17/03/2010

Bruxelles, Bamako, Genk et Tokyo.

Bruxelles.

Lors de l’ouverture de la 40ème édition de la Foire du Livre de Bruxelles, Baba Sissoko et Fabrizio Cassol étaient invités à venir illustrer le thème de cette année : «Des Clics et des Lettres». Le passage du papier au numérique.

Ok, le rapport est peut-être un peu tiré par les cheveux… Quoique.

Baba Sissoko est un griot. Un passeur. Un passeur d’histoires de génération à génération. On peut y trouver une légitimité. Et puis Baba vient d’Afrique et la Foire proposait également et pour la première fois, «Echappées africaines» : un espace dédié aux littératures d’Afrique et des Antilles. Plus de doute, Baba et Fabrizio avaient leur place ici ce soir.

Ce fut, en plus, l’occasion pour moi de réaliser une interview les deux musiciens à propos de l’excellent dernier disque d’Aka Moon et le Black Machine dont parle si bien mon ami Franpi sur Sunship.

 baba

Bamako

Tout le monde devrait rencontrer Baba Sissoko !

Après leur courte prestation, je retrouve Fabrizio Cassol et Baba Sissoko au stand de La Première, détendus, souriants, heureux.

Un verre de vin blanc, zakouskis en prélude à l’interview. On discute déjà. Simplement. Amicalement. Les deux hommes sont d’une accessibilité étonnante. C’est dans leur nature. Et ce n’est pas nos camarades de Criss Cross Jazz qui me démentiront.

Un petit verre de vin blanc et des zakouskis.

Bavardages, rires, rencontre avec des écrivains et hommes de radio.

Verre de vin blanc et zakouskis.

Fabrizio voudrait faire l’interview rapidement car il sera en studio le lendemain avec Aka Moon et… Baba. Ok, je reconduirai Baba à son hôtel et Fabrizio chez lui après notre entrevue.

Verre de vin blanc, zakouskis.

Je commence l’interview avec Baba pendant que Fabrizio range son matériel et discute avec d’autres amis. Le griot est une montagne de gentillesse, de bon sens et de simplicité. Il est guidé par le destin. Avec lui, tout est lumineux. On comprend tout de la vie… et l’on se pose des questions sur la nôtre. Il parle de la musique comme on parle d’un paysage. Il parle des gens avec un cœur gros comme ça. Son sourire et ses paroles touchent justes. Rien n’est calculé, tout est spontané, naturel, évident.

Un petit verre de vin blanc et des zakouskis.

Fabrizio nous rejoint. Je retrouve chez lui les mêmes valeurs que chez Baba, exprimées autrement, mais avec autant de sincérité. Complicité, rire et amour de la musique. On pourrait continuer à bavarder encore longtemps. La Foire ferme. Fabrizio aimerait rentrer mais… difficile de résister à une invitation dans un deux étoiles des alentours. Surtout si Baba pense qu’il faut «suivre son destin».

Un dernier vin blanc.

Apéro. Conversation avec quelques personnalités de la Foire.

Baba ressort son Tama. Il le fait résonner et s’en va tourner autour de la grande tablée en chantant. La vie est tellement simple.

Verre de vin, dîner excellent et l’on continue la conversation entre rire et profondeur.

Comme promis, je reconduis nos amis. Détour par un night shop. Il est près de trois heures de matin. Tout le monde est heureux. Et moi, plus que jamais…

 baba001

Aka Moon était à Bozar ce mercredi soir pour leur projet avec les musiciens Indiens : The Light Ship Tentra… C’est sûr, je vous en reparlerai. Quant à l’interview de Baba et Fabrizio ce sera sur Citizen Jazz… bientôt.

 

Genk

Sur Citizen Jazz, justement, vous pouvez lire ma chronique du Motives Festival.

J’aime beaucoup ce Festival pour son éclectisme et son ouverture d’esprit. L’année prochaine devrait nous offrir encore de belles surprises puisque le Festival change de lieu afin de mélanger plus encore les différents arts (performances, vidéo, installations etc…).

ternoy
Cette année, mon coup de cœur est allé au trio de Jeremy Ternoy, excellent trio français que je ne connaissais que de nom. Il paraît qu’ils sont passés plusieurs fois à Bruxelles. Au Travers (Allo, Jules ? C’était quand ? Pourquoi j’ai raté ça ?). Coups de cœur aussi pour le projet ‘Dowland’ de Chris Mentens, pour Carla Bley et pour Paolo Fresu. Bref, c’est à lire ici.

 

Tokyo

Juste pour vous signaler le passage en Belgique, au Sounds le 23 mars, du pianiste Japonais Makoto Kuriya. Il sera accompagné de Mimi Verderame (dm) et de Bart De Nolf (cb). Il a vécu plus de 10 ans aux Etats-Unis et a joué aux côtes du trompettiste Chuck Mangione ainsi qu’avec Herbie Hancock. On peut lire une critique de son dernier disque ici. Promis, j’en parlerai aussi.

 

A+

14/03/2010

Raw Materials - De Singer à Rijkevorsel

Lundi 1er mars, soirée exceptionnelle au Singer à Rijkevorsel. En effet, le club n’a pas l’habitude de programmer de concerts le lundi, mais, quand ils ont su que Vijay Iyer et Rudresh Mahanthappa étaient dans le coin et libres ce soir-là, Luc et Tom  n’ont pas hésité longtemps avant de les inviter.

Et ils ont bien fait car pas mal de monde s’était donné rendez-vous dans ce gros village situé à une petite vingtaine de kilomètres au nord d’Anvers. Et puis moi, ça me permettait d'aller interviewer Rudresh (assez fatigué lors de son dernier concert à Bruges où je l’avais rencontré, nous avions décidé de remettre ça à plus tard. L’occasion fait le larron).

 rud001

Dans le fond de la salle, les deux jazzmen américains ont pris place.

Des notes de piano cristallines, un sax plaintif. On chauffe la voix et les doigts. Mais très vite tout s’enchaîne sur des rythmes haletants et complexes. Les deux musiciens se questionnent se répondent. Dans les minuscules interstices, les brefs silences, entre les notes laissées en suspens par le pianiste, l’alto s’insère. Et puis les notes déferlent en cascade, le sax se fait grinçant et le piano menaçant. La première tempête vient de passer.

L’énergie dégagée par ce premier, long et intense morceau laisse la place à un autre plus lyrique peut-être, qui suit cependant une veine toujours contemporaine et percussive. Tout se joue sur un équilibre instable. On dirait deux funambules sur une corde. Et à nouveau, tout file, tout s’emballe, tout s’envole. La musique n’est jamais prisonnière.

 rud004

C’est étrange et surprenant d’entendre ces deux lignes musicales qui ont l’air de flotter l’une au-dessus de l’autre, comme si elle n’avait rien en commun. Pourtant, une inflexion, une digression et elles se rejoignent. Elles s’enchevêtrent pour mieux s’éloigner. Chacune d’elles gardant ou reprenant sa liberté.

Le duo se connaît par cœur. Rudresh et Vijay sont complices. Ils savent qu’ils ont rendez-vous et que chacun sera là au moment où la musique le décidera.

rud003
Chaque morceau a sa propre vie, sa propre liberté, sa propre histoire. Il est modulé au gré des improvisations virtuoses de l’un ou de l’autre. Vijay semble impassible derrière son piano, concentré et détendu à la fois. Le toucher irréprochable. Rudresh est plus mobile, plus expressif aussi. Sa technique est impressionnante. Il n’hésite pas à rire de bon cœur aux phrases du pianiste. Chacun se laisse encore surprendre par l’autre.

De temps en temps élégiaque, souvent très relevée, la musique a du corps et de l’épaisseur. Le sax se fait parfois velours, mais décolle plus souvent dans les aigus. Parfois même on y retrouve une pointe d’intonation à la Albert Ayler lorsque la transe se fait plus présente encore.

Ce soir, le duo a revisité quelques morceaux de «Raw Materials», mélangé à de nouveaux thèmes ou empruntés à d’autres projets, comme Apti, Kinsmen ou peut-être encore Historicity.

Ce soir, c’était New York à Rijkevorsel.

 

19:11 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rudresh mahanthappa, de singer, vijay iyer |  Facebook |

13/03/2010

Just Jazz It - Mohy et Bollani au Beurs

Vendredi 26 février, on fait la file devant le Beursschouwburg pour le festival Just Jazz It.

Le double concert de ce soir est archi sold-out. Pour avoir encore une chance de trouver une place, il faut s’inscrire sur une liste d’attente en espérant un éventuel désistement.

Cet engouement est sans aucun doute dû à la venue de Stefano Bollani. Il jouera en solo après le concert du trio de Pascal Mohy.

 mohy001

Place donc au jeune pianiste belge, pour commencer, accompagné par Sal La Rocca à la contrebasse et Joost Van Schaik aux drums.

Douceur, lyrisme et délicatesse au menu. Le trio nous propose un joli voyage, dont il a le secret, dans une ambiance intime et toute en retenue… trop, peut-être. Les morceaux s’enchaînent («Don’t Explain», «Jojo», «6.4.2») mais la sauce a du mal à prendre. On dirait que le fluide ne passe pas vraiment et que personne ne se lâche tout à fait. Le toucher de Mohy est toujours fin et aérien. Les interventions de Sal toujours charnues. Le jeu de Van Schaik juste… mais… Dans ce climat très Evansien, on attend un peu l’étincelle, le plaisir, la surprise, le «lâché prise»… Ha, ça me coûte vraiment d’écrire ça, car j’adore ce trio et le jeu de Pascal Mohy, mais ce soir, à mon avis, ils sont passés un peu à côté. Allons, ce n’est que partie remise, j’en suis sûr.

Quelqu’un qui n’est pas passé à côté de son concert et qui prend du plaisir sur scène, c’est Stefano Bollani. Une bourrasque, une tornade, un feu d’artifice.

bollan002
L’Italien débarque avec son sourire, sa joie, son humour, son soleil. Et il partage le tout avec nous.

Voici sans doute l’un des plus fabuleux concerts solo auxquels j’ai assisté.

La variété des styles, les changements de rythme, les variations de tempos, les différentes ambiances, Stefano Bollani les maîtrise avec une incroyable facilité.

Le jeu est d’abord vif et très percussif. Il prend possession de tout le clavier, s’aide du coude pour ponctuer plus fortement encore certains accords. Jamais le sens de «faire sonner un piano» n’a été aussi approprié. Tout reste harmonieux, car Stefano est un véritable amoureux des mélodies. Il a la musicalité à fleur de doigts, le lyrisme chantant, la mélodie lumineuse. Rien n’est jamais convenu chez lui, même ses ballades respirent un romantisme sincère.

Bollani passe sans transition, mais avec une intelligence certaine, d’un jeu à la Jarrett qui aurait pris le soleil (les ostinatos et les motifs répétés sont de mille nuances) à un jeu très contemplatif et serein. Il saupoudre d’un peu de blues, une pointe de stride, un soupçon de chanson. Bollani fait feu de tout bois. Son influence de la musique classique est aussitôt contrebalancée par un air pop ou un standard de jazz. Sa culture musicale semble sans fin.

bolla001
C’est ce qu’il démontre avec un humour désarmant lors du rappel pour lequel il demande au public une vingtaine de titres en tout genre (ça va de Puccini à Scott Joplin en passant par Satie, Paolo Conte, Miles et d’autres moins célèbres). Bollani prend tout et nous livre tout ça en un medley ahurissant et jubilatoire.

On ressort du Beurs avec une incroyable énergie et un sourire jusqu’aux oreilles.

Chapeau et merci Maestro !

 

A+

 

09/03/2010

Lidlboj à la Jazz Station

24 février.

Il y avait pas mal de monde venu écouter l’enfant terrible du Fender. Il y avait pas mal d’amis musiciens aussi. C’est que Lidlboj intrigue et ne laisse pas indifférent.

joze002
L’album en a d’ailleurs surpris plus d’un, sans doute. Sauf ceux qui connaissent et suivent Jozef Dumoulin depuis pas mal de temps… et encore. Il faut dire qu'avec Eric Thielemans aux drums, Bo Van Der Werf au baryton et EWI et Lynn Cassiers au chant, on ne pouvait pas s’attendre à un jazz ronronnant.

