26/05/2008

Maalouf - Naïm au Cirque Royal

Le Cirque Royal est quasi complet ce soir.
Il faut dire que le plupart des spectateurs sont venus pour écouter Yaël Naïm.
Comme mes filles, par exemple.

Moi, j’étais venu principalement pour la première partie, pour Ibrahim Maalouf.
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Sur scène, le trompettiste franco-libanais est entouré de François Merville à la batterie, Youssef Hbeish aux percus, Eric Löhrer à la basse électrique, ainsi que d’un guitariste et d’un joueur de kanoun dont je n’ai pas retenu les noms.

Le son de la basse est hyper saturé sur le premier morceau, ce qui gâche pas mal le plaisir.
Le groove est pourtant bien là. Entre ethno-jazz et électro.

Maalouf revisite alors «Shadows», façon dub-reggae, avant de poursuivre avec «Diasporas», morceau titre de son récent album. Le trompettiste recherche les rythmes tribaux, aidé par l’excellent percussionniste. On sent l’envie de jouer à l’énergie. Et la salle répond avec enthousiasme.

Contraste ensuite, sur le morceau suivant, avec le son capiteux, voire étouffé, de la guitare.
L’ambiance reste cependant chaude et moite.
Maalouf échantillonne quelques notes, mélange l’Orient et l’Occident.
Puis, il demande au public de chanter une mélodie qu’il enregistre en vue de son prochain album.
On le sait, Ibrahim aime jouer avec les sons et les bruits qui l’entourent pour créer un monde musical bien à lui.
Attendons le résultat.

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Après une brève pause, Yaël Naïm, et son fidèle compagnon de route David Donatien, investissent la scène avec un groupe où l’on reconnaît, entre autres, Laurent David (guitare) mais aussi un certain Xavier Tribolet, aux claviers (et parfois à la batterie aussi), qu’on a déjà vu aux côtés de Daniel Roméo ou encore Mimi Verderame et Bart Defoort

Entre ballades folk et pop acidulée, la jeune franco-israélienne déroule avec beaucoup d’humour, de sensibilité et de talent ses chansons.

Yaël Naïm possède une voix d’ange.
Elle est capable de monter dans des aigus avec élégance, de tenir la note avant de revenir vers un chant plus velouté, presque grave. Ça me fait penser parfois à Mara Carlyle.
Tantôt à la guitare, tantôt au piano, elle enchaîne les morceaux.
Elle reprend ainsi «Toxic» de Britney Spears que l’on préfère, et de loin, à la version originale.

Elle chante en hébreu («Si vous entendez de grrr et des brrr, ne vous inquiétez pas, c’est de l’hébreu», prévient-elle avec humour), mais aussi en français (chanson dans laquelle Tribolet injecte un son très «vintage» aux claviers).

Et après le méga tube «New Soul», la chanteuse et son complice David Donatien chauffent encore un peu plus la salle en lui demandant de chanter un tonitruant final.

Belle soirée.

Je comptais aller voir Ibrahim Maalouf le dimanche suivant à la Cathédrale Ste Gudule, en compagnie de Murcof et de l’Ensemble des Musiques Nouvelles.
J’ai bien eu l’occasion de discuter un peu avec lui avant le concert, mais… un cafouillage sur la liste de presse et un service d’accueil (?) assez intransigeant m’ont empêché de voir ce magnifique (j’imagine) concert…

C’est con, mais c’est comme ça.

A+

22/05/2008

Something Red In The Blue sur Citizen Jazz

Avant de parler (je suis un peu à la bourre) des concerts que j’ai vu (Ibrahim Maalouf, Mikkel Ploug, Animus Anima et Ben Sluijs...) je vous propose d’aller lire ma chronique d’un excellent album: «Something Red In The Blue» de Fabian Fiorini 3iO.
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C’est sorti chez Cypres et ça vaut vraiment le coup d’oreille.
D’abord, parce que c’est très bien et aussi parce que… c’est très bien.

A+

19/05/2008

Dee Dee Bridgewater au Bozar

J’ai enfin vu «A Malian Journey» sur scène.
Je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais du dernier album de Dee Dee Bridgewater et du plaisir que j’ai eu à l’interviewer.

J’avais déjà vu la chanteuse sur scène par deux fois. Et je dois avouer que la première ne m’avait pas plus ému que ça et que la deuxième fois m’avait carrément crispé (avec son projet «chansons françaises»).

Mais Dee Dee est versatile (à moins que ce ne soit moi?).
Et ce soir, au Bozar, elle m’a vraiment convaincu.
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Alors, oui, bien sûr, elle parle. Elle parle beaucoup.
Mais son projet est tellement sincère, et ça se ressent, qu’elle a envie de le défendre jusqu’au bout.
Quitte à en faire trop.
Mais cette fois-ci, on ne lui en veut pas.

La salle (qui aurait mérité d’être encore plus remplie), est nimbée de fumée pour mieux faire ressortir les rais de lumières chaudes qui strient l’espace, comme des rayons de soleil qui passent au travers du toit d’une hutte.
Dans le fond de la scène, trois énormes tissus africains sont tendus.
On est dans une jungle chaude. Ou une oasis.

Yakouba Sissoko fait l’appel au tamani.
Les tambours résonnent au son de «Afro Blue» et Dee Dee apparaît.
Surprise: elle s’est totalement rasée les cheveux.
Elle est plus africaine que jamais. Et ça lui va terriblement bien.

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Heureuse et pétillante, elle invite ensuite l’immense Kabiné Kouyaté à venir chasser les «Bad Spirits», puis la bouillonnante Mamani Keita à partager «Dee Dee» sur les doux accords de la kora de Cherif Soumano.

Puis, Edsel Gomez introduit sèchement «Footprints».
Il est rejoint par Lansiné Kouyaté au balafon, éblouissant de force et de précision.
On sent la tension monter.
Et ce n’est rien comparé à «Demissènw» (Children Go Round) qui entraîne la chanteuse dans une sorte de transe.
Elle a rappelé Mamani Keita, qui se lance dans une danse très suggestive.
Dee Dee fait lever la salle. La fait danser.
Minino Garay, tantôt à la batterie, tantôt aux percus, et Moussa Sissokho au djembé s’en donnent à cœur joie. Même Edsel Gomez s’envole dans des improvisations presque free.
Un vrai bonheur.

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Manipulant les sentiments comme jamais, Dee Dee et Kabiné nous offrent alors un déchirant «The Griots».
Minino Garay y injecte des rythmes beaucoup plus jazz, comme pour souligner que cette musique trouve ses racines là-bas, en Afrique. Ira Coleman, quant à lui, reste à l’affût.

Tout se mélange. Chants Maliens et scats.
Dee Dee enchaîne «Meanwhile», «Red Earth» ou encore un délirant «Compared To What»!

Le public fait un triomphe à la belle Américaine… Ou Africaine ?

Dee Dee semble réellement et sincèrement émue par cet élan frénétique.
Elle revient avec toute la bande pour un dernier morceau, plus explosif encore.
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Elle n’a pas envie de quitter la scène.
Les lumières se sont finalement éteintes, mais Dee Dee continue à partager et à parler avec le public…

Non, elle n’a vraiment pas envie de quitter la scène.

A+

18/05/2008

Tuesday Night Orchestra - Band of Birds

Depuis le temps que Sergio me parle de ce formidable Big Band qui se produit chez lui chaque premier mardi du mois (d’où le nom «Tuesday Night Orchestra»), il fallait bien qu’un jour ou l’autre j’aille l’écouter.

Croyez-le ou non, je n’en avais jamais trouvé l’occasion auparavant...
Même si le TNO joue régulièrement aussi au Hopper à Anvers.

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Mardi 6 mai, ça y est, j’y étais.

Dirigé par un sympathique et discret leader, Bart De Lausnay (tb), le Tuesday Night Orchestra joue la carte du swing énergique à fond. Ça joue vite, mais surtout, ça joue bien.

La plupart des morceaux sont des compositions personnelles de Tom Van Dyck ou des standards (ou assimilés) souvent arrangés par ce dernier ou par Wietse Meys (ts).
Tout ici est limpide, direct et d’une terrible efficacité.

La cohésion du groupe est évidente et cela permet à quelques solistes de se mettre en avant en toute confiance.

Pas étonnant, du coup, de voir débouler des solos nerveux (presque furieux) de Bruno Vansina (as) ou très volubiles de Steven Delannoye (ts).
De son côté, Tom Van Dyck, au sax baryton, fait vibrer par un jeu fluide et profond un éclatant «Yes Or No» de Wayne Shorter.
Et sur ce morceau, Michel Paré (tp) n’est pas en reste: jeu souple et tonique à la fois.

Dans le rang des trompettes, on s’en voudrait d’omettre les belles interventions d’Yves Fernandez  ou de Jean-Paul Estiévenart, plus
«Clifford Brownien» que jamais.

Plus loin, sur le très sensuel «Springwaltz», le trombone de Frederik Heirman se marie tellement bien à la contrebasse moelleuse et suave de Christophe Devisscher.
C’est vrai, il ne faudrait pas oublier la solide rythmique: Devisscher donc, mais aussi le drumming judicieux et attentif de Toon Van Dionant, ainsi que les interventions swinguantes, très inspirées et toujours mélodieuses d’Ewout Pierreux, caché dans le fond de la scène.
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Trop d’éloge et d’enthousiasme?
Allez plutôt les écouter, vous verrez que j’exagère à peine.
Et puis, si le leader du Brussels Jazz Orchestra, Frank Vaganée, a décidé de produire l’album du Tuesday Night Orchestra, c’est qu’il possède quelque chose ce Big Band, non ?

Vous m’en direz des nouvelles.

A+

15/05/2008

Patrons de clubs - 1 - N'8'Jazz

Avant de revenir sur quelques-uns des derniers concerts  auxquels j’ai assisté (Thuesday Night Orchestra, Dee Dee Bridgewater et Ibrahim Maalouf - en avant-première de Yaël Naïm), place aux mots des patrons de clubs !

Hé oui, les Lundis d’Hortense ont «relooké» de très belle façon leur magazine, au point même de l’appeler maintenant «Jazz In Belgium». Dans la foulée, ils m’ont demandé de faire le tour des clubs belges et de les présenter en un court article.
Dans ce premier numéro, il s’agit du «Sounds» et du «N’8’Jazz»

Dans «Jazz In Belgium», on y trouve aussi des infos sur le «Jazz Tour», les différentes organisations de l’association, une interview d’un musicien (Teun Verbruggen par Manu Hermia), les dernières sorties CD’s et autres news… (On peut visualiser le magazine en PDF… mais en PDF… c’est pas pareil…)

Pour recevoir le magazine (trimestriel), il suffit d’en faire la demande aux Lundis D’Hortense : ldh@jazzinbelgium.org, et de verser 15 euros (15 euros, c’est rien et ça permet surtout de soutenir l’association des jazzmen belges) sur le compte 068-0704090-01.
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Bref, en complément de ces articles, je vous proposerai l’interview des patrons de clubs mis «à l’honneur» lors de chaque parution.

Pour débuter cette série: Philippe Dethy, du «N’8’Jazz» à Mazy.
(Et dans quelques jours, vous pourrez lire l’interview de Sergio Duvalloni du «Sounds» à Bruxelles).

Stay tuned, comme on dit chez les d’jeuns…

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Philippe Dethy - N'8'Jazz, Mazy - (Pour Jazz In Belgium)

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Le club N’8’Jazz n’a pas toujours été situé à Mazy.

Non, au départ, nous étions à Spy, pendant douze ans. Et depuis fin 2005, nous sommes à Mazy.

