pour son excellent contrebassiste Frans van der Hoeven qui reste toujours très mélodique dans ses solos.
L’influence de Wayne Shorter (dans ses jeunes années) est parfois assez claire, surtout lorsque Tineke Postma est au soprano.
A l’alto, le son velouté et les attaques sont souples, comme sur «Comprendo», par exemple, qu’elle introduit joliment en solo.
Avec un Dre Pallemaerts très félin à la batterie, c’est un bon moment jazz classique et très agréable qui a ouvert ce Jazz Middelheim 2007.

 

Pendant la pause, je rencontre Nathalie Loriers, en «repérage», après sa répétition avec le BJO et Lee Konitz, et avant le concert du lendemain, ici même.
Agréable discussion où l’on parle des projets incessants du BJO.
Le Big Band est en train de mixer l’enregistrement qu’ils ont fait avec Dave Liebman. Le BJO a enregistré aussi un projet avec Michel Herr et travaille également à la finition (et au futur concert pour le Dinant Jazz Night) d’un travail avec David Linx
Oui, ça bosse ferme !
On parle aussi d’un nouveau projet, qu’elle aimerait voir développer, avec son trio, Bert Joris et un quatuor à cordes : le Spiegel Strijkkwartet. Un concert avait déjà eu lieu, fin mai à Gand. Espérons que cela n’en reste pas là...

Bref, de beaux moments en perspectives.

 

02

Soleil et bonne ambiance de fête, c’est Tania Maria qui a envie de faire danser la tente.
Après un démarrage en douceur, la pianiste et chanteuse brésilienne fait monter la température. Elle est aidée en cela par le merveilleux percussionniste Mestre Carneiro. Tania Maria passe du piano au synthé et enchaîne les airs brésiliens (l’éternel «Agua de Beber») et des morceaux parfois plus «funk». A la batterie, Tony Rabeson injecte de temps à autres des couleurs un peu plus jazz.
Mais c’est la choro, la chanson et la danse qui l’emporte, Tania  arrivant même à faire chanter la salle et lui faire claquer des doigts avant de terminer sur ses succès comme «Come With Me» ou encore «Ça c’est bon».
Et c’est vrai que c’était agréable.

03


Changement radical d’ambiance avec le nouveau projet de Myriam Alter.
Quelques jours auparavant, elle avait enregistré, au Gaume Festival, son nouvel album à paraître chez Enja avec le même line-up.

Et quel line-up !
La rythmique de John Zorn : Joey Baron et Greg Cohen mais aussi notre excellent soprano Pierre Vaiana, John Ruocco à la clarinette et Jacques Morelenbaum au violoncelle.
Et Myriam Alter au piano ?
Hé non ! Surprise, c’est Salvatore Bonafede qui sera durant tout le concert derrière les 88 touches.
Myriam Alter a composé tout le répertoire et restera assise au-devant de la scène à écouter son œuvre.


La musique d’Alter emprunte à la valse, à la musique hispanisante, au classique parfois, le tout influencé bien sûr par la musique juive.

Du jazz Sépharade, donc.

Tout est joué en finesse. On y ressent des bouffées d’émotions qui montent comme pour atteindre la plénitude. La musique serpente et s’enroule autour des mélodies souvent mélancoliques.
Le jeu de Joey Baron est exceptionnel, comme souvent. Il imprime un groove tout en légèreté («Still In Love»), utilisant la plupart du temps les balais ou la paume des mains.

Exceptionnel.

Ruocco est lui aussi d’une virtuosité et d’une sensibilité remarquable sur «Not So Far» ainsi que lorsqu’il dialogue avec Morelenbaum sur «I’m Telling You».

Coup de cœur du jour, pour ma part, même si je dois avouer que, sur la longueur, on perçoit un peu «les ficelles». Et l’on aimerait un peu de variation dans la construction des morceaux.
Cela arrive avec «September 11» (qui «inspire» décidément encore et toujours beaucoup de monde) et sa rage pianistique, un peu trop prévisible quand même, en introduction du morceau.
Beau et gros succès mérité pour ce sextet (ou septet, si l’on compte Myriam Alter).


Petite parlotte avec Jean-Marie Hacquier et Patrick Bivort à propos du prochain Festival Dinant Jazz Nights. Quelle programme! 10 ans, c’est pas rien!
Il ne faudra pas rater ça.

04



Et c’est le final avec la divine Dianne Reeves.

