15/07/2008

Gent Jazz Festival - Day 3

Jour 3

Un 15 tonnes couché aux environs de Ternat et provocant plus de 11 kilomètres de files n’aura, cette fois-ci, pas raison de moi.
Je serai à l’heure à Gand!

J’arrive pile poil pour le début du concert d’Amina Figarova.
La pianiste Azerbaïdjanaise, qui a élu domicile aux Pays-Bas et qui fait le tour du monde plus d’une fois par an, est venue présenter son dernier album «Above The Clouds».

001

Autour d’elle, son sextette habituel : Bart Platteau (fl), Kurt Van Herck (ts, ss), Nico Schepers (t), Jeroen Vierdag (b) et le toujours très expressif Chris ‘Buckshot’ Strik aux drums.

Les compositions souvent lyriques et les arrangements ciselés, carrés, bien en place, sont soutenus par un bon groove. Car oui, ça groove et ça swingue plutôt bien.

C’est peut-être un peu ça la nouveauté chez elle ?
On la connaissait assez lyrique, et c’est toujours le cas, mais elle injecte, avec un peu plus d’affirmation
ici, ce léger swing dans les balades («Bagdad Story» ou «Summer Rain»)…
À l’inverse, sur des titres résolument bop («Chicago Split» ou «Blue Wonder»), où chacun des solistes peut dévoiler ses talents, on y retrouve toujours une ligne mélodique forte.

Les échanges raffinés entre le bassiste et le batteur, les solos tranchés de Kurt Van Herck ou de Nico Schepers, les interventions fantomatiques de Bart Platteau et les échappées franches ou romantiques de la pianiste trouvent leur place dans un ensemble à la cohérence parfaite.

002

C’est ensuite au tour de FES d’envahir la scène.
Envahir, c’est le mot, car avec leur gros son et leur groove souvent lourdingue, la bande à Peter Vermeersch impose bruyamment une musique qui se veut festive et iconoclaste. Jimi Tenor, en invité, n’ajoute pas à la subtilité.
On est loin de la démarche bien plus raffinée et amusante d’un Matthew Herbert Big Band, par exemple.
On navigue ici entre le brass-band, les beat electro, les clins d’œil aux musiques de James Bond ou des vieilles productions de la Hammer Films.
Petite déception de ce big band qui nous a habitué à bien mieux.

003

Pour terminer cette journée (sans pluie!) le site du Bijloke avait fait le plein.
Il faut dire qu’à l’affiche, il y avait Diana Krall.
Et ça, évidemment, ça ramène du monde. Et pas que des amateurs de jazz.
Bien sûr, le concert fut sans surprise.
La belle canadienne est pourtant détendue: elle plaisante, elle raconte sa journée à Gand tout en déroulant les «The Nearness Of You», «Let’s Fall In Love», «Exactly Like You» ou encore «Let’s Face the Music And Dance» avec élégance… mais décidemment sans étincelle.
Le plus intéressant dans l’histoire était sans doute le guitariste Anthony Wilson: précis, vif et inventif.

Un bon jazz de cocktail-party.

A+

12/07/2008

Gent Jazz Festival - Day 1 & 2

Jour 1

Encombrements, embouteillages, accidents disséminés sur la route et une pluie torrentielle m’ont empêché d’arriver à temps à Gand pour voir le concert d’ouverture du festival Gent Jazz.

C’est Pascal Mohy, en trio, le vainqueur des Django 2007 (catégorie Jeunes Talents), qui avait l’honneur d’ouvrir les festivités.
Et il paraît que c’était très bien…

Je suis donc arrivé pour la remise des prix du Django d’Or 2008.
Cette année, la récompense pour les jeunes talents était attribuée à Robin Verheyen.
Logique.
Et pour les «confirmés», c’est Dré Pallemaerts qui a remporté le trophée.
Les autres nominés étaient David Linx et Bart Defoort… (Choix cornélien… mais il ne faut qu’un vainqueur.)
La «Muse» (prix de la Sabam qui récompense une figure active dans le monde du jazz, qu’il soit journaliste, organisateur ou autre) fut remise méritoirement à Jean-Pol Schroeder de la Maison de Jazz à Liège.

C’est Pierre Van Dormael (Django 2007) qui enchaîna avec son groupe.
Hervé Samb à la guitare, Lara Rosseel à la contrebasse et David Broeders à la batterie.
Musique d’inspiration très roots, très blues, avec des accents parfois africains, parfois country-folk.
Musique assez cool et contemplative.
Musique qui coule entre les deux guitaristes qui s’échangent des improvisations mélancoliques et fatiguées.
La rythmique est, elle aussi, chaude, tendre et veloutée.
À entendre dans des endroits plus intimes, peut-être (même si le nombreux public du festival fut très attentif), ou bien calé chez soi… Si un album se réalise un jour (ce qui en vaudrait la peine).

Transition idéale entre la prestation de Van Dormael et celle d’Herbie Hancock qui doit suivre: Lionel Loueke.

Le Béninois, seul en scène avec sa guitare Godin, dont il exploite magnifiquement toutes les possibilités avec une subtilité et une sensibilité étonnantes, chauffe la salle doucement.
Entre compositions personnelles et re-travail sur des traditionnels Africains, il nous offre une somptueuse palette de couleurs. Auto-sampling, effets de voix, chants de griots, onomatopées, silences, nuances… Loueke se nourrit de jazz, de folk et de souvenirs pour libérer sa belle musique intérieure…

001

Place ensuite à Herbie Hancock.
Plutôt que de nous servir l’entièreté de son dernier album «River, The Joni Letters», le pianiste préfère nous inviter à partager plus de 40 ans de carrière.
Ce qui n’est pas pour me déplaire.
Début tonitruant avec «Actual Proof» (époque funk/fusion) avant de présenter ses musiciens : Loueke, bien sûr, Chris Potter (sax), Vinnie Colaiuta (dm), Dave Holland (aussi magnifique à la basse électrique qu’à la contrebasse) et les deux chanteuses, Amy Keys et Sonya Kitchell.

On a droit alors à deux titres tirés de «River».
Autant la voix de Kitchell est très typée FM, autant celle d’Amy Keys est très soul et R&B. À deux, elles mettent le feu quand même sur un «When Love Comes To Town» (de U2) dynamité !
Loueke est délirant. Colaiuta drive avec fougue, son jeu est plein de reliefs et de puissance. Potter déploie un son parfois acide, parfois rond, toujours vigoureux. Herbie s’amuse vraiment, passant du piano au Korg et injectant ponctuellement des phrases aussi groovy que vintage.
Quant à Holland, il est impérial.
Normal qu’on lui laisse l’entièreté de la scène après ça, pour un long morceau en solo.

Sans aucun artifice, sans sampling, sans effet, seul avec sa contrebasse, Holland déroule une improvisation des plus somptueuses.
Très grand moment !

Et puis, c’est le retour du groupe avec «Maiden Voyage», «Cantaloupe Island» et l’indétrônable «Chameleon» pour lequel Hancock ressort son Roland AX-7, comme au bon vieux temps des Head Hunters.
Que du bonheur !


Jour 2

Toujours autant d’embouteillages, Ring bouché et encore plus d’accidents sur l’autoroute !
Voilà qui m’empêche de voir Stefano Di Battista avec Greg Hutchinson (dm), Baptiste Trotignon (à l’orgue Hammond !) et Fabrizio Bosso (tp).
Je n’ai entendu que le dernier morceau.
Énergique à souhait… Entre Adderley et Horace Silver.
Frustrant !
Georges Tonia Briquet, hésitant à accentuer ma frustration, finit par m’avouer que ce fut bel et bien un concert fantastique. Ce que me confirma Jean-Pierre Goffin…
(Mais que faisaient tous ces gens sur l’autoroute !!??)

Heureusement, Trio Grande me rendit le sourire.
Je fus pourtant assez étonné de constater que leur prestation musicale fut très proche de l’album. Je m’attendais à plus d’impros.
Comme quoi, cette musique très éclatée, festive et sensible à la fois, est très écrite.
Devant un public assez étonné d’entendre ce genre de jazz hybride, Trio Grande impose petit à petit son univers.
Laurent Dehors jongle avec les clarinettes, flûtes, clarinettes basses et même une cornemuse plumée comme une oie…
Matthew Bourne plaque les accords délirants au piano, Michel Massot passe allègrement du trombone au tuba et Michel Debrulle déploie tout son savoir-faire aux percussions.
Il flotte un agréable parfum de bal populaire onirique sous la grande tente blanche.

002

 
Et voilà Pat Metheny !
A côté de la scène, un stand avec casquettes, t-shirts et mugs à l’effigie du guitariste est déployé.
Welcome to «jazz-business» !
Le vendeur fait aussi office de chien de garde et de délateur, scrutant pendant tout le concert les petits délinquants qui oseraient prendre une photo! Il n’hésite pas à les dénoncer! Car les photos sont interdites. Même pour les pros!
Imaginez que l’on retrouve la tête de Pat sur le fond d’une assiette à spaghettis ou sur un camée scellé dans une coquille d’huître au bout d’une jolie chaîne en laiton pour en faire un joli pendentif!
Tout ça, sans l’accord du businessman virtuose!? Impensable!
Son image est aussi protégée que celle de Tintin ou Mickey.

Reste la musique.
Après trois morceaux en solo (histoire de montrer sa belle collection de guitares), voilà enfin Antonio Sanchez (dm) et Christian McBride (b).
Et là, (ouf !), il y a du jazz.
Et du bon.
Du qui groove, qui pulse, qui s’échange, qui s’amuse.
Voilà le Pat Metheny que j’aime. Celui qui se défait du côté démonstratif. Celui qui va droit à l’essentiel.
Bien sûr, il joue beaucoup de notes et il ne laisse aucun espace, aucune respiration. Il est toujours à l’attaque. Il est sur tous les coups. Mais que c’est bon.

Et c’est encore meilleur quand Christian McBride sort du bois (et il ne faut pas grand-chose pour l’y pousser).
Quel jeu! Bluffant!
Il allie virtuosité, puissance et groove avec une aisance incroyable.
Pour un peu, c’est lui qui prendrait la vedette.

Mais Pat Metheny est aussi généreux… très généreux, car le concert, qui était sensé se terminer à minuit, se prolongea jusqu’à plus d’une heure du matin.

L’orage aura beau gronder très fort au-dehors, c’est à l’intérieur que le tonnerre éclata.
Et longuement.

(À suivre)

A+

Manolo Cabras sur Citizen Jazz

Si vous allez au Brosella ce dimanche, vous avez plus d’une chance de le voir sur scène.
Si vous suivez le jazz un peu partout en Belgique, vous risquez de le rencontrer souvent.
Et si vous  vous faites la même chose en France, cela peut vous arriver aussi…

Alors, mieux vaut savoir qui est Manolo Cabras.

L’interview pour Citizen Jazz est ici.
Ça peut servir.

Manolo Cabras3

 

A+

02:03 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, citizen jazz, manolo cabras |  Facebook |

07/07/2008

Trois festivals et un portrait.