L’album, je connaissais, le groupe sur scène, je l’avais vu en 2006 à Genk (mais - et l’histoire est maintenant connue, ha,ha,ha -  j’avais raté leur récent concert à Anvers).

À la Jazz Station, le quartette dépoussière d’entrée de jeu. Dans un magma de sons, de bruits, de stridences et de rythmes décousus, Lidleboj fait le ménage dans nos têtes, comme pour nous dire d’oublier au vestiaire nos à priori, nos connaissances ou nos habitudes. Place à… autre chose.

Une fois le ménage fait, un groove obsédant s’installe, lentement, sûrement. Un groove incertain, souterrain. Puis, la voix cristalline et angélique de Lynn nous emmène vers une nouvelle planète. Une voix pure, enfantine, innocente presque. Petit à petit, tout se met en place. Jozef extrait des sons inimaginables de ses claviers. On est dans le hors-piste de l’électro. Les phrases sont courtes, imaginatives, évolutives. Eric Thielemans embraye, invente des sons, des rythmes tantôt secs, tantôt sourds. Parfois brillants, parfois mats. Les métriques flottent et s’infiltrent au gré des changements d’ambiances initiés par Jozef. Bo Van Der Werf, comme en embuscade, trafique le son de son baryton. Celui-ci ressemble parfois plus à la trompette de Miles, période «électrique», qu’au sax. Puis il laisse tomber l’instrument au profit de l’EWI.

joze001

Un univers particulier se crée. Entre fantasmagorie, rêverie ou cauchemar. Les nappes brumeuses et éthérées s’enchaînent à la dissonance, puis aux sons aquatiques.

On flotte par instants, on s’irrite presque à d’autres. Parfois on décroche. Mais Jozef et son Lidleboj, comme le capitaine Nemo aux commandes du Nautilus, nous ramène, nous harponne, nous remets sur le chemin. Prêt à nous noyer à nouveau. À nous d’apprendre à nager.

Lidleboj est une expérience fantastique… et ce n’est pas mes amis Gilles, Marie-Françoise et Juliette (venus de Souillac) qui me diront le contraire.

Amis français, rendez-vous au Sunset le 20 mars.

 

A+

 

27/02/2010

Peter Van Huffel Quartet - A l'Archiduc

Le saxophoniste Peter Van Huffel (que Jean-Marc s’était fait un plaisir de nous présenter sur Jazz à Berlin) est né au Canada, a fait une longue halte à New York et habite maintenant Berlin. Peter a plus d’un lien avec la Belgique puisque son grand-père était originaire de Sint-Niklaas (ha, vous vous disiez aussi que ‘Van Huffel’, ça ne sonnait pas vraiment canadien…) et il partage maintenant la vie de Sophie Tassignon.

Avec son tout nouveau quartette, il était de passage à Bruxelles dimanche 21, à l’Archiduc pour présenter son dernier CD, «Like The Rusted Key», publié chez Fresh Sound.

 petre001

Bien qu’ils se connaissent depuis longtemps, le groupe s’est formé très récemment. Quelques jours seulement avant l’enregistrement du disque. Le résultat est pourtant d’une cohésion indubitable. Au piano Jesse Stacken (un des piliers de la jeune scène New Yorkaise), à la contrebasse le canadien Miles Perkin (qu’on a entendu aux côtés de Benoît Delbecq ou Lhasa) et à la batterie le suisse Samuel Rohrer (qui joue avec Malcolm Braff, Wolfert Brederode, etc.). Belle brochette, non ?

Le groupe ne fait pas de concession et la musique est délivrée avec conviction et énergie.

«Beast 1 & 2» est un long morceau progressif, qui repose sur des lignes harmoniques lâches et espacées, laissant au temps le soin de construire sa petite histoire. Cependant, rien n’est lent, rien n’est tiré en longueur, les idées s’enchaînent, entre fureur et relâchement.

«The Drift» s’articule autrement. Ici, c’est l’ostinato, un motif répété et obsédant joué par le pianiste Jesse Stacken, qui permet au contrebassiste ou au saxophoniste de développer des improvisations charnues ou tranchantes.

peter002

Il y a un lyrisme bancal dans la musique de Van Huffel, une certaine fragilité qui côtoie un esprit parfois un peu tourmenté (le mystérieux «Atonement», par exemple). Cette idée est sans doute accentuée par certaines lignes de contrebasse jouées à l’archet. Miles Perkin n’hésite pas à «détourner» ainsi son instrument en bloquant les cordes ou en faisant glisser brutalement une fine baguette entre celles-ci («Backward Momentum»).

Le quartette joue aussi beaucoup sur les sons étouffés et retenus. Avant de lâcher un groove intense, Rohrer crée des ambiances sourdes, des climats capiteux, rehaussés du cliquetis des petites clochettes ou des mini cymbales, Ce son mat fait ainsi briller plus encore les attaques fougueuses du sax.

Peter Van Huffel garde pourtant toujours une voix assez claire et pure. On y trouve même parfois chez lui un certain «velouté» dans le phrasé. Même lorsqu’il part dans des envolées plus incisives, nerveuses, voire agressives. On y décèle peut-être l’énergie et la franchise d’un Chris Potter mêlées au discours complexe d’un Steve Coleman.

Le jeu de Jesse Stacken est, quant à lui, assez percussif sans pour autant manquer de lyrisme. Il fait sonner le piano sans fioriture ni maniérisme. Cela gronde parfois avant de revenir dans une veine plus souple.

Dans la plupart des compositions, on remarque une persistance mélancolique, parfois sombre et intrigante, combinée à une certaine rage contenue.

Parfois bruitiste, presque déstructurée et toujours très ouverte, la musique trouve toujours une résolution mélodique. C’est comme si dans le désordre d’une pièce, on y découvrait soudainement une vieille photo de post-boppers. C’est énergique, intense et palpitant à souhait.

Le Peter Van Huffel Quartet propose un jazz résolument moderne, à l’énergie contrôlée, qui sait faire varier les tensions et mélanger les couleurs. Ça fait du bien, et l’on était content qu’il soit venu nous faire partager tout ça à Bruxelles. Maintenant, on attend son retour avec impatience.

 

A+

 

23/02/2010

Jozef Dumoulin - Lidlboj - sur Citizen Jazz

Un dimanche soir de décembre, j'avais rendez-vous à Anvers pour écouter Lidlboj et interviewer son leader Jozef Dumoulin.

Me voilà donc parti tout guilleret et tout excité à l'idée de découvrir en live les hallucinants délires musicaux entendu sur le tout récent CD "Trees Are Always Right" (chez Bee Jazz).

trees

Super bien organisé, je suis scrupuleusement les indications de mon plan Google Map et je me retrouve... au nord du nord d'Anvers, au fin fond de docks sinistres, sombres, glauques et déserts. Mais où est donc cette salle de concert?

Je tourne et tourne encore à la recherche d'un semblant de vie et d'animation. Je tourne et retourne mon plan dans tous les sens. Je tourne et retourne en rond. L'heure tourne aussi... Me voilà bel et bien paumé en plein centre de nulle part.

Bon sang de bonsoir! J'ai introduit une mauvaise adresse dans Google Map. Je ne sais plus où je suis et encore moins où je dois aller. Je laisse un message de détresse à Jozef qui s'apprête à monter sur scène... Le concert commence... et se termine sans moi...

Retour sur Bruxelles en écoutant "Emine", à fond. Histoire de me calmer.

Quelques jours plus tard, j'ai rendez-vous avec Jozef à la terrasse d'un bel Hôtel du centre de Bruxelles. Sans plan.

Et voilà enfin l'interview sur Citizen Jazz.

Pour le concert, ce sera ce mercredi 24 février, à la Jazz Station à Bruxelles. Je crois que, cette fois-ci, je ne vais pas le rater.

Et vous?

 

A+

 

21:31 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : interview, citizen jazz, jozef dumoulin, lidlboj |  Facebook |

22/02/2010

Fabien Degryse Trio à la Jazz Station

Mercredi 3 février, Fabien Degryse était en trio à la Jazz Station. Il venait présenter le deuxième chapitre de «The HeArt Of The Acoustic Guitar».

cddegryse
Dans le club, bien rempli comme souvent, je discute d’abord avec Bart De Nolf. Je n’étais pas allé écouter ses concerts avec Dré Pallemaerts et Andy Sheppard, dans le cadre des Jazzlab Series. 9 concerts! Et je n’ai pas eu l’occasion d’en voir un seul! Vous parlez d’une malchance! Pourtant, un projet comme celui-là, valait le coup d’être vu, non? Et ce n’était pas l’envie qui me manquait. De ce trio, je n’ai eu l’occasion que d’entendre quelques morceaux lors de leur passage chez Jef Neve, sur Klara. Et le peu que j’en ai entendu m’avait mis encore plus l’eau à la bouche.

Outre le phrasé incomparable de Sheppard sur ses compositions originales ou celles de Bart De Nolf (lui qui me dit pourtant ne pas être un « vrai » compositeur possède quand même un bien beau talent), on découvre aussi une approche originale et une envie de décomplexer la musique. Bart s’essaie, par exemple, au «scratch». Oui, oui, avec une platine comme un DJ. C’est en Thaïlande, lors d’une série de workshops qu’il donnait là-bas, qu’un(e) DJ lui a appris les principes. À l’invitation de Sheppard, il a intégré cette idée dans le trio.

Mais à propos, comment est-il né, ce trio? De manière très simple et très naturelle. Bart a rencontré Andy Sheppard au sein du groupe du pianiste français Jean-Marc Machado dans lequel ils jouaient tous deux. L’envie de jouer ensemble est née là. Plus tard, à Paris, Bart emmène Andy voir Dré Pallemamerts, qui joue au Duc Des Lombards. Le saxophoniste anglais annonce tout de go à Bart que c’est avec ce batteur qu’il faut former le trio. L’affaire est entendue, ne reste plus qu’à écrire des morceaux, à jouer et à tourner. Jazzlab Series saute sur l’occasion. Quatre ans après, le projet est devenu réalité. Un disque? Peut-être, mais pas tout de suite. (Sheppard va bientôt sortir un album en trio avec le batteur Sebastian Rochford (Polar Bear) et le contrebassiste Michel Benita.) Une nouvelle tournée? En France, Belgique et ailleurs? C’est plus probable. Et c’est tant mieux pour moi, je pourrai enfin refaire mon retard!

degryse001

Mais revenons au trio de Fabien Degryse.

Fabien n’est pas un guitariste de jazz tout à fait comme les autres. Ce qu’il aime, c’est le son de la guitare acoustique, celui qui vient de l’intérieur. Il cherche toujours cette résonance qu’il s’obstine à magnifier. Du coup, pas de plectre pour lui. Il veut sentir la vibration, le contact direct de ses doigts (et de ses ongles) sur les cordes d’acier. Et puis, dans ses mélodies, que ce soit dans leurs constructions ou dans la façon de les jouer, on sent toujours cette recherche, ce besoin de «nature» révélé par un côté folk prêt à jaillir. Et à écouter sa musique et à lire les titres des morceaux, on ne doute pas que Fabien se sente très impliqué à la cause environnementale («Painting The Planet», «Tears On A Leaf» ou «Some Scary Future!» en sont des exemples clairs.) Tout se tient.