Le club est né d’une envie personnelle?

Si tu veux. Au départ, en ’93, je faisais du théâtre. J’avais un atelier-théâtre là-bas, à Spy. C’était l’arrière-salle d’un bistro. Une salle magnifique qui était souvent peu occupée. J’ai donc eu l’idée d’organiser des concerts de jazz car, musicalement, c’était ce que je connaissais le mieux. Au départ, c’était 8 concerts par an. On avait un slogan qui disait «8 concerts au 8, Rue Haute». C’était l’adresse. Et les gens que je croisais par la suite me demandaient quand il y avait des concerts à «Jazz 8»? C’est ainsi qu’est venu le nom «Jazz 8», alors que nous n’avions jamais envisagé de baptiser l’endroit de cette manière. Mais on a gardé l’idée. Par la suite, il y a de la demande de la part des musiciens et aussi du public. Alors, on a augmenté la cadence jusqu’à 40 concerts actuellement. À cause de ça toute l’équipe a abandonné le théâtre pour organiser les concerts de jazz.

Pourquoi avoir changé d’endroit?

On a été viré ! L’ASBL de l’époque avait une dimension plus «sociale». Et certains trouvaient que le jazz était une musique d’intellos, de bourgeois, de notaires, médecins, dentistes etc… Ce qui est totalement faux. Mais il fallait un bâton pour battre le chien. Bref, nous avons trouvé miraculeusement un endroit à Mazy.

Endroit qui était une ancienne marbrerie...

Oui. La marbrerie de Mazy était connue dans le monde entier. Il y a du marbre de Mazy au Taj Mahal, à Versailles etc… Mais la veine s’est épuisée et la marbrerie est devenue une friche industrielle. Un ébéniste a acheté deux hangars pour y faire son atelier, avec l’idée d’utiliser son show-room comme salle évènementielle. Style : expos de peintures, de sculptures ou des concerts… Et nous avons investi l’endroit deux fois par mois environ.

Quand tu dis «nous», c’est qui?

Eh bien, ce sont les théâtreux, qui sont devenus des jazzeux. C’est Henriette, ma femme, Pascal, Michel et moi. Henriette s’occupe de l’accueil des musiciens, les autres sont techniciens, ils s’occupent du son et du décor. Et régulièrement, on engage des gens pour s’occuper du bar: des bénévoles.

Comment trouvez-vous les fonds pour organiser tout ça?

D’abord, il y a les bénévoles et les autres sont payés au «cachet», comme les artistes.

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Vous êtes subventionnés?

Oui, heureusement. Par la communauté française avec qui nous venons de re-signer une convention de quatre ans. Cela couvre les frais les cachets des musiciens, les frais de pubs etc…

Difficile à obtenir?

Il y a beaucoup de paperasse à remplir, c’est sûr. Mais ça va. C’est une aide évidente ! On voudrait parfois aller un peu plus vite, plus loin. J’ai appris tout ça ici, à Mazy, car avant c’était une autre personne qui s’occupait des demandes… et qui me persuadait que je n’obtiendrai jamais grand chose de plus. Il avait tort. C’est du boulot, il faut savoir présenter un dossier… mais ça marche. Maintenant, nous avons aussi la lumière et le matériel son en prêt. C’est un beau coup de pouce!

Quelle est l’assistance moyenne?


Pour le moment, on tourne à 55 de moyenne. Avec des pointes à 130. On a baissé un peu par rapport à Spy. Car, au départ, le nouvel endroit n’était pas très confortable. Il était assez froid aussi. Maintenant, ça va, on a remédié à tous ces petits soucis et l’affluence remonte. Le bouche-à-oreille fonctionne fort. Dans un sens comme dans l’autre.
 
Le public est très local?

Non, ça vient d’un peu partout. Il y a des gens que l’on voit au coup par coup, et puis il y ales habitués. Il y a pas mal de gens de Gembloux, sans doute à cause du dynamisme du centre culturel de cette ville.

Y a-t-il une concurrence avec d’autres clubs dans la région?

Non, nous sommes seul dans la région. Mais il faut savoir que l’on draine le public du Barbant Wallon également. Ce sont des gens qui vont aussi bien à Bruxelles que chez nous. Donc, la région… c’est assez large. Mais on peut dire qu’on est les seuls dans le coin. Quoiqu’il y a le «Brassages» à Dongelberg qui vient de s’ouvrir…

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Tu essaies de programmer des groupes différents de ce que l’on voit à Bruxelles?

Je ne me compare pas trop aux autres clubs, dont j’apprends la programmation assez tard, de toute façon. Donc, je fais ma programmation en fonction de mes goûts et de mon équipe qui était plus «rock» au départ. Il faut donc trouver des concerts qui leur plaisent aussi. Il n’est pas question qu’ils s’emmerdent non plus. Car sans eux, le projet n’existerait pas. Il faut que la musique leur ressemble aussi. Donc, je cherche des groupes qui montre que le jazz, ce n’est pas que le «jazz à papa». Que c’est une musique actuelle, contemporaine. Et moi-même, je me sens obligé d’aller chercher des groupes auxquels je n’avais jamais pensé. Puis, entre les musiciens, le bouche à oreille fonctionne aussi…

Comment définirais-tu le type de jazz que tu programmes?


C’est difficile à dire. Ça peut aller de Toine Thys à Animus Anima ou The Wrong Object. Donc, du jazz moderne, en quelques sortes. J’ai du mal avec les étiquettes. On propose parfois des projets un peu «branques» aussi, qui n’attirent pas nécessairement du monde. Je pense à Boespflug & Dagognet. Piano et trompette… tu vois le genre !

Il y a donc l’envie de faire connaître des groupes et de se faire plaisir?

Oui. Et si on invite des groupes étrangers, c’est parce qu’il n’y a pas de groupes qui jouent de cette façon en Belgique. Si c’est pour aller chercher un groupe français qui joue comme Octurn, pa exemple, autant prendre Octurn. On travaille aussi avec l’ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire) avec qui on a proposé «Bomonstre»: un trio de trombonistes ! Faut le faire aussi, ça… On aurait pu trouver un trio classique jazz ! (rires) Mais on trouvait le projet intéressant.

Tu t’occupes aussi de Nam' In Jazz?


Nam' In Jazz, c’est arrivé un peu par hasard. Au début, c’est le «Kot» d’étudiants de l’Unif qui avait décidé de monter un festival de jazz. Ils m’ont contacté pour que je leur donne un coup de main, pour les décors et la lumière. Car tout se passait dans un amphithéâtre de l’Unif. C’était il y a douze ans. Et depuis, on travaille ensemble. On a organisé des concerts dans des bistros, puis à l’Arsenal. Les festival a pris de l’ampleur. Quand on a été viré de Spy, on a monté une nouvelle ASBL qui s’est appelée N’8’Jazz, qu’on peut prononcer «Nuit Jazz». Et dans ce conseil d’administration, on retrouve trois anciens étudiants des débuts du festival. Des mecs qui ont mordu au jazz. C’est une rencontre qui s’est bien passée. Les rencontres, on adore ça.

Les rencontres, c’est un peu ce qui permet de s’en sortir un peu dans le jazz, non?

Oui. C’est la philosophie des petits bateaux. Petit bateau, plus petit bateau, ça fini par donner une belle flottille. Chacun s’y retrouve. Cette année, par exemple, mon grand plaisir était de travailler avec le Belvédère à Namur, qui est plutôt tendance rock. Ce fut une belle rencontre aussi. Et je crois que cette collaboration va perdurer. On a opéré des mélanges avec des publics différents.

En quatorze ans, tu as senti une évolution dans le jazz?

Dans la musique, oui. Elle est lente, mais elle existe. Les musiciens ne cherchent pas à faire du jazz, mais à faire leur jazz. Ça va dans tous les sens et je trouve ça très intéressant. Il y a beaucoup d’inventions. Même quand ils reprennent un standard. Quant au public, je ne sais pas. J’ai l’impression de voir toujours les mêmes têtes, mais je pense que ce n’est pas vrai. Il y a de plus en plus de jeunes qui s’intéressent au jazz. Mais je pense que c’est un mélange de tous âges. Et ça fait plaisir d’ailleurs de voir ce mix. Je devrais peut-être me pencher sur la question, via mes cartes d’entrées, peut-être.

Il y a différents tarifs?

Oui: étudiants et chômeurs, c’est 7 euros et les autres c’est 10. En sachant que c’est un tarif dégressif. J’essaie de proposer des cartes par trimestre.

C’est une sorte de carte de fidélité? Tous les concerts sont au même tarif?

Oui, que ce soit un groupe connu ou pas. Un trio ou un Big Band. C’est toujours pareil.

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Mais au fait, comment es-tu «tombé» dans le jazz?

Je me suis trompé de porte (rires). C’est arrivé par hasard. Par la médiathèque. Vers 13 ou 14 ans, à l’époque où l’on écoutait Sheila, Claude François et Hallyday. Après une pièce de théâtre donnée à l’école, on nous a annoncé l’ouverture de la médiathèque (que l’on appelait alors: «La Discothèque») à Namur. On pouvait emprunter des disques pour 5 francs en s’abonnant. Je suis depuis, abonné à vie… et gratuitement ! Je suis donc allé dans le but de trouver Claude François et Johnny. Seulement, sur place, il n’y avait pas ce genre d’artistes. Il y avait un rayon «classique» très important, un rayon «jazz» assez limité et un rayon « Blues » encore plus restreint. Et c’était tout. Alors, j’ai emprunté des disques d’artistes dont le nom me disait quelque chose: Armstrong, Ella Fitzgerald… Et puis, quand j’ai ramené les disques, l’animateur (c’est comme cela qu’on appelait les responsables de l’époque) m’a demandé ce que j’avais aimé. Quel album j’avais préféré. Et il m’a proposé d’écouter tels autres disques. Et à chaque fois, il me demandait si j’avais aimé ou pas et me conseillait d’autres disques. De fil en aiguille, je me suis intéressé au jazz. Puis je me suis abonné à Jazz Hot, histoire de pouvoir discuter plus «intelligemment» avec le gars. Puis après, c’était amusant à l’école: j’étais le seul à écouter du jazz. Les autres écoutaient du rock. Alors on s’engueulait. Mais on s’échangeait les disques… Puis, le jazz-rock est arrivé. Et là, rebelote, on s’engueulait encore plus : «C’est du rock ! Non, c’est du jazz !»… Bref, on s’amusait bien.

C’est amusant, car j’ai fait un peu pareil, sans savoir exactement ce que j’écoutais. Je voulais surtout entendre autre chose que ce que l’on entendait à la radio. J’écoutais des trucs rock, électro, ambiant, jazz, country… Et toi, Henriette, c’est pareil?

Henriette - Moi, je suis entrée dans le jazz beaucoup plus tard. J’écoutais beaucoup de chansons françaises ou du rock. Quand j’ai rencontré Philippe, il m’a fait découvrir pas mal de choses en jazz. Mais j’ai surtout apprécié  le jazz en allant avec lui aux concerts. Car je trouvais presque inaudibles certains disques de jazz que me faisait écouter Philippe. Alors qu’en concert, ça passait mieux. Le fait d’avoir les musiciens en face de soi, de voir comment ils jouent, comment ils se regardent… on comprend mieux leur musique. C’était inouï.

C’est toujours le problème de la médiatisation, en quelques sortes. Les gens restent chez eux et écoutent ce qu’on leur fourgue dans les oreilles à longueurs de journées. Peu font l’effort d’aller écouter autre chose. Et aller écouter du jazz dans un club, ce n’est pas toujours évident, surtout la première fois.