Vous irez sans doute au festival Gent Jazz ?
L’affiche est belle, non ?

Mais… vais-je être conquis par Herbie Hancock? A part les morceaux avec Tina Turner, Wayne Shorter et surtout Leonard Cohen, je ne suis pas trop «fan» de son dernier album, pourtant encensé par une bonne partie de la critique. Heureusement, il paraît que pour cette tournée, il injecte quelques bons «tubes» d’antan.

 

 

Et Metheny? Vais-je enfin succomber?

J’avoue que ce que j’ai entendu de son dernier album m’a plutôt laissé une bonne impression…. Wait and see.

Bon, ça, c’est pour les petites interrogations. Pour le reste: Amina Figarova, Trio Grande, Saxophone Summit (avec Liebman, Lovano et Coltrane) FES & Jimi Tenor, ou encore Wayne Shorter… je m’y rends avec excitation.

 

Mais, vous serez peut-être au Brosella?

 

 

J’y serai aussi.
Si si… Le dimanche.
Il va quand même falloir jouer serré pour être l’après-midi près de l’Atomium et le soir au Bijloke.
Ici aussi, l’affiche est belle. Voire exceptionnelle !
Maria Schneider Orchestra, Rabih Abou Khalil… et… Paul Bley !! Immanquables !
Et aussi Mathilde Renault, Ben Sluijs, Les Doigts de l’Homme

 


Et la semaine suivante, vous serez aux
Dinant Jazz Nights?

 


 
 
Brazzavile, San Severino, Greg Houben et Julie Mossay, Rhoda Scott, les frères Belmondo et Milton Nascimento, Eric Legnini et… Toots Thielemans.
Tout ça, sur trois soirs. Dans le parc de l’Abbaye de Leffe.
Il y a des endroits plus sinistres, non ?
 
Puisqu’on parle des Dinant Jazz Nights, je vous invite à lire l’entretien que j’ai eu avec Jean-Claude Laloux.
C’est ici, sur Citizen Jazz.

Bon, on se rencontrera bien quelque part?

A+

05/07/2008

Augusto Pirodda Quartet - Sounds

Dans le numéro du mois de juin de Jazz Magazine (avec Zappa en couverture), Thierry Quénum regrettait le fait que l’on avait tardé à remarquer Giovanni Falzone en France.
Je partage son point de vue.

Il ne faudrait pas que l’on commette la même bévue avec Augusto Pirodda en Belgique.

Pirodda, je vous en avais déjà parlé ici.

Cette fois-ci, il était en concert en quartette (Ben Sluijs, Manolo Cabras et Marek Patrman) au Sounds le 20 juin. (Oui, je sais, c’était il y a plus de quinze jours maintenant, mais je n’ai pas eu le temps de trouver… le temps d’en parler.).

piroda DUO
Je suis arrivé au deuxième set (et sans mon appareil photo. Alors, je vous ai mis l’image de l’un de ses albums en duo avec un autre pianiste, Michal Vanoucek, enregistré en 2002 au festival de jazz de Nuoro ).

«Opa Tune», écrit par Marek est un morceau magnifique, basé sur un rythme qui hésite entre la valse et la milonga. Le dépouillement est quasi total, le groupe joue avec les silences, l’attente. Une ambiance assez ECM.

Les notes graves, en contrepoint très marqué, de Pirodda, finissent par rencontrer celles de l’alto de Ben Sluijs. Puis, elles se croisent, s’espacent, se recroisent à nouveau tandis que Marek ponctue sèchement les rencontres.

Petit à petit, tout s’emballe et le jeu devient bouillonnant.

L’originalité de Pirodda doit peut-être se trouver quelque part dans cette façon de mélanger une musique très physique avec des moments de romantisme aux accents toujours modernes. Son touché et son timing sont étonnants.
C’est ce qui fait sa force.

Sur «Waltz Cruise» ou «Seak Fruits», de manière singulière, il distribue les notes tranchantes que viennent adoucir les harmonies très inspirées du saxophoniste.

Une voix, résolument personnelle et originale que celle d’Augusto.
Difficile de lui trouver une quelconque filiation. Paul Bley, peut-être ? Antonello Salis ? Un peu de Cecil Taylor ?

C’est plein de tendresse et de délicatesse parfois. De mélancolie aussi…
Une pointe d’Hancock ? De Satie ?

Allez  savoir…

À tenir à l’oreille.

A+

27/06/2008

Trio Grande - Un matin... sur Citizen Jazz

Un matin plein de promesses, c’est quoi ?
un_matin_225

«Un matin plein de promesses», c’est le titre du dernier album de Trio Grande.
C’est à dire Michel Massot, Laurent Dehors te Michel Debrulle… et pour l’occasion: Matthew Bourne. Et c’est sorti chez De Werf.

Mais c’est quoi, un matin plein de promesses?

Pour le savoir (quoique le meilleur moyen, c’est encore de l’écouter), aller lire ma chronique parue sur Citizen Jazz.

A+

24/06/2008

Jazz à Liège - 2008

Je ne vais pas vous faire une revue trop détaillée du festival Jazz à Liège, car un article pour Citizen Jazz est prévu prochainement.
Vous n’aurez pas à lire deux fois la même chose. Non, ne me remerciez pas, c’est tout naturel.

Voilà donc quelques images et impressions.

J’avais décidé, cette année, de choisir mes concerts et de m’y tenir.
De les voir entièrement (du moins essayer) plutôt que de courir d’une salle à l’autre pour écouter ce qui s’y passe et risquer, finalement, de ne profiter de rien.

001

Premier concert, premier coup de cœur: Mélanie De Biasio.
Je sais qu’elle ne fait pas toujours l’unanimité (mais c’est là sa force), et pour moi, ce soir, son concert fut éblouissant! Et fascinant surtout.
Mélanie laisse énormément de place à la musique, aux ambiances et aux musiciens. Elle privilégie le son du groupe plutôt que de jouer «à la chanteuse». Elle va vraiment au bout de sa démarche. Contre vents et marrées. Grand coup de chapeau !
«Summertime», par exemple, était subjuguant !
002

Concert suivant: Andy Sheppard et son hommage à Gainsbourg.
Je me méfie toujours de ce genre de projets. Ce soir, pourtant, le « concept » tenait parfaitement la route.
Bien sûr, lorsque les thèmes du «beau Serge» deviennent trop évidents, je ressens une petite gêne. Mais elle est vite balayée par les impros qui suivent et les arrangements intelligents. Et le groupe, à la composition pourtant un peu hétéroclite (Michel Benita et NGuyên Lê se connaissent très bien, mais Sebastian Rochford ou Angelo Bruschini viennent d’un tout autre univers), fonctionne à merveille.
Si, en plus vous ajoutez l’étrange et sensuelle Ma Chenka au chant… on craque.
003

Avant le final avec Martial Solal, un passage chez Pierrick Pedron.
Quelle bonne idée! Ce quartette pète le feu! Hard bop, post bop et swing bien tassé. Le jeu de Pedron est explosif, précis et rapide. Avec Agulhon à la batterie, Vincent Artaud à la contrebasse et Laurent Coq au piano: «ça joue!», comme on dit.
Et pas un peu.
Voilà du bonheur simple. On en redemande.
005
Y a-t-il un superlatif supérieur à «génial»?
Je ne sais pas, mais en tout cas je n’hésiterais pas à l’employer pour définir le concert de Martial Solal.
Avec les frères Moutin, le pianiste français nous a servi un vrai grand concert de jazz. Moderne, intelligent, swinguant, subtil, intense et d’une musicalité extrême.
Sans aucun doute LE concert de ce festival.
Martial Solal? Mais oui, ça rime avec «génial».
004

Discussion sympathique au bar avec Pierrick Pedron et Frank Agulhon, avec Pascal Mohy et Greg Hoben et bien d’autres amis encore, avant de reprendre la route vers Bruxelles en écoutant l’excellent album «If Duo» de Bruno Angelini et Giovanni Falzone.

***

006

Samedi en début de soirée, dans le club des congressistes, je découvre Fabien Mary.
Le jeune trompettiste a tout compris du hard bop. Il a tout assimilé et tout digéré.
Avec son groupe (et son excellent guitariste Hugo Lippi) il délivre un jazz «classique» bourré de groove et d’énergie.
À revoir et à suivre de près. De très près.
007
Ensuite, dans la salle Dexia: Yaron Herman en trio.
Voilà encore un pianiste qui possède un univers personnel. Un univers qu’il fait partager en mêlant tradition et modernisme. En mélangeant musique classique et pop. Sans intellectualisme outrancier.
Les impros sont tendues, nerveuses et poétiques aussi.
Une poésie brute distillée à coup de petites mailloches qu’il utilise pour frapper son xylophone ou les cordes de son piano.
Fraîcheur et virtuosité.
Grand moment de plaisir !
008
Dans la grande salle du fond, Chris Joris a déjà entamé son concert.
Notre percussionniste passe des tambours au piano avec bonheur. Le groupe mélange jazz et musique africaine, et Baba Sissoko n’hésite pas à faire monter l’adrénaline en frappant son Tamani et en chantant avec une ferveur communicative. Eric Person prend quelques solos fulgurants au sax soutenu par un Bob Steward en belle forme.
La formule devrait tourner plus souvent: succès garanti.
009
Pour terminer: Abdullah Ibrahim en piano solo. Seul concert du festival où il est interdit d’entrer dans la salle lorsque le récital a commencé.
Car il s’agit d’un récital.
Tout se joue sur l’émotion, la retenue et l’introspection.
Le début est cependant assez laborieux. Ibrahim semble se chercher. Au bout de longues minutes, le jeu s’éclaircit un peu… Mais le pianiste sud-africain retombe rapidement dans des motifs répétitifs manquant de tension et même parfois d’intérêt. C’est superbement bien exécuté mais, contrairement au concert que j’avais vu à Flagey, il y a un an ou deux, celui-ci était plutôt… soporifique.

J’ai bien eu l’occasion, entre deux concerts (ou deux bières) d’aller écouter Nils Petter Molvaer, avec la désagréable impression d’entendre une musique qui a très mal vieilli, ou encore quelques moments du merveilleux duo Petra Magoni et Ferruccio Spinetti, que j’avais vu l’année dernière à Dinant, et que je trouve toujours aussi merveilleux.
J’ai l’occasion, d’ailleurs de discuter un peu avec eux après les concerts et il ne m’étonnerait pas qu’on les revoie encore prochainement en Belgique.
Et ça, ce ne serait pas pour me déplaire.

A+

23/06/2008

Première galette

Troisième rendez-vous entre bloggers. Après «les femmes de jazz» et «les contrebassistes», voici un sujet léger, qui sent bon les vacances: «Première galette»...

Une Madeleine, quoi.

**********

glenn
Je ne sais plus quand j’ai entendu «In The Mood» de Glenn Miller pour la première fois.

À son anniversaire?
À Noël?
Ou à la Saint Joseph?

Glenn Miller, c’est ce que mon père avait «le droit» d’écouter pour célébrer l’événement.
Ces jours-là, il pouvait écouter «sa» musique.
C’est sans doute lors d’une de ces fêtes que j’ai entendu mes premiers airs de jazz.

