14/07/2010

Jeann-Philippe Collard-Neven et Jean-Louis Rassinfosse

C’est le très huppé Mercedes House, à l’angle de la Place du Sablon et de la rue de la Régence, qu’ont choisi Jean-Philippe Collard-Neven et Jean-Louis Rassinfosse pour présenter leur troisième album en commun. La différence, avec les deux précédents, c’est que le duo est devenu quartette. Entendons-nous, il ne s’agit pas ici de simples invités, mais bien d’un véritable groupe où tout le monde apporte sa petite touche, ses idées et son talent.

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Du coup, avec l’arrivée de Fabrice Alleman au sax, à la clarinette et au chant et Xavier Desandre-Navarre aux percussions, la musique se pare de nouvelles couleurs.

Percussionniste sensible et inventif, Desandre-Navarre apporte une touche parfois latine, parfois orientale, parfois africaine selon qu’il frappe sur l’un ou l’autre de ses innombrables gongs, clochettes, cymbales ou tambours en tout genre. Fabrice Alleman, virtuose de la clarinette, évolue en équilibriste et slalome au travers de mélodies finement ciselées. Il papillonne, se dépose sur les accords de piano de Collard-Neven, rebondit sur les percus de Desandre-Navarre et s’envole avec le chant de la contrebasse de Rassinfosse.  Alleman se transforme parfois aussi en chanteur, chez qui l’on devine un petit côté Bobby McFerrin (sur «Don’t Say It’s Impossible», par exemple).

Bref, bien mieux que de se superposer ou de s’ajouter au duo, ces deux musiciens «supplémentaires» ajoutent à l’osmose d’un groupe d’amis et enrichissent la musique.

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De l’intimiste romantique et mélancolique (parfois même assez sombre), on est passé au chatoyant et au lumineux. Bien sûr, Collard-Neven a gardé le goût des mélodies mélancoliques («Loosing Belgium» - pessimisme?  ou «Passeur d’Etoiles» - hommage à Higelin?) où son touché au piano fait merveille, mais il aime aussi s’encanailler au Fender-Rhodes sur le joyeux «Strange Bossa».  Le mélange des genres est toujours aussi élégant, on y entend un peu de bossa, un peu de baroque, un peu de blues… Mais la force de ce groupe est de proposer une musique qui va au-delà de l’exercice de styles.

On avait vu le quartette bourgeonner au Gaume Jazz Festival puis à Jazz à Liège en 2009, il vient d’éclore ce 17 juin.

 

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L’album, «Braining Storm», sortira chez Fuga Libera et sera dans les bacs début septembre. Une belle arrière-saison en perspective.

A+

 

10/07/2010

Eté Jazz...

C’est l’été, il faut très chaud, les journées sont longues et chargées, les nuits sont courtes et, du coup, j’ai pris du retard dans mes comptes rendus.

Je reviendrai (vite, je l’espère) sur le concert de Collard-Neven et Rassinfosse pour la sortie de leur troisième album (en quartette, cette fois) «Braining Storm», et sur le concert d’Alain Pierre Acoustrees Quintet

Marcin Wasilewski_Manu Katche

Pour vous faire patienter, vous pouvez lire l’interview de Marcin Wasilewski que j’ai réalisée, il y a quelque temps déjà, et qui vient d’être publiée sur Citizen Jazz.

Et je vous en promets d’autres d’ici peu… surprise.

Et puis, n’oubliez pas: c’est la saison des Festivals.

En ce moment, c’est le Gent Jazz. On y a déjà vu un merveilleux Kurt Elling, un poétique Pierre Vaiana, un magique Ornette Coleman, un séduisant Chris Mendoza Group, un efficace Vijay Iyer et un délirant Chick Corea (qui se termina par une incroyable jam où l’on y retrouvait : Vijay Iyer, Christian Mc Bride, Kenny Garrett, Roy Haynes, Ronald Bruner, Hiromi et d’autres…) Et ce n’est pas fini !

 

Et puis, il y a le Brosella, dimanche (Roy Hargrove, Avishai Cohen, Ivan Paduart, Massot - Florizoone - Horbaczewski...)

Bientôt aussi, ce sera les Dinant Jazz Nights avec une affiche incroyable !

Manu Katché, le parrain de cette édition 2010, a invité Joshua Redman, Deedee Bridgewater, Aldo Romano, David Sanborn, Steve Gadd, Jan Garbarek, Philip Catherine, Enrico Pieranunzi, Eric Legnini, Till Brönner, David Linx, André Ceccarelli et d’autres encore.

Go, go, go…


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Moi, je n’y serai pas. Ben oui, c’est les vacances… et j’en profiterai pour aller au Festival Jazz à Souillac, ré-écouter Enrico Rava, Stefano Bollani et Tigran Hamasyan

Et ensuite, ce sera le Gouvy Jazz Festival, Ça Jazz à Huy, le Gaume Jazz, Jazz Middelheim, Jazz In Het Park

L’été est chaud.


A+

 

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

20/06/2010

Phynt & Erwin Vann au El Negocito - Gent

Voilà des années (3 ans ou plus?) que je n’avais plus vu Erwin Vann en concert. Je l’imaginais en Allemagne (il me confirmera qu’il a bien enregistré là-bas, mais qu’il n’y a pas souvent joué) ou aux Pays-Pas (mon intuition était déjà bien meilleure, puisqu’il y a joué assez souvent et vient d’enregistrer avec le pianiste Jereon Van Vliet…). Si on l’a vu un peu moins sur nos scènes, c’est aussi parce qu’Erwin a levé un peu le pied. Il a pris du recul, a pris le temps de respirer, de réfléchir et surtout, Erwin est devenu Erwin ‘Eknath’ Vann, professeur de yoga.

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Cela ne l’empêche pas de jouer encore, comme ce soir à Gand, au El Negocito. Et c’est avec plaisir que je le retrouve, entouré des jeunes musiciens du groupe Phynt: Ruben Machtelinckx (eg), Dries Laheye (elb) et Jakob Warmenbol (dm) que j’avais déjà remarqué lors d’un concert à L’archiduc, voici quelques années.

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Après un premier morceau qui installe une atmosphère plus ou moins sereine, sous forme de ballade, Ruben Machtelinck attaque le second de front, avec une intro musclée. Son jeu, plutôt anguleux et concis, légèrement habillé d’effets d’écho ou de disto, rappelle un peu Bill Frisell ou Elliott Sharp. Le son s’accorde très bien à celui, parfois nasillard et un peu métallique, du sax de Vann. Ensemble, ils instaurent une ambiance, entre folk et jazz blues, qui s’ouvre de irrésistiblement à l’improvisation. Le morceau prend de l’épaisseur et s’enrichit des interventions bouillonnantes de Warmenbol aux drums et d’une basse galopante de Laheye.

La plupart des morceaux sont construits sur le même principe et évoluent vers un certain climax. Le groupe nous maintient alors en apesanteur, nous installe comme dans une bulle cotonneuse pour mieux nous bousculer. Parfois, un morceau plus éclaté, un peu de guingois, aux accents presque funky, s’intercale dans ce jazz assez fantasmagorique où Vann et Machtelinck explorent des sons tantôt âpres, tantôt aquatiques.

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Phynt et Erwin Vann arrivent toujours à bien contrôler l’énergie pour y mélanger des mélodies simples sur des harmonies complexes, et parviennent aussi à maintenir une tension juste et équilibrée. Bref, un groupe à suivre.

Avant de rentrer sur Bruxelles, je discute longuement avec Rogé, le patron du El Negocito, qui, après le club et le label (deux choses que je vous invite très vivement à découvrir), a encore plein de belles et bonnes idées en tête… Mais ça, c’est une autre histoire, et on en reparlera une autre fois.