C’est pour cela que noter public est constitué de gens curieux. Il en faudrait plus, bien sûr. Mais la plupart viennent pour découvrir. Ils font confiance à notre programmation. Ce ne sont pas tous des férus de jazz, il y en a quand même, hein… Mais tous n’écoutent pas Philippe Baron en prenant des notes (rires).

Henriette -  Il y a aussi des gens qui viennent au concert sans savoir qui joue le soir même. Mais ils savent qu’ils ne vont pas être déçus. Ils nous font confiance.

C’est gratifiant pour un club d’entendre ça, non?  Quels sont tes autres projets?

Les Routes de L’Est. Celles de l’Est de la France qui vont du Jura Suisse à la communauté Française de Belgique, en passant par Epinal, Metz, Nancy et même le Luxembourg. L’idée est de faire tourner des musiciens de ces régions-là et de les faire se rencontrer. On a conclu un accord avec le conseil de la culture en France. Cela nous a permis de faire venir en résidence 3 musiciens Suisses, Emilien Tolk Trio,  à qui nous avons proposé de travailler avec Nicolas Kummert. Cela s’est concrétisé par un concert fabuleux. Tu t’imagines, travailler pendant une semaine ensemble! Maintenant on aimerait que ce trio/quartette tourne un peu partout. On y  travaille.  C’est un jazz moderne, dynamique qui peut bien passer dans les clubs. Nous avons des contacts avec Nancy Jazz Pulsation et avec Metz aussi. Pour Bruxelles, nous travaillons avec Jules Imberechts et Christine Rygaert. On a des contacts aussi du côté de Liège. Tout ça se met en place et c’est excitant.  Sinon, le rêve est d’avoir un endroit bien à nous, pour pouvoir plus facilement organiser des concerts selon le calendrier des groupes, ou pouvoir refaire des résidences. Je pense que les groupes de jazz sont demandeurs de cette formule. On y travaille.


A+

12/05/2008

Dee Dee Brigewater sur Citizen Jazz

Je vous en avais déjà parlé: j’ai rencontré dernièrement Dee Dee Brigewater.
Hé bien voilà, vous pouvez lire son interview sur Citizen Jazz.

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Dee Dee sera en concert au Bozar ce mardi 13.
Bonne lecture et... bon concert…

A+

19:37 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dee dee brigewater, citizen jazz, interview |  Facebook |

10/05/2008

Narcissus - A la Jazz Station & au Sounds

Un peu de Robin Verheyen à la Jazz Station, un peu de Verheyen au Sounds.
Entre les deux concerts, j’aurais pu dire Verheyen aux Disquaires, Verheyen au Duc Des Lombards, Verheyen au Hot Club de Gand, etc…
Mais, pour le coup, je n’y étais pas.
Cela ne m’aurait pourtant pas déplu.

Robin vit à New York maintenant, alors il vaut mieux profiter au maximum de ses courts passages en Europe.

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À la Jazz Station, j’étais passé «juste» pour boire un verre et le saluer.
Finalement, je suis resté jusqu’à la fin du concert.
Et même après.

Vous ai-je déjà dit que Robin ressemblait à une étoile filante?
Je me demande encore d’où il est parti (je me souviens de ses premières et prometteuses jams au Sounds) et où il arrivera?
S’il arrive un jour quelque part, car sa trajectoire semble sans fin.

C’est incroyable de voir (et d’entendre) sa progression entre chacun de ses concerts.
Tant dans son jeu personnel que dans sa capacité à cristalliser autour de lui un groupe.
Un vrai groupe.
Que ce soit avec  Bill Carrothers, Dré Pallemaerts, Remi Vignolo, Pierre Van Dorrmael, Giovanni Falzone, Bruno Angelini ou encore, comme pour ces deux soirs avec Narcissus : Jozef Dumoulin, Flin van Hemmen et Clemens van der Feen.

Avec Narcissus, on sent un groupe très soudé.
Il est vrai qu’ils se connaissent depuis longtemps déjà.

À la Jazz Station, il y eut «Piano Pieces», qui  rappelle l’esprit de Wayne Shorter, avec des impros invraisemblables. Une fougue maîtrisée. Une interaction magique entre le piano et le soprano. Jozef Dumoulin apporte au quartette de nouvelles couleurs. Différentes de celles de Harmen Fraanje qui faisait partie du groupe auparavant.
Quant à Flin van Hemmen à la batterie, il  joue tout en «hauteur», avec un touché fin et puissant à la fois.

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Il y eut ensuite le très Coltranien «Meditation», d’une belle intensité, mais il eut aussi et surtout ce superbe morceau: «Bois Le Comte» !

«Bois Le Comte», avec son ostinato hostile au piano, avec l’archet inquiétant de van der Feen à la contrebasse, avec la batterie craquante qui évoque les branches sèches que l’on écrase sous les pieds en se baladant dans les bois. Avec le soprano qui souffle d’abord comme le vent dans les arbres, puis se mue en une mélodie plaintive qui se métamorphose avec frénésie et puissance en rage musicale, et qui finit par pousser des cris d’orfraie.

Tout ça, on y eut droit au Sounds.
Le même esprit, la même force, mais avec d’autres mots.

Au Soprano toujours, duquel il tire un timbre tellement personnel, Robin propose un «And There Was Light» de toute beauté.
Un thème modal d’une limpidité et d’une lisibilité fascinante.
Les impros sont tendues. Le dialogue avec Jozef est jubilatoire.
Quelques inflexions rappellent «Contemplation» de McCoy Tyner.
Et c’est captivant d’un bout à l’autre.

Même sur des arrangements complexes, le groupe arrive toujours à tirer la quintessence des mélodies. Tout est dosé, chaque musicien trouve sa place, le discours est fluide, sans redites ni bavardages inutiles.

Il y a souvent un «fond» de bop chez eux. On le ressent clairement dans l’énergique «New York One» qui permet à Robin de nous rappeler qu’il est également un fabuleux ténor.

Narcissus devrait bientôt enregistrer un nouvel album.
Et à mon avis, ce disque ne sera pas superflu.

À bon entendeur…

A+

08/05/2008

Diasporas sur Citizen Jazz

La chronique de l'album "Diasporas" d'Ibrahim Maalouf est on-line sur Citizen Jazz.

Vous pouvez la lire en cliquant ici.

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Je vous rappelle que Maalouf sera en concert à Bruxelles, au Cirque Royal le 14 mai et à la Cathédrale Ste Gudule et St Michel, le dimanche 18 - pour un autre projet - en compagnie de l'Orchestre des Musiques Nouvelles et de Murcof.

 

A+ 

02/05/2008

Africa Jazz

Dernièrement, j’ai eu l’occasion de rencontrer Dee Dee Bridgewater, avec quelques amis de la presse écrite, pour parler de son projet actuel «Red Earth, A Malian Journey».

Dee Dee sera en concert aux Bozar ce 13 mai.

Vous avez peut-être déjà lu ma chronique de l’album sur Citizen Jazz. Vous aurez prochainement droit à l’interview de la chanteuse.

Après avoir parlé du Mali et de l’Afrique en général avec Dee Dee, j’ai ressorti 3 disques «Africains» dont je n’ai pas encore eu l’occasion de parler.

Le «moins récent» d’entre eux est celui de Dieudonné Kabongo:
«Kata Ndevu».

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On connaît l’homme en Belgique pour l’avoir vu jouer la comédie au théâtre, dans ses one-man-shows ou encore au cinéma («Lumumba» de Raoul Peck  ou «Le couperet» de Costa Gavras, par exemple).
Le voici chanteur.
Bon, ici, on n’est pas vraiment dans le jazz, on est bien d’accord.
On serait plutôt dans la world ou la chanson africaine.
Parfois intimiste, voire minimaliste, la musique s’ouvre pourtant aux rythmes plus puissants.
Les percussions – derrière lesquelles on retrouve Chris Joris, Frank Michiels et Kabongo lui-même – résonnent alors dans un tourbillon presque hypnotique («Burundi» ou «Kutuntuka»).

Mais il s’agit surtout d’un album de chansons un peu pop («Shitaweza» soutenu discrètement par Cyril Orcel aux claviers), et il faut souligner le beau travail sur les voix. Ce sont elles surtout qui donnent du charme à l’ensemble.
Agréable.

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Plus intéressant, plus «radical» peut-être, et plus «jazz» aussi : J’Afro’zz est un groupe formé par des musiciens Congolais qui allient musique traditionnelle et jazz.

Paul Ngoie, percussionniste et leader, emmène son petit monde dans une musique très solaire, joviale et dynamique.
Il a invité sur quelques titres Pierre Vaiana (ss), Fabrizio Cassol (as) ou encore Boris Tchango (dm) qui injectent aussitôt un «esprit jazz» plus marqué (sur «Bakubass» ou «Rencontre» entre autres).

Ailleurs, on ne reste pas insensible aux rythmes langoureux sur «Yves in Sorrow», qui donne à entendre le très beau jeu de Yves Monama à la guitare, soutenu par une ligne de basse ondulante de Claude Bakubama.

«Ngoma Tempo» est un album de jazz original et intéressant, car il n’est vraiment pas courant d’entendre la musique congolaise traitée de cette façon.

 

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Bien différent encore de tout cela, c’est le projet de Eloi Baudimont et de Baba Sissoko: «Mali Mali».

C’est mon coup de coup de cœur depuis quelques mois déjà.
Il s’agit ici, de l’histoire d’une rencontre entre un Griot et un chef d’orchestre touche-à-tout.
Une belle histoire d’amitié et de musique entre le Mali et la Belgique.

Ce qui est particulièrement touchant dans «Mali Mali», c’est cette musique interprétée par la Fanfare amateur de Mourcourt et une quarantaine de choristes, tous aussi amateurs.
Je sais, on pourrait se méfier.
Mais on aurait tort.
Car ce disque est un véritable bijou de sincérité, de bonheur et de tendresse.
Il est magique.

C’est étonnant, comme le mélange de ces deux cultures fonctionne à merveille.
C’est émouvant de sentir l’application des choristes à faire «groover» les morceaux et de sentir chez eux ce côté hésitant, timide parfois, mais tellement chaleureux.

«Ebi» vous arracherait presque une larme.
«Tunga» ou «Masaya» ne peut que vous faire taper du pieds et claquer des mains. Si ce n’est pas danser.

Quant à la Fanfare, elle est éclatante de vie, de dynamisme et de sincérité.
Sans fard, sans prise de tête, sans crainte, mais avec un cœur «gros comme ça», elle peut tout se permettre. Et elle en profite.
Et ça marche.

Le disque est accompagné d’un DVD qui retrace le voyage d’Eloi Baudimont au Mali, ainsi que l’un des premiers concerts donnés à la Maison de la Culture de Tournai.
On en redemande !

Voilà donc un coffret (CD + DVD) que je vous recommande plus que chaudement.
(En plus, 1 Euro est reversé à l’association «Eau Vive» pour financer la construction de puits en Afrique de l’Ouest).

Bonheur et frissons garantis.

A+

27/04/2008

Sabin Todorov Trio - De Werf

On connaît bien Sabin Todorov comme excellent accompagnateur de chanteurs et chanteuses (il a longtemps sévi dans les Singers Nights au Sounds et lors du International Young Jazz Singers du Music Village).
Ils le disent tous: Sabin les soutient et les porte grâce à une qualité d’écoute exemplaire.