Plus tard, je me souviens avoir accompagné un oncle au concert que donnait le West Music Club dans la salle de l’école où j’allais. C’était encore le big band des débuts. C’était bien avant que Richard Rousselet ne s’en occupe.

Après cela, il y eut sans doute du Count Basie ou du Duke Ellington qui passaient de temps en temps sur le tourne-disque de mon père. Et dans son atelier, où la radio était perpétuellement allumée, j’ai entendu plus d’une fois «Take Five» de Dave Brubeck sur «Radio Hainaut»…

Plus tard, il y eut le jazz-rock (je ne savais pas que cela s’appelait ainsi) avec Chicago Transit Authority qu’avait ramené de je ne sais où, un de mes cousins.
C’était en ’69 ou ‘70.
Entre-temps, j’écoutais les Beatles, Simon & Garfunkel, Creedence Clearwater Revival, Dylan, Brassens, Brel… (Et d'autres trucs moins avouables.)

Puis, à l’ombre de la cathédrale de Tournai, j’ai découvert la «discothèque» (c’est comme cela que s’appelait la médiathèque à l’époque).
Là, j’allais fouiller et écouter des choses que je n’entendais pas à la radio: Tangerine Dream, Grateful Dead, Klaus Schulze, Soft Machine et aussi… du jazz.
J’ai loué et écouté Ellington, The Andrews Sisters, Cab Calloway, Lester Young, Art Blakey

Le vendredi soir, très tard sur FR3, il y avait le «Ciné Club de Minuit».
J’y ai découvert «Ascenseur pour l’échafaud», mais aussi «Shadows» de Cassavetes, les films noirs et les comédies musicales de Fred Astaire.

Tout ça, ça marque.

tatum
Et puis un jour, ça y est: j’achète mon premier album de jazz!
Art Tatum!

Pourquoi lui? Pourquoi celui-là? Où avais-je entendu son nom?
Est ce à cause de sa gueule un peu de travers? De son sourire triste? À cause de ce titre: «The Genius» ?

Voilà, c’est lui le premier.
Je l’ai écouté souvent, attentivement.
Ce piano qui sautille. Ce rythme insensé qui fait taper du pied. Ces échappées folles. Cette joie qui cache la douleur… Cette virtuosité facile…
Sur cet album, sorti chez « Black Lions Records », on retrouve «Kerry Dance», «Gang O’Notes», «Appolo Boogie», le célèbre «Allelujah» ou encore «Between Midnight And The Dawn».

Alors, régulièrement, le jazz est venu s’immiscer, un peu plus encore, entre Pink Floyd, Genesis, Patti Smith, The Who, Talking Heads, Marianne Faithfull, Joe Jackson ou XTC
Je faisais de la place pour Miles, Stan Getz, Ella Fitzgerald et même Mingus, avec qui pourtant je n’ai pas accroché tout de suite…
J’écoutais tout ça, sans vraiment savoir pourquoi.
C’était une réelle fascination du son, des rythmes étranges, des ambiances, des voix.

Une fois arrivé à Bruxelles, entre autres sorties bien éloignées du jazz, je me suis retrouvé parfois (et par hasard) au Pol’s ou au Travers. Sans savoir qui je venais écouter. Juste pour sentir cette ambiance enfumée, cette musique débridée. Peut-être aussi pour essayer de retrouver les parfums imaginaires des clubs de jazz vu dans des films américains.

i feel
Et puis un jour, Thelonious Monk meurt.

Divers artistes de la pop, du rock et du jazz lui rendent un hommage sur un double album: «The Way I Feel Know».
C’est à ce moment-là seulement, que je découvre que ce Thelo…, Thelio…, Thélonou… Thelonious (quel nom !) est l’auteur de «‘Round Midnight», que j’attribuais à Miles ! (Shame on me!)

Monk !
Mais qui est donc ce personnage que tout le monde vénère?
Il me faut un de ses disques! Avec une version de «‘Round Midnight», bien sûr!

monk

Ce sera: «At The Blackhawk».
Et là: la claque!
La grosse claque!
Ce type joue faux!?
Ses musiciens font n’importe quoi!?
Et ça me fascine. J’écoute, je réécoute. «Let’s Call This», «4 In 1», «Epistrophy»… Je n’en crois pas mes oreilles.
Monk m’ouvre un monde.
Ce type est fou et cela s’entend dans sa musique. Mais c’est une folie positive, une folie qui fait réfléchir, qui déstabilise, qui agit comme un miroir, qui nous fait nous interroger…

Qui est fou?

Bien sûr, Monk ne joue pas faux: il joue sa musique. Et quelle musique!

«Les ratés existent en tant que ratés quand on sait que Monk a revendiqué l’incertitude dans le choix de la note à jouer, et expliqué tout le parti que l’on pouvait tirer de l’erreur qui, comme le lapsus, ou la rencontre inopinée des mots, peut guider en des lieux inexplorés et faire foisonner les images.»
(in «Thelonious Monk» - Yves Buin – Le Castor Astral)

Une musique unique.

Alors, avec Monk, j’ai écouté la musique autrement. Je l’ai redécouverte.
Monk nous rappelle toujours que l’on doit s’empêcher de tomber dans les habitudes.

Depuis cet instant, je me suis intéressé de plus en plus au(x) jazz(s).
J’ai pris goût à Mingus (et comment !!), j’ai découvert Dolphy (re-claque), approfondi Coltrane, craqué pour Billie…  J’ai été fouiller chez les vieux (James P. Johnson, Willie The Lion Smith, Fats Waller…) pour mieux frissonner avec les modernes (Keith Jarrett, Charlie Haden, Chick Corea, Herbie Hancock…) et les autres, tous les autres…

Thank You Thelonious.
Thank you !

A+

_____________________


Sur le même thème, allez voir ce que mes petits camarades racontent:

Maître Chronique
Ptilou’s Blog
Jazz Frisson
Belette & Jazz
Jazz à Paris
 

00:24 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : thelonious monk, art tatum, glenn miller |  Facebook |

17/06/2008

Interview de Jacques Schwarz-Bart sur Citizen Jazz

Allons, allons, vous avez regardé assez de football à la télé!
Il est temps de revenir au jazz.

Un peu de lecture?
L’interview de Jacques Schwarz-Bart que j’ai réalisé pour Citizen Jazz, par exemple?

Jacques Schwartz-Bart_02

 

Pas de problème, c’est ici.

A+

15/06/2008

4 for Chet - Au Pelzer à Liège

Le 13 mai  dernier, c’était le triste anniversaire de la mort de Chet Baker.
Le 31 mai, un hommage lui était rendu au Jacques Pelzer Jazz Club, à Liège.
002

Quoi de plus normal que ce soit là?
Le Pelzer a pris place dans l’ancienne pharmacie que tenait le célèbre saxophoniste liégeois. Dans cette maison, Chet avait sa chambre réservée lors de ses nombreuses visites en Belgique. Et beaucoup se souviennent encore des interminables jams nocturnes qui se tenaient dans la cave.

Pour l’occasion, Jean-Pol Schroeder, infatigable cheville ouvrière de la Maison du Jazz à Liège, avait concocté un montage vidéo, fait de quelques films (parfois très rares) déniché dans ses archives.
La vie de Chet (du moins de ’58 à ’84) passe, non sans émotion, sur l’écran.

Mais l’hommage ne s’arrête pas là.

Greg Houben avait réuni pour l’occasion le guitariste Quentin Liégeois, le contrebassiste Bart De Nolf et Micheline Pelzer, fille de Jacques, qui fut témoin de cette grande époque puisqu’elle accompagna non seulement Chet, mais partagea aussi la vie de Michel Graillier, pianiste fidèle du trompettiste.
001

C’était touchant d’échanger quelques mots avec Micheline (oh, vraiment quelques banalités…il faudrait que je fasse mieux la prochaine fois), surtout que je suis en train de lire actuellement «La longue nuit de Chet Baker» (de James Gavin, chez Denoël) où les témoignages de musiciens qui l’ont côtoyé ne manquent pas.
Évidemment, dans ce livre, on met un peu trop en «valeur» le côté sombre du beau gosse…
Soit.
Chet restera Chet.

Et le concert s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse, sympathique et détendue.
«But Not For Me», «Daybreak», «Broken Wings» ou encore d’autres titres moins connus, comme «Maid In Mexico», se succèdent.
L’esprit du grand Chet est bien présent.
Ni imitation, ni relecture, mais une évocation sincère et personnelle.

Greg Houben au bugle ou au chant fait revivre le côté à la fois romantique et déchiré du trompettiste.
Quentin Liégeois souligne délicatement les mélodies chantantes, empreintes de mélancolie ou de sensualité.
La rythmique est sobre et subtile. Le son velouté de la contrebasse de Bart et le jeu amoureux, aux balais, de Micheline font merveille. Il faut dire que ces deux-là se connaissent bien aussi.

Steve Houben vient à son tour participer à cette fête de famille en quelque sorte.
Le plaisir des échanges musicaux entre le père et le fils est communicatif.
Le nombreux public (amis et fatalement connaisseurs) ne cache d'ailleurs pas son enthousiasme.

Après le concert, on profite du temps doux et du jardin aménagé en guinguette pour se remémorer le souvenir de Chet Baker et de ses amis liégeois.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
001

Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
002

Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

003
Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
004
Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
005

«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
006

Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
007

Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
008

Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
010

Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
011

VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

012

Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
013

Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

07/06/2008

Pascal Schumacher - Silbergrau sur Citizen Jazz

Une nouvelle chronique sur Citizen Jazz.
Cette fois-ci, il s’agit du dernier album de Pascal Schumacher.
C’est sorti chez Igloo (en septembre 2007 déjà…mais on sait qu’un disque de jazz, un bon, est fait pour durer), sous une très belle pochette signée, comme d’habitude, Michel Welfringer.
silbergrau_OK

Chronique à lire ici.

A+

14:20 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pascal schumacher, citizen jazz, chronique |  Facebook |

04/06/2008

The Unplayables - Jazz Station

Comme dans un petit avion qui décolle, on quitte doucement la terre.

Les deux saxophonistes, Ben Sluijs et Jereon Van Herzeele, jouent une mélodie douce.
Manolo Cabras, à la contrebasse, marque une pulsation régulière.
Marek Patrman éclabousse le thème de délicats coups de cymbales.
Erik Vermeulen saupoudre l’ensemble de quelques notes cristallines.
b001

Et puis, ça monte en intensité. Comme si tout se déglinguait.
On se demande si ce morceau va tenir?
Un chaos maîtrisé s’installe… les notes s’éparpillent… puis, retombent comme une fine poussière qui tourbillonne… et trouvent finalement un chemin.
C’était «Close» et «Perfect» extraits de la suite «A Set Of Intervals» sur le précédent album du Ben Sluijs Quartet «Somewhere In Between».

Ça commence fort.
Alors, Manolo et Ben introduisent, dans un esprit très lunaire, ce qui doit être, je pense «Whistling»… Mais Jereon vient jouer les trublions et impose petit à petit une insidieuse mélodie qui se transforme bien vite en improvisation incandescente.