 

A+

 

19/06/2010

SymmEtrio au Sounds

Depuis le temps que je promettais à Mathieu De Wit (p), Nicola Lancerotti (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) de venir écouter leur groupe SymmEtrio, je suis persuadé qu’ils n’y croyaient pratiquement plus. Mais je suis un homme de parole (vous en doutiez?) et j’ai finalement eu l’occasion d’honorer ma promesse le 4 juin au Sounds.

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Depuis près de cinq ans, ces trois jeunes jazzmen aiguisent leur répertoire entre standards et compositions personnelles. Plus que l’envie de révolutionner le genre, ils préfèrent sans doute s’inspirer des fondamentaux du jazz et de les relire à leur manière. Mais, ne vous y méprenez pas, SymmEtrio est bien de son époque et s’imprègne des courants actuels (la reprise de «Roads» de Portishead en est une preuve très convaincante). On décèle même parfois une esthétique à la Bad Plus.

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Le groupe entame le concert avec «Dienda» de Kenny Kirkland. Enlevé et foisonnant, le jeu de De Wit me fait irrémédiablement penser à Petrucciani, à la fois raffiné et fougueux. Il remettra ça dans le deuxième set sur une ballade, dont le nom m’échappe, qui mettra aussi en évidence les interventions très chantantes de Lancerotti à la contrebasse.

«Empathy» est légèrement plus torturé et oscille entre brillance et élégie, «Walk Before Dawn» évolue et serpente au gré d’ondulations orientales tandis que la reprise de «Leaving», de Richie Beirach, est de toute beauté.

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Le groupe est bien soudé, s’écoute et s’offre de beaux espaces à l’improvisation. Les interventions de Van Uytvanck sont cependant assez brèves, de même que celles de Lancerotti. Le groupe préfère façonner la mélodie et broder une harmonie d’ensemble. SymmEtrio ajoute à cela une subtilité parfois evansienne ou un romantisme à la française, tendance Debussy ou Ravel. Bien que tout soit souvent swinguant, j’aurais peut-être voulu entendre un morceau nettement plus explosif, histoire que le groupe se lâche complètement ou fasse monter la tension d’une autre manière… Ceci dit, le concert passe très vite et l’on ne s’ennuie pas une seconde. Les trois sets sont emmenés avec entrain, efficacité et bonne humeur. Et la soirée, fort agréable, se terminera d’ailleurs bien plus tard que prévue…

 

A+

 

10/06/2010

Ça commence demain!!

02:08 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aka moon, fabrizio cassol, david linx, kvs |  Facebook |

07/06/2010

Bodurov Trio - au Sounds

 

Il y a quelques années, en rentrant avec lui de Bruges, où il avait donné un concert, Sabin Todorov m’avait conseillé d’écouter un certain Dimitar Bodurov. Plus tard, je lisais dans Jazzmozaïek d’excellentes critiques à propos de son album «Stamps From Bulgaria 2008». Et ce jeudi 3 juin, Sergio avait la bonne idée de le faire venir au Sounds. Je ne pouvais pas manquer ça.

Dimitar Bodurov est arrivé depuis plus de dix ans aux Pays-Pas pour y étudier au conservatoire de Rotterdam. Deux ans plus tard, il formait un trio avec Cord Heineking (cb) - remplacé depuis par Mihail Ivanov - et Jens Düppe (dm), que l’on connaît bien chez nous, puisqu’il est le batteur du quartette de Pascal Schumacher. Dimitar Bodurov est d’un naturel souriant et a le sens du contact avec le public. Sur scène, il est décontracté et concentré à la fois. C’est que cette musique est, semblant de rien, assez complexe.

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Le trio attaque avec «Butch». Mélange subtil de rythmes balkaniques dansant, nerveux, tendus, et de silences abruptes. Bodurov aime autant jouer avec les moments suspendus qu’avec le tonnerre.

Même si tous les thèmes sont basés sur des traditionnels Bulgares, que Bodurov a totalement arrangé, le pianiste s’applique à s’en éloigner. Il s’en sert plutôt comme d’un tremplin à l’improvisation et à l’échange, histoire de préparer un bel espace de jeu pour le groupe.

Bodurov possède un toucher alerte, assez percussif, nerveux et découpé. Il module les phrases, slalome entre les rythmes ondulants. Sa musique est très mouvante, toute en accélérations et retenues.

«Mamo» est plus mélancolique et plaintif. Quand le piano se lamente, Mihlali Ivanov utilise l’archet et fait pleurer sa contrebasse comme un véritable violon tzigane.

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Sur quelques thèmes, Bodurov utilise le sampling de la voix d’une vieille chanteuse folklorique aujourd’hui disparue. Lamentation, prière, chant de désarroi ou d’espoir: on touche au jazz de chambre. La musique sent l’hiver rude et la famille réunie dans une maison pleine de courants d’air: c’est «Dobro». L’utilisation de la voix est un tour de force sur le très musclé «Doncho», par exemple. Jamais les musiciens ne s’interdisent l’improvisation, la liberté d’inventer, de chercher ou de s’échapper. Et ils retombent toujours sur leurs pieds, malgré les tempos hyper mobiles. Quels que soient les chemins qu’ils prennent, il ne manque jamais personne au rendez-vous. Le trio nous fait vraiment voyager au travers d’un jeu typé, entrelaçant les mélodies mélancoliques à une rythmique complexe. Tout est affaire de contrastes et de dosage. Jouant beaucoup sur les cassures et les stop and go, nos trois amis s’entendent à merveille et l’interaction est parfaite.

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Jens Düppe est un excellent coloriste, son jeu est aussi fin qu’il n’est brutal. Son solo, avant la fin du premier set, est sans doute l’un des plus originaux que j’ai entendu depuis longtemps. La syncope est comme toute de biais, comme prise à l’envers. Il nous surprend et surgit là où on ne l’attend pas. Parfois aussi, il use de nombreux artifices (clochettes, claves, gongs, xylophone…) pour colorer plus encore son jeu. Tout cela avec beaucoup de discernement.

Avec «Graovsko», l’orient fait une petite incursion dans l’univers Bodurov, sous la forme d’une pseudo marche évoquant Ravel ou Rimsky Korsakov.

L’esthétique de Bodurov est décidément assez différente d’un Sabin Todorov, d’un Bojan Z ou encore des frères Wladigeroff (dont je vous recommande encore et toujours «Wanderer In Love»), ce qui prouve, sans doute, la richesse de cette musique.

D'ailleurs, deux bons rappels bien mérités attestent que le jeu en valait la chandelle. Le trio sera de retour en octobre ou novembre… même endroit, même heure. Rendez-vous est pris.

A+

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

02/06/2010

Bo Van Der Werf - Interview

Bo Van Der Werf a un agenda chargé.

On le verra au El Negocto à Gand le lundi 7, au Pelzer à Liège le 9, au Sounds le samedi 12 et au Roskam le dimanche 13… Autour de lui, il y aura Nic Thys, Jozef Dumoulin, Robin Verheyen et parfois aussi Stéphane Galland.

Entre ces concerts-là, il sera également à Anvers avec Lidlboj (le 10) et, après tout ça, en résidence avec Octurn à la Jazz Station (le 23 et 24 juin).

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Son agenda était tout aussi chargé, il y a quelques mois. Mais j’ai quand même réussi à le «coincer» pour l’interviewer. Le résultat est en ligne ici, sur Citizen Jazz.

Bo ne sera pas au festival Wapi Jazz à Estaimbourg ce vendredi 4 juin (petit coup de pouce à ce jeune festival qui se déroulera à deux kilomètres de chez mon papa et ma maman…). Il ne sera pas non plus au Fast Forward Festival qui se déroulera du 11 au 19 juin au KVS à Bruxelles… quoique.