Egale à elle-même, chanteuse merveilleuse qui allie aussi bien les balades que les swing nerveux avec une aisance sans pareil.
L’habituel bouquet de fleur à ses côtés et accompagnée de son trio classique : Reuben Rogers à la contrebasse, Greg Hutchinson à la batterie et Geoff Keezer au piano, Dianne met tout le monde dans sa poche en deux temps, trois mouvements.


Charisme, chant parfait (car, l’air de rien, elle ose des choses stupéfiantes), souriante, touchante… elle sait y faire. Elle alterne moments intimes et temps forts. Ses scats volcaniques suivent les balades radieuses.

Voilà plusieurs fois que je la vois en concert et, même si on sait à quoi s’attendre, on reste sous le charme.
Et côté charme, elle est restée sous celui de Georges Clooney apparemment.

Elle ne semble toujours pas être remise de cette rencontre qui lui a permis de jouer et chanter dans lefilm «Good Night and Good Luck».

Alors, quand pour terminer son show, elle chante sensuellement «One For My Baby», on craque.

 

 A+

15/08/2007

aNoo et T&T au Brussels Summer Festival

Alors, dit-on « Brussels Summer festival » ou « Euritmix » ?
Bon, apparemment, on dit « Brussels Summer Festival ».

Dimanche soir, après un week-end chargé, j’ai réussi à aller écouter, Place d’Espagne, aNoo et T&T (alias les frères Thys).

01

Dans le joli chapiteau tout en bois et vitraux du Magic Mirror, c’est d’abord Anu Junnonen à la voix frêle, entourée de Tuur Florizoone à l’accordéon, d’Yves Peeters à la batterie, de Yannick Peeters à la contrebasse et de Dree Peremans au trombone qui vient nous servir ses fraîches compositions.

Avec eux, on voyage dans un pays imaginaire, entre valse, folklore pop et jazz.
La musique, souvent emprunte de mélancolie, m’évoque l’image de glaciers qui fondent. Une sorte d’abandon, même si l'on y trouve toujours un groove léger en soutien («Luckless Lands Of The North» ou «Little Girl»).

Bien qu’on sente parfois de légers fléchissements dans le chant (faut dire qu’elle ne choisit pas la banalité non plus), on reste subjugué par Anu lorsqu’elle entame a capella «Shining Hour».
Le trombone emboîte le pas et se calque sur le chant. L’accordéon vient illuminer la mélodie. La chanteuse est éblouissante dans ses vocalese.

Puis, Tuur invente le vent qui souffle.
Il invente le ressac de la mer.
On échoue alors sur les plages finlandaises qui permettent à Anu de chanter dans sa langue maternelle («Armahan Kulku»).

02


Le drumming souple et groovy d’Yves Peeters fonctionne parfaitement avec le jeu vif, mélodique et enrobant de la bassiste.

Le groupe n’hésite pas non plus à chercher des pistes plus aventureuses, à se perdre dans des chemins non balisés. Ensemble, ils découpent un morceau jusqu’à le mettre en pièce pour mieux le reconstruire. Et s’offrir une musique presque dansante.
Puis, le batteur propose différents tempos en intro de «Cherry Tree» avant que le groupe ne revienne, pour le rappel, avec un étonnant mais superbe «Everybody’s Got To Learn Sometimes» de ces bons vieux Korgis.

L’album de aNoo est sorti sur le dynamique label Home Records.

Si vous n’avez pas froid aux oreilles, offrez-vous ce joli frisson.

04


En deuxième partie de soirée, ce sont Nick et Toine Thys qui venaient présenter leur dernier projet : T&T.
Au contraire de ce que peut faire penser le nom de ce quartet (car c’est un quartet: Jacques Piroton à la guitare et Owen Hart à la batterie), il n’y a rien d’explosif ici.

Oh, bien sûr ça ne manque ni de nerf ni de swing, mais ici, tout est dit avec finesse et agilité.
Sans pour autant s’imposer à tout prix, la contrebasse de Nick est bien mise en avant sur certains thèmes. Mais les espaces sont bien gérés, l’esprit de groupe est prépondérant et la musique circule avec fluidité.

06


Le jeu de Toine (sax) semble aussi assez apaisé. On dirait parfois du Dexter Gordon ou du Rollins. Avec, en plus, cette pointe de jazz actuel qui nous vient de New York.
Une sorte d’énergie contenue.
Est-ce dû au drumming très personnel d’Owen Hart (qui trouva mieux ses marques au fil des thèmes, d’ailleurs) ?
Au jeu de Nick qui a passé pas mal de temps dans la grosse pomme ces dernières années ?
Ou simplement au jeu vraiment exceptionnel de Jacques Piroton ?