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L’homme est sensible, fin, raffiné… presque timide.
Mais ce n’est pas parce qu’on est timide, qu’on n’a rien à dire.
Et Sabin a quelque chose à dire et à raconter.
C’est évident.
Alors, discrètement, au fil des années, il a choisi son trio et choisi ses thèmes. Il a rodé la formule l’année dernière lors des Jazz Tour des Lundis d’Hortense.
Et le voilà aujourd’hui avec un premier album et une tournée des JazzLab Series.

Direction De Werf, à Bruges pour découvrir son univers.

Le trio attaque avec un traditionnel Bulgare («Krivo»), très sautillant, entraînant et dansant, avant d’enchaîner avec «Red Carpet», une ballade lyrique aux notes scintillantes.

Le jazz de Sabin Todorov est fortement influencé par ses origines slaves.
On lui en voudrait, d’ailleurs, de ne pas en injecter dans sa musique.
C’est cela qui lui donne toute sa personnalité.

Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aussi à Bojan Z, parfois. Sur «The Field», par exemple. Ce morceau incisif souligne la cohésion du groupe, révèle le jeu sec et tranchant de Lionel Beuvens à la batterie, et met bien en valeur la basse ondulante, grave et sensuelle de Sal La Rocca.
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Le trio se connaît bien et on le sent prêt à prendre des libertés, à se surprendre et à nous surprendre.
À ce titre, «Carambol» ou « Mirage » sont exceptionnels.
Ce dernier morceau, introduit magnifiquement par Sal, évoque la solitude, l’abandon et la froideur d’une nuit dans le désert.
Puis, comme un vent qui se lève, le piano et la batterie viennent rejoindre la contrebasse.
L’ouragan s’approche mais n’éclate pas et seul le piano reprend à son compte les fines notes orientales et nostalgiques du thème.
Puis tout s’agite à nouveau et le trio repart dans un jazz énergique et musclé.
Les improvisations sont riches en rebondissements, et se terminent cette fois par un solo de batterie. Un solo fabuleux qui reste dans l’esprit du morceau: groovy, nerveux et chaloupé.
Retour au thème et final explosif.
Brillant.
Magnifique.
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Le deuxième set débute en piano solo.
Dans ces moments plus intimes, toujours mâtinés d’un esprit balkanique, Todorov révèle un touché sensible qui flirte avec Bill Evans ou Lennie Tristano.

On retrouve un peu cette influence, lors du rappel, sur «Eclipse», un morceau extrêmement dépouillé, très contemporain et assez débridé dans sa construction.
Tout cela est joué sans maniérisme, sans cliché mais avec une vraie personnalité.

Un trio à suivre, assurément.

Le disque de Sabin Todorov («Inside Story») vient de sortir chez Igloo.
Le groupe sera en concert au prochain festival Jazz à Liège dont l’affiche est, cette année encore, plus qu’alléchante.

Il faudra y être.

A+

20/04/2008

Alexandra Grimal Quartet au Sounds

Ce sont un peu tous les amis qui se retrouvent au Sounds ce jeudi soir.
Tous ceux qui se sont rencontrés à Den Haag.
Ils viennent de France, d’Italie, d’Espagne et de Belgique.
Ils sont tous venus écouter le concert du quartette d’Alexandra Grimal.
Comme moi.
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Le groupe d’Alexandra a remporté l’été dernier le Tremplin Jazz d’Avignon, ce qui lui permettra d’enregistrer bientôt son premier album (aux studios La Buissonne) pour CAM Jazz.
Rien que ça !

Sur scène, il y a donc Alexandra Grimal au ténor et au soprano, Giovanni di Domenico au piano, Manolo Cabras à la contrebasse et Joao Lobo à la batterie.

Le premier morceau, assez percussif, joue beaucoup sur le rythme.
On frappe le piano, on griffe la contrebasse, on fait couiner le sax, on frotte la batterie. La musique ressemble à un écheveau que l’on démêle peu à peu. Le quartette joue sur la matière et les textures.
Puis, petit à petit, tout s’ouvre.
Le rythme se stabilise, le tempo se régule, la mélodie apparaît dans un ensemble énergique.

La ballade qui suit n’est pas moins innocente.
Alexandra déroule les notes veloutées avec juste assez d’âpreté pour accrocher l’oreille et ne jamais nous laisser insensible.
Il y a chez elle comme un fond de John Ruocco, de Wayne Shorter mais aussi de Mark Turner peut-être.
Une approche contemporaine sans refuser une certaine tradition.

Le groupe installe des climats tantôt nerveux, tantôt tendres et détendus.
La mélodie est prépondérante. Pas toujours évidente, jamais surlignée mais toujours implicite.
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On retrouve parfois l’esprit de Monk (sur un morceau dont je n’ai pas retenu le titre), dans le jeu éblouissant de Giovanni di Domenico.
Mais le pianiste sait aussi alterner la souplesse et les accélérations vives.
Le touché est délicat et sensible. Ses attaques sont franches et il sait laisser gronder le piano avant d’aller recueillir ses notes aiguisées, pour en assouplir les arêtes.
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Joao Lobo, tel un félin, reste toujours à l’écoute. Prêt à rebondir sur les thèmes.
Il donne un coup de griffes, un coup de patte et puis une caresse.
Il aime les sons étouffés qui donnent du contraste au jeu saillant de di Domenico ou de Manolo Cabras.

Une grande musicalité se dégage des compositions. Les thèmes sont riches sans être complexes. La musique est cependant très ouverte, mais de cette idée de liberté se dégage un certain lyrisme.
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Par exemple, en début de deuxième set, le groupe joue le dépouillement presque total.
Au soprano, Alexandra égrène les notes, laisse respirer les silences.

Puis, sur le morceau suivant («Griox»), la tendance est beaucoup plus free, rappelant Ornette Coleman.
Ici, c’est la puissance et l’énergie qui parlent.
Cabras tire sur les cardes comme un fou, Lobo est explosif, Grimal et di Domenico se font tranchants.

Puis on revient à la ballade qui peu à peu monte en tension. On la chauffe à blanc. Les improvisations sont brûlantes. On éclate le thème, on déchiquette la grille… et au final, comme les feuilles d’automne qui s’envolent avec mélancolie, tout redevient douceur et apaisement.
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Voilà un quartette qu’on aimera revoir plus souvent.
Les Parisiens auront la chance de le revoir bientôt aux Disquaires.
Et nous, on attend le CD avec fébrilité.

A+

18/04/2008

Ibrahim Maalouf & Marco Bardoscia sur Citizen Jazz

Dans le cadre des Nuits Botaniques, Ibrahim Maalouf sera en concert au Cirque Royal le 14 mai, en première partie de Yaël Naïm.

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Le trompettiste libanais remettra le couvert le 18 à la Cathédrale Sainte Gudule, avec une formule qui ne devrait pas être inintéressante non plus, puisqu’il se produira avec Murcof (bidouilleur mexicain de musique électro-ambiant) et l’Ensemble de Musiques Nouvelles (entendu dernièrement avec Comelade, Pierlé, Truffaz, Vodenitcharov, etc... lors de Babel Live.)

Ibrahim Maalouf, qui est le seul au monde à jouer de cette trompette unique (quart de ton) vient de sortir « Diasporas », un album à l’univers bien personnel (entre jazz, électro, rythmes orientaux et traditionnels) que je vous conseille.
Vous ne connaissez pas bien Ibrahim Maalouf ?
Alors, allez lire l’interview que j’ai réalisée pour Citizen Jazz.

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Et puis, toujours sur Citizen Jazz, (ha ! ça bosse en ce moment, hein !?) vous pouvez lire ma chronique de l’album «Opening» de Marco Bardoscia.
C’est ici.
Frais, instantané et groovy, « Opening » est un très bon album.

J’avais vu Bardoscia et son groupe au Sounds il y a quelques mois déjà.
Un très bon souvenir.

A+

15/04/2008

Philip Catherine sur Citizen Jazz

Philip Catherine sera en concert à Flagey le 26 avril.
Il présentera son nouvel album « Guitars Two ».
Album solo d’une grande délicatesse.
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Vous pouvez lire ma chronique pour Citizen Jazz en cliquant ici.

A+

21:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : flagey, philip catherine, citizen jazz, chronique |  Facebook |

13/04/2008

Hommage à Paolo Radoni - Jazz Station

Jeudi 10 avril, la Jazz Station déborde.
Ça déborde de monde et pourtant, l’ambiance est assez recueillie.
Ni sombre, ni triste, ni sage… juste recueillie.
Émue surtout.
Il y a comme un parfum de spleen qui flotte dans l’air.

Ce soir, c’est un concert hommage à Paolo Radoni.
Plus de trois mois après sa disparition, l’émoi est encore palpable, le choc n’est pas encore dissous.

Presque tous ceux qui ont joué, appris, aimé, parlé ou croisé Paolo sont là.
Après le concert du Sounds le 29 décembre, ils se sont à nouveau réunis pour lui rendre un hommage. Encore un. Mais, y en aura-t-il jamais assez ?

Sur scène, il y a les guitaristes, bien sûr, Paolo Loveri, Quentin Liegeois, Jacques Pirotton, Hans Van Oost, Victor Da Costa, Hendrik Braeckman…rassemblés autour de Peter Hertmans pour jouer ensemble «Hannie’s Dream» et «Ballad For Leo».
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Il y a aussi Alexandre Furnelle, qui dirige les opérations, Bruno Castellucci, Jean-Louis Rassinfosse, Bas Cooijmans, Ron van Rossum, Jan De Haas
Michel Herr est là aussi (magnifique de lyrisme sur «Elegia»), Christine Schaller et Ben Sluijs également (que l’on retrouve dans un registre qu’il avait un peu laissé de côté ces derniers temps; un jeu tout en souplesse, lumineux et velouté).

La fidèle Chrystel Wautier chantera avec beaucoup d’émotion et de sensibilité «Luiza» (que Paolo considérait comme le chef-d’œuvre de la musique brésilienne), «Moon River» et le très beau «Let Me Hear A Simple Song» écrit pour elle par Paolo.

Dans l’assistance, on croise Henri Greindl, Laurent Blondiau, Véronique Hocq, Michael Blass et tant d’autres…
Sur Scène, on retrouve Pirly Zurstrassen, en duo avec le violoniste Michel Pieters, pour un superbe et onirique «Cupid’s Wing». Quel beau moment!

Autre grand moment, intense et profond, avec le duo de Frank Wuyts (au piano) et Denis Van Hecke (au violoncelle) pour une improvisation sur un poème de Daniel de Bruycker: «Paolo’s Blues». Paroles fortes et jeu très dense. Du très grand art.

Mais le moment le plus poignant de cette soirée restera, pour moi, la performance de Julie Jaroszewski.
En duo d’abord, avec le subtil pianiste Charles Loos, pour chanter «What Is Left?»
Julie ne chante pas, ne raconte pas, ne parle pas… elle vit ce poème qu’elle a écrit pour l’occasion.
Le texte est poétique et sensible, mais son interprétation le rend encore plus bouleversant.

« What is left
When everything is done
The reminder of how a man
Let the wind cry in his body
And how he could
Disappear
Lose his name
To let the wind sing
And speak through him.

And when a man is gone
The wind is still singing
An old story
From an old country
Everyone has forgotten
But everyone is missing

What is left
When the man is gone
Just a free wind
Without a voice
Who’s asking for your heart
To let it sing inside your blood
An old story
From an old country
Everyone has forgotten
But everyone
Is missing
A lot. »

©Julie Jaroszewski

Et puis, quand Julie chante un blues mâtiné de soul, c’est aussi puissant de sincérité, de vérité et d’engagement. Un engagement qui me rappelle Ursula Rucker, cette artiste dans la lignée des Gil Scott Heron, Eric Mingus ou encore Jalal Mansur Nuriddin (Last Poets),  qui mélange jazz, hip hop et spoken words, pour défendre bec et ongles les petites comme les grandes causes. C’est un autre registre que celui de Julie, bien sûr, mais l’esprit est le même.
Regardez cette video pour vous faire une idée.