 

A+

 

22:18 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, citizen jazz, octurn, bo van der werf |  Facebook |

25/05/2010

Hot week-end...

Le prochain week-end sera chaud. Je ne vous parle pas de météo, mais de jazz.

Une fois n’est pas coutume, et avant de parler des «gros» festivals de l’été, je vous invite à regarder ce qui vous attend à partir de ce vendredi.


 

 

Vous êtes à Bruxelles? Vous n’échapperez certainement pas au Jazz Marathon. Ça démarre le vendredi soir et se termine le dimanche soir par la journée de Lundis d’Hortense. Entre les deux, plus de 125 concerts répartis dans tout Bruxelles. Dites-vous bien que vous ne pourrez pas tout voir. Moi non plus. J’ai pourtant dressé ma «short-list» (dans laquelle je devrais de toute façon sabrer encore). On y retrouve: Mariana Tootsie et ses Chéris d’Amour, Greg Lamy, Slang, Fred Delplancq, Melnyk et Delle Monache, Winchowski Trio, Casimir Liberski, Massot-Florizoone-Horbaczewski, Timescape Project, Chrystel Wautier, Philip Catherine Organ Trio, Ben Sluijs et Erik Vermeulen, PaNoPTiCoN, Jef Neve Trio, Julien Tassin, Sonic Orchestra, Tsu Tsu Trio, Louis Favre Trio, Citta Collectif, Ananke ou encore Flying Fish Jump… je pourrais en rajouter encore (Bruno Grollet, MYH Group, Cash Dedans, Davy Palumbo etc…), mais j’avais dit «short-list»… et la voilà déjà bien longue. Ce qui est sûr c’est que je serai à la Place Fernand Cocq tout le samedi après-midi pour le concours des jeunes talents. Et le dimanche après-midi sur la Grand Place pour écouter Sabin Todorov, dont l’album «Inside Story 2» vient de sortir chez Igloo, Barbara Wiernik et Nathalie Loriers.


 

Mais vendredi 28, vous ne serez peut-être pas à Bruxelles, mais à Huy? Parfait! Le centre Culturel offre une carte blanche à Eric Legnini, l’enfant du pays! Et celui-ci n’a pas hésité. Outre le fait qu’il se produira avec son trio (Thomas Bramerie (cb) et Franck Agulhon (dm)), on y verra aussi Yaël Naïm et David Donatien, Stéphane Belmondo (tp) ainsi que San Severino. Est-ce que cela ne risque pas de balancer un peu de ce côté-là de la Meuse?

Ou alors, ce week-end, vous serez à Liberchies pour la 8ème édition du Festival Django! Django aurait eu 100 ans cette année. De quoi lui faire une plus grosse fête encore!

À Liberchies, son village natal, rappelons-le, vous pourrez y entendre David Reinhardt, Lollo Meier, Fapy Lafertin, le fabuleux John Etheridge (oui, oui, ex-Soft Machine), Les Yeux Noirs et les délirants Doigts de L’Homme… entre autres. Pour les amoureux de Django qui ne pourraient pas se rendre à Liberchies, je vous conseille le coffret CD «Rétrospective» paru chez Saga ou, si vous êtes de vrais malades: «L’intégrale», qui paraît en trois volumes de 14 CD’s, chez Frémeaux. Côté lecture, il y a toujours le très chouette bouquin de Noël Balen aux Editions du Rocher: «Le génie vagabond».

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Quand je pense que vous serez peut-être aussi à Corroy-le-Château, vendredi, pour le concert de Marc Frankinet, Georges Hermans et Jean-Louis Rassinfosse au Théâtre des Deux Marronniers; à Brassages pour le concert de Big Noise; à De Werf pour celui de Michael Musillami; ou à Dinant, à l’F, le samedi pour le concert de François Théberge (qui sera également au Pelzer ce mercredi)… je me demande dans quel état je vais vous retrouver lundi…

 

A+

 

23/05/2010

Gil Scott-Heron au Cirque Royal

Personne n’espérait plus le revoir un jour sur une scène d’Europe. Et encore moins sur une scène belge.

Miracle. Gil Scott-Heron est venu au Cirque Royal ce 12 mai.

Début d’année, déjà, il y avait eu cette grande nouvelle assez improbable: un nouvel album! Non pas une réédition, ni une compilation, mais bien un  nouvel album. Et quel album! «I’m New Here»: court, intense, moderne, indispensable.


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Ce soir, sur la scène du Cirque Royal, il ne chantera qu’un seul morceau de son dernier opus: «I’ll Take Care Of You». Et en effet, homme de parole, il prendra bien soin de nous.

Casquette vissée sur la tête, pantalon trop court et vieille veste sur une chemise à trois balles: Gil Scott-Heron est de retour.

Sous un tonnerre d’applaudissements, seul au milieu de cette grande scène, Gil nous rassure avec son humour tellement lucide, décalé et légèrement cynique: il est bien vivant.

La voix patinée par la vie et les excès, les mots défilent et renvoient à leurs études les rappeurs dont il est le père. Un mot à propos du volcan islandais qui l’a obligé à annulé quelques concerts, un tackle envers les consultants de tous bords ou les spécialistes en tout genre («Sur CNN, il y a même des spécialistes qui parlent d’évènements qui ne sont encore jamais produits!»), Gil est en forme et heureux d’être là. Et nous aussi !


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Alors, il s’installe, seul derrière son Rhodes, et attaque «Blue Collar». Il nous cloue le bec. Ça n’a pas pris une ride. Puis c’est «Winter In America», toujours autant d’actualité, qui précède «We Almost Lost Detroit» et permet d’accueillir ses vieux copains du  Midnight Band: Glen (Astro) Turner (keyboards et harmonica), Tony Duncanson (perc.) et l’incroyable Carl Cornwell (ts et flûte). Nos gaillards poussent encore un peu plus le curseur vers le blues, la soul et le funk dégraissés jusqu’à l’os. «Work For Peace». Le public frappe des mains puis chante des «Da doo. Da doo» sur «Three Miles Down». Carl Cornwell fait rauquer son ténor. C’est aussi brûlant et intense qu’un Pharoah Sanders. Son solo atteint des sommets. Glen (Astro) Turner passe au-devant de la scène et, à l’harmonica, rend fou le Cirque. «Be Safe, Be Strong, Be Free» se répète à l’infini et Tony Duncanson se déchaîne sur ses congas.


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On souffle un peu avec «I’ll Take Care Of You» avant de se prendre dans le plexus «Did You Hear What They Said?». Gil commente, parle, amuse, fait réfléchir. Et l’intensité remonte à nouveau, Gil lâche ses amis pour que chacun y aille d’un solo plus fiévreux l’un que l’autre. «The Other Side» gonfle en un chant obstiné et martelé. Le climax est à son paroxysme.

Et puis, on l’attend, on la devine, on la flaire… L’intro à la flûte l’annonce: «The Bottle» explose finalement. Délire. Gil Scott-Heron et ses copains font durer le plaisir, s’amusent et rajeunissent. «The Bottle» est toujours aussi pleine de funk et de groove. À jamais indémodable.

La salle est debout.


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Un dernier morceau en rappel. Gil Scott-Heron est plus vivant que jamais!

You were not able to stay home, brother… Mais vous pourrez vous rattraper lors du prochain Gent Jazz Festival où Gil Scott-Heron y est programmé le 17 juillet! Ne ratez surtout pas ça.

 

 

 

A+

 

22/05/2010

Jazz à Liège 2010

Impossible de me rendre à Liège, le vendredi 7 mai, pour le Festival de Jazz qui fêtait ses 20 ans.