Piroton m’étonne à chaque fois. Il possède un touché unique.
Il dose parfaitement ses effets. Jamais il ne tombe dans l’excès ni le mauvais goût (pas comme certains, à la crinière épaisse, venus d'Outre Atlantique... Suivez mon regard). Ici, ça groove, ça invente… bref, ça joue.

05


Quelques ballades («Year», «Alice and Mary» (??)), un peu de blues («Strange Meeting» de Bill Frisell), une relecture assez swingante de «Viking Two» (que l’on connaît dans la version tonitruante de Rackham), un peu de calypso («Thirthy-One The Thenth» (??)), ou encore un excellent «Emergency Staircase» au groove hypnotique et tout en aspiration: voilà un beau mélange qui fait la richesse de se «nouveau» groupe.

Espérons d'ailleurs qu’ils auront encore souvent l’occasion de jouer ensemble, car lorsque l'on entend leur reprise (explosive, pour le coup !) de «It’s About That Time» de Miles, on se dit qu’ils en ont encore sous la pédale…

A+


11/08/2007

Go to Gaume !

Go to Gaume Jazz Festival.
Ahh.. j’aurais bien aimé y être. Vraiment.
Mais, j’avais déjà pris des engagements. Et puis, il y a aussi les « impondérables », comme on dit.

Voilà, je n’y serai pas. Sniff.

gaume

Dommage, j’aurais tellement voulu voir et entendre TTPKC ou le projet de Fabian Fiorini.
Espérons que d’autres organisateurs aient la bonne idée de re-inviter ce beau petit monde.

Voir Rackham, Jef Neve, Phil Abraham solo, Alien Bitesize, Myriam Alter, bien sûr, mais aussi le « deuxième mouvement » du merveilleux duo Jean-Louis Rassinfosse & Jean-Philippe Collard-Neven (dont j’ai déjà vanté les qualités
ici et ). Le contrebassiste et le pianiste présenteront leur nouvel album.

collard

Curieux d’entendre ça.
En attendant, et pour rester dans « le même style », je vous conseille l’album de Lars Danielsson et Leszek Mozdzer : « Pasodoble ».
Exercice un peu similaire à celui de notre duo belge. Une contrebasse (ou un merveilleux violoncelle sur certains morceaux) et un piano (ou harmonium et celesta). Vous voyez ce que je veux dire ?
Raffinement, dépouillement et subtilité.

pasodoble


Et puisqu’on parle de violoncelle, à Gaume il y aura aussi Vincent Courtois et Jeanne Added qu’il ne faudrait pas manquer.

Et puis j’aurais tant aimé revoir le trio Sclavis, Texier, Romano et saluer Monsieur Henry (que j’avais
interviewé pour Citizen Jazz) et dont on retrouve aussi une interview dans La Libre de ce vendredi.
Et pouvoir parler un peu à Louis Sclavis à propos de son dernier album « L’imparfait des langues » (chez ECM).

On ne peut pas être partout à la fois…


Mais vous, allez-y, il est encore temps !
Vite.


Pour ma part, je me rattraperai avec le festival
Jazz Middelheim

(Lee Konitz, Bjo, Matthew Herbert Big Band, Nils Wogram, Nick Thys et… Ornette Coleman !)

A+
 

08/08/2007

127 bis

Moins drôle.

Régulièrement , on s’émeut et on enrage à propos de ces trois chiffres suivis d’un «bis».

Un «bis» !  Comme si ça ne suffisait pas…

Le 127 c’est le «nom» du centre fermé de Melsbroek. Le 127 Bis c’est celui de Steenokkerzeel.

 
Pour ceux qui ne sont pas au courant, voilà ce qu’en dit l’Observatoire Citoyen:

Le centre 127bis se trouve à Steenokkerzeel à proximité des pistes de l’aéroport de Zaventem.

Ce centre a une capacité de 112 places. Depuis l’été 2005, le centre est entièrement  réservé pour des femmes seules, couples ou familles avec enfants.

Dans ce centre, on trouve des demandeurs d’asile en procédure ou déboutés, des sans-papiers et des “cas Dublin” (des demandeurs d’asile dont la Belgique estime qu’un autre pays membre de l’UE est responsable de l’examen  de leur demande).