Bien sûr, il y a le fumet du blues et du swing qui plane, englobé dans une intension assez moderne et actuelle. Fabien ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Sylvain Luc, Nelson Veras ou encore le très peu connu (pour ma part en tout cas) Tommy Emmanuel. Parmi ces virtuoses, Fabien Degryse n’a pas à rougir. Il suffit de l’entendre en solo sur «Manzaka Mankoyi» aux accents très africains pour s’en convaincre. Et puis, que ce soit dans les ballades («Dream And Goals» ou le tendre et bluesy «The Mazy-k Place» en hommage au club N’8 Jazz) ou dans des thèmes nettement plus groovy («Alea» ou «The Funny Worm» par exemples) Degryse parvient toujours à phraser avec originalité et à surprendre. Jamais il ne semble à court d’idée et ne s’autorise aucun gimmick «attendu». Mais ce n’est pas pour cela qu’il va occulter le travail de ses acolytes: on parle ici d’un trio, un vrai. Sans apport d’un autre instrument harmonique, il faut que l’entente soit parfaite et que la musicalité de tous soit au rendez-vous. Bart De Nolf dialogue avec tendresse et finesse avec le guitariste. Sa contrebasse joue presque le rôle de seconde guitare. Bruno Castellucci, tempère autant qu’il dynamite certains morceaux. Le batteur est d’une rigueur métronométrique et d’une souplesse déconcertantes. On joue avec décontraction des morceaux finement ouvragés.

dgryse003
Les trois musiciens sont d’une complicité à toute épreuve. Il n’y manque rien. Pourtant, sur l’album qui vient de sortir, Fabien a invité l’excellentissime John Ruocco à venir illuminer de sa clarinette quelques morceaux, ainsi qu’un jeune et prometteur accordéoniste Thibault Dille.

Avec ces deux hôtes, la musique de Fabien Degryse s’envisage sous un autre angle. Elle prend un autre relief. Toujours subtile et aussi délicate. De quoi apprécier le live d’une certaine manière et de continuer le voyage d'une autre avec le cd.

degryse002

Si vous voulez voir le trio, allez vous balader du côté de Alost, Ninove ou Denderleeuw pour le Jazz-Madd le dimanche 7 mars, vous aurez trois occasions d’entendre le trio en une seule journée… (infos ici…)

 

A+

 

16/02/2010

Christophe Astolfi - Sounds

Après le concert de Mélanie De Biasio à Flagey, je remonte la chaussée de Wavre, direction Rue de la Tulipe pour écouter Christophe Astolfi en quartette.

Christophe (qui est né en Lorraine, rappelons-le) se partage de plus en plus entre Bruxelles et Paris. Allez chercher du côté des «circuits» manouches là-bas, vous le trouverez certainement.

Après quelques concerts remarqués lors des Djangofolllies de ces dernières semaines, il était ce 30 janvier au Sounds, entouré du tromboniste suisse Gilles Repond, de Bruno Castellucci (dm) et de Philippe Aerts (cb).

 ast001

Ici, ça swingue comme au bon vieux temps. Le groupe a décidé de revoir ses classiques avec nous. Et ça fait du bien. On tape du pied, on dodeline de la tête, on claque des doigts. C’est que le groupe sait y faire !

Castellucci est d’une efficacité remarquable, Aerts est brillant dans un registre dans lequel on avait tendance à l’oublier, Repond joue droit, avec puissance et efficacité, sans effet outranciers, afin de rendre au mieux ce répertoire riche et finalement pas si simple à maîtriser. Astolfi est limpide, simple et direct. Tout est dans le rythme et dans la cohésion avec le groupe. Ça voyage, ça accélère, ça projette, ça s’amuse et ça joue sans complexe.

 asto002

On revoit donc «Autumn In New York», «Just One Of Those Things» ou «Co-Op» (morceau complètement oublié - et que je ne connaissais pas du tout - de J.J. Johnson) sur lequel Philippe Aerts se fend d’un solo mordant. Et puis, il y a aussi le merveilleux «Nostalgia» de Fats Navarro, «I Can Dig it» (celui-là non plus, je ne le connaissais pas) de Les McCann et «Half Nelson» de Miles Davis où Castellucci, cette fois, se lance dans un solo incandescent.

Et l’on termine en rappel avec cette belle et tendre ballade «Easy Living». Voilà un titre qui résume bien le sentiment de la soirée. On sort du club le cœur tout léger, le sourire aux lèvres.

 

It don’t mean a thing, if it ain’t got that swing

 

A+

 

14/02/2010

Thomas Savy - French Suite

Dans ma boîte, dernièrement, une grande enveloppe. Dedans, une pochette de CD au format hors normes, presque de la grandeur d’un 45 tours (les plus vieux se souviendront).

Si le format sort de l’ordinaire, c’est que Plus Loin Music fête sa centième parution. Il faut marquer le coup. L’album, c’est celui de Thomas Savy. C’est écrit dessus.

Comme souvent chez Plus Loin Music, l’objet est très beau, bien pensé graphiquement et très bien fini (c’est ce qui fait le charme et qui me rend inconditionnel du CD physique).

Bref, c’est joli tout ça, mais je me méfie. Les «coups marketing», j’en connais un rayon.

Mais, d’un autre côté, je me rassure car le nom de Thomas Savy ne m’est pas inconnu, même si j’avoue ne pas avoir entendu souvent ce saxophoniste (à part avec David El-Malek). Et puis, ce que j’ai lu à son propos était souvent très positif. Et finalement, le label n’a pas l’habitude de produire des daubes. Dans le catalogue, on y retrouve The Volunteered Slaves, Méderic Collignon, Elisabeth Kontomanou, Pierrick Pedron, par exemples.

 savy01

Allez, zou, dans la platine. Et paf dans les oreilles !

Thomas Savy joue de la clarinette basse. Et c’est son deuxième album en leader. Il est entouré, pour cette «French Suite», de Bill Stewart (dm) et de Scott Colley (cb). L’assemblage est assez original et plutôt… audacieux. Thomas Savy n’a pas peur. En plus, on apprend qu’il n’a jamais joué avec le batteur ni avec le contrebassiste avant d’aller enregistrer là-bas, à New York. Sans crainte, il a écrit 8 morceaux (sur les dix de l’album) en pensant à eux. Et à l’écoute, on peut dire que Thomas Savy savait où il mettait les pieds.

Le résultat est une pure merveille. C’est ciselé, dosé comme il faut, avec des ouvertures pour laisser s’exprimer Colley et Stewart. Rien n’est figé, cadenassé, gravé dans le marbre. Ça respire, ça vit, ça grandit.

Eric Dolphy, Louis Sclavis, Michel Portal, John Surman, bien sûr on y pense un peu. Mais Savy possède sa personnalité. Il a son langage et sa voix. Il peut être rude (sur «Ignition»), mystérieux («Lonnie’s Lament»), fougueux, voire furieux sur («Atlantique Nord» ou «My Big Apple»). Il possède un phrasé d’une limpidité exemplaire et un sens de la musicalité étonnant. On s’ébahit de sa vélocité, de sa rapidité d’exécution. Il fait swinguer sa clarinette basse avec aisance, dans les graves comme dans les aigus. Savy est un formidable musicien, mais aussi un très bon compositeur. Ses thèmes sont extrêmement bien construits et bien ficelés. Savy nous emmène rapidement et sans difficulté dans des histoires passionnantes. C’est riche sans jamais être surchargé.

Ses complices apportent une profondeur aux propos (écoutez «Stones» avec ces coups de cymbales tout en creux et en aspérités). Bill Stewart joue les avant-plans et les arrière-plans dans un équilibre souple et très contrôlé. Et puis, il y a  cette basse obsessionnelle de Colley, pleine de nuances, pleine de chaleur et de puissance. C’est taillé, façonné, découpé avec justesse. Le doigté est ferme, sûr et chantant. «Ballade de Stephen Edward» s’ouvre à des improvisations très dépouillées qui ne laissent pas droit à l’erreur. «Come Sunday» est revisité avec une ferveur introspective. Chaque morceau est  propice à de nouvelles mises en avant, de nouvelles formules, de nouveaux points de vue. Les idées se développent rapidement, elles sont exposées avec clarté et intelligence. Ici, on ne tourne pas en rond et tout est dit avec concision.

Avec son format particulier (c’est une édition limitée), cet album n’est pas facile à ranger, mais… pourquoi le ranger? Allez, hop, on le refait tourner.

 

A+

 

13/02/2010

Melanie De Biasio - Jazz Festival Marni Flagey

 

Rendez-vous avec Mélanie De Biasio, samedi 30, pour clore le Jazz Festival Marni Flagey (pour lequel je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir tous les concerts qui me faisaient de l’œil…).

Elle a failli ne pas arriver, Mélanie, à cause de la neige qui avait envahi par surprise une grande partie du pays. C’est ce que la chanteuse raconte pendant son concert. Hé oui, chose rare, Mélanie parle à son public! Avec humour et tendresse !

Mais revenons au studio 1 à Flagey.

Ambiance toujours intime, très feutrée et assez sombre, comme pour faire briller les sons de la voix et des instruments. Car il faut le dire et le répéter, il s’agit d’un groupe et pas d’une chanteuse accompagnée d’un groupe. Le son a donc beaucoup d’importance. Et Mélanie a bien l’intention de creuser encore plus dans ce sens.

db003

Normal donc que Dré Pallemaerts, sans doute l’un des batteurs les plus subtils d’Europe, se sente ici chez lui. Son jeu est d’une justesse et d’une sensualité magnifiques. Il caresse les peaux, effleure les cymbales, souligne d’un claquement sec une intension ou une inflexion. Il crée des ambiances, dessine des climats, colorie certains morceaux de reflets orientaux (à l’aide d’un gong) ou indiens (avec des clochettes).

Entre le piano de Pascal Mohy, aux notes légères, graves ou retenues, et le souffle de la flûte de Mélanie, les passages se font suaves. Le swing est latent, tout en non-dit. Tout en évocation. Pascal Paulus, au clavinet et autres claviers, joue le rôle de la basse disparue volontairement du groupe. Du coup, dans certains morceaux, on y perçoit un écho vintage à la Tangerine Dream ou Grateful Dead (vous voyez, je n’ai pas peur, moi non plus, des grands écarts ni des mélanges). Entre Paulus et Mohy, l’équilibre se fait et chacun y trouve son espace.

db001

Repliée sur elle-même, toujours aussi concentrée et imprégnée par son discours, Mélanie De Biasio, malaxe la matière sonore. Elle jongle entre le chant et la flûte. Féline, elle bouge comme dans un poème de Baudelaire. Tour à tour, elle évoque l’amour brûlant («I Feel You»), la rage contenue, la sensualité chaude et soul (le très Ellingtonien «Mister Django»), les incertitudes de la vie, les décisions libératrices (un swinguant «I’m Gonna Leave You»). La voix est toujours aussi patinée, légèrement graineuse, finement grave. Irrésistible. Elle revient en rappel avec Pascal Mohy pour un lumineux «Softly As A Morning Sunrise». No comment.

 db002

On a hâte d’entendre ce que cela va donner sur disque. Tout est déjà enregistré. Le groupe travaille sur la production. Aux manettes : Dré Pallemaerts, bien sûr… J’en salive déjà.

 

A+

 

10/02/2010

Gino Lattuca - Bad Influence

Avant de vous raconter le concert de Mélanie De Biasio à Flagey, de Christophe Astolfi au Sounds et de Fabien Degryse à la Jazz Station, voici un petit texte que j’ai eu plaisir à écrire pour le dernier album de Gino Lattuca: «Bad Influence», sorti chez Igloo.

lattuca

Toujours à la recherche du son juste, celui qui coule avec suavité et élégance, Gino Lattuca a attendu près de 18 ans avant de sortir un nouvel album en tant que leader («My Impression» date déjà de 1992). Ho, bien sûr, pendant tout ce temps, notre trompettiste n’est pas resté inactif, au contraire. Il est bien connu qu’au sein du BJO, on ne se repose pas. Alors, au rythme des rencontres et des nombreux projets, Gino en a profité pour travailler encore et toujours son instrument et confirmer ainsi qu’il était bien l’un des meilleurs trompettistes du royaume.