Samedi 8, par contre j’y étais. Un peu trop tôt d’ailleurs. Belle occasion pour me détendre un peu à la terrasse ensoleillée d’un sympathique café et pour continuer la lecture de l’excellent livre de Geoff Emerick «En studio avec les Beatles». Je me demande toujours comment il est possible de se souvenir, aussi précisément, d’événements qui se sont produits voici près de quarante ans! Emmerick est l’ingénieur du son qui a enregistré, entre autres, «Revolver», «Sgt Pepper», «Abbey Road»... Dans ce livre, il nous fait vivre de l’intérieur ces incroyables moments de créativité qui ont bercé ma jeunesse. Et c’est jubilatoire. Pour peu que vous vous intéressiez un tantinet aux Fab Four, je vous recommande vivement cet ouvrage incontournable.

Allons, il est temps de rejoindre le Palais des Congrès.


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Je passe d’abord une tête dans la Salle de la Région Wallonne où Nathalie Loriers fait son sound check. Les réglages sont délicats. Non seulement, le line-up de base du String Quartet a été légèrement modifié, mais c’est Jean-Paul Estiévenart qui a la lourde charge de remplacer Bert Joris à la trompette. Comme je verrai cette formation (avec Bert) lors du prochain Jazz Marathon (dimanche 30), je descends au Bar des Congressistes pour écouter Sophie Alour (ts, ss), accompagnée par Yoni Zelnik (cb) et Karl Januska (dm).


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Le trio présente son dernier album «Opus 3». Le jazz de Sophie Alour mélange les genres avec une certaine retenue. On passe du bop au rock en lorgnant tantôt vers le classique, tantôt le jazz très moderne, tantôt le jazz très soul. «Mystère et boule de gomme!», aux harmonies et aux arrangements assez sophistiqués, nous emmène dans une spirale déstabilisante, tandis que «Eloge du lointain», qui flirte avec les rythmes africains, nous ramène sur un terrain plus organique. Le jeu souple et tout en douceur de Sophie Alour se mêle joliment à celui, très chantant et sinueux, du contrebassiste Yoni Zelnik. À la batterie, Karl Januska est impeccable de bout en bout. Il est à la fois très sec et tranchant sur «Untitled» (?), puis sensuellement percussif sur «Mystère et boule de gomme!» et fougueux sur «Karlstone».  C’est frais et très agréable, surtout que Sophie Alour ne manque pas d’humour.

Je fais l’impasse sur le trio de Donny McCaslin, pensant aller le voir le lundi suivant au Hnita Hoeve. Malheureusement, je n’en aurai pas l’occasion. Un coup dans l’eau. De toute façon, ici à Liège, la salle était comble - impossible de se faufiler plus avant - et le concert avait commencé depuis près d’une heure.


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En route donc vers la Salle de Fêtes pour découvrir ce que l’on considère comme étant la révélation pianistique de ces dernières années: Tigran Hamasyan. Le premier et long morceau me laisse pourtant très dubitatif. Tigran est très expressif et très physique sur son piano, il alterne les phrases légères, les accords massifs et les échappées virtuoses. C’est impressionnant, mais… Mais il faut attendre «Love Song» pour que se révèle alors un formidable groupe. La vocaliste Areni trouve idéalement sa place. Les tessitures se mêlent. Piano, voix et sax (Ben Wendel) jouent à l’unisson puis s’éloignent, prennent des libertés et se rejoignent à nouveau. Les harmonies orientales se mélangent au jazz et au rock. «Falling» débute par un intense solo de batterie (Mark Giuliana) aux accents jungle, repris au micro, façon beat box, par Tigran. Tout le folklore arménien explose. Le pianiste se déchaîne et Sam Minaie (cb) redouble d’impétuosité. Le contraste est violent lorsqu’ arrive «Chinar Es», en duo piano - voix, qui prend alors une ampleur étonnante. Cet air plaintif et mélancolique irradie la salle. Le groupe revient au complet pour un final éblouissant. Tigran, les deux mains hyper mobiles, met le feu aux poudres. Ok, me voilà convaincu.


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Le temps de me rafraîchir un peu au bar, de croiser quelques amis dans le long couloir et me voilà dans la Dexia pour le concert de Mark Turner (ts), Larry Grenadier (cb) et Jeff Ballard (dm). C’est plein à craquer. L’ambiance est assez nocturne et dépouillée. Le trio développe un jazz assez intimiste. Cependant, le concert est un peu plus nerveux que l’atmosphère générale de l’album («Sky & Country») paru dernièrement chez ECM. On sent, dans le jeu de Ballard surtout, l’envie de donner du nerf à la musique, tandis que Turner semble souvent retenir l’explosivité. Il préfère broder autour d’ondulantes phrases lyriques («Child’s Play» ou «Brother’s Sister»). Mais avec «State Of The Union», on file tout droit. Grenadier rebondit sur des rythmes que Ballard s’amuse à casser. FLY force même le trait un peu boogaloo sur «Elena Berenjena». Bien sûr, on reste dans la nuance et la délicatesse. Pas de tonitruance ici, même si «Super Sister» termine le set de manière très enlevée.

En attendant que Nicholas Payton daigne bien commencer son concert, je vais écouter les derniers instants de celui de Murat Öztürk… Eh bien, j’aurais voulu en entendre plus. Dans la veine assez traditionnelle du trio piano - basse - batterie, le leader d’origine turque fait preuve d’une belle personnalité. Le jeu de Murat est assez clair, détaché et brillant. Gauthier Laurent (cb) impose un jeu ferme et très musical, qui se faufile entre les lignes d’un jazz assez chatoyant. Et tout cela est soutenu par le drumming magique et sobre de Dré Pallemaerts. À suivre.


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Dans la grande salle du fond, Nicholas Payton balance un jazz plutôt prévisible. C’est toujours agréable, certes, mais cela ne soulève pas chez moi un enthousiasme débordant. Il y a pourtant sur scène une belle brochette d’excellents musiciens, à commencer par le tout jeune et extraordinaire pianiste Lawrence Fields, aussi vif que pétillant. Marcus Gilmore (dm), plus sage ici qu’avec Vijay Iyer, partage la rythmique avec le percussionniste Dan Sadownik et le contrebassiste Vicente Archer. Le sextette revisite le bop (ou neo-bop) façon Terence Blanchard ou Wynton Marsalis. Tout est hyper réglé, avec juste ce qu’il faut de swing, de latin jazz et de rythmes langoureux. Il manque juste un peu de folie… ou simplement de plaisir de jouer?

Un peu fatigué, je jette quand même une oreille au Flat Earth Society. Ici, il y a de la folie, une pointe de délire et une envie évidente de s’amuser. J’aurais dû opter pour ce concert-là, peut-être…

 

A+

 

14/05/2010

Si on chantait ?

Tout le monde chante!

Tout le monde ne sait pas chanter, mais tout le monde chante! Du rock, de la chanson française, du rap, de la pop ou… ou du jazz.

Le jazz vocal est aussi diversifié que le jazz «tout court». Il y a autant de style de jazz vocal que de style de jazz. Ça semble assez logique d’ailleurs. Le jazz est en grande partie basé sur l’improvisation. Et l’improvisation, c’est comme une conversation (vous savez ce que vous allez répondre quand vous ne connaissez pas encore la question, vous?).

Une conversation peut être simple, intellectuelle, intelligente, drôle, sans queue ni tête, impertinente, grossière, revendicative…

Elle peut être convenue et banale aussi. Heureusement, pas de ça ici.

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Voici une courte (très très courte) sélection de disques «qui chantent» et que j’ai écouté ou réécouté dernièrement, et qui méritent qu’on y tende une oreille, voire deux.