C’est le mariage de l’eau et du feu.
C’est une douceur brute.
b003

Mais «The Unplayables» (c’est le nom de ce quintet), est capable aussi de lyrisme. Normal, si on connait un peu Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
«Scalewise» est très romantique, très printanier.
Bien sûr, on est loin de la banalité.
Les saxes, à l’unisson, lancent le pianiste vers un solo finement ciselé, tendre et subjuguant.
Là où certains jouent beaucoup de notes, Vermeulen les distille avec parcimonie.
Il les laisse respirer, joue avec le silence et son écho…
De même, ses lignes mélodiques, sur «The Unplayables» (merveilleux Ben Sluijs à la flûte), sont des oasis, des petits coins de ciels bleus, des moments de fraîcheur.

Frisson est garanti.

«Major Step», termine le premier set en explosion free, swing et post-bop nerveux.
«Harmonic Integration» ouvre le second sous la forme d’une valse nonchalante, suivi par «Where Is The Joy», qui joue beaucoup plus la carte du free jazz.
Des structures courtes, très ouvertes, des interventions incisives de la rythmique (Marek nous gratifiera plus tard un solo diabolique) et un Van Herzeele toujours prêt à s’échapper…
Le cœur bat vite.
b002

Alors, le final se joue tout en douceur.
Une flûte aux accents un peu orientaux ou indiens nous ramène dans une ambiance nocturne et introspective…

C’était le 21 mai à la Jazz Station.

A+

03/06/2008

Animus Anima - Jazz Rendez-vous - Théâtre Marni

Comme chaque trimestre, le Théâtre Marni et Travers Emotion organisent leur Jazz Rendez-vous.

Au programme cette fois-ci, Gaia Cuatro, Nicolas Kummert feat. Magic Malik et Animus Anima.
Il était prévu que le trio Fonda, Lopez, Angellini ouvre ce mini festival.
Malheureusement, pour des raisons d’organisation du trio, ce concert fut annulé et reporté à une date ultérieure… On attend ça avec impatience.
001

Place donc à Animus Anima.
Au premier abord, leur musique, entre free-rock et jazz progressif me rappelle un peu Polar Bear.
Mais la palette du groupe franco-belge est assez large que pour se limiter à cela.
On y retrouve des accents free, des plages très atmosphériques, des dérives iconoclastes et ironiques (voire cyniques), du blues aussi, parfois.

Après un premier morceau à la nervosité toute retenue, «Statue de la Liberté» se construit sur un rythme lent et hypnotique. La guitare de Benoist Heil joue le gros son, tandis que Etienne Plummer, à la batterie, imprime un tempo léger et galopant avec les balais. Nicolas Ankoudinoff lâche quelques phrases au travers d’un sax au son légèrement abrasif. Ambiance.

«Tobin le sagace» joue, lui, sur les contrastes. Après un début très intimiste, il se termine en implosion hystérique. Pascal Rousseau, qui a fait monter la pression au tuba tout au long du morceau, lâche son instrument pour pousser des hurlements stridents au micro. Pour crier sa rage d’un monde étouffant qui va de plus en plus vite. Trop vite.
002

Petit détour, ensuite, du côté de Hendrix ou de Ducret pour Benoist Heil sur «Sentir/Consentir», après une intro très bruitiste.
Puis un crochet  vers le blues/folk, avec une ballade emmenée par Pascal Rousseau au tuba bucolique. Comme un lutin à travers les bois, c’est lui qui montre le chemin et qui dessine les premiers contours d’une mélodie qu’Ankoudinoff incise de son sax acide, cette fois.

Plus tard, c’est un clin d’œil aux rythmes africains qui inspirent des polyrythmies insensées. Des breaks, des stop and go, des démarrages en trombe, des échanges vifs entre sax et batterie… le groupe se connaît bien et s’amuse.

Et pour finir, rendez-vous au «Cimetière des Innocents», long morceau méditatif, planant et organique.

Animus Anima distille décidément un climat bien particulier qui prend surtout son sens en concert. Dommage qu’il y  eût trop peu de monde…

Soyez là, la prochaine fois...

A+

01/06/2008

Mikkel Ploug Group - 17-05 - Sounds

Mikkel Ploug est un guitariste danois dont je ne connaissais pas grand-chose (je me souvenais seulement avoir lu  un billet de Mwanji l’année dernière).
Son groupe faisait une escale à Bruxelles, au Sounds, pour présenter son nouveau CD («Harmoniehof» chez Fresh Sound New Talent), avant de continuer vers Paris, Hambourg, Amsterdam, Berlin etc…
001

Trio à la base (Ploug à la guitare, Jeppe Skovbakke à la contrebasse et Sean Carpio aux drums), le groupe s’est vite offert les services du saxophoniste américain Mark Turner.
Raison supplémentaire pour aller tendre l’oreille du côté de la Rue de la Tulipe.

Un premier morceau au thème assez circulaire et manquant peut-être d’un peu de relief, installe une ambiance plutôt soft. «Enthousiasts» est un peu plus nerveux et permet au guitariste et au contrebassiste de «sortir» plus franchement… mais avec «Soft Spoken» on retombe dans l’esprit un peu paresseux du premier morceau.
003

Le jeu de Ploug est très doux, légèrement enrobé et du coup, ses riffs tombent parfois de façon assez insolite. J’ai une petite préférence sur ses interventions dans le dernier morceau du premier set («Logicunlogic»), nettement plus vives et affirmées, qui rappellent un peu Kurt Rosenwinkel dans les effets.

Mark Turner navigue, quant à lui, entre un son velouté et souple toujours très contrôlé.
Dans cette ambiance assez retenue, Sean Carpio a tendance à être un peu trop présent. Par contre, il est tout à fait exceptionnel quand «ça explose», et son solo, sur ce dernier morceau également, est d’une terrible efficacité.

Le deuxième set débute de façon bien plus «catchy».
Et tout le reste sera à l’avenant. Même si le second morceau («Harmoniehof») est une sorte de ballade/valse. Mais ici, Ploug se montre d’une sensibilité étonnante. Et le dialogue qui suit entre le bassiste et la batterie est un petit délice.
002

Et ça s’emballe ensuite sur un thème assez post-bop où Turner joue sur les intervalles avant de s’échapper dans une improvisation excitante. Pleine de justesse et d’ à-propos.
Tout s’ouvre et, entre les musiciens, un fluide passe. La musique flotte dans une spirale montante.
«Residentie» est découpé, la guitare est plus incisive.
Tout comme dans «Brekfast Special», plus joyeux.

Finalement, ce deuxième set était bien plus énergique, comme me le confirmeront Mikkel Ploug et Mark Turner (tous deux un peu fatigués par le voyage), avec qui je discute et partage une bière (ou deux?) après le concert.

Univers agréable et sans prise de tête, auquel il faut s’habituer un peu, avant d’en apprécier les subtilités qui se cachent derrière une simplicité illusoire.
Groupe à suivre.

A+

27/05/2008

Stéphane et Lionel Belmondo sur Citizen Jazz

Les frères Belmondo viennent de sortir leur dernier album.
Après une plongée dans la musique de Lili Boulanger, après l’hommage à Stevie Wonder et une collaboration avec Yusef Lateef, les voici en compagnie de Milton Nascimento.


3700426904223

Comparer cet album à «Native Dancer» - comme je l’ai lu, je ne sais plus où - est absurde.
L’album de Shorter et celui des Belmondo n’ont rien à voir.
Et il serait dommage de se priver de ce dernier.

 

Belmondo Bros+JC Laloux

Stéphane et Lionel Belmondo seront (avec Milton Nascimento, Thomas Bramerie, Dédé Ceccarelli et Eric Legnini) au prochain festival Dinant Jazz Nights (18,19 et 20 juillet). Ils sont un peu chez eux, là-bas...

Réservez déjà vos places ! 

 
J’ai eu l’occasion de les rencontrer.
L’interview, c’est ici

A+

26/05/2008

Maalouf - Naïm au Cirque Royal

Le Cirque Royal est quasi complet ce soir.
Il faut dire que le plupart des spectateurs sont venus pour écouter Yaël Naïm.
Comme mes filles, par exemple.

Moi, j’étais venu principalement pour la première partie, pour Ibrahim Maalouf.
001

Sur scène, le trompettiste franco-libanais est entouré de François Merville à la batterie, Youssef Hbeish aux percus, Eric Löhrer à la basse électrique, ainsi que d’un guitariste et d’un joueur de kanoun dont je n’ai pas retenu les noms.

Le son de la basse est hyper saturé sur le premier morceau, ce qui gâche pas mal le plaisir.
Le groove est pourtant bien là. Entre ethno-jazz et électro.

Maalouf revisite alors «Shadows», façon dub-reggae, avant de poursuivre avec «Diasporas», morceau titre de son récent album. Le trompettiste recherche les rythmes tribaux, aidé par l’excellent percussionniste. On sent l’envie de jouer à l’énergie. Et la salle répond avec enthousiasme.

Contraste ensuite, sur le morceau suivant, avec le son capiteux, voire étouffé, de la guitare.
L’ambiance reste cependant chaude et moite.
Maalouf échantillonne quelques notes, mélange l’Orient et l’Occident.
Puis, il demande au public de chanter une mélodie qu’il enregistre en vue de son prochain album.
On le sait, Ibrahim aime jouer avec les sons et les bruits qui l’entourent pour créer un monde musical bien à lui.
Attendons le résultat.

002

Après une brève pause, Yaël Naïm, et son fidèle compagnon de route David Donatien, investissent la scène avec un groupe où l’on reconnaît, entre autres, Laurent David (guitare) mais aussi un certain Xavier Tribolet, aux claviers (et parfois à la batterie aussi), qu’on a déjà vu aux côtés de Daniel Roméo ou encore Mimi Verderame et Bart Defoort

Entre ballades folk et pop acidulée, la jeune franco-israélienne déroule avec beaucoup d’humour, de sensibilité et de talent ses chansons.

Yaël Naïm possède une voix d’ange.
Elle est capable de monter dans des aigus avec élégance, de tenir la note avant de revenir vers un chant plus velouté, presque grave. Ça me fait penser parfois à Mara Carlyle.
Tantôt à la guitare, tantôt au piano, elle enchaîne les morceaux.
Elle reprend ainsi «Toxic» de Britney Spears que l’on préfère, et de loin, à la version originale.

Elle chante en hébreu («Si vous entendez de grrr et des brrr, ne vous inquiétez pas, c’est de l’hébreu», prévient-elle avec humour), mais aussi en français (chanson dans laquelle Tribolet injecte un son très «vintage» aux claviers).

Et après le méga tube «New Soul», la chanteuse et son complice David Donatien chauffent encore un peu plus la salle en lui demandant de chanter un tonitruant final.

Belle soirée.

Je comptais aller voir Ibrahim Maalouf le dimanche suivant à la Cathédrale Ste Gudule, en compagnie de Murcof et de l’Ensemble des Musiques Nouvelles.
J’ai bien eu l’occasion de discuter un peu avec lui avant le concert, mais… un cafouillage sur la liste de presse et un service d’accueil (?) assez intransigeant m’ont empêché de voir ce magnifique (j’imagine) concert…

C’est con, mais c’est comme ça.