D’ailleurs, si Philip Catherine l’accompagne du début à la fin de ce disque - et pas qu’en simple invité sur l’un ou l’autre titre - c’est qu’il y de bonnes raisons. Et la qualité de jeu de Gino Lattuca n’y est sans doute pas étrangère. Tout au long de ce «Bad Influence», on décèle d’ailleurs un grand respect mutuel de la part de ces deux grands musiciens. Chacun laisse de l’espace à l’autre pour qu’il s’exprime en toute liberté. Tout est une question de dialogues subtils et généreux. Chaque mélodie en est magnifiée. Il suffit d’écouter comment le quartette se réapproprie certains standards pour comprendre combien cette alchimie est assez unique. Amoureux des ballades swinguantes, Gino Lattuca ne pouvait pas passer à côté d’un «Come Rain Or Come Shine» capricieux et  facétieux, «Along Came Betty» merveilleusement ensoleillé, ou «Theme For Ernie» tendrement sensuel. Chaque fois, la musique est lumineuse et limpide. Le jeu de Gino est précis, sensible et caressant. Toujours, il développe un son d’une extrême justesse et d’une grande finesse.

Soutenu par une rythmique qui se connaît bien - et qui le connaît bien (Bart De Nolf à la contrebasse et Mimi Verderame à la batterie) - l’ensemble est extrêmement soudé et attentif. Et Philip Catherine y est élégamment éblouissant. La virtuosité est toujours, ici, au service de la musique.

Gino Lattuca co-signe également deux titres avec Mimi Verderame («Bad Influence» et un «Espresso» bien serré) alors que Philippe Catherine lui offre un swinguant «Adriano» et Michel Herr un irrésistible «Last Minute Blues».

Il n’y a pas à dire, cet album est un véritable disque d’amis. Un vrai disque de jazz.

Mais alors, quelles sont ces «Bad Influences»? Celles de Freddie Hubbard, Harry James, Woody Shaw?  Celles des rencontres de la vie? Qu’importe, puisqu’elles donnent surtout de bonnes vibrations.

 

A+

 

 

07/02/2010

Holger Scheidt Trio au Sounds

Holger Scheidt.

Ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose et, pour ma part, avant de l’avoir écouté ce vendredi 25 janvier au Sounds, je ne le connaissais pas.

Holger Scheidt est contrebassiste, né en Allemagne. Après avoir étudié à la Neue Jazzschool à Munich, il se rend à Montpellier, puis Barcelone et enfin à Boston, à la célèbre Berklee College of Music. C’est là qu’il rencontre le saxophoniste français Alex Terrier dont le nom m’était un peu plus familier car j’avais lu des critiques très encourageantes à propos de son disque «Stop Request»…

Ce soir, il n’y avait pas de saxophoniste et c’est en trio que se présentait Holger Scheidt avec Michel Reis au piano et Joe ‘Stone’ Hertenstein aux drums.

 holger001

Après un début un peu timide, dû sans doute au petit souci technique du micro de la contrebasse, le trio s’envole vite vers un jazz charnu et touffu. Un jazz qui se nourrit d’influences diverses et résolument modernes. Le groupe prend autant de plaisir à développer une mélodie qu’à se lâcher dans des envolées plus déstructurées. Et plus la nuit avance, plus la musique se libère et devient intéressante. Chacun des musiciens s’affranchit, profite des espaces pour les nourrir d’idées. On joue avec les silences, les explosions fugaces, les notes graves et les mélodies instables. Et ça groove toujours.

On peut apprécier le jeu fluide et déterminé de Holger Scheidt dans de cours solos, car le leader, sorte de colosse derrière sa contrebasse, pense plus souvent à mettre en avant ses compositions et l’esprit de groupe que lui-même. Voilà qui renforce encore la cohésion.

«Day», «And» ou «Bop Culture» ne cachent pas leurs intensions dans leurs constructions, mais s’autorisent des sorties plus contemporaines. L’excellent Michel Reis y est certainement pour quelque chose. On perçoit chez lui autant les influences d’un Monk que des accents plus avant-gardistes d’un Joachim Khün, par exemple. C’est souvent percussif, découpé et sans trop d’ornementations. Pourtant, il peut aussi se faire aussi plus «romantique» comme sur l’énigmatique «Night».

Le groupe nous fait alors goûter aux différents cocktails qui mélangent le jazz au blues, au folk et même au hip-hop. Joe ‘Stone’ Herstenstein, (belle gueule et double personnalité, puisqu’il est aussi guitariste) s’adapte à tous ces registres avec une belle énergie. La frappe est souvent sèche et fougueuse.

holger002

Après un «Don’t Go Nowhere Without Me» lumineux et très mouvant, un «Burning Fast» explosif et un «I Mean You» (de Monk) tumultueux, le trio est poussé par le public à remonter sur scène pour deux rappels. Preuve d’une soirée enthousiasmante emmenée par un groupe très convaincant.

 cd

Holger Scheidt, dans une optique toujours originale (comme l’indique le titre de son album «Half A Year In Half An Hour», celui-ci ne dure pas plus que 30 minutes, ce qui devient rare, mais qui fait preuve d’un certain esprit de concision ou de clairvoyance), compte enregistrer un nouvel album où chaque morceau serait joué par différents musiciens. Bonjour l’organisation! En tout cas, cela titille déjà ma curiosité.

Quant aux autres membres du groupe, ils ont tous également des projets qu’il sera sans doute utile de suivre. On se tient au courant. À suivre, donc.

 

A+

 

01/02/2010

Fabian Fiorini Trio & Eric Legnini Trio - Flagey

 

Double concert à Flagey, samedi 23, dans le cadre du Marni Flagey Jazz Festival. Fabian Fiorini en première partie et Eric Legnini ensuite.

Le studio 4 est rempli et c’est tant mieux! Je suis prêt à parier que trois quarts de la salle est venu applaudir (avec raison) Eric Legnini. Et je suis tout aussi prêt à parier que l’ensemble a été conquis par Fabian Fiorini.

Particulièrement en forme et visiblement très heureux d’être sur cette grande scène, Fabian Fiorini (p), Chander Sardjoe (dm) et Jean-Luc Lehr (eb) nous ont servi un set de toute grande facture. Cohérent, intelligent, vif, élaboré et accessible.

 legn02

Pourtant, on le sait, la musique de Fabian est parfois complexe. Cependant, ce soir, on dirait que le trio s'est adapté à la salle, que le pianiste a élaboré un programme qui tient compte de l’espace. Sans pour cela céder aux concessions, au contraire.

Le jeu souvent percussif de Fiorini se décline de différentes façons, évoquant tantôt l’approche stride d’un Art Tatum, la profusion harmonique d’un Andrew Hill et bien sûr le sens de l’espace d’un Monk. En deux mots: «ça prend aux tripes».

On entre tambour battant dans le concert avec «Contre Stellation» (?), suivi de «Straight, No Chaser» (on parlait de Monk?).

Puis, c’est une relecture magnifique du célèbre «Strange Fruit», couplé à une composition personnelle «Strange Root». Fiorini Découpe ses phrases, joue les silences, alterne fulgurance et le minimalisme. Il mélange la sauvagerie et le fatalisme. Il suspend le mouvement comme on suspend une vie. Jean Luc Lehr joue la mélodie, comme dans un écho. Chander Sardjoe ponctue les moments forts. Et puis, tout devient flamboyant, nerveux, révolté. Les «roots» se rebellent. Comme pour prouver que jamais ils ne mourront.

Chaque morceau est joué avec conviction et avec une énergie communicative. La musique coule entre les trois musiciens. Une ballade romantique, «Entre ici et là», n’a rien de banale. Un tempétueux «Superposition»  trouve l’équilibre entre transe et urgence. Et «Tzärr» est travaillé comme une longue suite où pulsions, tensions et relâchements se relaient avec une fluidité formidable.

Ce trio, dont j’avais chroniqué l’album «Something Red In The Blue» (sorti chez Cypres) et que je vous recommande chaudement, mériterait de tourner beaucoup plus. Sur les grandes scènes, comme dans les clubs. En Belgique, comme à l’étranger! À bon entendeur…

legn01

Après un court break, c’est au tour du trio d’Eric Legnini d’investir la scène. À la batterie Franck Agulhon et à la contrebasse Thomas Bramerie (à la place de Matthias Allamane, en tournée avec Christophe Astolfi, entre autres).

Sans une ni deux, on est dans le soul jazz qu’affectionne tant Legnini.

Ça balance et ça swingue avec «Con Alma», «Trastevere», «Casa Bamako»….

Le trio se connaît et se trouve les yeux fermés. Sur les ballades, on retrouve, dans le toucher sensuel de Legnini, celui des pianistes des années ’50, un peu à la Erroll Garner, avec une main gauche libre et légère.

Puis, Legnini abandonne le piano pour le Fender. Et c’est  «Rock The Day», «Trippin» et «Home Sweet Soul». Le son devient plus funky. Plus churchy aussi. Legnini ne trafique pas l’instrument. Il l’utilise «comme au bon vieux temps», comme pour en retirer l’essence originale. Franck Agulhon se lâche sur quelques solos retentissants, la frappe est ferme et sèche. Thomas Bramerie reste plus discret.

Ça donne envie de bouger, de danser. Et de réécouter le disque.

Après avoir tant jouer à travers toute l’Europe, le trio n’a rien perdu de son enthousiasme. Tout s’enchaîne avec un bonheur égal.

Alors, en bouquet final, c’est «Back Home»: jubilatoire!

Eric, tu reviens à la maison quand tu veux !

 

A+

 

30/01/2010

Rudresh Mahanthappa's Indo-Pak Coalition - De Werf Brugge

Depuis le temps que je voulais le voir en concert !

La première fois que j’avais entendu parler de Rudresh Mahanthappa, c’était à propos de l’album de Pierre Lognay «The New International Edition».

Mais je l’ai découvert réellement – et presque simultanément – sur «Spider’s Dance» de Hubert Dupont, et sur son «Code Book», album en leader, récompensé bien méritoirement d’un Choc Jazzman en 2006. Un choc? Assurément! Et en plus, pour moi, une grande découverte. Depuis lors, je scrute l’agenda du saxophoniste Indo-Américain.

Le vendredi 22, il se produisait à De Werf à Bruges dans la formation Indo-Pak Coalition.

rud001

À gauche, Rez Abbasi à la guitare, à droite Rudresh Mahanthappa et au centre, juché sur un petit podium et dans une position qui paraît parfois assez inconfortable, Dan Weiss au milieu de ses tablas, tambours et cymbales.

Ensemble, ils vont  parcourir la plupart des morceaux de l’excellent album «Apti».

La musique de Mahanthappa est un parfait dosage de musique indienne et de jazz. Mais attention, ce n’est pas une simple juxtaposition ou superposition des genres. Le saxophoniste a travaillé longtemps sur le sens de la musique Carnatique et sur celui du jazz modal. Résultat: une musique très personnelle, nouvelle, différente et surtout captivante.

rud002

«Looking Out, Looking In» installe le décor, à la manière d’un alap, avant de nous faire basculer brutalement dans «Apti». Une sorte de duel s’instaure alors entre le sax et les percussions. C’est rapide, touffu, rebondissant et brûlant. L’interaction est totale et les rythmes fluctuants. On se croirait dans une course-poursuite, avec de courts moments pour reprendre sa respiration. Le son de Rudresh est parfois sec, parfois pincé. Cette urgence dans le jeu est contrebalancée par des nappes fluides et sinueuses du guitariste.

La complicité entre les musiciens est évidente. Tout se joue avec sourire et gourmandise. Chacun se lance des défis insensés. Sur des mesures composées souvent complexes, les trois musiciens gardent une précision rythmique hallucinante. Le trio explore toutes les facettes de cette musique intense. En restant dans le même idiome, ils racontent chaque fois une histoire totalement différente. Avec «Vandanaa Trayee» (de Ravi Shankar), par exemple, Abassi est plus «rocailleux» et Mahanthappa plus aérien. Ailleurs, sur «Palika Market», qui s’engage d’abord sur des fondements chaotiques, déstructurés et presque bruitistes, la mélodie se révèle peu à peu solaire et tournoyante. On y retrouve ce goût unique de «chutney», ce côté «mild», fruité et relevé à la fois. Puis, sur «IIT», Mahanthappa et Abbasi dialoguent avec rapidité sur les intervalles courts. Question-réponse. Ça fuse, ça fonce. Aux tablas, Dan Weiss, hyper attentif et toujours en soutien des solistes, se voit offrir une belle plage de liberté. Son solo est extraordinaire de concision, de profondeur et d’agilité. Étonnant, d’ailleurs, que le seul «non-Indien» joue de l’unique instrument oriental de la formation. Weiss est le seul aussi à «chanter» (vous savez, ces onomatopées qui imitent le son du tabla).

rud003

Mélange des cultures, renversements des idées toutes faites, la surprise est toujours au rendez-vous. Le trio redessine une certaine image du monde. (Le nom du groupe, Indo-Pak Coalition, ne serait-il pas, d’ailleurs, un beau message aux habitants de notre planète?).