Vérité, humanité, tendresse, luminosité, sourire et vague à l’âme.
Ce soir, la musique ressemblait tellement à Paolo.

De là haut, il doit verser une petite larme.

Pas autant que nous, Paolo, pas autant que nous.

A+


PS: pour l’occasion, Les Lundis d'Hortense ont réédité un album enregistré par Paolo Radoni en 1981 en trio: «Funny Ways». J’y ai découvert un petit bijou: «Milano Per Caso».
Il n’y a que 200 copies. En reste-t-il? Demandez-le vite aux Lundis.

09/04/2008

The Wrong Object et BNRF Indoor sur Citizen Jazz

Du neuf sur Citizen Jazz.

Vous pouvez y lire ma chronique à propos de l’album « Stories From The Shed » de The Wrong Object (que j’avais vu au Festival Jazz à Liège l’année dernière).
Album que je vous recommande si vous aimez le rock, le jazz, Zappa, Zorn et tout ce qui tourne autour…
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Et puis, l’article sur la Blue Note Records Festival Indoor.
… en attendant la suite.

A+

08/04/2008

E.M.T.B. au Sounds

E.M.T.B.
Ce sont les initiales des prénoms des musiciens.
Emi Oshima, chanteuse japonaise (pardon Cambodgienne) vivant à Paris; Michel Perez, excellent mais trop discret guitariste parisien; Tetsuro Kawashima, que l’on dit être un des meilleurs saxophonistes nippons (de passage en Europe pour quelques semaines) et finalement Bart De Nolf, notre contrebassiste national, qui semble être abonné aux musiciens du soleil levant en visites chez nous (il faut dire qu’il connaît très bien le Japon pour y avoir été de nombreuses fois ave Toots, notamment).
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L’ambiance de ce premier set est assez soft, assez classique et sobre.
Voire même un peu convenu.
Le quartette, formé pour quelques dates seulement (dont deux à Paris), joue surtout un répertoire de standards (Star Eyes, East of the Sun, Someday My Prince Will Come…)

Bart De Nolf et surtout Michel Perez tentent d’y mettre une véritable âme, mais le quartette manque un peu d’automatismes. On le sent encore en rodage.
Malgré une très belle technique (on décèle les influences d’un Stan Getz ou d’un Dexter Gordon peut-être ?) Tetsuro Kawashima reste assez sage dans ses interventions. Très respectueux de la grille: il prend peu de risques.
Chacun y va de son solo et ça manque un tout petit peu d’émotion.
C’est un peu pareil pour Emi Oshima.
Elle a un superbe grain de voix. On sent le souffle d’un chant qui vient de loin. Mais, rarement, elle prend le large ou ose s’éloigner d’un chemin tracé, même si ses scats prouvent qu’elle peut aller beaucoup plus loin.

La fraîcheur est amenée par le guitariste.
Son touché particulier est délicat et swinguant. Ses attaques sont franches et sans agressivité. Le jeu est léger, il donne envie de liberté, d’échappées, de balades. Sur l’une de ses compositions («JF», basée sur «Just Friends» dont on reconnaît les citations sur la fin) il donne du souffle, du corps, du rythme. Ça «jazze» enfin.
On s’emballe.
Du coup, sur «Blame It On My Youth» et malgré quelques placements approximatifs, Oshima semble plus assurée, moins timide. Tetsuro, lui aussi, ose un peu plus. Et on le sent tout à fait libéré sur une de ses compositions (dont le titre en japonais m’échappe totalement…)
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Au deuxième set, c’est flagrant.
Que se passe-t-il? On nous aurait changé notre saxophoniste?
Le voilà qui démarre en impro solo de manière beaucoup plus extravertie. Nettement plus assuré.
Et ensuite, le trio joue vraiment ensemble. Le niveau est monté d’un cran et l’on sent une véritable complicité s’installer entre eux.
On oublie un peu les partitions et... ça tape juste.
Même si Emi m’avouera après le concert avoir été un peu fatiguée au cours du deuxième set, son chant s’harmonise vraiment bien avec le trio. On joue plus détendu et «Get Out Of The Town» coule de source.
«Amour Toujours» (de Perez), chanté en français, sonne comme l’une des meilleures compositions de Michel Legrand des années ’60.
C’est très parisien, très fleuri, très joyeux.
Tetsuro est plus incisif, plus mordant, toute sa technique éclate. Il joue avec la colonne d’air, fait siffler l’anche, emballe le thème.
Oshima déroule avec facilité un «Célia» au débit rapide rappelant un peu Lambert, Hendricks & Ross.
Et du coup, en rappel, on aura droit à un «My Funny Valentine» en tempo rapide joué avec enthousiasme par le groupe.

Voilà un concert qui se termine bien mieux qu’il n’avait commencé. Et c’est tant mieux.
Deux sets assez différents.
Quant au troisième, il se déroule au bar, à discuter avec les musiciens et avec Daniel Min-Tung, initiateur du concert et «promoteur» des échanges franco-japonais.
Intéressant de comparer les différentes cultures (belges, françaises et japonaises) au travers du jazz.
À suivre…

A+

03/04/2008

Miel

Je le rencontrais un peu partout.
Il baladait sa silhouette et son sourire goguenard dans les clubs et les festivals.
Discret.
Toujours prêt à discuter, à rendre service, à écouter. Toujours prêt à prendre un verre et à rigoler.
MIEL
(Ici, au centre, entouré de Dre Pallemaerts et Eric Legnini lors du dernier Jazz Middelheim. Photo©Jos L. Knaepen)

 

Il était producteur à la VRT d’émissions comme «In The Club» ou dernièrement «Neve» sur Klara. Il coordonnait la programmation du célèbre Jazz Middelheim.

Il était toujours présent.

Il était.

Miel Van Attenhoven est décédé ce mardi 2 avril.
Il avait 63 ans.

Triste.

 

A+

 

(Merci Jos pour la photo) 

01:23 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : miel van attenhoven, jazz middelheim |  Facebook |

02/04/2008

Ettore Carucci trio & Philip Catherine - Sounds

J’avais croisé Ettore Carucci, il y a un an ou deux, lors du concert de Raffaele Casarano et Paolo Fresu au Sounds.
Ettore est revenu pour deux soirs, le week-end dernier, en trio.
Et cette fois-ci, l’invité était Philip Catherine.
Le premier morceau se fera pourtant sans ce dernier.
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Ettore Carucci, Aldo Vigorito (contrebasse) et Marcello Nisi (drums) s’échauffent avec «Old Country».
Philip Catherine monte ensuite sur scène.
Le temps de s’accorder et les voilà tous partis dans un exercice particulièrement difficile, ou casse-gueule, c’est selon.
«Confusion» est une compos d’Ettore que le guitariste découvre à peine. Pourtant, Catherine et Carucci décident de jouer le thème à l’unisson.
Pas simple.
Mais il y a de la vie dans cette musique. Il y a de l’écoute et de l’humanité dans ces échanges un peu incertains.
Il y a du jazz, quoi.

C’est sur le morceau suivant, «Stella By Starlight» que le groupe s’éclate.
Après un début en rubato, les attaques d’Ettore se font tranchantes. Les accords claquent. C’est franc, fougueux et ça joue vite.
Et Philip Catherine remet de l’huile sur le feu.
Il embrase l’ensemble.
Inspiré par le jeu particulier de Carrucci, qui aime prendre des chemins assez inattendus, il en rajoute toujours un peu. Il fera de même sur un morceau de Richie Beirach («Brooklyn Memories» ??).
Catherine use des effets de pédales et fait sonner sa Gibson comme on l’aime.
Ça éclate de couleurs.
Il a envie que ça brûle.
Même si la rythmique reste parfois un peu trop sage. (Sensation confirmée lorsque Mimi Verderame sera invité à jouer de la batterie sur une excellente version de «Bye Bye Blackbird»).

Carucci, lui, entre dans le jeu. Il s’en donne à cœur joie avec «I Remember Monk», dans un style très découpé, très erratique. Et ici, c’est Philip Catherine qui prend des chemins de traverse.
Quitte à embrouiller le trio.
Quel guitariste !
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«Autumn Leaves» est assez enlevé avec des accents bossa.
La main gauche de Carucci est ferme tandis que la droite est vive, sautillante.
On sent  dans son jeu un sens du «traditionnel», on décèle les bases stride ou hard bop auxquelles se mêle une pointe de jazz contemporain.
C’est découpé, fait de fulgurances et de contrastes.
Sur «Leaving» (également de Beirach), le pianiste et le guitariste s’amusent à doubler le rythme. Ettore emballe avec goût les arpèges. Ça file, ça ralentit, ça accélère, ça freine. Bref, ça voyage.
Ces deux-là se sont bien trouvés ce soir.
Et comme souvent, Philip Catherine fut très grand. On voyait chez lui une envie de jouer, de prendre des risques, d’essayer et de s’amuser.

Et si lui s’amuse, tout le monde s’amuse.

 

A+ 

24/03/2008

Jacques Schwarz Bart - Flagey

Il y a un côté pédagogique dans la présentation des morceaux qu’il va jouer.
C’est que Jacques Schwarz Bart est très attaché à ses origines et qu’il a envie de transmettre à travers le monde la mémoire des esclaves ainsi que la richesse de la musique Gwo-Ka avec laquelle il a grandi.
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Ce soir, au Studio 1 de Flagey, entouré d’un line-up international (le Sénégalais Hervé Samb (g), l’Américain Reggie Washington (b), le Serbe Milan Milanovic (p) et les Guadeloupéens Olivier Juste (boula) et Arnaud Dolmen (marqueur) ) il prend le temps d’expliquer l’origine de chaque morceau ainsi que sa construction rythmique.

C’est pédagogique, mais ludique. Et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
C’est une musique qui accompagne la fête, le travail ou la souffrance.
C’est une musique de communication.
Et elle se mêle avec aisance au jazz contemporain. Un mélange que Jacques Schwarz Bart a travaillé pendant des années.

Alors, le saxophoniste s’en va dialoguer avec les deux joueurs de tambours, sur des rythmes incandescents. Puis, il lance Hervé Samb dans des improvisations virtuoses.
Les rythmes sont chauds et endiablés. On y ressent comme de la transe.
Parfois, Schwarz Bart accompagne ses musiciens en chantant.
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Et sur un thème comme «Padjanbel» on est perdu sans l’être.
On dirait que les rythmes sont assez indéfinis. Et pourtant tout est limpide.
Il y a comme une superposition d’ondulations aux tensions différentes qui se mélangent. Et forcément, à un moment, et de façon régulière, elles se croisent.
Cette musique très chaloupée a quelque chose de fascinant.
Elle est pleine de reliefs et de couleurs profondes, il y a comme une pulsation indomptable en elle.

Les deux percussionnistes redoublent d’énergie. L’un imprime le rythme de base (le marqueur) tandis que l’autre improvise et s’évade dans des circonvolutions rythmiques presque hypnotisantes.

Milan Milanovic place de temps en temps des improvisations tranchantes. Très percussives au piano et pimentées d’accents presque funky au Rhodes (sur «Abysse» par exemple).