Il y a trois ailes pour les familles. Ces dernières semaines, il y avait en permanence de 50 à 60 enfants dans ce centre fermé. Des enfants de tous âges et toutes nationalités.

Le centre n’est pas adapté à l’accueil des enfants:

- Les enfants dorment dans la même chambre que leurs parents.

- Une petite «salle de jeu» est accessible. Dans cette salle, 10 enfants au plus peuvent jouer en même temps. Presque aucune activité n’est organisée. Il y a 2 ou 3 animatrices pour s’occuper des enfants dans les derniers temps mais vu le nombre des enfants présents, il n’est pas possible d’organiser beaucoup d’activités.

- Les enfants ne peuvent aller à l’extérieur que 2 heures par jour et sous la surveillance d’un gardien.

- Dans la salle commune, la télévision est allumée en permanence.

- L’espace de jeu est entouré de hauts grillages et de barbelés.

- Il n’y a pas d’enseignement.

- Les enfants sont souvent témoins d’incidents entre les adultes.

-  Les enfants sont témoins de l’angoisse des adultes par rapport à leur renvoi forcé dans leur pays d’origine et de la violence qui entoure parfois les expulsions.

- Il n’y a presque aucun jouet.

(Source :  Observatoir Citoyen )

 

Dernièrement, c’est le cas d’ Angelica qui a défrayé la chronique.

127bis


Manu Hermia, que l’on connaît comme saxophoniste mais aussi pour ses engagements politiques, n’est bien sûr pas resté insensible à ce drame sordide et pourtant devenu si banal.

Avec son groupe Slang (Michel Seba et François Garny), il vient de publier un morceau où il chante sa rage et sa honte…

"Angelica, j’ai mal à mon pays" est downlodable gratuitement, ici pour qu’il soit diffusé partout et au plus grand nombre.

Alors, n’hésitez pas…

Si ça peut aider à changer un peu les choses…

Merci Manu.

A+ 

23:07 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : manu hermia, politique |  Facebook |

06/08/2007

Du Jazz et du pain.

J’en parlais dans un précédent billet…
Cette fois, ça y est: «Ma» boulangerie a rouvert ses portes!

02

Ça n’a l’air de rien, mais quand on a goûté le pain de «La Normande», c’est comme lorsqu’on écoute Monk pour la première fois: après, on ne peut plus s’en passer.

Hé oui, il en est du pain comme du jazz.
Il y a celui qui est fait industriellement, qui doit tellement plaire à tout le monde qu’il en perd ses particularités.
Goût insipide, texture morne…
Nivellement par le bas qui devient la norme.
La morne norme.

Comme lorsqu’un présentateur de RTL compare Mélanie De Biasio à Norah Jones lors de la remise des derniers « Octaves de la Musique » (sorte de « Victoires de la Musique » belge… francophone. Oui, oui… rien n’est simple chez nous!). Pauvre Mélanie.
Voilà où est la référence.
Plus d’oreille, plus de goût.

01

Heureusement il reste les vrais jazzmen, les vrais musiciens… et les vrais boulanger.

Des boulangers qui cuisent le pain comme des jazzmen jouent leur vie.
Pas pour la gloriole immédiate.

La gloriole, elle finit par arriver. Question de priorité.

La Normande à 40 ans…

J’hésite à vous refiler l’adresse…

Allez… c’est à Anderlecht, Place de la Beauté. Vous ne pouvez pas vous tromper.
Si vous êtes du coin, – et je sais que certains jazzmen et photographes habitent pas loin – allez-y.

Et puis, si vous n’aimez pas le jazz, vous aimerez le pain…

23:51 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : nutrition |  Facebook |

05/08/2007

Le jazz et la java



Le jazz.

Sur la route qui me menait dans les environs de Toulouse, cet été, j’en ai profité pour écouter et re-écouter plein de disques.
La nuit, en voiture, en une petite dizaine d’heures, quand les enfants dorment, on peut en écouter des choses!

Monk-Live at the Blackhawk

D’abord, des classiques: du Monk , bien sûr («At The Blackhawk» avec cet excellent et trop peu connu trompettiste Joe Gordon, «Monk’s Dream», «Monk Alone in San Francisco», etc…), l’habituel Flavio Boltro («40°»), Lee Morgan («Search For The New Land»), Andrew Hill et l’explosif «Change», ou plus mystérieux, l’envoûtant Christian Wallumrod et son «Zoo Is Far»…

Tout ça, entrecoupé par quelques Feist («The Reminder», un peu moins surprenant que son premier et excellent album «Let It Die»), Abd Al Malik (merveilleux), Amy Winehouse ou les joyeux KMG’s !