Avant un final éclaté, emmené dans une progression voluptueuse, qui frise le free-jazz et rappelle peut-être Albert Ayler ou John Coltrane, «Overseas» explore un côté plus obsédant de la musique indienne. Abbasi ressasse un rythme lancinant à la guitare,  entre mystère et luminosité.

Deux sets éblouissants d’une musique intelligente, accessible et terriblement attachante. Une musique qui donne envie d’explorer toujours plus loin les richesses infinies de l’Inde et du jazz.

Rudresh Mahanthappa sera de retour en mars avec Vijay Iyer (autre musicien important dont j’avais relaté le concert ici et dont vous pouvez lire l’interview ici) au Voruit à Gand pour présenter «Raw Materials». Il ne faudra pas manquer ça! Je vous conseille aussi d’écouter aussi l’excellentissime «Kinsmen» avec le saxophoniste «traditionnel» indien Kadri Gopalnath.

indo
Et puis, je vous conseille de ne pas vous priver non plus de l’écoute de «Things To Come»  de Rez Abbasi ainsi que de quelques-uns des albums de Dan Weiss, comme «Tintal Drumset Solo» (une suite de «chants» et de compos pour tablas joués à la batterie) ou «Now Yes When» en trio avec Jacob Sacks (p) et Thomas Morgan (cb).

Et l’interview de Rudresh pour Citizen Jazz, ce sera pour bientôt. Patience.

 

A+

 

26/01/2010

Ceci est l'Âme des Poètes. Théâtre Marni

Se rendre à un concert de l’Âme des Poètes est toujours un plaisir. On y va pour le la musique, bien sûr, mais aussi pour les commentaires et les jeux de mots de Jean-Louis Rassinfosse. C’est son pêché mignon. Il ne peut s’en empêcher. Et il ne s’en prive pas.

Même le plus mauvais des calembours trouve sa place ici. C’est souvent tiré par les cheveux, mais c’est souvent très drôle. Et, bien évidemment, c’est souvent surréaliste. Nous sommes en Belgique, non? Quoi de plus normal dès lors que, pour leur sixième album («Ceci n’est pas une chanson belge», sorti chez Igloo), le trio se soit attaqué aux chansons de notre plat pays. Bien sûr, il y a déjà eu tout un album dédié à Brel. Qu’à cela ne tienne, le Grand Jacques est à nouveau invité! Mais cette fois-ci, il est entouré d’Adamo, Arno, Telex, Pierre Rapsat, Sandra Kim ou encore Le Grand Jojo !! Il n’y manque plus qu’Annie Cordy ! Plus belge que ça… c’est la Mort Subite !

Celui qui n’a jamais entendu l’Âme des Poètes pourrait être perplexe devant un tel programme. Mais s’il l’écoute, il risque d’être surpris. Et plutôt dans le bon sens. C’est que le groupe a le génie de ne pas «jazzifier» bêtement les airs populaires. «Jazzifier»! Quel vilain mot! Il rime avec édulcorer, frelater, débiliter…

Pas question, donc, pour l’Âme des Poètes, de s’en tirer avec un «chabada». Il y a, ici, un véritable travail sur la musique, avec des arrangements aussi magnifiques qu’étonnants.

 002

Ce mardi 20 janvier, pour la sortie officielle du disque, la salle du Théâtre Marni est remplie. Sur scène, Pierre Vaiana (ss) sifflote et Fabien Degryse (g) tapote patiemment l’éclisse de sa guitare en attendant que Jean-Louis Rassinfosse mette de l’ordre dans ses partitions, chausse ses lunettes, règle le tabouret, ajuste le pupitre…

Le ton est donné: on ne se prend pas au sérieux.

Mais quand les premières notes résonnent on comprend vite que l’on n’a pas affaire à des zieverer.

«C’est ma vie» d’Adamo, est tendre et léger, «Les rêves en nous» de Rapsat, est intime et délicat, puis, «Mon amour pour toi», de Fud Leclerc, qui m’était totalement inconnu, se révèle superbe de dynamisme et de swing. «Fud Leclerc, nous explique Rassinfosse, a représenté la Belgique à l’Eurovision avec cette chanson. Fud, s’appelait Fernand Urbain Dominic, d’où... Fud… Heureusement qu’il ne s’appelait pas Bernard Isidore Thierry !»…

 001

Et l’on continue avec «Chef un p’tit verre on a soif» dans une version orientale absolument merveilleuse. Avec cet arrangement, on est loin, très loin, de la chanson de guindaille (j’en avais touché un mot ici). Pendant que la guitare égrène les arpèges, le soprano imite presque le pungi des charmeurs de serpents sur des accords ondulants. Au loin, la contrebasse chante doucement la mélodie.

De même, «Tout petit la planète» de Plastic Bertrand (composé par Pierre Van Doormael !!!) est dépouillé, étrange, mystérieux, intriguant… quasi méconnaissable. Le trio accentue une certaine idée de la désolation. Le refrain s’exprime de façon lacunaire, comme s’il était perdu dans l’univers. L'ensemble est presque déstructuré, désintégré…

« J’arrive » de Brel est poignant, «L’amour, ça fait chanter la vie», façon bossa, est ondulant et «Eurovision» de Telex, mixé avec «J’aime la vie» de Sandra Kim, est un bijou de savoir faire…

Entre humour, tendresse et complexité harmonique, le trio fait mouche à chaque coup.

 003

Rassinfosse capte l’attention, bien sûr, mais il ne faudrait pas oublier la dextérité hallucinante et la musicalité de Fabien Degryse à la guitare. Il est capable de varier les intonations et de créer des univers différents de façon absolument éblouissante. Et Pierre Vaiana parfois doux, parfois âpre, parfois même insolant lorsqu’il joue le vilain canard sur «J’aime la vie», est d’une justesse et d’une maîtrise qui forcent l’admiration.

À écouter sur disque, bien sûr, mais à voir sur scène, sans aucun doute.

Ceci n’est pas un trio ordinaire - nom d’une pipe! - c’est l’Âme des Poètes!

 

A+

 

21/01/2010

Vous reprendrez bien un peu de jazz?

Un peu d’actu.

En ce moment, sur Citizen Jazz, vous pouvez lire l’interview de Baptiste Trotignon. Rencontre bien sympathique. C’était à propos de son disque «Share» et c’était dans les coulisses du Festival Jazz à Liège. Et c’est à lire ici.

Puisqu’on parle de festivals, il y a en a qu’il ne faut pas manquer en ce moment.

invis
Les Djangofollies, bien sûr! Les 100 ans de Django, ça se fête.

Si vous n’avez pas le temps d’y aller, il vous reste les disques de Django. Intemporel. Unique. Tellement unique qu’il a mis dans l’ombre Oscar Alemán. Vous ne le connaissiez pas? Moi non plus avant d’avoir lu ce petit bijou de bande dessinée: «Le Roi Invisible» de Gani Jakupi. Oscar Alemán n’est pas un personnage fictif comme Emmet Ray, imaginé par Woody Allen dans son film «Sweet And Lowdown», mais ses disques sont difficiles à trouver. Heureusement, il y a Frémaux...

 

Autre festival à ne pas manquer, c’est celui qui se passe du côté de la Place Falgey: le Jazz Festival Marni Flagey!

Au programme, Alexandre Cavalière, l’Âme des Poètes (je suis allé les voir, je vous raconterai), Eric Legnini, Christian Escoudé, Mélanie De Biasio, BJO etc… Aurai-je l’occasion de tout voir? Suspens!  Pourtant, il y a des groupes qui titillent ma curiosité. Des groupes qui revisitent Pink Floyd (I Overdrive Trio pour la France)  ou Genesis ( Jaume Vilaseca Quartet pour l’Espagne). C’est drôle ce «revival» en jazz, et ça fait plaisir de sentir qu’on n’est pas le seul à aimer ces mélanges. J’en discutais encore tout récemment avec Henri Greindl, fondateur de Mogno Music, fan de Genesis, Yes, King Crimson autres Soft Machine.

Bref, vous voyez où l'on peut se rencontrer?

Et puis, il ne faudrait pas oublier les clubs! Et pour cela, rien de mieux que de vérifier régulièrement l’agenda des concerts de Jazz In Belgium, c’est tous les jours fête !

jos

Allez, pour terminer, un clin d’œil à mon ami Jos Knaepen. Il vient d’éditer «Jazz Master», un très beau livre avec quelques-unes de ses meilleures images. Ça se feuillette avec délice et ça s’achète à partir de février sur le site.

 

A+

 

 

19/01/2010

Cecil Taylor, Pierre Schaeffer et Gérard Patris - Paris

Avant de quitter Paris, j’avais encore un rendez-vous.

Me voilà chez Eve Patris, dans un agréable appartement du 11ème. Eve Patris est une charmante et élégante femme passionnée par la mission qu’elle s’est fixée: faire redécouvrir le travail de son père et de son grand-père.

Son père, c’est Gérard Patris, lithographe de formation qui s’est rapidement dirigé vers la réalisation de documentaires. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils concernaient Dubuffet, Max Ernst, Arman, L'Ecole de Nice, Stockhausen, pour le Service de la Recherche à l'ORTF, Rubinstein (pour Midem Production) ou encore Boris Vian (Sudwestfunk)...

Et son grand-père n’est autre que Pierre Schaeffer. Le père fondateur de la musique concrète (Pierre Henry, John Cage etc…), et aussi fondateur du Service de la Recherche au sein de l’ORTF dans les années ‘60 (on ne le remerciera jamais assez de nous avoir offert «Les Shadoks» !)

schaefferop-ok

(Pierre Schaeffer - Photo Serge Lido)

 

Si je me retrouve-là, ce dimanche après-midi, c’est pour voir un film rare sur Cecil Taylor réalisé par Gérard Patris et Luc Ferrari en 1966. Ce reportage ne fut diffusé qu’une seule fois à la télévision dans le cadre d'émissions consacrées à la musique contemporaine: «Les Grandes Répétitions». Dans cette série, on y retrouve aussi Olivier Messiaen, Edgard Varèse, Karlheinz Stockhausen et Hermann Scherchen! Ni plus, ni moins! Et malgré ça, ces témoignages exceptionnels dorment dans les archives de l’INA*.

Vous imaginez mon bonheur! Une séance rien que pour moi tout seul! En compagnie de la fille du réalisateur!

Une part d’excellent gâteau maison à la main, une tasse de thé de l’autre (hé oui, on sait recevoir), la séance peut commencer.

ORTF1-ok

On retrouve, dans un hôtel particulier de la Place de Vosges, Cecil Taylor accompagné d'Alan Silva (cb), Jimy Lyons (ts) et Andrew Cyrille (dm) pour une répétition (une improvisation totale, bien sûr) entrecoupée par une conversation sans complaisance avec le pianiste.

Lyons explore les différentes pièces à la recherche de résonances singulières. Alan Silva joue de l’archet, autant sur les cordes de sa contrebasse que sur la cymbale de Cyrille. Taylor martèle son piano sans pitié.

Tornade.

Silence.