Stilte, qui sera en concert ce samedi à la Jazz Station (vite, vite, il est encore temps!) est un jeune duo français. Loïs Le Van (Chant) et Aliocha Thévenet (guitare acoustique) se sont connus à Lyon. Le premier s’est «expatrié» en Belgique pour y suivre les bons conseils de David Linx, après avoir travaillé avec Kurt Elling et Thierry Péala, entre autres. Loïs, fait également partie de l’excellent ensemble «Brussels Vocal Project». Aliocha s’est d’abord nourri de la guitare classique avant d’aller croquer du rock, de la musique contemporaine et du jazz.

Un duo, ça peut paraître austère, surtout que Stilte s’est fixé une ligne de conduite qui pourrait sembler étroite. Pourtant… Pourtant, l’alchimie qui naît entre nos deux musiciens fonctionne à merveille, et elle est, évidemment, indispensable à la réussite de cet exercice périlleux. Le sens des mots se mélange au sens des sons. La voix de Loïs suit les méandres des harmonies, égrainées avec beaucoup de sensibilité par Aliocha. Il émane de ce chant une couleur toute particulière, et de cette voix, une sensibilité et une fragilité touchante. Le groupe cultive le sens de la poésie, y mélange les vocalises et les paroles en formes de montagnes russes, sans jamais tomber dans la démonstration. C’est tantôt joyeux et frais, tantôt plus introspectif. Le duo nous emmène dans un joli voyage poétique où l’on se surprend à respirer. Un peu comme lorsque l’on ouvre la fenêtre d’un train qui traverse tranquillement une campagne ensoleillée.

Dans un autre style, Nathalie Natiembé (j’en entends déjà crier: «C’est pas du jazz, c’est pas du jazz!»…) possède une voix qui vient vous chercher. Une voix légèrement voilée, un peu abîmée par la vie. Une voix grave et patinée. La musique oscille, la plupart du temps sur des rythmes lancinants, entre blues et désillusion. Les textes sont pétris d’images fortes et de combats, chantés en créole réunionnais, ce mélange d’africain et de français phonétique. L’arrangement musical vous prend au ventre dès les premières minutes. Il faut dire que Nathalie Natiembé s’est entourée, pour ce disque, de la paire Cyril Atef (perc) et Vincent Ségal (violoncelle électrique), autrement dit: de Bumcello. Du coup, malgré l’ambiance assez lourde, on y retrouve toute la luminosité d’un groove contenu. On se balade dans un blues des îles en quelque sorte, celui de l’Île de la Réunion. Pas de World Music ici (du moins dans le sens galvaudé utilisé actuellement) mais une fusion entre un chant ethnique et un son très actuel.

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J’ai ressorti aussi l’album de Barbara Wiernik, «Soul Of Butterflies». Et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Du moins en partie. Barbara a une voix magnifique et une technique irréprochable. Sa musique douce-amère nous fait voyager entre le bonheur, la douceur et la mélancolie. Elle est accompagnée magnifiquement par Tuur Florizoone (acc) qui donne une couleur indélibile à l’ensemble de l’album, Fabian Fiorini (p), Laurent Blondiau (tp), Nic Thys (cb) et Yves Peeters (dm). La plupart des titres, chantés en anglais, font mouche. J’ai un peu plus de mal avec les titres français. Trop alambiqués? Trop «chanson française» pour moi? Je ne sais pas, mais j’accroche nettement moins. Par contre «My Old Man» (de Joni Mitchell), en duo avec un éblouissant Nicolas Thys à la contrebasse, «You Don’t Know What Love Is», et surtout «Army Dreamers» (de Kate Bush) sont de pures merveilles. À venir découvrir sur la Grand Place de Bruxelles lors du prochain Jazz Marathon pour vous faire votre propre opinion.

Découverte, pour moi, de l’univers de Claudia Solal. On adhère ou pas, c’est selon, mais moi, j’y ai plongé avec délectation. Claudia Solal (oui, oui, la fille de Martial) chante comme on raconte les histoires de Lewis Carroll. Sa voix est comme hantée par l’opéra et la comédie musicale. Elle flotte au-dessus d’une musique étrange, mystérieuse et pleine de sensations. Benjamin Moussay y distille des notes de piano aux reliefs décalés, y injecte des bruits épars, des mots volés et des rires d’enfants. Joe Quitzke (dm) déstabilise les rythmes, les habille d’ornements insolites. Jean-Charles Richard dépose d’élégantes et lyriques phrases au saxophone (baryton ou soprano). Parfois, une touche de violon ajoute au côté désuet de l’aventure avant que la rythmique ne nous renvoie dans un tempo groovy et contemporain. On est happé par le tourbillon de «Blocks», on titube sur les recherches éthyliques et brumeuses de «But The Birds Above», on est intrigué par le long poème/suite plein de chausse-trappes de «The Winter Of Our Discontent» (inspiré de Shakespeare). Bref on nage dans un univers fantasmagorique, sensuel et excitant. Alors, on se réécoute l’album et l’on découvre encore de nouvelles histoires cachées. Des histoires sans fin. Un vrai délice.

 

On va s’arrêter ici pour l’instant (la suite, ce sera pour plus tard). Juste le temps de vous dire, et pour terminer en chansons, que Mélanie De Biasio sera le 24 au Music Village et le 25 à Charleroi, Véronique Hocq le 20 à Soignies et le 28 à Chapelle-Lez-Herlaimont et Chrystel Wautier le 27 au Rideau Rouge à Lasne…

 

A+

 

12/05/2010

Mais où a été parachuté Jacques Pirotton ?

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Passé inaperçu, raté, oublié, loupé, manqué… je ne sais pas quel synonyme utiliser.

L’interview de Jacques Pirotton est en ligne depuis le 27 février (!!!!) et je ne le savais même pas ! Oui, oui, c’est sur Citizen Jazz.

Pas évident de la retrouver, d’ailleurs. Mais j’ai un tuyau : si vous cliquez ici, vous y êtes directement !

 

A lire en écoutant son dernier album : Parachute

 

A+

 

23:21 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, citizen jazz, jacques pirotton |  Facebook |

09/05/2010

Julie Jaroszewski joue Grisélidis Réal qui chante Kurt Weill

Samedi 17 avril, dans la petite salle de La Samaritaine, le public s’installe dans un léger brouhaha.

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Julie Jaroszewski est déjà sur scène. Comme une prostituée qui attend le client. Elle s’approche d’une petite table sur laquelle une fenêtre miniature est installée. Elle se maquille, ouvre le petit rideau et retourne une pancarte sur laquelle on peut lire «open».

«Enfin! mon rêve se réalise : une vraie pute, faisant la pute, dans un vrai théâtre!»

Julie a repris et assemblé plusieurs textes de Grisélidis Réal, écrivain-prostituée et catin révolutionnaire, comme elle aimait se définir. Sans préliminaire, nous voilà embarqué dans un monologue poignant, dans un long plaidoyer pour les droits des femmes, la dignité des femmes et de celles qui ont choisi de vivre de la profession du sexe.

Le texte est sans fard. Réaliste. Ni noir, ni triste. Ni joyeux. C’est le témoignage d’une expérience, c’est une réflexion lucide sur l’être humain. Les mots sont forts, justes et extrêmement bien cousus les uns aux autres. Il faut avouer que Grisélidis Réal a un talent inné pour les faire sonner. Des mots pleins de sens et des phrases sans langue de bois. Au travers des ces récits, c’est tous les non-dits, les luttes, les coups et les blessures de l’âme qui surgissent en plein jour.

Julie les délivre avec un réalisme confondant. Jamais, elle ne surjoue. Eloignée du micro, elle ne tente pas d’élever la voix comme on le fait généralement au théâtre, mais elle continue à nous parler. À nous de tendre l’oreille pour mieux comprendre encore le sens des paroles. Julie est comédienne et non pas une chanteuse qui joue la comédie.