Ha oui, aussi un peu de Mika… Oui, oui, celui qu’on entend partout. (Et qui n'a rien à voir avec le jazz...)
Faut bien que les enfants aient leur mot à dire aussi.
Finalement, c’est pas si mal ce Mika.
Influencé par Freddie Mercury, ça c’est clair, mais aussi par Gilbert O’Sullivan, Leo Sayer etc…
Pop sympa et estivale.
Bon, passons… les enfants se sont rendormis.

Je repars sur Octurn et Pierre Van Dormael avec «North Country Suite» et «Spider’s Dance» de Dupont T pour rester dans le même esprit.
Deux albums excellents basés sur une recherche en profondeur, autant complexe qu’évidente. Du groove tout en polyrythmie.
Du grand art.

Sur place: Louis Sclavis («L’imparfait Des Langues»), dialogues intéressants et mélange des genres: le jazz, le rock, la musique contemporaine, l’électro…
Assez intrigant et interpellant tout ça.
Des espaces de liberté, des échanges, des discours surprenants…Il sait y faire Sclavis.

Dans un tout autre genre: Dee Dee Bridgewater et son «retour aux sources» avec «Red Earth».
Moi qui ne suis pas vraiment un fan de la belle chanteuse (jamais été aussi énervé par un jeu de scène aussi stéréotypé et crispant - entre meneuse de revue et chanteuse de variété américaine - que lors de son passage à Gand il y a deux ans!), je dois avouer que cet album est une belle réussite.
C’est sincère, c’est superbement chanté, c’est intelligent et sensible.
Elle mêle les chants africains (avec Baba Sissoko, Sherif Soumano et autres Ramata Diakité et Oumou Sangaré - Dieu! qu’elles chantent bien!) et des standards de jazz qui trouvent vraiment bien leur place ici: «Four Women» et «Afro Blue», par exemple…
Me voilà réconcilié avec Dee Dee.

red

Une autre jolie surprise, c’est Robert Mc Gregor.
Un jeune saxophoniste américain d’origine chinoise qui vient de publier son premier disque: «Refraction Of Light».
Entre hard bop et cool, ce jeune gars a le sens de la mélodie.
Et pour son style, on le sent fort influencé par Lee Konitz ou Warne Marsh.
Il est accompagné par un excellent pianiste qui semble le pousser à aller plus loin et qui lui répond, en tout cas, avec pas mal de mordant: Miro Sprague.
Un beau quartet - car c’est un quartet - qui peut devenir intéressant à mon avis …et un pianiste à tenir à l’œil (et à l’oreille).

Bon, il y a eu encore plein d’autres choses sous le soleil du sud: Ahmad Jamal, Coltrane, Miles, Art Tatum, Mélanie De Biasio, Archie Shepp etc…

Au retour: on reprend les mêmes en y ajoutant un peu de Ornette Coleman, Andreu Martinez, David Prez, Romain Pilon, Mingus, Rackham, Chris Joris, Bill Carrothers...

et Nougaro
Toulouse oblige !



La java.

Allez, pour le plaisir et pour conclure, une chanson de l’enfant du pays qui résume assez bien mes vacances, finalement.





A+

31/07/2007

Jazzques is back in town

Je ne me souvenais plus avoir laissé autant de bordel chez moi avant de partir en vacances…

Ce fut un plus grand choc que la pluie qui m’accueillit ou les factures qui m’attendaient dans la boîte aux lettres.

L’autre désenchantement fut aussi de devoir me rabattre sur une boulangerie qui fait un pain exécrable (je ne comprends pas comment cela est permis à la vente libre, ni pourquoi il y a autant de monde chez eux), car «La Normande», qui fait les meilleures baguettes, ficelles, croissants et autres petits pains au chocolat de Bruxelles, était encore… en «congés annuels»…

Ça, plus la reprise du boulot… c’est presque aussi fort qu’un lavage de cerveau.

Les vacances?
Ha oui…
Dans le Sud.

Je ne savais pas que j’allais atterrir à quelques kilomètres de Marciac.
J’y suis allé, bien sûr.
Bon, le festival commençait le jour où je quittais la région… Mauvais timing.
C’est con.
Je serais bien allé souffler les bougies de leur trentième anniversaire.