Beau, légèrement distant et totalement investi, Taylor replace «son» personnage. Il s’oblige une distance avec certains jazzmen ou musiciens contemporains qui auraient pu l’influencer : «Ils ne font pas partie de mon monde». Il parle de sa condition de musicien noir, de «l’autre côté de la voie de chemin de fer. Là où il n’y a rien». Il raconte succinctement son parcours: «Ce que j’ai étudié ?... Les gens». Il déclame «Ambitus», l’un de ses poèmes. Et il parle aussi de la musique improvisée, bien sûr: «La musique écrite dilue la pulsion créative. La musique, c’est entendre. La musique n’existe pas sur papier!». Voilà qui est dit.

Ces moments uniques sont filmés avec intelligence et un sens inné du montage. Il y a un rythme de narration d’une justesse imparable. Il y a une rigueur admirable dans les cadrages (une partie de la batterie à l’avant-plan alors que les mains de Taylor sautent avec force et vitesse sur le clavier, par exemple). Tout cela en 35 mm. Sans mise en scène préalable. Sans filet. Bref, voilà un film comme on n’en fait presque plus.

 msg_getcid

Ha, je sens une pointe de jalousie naître en vous… Pas d’inquiétude, ce film (et les autres cités plus haut) fera partie d’une édition en DVD chez K-Films dans le courant de l’année. Un peu de patience. Mais j’y pense, une projection live suivie d’un concert serait également un bel événement, non?

Je rêve d’un concert de Fred Van Hove, par exemple, précédé du film sur Taylor. Un concert d’Octurn précédé par le film sur Messiaen, un de Maak’s Spirit précédé par celui sur Varèse ou Stockhausen… Et il doit y avoir plein d’autres mélanges à faire! Si vous avez d’autres idées, faites-le moi savoir…

Les rêves deviennent parfois réalité.

 

A+

 

(*) Le film a été projeté exceptionnellement à Anvers, au Singel, lors de la venue de Cecil Taylor en Octobre 2009. Et, il semblerait que le Ciné Nova à Bruxelles, en 2004, avait projeté ce film en présence de Luc Ferrari.

Merci à Jos Knaepen pour la photo de Cecil Taylor

18/01/2010

Diego Imbert quartet au Sunside - Paris

Samedi 9 au soir, me voilà de retour Rue des Lombards, au Sunside cette fois, pour y écouter le quartette de Diego Imbert.

Le contrebassiste, que l’on a souvent entendu aux côtés de Bireli Lagrène, Sylvain Bœuf, Franck Avitabile ou encore récemment avec Stéphane Huchard (et son excellent «African Tribute To Art Blakey») ou avec André Ceccarrelli et David Linx (pour le nom moins merveilleux «Le coq et le pendule» en hommage à Nougaro), se présentait à la tête de sa propre formation. Il vient de sortir, fin 2009, son premier album en tant que leader, «A l’ombre du saule pleureur» (chez Such Prod).

007
Au bugle Alex Tassel, au tenor David El-Malek et à la batterie, son vieux complice Franck Agulhon.

La musique d’Imbert fourmille d’idées et frisonne de plaisir, elle fait référence au cool en l’ancrant cependant dans un jazz très actuel. Elle semble parfois onirique, basée sur des mélodies ciselées, des harmonies délicates et sensibles. Pas évident de garder une telle ligne mélodique lorsqu’il n’y a pas de piano en soutien. Pas le temps, pour les musiciens, de se reposer quand il faut maintenir la tension dans les compositions. Heureusement, celles-ci sont riches et assez ouvertes pour permettre à chacun d’y amener son grain de sel. Pour cela, David El-Malek semble le plus souvent sur la brèche. Il n’a pas son pareil pour emmener, développer et élever un thème. Avec lui, les phrases s’enroulent les unes aux autres dans un tourbillon ascendant et voluptueux. Dès le premier set – un tantinet plus sobre que le second – le saxophoniste embrase l’espace, défriche les chemins, se faufile dans les moindres intervalles.

006

Le son plus ouaté de Tassel au bugle vient équilibrer les échanges. Il amène de la sensualité sur un «78 tours» bien balancé ou sur une ballade comme «Les dents qui poussent». Franck Agulhon est totalement dans son élément. Discret quand il le faut et capable de redonner un «coup de sang» au moment opportun. Son drive est précis, équilibré, souple. Pour lui, tout coule de source.

Dans le deuxième set, il nous offrira un solo volcanique en introduction à «La lente éclosion des étoiles». Ce morceau est merveilleux et pourtant celui qui retiendra encore plus mon attention est «La tournerie des drogueurs», construit comme une longue fresque pleine de péripéties. On y entre par le mystère, on y change de rythmes, d’ambiances, de couleurs et l’on en ressort bien secoué.

005

Imbert a le sens des compositions et sait se mettre en avant-plan ses soufflants. Pourtant, malgré une apparente discrétion, il fait preuve d’une présence indispensable. Et lorsqu’il entonne les thèmes comme «Les fils» ou celui, magnifique, de «Carthagène», on ne peut rester qu’admiratif.

Rituel d’après concert: discussion au bar avec Diego Imbert et Franck Agulhon et promesse de se revoir au plus vite. Ici ou ailleurs…

 

A+

 

17/01/2010

We Want Miles! Cité de la Musique - Paris

À Paris, je ne pouvais pas rater l’exposition «We Want Miles» à La Cité de la Musique.

Il était temps que j’y aille, l’expo se termine le 17.

Pas de file à l’entrée au moment où j’arrive. Tant mieux pour moi.

004
Premier étonnement, j’imaginais l’espace beaucoup plus grand. Mais, finalement - et c’est tant mieux - cela reste à dimension humaine. De quoi approcher Miles comme dans un club. Alors, très vite on plonge dans un monde magique, sombre et feutré. Scénographiquement, tout se tient et tout est excessivement bien conçu. Le visiteur lambda comme le plus fanatique admirateur de jazz (exceptés les éternels grincheux qui auraient préféré que…) y trouvent leur compte.

Comment ne pas être ému devant ces quelques instruments que Miles a tenu en mains? Devant ces documents originaux signés de la main de Teo Macero? Devant ces partitions qu’ont palpé Cannonball, Evans, Coltrane et autres?

On déambule entre différentes alcôves qui mettent en exergue quelques albums ou périodes-clés de Miles. Il y a, bien sûr, des extraits musicaux, mais aussi plein de témoignages sonores, souvent rares, de personnages ayant travaillé avec Miles. On y découvre des photos inédites, des extraits de films oubliés ou peu connus. Et puis, il y a les pochettes de disques, les photos, des extraits de presse, des tableaux de Basquiat, les dessins et les tenues improbables de Miles… Les textes explicatifs sont simples, courts, précis, didactiques.


La première partie de l’expo s’arrête à ‘68 (avec la projection d’un concert à Karlsruhe) et il faut descendre pour entrer dans la période «électrique» de Miles. Entre ces deux espaces, sur un grand mur blanc, s’étale une «carte du temps» plaçant tous les musiciens qui ont croisé la route du trompettiste. Autant dire que c’est près de 50 ans d’histoire du jazz que l’on se prend dans la figure.

Un autre «passage» singulier – et émouvant – est celui qui met en scène, sous forme d’un couloir sombre, les cinq longues années de silence du maître et qui permet d’accéder à la dernière période de Miles (celle qui m’a toujours un peu moins accroché, je l’avoue). Et l’on termine cette visite éblouissante par la projection du concert à La Villette en juillet 1991… (C'est bien, j'ai pu enfin mettre des images sur la musique de mon «Black Devil»...)

 miles-cd

Entre-temps, les salles se sont gonflées d’un public de plus en plus nombreux, j’y croise même Jan de Haas à la recherche de Diederik Wissels. Quand je ressors, il y a une file énorme devant les caisses. Les organisateurs avaient-ils imaginé un tel succès? Plus de 50.000 visiteurs, une «critique» des plus élogieuses, le catalogue de l’expo épuisé (ouf, j’avais déjà le mien!)…

Voilà qui donne envie d’aller revoir «Ascenseur pour l’échafaud» sur grand écran. Ça tombe bien, la Cinematek à Bruxelles propose «Notes Bleues et Séries Noires» jusque fin janvier.

 

A+

 

21:33 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : paris, expo, miles davis, cite de la musique |  Facebook |

16/01/2010

Médéric Collignon au Sunset - Paris

Vendredi 8 au soir, je prends un direct Bruxelles Midi-Rue des Lombards. Terminus: Le Sunset, Paris.

Le club est plein comme un œuf. Depuis quelques jours, Médéric Collignon «invite». Après Yvan Robillard, Emile Parisien (voir le compte-rendu de mon ami Ptilou sur son blog) et avant Claude Barthélémy, c’était au tour, ce soir, de Pascal Benech (tb) et Manu Codjia (g) de partager la scène avec Jus de Bocse.

 001

Médéric Collignon est une bête de scène. Sec comme une trique, le verbe facile, la déconnade comme moteur et… de l’énergie à revendre.

Sa musique est inspirée du Miles des années ’70, époque «Bitches Brew», «Big Fun», «In A Silent Way»… Mais elle reste avant tout du Médéric Collignon. C’est que le gaillard n’a pas pour habitude de se laisser intimider par LE maître (pour rappel, son «Porgy And Bess» lui avait valu une critique acerbe et injustifiée dans Télérama). Et moi, du Collignon comme ça, j’en redemande.

Ça démarre vite, en force et ce sera bouillonnant jusqu’à la fin! Trois sets intenses, trois sets de folie. Notre trublion de service boute le feu à tout ce qui l’entoure.

002
La puissance de Philippe Gleizes, aux drums, n’est pas sans rappeler celle d’un Christian Vander. C’est tellurique et nuancé à la fois. Avec lui, les rythmes redoublent, tracent puis bifurquent brusquement. La basse obsédante de Frédéric Chiffoleau s’engouffre dans des pulsions jazz-rock brûlantes. Aux claviers (remplaçant Frank Woeste ce soir), Mathieu Jérôme évoque l’esprit de Joe Zawinul, distille les nappes ondulantes, entre apaisement et furie. Manu Codjia est plus électrique que jamais. Les sons giclent, frisent la stridence, se découpent sur des tempos effrénés, épousent des horizons dessinés au couteau. Le trombone basse de Pascal Benech amène une chaleur brute et poisseuse dans cette fusion survoltée.

Et il y a donc Collignon qui ne se ménage pas. Jonglant entre la trompette, le pocket cornet et la voix. Il est partout. Il relance perpétuellement le groupe par des impros courtes, l’encourage par le geste, le pousse à aller toujours plus loin. Il tire de son pocket cornet des sons hallucinants, contrôlés, vifs. Au chant, il pousse sa voix à la limite de la brisure. Il scatte, il slamme et l’on se surprend du mimétisme avec le son de la guitare. Un vrai casse-cou des cordes vocales. Eblouissant. Unique.

Après près de trois heures d’impros furieuses sur «Bitches Brew», «Mademoiselle Mabry», «Kashmir» (de Led Zep) et autres thèmes Milesiens je reprends mes esprits au bar avec Manu Codjia. L’occasion aussi d’échanger quelques mots avec Médéric Collignon.

003
Le disque «Shangri Tunkashi-La» sortira fin février chez Plus Loin Music. Tout à fait dans l’esprit du concert de ce soir. Un hommage au Miles Electric (jusque dans le design de la pochette qui rappelle celui de «Agharta»)… façon Collignon, bien sûr. Hautement recommandé, bien entendu !

 

A+

 

06/01/2010

Eve Beuvens Noordzee - Sur Citizen Jazz

Après le frère… voici la sœur.

Dans la famille Beuvens on est tous musiciens car, si je ne me trompe pas, le papa a, lui aussi, tâter d’un instrument de musique (le sax ?).

Eve est pianiste. Avec son frère Lionel à la batterie, Yannick Peeters à la contrebasse et Joachim Badenhorst (qui est plus souvent aux States que chez nous) au sax et à la clarinette basse, elle a sorti un très bel album (chez Igloo) que j’ai eu la chance de chroniquer.

C’est ici, sur Citizen Jazz.