Julie parle, crie, pleure, rit, … Julie vit.

Accompagnée au piano par Charles Loos et à l’accordéon par Philippe Thuriot, son discours est entrecoupé des chansons de Kurt Weill (Lonely House, Youkali Tango, One Life To Live…). Le choix de Weill n’est pas innocent. Lui aussi raconte la soumission, l’amour, la détresse, l’abandon, la lutte, l’espoir. Textes et musique s’enlacent.

Julie chante, sobrement, avec conviction.

Julie est chanteuse et non pas une comédienne qui chante.

Une fois de plus, elle mélange les genres et va jusqu’au bout de ses idées. Sans concession. Avec un putain de talent.

Puis, elle éteint les lumières et referme le petit rideau.

Nous, on espère qu’il se rouvrira encore souvent.

 

A+

 

05/05/2010

Chrystel Wautier - Peace Of Time - Sounds

Chrystel Wautier était au Sounds samedi 10 avril. Ambiance décontractée, rires, sourires… Normal, avec elle, on est entre amis. Chrystel a le don de mettre à l’aise son public et ses musiciens. C’est dans son caractère, dans sa nature. Si elle chante, c’est sans aucun doute pour respirer, pour prendre du bon temps et pour partager. Parmi les chanteuses, elle a trouvé sa place. Elle n’est pas du genre insipide, pas du genre tourmenté non plus. C’est plutôt du genre ensoleillé, spontané, avec ce petit «je ne sais quoi» qui la différencie des autres.

Ce soir, elle présentait son dernier album «Peace Of Time» (c’est sorti sur MuseBoosting et en vente, entre autres, sur le site du label).

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Il y a trois ans, il y avait eu «Between Us…», avec Sam Gerstmans à la contrebasse (remplacé depuis par Boris Schmidt) et Quentin Liégeois - déjà - à la guitare. Un album qui augurait de belles choses à venir. Puis, ceux qui ne la connaissaient pas trop bien l’ont certainement vu s’épanouir au sein du Radoni’s Tribe. Chrystel Wautier a pris de l’assurance et sa voix s’est affirmée.

La voilà rayonnante sur scène. Simplement. Elle est là pour chanter et perpétuer une certaine tradition du jazz vocal, avec une pointe de modernisme, un peu dans l’esprit de ce que fait Roberta Gambarini (même si la comparaison avec cette sublime chanteuse est impossible). Alors, Chrystel enfile les «But Beautiful», «East Of The Sun», qu’elle introduit en sifflant avec une facilité déconcertante, «You Drive Me Crazy», «Old Devil Moon»…

Derrière elle, la rythmique est solide. Boris Schmidt excelle dans un jeu foisonnant et simple à la fois. Sans batterie pour lui donner un coup de main, Boris abat un boulot de fou. Quentin Liégeois maîtrise son jeu avec finesse. On retrouve chez lui une souplesse toute latine rehaussée de fulgurances à la Philip Catherine. «Devil May Care» est emmené à un train d’enfer. Contrebasse et guitare s’amusent et Chrystel scatte.

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Break. Deuxième set.

Et hop, voilà deux couleurs de plus à l’arc-en-ciel : Ben Sluijs (as et flûte) et Cédric Raymond (p) ont rejoint le trio. Cédric Raymond distille par petites touches un jeu brillant, subtil et fin. Ses interventions sont souvent intelligentes et se fondent avec discrétion dans les histoires. Ben Sluijs est absolument époustouflant. Il faut l’entendre entrer dans ses solos, l’entendre les développer, l’entendre préparer le terrain pour le soliste suivant. Que ce soit à l’alto ou à la flûte, comme sur le merveilleux «Hope», c’est brillantissime. Avec ce trio devenu quintette, «Just A Gigolo» se fait tendre et touchant comme jamais, et contraste avec un joyeux et virevoltant «Day In Day Out» qui clôt le concert (je vous conseille d’ailleurs d’écouter ce morceau sur l’album, avec des arrangements superbes et des chœurs comme on n’en avaient plus entendu depuis des décennies: un délice).

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Pour le bis, Chrystel annonce qu’elle n’a plus de voix et qu’elle est un peu fatiguée… et se lance tête baissée et avec bonheur dans un «Twisted» énergique !!!! Si ça, ce n’est pas avoir du tempérament !

Si vous allez du côté de Liège ce samedi, allez l’écouter au Festival Jazz à Liège.

 

A+

 

02/05/2010

Dawn Of Midi - First

Qui sont-ils? D’où viennent-ils?

Aakaash Israni (cb) vient d’Inde, Amino Belyamani (p) du Maroc et Qasim Naqvi (dm) du Pakistan. Ils se sont rencontrés, pour la plupart d’entre eux, au California Institut Of  Arts. Ils ont participé, chacun de leur côté, à différentes formations (Axis Trio, Progressive Youth Club, etc.). Ensemble, ils ont formé Dawn Of Midi, collectif qui se partage entre New York et Paris. Leur musique est largement improvisée et mélange jazz, musique contemporaine ou classique et quelque chose d’indéfinissable et de très personnel. «First», leur premier disque vient de sortir chez Accretions, et c’est plutôt… captivant.

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Dès le début on plonge dans un univers hypnotique fait de désordre et de bruits sourds. «Phase In Blue» déboule et s’écroule. Les notes de piano roulent et déferlent en cascade, dans une sorte de non-rythme, mais avec une certaine cadence. Le trio serait-il inspiré par quelques expérimentations de Paul Bley?

La musique s’immisce en vous, insidieusement. Elle avance par à-coups.

«Laura Lee» se déploie en improvisation très libre et la contrebasse marque une pulsion irrégulière. Il émane cependant de ce chaos, une certaine sérénité, comme une perte de contrôle maîtrisée. Dawn Of Midi joue le dépouillement, l’effilochage de thèmes, le déshabillage de sons. Le trio échafaude une atmosphère assez homogène et explore les déstructurations en tout genre. Qasim Naqvi fait rebondir les baguettes. Amino Belyamani plonge dans le piano pour en pincer ou griffer les cordes, avant d’initier des motifs presque inspirés d’une «Gnossienne» de Satie («The Floor»). Il suspend le temps et laisse à Aakaash Israni l’occasion d’exciter sa contrebasse nerveusement. Puis, le mystère s’invite, la contrebasse se fait menaçante et la batterie inquiétante («Tale Of Two World»). Plus loin, «No Abhor» se disloque.

Cet album nous ballote entre la brillance et l’obscurité. Le contemporain côtoie la musique concrète. On sonde les sentiments. On est en terre inconnue et étrangement, dans cette musique fantasmée, on s’y sent bien. On flotte entre deux mondes. Comme dans un demi-sommeil, entre rêve et réalité.

L’interaction entre les membres est indéniable. On les imagine plus jouer sur les sentiments et les émotions que sur des grilles ou des formes musicales structurées. Tout est très organique. Seul «Hindu Pedagogy» semble se laisser dompter quelque peu. 

Le trio parvient à nous entraîner dans un monde minimaliste, abstrait et lyrique, et nous tient en haleine tout au long d’un disque totalement réussi. Avec peu d’éléments, Dawn Of Midi arrive à donner de la puissance à sa musique. Une puissance sèche, dense, compacte, faite de silences et de retenues. Alors, en espérant voir un jour ce groupe sur scène, on y retourne, comme pour dénouer un écheveau, comme pour y trouver les indices d’une enigme. Car «First» est intrigant et Dawn Of Midi un trio à découvrir.