01

A la place, après avoir mangé une excellente tartine de rillettes et de boudin noir «maison» à la charcuterie Castay (je vous la recommande, c’est divin) accompagné d’un verre de Côte de Duras, j’ai emmené mes filles faire la visite du «Territoires du Jazz».
Sympathique exposition qui retrace (sans trop entrer dans les détails) l’histoire du jazz.
Musique, documents filmés, photos, affiches… le tout dans une décoration en phase avec l’époque racontée… C’est pas mal du tout.
Ça permet de se rafraîchir la mémoire.

C’est comme le petit bouquin de Philippe Hucher paru chez Librio: « Le Jazz».
On survole le jazz, ça se lit vite, c’est pas cher, on n’apprend rien de neuf (une bonne partie est reprise d’un précédent livre paru chez Flammarion en ’96,… alors, la mention «inédit» en couverture, ça fait sourire !)…
Bref, avec un pastis c’est sympa.

01

Par contre, un bouquin que je vous recommande, c’est « L’odyssée du Jazz» de Noël Balen.
Là, c’est du costaud.
C’est 700 pages de références, d’avis, de commentaires, d’histoire et d’histoires …
Ça se lit par morceaux.
On passe d’un chapitre à l’autre, on revient en arrière, on lit quelques lignes sur tel musicien, on replonge dans une autre époque… Une odyssée, en effet.
Avec ça et le «Dictionnaire du Jazz» (dans la collection Bouquins) vous voilà incollable!!! (Bon heuu… Pour ma part, laissez-moi encore un peu de temps quand même, car je suis loin d’avoir tout assimilé.)

Et puis, au petit-déjeuner, je lisais avec délectation quelques pages d’ « Ecrits sur le jazz» de Boris Vian.
Quelle plume! Quelle verve! Quelle insolence!
C’est jubilatoire.

La prochaine fois je vous parlerai de ce que j’ai écouté… et puis, on reviendra aux bouquins, car j’en ai encore quelques-uns en réserve, hé hé hé…

A+

21:33 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : livres |  Facebook |

13/07/2007

L'été et Jazz à Liège

C’est l’été, c’est les vacances.

Je suis sûr que vous passerez bien quelques jours sans moi.

Je vais aller chercher le soleil, avec mes filles, quelque part dans le Sud.

Profitez bien du Brosella ce week-end, de la fin du Blue Note Festival (une soirée spéciale Coltrane, ce lundi, avec Rashied Ali, Archie Shepp, Roswell Rudd, Jereon Vanherzeele), du concert du 20 juillet à Dinant (en prélude du festival Dinant Jazz Nights) avec Toots, David Linx, Stéphane Belmondo, Eric Legnini etc…, et de quelques concerts sympathiques du côté du Music Village ou du Comptoir des Etoiles, entre autres. (Et sans doute partout ailleurs aussi, cherchez bien…)

Bref, amusez-vous bien.
Moi, je vais profiter du soleil, du pastis, et en profiter aussi pour bouquiner et écrire mes chroniques pour Citizen Jazz…
Cool…

005

Tiens, puisqu’on parle de Citizen Jazz , vous pouvez toujours aller lire mon article à propos du Festival Jazz à Liège 2007, fraîchement paru cette semaine.

Sinon, allez-y, baladez-vous sur mon site, je vous laisse les clés.

A très bientôt.

22:07 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jazz a liege |  Facebook |

Blue Note Festival 2007 - 04

Après une journée «off» lundi (le festival avait laissé la place à l’arrivée du Tour de France), je suis retourné mardi à Gand pour écouter Stacey Kent.

Normalement, j’aurais voulu entendre aussi E.S.T., mais je ne pouvais pas être sur place plus tôt.
Dommage, car on m’a dit que c’était mieux qu’à Liège.

01

Stacey Kent, donc…
Il y a un petit côté suranné, un peu désuet, chez cette chanteuse.
Ce qui ne manque pas de charme, bien sûr, surtout quand elle interprète – très joliment – une vieille chanson de Gainsbourg.
La diction de la chanteuse anglo-américaine est charmante en français et parfaite en anglais (sur «If I Were A Bell» en particulier).

Souvent sur des mid-tempos, elle laisse son mari de saxophoniste, Jim Tomlinson, développer des solos moelleux qui ne feraient pas tache dans le lounge d’un grand hôtel de luxe où l’on s’ennuie en buvant un cocktail…
Maniant avec habileté second degré et humour, Stacey Kent sait aussi se faire sensuelle, comme sur «The Surrey With The Fringe On Top». Par contre, elle n’arrive pas, à mon avis, à mettre une réelle émotion sur «Never Let Me Go»...
N’est pas Shirley Horn qui veut…

Bref, du jazz qui ne fait de mal à personne. C’est bien là l’ennui.