 

eve noor-2


Très très bonne écoute…

 

A+

 

04/01/2010

Lionel Beuvens Trio au Sounds

Y a pas à dire, un trio bien soudé et complice, ça fait toujours du bien par où ça passe !

beuv02

Ce samedi soir au Sounds, le batteur Lionel Beuvens a réuni autour de lui deux amis fidèles : Sal la Rocca (avec qui il joue dans le trio de Sabin Todorov) et Alexi Tuomarila (qui l’accompagne dans le projet Grass Monkeys).

Premier concert de 2010 sous le signe indéniable du jazz.

Après un morceau chaloupé qui ne fait que monter en groove (le magnifique «Fragile» écrit par Lionel Beuvens lui-même), le trio s’attaque à Ornette Coleman avec «Chronology».

Le jeu virevoltant d’Alexi Tuomarila, qui a mis le groupe de Tomasz Stanko entre parenthèses le temps des fêtes, est d’une justesse impressionnante.

Le pianiste finlandais, éternelle gueule d’ange, habituels Fred Perry aux pieds et bracelets fétiches aux poignets, déroule un jeu virtuose sans ne jamais rien laisser paraître sur le visage.

Sur les ballades, il laisse de côté le lyrisme ou le romantisme bon ton pour plutôt accentuer les arêtes. Son jeu n’en est que plus expressif, presque expressionniste. Et comme pour confirmer cette impression, le trio redessine «Moon And Sand» dans un trait assez nerveux, même si l’on y devine ici et là quelques intonations empruntées à Bill Evans. «What This Thing Called Love?» subit le même traitement avec des musiciens qui jouent au chat et à la souris.

beuv01

L’interplay fait merveille et chacun se permet des solos aussi brillants que concis. Sal la Rocca plonge à pieds joints dans des improvisations robustes! Le jeu de Lionel Beuvens va bien au-delà d’un simple soutien rythmique. Il arrive à découper les phrases, à donner du relief à chaque rebond, à dynamiser chaque frappe. Il saute parfois un temps pour mieux accentuer le suivant. Le tout dans un timing parfait.

Ce trio est une sorte de mille-feuille. Sur «Jessica» par exemple, chaque musicien façonne une couche à sa couleur, son rythme, son harmonie. On y descellerait peut-être une pointe de trio de Brad Mehldau époque «House On The Hill» ? À tout moment, ça groove et ça swingue. Et tout est dosé subtilement pour garder une tension optimale.

Pendant deux morceaux («Béatrice» de Sam Rivers et « Mister PC » de Coltrane) le trio se fait quartette avec l’intervention décidée de l’excellent Erik Bogaerts (Bender Banjax) au ténor.

Il y a du monde au Sounds et tout le monde à l’air de s’amuser. On se demande alors pourquoi le trio n’est pas remonté sur scène pour un bis que le public réclamait pourtant avec insistance. Quand c’est bien on en veut toujours plus.

On attend donc de les revoir au plus vite.

A+

 

31/12/2009

Cécile Broché sur Citizen, Nathalie Loriers sur Musiq3

Je vous ai déjà dit (même si c’était parfois de façon sibylline) le bien que je pensais de «Soundscapes» de Cécile Broché et Etienne Bouyer.

Album sorti en début d’année (ou fin de l’année dernière déjà ?) chez Igloo.

Voilà un très beau voyage à rebondissements et plein de surprises qu’il serait stupide de ne pas faire en leur compagnie. Pour en savoir plus, vous pouvez lire ma chronique parue récemment sur Citizen Jazz.

phpthumb-2

Et puisqu’on en est à rattraper, tant bien que mal, le temps qui fuit, faisons un petit retour en arrière (humm… on n’est pas à une contradiction près).

Le 19 novembre, je me suis offert deux heures de liberté. Le temps de filer à la RTBF.

Régulièrement, à l’heure de son émission « Jazz », Philippe Baron invite un jazzman autour du Steinway de Musiq3. Cette fois-ci il s’agissait de Nathalie Loriers, accompagnée par Philippe Aerts.

Nous étions juste quelques privilégiés, une petite vingtaine (le studio n’est pas très grand), à pouvoir assister à ce joli moment… d’éternité.

C’est vrai, c’est agréable, c’est détendu, c’est sympathique et en plus les musiciens jouent le jeu. La pianiste et le contrebassiste s’amusent, prennent des risques, s’échappent dans des improvisations et oublient même que l’émission ne dure qu’une heure. Résultat, un ou deux morceaux prévus sur la set-list ne pourront malheureusement pas être joués.

Dommage, car ce petit tour d’horizon de quelques thèmes écrits par Nathalie était joué avec beaucoup d’élégance, de finesse et de sincérité. On en aurait voulu encore un peu plus.

loriersaerts3

Entrecoupés de quelques anecdotes tendres ou drôles, on eut droit à «Last Thought Of The Day», «Neige», «Confidence», «Mémoire d’O», «Danse Eternelle» et «Forward» (ce dernier titre étant de Philippe Aerts. On peut d’ailleurs l’entendre sur l’excellent album sorti en 2002, «Back To The Old World», qui fêtait le retour du contrebassiste en Belgique après deux ans d’exil à New York.)

Pris de court, je n’avais pas emmené mon appareil photo (heureusement, Philippe Baron avait tout prévu). La prochaine fois, si on m’invite encore (après tout, j’ai été bien sage, poli et attentif, non ?), j’y penserai.

Comme tout passe vite, l’émission n’est plus «en ligne». Mais vous pouvez toujours vous rabattre sur «Moments d’Eternité», le dernier album de Nathalie Loriers, sorti chez De Werf. Histoire de renouveler le plaisir ad vitam eternam

loriersmomentsdeternite

 

A+

 

26/12/2009

Slang "Karmasutra" au Théâtre Marni

Évidemment, ça fait un choc.

Le 12 novembre, en allant voir, au Théâtre Marni, le concert de Slang pour la sortie de leur dernier album «Karmasutra», j’écoutais «In de Loge» sur Klara . On y retransmettait un concert du Huelgas Ensemble, enregistré à Lier et qui interprétait les «Psaumes de David». Il s’agit de chants datant du IXème siècle. Rien que des chants. Rien que des voix. Presque irréel et absolument magnifique.

Et j’ai bien eu le temps d’apprécier ce moment car, trouver une place pour se garer dans le quartier n’est pas toujours simple. (Manu Hermia me conseillera sans doute de venir à vélo la prochaine fois… pourquoi pas?)

Le choc, donc.

Le choc musical.

001

Slang se fait plus rock que jamais! Bien sûr, le groupe n’abandonne pas ses influences sud américaines, indiennes, coltraniennes ou africaines. Un mélange détonant auquel Slang nous a habitué depuis quelques années déjà. Mais avec «Karmasutra», nos trois compères forcent le trait. Michel Seba se retrouve derrière la batterie pour assurer un son plus gros encore. Il faut dire que la guitare de François Garny n’hésite pas à se faire explosive, et que Manu Hermia fait hurler son sax (comme sa voix) sur des morceaux incandescents avec un plaisir jubilatoire. Il s’agit alors, non seulement d’assurer, mais aussi de donner le change! Alors, Seba frappe avec une fougue et une énergie incroyables. Tout cela s’entend déjà sur le disque, mais est encore décuplé en live, surtout si l’on ajoute à cela un light show mordant soutenu par les projections décapantes de Lucas Racasse.

La salle est comble et l’ambiance est chaude et  électrique.

La première partie ne fait pas dans le détail et Slang enchaîne «Chevalier», «Raga Raga» et «Complètement à l’Est» dans une fièvre grandissante. On retrouve quand même dans toutes ces compositions «brut de décoffrage» un goût pour les constructions recherchées. Ainsi «Les cinq doigts de la main» s’articule sur une métrique particulière qui lui donne une force singulière. «Karmasutra» se déploie à partir d’un chant plaintif. Avec «75 Kb’s» , la guitare de François Garny n’est pas sans rappeler celle de Jimmy Page. Le guitariste est aussi chanteur et joue de sa voix rauque et grave pour envoyer des textes souvent engagés ou militants («Diga Me» possède cette petite odeur boucanée de Mano Negra). Manu Hermia, lui, s’essaie au spoken word furieux sur des paroles crues («I’m A Dog»).

002

Mais Slang n’a pas mis de côté ses anciens morceaux. Michel Seba délaisse alors sa batterie pour venir à l’avant de la scène jouer du Derbouka. On ressort le bendir. Et revoici «Sugar» ou «Bazaar» pour notre plus grand plaisir. Le sax d’Hermia se fait aussi envoûtant qu’une Zurna et la flûte plus tourbillonnante que le vent indomptable du désert. La guitare flirte avec des ondulations arabisantes. Et tout ça est toujours emballé dans un groove effréné, physique et brûlant qui n’appartient qu’à Slang.

Insaisissable, mélangeant les genres comme personne, combinant rage et énergie, le trio brouille encore un peu plus les pistes et s’amuse à dérouter son public avec ce quatr ième album. Allez vous faire votre propre opinion lors de leurs prochains concerts… et accrochez-vous.

 

A+     

 

23/12/2009

Yaron Herman - sur Citizen Jazz

 Yaron Herman3

Avec tout ça (belle expression qui ne veut rien dire) l’interview de Yaron Herman m’est passée sous le nez.

Non que je ne  l’ai pas faite – au contraire, j’avais rencontré Yaron il y a pas mal de temps déjà – mais elle est parue sur Citizen Jazz le mois dernier et je ne m’en suis pas aperçu.

À propos, je suppose que vous avez vu que Citizen s’est joliment rhabillé ?

 

Alors, pour ceux qui ont raté l’interview: scéance de rattrapage ici.

 

A+

 

12:53 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, citizen jazz, yaron herman |  Facebook |

21/12/2009

Bansuri Collectif - Théâtre Marni

 002

C’était donc le 10 novembre au Théâtre Marni.

Bansuri Collectif (qui avait remporté le concours des jeunes talents lors du Jazz Marathon 2008) présentait son premier disque, «Conto», paru chez Mogno Music.

La salle était bien remplie ce soir-là et l’on y vit même José Manuel Barroso (faut-il rappeler que le contrebassiste/compositeur/leader Rui Salgado est Portugais?) Je n’avais plus vu Bansuri depuis leur prestation de 2008 et je peux dire que – bonne surprise – la musique a pris de l’épaisseur. Et puis, Bansuri Collectif a aussi travaillé la mise en scène…

Au milieu de Rui Salgado (cb), Koenraad Ecker (elg, electronics), Lander Van den Noortgate (as) et Frederik Meulyser (dm), il y a Yvan Bertrem, danseur à la silhouette effilée et aux mouvements découpés. Il met les sons en images. Il tourne autour des musiciens, invente des gestes saccadés et fluides à la fois. Toujours sur la pointe des pieds, toujours en alerte, il rebondit au rythme de la musique, ballotté de gauche à droite comme une balle de ping-pong.

Méditative, dansante ou abstraite, la musique ne se prive jamais de libertés. Sur des compositions parfois complexes rythmiquement ou harmoniquement, chacun des musiciens y va de sa respiration personnelle tout en gardant une belle homogénéité et un sens aigu de l’interaction.

Après les éclats presque free-rock de «Remorso», «Horas Leves» s’expose sur un rythme rubato, flottant et bientôt tourbillonnant. Lander Van den Noortgate, au sax alto, alterne un jeu tendu et lumineux avec celui, plus tranchant, tumultueux et nasillard qui s’inspire peut-être d’un Ellery Eskelin ou d’un Ornette Coleman.

La poésie brute du Bansuri Collectif est sans doute initiée aussi par le jeu contrasté de Koenraad Ecker à la guitare. À son phrasé souple, il incorpore des effets bruitistes et incisifs. Il découpe ainsi l’espace et cisaille les mélodies. Le groupe ne s’obstine pas dans un principe, mais ouvre continuellement les compositions. Il mélange un jazz moderne aux accents parfois rock (façon Polar Bear), avec une musique plus sombre ou au contraire, plus chaloupée (voire orientaliste avec des sons rappelant parfois le gamelan).