Jacques Schwarz Bart n’oublie pas le côté mystique sur une ballade comme «Ascent» qu’il entame en solo. Il y a résolument une réflexion intérieure profonde, douce et sécurisante.
Un sentiment de plénitude.
Sentiment accentué par les effets flottants et aquatiques de Samb à la guitare et ceux, plus sourds, de Reggie Washington à la contrebasse.
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Le son du ténor n’est jamais agressif. Jamais doux non plus.
Sur un morceau assez vif, comme «Ti Jean Prend gâteau», le sax ressemble à de la lave qui gicle. Schwarz Bart va jusqu’à la limite sans pour autant faire crier son instrument.
Il n’est pas âpre, il est brûlant.
Il n’est pas abrasif, il est juste un peu rauque.
Un peu comme ces ka qui claquent fortement tout en gardant une résonance longue.

Le public est conquis et en redemande.
«Pa Palé» est un hymne à la liberté d’expression, dédié à tous ceux qui ont été empêchés de parler ou de chanter. Un thème puissant et rassembleur.
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Après le concert, j’ai l’occasion de rencontrer longuement Jacques Schwarz Bart pour réaliser une interview pour Citizen Jazz.
L’ancien sideman de Roy Hargrove prépare actuellement un nouvel album où quelques-uns de ces amis fidèles viendront s’y joindre, comme Meshell N’degeocello, Elisabeth Kontomanou ou encore John Scofield.
Ça promet.
On espère le revoir en Belgique en fin d’année.

A+

21/03/2008

Lynn Cassiers au Murmure Café

Après le concert du BJO, avec David Linx et Maria Joao, je décide d’aller écouter Lynn Cassiers au Murmure Café.

C’est juste derrière Flagey.

Contrairement à ce que pourrait faire penser son nom, Le Murmure est plutôt un endroit bruyant.
Après le feu Comptoir des Etoiles, ou le Montmartre, c’est le café à la mode - hype ou underground, je ne sais pas comment il faut le définir - où se mélange la jeune génération et les vieux briscards du jazz belge (on parle aussi souvent du Roskam… mais je ne m’y suis pas encore rendu).

C’est bondé (mais ce n’est pas très grand non plus) et je me trouve une place entre Bart Defoort et Erik Vermeulen. Je vois aussi quelques têtes connues: Jordi Grognard (toujours dans les bons coups), Marek Patrman, Manolo Cabras, Bo Van Der Werf etc…

On est vraiment au plus près des musiciens.
Ce n’est pas plus mal, car avec le bruit ambiant, il faut tendre l’oreille pour entrer dans la musique.
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Pas de scène, pas d’éclairage particulier, tout est brut de décoffrage.
Un peu comme la musique de Lynn.

La chanteuse est entourée de Augusto Pirodda au piano, Antonio Pisano à la batterie et Nico Roig à la guitare.

Assise derrière sa petite table, Lynn Cassiers travaille et trafique sa voix au travers de petites machines. Elle improvise, elle interagit sur les phrases incisives du pianiste ou du guitariste.
Le chant est parfois un peu plaintif, un peu lancinant, très ouvert et très libre…
Difficile de coller une étiquette.
Et ce n’est pas plus mal.

Je me demande comment les musiciens arrivent à se concentrer (et parfois à s’entendre) dans ce brouhaha incessant. La musique est tellement expérimentale, organique, atmosphérique. Elle se joue tellement sur l’écoute de l’autre.

Les rythmes (ou les pulsations plutôt) semblent aléatoires.
Tout se transmet suivant le feeling, l’humeur, les sentiments.
Un sentiment étrange, entre malaise et plénitude.

Il y a comme un flux irrégulier.
C’est sans doute cela qui me fascine.
C’est comme lorsque le sang ne circule pas régulièrement dans les veines et entraîne le cœur à battre de façon inhabituelle.
Du coup, on reste en alerte, attentif.
C’est un peu étrange, inattendu et tellement singulier.

Le quartet est dans son monde.
Mais en fermant les yeux, on y entre facilement.

Bien envie de réentendre ça dans de meilleures conditions.

Après le concert, je discute avec toute cette petite bande dans cette ambiance chahutée et très sympathique.

Il est plus de deux heures du mat’, et le Murmure ne désemplit pas.

A+

18/03/2008

BJO & David Linx - Changing Faces - Flagey

Haaa… enfin retrouver le temps d’aller écouter un concert.
Pas n’importe lequel: celui de David Linx et du BJO à Flagey.
C’est sûr, ça va me faire du bien.

Le BJO! Quelle machine à swinguer et à groover… «C’est comme rouler dans une belle Cadillac», avoue lui-même David Linx.
Il est heureux, notre chanteur. Et il a envie de le montrer. Il a envie de faire partager son bonheur avec le public.
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Avec fougue, énergie et bonne humeur, il emmène tout le monde dans un tourbillon irrésistible.

«Deep Night», «Black Crow» «There Is You» s’enchaînent.
Les solistes se succèdent avec un plaisir non dissimulé.
Marc Godefroid (tb), Kurt Van Herck (ts), Bart Defoort (ts) ou Pierre Drevet (tp).

David dialogue et blague avec le public et puis démarre au quart de tour un scat a cappella au débit rapide et aux accents graves et profonds  qui rappellent parfois les chants africains.
Il laisse aussi les silences chanter avec lui.
Puis, il invite le guitariste Hendrik Braeckman à dialoguer avec lui avant de plonger dans un «Day’s Journey» tout en énergie et en fractures…

Après une ballade («Home In The Spring») et un tonitruant et jubilatoire «Then We’ll Be Home», Maria Joao fait son entrée.
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«Miziane» est éclatant.
La voix de Joao m’impressionne à chaque fois.
La chanteuse Portugaise possède une tessiture incroyable qu’elle maîtrise avec un talent fou.
On passe par tous les sentiments. Rires, frissons, pleurs…
En duo avec Linx, c’est de la folie. On dirait deux enfants qui jouent ensemble.
D’ailleurs, Dieter Limbourg (as), après son solo, les laisse et se retire en souriant pour rejoindre les autres musiciens de l’orchestre tous aussi hilares devant les fantaisies vocales des deux chanteurs.

Avant un (faux) final explosif («Sweet Suite»), Joao et Linx chantent ensemble le magnifique «Parrots And Lions» avec une sensibilité et une intensité rares.
J’en ai la chair de poule.

Il faut terminer le concert, mais… non, le Big Band et le chanteur semblent tellement bien sur scène qu’ils ont du mal à la quitter.
Et voici une ballade un peu blues et un peu soul que n’aurait pas renié un Ray Charles.
Jos Machtel se fend d’un beau solo à la contrebasse avant que Bart Van Caenegem ne reprenne la main au piano (hé oui, ce soir ce n’était pas Nathalie Loriers, éloignée pour quelque temps du clavier à cause de petits soucis de dos.)
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Et ce n’est pas encore fini.
Frank Vaganée (ss) s’avance au-devant de la scène et envoie une longue et brûlante improvisation absolument démentielle…
Il a tout dévasté !
Tonnerre d’applaudissements !
Une voie royale pour «The Land Of Joy» qui conclut un superbe concert de plus de deux heures !


Dans le foyer de Flagey, je retrouve des amis musiciens : Thomas Champagne, Tuur Florizoone, Barbara Wiernik, je discute avec David Linx, Frank Vaganée, Bart Defoort ou encore Bo Van Der Werf qui me souffle à l’oreille qu’un concert de Lynn Cassiers à lieu juste derrière le paquebot: au Murmure Café.

Vous commencez à me connaître… j’y suis allé bien sûr.
Je vous raconte ça bientôt.

A+

16/03/2008

Octurn & Magic Malik - XPs [live] sur Citizen Jazz

Les habitués de ce blog savent déjà tout le bien que je pense d’Octurn.

Pour ceux qui veulent connaître mon opinion à propos de leur dernier album «XPs [live]», avec Magic Malik, il suffit d’aller lire ma chronique sur Citizen Jazz.

0cturnXPS


A+

13:55 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : octurn, citizen jazz, magic malik, chronique |  Facebook |

13/03/2008

Just to keep in touch...

"Dear God, sorry to disturb you but
I feel that I should be heard loud and clear
We all need a big reduction in amount of tears"

Andy Partridge

 


Hé oui, il y a des jours comme ça.

A+

23:45 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : andy partridge, xtc |  Facebook |

05/03/2008

Blue Note Indoor - Gianluca Petrella, Bart Maris, Cecil Taylor

Jeudi dernier avait lieu à Gand la première soirée du premier Festival Blue Note Records Indoor.
L’intention de ce «nouveau» et court (2 jours) festival est de proposer une programmation un peu plus pointue que celle du rendez-vous d’été. On sait que Bertrand Flamang (directeur du festival) est assez friand de musiques improvisées et de free jazz.

Ce soir, dans le très beau, très bien aménagé et très contemporain Muziekcentrum du Bijloke à Gand, on pouvait assister à plusieurs concerts répartis dans différents endroits du bâtiment.
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Dans la grande salle d’abord: Gianluca Petrella Indigo 4.
Ce quartet avait fait forte impression lors de l’édition estivale du BNRF 2007.

Emmené par le remuant tromboniste italien, le groupe mélange les groove actuels,le swing et  l’impro limite free avec une énergie débordante.
Petrella balaie l’air avec la coulisse de s instrument à la manière d’un chef d’orchestre fou.
Il joue les effets, en trafiquant parfois le son de son trombone avec la pédale wha wha et cry baby sans exagération, car les mots soufflés, les grognements et les différentes sourdines font le reste.

A côté du leader, Franceso Bearzatti, au sax, donne une réplique exceptionnelle.
Il répond avec force et provoque souvent le tromboniste.
Les échanges sont vifs, excitants, brillants.

La rythmique (Fabio Accardi aux drums et Paolino Della Porta à la contrebasse) est très accrocheuse, elle aussi. Elle met le jeu des souffleurs en perspective.
C’est plus qu’un soutien, c’est une alimentation constante.
Énergique à souhait, ce concert a tenu toutes ses promesses.

Après cela, dans différents lieux du Bijloke, on nous propose trois concerts simultanés.
Il faut faire un choix, car ici, pas question d’entrer dans une salle pendant le concert.
Question de respect pour les artistes.

J’opte pour le projet de Bart Maris dans le grand hall.
Le trompettiste improvise d’abord seul, soutenu seulement par sa propre musique préenregistrée et diffusée via une dizaines d’enregistreurs et de vieilles bandes magnétiques tendues d’un bout à l’autre de la salle.
Etrange et fascinante installation qui déverse une musique aléatoire…

Le musicien est rejoint ensuite par Paul Van Gysegem à la contrebasse et Paula Bartolletti au chant lyrique et baroque, parfois bluesy, parfois traditionnel et populaire.
La musique est très éclatée, très ouverte, très avant-gardiste.
On passe de moments éclatants et hystériques à des moments extrêmement posés, faits de murmures.
L’expérience est éprouvante, intense et prenante.

Pour terminer: Cecil Taylor en piano solo.
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Le voilà, alerte, en pleine forme et souriant.
Les dreadlocks de part et d’autre de son crâne dégarni, les chaussettes oranges recouvrant le bas de son pantalon indien… on dirait le Tintin du free jazz.

Sa musique est surtout basée sur des grilles bien précises, mises au point par ses soins, qu’il n’hésite pas à quitter pour s’enfuir dans des  improvisations inspirées et souvent très tendues.