02

Dernier concert de ce mardi: Charlie Haden qui venait fêter les 21 ans de son Quartet West.

À la place du regretté Billy Higgins, c’est Rodney Green qui tient les baguette.
Pour le reste, il s’agit du groupe d’origine: Ernie Watts au sax et l’excellent Alan Broadbent au piano.

Après un démarrage en souplesse et en douceur qui permet d’entendre une ou deux longues interventions du contrebassiste, le concert décolle un peu quand le groupe attaque «Child’s Play» dans un style «calypso».
Ernie Watts, qui me rappelle parfois Georges Coleman, s’emballe, lui aussi, dans un solo plein de ferveur.

Mais avec «Lonely Woman» on passe vraiment à la vitesse supérieure.

03

Le sax flirte avec le free tandis que Broadbent, dans une approche très ouverte aussi, s’engouffre dans une longue improvisation.
Après une attaque assez contemporaine, le pianiste déstructure totalement le thème avant de revenir vers un vamp exaltant.
Haden renchéri et Rodney Green se fend d’un solo puissant.

Le «West» a 21 ans et il se porte très très bien…

04

Mercredi, dans un chapiteau bien rempli où l’on avait retiré les chaises («All That Jazz ?» avec un «?» oblige) Erik Truffaz amorce son concert avec «Akiko» vitaminé à la jungle, puis invite Ed Harcourt pour «Red Clouds».
Le son est énorme et ça aide à faire passer le côté pop du projet.

Après «Snake Charmer Man» et «Next Door», le groupe propose un nouveau morceau, me semble –t-il.
Sur celui-ci, Marcello Giuliani s’offre un grand moment de basse qui donne des idées à Patrick Muller qui frappe son Fender «décapoté» avec frénésie.

Dans ce grand délire très libre, Marc Erbetta en profite pour expérimenter ses «sons de bouche».
Mi pitre, mi batteur, il n’en oublie pas d’imprimer un groove terrible.

A nouveau avec Ed Harcourt, le groupe interprète une version assez «roots» de «Nobody Puts The Baby In The Corner» qui évoque un peu la musique des bordels de la Nouvelle Orléans.
Retour à la gentille pop d’«Anonymous» avant le final un peu foutoir mais énergique à souhait: «Miss Kaba».
Un foutoir comme j'aime.
05

Ambiance planante et jazz atmosphérique, ensuite, avec Cinématic Orchestra.

Sur des thèmes très écrits et évolutifs, le saxophoniste (Tom Chant?) prend quelques libertés bienvenues avant que Heidi Vogel ne rejoigne le groupe.
La voix de la chanteuse est belle, très «lounge», ce qui sied très bien à cette musique aux tempos lents.

La plupart des morceaux joués ce soir sont tirés du dernier album du groupe: «Ma Fleur».
Sous l'impulsion de Jason Swinscoe, caché derrière son laptop, «To Build A Home», «Breathe» et autres chansons intimistes et mélancoliques rythment la soirée.

De temps à autre, le batteur Luke Flowers et le bassiste Phil France se permettent quelques dérives «soul/bop».

C’est sur la toute fin, et juste après leur tube «Evolution», que le Cinematic Orchestra laisse éclater quelques furieux groove… histoire d’annoncer DJ Shadow pour le dernier concert de la soirée (que je ne verrai pas... car parfois, il faut dormir.)

A+

10/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 03

Dimanche, sur le coup des cinq heures, le trio de Jef Neve entame de la troisième journée de concerts du festival.

01

J’ai l’impression que la musique du trio s’est encore resserrée et affinée pour aller droit à l’essentiel.
Bien sûr, Jef joue toujours sur cette tension qu’il fait évoluer. On retrouve toujours cette montée en apnée vers les sommets du groove.
Ce rythme incandescent instigué par le pianiste et excité par Teun Verbruggen (dm) et Piet Verbiest (cb).
Mais ici, les développements mélodiques semblent faire fi d’ornements excessifs.
Le jeu du contrebassiste est, lui aussi, plus acéré, vif et profond.

Le trio avait invité le trompettiste italien Flavio Boltro à le rejoindre sur scène.
Ce n’est pas lui, évidemment, qui calmera les ardeurs du groupe.