A+

22/05/2008

Something Red In The Blue sur Citizen Jazz

Avant de parler (je suis un peu à la bourre) des concerts que j’ai vu (Ibrahim Maalouf, Mikkel Ploug, Animus Anima et Ben Sluijs...) je vous propose d’aller lire ma chronique d’un excellent album: «Something Red In The Blue» de Fabian Fiorini 3iO.
3io

C’est sorti chez Cypres et ça vaut vraiment le coup d’oreille.
D’abord, parce que c’est très bien et aussi parce que… c’est très bien.

A+

19/05/2008

Dee Dee Bridgewater au Bozar

J’ai enfin vu «A Malian Journey» sur scène.
Je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais du dernier album de Dee Dee Bridgewater et du plaisir que j’ai eu à l’interviewer.

J’avais déjà vu la chanteuse sur scène par deux fois. Et je dois avouer que la première ne m’avait pas plus ému que ça et que la deuxième fois m’avait carrément crispé (avec son projet «chansons françaises»).

Mais Dee Dee est versatile (à moins que ce ne soit moi?).
Et ce soir, au Bozar, elle m’a vraiment convaincu.
001
Alors, oui, bien sûr, elle parle. Elle parle beaucoup.
Mais son projet est tellement sincère, et ça se ressent, qu’elle a envie de le défendre jusqu’au bout.
Quitte à en faire trop.
Mais cette fois-ci, on ne lui en veut pas.

La salle (qui aurait mérité d’être encore plus remplie), est nimbée de fumée pour mieux faire ressortir les rais de lumières chaudes qui strient l’espace, comme des rayons de soleil qui passent au travers du toit d’une hutte.
Dans le fond de la scène, trois énormes tissus africains sont tendus.
On est dans une jungle chaude. Ou une oasis.

Yakouba Sissoko fait l’appel au tamani.
Les tambours résonnent au son de «Afro Blue» et Dee Dee apparaît.
Surprise: elle s’est totalement rasée les cheveux.
Elle est plus africaine que jamais. Et ça lui va terriblement bien.

004

Heureuse et pétillante, elle invite ensuite l’immense Kabiné Kouyaté à venir chasser les «Bad Spirits», puis la bouillonnante Mamani Keita à partager «Dee Dee» sur les doux accords de la kora de Cherif Soumano.

Puis, Edsel Gomez introduit sèchement «Footprints».
Il est rejoint par Lansiné Kouyaté au balafon, éblouissant de force et de précision.
On sent la tension monter.
Et ce n’est rien comparé à «Demissènw» (Children Go Round) qui entraîne la chanteuse dans une sorte de transe.
Elle a rappelé Mamani Keita, qui se lance dans une danse très suggestive.
Dee Dee fait lever la salle. La fait danser.
Minino Garay, tantôt à la batterie, tantôt aux percus, et Moussa Sissokho au djembé s’en donnent à cœur joie. Même Edsel Gomez s’envole dans des improvisations presque free.
Un vrai bonheur.

 003

Manipulant les sentiments comme jamais, Dee Dee et Kabiné nous offrent alors un déchirant «The Griots».
Minino Garay y injecte des rythmes beaucoup plus jazz, comme pour souligner que cette musique trouve ses racines là-bas, en Afrique. Ira Coleman, quant à lui, reste à l’affût.

Tout se mélange. Chants Maliens et scats.
Dee Dee enchaîne «Meanwhile», «Red Earth» ou encore un délirant «Compared To What»!

Le public fait un triomphe à la belle Américaine… Ou Africaine ?

Dee Dee semble réellement et sincèrement émue par cet élan frénétique.
Elle revient avec toute la bande pour un dernier morceau, plus explosif encore.
005

Elle n’a pas envie de quitter la scène.
Les lumières se sont finalement éteintes, mais Dee Dee continue à partager et à parler avec le public…

Non, elle n’a vraiment pas envie de quitter la scène.

A+

18/05/2008

Tuesday Night Orchestra - Band of Birds

Depuis le temps que Sergio me parle de ce formidable Big Band qui se produit chez lui chaque premier mardi du mois (d’où le nom «Tuesday Night Orchestra»), il fallait bien qu’un jour ou l’autre j’aille l’écouter.

Croyez-le ou non, je n’en avais jamais trouvé l’occasion auparavant...
Même si le TNO joue régulièrement aussi au Hopper à Anvers.

T_01

Mardi 6 mai, ça y est, j’y étais.

Dirigé par un sympathique et discret leader, Bart De Lausnay (tb), le Tuesday Night Orchestra joue la carte du swing énergique à fond. Ça joue vite, mais surtout, ça joue bien.

La plupart des morceaux sont des compositions personnelles de Tom Van Dyck ou des standards (ou assimilés) souvent arrangés par ce dernier ou par Wietse Meys (ts).
Tout ici est limpide, direct et d’une terrible efficacité.

La cohésion du groupe est évidente et cela permet à quelques solistes de se mettre en avant en toute confiance.

Pas étonnant, du coup, de voir débouler des solos nerveux (presque furieux) de Bruno Vansina (as) ou très volubiles de Steven Delannoye (ts).
De son côté, Tom Van Dyck, au sax baryton, fait vibrer par un jeu fluide et profond un éclatant «Yes Or No» de Wayne Shorter.
Et sur ce morceau, Michel Paré (tp) n’est pas en reste: jeu souple et tonique à la fois.

Dans le rang des trompettes, on s’en voudrait d’omettre les belles interventions d’Yves Fernandez  ou de Jean-Paul Estiévenart, plus
«Clifford Brownien» que jamais.

Plus loin, sur le très sensuel «Springwaltz», le trombone de Frederik Heirman se marie tellement bien à la contrebasse moelleuse et suave de Christophe Devisscher.
C’est vrai, il ne faudrait pas oublier la solide rythmique: Devisscher donc, mais aussi le drumming judicieux et attentif de Toon Van Dionant, ainsi que les interventions swinguantes, très inspirées et toujours mélodieuses d’Ewout Pierreux, caché dans le fond de la scène.
T_1

Trop d’éloge et d’enthousiasme?
Allez plutôt les écouter, vous verrez que j’exagère à peine.
Et puis, si le leader du Brussels Jazz Orchestra, Frank Vaganée, a décidé de produire l’album du Tuesday Night Orchestra, c’est qu’il possède quelque chose ce Big Band, non ?

Vous m’en direz des nouvelles.

A+

15/05/2008

Patrons de clubs - 1 - N'8'Jazz

Avant de revenir sur quelques-uns des derniers concerts  auxquels j’ai assisté (Thuesday Night Orchestra, Dee Dee Bridgewater et Ibrahim Maalouf - en avant-première de Yaël Naïm), place aux mots des patrons de clubs !

Hé oui, les Lundis d’Hortense ont «relooké» de très belle façon leur magazine, au point même de l’appeler maintenant «Jazz In Belgium». Dans la foulée, ils m’ont demandé de faire le tour des clubs belges et de les présenter en un court article.
Dans ce premier numéro, il s’agit du «Sounds» et du «N’8’Jazz»

Dans «Jazz In Belgium», on y trouve aussi des infos sur le «Jazz Tour», les différentes organisations de l’association, une interview d’un musicien (Teun Verbruggen par Manu Hermia), les dernières sorties CD’s et autres news… (On peut visualiser le magazine en PDF… mais en PDF… c’est pas pareil…)

Pour recevoir le magazine (trimestriel), il suffit d’en faire la demande aux Lundis D’Hortense : ldh@jazzinbelgium.org, et de verser 15 euros (15 euros, c’est rien et ça permet surtout de soutenir l’association des jazzmen belges) sur le compte 068-0704090-01.
000

Bref, en complément de ces articles, je vous proposerai l’interview des patrons de clubs mis «à l’honneur» lors de chaque parution.

Pour débuter cette série: Philippe Dethy, du «N’8’Jazz» à Mazy.
(Et dans quelques jours, vous pourrez lire l’interview de Sergio Duvalloni du «Sounds» à Bruxelles).

Stay tuned, comme on dit chez les d’jeuns…

___ 


Philippe Dethy - N'8'Jazz, Mazy - (Pour Jazz In Belgium)

003


Le club N’8’Jazz n’a pas toujours été situé à Mazy.

Non, au départ, nous étions à Spy, pendant douze ans. Et depuis fin 2005, nous sommes à Mazy.

Le club est né d’une envie personnelle?

Si tu veux. Au départ, en ’93, je faisais du théâtre. J’avais un atelier-théâtre là-bas, à Spy. C’était l’arrière-salle d’un bistro. Une salle magnifique qui était souvent peu occupée. J’ai donc eu l’idée d’organiser des concerts de jazz car, musicalement, c’était ce que je connaissais le mieux. Au départ, c’était 8 concerts par an. On avait un slogan qui disait «8 concerts au 8, Rue Haute». C’était l’adresse. Et les gens que je croisais par la suite me demandaient quand il y avait des concerts à «Jazz 8»? C’est ainsi qu’est venu le nom «Jazz 8», alors que nous n’avions jamais envisagé de baptiser l’endroit de cette manière. Mais on a gardé l’idée. Par la suite, il y a de la demande de la part des musiciens et aussi du public. Alors, on a augmenté la cadence jusqu’à 40 concerts actuellement. À cause de ça toute l’équipe a abandonné le théâtre pour organiser les concerts de jazz.

Pourquoi avoir changé d’endroit?

On a été viré ! L’ASBL de l’époque avait une dimension plus «sociale». Et certains trouvaient que le jazz était une musique d’intellos, de bourgeois, de notaires, médecins, dentistes etc… Ce qui est totalement faux. Mais il fallait un bâton pour battre le chien. Bref, nous avons trouvé miraculeusement un endroit à Mazy.

Endroit qui était une ancienne marbrerie...

Oui. La marbrerie de Mazy était connue dans le monde entier. Il y a du marbre de Mazy au Taj Mahal, à Versailles etc… Mais la veine s’est épuisée et la marbrerie est devenue une friche industrielle. Un ébéniste a acheté deux hangars pour y faire son atelier, avec l’idée d’utiliser son show-room comme salle évènementielle. Style : expos de peintures, de sculptures ou des concerts… Et nous avons investi l’endroit deux fois par mois environ.

Quand tu dis «nous», c’est qui?

Eh bien, ce sont les théâtreux, qui sont devenus des jazzeux. C’est Henriette, ma femme, Pascal, Michel et moi. Henriette s’occupe de l’accueil des musiciens, les autres sont techniciens, ils s’occupent du son et du décor. Et régulièrement, on engage des gens pour s’occuper du bar: des bénévoles.

Comment trouvez-vous les fonds pour organiser tout ça?

D’abord, il y a les bénévoles et les autres sont payés au «cachet», comme les artistes.

001

Vous êtes subventionnés?