001

Frederik Meulyser, aux drums, possède le sens de la polyrythmie. Après des attaques franches et sèches, il surprend en colorant son jeu inventif d’un toucher léger et feutré. Rui, colonne vertébrale du groupe, distille les notes profondes à l’archet, sautillantes en pizzicato ou plus percussives en s’aidant de baguettes.

Et le bansuri dans tout ça? Il arrive en toute fin de concert avec «Perfeitamente». Rui Salgado troque sa contrebasse pour la belle flûte indienne, s’installe au milieu de la scène et, dans une ambiance de plénitude, éteint doucement la lumière ce «Conto» live.

003

Mis à part quelques instants qui mériteraient d’être un peu plus concis, Bansuri Collectif est une belle histoire à entendre et à voir sans hésitation… Qu’on se le dise.

A+

 

06/12/2009

Some news...

Et voilà comment on se déconnecte de Jazzques.

Un boulot qui prend la tête et le temps. Si ce n’est pas 24h/24, c’est pas loin. En tout cas, c’est 7j/7, ça c’est sûr.

Difficile, dans ces conditions, de trouver un peu de temps pour raconter mes derniers concerts qui datent déjà : Bansuri Collectif et Slang au Marni ; Steve Coleman, Carla Bley, Yaron Herman, Paolo Fresu et d’autres au Motives Festival à Genk ou encore Nathalie Loriers chez Philippe Baron.

Depuis… black-out.

Mais, pas d’inquiétude, tout est bien noté sur mes petits papiers.

wait

Bien sûr, dans la douceur des nuits de travail, j’ai eu l’occasion d’entendre (pas écouter… mais entendre : car le jazz ça s’écoute !) de très belles choses. En vrac : Elisabeth Kontomanou, Lidlboj, Octurn, Stilte, Rudresh Mahanthappa… mais aussi Darwin Case, Grateful Dead, les Beatles, Barbara, Higelin, Robert Wyatt, Fela Kuti, Dylan.

Et puis les incontournables: Monk, Miles (haa…«Mademoiselle Mabry» !!), Ellington, Powell, Tatum et le reste.

Ou encore Mussorgsky, Ligeti, Janacek

Et dernièrement: Aka Moon, Greg Houben, Martin De Marneffe,  Funduq al-Mughannin

 

Bref, dès que j’émerge…

 

A+

 

23:05 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

15/11/2009

Kicca & Intrigo au Caveau du Max

Kicca & Intrigo est un trio qui vient d’Italie mais qui est installé à Paris depuis quelques années déjà. Il était de passage au Caveau Du Max à Bruxelles.

Intrigo c’est Oscar Marchioni aux claviers et Salah Khaili aux drums... et Kicca, c’est Chicca Andriollo au chant.

k002
C’est autour d’elle, bien sûr, que se focalise l’attention. Chicca Andriollo est un petit bout de femme au look qui rappelle Louise Brooks ou les créatures de Crepax. Avec ses deux musiciens, elle nous plonge dans un jazz très '60, aux fortes effluves de pop, de soul et de boogaloo.

Et ça groove d’entrée. On regrette simplement qu’à la place d’un bon gros orgue Hammond B3, Oscar Marchioni doive se 'contenter' d’un piano électrique. Ceci dit, il en sort des sons tout à fait étonnants, toujours groovy et parfois presque psychédéliques («Dr. Jekyll et Mr. Hyde» de Gainsbourg). Son jeu est souvent nerveux, rebondissant, agile.

À côté de lui, le drumming de Khaili fonctionne à merveille. C’est enjoué, lumineux et léger.

Le groupe fait des allers-retours entre le traditionnel (esprit Lou Donaldson) et le 'moderne' (on pense un peu à Nicola Conte sur «You Can’t Stop», par exemple).

Entre les compositions originales, on se balade du côté de Marvin Gaye («You’re All I Need To Get By»), d’Etta James («Fever») ou de Ray Charles («Hit The Road, Jack») avec un certain plaisir.

k001

La voix de Kicca - avec cette légère cassure et ce grain typiquement italien - rappelle parfois celle de Cyndi Lauper. Elle possède cependant une assez large tessiture qu’elle utilise avec beaucoup d’humour. Elle s’accompagne également au tambourin, n’hésite pas à sampler sa voix ou à jouer du tambour sur un morceau fiévreux en hommage à Myriam Makeba. Bref, elle fait le spectacle.

Une soirée bien sympathique.

 

A+

 

11/11/2009

François Bourassa Quartet à la Jazz Station

Du jazz canadien, on cite toujours les mêmes grands noms tels qu’Oscar Peterson, Diana Krall, Maynard Fergusson (dans le meilleur des cas) en oubliant que Kenny Wheeler est canadien, tout comme Paul Bley ou Seamus Blake… pour ne citer qu’eux. On oublie trop vite aussi Yannick Rieu… ou on se rappelle parfois d’Uzeb

Bref, il était bien utile de promouvoir cette scène, plus riche qu’on ne le croit, en Europe. C’est ainsi qu’est né Québec Jazz (Seven Production et Effendi Records). L’aventure avait commencé l’année dernière avec la venue d’Alain Bédard, Michel Donato, Yves Leveillé et François Bourassa.

Cette année Alain Bédard était de retour, ainsi que François Bourassa. C’est ce dernier que j’ai été écouter à la Jazz Station. (Faute de temps, je n’ai pu aller écouter Bédard.)

Je connaissais François Bourassa pour avoir lu pas mal de (très) bonnes critiques à propos de ses albums. Et je ne fus pas déçu.

 b002

Le pianiste se présente en quartette : Guy Boisvert (cb), Philippe Melanson (dr) et l’excellent André Leroux (ss, ts, flute).

Le groupe, avec une superbe cohésion, déroule un jazz très énergique et lyrique à la fois, qui navigue entre un post hard-bop (ça se dit?) et des influences plus avant-gardistes (pour faire vite). Le quartette sait donner de la tension aux thèmes, les mettre en valeur, les façonner intelligemment pour ne jamais en faire quelque chose de lisse. Il se passe toujours quelque chose: changement de rythmes subtils ou abruptes, ostinato obsédants ou envolées lyriques bousculées.

Dès les premiers accords de basse sur «Véquéchieun» on est dedans. Voilà un morceau qui semble avancer avec le frein à main pour chaque fois mieux redémarrer: la polyrythmie est contenue, le tempo avance par à-coups, les motifs s’esquissent pour laisser la voie libre à chacun des musiciens. Pas de lignes droites et monotones. La musique est sculptée, découpée et livrée avec exaltation.

Ni l’audace ni l’intérêt ne baisseront d’intensité durant les deux sets.

Ainsi s’enchaînent les morceaux, aux atmosphères différentes, de façons très homogènes et toujours convaincantes.

On y sent ici l’esprit de Monk qui plane («Moitié de truite»), là, celui plus rock, d’un jazz résolument moderne («Rasstones») et plus loin celui d’un lyrisme contemporain dense qui monte vertigineusement en puissance («Wooster Street»).

 b001

Bourassa possède un jeu résolument moderne, assez percussif, évitant toujours le romantisme trop facile pour privilégier la narration et l’interactivité avec ses acolytes. Boisvert à la contrebasse ne se contente jamais d’un simple soutien, mais intervient, s’intercale, dialogue avec le pianiste, puis avec le batteur. Ce dernier ne ménage pas ses efforts non plus. Melanson a la frappe sèche et nerveuse, à la manière d’un Jim Black.

Et puis, il y a André Leroux au sax. Assez époustouflant dans sa capacité à donner du corps aux impros. Au travers d’un son parfois âpre, parfois gras, il arrive toujours à faire passer une ligne mélodique, à relancer une idée, à ouvrir des espaces. Et l’on sent la fougue s’emparer de lui lorsqu’il s’échappe dans des chorus incendiaires au soprano. Sa technique est toujours au service de la musique, sans effets inutiles mais ô combien surprenants. Ça chante, ça crie, ça susurre, ça hoquette… ça joue à fond.

 b003

Le quartette de François Bourassa, c’est un jazz robuste qui ne roule pas des mécaniques. Un jazz au muscle sec et dégraissé. Un jazz aux nuances racées.  

Bref, un groupe à découvrir de toute urgence !

 

A+

 


Et puis, si vous voulez savoir un peu ce qui se passe au Canada, allez jeter un coup d’œil de temps en temps chez mon ami Jazz Frisson.

 

09/11/2009

Jean Warland & Fabrice Alleman au Point Jazz à Mons

À Mons, vous ne pouvez pas rater le Point Jazz. C’est sur la Grand Place. Et à Mons, tous les chemins - ou presque - mènent à la Grand Place (même si celle-ci est totalement interdite à la circulation automobile! Est-ce un bien? Est-ce un mal?) En tout cas, ce qui est bien, c’est qu’il y a à nouveau un club à Mons. Et il est chouette. Et ce qui est bien aussi, c’est qu’on y programmait dernièrement le duo de Jean Warland et Fabrice Alleman.

 warland002

Le duo (+ deux… voire trois), venait présenter son dernier album (que je ne cesserai de vous recommander ardemment) «The Duet».

J’avais vu quelques jours auparavant nos deux musiciens à la librairie Filigranes pour la sortie du livre de Jean Warland «Bass Hits». Un recueil touchant d’anecdotes, d’histoires et de souvenirs plus savoureux les uns que les autres. Quand on connaît la longue carrière de Jean Warland (il a joué avec Kenny Clark, Francis Boland, Cedar Walton, Carmen McRae, Don Byas, Stéphane Garppelli, Jacques Helian, Dizzy Gillespie… je continue ?) et son bagout, on s’étonne que le livre ne soit pas plus épais encore.

 warland001

Comme chez Filigranes et comme toujours, Jean Warland prend plaisir à raconter la genèse de chacun des tires qu’il va jouer. Ce soir ne déroge pas à la règle. Et voilà notre duo parti dans un jazz ancré dans la tradition sans pour autant en être vieillot. Bien au contraire. Le duo parvient à allier passé et présent avec une aisance étonnante. Il nous révèle les richesses (parfois trop vite oubliées) de morceaux tels que «Hey ! John» de Blossom Dearie, «A Sleepin’ Bee» d’Harold Arlen ou encore «Fried Bananas» de Dexter Gordon. Le jeu du contrebassiste est précis et net. Warland a une façon de tirer les cordes pour en faire sortir un son claquant et rond à la fois. Toujours swinguant (vous savez, ce truc qui ne s’explique pas), toujours mordant. Il faut dire que le contrebassiste est un inconditionnel de Duke Ellington. Le Duke est d’ailleurs plus d’une fois à l’honneur avec, par exemple, «We Love You Madly» (sur lequel Fabrice Alleman démontre des talents de chanteur – mi-scatteur, mi-imitateur de batterie) ou sur le medley «Kinda Dukish & Rockin’ In Rhythm» introduit par la voix même du Duke (extrait de «A Drum Is A Woman»). Avec cette même technique, Warland lance «Sonor» (de Kenny Clarke) avec un enregistrement personnel d’un solo ahurissant du batteur (sur «Volcano»), réalisé lors d’un de leurs nombreux concerts communs.

 warland003

Alors, bien sûr, il y a Fabrice Alleman à la clarinette, au soprano, au ténor et… aux clochettes chinoises. Agile et lumineux dans le jeu, on retrouve peut-être chez lui des traces de Rollins, de Coltrane ou de Jimmy Giuffre… mais on y entend surtout une couleur très actuelle et toute personnelle. En plus, il y a cette complicité avec Warland qui fait plaisir à voir mais surtout à écouter.

Puisque le duo était quartette, il faut souligner le drumming efficace, sobre et tout en légèreté de Frederic Jaquemin ainsi que les interventions toujours brillantes et souriantes de Phil Abraham au trombone. Avec ces deux-là, le swing redouble d’intensité. Pur plaisir.

warland004

Et puis, comme c’était l’anniversaire de Jean Warland (83 ans et un esprit de 20), Richard Rousselet (toujours en forme également) viendra ajouter les éclats généreux de sa trompette à une soirée décidément très riche en jazz.

 

A+