Le son du trompettiste est ample, parfois «gras», qui rappelle par moments Louis Armstrong.

Le trio (+ un) revisite quelques morceaux des précédents albums de Jef avant d’enchaîner sur «Doctor K» de Boltro.
Groove, swing, hard bop, le pianiste se déchaîne, ses doigts filent sur le clavier, Flavio en remet une couche, les notes déferlent, la trompette couine, hurle…

«Lacrimosa» calme le jeu un moment.
Cette mystérieuse et belle ballade mélancolique dans laquelle Boltro développe un jeu sensible à la «muted Trumpet» introduit un nouveau morceau: «Soul And A Picture».
Teun frappe sèchement.
Dans cette excitation, Piet garde une musicalité extrême, Jef s’envole et Boltro le suit vers l’infernal «Nothing But A Casablanca Turtle Slideshow Dinner».

Standing ovation.

02

Kurt Elling.
Charisme, classe, présence.
La voix grave, qui pourrait se rapprocher de celle de Frank Siantra, possède ce petit grain supplémentaire qui la rend singulière.
Sourire désarmant, contact facile avec le public, petite pointe d’humour dans la présentation, Kurt n’a plus qu’à dérouler ses ballades swinguantes ou ses bop agiles pour convaincre l’auditoire.

Bien sûr on peut le trouver un peu trop sucré par moments (lors de son interprétation de « Louise » de Jobim, par exemple), mais il est éblouissant sur «Resolution» de Coltrane ou sur «New Body And Soul» inspiré de Dexter Gordon.
Vocalises, scats et impros s’emmêlent. Dans ces moments-là, il me rappelle un peu Jon Hendricks.

Le chanteur laisse beaucoup d’espaces aux excellents musiciens qui l’accompagnent.
Laurence Hobgood, au piano, prend plus d’une fois des solos aux inflexions qui rappellent parfois Monk, et Willie Jones impose quelques impros vigoureuses aux drums.
Rob Amster quant à lui, assure un tempo toujours précis et profond.
Beau concert dans la tradition des grands chanteurs/crooners des années ’60… avec ce petit quelque chose en plus.

03

Avec Soledad, la fin d’après-midi prend une autre couleur.
Voilà le tango argentin.
Après un début très énergique, rendant hommage à Astor Piazzolla le quintet délivre un concert assez académique. Plus classique et virtuose que vibrant.
L’exécution est magnifique. Patrick De Schuyter (g), Manu Comté (violon) et Jean Frédéric Molard (accordéon) nous emmènent vers des chants mélancoliques, voire douloureux.
Les morceaux sont d’une infinie tristesse… mais parfois aussi assez prévisibles.
Le violon se fait un peu tzigane, mais l’ensemble reste souvent très doux, très sobre.
On flirte aussi parfois avec le romantisme (trop poli) sur un morceau où le piano (Eugène Galland) prend un peu plus de place.

L’arrivée de Philip Catherine (alibi «jazz» pour avoir sa place dans ce festival ?) amène un peu de légèreté à l’ensemble.
«Chin Chin» ou «Passage à 5» prennent de la couleur.
«Tanganika», de Catherine, fait un petit clin d’œil à Grappelli et Djnago, ce qui détend un peu l’atmosphère.

Bref, un concert plus «classique» que jazz en quelques sortes.

04

Et voilà le «clou» de la soirée: Chick Corea et Gary Burton.
Détendu, simple et souriant, le duo attaque directement un «Love Castle» très aérien avant de s’attaquer à un thème plus rapide.

Les échanges entre piano et vibraphone sont d’une extrême délicatesse.
Gary Burton, au look de grand père américain sorti tout droit d’un film de Spielberg, se tient droit comme un «i» et joue cependant avec nonchalance.
Mais quel jeu !
Surtout quand le concert s’emballe sur «Bud Powel» puis sur d’autres morceaux de Thelonious Monk («Blue Bolivar Blues» et «Four in One»).

Les deux complices s’amusent dans ces «chases» ludiques.
Corea enfile les notes cristallines sur un jeu parfois «stride».

Après avoir expliqué avec humour comment s’était concrétisée leur rencontre (lors d’une jam, après un festival, où eux seuls avaient répondu présent), Burton et Corea interprètent le morceau fétiche «Crystal Silence».
Légèreté, phrasé magnifique, le concert s’est chargé d’émotion.

Le duo termine en feu d’artifice et avec humour, en jouant ensemble du vibraphone.

Quelle belle journée…

A+