Oui, heureusement. Par la communauté française avec qui nous venons de re-signer une convention de quatre ans. Cela couvre les frais les cachets des musiciens, les frais de pubs etc…

Difficile à obtenir?

Il y a beaucoup de paperasse à remplir, c’est sûr. Mais ça va. C’est une aide évidente ! On voudrait parfois aller un peu plus vite, plus loin. J’ai appris tout ça ici, à Mazy, car avant c’était une autre personne qui s’occupait des demandes… et qui me persuadait que je n’obtiendrai jamais grand chose de plus. Il avait tort. C’est du boulot, il faut savoir présenter un dossier… mais ça marche. Maintenant, nous avons aussi la lumière et le matériel son en prêt. C’est un beau coup de pouce!

Quelle est l’assistance moyenne?


Pour le moment, on tourne à 55 de moyenne. Avec des pointes à 130. On a baissé un peu par rapport à Spy. Car, au départ, le nouvel endroit n’était pas très confortable. Il était assez froid aussi. Maintenant, ça va, on a remédié à tous ces petits soucis et l’affluence remonte. Le bouche-à-oreille fonctionne fort. Dans un sens comme dans l’autre.
 
Le public est très local?

Non, ça vient d’un peu partout. Il y a des gens que l’on voit au coup par coup, et puis il y ales habitués. Il y a pas mal de gens de Gembloux, sans doute à cause du dynamisme du centre culturel de cette ville.

Y a-t-il une concurrence avec d’autres clubs dans la région?

Non, nous sommes seul dans la région. Mais il faut savoir que l’on draine le public du Barbant Wallon également. Ce sont des gens qui vont aussi bien à Bruxelles que chez nous. Donc, la région… c’est assez large. Mais on peut dire qu’on est les seuls dans le coin. Quoiqu’il y a le «Brassages» à Dongelberg qui vient de s’ouvrir…

002

Tu essaies de programmer des groupes différents de ce que l’on voit à Bruxelles?

Je ne me compare pas trop aux autres clubs, dont j’apprends la programmation assez tard, de toute façon. Donc, je fais ma programmation en fonction de mes goûts et de mon équipe qui était plus «rock» au départ. Il faut donc trouver des concerts qui leur plaisent aussi. Il n’est pas question qu’ils s’emmerdent non plus. Car sans eux, le projet n’existerait pas. Il faut que la musique leur ressemble aussi. Donc, je cherche des groupes qui montre que le jazz, ce n’est pas que le «jazz à papa». Que c’est une musique actuelle, contemporaine. Et moi-même, je me sens obligé d’aller chercher des groupes auxquels je n’avais jamais pensé. Puis, entre les musiciens, le bouche à oreille fonctionne aussi…

Comment définirais-tu le type de jazz que tu programmes?


C’est difficile à dire. Ça peut aller de Toine Thys à Animus Anima ou The Wrong Object. Donc, du jazz moderne, en quelques sortes. J’ai du mal avec les étiquettes. On propose parfois des projets un peu «branques» aussi, qui n’attirent pas nécessairement du monde. Je pense à Boespflug & Dagognet. Piano et trompette… tu vois le genre !

Il y a donc l’envie de faire connaître des groupes et de se faire plaisir?

Oui. Et si on invite des groupes étrangers, c’est parce qu’il n’y a pas de groupes qui jouent de cette façon en Belgique. Si c’est pour aller chercher un groupe français qui joue comme Octurn, pa exemple, autant prendre Octurn. On travaille aussi avec l’ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire) avec qui on a proposé «Bomonstre»: un trio de trombonistes ! Faut le faire aussi, ça… On aurait pu trouver un trio classique jazz ! (rires) Mais on trouvait le projet intéressant.

Tu t’occupes aussi de Nam' In Jazz?


Nam' In Jazz, c’est arrivé un peu par hasard. Au début, c’est le «Kot» d’étudiants de l’Unif qui avait décidé de monter un festival de jazz. Ils m’ont contacté pour que je leur donne un coup de main, pour les décors et la lumière. Car tout se passait dans un amphithéâtre de l’Unif. C’était il y a douze ans. Et depuis, on travaille ensemble. On a organisé des concerts dans des bistros, puis à l’Arsenal. Les festival a pris de l’ampleur. Quand on a été viré de Spy, on a monté une nouvelle ASBL qui s’est appelée N’8’Jazz, qu’on peut prononcer «Nuit Jazz». Et dans ce conseil d’administration, on retrouve trois anciens étudiants des débuts du festival. Des mecs qui ont mordu au jazz. C’est une rencontre qui s’est bien passée. Les rencontres, on adore ça.

Les rencontres, c’est un peu ce qui permet de s’en sortir un peu dans le jazz, non?

Oui. C’est la philosophie des petits bateaux. Petit bateau, plus petit bateau, ça fini par donner une belle flottille. Chacun s’y retrouve. Cette année, par exemple, mon grand plaisir était de travailler avec le Belvédère à Namur, qui est plutôt tendance rock. Ce fut une belle rencontre aussi. Et je crois que cette collaboration va perdurer. On a opéré des mélanges avec des publics différents.

En quatorze ans, tu as senti une évolution dans le jazz?

Dans la musique, oui. Elle est lente, mais elle existe. Les musiciens ne cherchent pas à faire du jazz, mais à faire leur jazz. Ça va dans tous les sens et je trouve ça très intéressant. Il y a beaucoup d’inventions. Même quand ils reprennent un standard. Quant au public, je ne sais pas. J’ai l’impression de voir toujours les mêmes têtes, mais je pense que ce n’est pas vrai. Il y a de plus en plus de jeunes qui s’intéressent au jazz. Mais je pense que c’est un mélange de tous âges. Et ça fait plaisir d’ailleurs de voir ce mix. Je devrais peut-être me pencher sur la question, via mes cartes d’entrées, peut-être.

Il y a différents tarifs?

Oui: étudiants et chômeurs, c’est 7 euros et les autres c’est 10. En sachant que c’est un tarif dégressif. J’essaie de proposer des cartes par trimestre.

C’est une sorte de carte de fidélité? Tous les concerts sont au même tarif?

Oui, que ce soit un groupe connu ou pas. Un trio ou un Big Band. C’est toujours pareil.

004

Mais au fait, comment es-tu «tombé» dans le jazz?

Je me suis trompé de porte (rires). C’est arrivé par hasard. Par la médiathèque. Vers 13 ou 14 ans, à l’époque où l’on écoutait Sheila, Claude François et Hallyday. Après une pièce de théâtre donnée à l’école, on nous a annoncé l’ouverture de la médiathèque (que l’on appelait alors: «La Discothèque») à Namur. On pouvait emprunter des disques pour 5 francs en s’abonnant. Je suis depuis, abonné à vie… et gratuitement ! Je suis donc allé dans le but de trouver Claude François et Johnny. Seulement, sur place, il n’y avait pas ce genre d’artistes. Il y avait un rayon «classique» très important, un rayon «jazz» assez limité et un rayon « Blues » encore plus restreint. Et c’était tout. Alors, j’ai emprunté des disques d’artistes dont le nom me disait quelque chose: Armstrong, Ella Fitzgerald… Et puis, quand j’ai ramené les disques, l’animateur (c’est comme cela qu’on appelait les responsables de l’époque) m’a demandé ce que j’avais aimé. Quel album j’avais préféré. Et il m’a proposé d’écouter tels autres disques. Et à chaque fois, il me demandait si j’avais aimé ou pas et me conseillait d’autres disques. De fil en aiguille, je me suis intéressé au jazz. Puis je me suis abonné à Jazz Hot, histoire de pouvoir discuter plus «intelligemment» avec le gars. Puis après, c’était amusant à l’école: j’étais le seul à écouter du jazz. Les autres écoutaient du rock. Alors on s’engueulait. Mais on s’échangeait les disques… Puis, le jazz-rock est arrivé. Et là, rebelote, on s’engueulait encore plus : «C’est du rock ! Non, c’est du jazz !»… Bref, on s’amusait bien.

C’est amusant, car j’ai fait un peu pareil, sans savoir exactement ce que j’écoutais. Je voulais surtout entendre autre chose que ce que l’on entendait à la radio. J’écoutais des trucs rock, électro, ambiant, jazz, country… Et toi, Henriette, c’est pareil?

Henriette - Moi, je suis entrée dans le jazz beaucoup plus tard. J’écoutais beaucoup de chansons françaises ou du rock. Quand j’ai rencontré Philippe, il m’a fait découvrir pas mal de choses en jazz. Mais j’ai surtout apprécié  le jazz en allant avec lui aux concerts. Car je trouvais presque inaudibles certains disques de jazz que me faisait écouter Philippe. Alors qu’en concert, ça passait mieux. Le fait d’avoir les musiciens en face de soi, de voir comment ils jouent, comment ils se regardent… on comprend mieux leur musique. C’était inouï.

C’est toujours le problème de la médiatisation, en quelques sortes. Les gens restent chez eux et écoutent ce qu’on leur fourgue dans les oreilles à longueurs de journées. Peu font l’effort d’aller écouter autre chose. Et aller écouter du jazz dans un club, ce n’est pas toujours évident, surtout la première fois.

C’est pour cela que noter public est constitué de gens curieux. Il en faudrait plus, bien sûr. Mais la plupart viennent pour découvrir. Ils font confiance à notre programmation. Ce ne sont pas tous des férus de jazz, il y en a quand même, hein… Mais tous n’écoutent pas Philippe Baron en prenant des notes (rires).

Henriette -  Il y a aussi des gens qui viennent au concert sans savoir qui joue le soir même. Mais ils savent qu’ils ne vont pas être déçus. Ils nous font confiance.

C’est gratifiant pour un club d’entendre ça, non?  Quels sont tes autres projets?

Les Routes de L’Est. Celles de l’Est de la France qui vont du Jura Suisse à la communauté Française de Belgique, en passant par Epinal, Metz, Nancy et même le Luxembourg. L’idée est de faire tourner des musiciens de ces régions-là et de les faire se rencontrer. On a conclu un accord avec le conseil de la culture en France. Cela nous a permis de faire venir en résidence 3 musiciens Suisses, Emilien Tolk Trio,  à qui nous avons proposé de travailler avec Nicolas Kummert. Cela s’est concrétisé par un concert fabuleux. Tu t’imagines, travailler pendant une semaine ensemble! Maintenant on aimerait que ce trio/quartette tourne un peu partout. On y  travaille.  C’est un jazz moderne, dynamique qui peut bien passer dans les clubs. Nous avons des contacts avec Nancy Jazz Pulsation et avec Metz aussi. Pour Bruxelles, nous travaillons avec Jules Imberechts et Christine Rygaert. On a des contacts aussi du côté de Liège. Tout ça se met en place et c’est excitant.  Sinon, le rêve est d’avoir un endroit bien à nous, pour pouvoir plus facilement organiser des concerts selon le calendrier des groupes, ou pouvoir refaire des résidences. Je pense que les groupes de jazz sont demandeurs de cette formule. On y travaille.