Dans le même ordre d’idée, si vous êtes sensibles à cette musique, allez jeter un coup d’oreille du côté d’Insubordinations: des choses comme bBlunk, Eve Risser ou Sébastien Cirotteau ne devraient pas vous laisser indifférents.

 

A+

 

01/05/2010

Tribute To Lee Morgan - Music Village

Back to basics !

Petit retour aux sources du hard bop ce samedi 3 avril au Music Village. Tribute to Lee Morgan ! C’est Joe Higham (ts) qui mène la danse et Richard Rousselet qui souffle dans la trompette. Ça lui va comme un gant, à Richard, cette période. Souvenez-vous de son projet Ecaroh en hommage à Horace Silver ! Et rappelez-vous aussi de son excellent dernier album - paru il y bien longtemps déjà, mais toujours aussi excitant à écouter – dont j’avais parlé ici.

Pour compléter ce casting idéal: Ron Van Rossum au piano, Jan De Haas à la batterie et Sam Gerstmans à la contrebasse.

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«Mister Kenyatta» pour lancer la machine. Ça balance plutôt bien. Puis, c’est «Hocus Pocus» et «Total Pole». On est en terrain connu et ça joue pour le plaisir. Chacun y va de son solo. Van Rossum a tendance à devancer légèrement le tempo, à entraîner les autres dans sa fougue. Son jeu est assez nerveux. Gerstmans et De Haas tiennent solidement la rythmique. Le batteur fait ressortir son côté percussionniste, idéal pour ce type de musique. C’est dansant et chaud. Rousselet et Higham jouent les contrastes. Brillant et découpé pour le trompettiste, souple et enveloppé pour le sax ténor

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Joe Higham, avec son humour tout britannique, présente les différents morceaux dans une ambiance détendue. On continue le voyage en faisant un détour du côté de chez Mobley avec «Funk In Deep Freeze» et un crochet par «All Or Nothing At All».

C’est au troisième set, quand le club se dégarnit un peu, que le groupe bouscule un peu les thèmes et se lâche un peu plus. Joe Higham prend des solos plus audacieux sur le merveilleux «Search For The New Land». Van Rossum saute sur l’occasion. Et, bien entendu, Sam en profite aussi: ce morceau ne demande que ça! On joue un peu plus «sale», un peu plus ouvert. J’aurais d’ailleurs bien aimé entendre un «Sonic Boom» à ce moment-là… mais le concert se termine déjà. Il est encore «tôt» pourtant. Allez, encore un «Pat ‘n’ Chat» de Mobley pour la route.

On reverra avec plaisir Joe Higham avec The Wrong Object (dans un tout autre style, donc) à Jazz à Liège et l’on est impatient de le revoir sur scène avec son excellent projet Al Orkesta (dont j’avais parlé ici) au Jazz Gaume Festival en août.

 

A+

 

26/04/2010

Arthur Kell Quartet au Sounds

1er Avril au Sounds.

On vous annonce Loren Stillman, Brad Shepik, Mark Ferber et Arthur Kell, et la salle est aux trois quarts pleine. À New York, on se bouscule pour les écouter. Des musiciens pareils, à Bruxelles, dans un club, ce n’est pas tous les jours (bien qu’Arthur Kell et ses amis sont des habitués de l’Archiduc. Merci Jean-Louis). Heureusement, la plupart des élèves de Steve Houben avaient bien reçu le message du prof: il y avait une leçon à prendre ce soir au Sounds. Pour 10 euros seulement!

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Ce qui est bien avec des jazzmen de cet acabit, c’est que ça démarre tout de suite. Les dents dans la viande ! Et de la viande, il y en a, et de la bonne. Nos quatre musiciens ne tournent pas autour du pot. Ils sont là pour jouer, ça se voit, ça se ressent.

«Jester» est énergique et accrocheur. «Draco», tout en sinuosité, fait encore monter la pression. Stillman gonfle les notes, ressert les espaces, tend les mélodies et lance Brad Shepik vers des improvisations fines, vives, éblouissantes d’énergie et d’élégance. Après seulement deux morceaux, le quartette a posé les fondations solides de leur répertoire. À partir de là, ils vont broder, enrichir et aiguiser chaque thème. Tout est possible.

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Arthur Kell a ce goût du partage avec ses musiciens mais aussi avec le public. Il explique, avec une brillance dans le regard, la genèse de certains morceaux souvent nés de rencontres improbables et de relations fortes et durables. «Papa Aba» (écrit en souvenir d’un homme rencontré dans le désert Nigérian) s’inspire d’une mélodie africaine égrainée au sax et à la guitare, alors que Kell s’amuse à la détricoter à la basse. Mark Ferber en profite pour faire sonner sa batterie comme au bon vieux temps d’Art Blakey. La chorégraphie de ses gestes est un plaisir à observer. Il tire de sa batterie un son profond, gras et sec à la fois. Son drive est déterminé, il affile les angles, affûte les arêtes. Sur «Song For The Journey», Kell démontre toute sa dextérité et sa sensibilité à faire jaillir toute la musicalité de son instrument. Quant à «Dada» (inspiré cette fois d’une aventure épique lors d’une tournée en Espagne), sur un rythme apparemment simple, quasi binaire, le quartette échafaude des mélodies aux mille nuances. Et jusqu’à la fin, le groupe nous tiendra en haleine, n’hésitant pas à changer de direction et de décor au fil des morceaux. L’interaction entre Brad Shepik, décidément hallucinant dans un jeu en «fausses simplicités», et Loren Stillman est un modèle du genre. Arthur Kell et Mark Ferber, quant à eux, s’amusent à alterner les tempos, à les déstructurer, à jouer les polyrythmies brûlantes et énergisantes.

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Sans avoir l’air d’y toucher, sans jamais tomber dans l’intellectualisme musical et en évitant la piège du «tout en force», le quartette d’Arthur Kell dose l’énergie qui permet de voyager longtemps. Car on voyage. Et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Au bar, Arthur Kell me parle beaucoup de son frère disparu trop tôt, me raconte un peu son parcours. Né dans le Massachusetts, Kell a beaucoup voyagé (Afrique, Europe, Asie), il a beaucoup joué avec Thomas Chapin, Bobbie Previte, Marc Ribot, Billy Bang, Sanni Orasmaa, Bernard Purdie, Matt Wilson et bien d'autres. Il a formé plusieurs groupes avec Steve Cardenas, Ben Monder, Gerald Cleaver, Donny McCaslin et Chris Cheek… Puis, avec Sergio et Steve Houben, on discute avec Loren Stillman, qui a joué avec Charlie Haden, Paul Motian, Carla Bley, Drew Gress, Joey Baron et qui vient de sortir un album (Winter Fruits) chez Pirouet avec Nate Radley, Gary Versace et Ted Poor. On parle de la scène new-yorkaise, belge et européenne. Des difficultés du jazz et de ses richesses.

Des personnalités attachantes, d’une simplicité et d’un accès facile. Comme la plupart des jazzmen que l’on rencontre dans les clubs. C’est ça la magie. C’est pour ça qu’il y a et qu’il faut des clubs de jazz…

 

A+

 

25/04/2010

Toine Thys Hammond Trio - Jazz Station

L’orgue Hammond est-il de nouveau à la mode? Ou est-ce moi qui n’ai pas bien suivi le mouvement? Bien sûr, l’instrument n’a jamais vraiment disparu. Il suffit de prendre pour exemples les Charlier & Sourisse, Emmanuel Bex, Larry Goldings, Gary Versace, Joey De Francesco, Barbara Dennerlein, Dr. Lonnie Smith ou encore Rhoda Scott ou John Medeski

…Ok, c’est vrai, la liste peut être longue.