Le pianiste chantonne les airs qu’il invente, comme pour les adoucir.
Il faut dire que son jeu est découpé, percussif, brutal,explosif… et, l a seconde d’après, d’une infinie délicatesse, d’une quiétude et d’une légèreté incroyable.
Taylor alterne et rassemble des émotions extrêmes.

Sa musique est abrasive.
Les thèmes, dès qu’ils apparaissent comme une évidence, sont chassés d’un revers de la main, abandonnés dans un virage à 180 degrés ou perdus dans une accélération fulgurante.

On reste attentif tout au long du concert.
Scotchés.
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L’œil rieur, Cecil Taylor reviendra deux fois pour les «encore».
D’abord pour une courte et sèche improvisation  au piano, puis, pour déclamer un long poème aux accents politiques, digne des meilleurs slameurs actuels.
Taylor à 78 ans.
Il n’a rien a apprendre de quiconque. Il continue à inventer.

A+

03/03/2008

Cordes sensibles - Manolo Cabras

Après avoir célébré quelques grandes dames du jazz, notre gang de blogueurs (Jazz Chroniques et Coups de Cœur, Ptilou’s Blog, Jazz Frisson, Maître Chronique et Jazz à Paris ) remet le couvert pour vous proposer cinq portraits envers et contrebasses.


Manolo Cabras03

MANOLO CABRAS

Les contrebassistes courent de gig en gig.
C’est très important un bon contrebassiste.
Ils sont très demandés les contrebassistes.
Les bons.
Certains tentent de répondre à toutes les invitations, quelques-uns choisissent leurs partenaires… d’autres les cherchent.

Pas simple, la vie avec la grand-mère.

En Belgique, ils sont nombreux, les excellents  contrebassistes: Jean-Louis Rassinfosse, Sal La Rocca, Philippe Aerts, Piet Verbist, Nic Thys, Bart De Nolf, Roger Vanhaverbeke… pour ne citer qu’eux.
La liste est trop longue et je m’arrête ici car je risque d’en oublier… et je ne voudrais pas qu’on me tire la gueule la prochaine fois que je vais en club. (Déjà croisé le regard noir d’un Sam Gerstmans courroucé?)

Depuis 5 ou 6 ans, il y a un contrebassiste qui a pris une place particulière dans le jazz belge: le sarde Manolo Cabras.
Souvent associé au batteur tchèque Marek Patrman, avec qui il forme une rythmique singulière, il est devenu un sideman très recherché.

On peut se demander pourquoi un Italien décide de quitter ce merveilleux pays ensoleillé pour rejoindre la grisaille du notre?
«Il n’y avait pas beaucoup de gigs qui me plaisaient là-bas. Il y avait peu d’intérêt pour le genre de jazz que j’aime, et donc peu de jobs excitants», avoue-t-il.

C’est que Manolo aime Paul Bley, Gary Peacock et Paul Motian ainsi qu’un certain esprit du jazz européen. Un jazz sans doute un peu moins «facile».

Alors, il décide de monter dans le Nord.
Il ne s’arrête pas tout de suite en Belgique, car son objectif c’est d’abord la capitale Hollandaise: Den Haag.
Il sait que, là-bas, il pourra évoluer et jouer la musique qui le fait vibrer profondément.

Sur place, il joue avec Jesse Van Ruller, Eric Vloiemans ou Wolfert Brederode…, mais il rencontre aussi et surtout de jeunes musiciens, venus d’un peu partout en Europe, qui partagent la même vision du jazz que lui: Joao Lobo, Giovanni Di Domenico, Alexandra Grimal, Lynn Cassiers, Gulli Gudmundsson et d’autres encore.

C’est là aussi qu’il rencontre Marek Patrman qui l’entraînera à Anvers pour jouer avec Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
L’étincelle jaillit, ici aussi.
Les musiciens se comprennent aussitôt.

Mais quelle est donc cette alchimie qui fait que «ça fonctionne» ?
Trouver les mots pour l’exprimer n’est pas facile.

Marek a bien du mal, lui aussi, à trouver les mots :
«Time and sound», lâche-t-il spontanément avant de réfléchir plus longuement.
Il continue:
«Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment pensé. C’est un jeu différent des autres. Mais ça vient tellement naturellement entre nous. Je reçois la musique de la même manière que lui. Et quand on la reçoit de la même façon, c’est assez simple de la rendre de la même manière.»

Pas besoin de mots, en quelques sortes.
Voilà une belle illustration du le langage universel et complexe du jazz.

Manolo Cabras01

Une des premières fois que j’ai entendu Manolo, c’était avec le nouveau quartet de Ben Sluijs.
Le saxophoniste alto avait décidé d’orienter sa musique vers un style plus ouvert, lorgnant du côté d’Ornette Coleman ou de… Paul Bley.
Cabras était le contrebassiste tout désigné pour l’aider à mener à bien son projet.

Quand je demande à Ben s’il a une explication à la réussite de cette rencontre, et ce qu’il pense de son contrebassiste il répond:
«Parce qu'il veut me suivre vers les étoiles.
Parce que ça marche tellement bien avec Marek.
Parce qu'il fait des trucs rythmiques qui sonnent décalés, mais qu’il sait (la plupart du temps ! – rires -…)  où il est.
Parce qu'il est parfois difficile mais qu’il se donne toujours à 100% musicalement.
»

Le témoignage est assez éloquent et, on le voit, plein de sensibilité.

De son caractère, de son tempérament et bien sûr de son talent, Manolo Cabras marque indéniablement les groupes dans lesquels il joue: Free Desmyter, Erik Vermeulen, Unlimited et autres…

Mais il est bien plus qu’un sideman. Il a d’autres projets plus personnels qu’il aimerait aussi développer, tel que «Borg Collective», constitué de neuf musiciens rencontré à Den Haag (voir plus haut), avec qui il crée une musique très improvisée et use de sampling, re-recording, effets électros etc...

Il est également co-leader avec Lynn Cassiers (chanteuse atypique à la voix irréelle et somptueuse) d’un groupe qui lui tient particulièrement à cœur.
Un jazz qui combine également les effets électros et l’improvisation non seulement musicale, mais aussi textuelle.
Manolo Cabras_02

Manolo redescend parfois un peu vers le Sud, car il est également présent sur la scène française avec le quartette d’Alexandra Grimal. (Nos amis Parisiens ont eu la chance de les entendre souvent au défunt club «La Fontaine» - qui renaît actuellement sous le nom de «Les Disquaires».)

Alexandra est, elle aussi, tombée sous le charme musical et humain de Manolo:
«Manolo Cabras est un des musiciens qui me touchent le plus. Il est entier dans la musique et joue avec une intensité peu commune.
Le son de la contrebasse est brut et profond, il fait chanter l'instrument sur de nombreux registres différents. Il est soliste, mélodiste, rythmicien, en contrepoint permanent. Il est d'une grande générosité, toujours à l'écoute des autres, il ouvre de nouvelles voies instinctivement. Il vit la musique dans l'instant, tout en pouvant se projeter à la fois dans de longues formes improvisées. C'est un improvisateur et un compositeur extraordinaires.
J'aime particulièrement chez lui sa recherche du vrai, le son tel qu'il est, dans sa forme la plus brute, dans l'impulsion qui le crée.
Que dire de plus? Difficile de mettre des mots sur un tel musicien si complet. Il est aussi à découvrir en tant qu'ingénieur du son!
Il faut surtout l'écouter jouer, il est libre et plein de projets, tous plus variés et étonnants les uns que les autres.
»

On le voit, Cabras ne laisse personne indifférent.
Même pas vous, j’en suis sûr.

Ecoutez-le sur quelques rares CD's, comme «Something To Share» de Free Desmyter ou «In Between» de Ben Sluijs…
Mais surtout, venez le voir sur scène lorsqu’il se balance frénétiquement avec son instrument, complètement investi par sa musique…

Allez, je vous fais une place et je vous attends.

A+


Merci à Jos Knaepen pour les photos, à Marek, Ben et Alexandra pour leurs réponses.

26/02/2008

Interview Erik Truffaz - Chronique Andreu Martinez

J’ai profité de son récent passage à Bruxelles pour réaliser une interview d’Erik Truffaz.
Vous pouvez lire le résultat ici, sur Citizen Jazz.
Erik Truffaz_03
C’est toujours un plaisir de rencontrer ce trompettiste, toujours dans sa bulle, mettant parfois un temps fou avant de répondre à une question…
Le stress, il ne connaît pas.


andreu
Dans cette édition, vous pouvez également lire ma chronique à propos de l’album «Fast Food» de l’excellent guitariste espagnol Andreu Martinez.

Bonne lecture.

A+

22:01 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : erik truffaz, andreu martinez, citizen jazz |  Facebook |

25/02/2008

Octurn (Jazz Station) et Gilles Repond (Sounds)

Quand on a la chance d’avoir Octurn en résidence régulièrement dans sa ville, il serait assez stupide de ne pas assister à l’un de leurs concerts.
Surtout que, malgré une très forte personnalité, aucun ne se ressemble.
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À la Jazz Station, Octurn prépare son projet avec Ictus, basé surtout, d’après ce que me dit Bo van Der Werf sur le gamelan.

Est-ce pour cette raison qu’Octurn groove autant ce soir? Danse autant? Swingue presque?

Bien sûr, on y retrouve toujours les évolutions polyrythmiques complexes, les rythmes décalés, les moments suspendus, les ambiances à l’équilibre précaire…
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Chander Sarjoe est toujours aussi surprenant rythmiquement (pour ce projet avec Ictus, ce sera pourtant un autre excellentissime batteur qui participera à l’aventure: Xavier Rogé).
Aux claviers, le duo FioriniDumoulin se complète à merveille.
Nelson Veras apporte toujours sa touche si particulière, comme s’il jouait dans une autre dimension.
Et Malik, et Bo, et Jean-Luc Lehr, et Laurent Blondiau sont toujours aussi surprenants.
(Guillaume Orti n’était pas de la partie ce soir.)

Mais ce soir, j’arrête d’essayer d’analyser la musique.
Je me laisse porter par elle.
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Y aura-t-il un disque avec l’ensemble Ictus?
Peut-être. Peut-être pas.
Raison de plus pour aller écouter Octurn à La Maison de la Musique à Nanterre (le 28 mars) ou au Kaaitheater à Bruxelles (le 16 avril).


Changement de direction et de style.
Me voici au Sounds pour écouter Gilles Repond.

Par rapport au groupe que j’avais entendu l’année dernière, c’est Toon Van Dionant qui a pris la place de Max Silvapulle derrière les fûts.
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Le groupe du tromboniste suisse propose un jazz groovy aux tendances parfois un peu funky.
Mais les morceaux sont souvent d’une complexité un peu perfide.
«Barbecue In Lapland», par exemple, est un morceau glissant (ok, le jeu de mot est facile, mais je suis sûr que ce titre n’a pas été choisi au hasard). Ici, les rythmes changent perpétuellement. Ça accélère, ça ralenti, ça change de direction.

Le plus «sage» dans l’histoire, c’est peut-être encore Gilles lui-même. C’est lui, souvent qui vient calmer un peu le jeu.
Il faut dire que lorsque Pascal Mohy est lâché, ça fait mal!
Quel pianiste brillant et fascinant.
Son jeu est précis, rebondissant, époustouflant. (Sur «Meeting Point» ou «Vilnius» c’est du tonnerre qui sort de l’instrument.)
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Alors, Sam Gerstmans en profite, lui aussi pour en rajouter une couche.
Au-delà d’un timing parfait et très sûr, il redouble de puissance dans ses solos.
Ce qui n’est pas pour déplaire à Toon Van Dionant, explosif au deuxième set.