A+

12/05/2008

Dee Dee Brigewater sur Citizen Jazz

Je vous en avais déjà parlé: j’ai rencontré dernièrement Dee Dee Brigewater.
Hé bien voilà, vous pouvez lire son interview sur Citizen Jazz.

Dee Dee Bridgewater_04

Dee Dee sera en concert au Bozar ce mardi 13.
Bonne lecture et... bon concert…

A+

19:37 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dee dee brigewater, citizen jazz, interview |  Facebook |

10/05/2008

Narcissus - A la Jazz Station & au Sounds

Un peu de Robin Verheyen à la Jazz Station, un peu de Verheyen au Sounds.
Entre les deux concerts, j’aurais pu dire Verheyen aux Disquaires, Verheyen au Duc Des Lombards, Verheyen au Hot Club de Gand, etc…
Mais, pour le coup, je n’y étais pas.
Cela ne m’aurait pourtant pas déplu.

Robin vit à New York maintenant, alors il vaut mieux profiter au maximum de ses courts passages en Europe.

001

À la Jazz Station, j’étais passé «juste» pour boire un verre et le saluer.
Finalement, je suis resté jusqu’à la fin du concert.
Et même après.

Vous ai-je déjà dit que Robin ressemblait à une étoile filante?
Je me demande encore d’où il est parti (je me souviens de ses premières et prometteuses jams au Sounds) et où il arrivera?
S’il arrive un jour quelque part, car sa trajectoire semble sans fin.

C’est incroyable de voir (et d’entendre) sa progression entre chacun de ses concerts.
Tant dans son jeu personnel que dans sa capacité à cristalliser autour de lui un groupe.
Un vrai groupe.
Que ce soit avec  Bill Carrothers, Dré Pallemaerts, Remi Vignolo, Pierre Van Dorrmael, Giovanni Falzone, Bruno Angelini ou encore, comme pour ces deux soirs avec Narcissus : Jozef Dumoulin, Flin van Hemmen et Clemens van der Feen.

Avec Narcissus, on sent un groupe très soudé.
Il est vrai qu’ils se connaissent depuis longtemps déjà.

À la Jazz Station, il y eut «Piano Pieces», qui  rappelle l’esprit de Wayne Shorter, avec des impros invraisemblables. Une fougue maîtrisée. Une interaction magique entre le piano et le soprano. Jozef Dumoulin apporte au quartette de nouvelles couleurs. Différentes de celles de Harmen Fraanje qui faisait partie du groupe auparavant.
Quant à Flin van Hemmen à la batterie, il  joue tout en «hauteur», avec un touché fin et puissant à la fois.

002

Il y eut ensuite le très Coltranien «Meditation», d’une belle intensité, mais il eut aussi et surtout ce superbe morceau: «Bois Le Comte» !

«Bois Le Comte», avec son ostinato hostile au piano, avec l’archet inquiétant de van der Feen à la contrebasse, avec la batterie craquante qui évoque les branches sèches que l’on écrase sous les pieds en se baladant dans les bois. Avec le soprano qui souffle d’abord comme le vent dans les arbres, puis se mue en une mélodie plaintive qui se métamorphose avec frénésie et puissance en rage musicale, et qui finit par pousser des cris d’orfraie.

Tout ça, on y eut droit au Sounds.
Le même esprit, la même force, mais avec d’autres mots.

Au Soprano toujours, duquel il tire un timbre tellement personnel, Robin propose un «And There Was Light» de toute beauté.
Un thème modal d’une limpidité et d’une lisibilité fascinante.
Les impros sont tendues. Le dialogue avec Jozef est jubilatoire.
Quelques inflexions rappellent «Contemplation» de McCoy Tyner.
Et c’est captivant d’un bout à l’autre.

Même sur des arrangements complexes, le groupe arrive toujours à tirer la quintessence des mélodies. Tout est dosé, chaque musicien trouve sa place, le discours est fluide, sans redites ni bavardages inutiles.

Il y a souvent un «fond» de bop chez eux. On le ressent clairement dans l’énergique «New York One» qui permet à Robin de nous rappeler qu’il est également un fabuleux ténor.

Narcissus devrait bientôt enregistrer un nouvel album.
Et à mon avis, ce disque ne sera pas superflu.

À bon entendeur…

A+

08/05/2008

Diasporas sur Citizen Jazz

La chronique de l'album "Diasporas" d'Ibrahim Maalouf est on-line sur Citizen Jazz.

Vous pouvez la lire en cliquant ici.

 maaloufcd

Je vous rappelle que Maalouf sera en concert à Bruxelles, au Cirque Royal le 14 mai et à la Cathédrale Ste Gudule et St Michel, le dimanche 18 - pour un autre projet - en compagnie de l'Orchestre des Musiques Nouvelles et de Murcof.

 

A+ 

02/05/2008

Africa Jazz

Dernièrement, j’ai eu l’occasion de rencontrer Dee Dee Bridgewater, avec quelques amis de la presse écrite, pour parler de son projet actuel «Red Earth, A Malian Journey».

Dee Dee sera en concert aux Bozar ce 13 mai.

Vous avez peut-être déjà lu ma chronique de l’album sur Citizen Jazz. Vous aurez prochainement droit à l’interview de la chanteuse.

Après avoir parlé du Mali et de l’Afrique en général avec Dee Dee, j’ai ressorti 3 disques «Africains» dont je n’ai pas encore eu l’occasion de parler.

Le «moins récent» d’entre eux est celui de Dieudonné Kabongo:
«Kata Ndevu».

02
On connaît l’homme en Belgique pour l’avoir vu jouer la comédie au théâtre, dans ses one-man-shows ou encore au cinéma («Lumumba» de Raoul Peck  ou «Le couperet» de Costa Gavras, par exemple).
Le voici chanteur.
Bon, ici, on n’est pas vraiment dans le jazz, on est bien d’accord.
On serait plutôt dans la world ou la chanson africaine.
Parfois intimiste, voire minimaliste, la musique s’ouvre pourtant aux rythmes plus puissants.
Les percussions – derrière lesquelles on retrouve Chris Joris, Frank Michiels et Kabongo lui-même – résonnent alors dans un tourbillon presque hypnotique («Burundi» ou «Kutuntuka»).

Mais il s’agit surtout d’un album de chansons un peu pop («Shitaweza» soutenu discrètement par Cyril Orcel aux claviers), et il faut souligner le beau travail sur les voix. Ce sont elles surtout qui donnent du charme à l’ensemble.
Agréable.

01
Plus intéressant, plus «radical» peut-être, et plus «jazz» aussi : J’Afro’zz est un groupe formé par des musiciens Congolais qui allient musique traditionnelle et jazz.

Paul Ngoie, percussionniste et leader, emmène son petit monde dans une musique très solaire, joviale et dynamique.
Il a invité sur quelques titres Pierre Vaiana (ss), Fabrizio Cassol (as) ou encore Boris Tchango (dm) qui injectent aussitôt un «esprit jazz» plus marqué (sur «Bakubass» ou «Rencontre» entre autres).

Ailleurs, on ne reste pas insensible aux rythmes langoureux sur «Yves in Sorrow», qui donne à entendre le très beau jeu de Yves Monama à la guitare, soutenu par une ligne de basse ondulante de Claude Bakubama.

«Ngoma Tempo» est un album de jazz original et intéressant, car il n’est vraiment pas courant d’entendre la musique congolaise traitée de cette façon.

 

03
Bien différent encore de tout cela, c’est le projet de Eloi Baudimont et de Baba Sissoko: «Mali Mali».

C’est mon coup de coup de cœur depuis quelques mois déjà.
Il s’agit ici, de l’histoire d’une rencontre entre un Griot et un chef d’orchestre touche-à-tout.
Une belle histoire d’amitié et de musique entre le Mali et la Belgique.

Ce qui est particulièrement touchant dans «Mali Mali», c’est cette musique interprétée par la Fanfare amateur de Mourcourt et une quarantaine de choristes, tous aussi amateurs.
Je sais, on pourrait se méfier.
Mais on aurait tort.
Car ce disque est un véritable bijou de sincérité, de bonheur et de tendresse.
Il est magique.

C’est étonnant, comme le mélange de ces deux cultures fonctionne à merveille.
C’est émouvant de sentir l’application des choristes à faire «groover» les morceaux et de sentir chez eux ce côté hésitant, timide parfois, mais tellement chaleureux.

«Ebi» vous arracherait presque une larme.
«Tunga» ou «Masaya» ne peut que vous faire taper du pieds et claquer des mains. Si ce n’est pas danser.

Quant à la Fanfare, elle est éclatante de vie, de dynamisme et de sincérité.
Sans fard, sans prise de tête, sans crainte, mais avec un cœur «gros comme ça», elle peut tout se permettre. Et elle en profite.
Et ça marche.

Le disque est accompagné d’un DVD qui retrace le voyage d’Eloi Baudimont au Mali, ainsi que l’un des premiers concerts donnés à la Maison de la Culture de Tournai.
On en redemande !

Voilà donc un coffret (CD + DVD) que je vous recommande plus que chaudement.
(En plus, 1 Euro est reversé à l’association «Eau Vive» pour financer la construction de puits en Afrique de l’Ouest).

Bonheur et frissons garantis.

A+

27/04/2008

Sabin Todorov Trio - De Werf

On connaît bien Sabin Todorov comme excellent accompagnateur de chanteurs et chanteuses (il a longtemps sévi dans les Singers Nights au Sounds et lors du International Young Jazz Singers du Music Village).
Ils le disent tous: Sabin les soutient et les porte grâce à une qualité d’écoute exemplaire.

001

L’homme est sensible, fin, raffiné… presque timide.
Mais ce n’est pas parce qu’on est timide, qu’on n’a rien à dire.
Et Sabin a quelque chose à dire et à raconter.
C’est évident.
Alors, discrètement, au fil des années, il a choisi son trio et choisi ses thèmes. Il a rodé la formule l’année dernière lors des Jazz Tour des Lundis d’Hortense.
Et le voilà aujourd’hui avec un premier album et une tournée des JazzLab Series.

Direction De Werf, à Bruges pour découvrir son univers.

Le trio attaque avec un traditionnel Bulgare («Krivo»), très sautillant, entraînant et dansant, avant d’enchaîner avec «Red Carpet», une ballade lyrique aux notes scintillantes.

Le jazz de Sabin Todorov est fortement influencé par ses origines slaves.
On lui en voudrait, d’ailleurs, de ne pas en injecter dans sa musique.
C’est cela qui lui donne toute sa personnalité.

Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aussi à Bojan Z, parfois. Sur «The Field», par exemple. Ce morceau incisif souligne la cohésion du groupe, révèle le jeu sec et tranchant de Lionel Beuvens à la batterie, et met bien en valeur la basse ondulante, grave et sensuelle de Sal La Rocca.
002

Le trio se connaît bien et on le sent prêt à prendre des libertés, à se surprendre et à nous surprendre.
À ce titre, «Carambol» ou « Mirage » sont exceptionnels.
Ce dernier morceau, introduit magnifiquement par Sal, évoque la solitude, l’abandon et la froideur d’une nuit dans le désert.
Puis, comme un vent qui se lève, le piano et la batterie viennent rejoindre la contrebasse.
L’ouragan s’approche mais n’éclate pas et seul le piano reprend à son compte les fines notes orientales et nostalgiques du thème.
Puis tout s’agite à nouveau et le trio repart dans un jazz énergique et musclé.
Les improvisations sont riches en rebondissements, et se terminent cette fois par un solo de batterie. Un solo fabuleux qui reste dans l’esprit du morceau: groovy, nerveux et chaloupé.
Retour au thème et final explosif.
Brillant.
Magnifique.
003

Le deuxième set débute en piano solo.
Dans ces moments plus intimes, toujours mâtinés d’un esprit balkanique, Todorov révèle un touché sensible qui flirte avec Bill Evans ou Lennie Tristano.

On retrouve un peu cette influence, lors du rappel, sur «Eclipse», un morceau extrêmement dépouillé, très contemporain et assez débridé dans sa construction.
Tout cela est joué sans maniérisme, sans cliché mais avec une vraie personnalité.

Un trio à suivre, assurément.

Le disque de Sabin Todorov («Inside Story») vient de sortir chez Igloo.
Le groupe sera en concert au prochain festival Jazz à Liège dont l’affiche est, cette année encore, plus qu’alléchante.

Il faudra y être.

A+

20/04/2008

Alexandra Grimal Quartet au Sounds

Ce sont un peu tous les amis qui se retrouvent au Sounds ce jeudi soir.
Tous ceux qui se sont rencontrés à Den Haag.
Ils viennent de France, d’Italie, d’Espagne et de Belgique.
Ils sont tous venus écouter le concert du quartette d’Alexandra Grimal.
Comme moi.
005

Le groupe d’Alexandra a remporté l’été dernier le Tremplin Jazz d’Avignon, ce qui lui permettra d’enregistrer bientôt son premier album (aux studios La Buissonne) pour CAM Jazz.
Rien que ça !

Sur scène, il y a donc Alexandra Grimal au ténor et au soprano, Giovanni di Domenico au piano, Manolo Cabras à la contrebasse et Joao Lobo à la batterie.

Le premier morceau, assez percussif, joue beaucoup sur le rythme.
On frappe le piano, on griffe la contrebasse, on fait couiner le sax, on frotte la batterie. La musique ressemble à un écheveau que l’on démêle peu à peu. Le quartette joue sur la matière et les textures.
Puis, petit à petit, tout s’ouvre.
Le rythme se stabilise, le tempo se régule, la mélodie apparaît dans un ensemble énergique.

La ballade qui suit n’est pas moins innocente.
Alexandra déroule les notes veloutées avec juste assez d’âpreté pour accrocher l’oreille et ne jamais nous laisser insensible.
Il y a chez elle comme un fond de John Ruocco, de Wayne Shorter mais aussi de Mark Turner peut-être.
Une approche contemporaine sans refuser une certaine tradition.

Le groupe installe des climats tantôt nerveux, tantôt tendres et détendus.
La mélodie est prépondérante. Pas toujours évidente, jamais surlignée mais toujours implicite.
002

On retrouve parfois l’esprit de Monk (sur un morceau dont je n’ai pas retenu le titre), dans le jeu éblouissant de Giovanni di Domenico.
Mais le pianiste sait aussi alterner la souplesse et les accélérations vives.
Le touché est délicat et sensible. Ses attaques sont franches et il sait laisser gronder le piano avant d’aller recueillir ses notes aiguisées, pour en assouplir les arêtes.
006

Joao Lobo, tel un félin, reste toujours à l’écoute. Prêt à rebondir sur les thèmes.
Il donne un coup de griffes, un coup de patte et puis une caresse.
Il aime les sons étouffés qui donnent du contraste au jeu saillant de di Domenico ou de Manolo Cabras.

Une grande musicalité se dégage des compositions. Les thèmes sont riches sans être complexes. La musique est cependant très ouverte, mais de cette idée de liberté se dégage un certain lyrisme.
001

Par exemple, en début de deuxième set, le groupe joue le dépouillement presque total.
Au soprano, Alexandra égrène les notes, laisse respirer les silences.

Puis, sur le morceau suivant («Griox»), la tendance est beaucoup plus free, rappelant Ornette Coleman.
Ici, c’est la puissance et l’énergie qui parlent.
Cabras tire sur les cardes comme un fou, Lobo est explosif, Grimal et di Domenico se font tranchants.

Puis on revient à la ballade qui peu à peu monte en tension. On la chauffe à blanc. Les improvisations sont brûlantes. On éclate le thème, on déchiquette la grille… et au final, comme les feuilles d’automne qui s’envolent avec mélancolie, tout redevient douceur et apaisement.
003

Voilà un quartette qu’on aimera revoir plus souvent.
Les Parisiens auront la chance de le revoir bientôt aux Disquaires.
Et nous, on attend le CD avec fébrilité.

A+

18/04/2008

Ibrahim Maalouf & Marco Bardoscia sur Citizen Jazz

Dans le cadre des Nuits Botaniques, Ibrahim Maalouf sera en concert au Cirque Royal le 14 mai, en première partie de Yaël Naïm.

ArnaudWeil6

Le trompettiste libanais remettra le couvert le 18 à la Cathédrale Sainte Gudule, avec une formule qui ne devrait pas être inintéressante non plus, puisqu’il se produira avec Murcof (bidouilleur mexicain de musique électro-ambiant) et l’Ensemble de Musiques Nouvelles (entendu dernièrement avec Comelade, Pierlé, Truffaz, Vodenitcharov, etc... lors de Babel Live.)

Ibrahim Maalouf, qui est le seul au monde à jouer de cette trompette unique (quart de ton) vient de sortir « Diasporas », un album à l’univers bien personnel (entre jazz, électro, rythmes orientaux et traditionnels) que je vous conseille.
Vous ne connaissez pas bien Ibrahim Maalouf ?
Alors, allez lire l’interview que j’ai réalisée pour Citizen Jazz.

Image 1

Et puis, toujours sur Citizen Jazz, (ha ! ça bosse en ce moment, hein !?) vous pouvez lire ma chronique de l’album «Opening» de Marco Bardoscia.
C’est ici.
Frais, instantané et groovy, « Opening » est un très bon album.

J’avais vu Bardoscia et son groupe au Sounds il y a quelques mois déjà.
Un très bon souvenir.

A+

15/04/2008

Philip Catherine sur Citizen Jazz

Philip Catherine sera en concert à Flagey le 26 avril.
Il présentera son nouvel album « Guitars Two ».
Album solo d’une grande délicatesse.
guitars_2_225

Vous pouvez lire ma chronique pour Citizen Jazz en cliquant ici.

A+

21:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : flagey, philip catherine, citizen jazz, chronique |  Facebook |

13/04/2008

Hommage à Paolo Radoni - Jazz Station

Jeudi 10 avril, la Jazz Station déborde.
Ça déborde de monde et pourtant, l’ambiance est assez recueillie.
Ni sombre, ni triste, ni sage… juste recueillie.
Émue surtout.
Il y a comme un parfum de spleen qui flotte dans l’air.

Ce soir, c’est un concert hommage à Paolo Radoni.
Plus de trois mois après sa disparition, l’émoi est encore palpable, le choc n’est pas encore dissous.

Presque tous ceux qui ont joué, appris, aimé, parlé ou croisé Paolo sont là.
Après le concert du Sounds le 29 décembre, ils se sont à nouveau réunis pour lui rendre un hommage. Encore un. Mais, y en aura-t-il jamais assez ?

Sur scène, il y a les guitaristes, bien sûr, Paolo Loveri, Quentin Liegeois, Jacques Pirotton, Hans Van Oost, Victor Da Costa, Hendrik Braeckman…rassemblés autour de Peter Hertmans pour jouer ensemble «Hannie’s Dream» et «Ballad For Leo».
001

Il y a aussi Alexandre Furnelle, qui dirige les opérations, Bruno Castellucci, Jean-Louis Rassinfosse, Bas Cooijmans, Ron van Rossum, Jan De Haas
Michel Herr est là aussi (magnifique de lyrisme sur «Elegia»), Christine Schaller et Ben Sluijs également (que l’on retrouve dans un registre qu’il avait un peu laissé de côté ces derniers temps; un jeu tout en souplesse, lumineux et velouté).

La fidèle Chrystel Wautier chantera avec beaucoup d’émotion et de sensibilité «Luiza» (que Paolo considérait comme le chef-d’œuvre de la musique brésilienne), «Moon River» et le très beau «Let Me Hear A Simple Song» écrit pour elle par Paolo.

Dans l’assistance, on croise Henri Greindl, Laurent Blondiau, Véronique Hocq, Michael Blass et tant d’autres…
Sur Scène, on retrouve Pirly Zurstrassen, en duo avec le violoniste Michel Pieters, pour un superbe et onirique «Cupid’s Wing». Quel beau moment!

Autre grand moment, intense et profond, avec le duo de Frank Wuyts (au piano) et Denis Van Hecke (au violoncelle) pour une improvisation sur un poème de Daniel de Bruycker: «Paolo’s Blues». Paroles fortes et jeu très dense. Du très grand art.

Mais le moment le plus poignant de cette soirée restera, pour moi, la performance de Julie Jaroszewski.
En duo d’abord, avec le subtil pianiste Charles Loos, pour chanter «What Is Left?»
Julie ne chante pas, ne raconte pas, ne parle pas… elle vit ce poème qu’elle a écrit pour l’occasion.
Le texte est poétique et sensible, mais son interprétation le rend encore plus bouleversant.

« What is left
When everything is done
The reminder of how a man
Let the wind cry in his body
And how he could
Disappear
Lose his name
To let the wind sing
And speak through him.

And when a man is gone
The wind is still singing
An old story
From an old country
Everyone has forgotten
But everyone is missing

What is left
When the man is gone
Just a free wind
Without a voice
Who’s asking for your heart
To let it sing inside your blood
An old story
From an old country
Everyone has forgotten
But everyone
Is missing
A lot. »

©Julie Jaroszewski

Et puis, quand Julie chante un blues mâtiné de soul, c’est aussi puissant de sincérité, de vérité et d’engagement. Un engagement qui me rappelle Ursula Rucker, cette artiste dans la lignée des Gil Scott Heron, Eric Mingus ou encore Jalal Mansur Nuriddin (Last Poets),  qui mélange jazz, hip hop et spoken words, pour défendre bec et ongles les petites comme les grandes causes. C’est un autre registre que celui de Julie, bien sûr, mais l’esprit est le même.
Regardez cette video pour vous faire une idée.



Vérité, humanité, tendresse, luminosité, sourire et vague à l’âme.
Ce soir, la musique ressemblait tellement à Paolo.

De là haut, il doit verser une petite larme.

Pas autant que nous, Paolo, pas autant que nous.

A+


PS: pour l’occasion, Les Lundis d'Hortense ont réédité un album enregistré par Paolo Radoni en 1981 en trio: «Funny Ways». J’y ai découvert un petit bijou: «Milano Per Caso».
Il n’y a que 200 copies. En reste-t-il? Demandez-le vite aux Lundis.