Bien sûr il y a des moments plus tempérés, plus blues, comme le très beau «The Back Of The Death Hand» ou la ballade «Since You». C’est parfois un légèrement plus funky avec une reprise de Steve Wonder, ou plus traditionnel avec «Do You Know What It Means To Miss New Orleans» immortalisé à jamais par Billie Holiday et ce bon vieux Louis Armstrong

Alors, pour finir la fête, le quartette invite Jean-Paul Estivénart et Fred Delplancq à venir partager un «In A Sentimental Mood» et un tonitruant «Milestone».

Et je vous épargne la suite au bar.

A+

23/02/2008

Augusto Pirodda - Théâtre St Michel

Un accord plaqué.
Comme un coup de tonnerre. Ou un tremblement de terre.

Le piano résonne dans le grand hall du Théâtre St Michel.
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Augusto Pirodda, grave, investi, concentré sur lui–même distile les notes petit à petit.
Intimité, recueillement et dépouillement au maximum.

Augusto Pirodda joue du piano. Dans tous les sens du terme.
C’est-à-dire qu’il fait parler les touches d’ivoire, le bois, les cordes… et les silences.
Il fait de son piano un véritable instrument à percussion.

Il possède le sens des tensions, des contrastes, de la force et de la tendresse.
Il n’hésite pas à accentuer certains accords pour mettre en valeur le précédent, ou pour préparer le suivant.

Dans ce jeu très contemporain qui n’est pas sans rappeler Stockhausen ou John Cage, on décèle ici et là quelques réminiscences de Duke Ellington ou de George Gershwin.

Les notes bouillonnent sous ses doigts. Parfois aussi, elles pétillent légèrement, tendrement.
Les thèmes sont souvent les bases pour la relecture de ses propres compositions ou pour des improvisations au caractère bien trempé.
Des impros qu’il propulse loin devant lui, au risque de les laisser s’échapper.
Il les laisse vivre librement le plus longtemps possible.
Il crée ainsi des émotions étranges. Souvent cérébrales, un peu froides aussi parfois.

Refusant la sécurité, bifurquant juste avant de jouer l’évidence, Augusto maîtrise l’équilibre incertain. Comme un funambule qui ne peut compter que sur lui pour ne pas chuter.

Ce soir, Pirodda a traversé les vallées parfois dangereuses et hostiles qui séparent les versants de la musique contemporaine et du jazz avec beaucoup d’élégance, de hardiesse et d’assurance.
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«Moving», l’album solo autoproduit de Pirodda vient de sortir. On peut se le procurer ici ou via son site.

A+ 

21/02/2008

Jazzques écoute - février 2008

Pas trop de sorties en ce moment.
Je fais plutôt du baby-sitting, si vous voyez ce que je veux dire.
Cela ne m’empêche pas d’écouter de la  musique, heureusement.
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Et dernièrement, dans ma boîte aux lettres, sont arrivées pas mal de choses intéressantes.
Je reviendrai sur certains cd’s plus en détail plus tard (et sur Citizen Jazz).
Je vous tiendrai au courant.

Un petit tour d’horizon, dans un ordre aléatoire, quand même ?
Il n’y a pas de raison que je garde tout ça pour moi trop longtemps…

Allons-y.
D’abord, ne pas s’arrêter au design assez scolaire de la pochette du dernier album de Fred Delplancq « Talisman ».
Fred s’est entouré d’un nouveau groupe et nous offre une belle série de compositions à la fois incisives et mélodiques. Même si on n’accroche pas immédiatement sur certains titres, il faut se laisser porter par l’album car, et c’est là sa force, c’est dans le développement des thèmes que ça devient fichtrement intéressant. Et il y a des perles (« 15 May » ou « Triste » pour ne citer que ceux-là).

Fred Delplancq, on le retrouve (avec Jean-Paul Estiévenart) sur une petite bombe : « Stories From The Shed » de The Wrong Object, le groupe jazz rock progressif de Michel Delville, Damien Polard et Laurent Delchambre.
Souvenez-vous, j’en avais parlé lors du dernier festival Jazz à Liège.
L’album est sorti sur le label New-Yorkais Moonjune Records (clin d’œil à un titre de Soft Machine, ça veut tout dire!). Zappa, l’école de Canterburry, Robert Fripp mais aussi John Zorn ne sont jamais loin. Accrochez-vous, c’est fort et c’est bon.
Album décapant, riche et éblouissant de maturité et d’énergie.


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Du coup, toujours chez Moonjune, j’ai eu l’occasion de découvrir «Tipping Point» du batteur Jason Smith.
Un solide power trio post-bop énergique, avec quelques tendances pop-rock.
C’est enregistré «live» et il y a quelques superbes moments d’improvisations et d’interactions entre les trois musiciens.
Il faut que j’écoute ça encore plus attentivement, car vraiment, ce n’est pas mal du tout.

Dans la partie «petites déceptions» il y a Hadrien Feraud.
Ce jeune bassiste français (dans la lignée d’un Pastorius) est très doué, certes, tant dans les compos que dans son jeu…. Mais je ne suis toujours pas arrivé à rentrer dans cet album jazz-fusion.… Et je dois avouer que ce n’est pas trop ma tasse de thé… Pour l’instant ?


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Même déception (plus encore) pour le dernier Hancock («River – The Joni Letters»).
Je suis resté sur ma faim. Et encore, je n’ai jamais vraiment été mis en appétit…
À part la très belle intervention de Leonard Cohen sur «Jungle Line» et celles de Wayne Shorter (époustouflant sur «Nefertiti», entre autres), l’album est lisse… tellement lisse…
Il a quand même plu à pas mal de gens de la presse spécialisée et a obtenu un Grammy Award.
J’ai peut-être pas tout compris… ?

L’album de Roger Kellaway, «Heroes», bien qu’assez classique, aurait peut-être bien plus mérité cette récompense. Il vient, en tout cas, de recevoir celle de l’Académie du Jazz  en France.
Et c’est vrai que , dans son style, c’est excessivement bien. Le pianiste américain rend hommage ici à l’une de ses principales influences, Oscar Peterson, dans une formation en trio sans batterie (piano, basse, guitare). Du jazz de chambre avec des échappées stride ou swing de très grandes qualités.
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Kellaway avait sorti, il y a quelques années, un album magnifique dans un tout autre style: «Roger Kellaway Cello Quartet».
Si vous aimez la musique classique, André Klenes et Nathalie Loriers, jetez-y  une oreille !

Puisqu’on revient en Belgique, comment ne pas parler de Philip Catherine ?
Pas de trio ni de groove débridés cette fois-ci.
Avec «Guitars Two», Philip Catherine joue l’introspection et la délicatesse en duo… avec lui-même.
L’idée du re-recording est brillante et le jeu du guitariste est d’une finesse étourdissante.
Rassurez-vous, ça ne manque pas de swing quand même. Et l’on reconnaît instantanément la patte de notre fabuleux guitariste.
Un album doux, profond et très sensible.
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Dans un tout autre genre, l’album d’Ibrahim Maalouf est une sacrée bouffée de dépaysement.
Le jeune musicien libanais, qui est le seul à jouer sur une trompette 1/4 de ton - fabriquée par son père - nous fait voyager entre les Maqâm arabes, l’électro, le jazz, les ambiances urbaines et les groove insolites.
«Diasporas» possède un son unique, entre la tradition et musiques actuelles.
Et toujours loin des clichés.
Maalouf sera en concert au Botanique au mois de mai.
J’ai eu le bonheur de rencontrer dernièrement ce trompettiste que j’avais  entendu pour la première fois en 2003 sur «Living Road», le magnifique album de Lhasa.
Attachante et intéressante personnalité.
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Et pour finir: «Codebook» de Rudresh Mahanthappa.
J’avais remarqué ce saxophoniste indo-américain sur l’excellent album de Dupont T: «Spider’s Dance»
Et ce «Codebook» est vraiment excellent. À la fois complexe et tellement évident.
Le sax est franc et rauque juste comme il faut. Influencé autant par Steve Coleman que Coltrane.
Rudresh , fin arrangeur, laisse aussi de beaux espaces à ses compagnons de jeu : le très talentueux et explosif Vijay Iyer au piano, le discret Dan Weiss à la batterie et un François Moutin éblouissant à la contrebasse.
Un must !
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Bon, on va s’arrêter ici (on pourrait continuer encore, mais il ne faut pas être trop gourmand).
Quant à moi, je vais continuer à m’imprégner de toutes ces belles choses et à en découvrir encore d’autres…

A+

17/02/2008

L'âme de Billie Holiday - Marc-Edouard Nabe

« J’ai été conçu à New York ! Mon père éjacula dans les buildings. C’est à New York qu’il me gicla un beau soir de printemps avant d’aller souffler comme un bœuf des mélodies à s’ouvrir le ventre au Metropole, ou s’aventurer à Harlem voir Monk. »

Page 183.

nab

Ce sont les premières lignes que j’ai lues, chez Filigranes, lorsque je suis allé acheter «L’âme de Billie Holiday».

Celui qui « gicle », c’est Marcel Zanini.
Vous souvenez-vous de ce clarinettiste qui fut plus connu pour ses chapeaux excentriques, sa moustache, ses lunettes rondes et son «Tu veux ou tu veux pas?», que pour ses interventions dans différents combos de jazz ?
(Et pourtant, en cherchant un peu, on peut retrouver des choses plus qu’intéressantes à son égard: ici, par exemple.)

Et le fruit de cette explosion tellurique nocturne c’est Marc-Edouard Nabe.
Le très controversé Marc-Edouard Nabe.
Philosophe, écrivain, musicien, artiste, fouteur de merde… et amoureux de Billie Holiday.

Son livre n’est pas une biographie classique (on ne pouvait pas s’attendre à moins de la part de l’auteur).
Mais c’est un livre résolument jazz.
Il est surprenant. Parfois tendre, souvent cru.
Il mélange les styles et les genres.
Il joue l’improvisation.
L’auteur use, et abuse parfois, de formules chocs. Mais il défend tellement bien la détresse, les douleurs et le chant de Billie Holiday!
Il fait revivre par chapitres courts et incisifs la vie et l’œuvre de cette diva du jazz.

« Si Satchmo chante de faux mots que je comprends, pourquoi ne prononcerais-je pas des notes que l’on prendrait pour des mots? »

L’a-t-elle dit ainsi? Oui? Non? Peut-être?

En tout cas, c’est une phrase merveilleuse qui résume tellement bien l’esprit et l'ambiguité du personnage.

« Trop noire chez Artie Shaw, trop blanche chez Count Basie. Noire-Neige et les 16 blancs ! Blanche-Ebène et les 16 nains noirs. »

Ou plus loin :

« Les couacs de Miles Davis, les anches qui sifflent de Charlie Parker, les rots d’Eric Dolphy, les notes à côtés de Monk : elle les reprend à son compte par sortes de hoquets. »

Avouez que Nabe a le sens de la formule et du verbe.
D’une ligne à l’autre, il est capable d’irriter, de déranger ou d’attendrir.

Personnellement, j’adore ce genre d’écriture: celle qui vous bouscule, qui vous gratte, qui vous met mal à l’aise, qui vous fait réfléchir et… qui vous marque longtemps.

C'est cette même écriture que j’aime retrouver dans le jazz.

Ce livre ressemble tellement aux chansons et à la vie de Billie Holiday, que l’ignorer serait sans doute, à mon avis, une petite erreur d’appréciation.

Allez-y, faites-vous mal, ça fait du bien.

A+

00:59 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : livres, marc-edouard nabe, billie holiday |  Facebook |