Mais ces derniers temps, j’ai l’impression que le Hammond revient plus encore au-devant de la scène… Chez nous, par exemple, coup sur coup il y a eu The Groove Things (Nic Thys, Lieven Venken, Nicolas Kummert et Jef Neve), Matthieu Marthouret et maintenant Toine Thys Hammond Trio. À vrai dire, tout cela n’est pas pour me déplaire, surtout que chacun de ces groupes propose une vision bien personnelle de l’instrument.

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Le trio de Toine Thys existe depuis pas mal de temps déjà. Aux alentours de 2005, le saxophoniste rencontre l’organiste hollandais, Arno Krijger, lors d’un gig avec Joost Van Schaik (dm). La sauce prend rapidement, les rencontres se renouvèlent et l’envie d’aller plus loin se concrétise. Le trio est d’ailleurs entré en studio récemment et sortira un CD dans le courant du mois d’octobre.

Ce soir (31 mars), ils étaient à la Jazz Station. Un peu fatigués: la courte tournée ne fut pas de tout repos et la journée avait été longue (une séance photos du côté de Dinant pour illustrer le futur album ne les avait pas ménagés).

Entre compositions originales et standards solidement revisités (un «Body And Soul» très sensuel et un «All The Things You Are» presque méconnaissable mais extraordinaire), le trio de Toine Thys a quand même tendance à cultiver le terrain de la tradition.

Arno Krijger est l’un des rares organistes à jouer les lignes de basse avec le pied. Cela lui permet d’avoir une belle fluidité dans son jeu aux claviers, ainsi que de se libérer dans des impros souvent groovy. Du coup, ses mélodies s’enchevêtrent joliment à celles de Toine, et donne de l’épaisseur au groupe.  

Dans «Fish It», on retrouve la patte de Toine (pour qui connaît un peu ses compositions): c’est ensoleillé, légèrement traînant et habilement swinguant. On est un peu soul/blues sur «Bloody Mary», négligemment bossa sur «The Other» ou mélancolique sur «Hermione» et Toine Thys alterne ténor et soprano. Mais quand il empoigne la clarinette basse sur «Lazy Afternoon», on bascule dans un tout autre monde, plus onirique et plus sensuel encore. La voix grave et fragile se mêle délicatement avec celle, en contrepoint, de l’orgue, tandis que Van Schaik frôle la peau de ses tambours avec les balais. Dans le même ordre d'idée, «Twin Lotus» nous embarque dans un pays mystérieux. La clarinette basse psalmodie, l’orgue fait éclater quelques notes brillantes, évoquant les ricochets sur l’eau, et la batterie roule doucement en imitant de gros cailloux qui s’affaissent mollement.

Certes, on les sentait un peu fatigués ce soir, mais l’on devine très bien le potentiel explosif d’une telle formation (leur version de «All Or Nothing At All» nous le prouve). On attend donc avec impatience les prochains concerts et l’on prend déjà rendez-vous pour fêter la sortie de l’album en octobre.  

 

A+

 

24/04/2010

Reprenons

 

Bon, après une aussi longue absence (trop long de vous en expliquer ici la cause) reprenons…

Avant de revenir sur les derniers concerts (dont certains datent déjà un peu, vous vous en doutez) et pour reprendre pied dans la place, voyons ce qui nous (vous) attend les jours à venir.


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Très bientôt, ce sera le 20ème Festival Jazz à Liège ! 20 ans !

Espérons que le public vienne en masse histoire de prouver que le jazz a toujours bien sa place à Liège (et en Belgique, en général). Hé oui, comme l’ont fait sous-entendre les organisateurs, les temps sont durs, les budgets serrés et, comme l’année dernière, on a craint un moment que cette édition ne voie pas le jour. Ç’eut été dommage, à plus d’un titre. Heureusement, Jazz à Liège 2010 aura bien lieu. Ce sera les 7 et 8 mai, et toujours au Palais de Congrès. Au programme, 22 concerts ! Il y en aura pour tous les goûts, ou presque. Voyez plutôt : Courtney Pine, James Carter, David Reinhardt, Jef Neve trio, Mâäk’s Spirit, The Wrong Object ou encore le projet de Fabrice Alleman avec le Chamber Orchestra… Et puis, des «découvertes», comme Sinne Eeg, venue du Danemark ou les Anglais de Empirical et leur hommage à Dolphy. Et ça, ce n’est que pour le vendredi. Samedi, le choix sera encore plus cornélien. Tigran Hamasyan !! Donny McCaslin !! Trio Fly (Turner, Grenadier, Ballard) !! Sophie Alour !! Nathalie Loriers et le Spiegel String Quartet !!! Et ce n’est pas tout : il y aura aussi Chrystel Wautier, Nicholas Payton, FES et encore Murat Öztürk

À ne plus savoir où donner de la tête.

Une semaine plus tard, à Gand, du 13 au 16 : Jazz Sur L’Herbe ! Avec quelques bons groupes à se mettre entre les oreilles. Par exemples : Jordi’Grass Four (Grognard, Cabras, Patrman, Carrus), Lynn Cassiers, Tatsuhisa Yamamoto et Giovanni Di Domenico et aussi BackBack (il faut que je vous parle absolument de cet excellent disque !).

Et puis, fin mai (28,29 et 30), ce sera le Brussels Jazz Marathon !

Puisqu’on est dans les festivals, un petit coup de pouce à Pierre Lemarchand. Il anime depuis pas mal de temps déjà l’excellente émission de radio «Jazz à Part» (c’est diffusé du côté de Rouen, mais on peut l’écouter via le net). Pierre, donc, organise le 22 mai, et toujours à Rouen, le premier festival «Free Music For Free People». Si vous êtes du coin, allez-y: Jean-Luc Cappozzo, Claude Tchamitchian, pour ne citer qu’eux, ça vaudra le coup d’oreille, c’est moi qui vous le dit.


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Tant qu’à rester en France, si j’en avais l’occasion, j’irais écouter Claudia Solal à l’Ermitage à Paris le 5 mai… Son dernier album «Room Service»  m’a vraiment bien plu. Je vous en parlerai, promis! Comme je devrais vous parler de Iron Kim, Doubt, Pierro delle Monache, Remy Gauche, Tribe, Dawn Of Midi, Stilte ou encore Da Mo de Jeroen Van Herzeele

Faudrait aussi que je vous dise un mot à propos de livres comme «Rebetiko» de David Prudhomme, «Bird» de Marc Villard, l’excellent «Tables d’écoute» paru chez Le Mot Et Le Reste et bien sûr «Visions de Kerouac» d’Yves Budin (avec une interview en prime !!).

Mais avant tout ça, je reviendrai sur les concerts de Toine Thys Hammond Trio, d’Arthur Kell (avec Brad Shepik, Loren Stillman, Mark Ferber), sur l’hommage à Lee Morgan par Joe Higham et Richard Rousselet, le concert de Chrystel Wautier pour la sortie de son album ainsi que le spectacle de Julie Jaroszewski à la Samaritaine.

 

Y a du taf !

 

A+

 

10/04/2010

Da Romeo Crazy Moondog Band Feat. Paco Sery au Sounds

Contrairement au concert de Makoto, le Sounds est, ce samedi 25 mars, bourré comme un œuf. Et c’était pareil la veille.

Pourquoi? Da Romeo et son Crazy Moondog Band font la fête. Les fans et les inconditionnels du king de la basse électrique sont au rendez-vous. Plus fort encore: pour que cette soirée soit vraiment inoubliable, Daniel a invité l’incroyable batteur Paco Sery. Paco et Da Romeo se connaissent bien et ont souvent joué ensemble. Ça va dépoter sec.

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C’est sûr, il ne fallait pas manquer ça. Et autant dire que ceux qui y étaient en ont eu pour leur argent! Non seulement le groupe «de base» est déjà une sacrée expérience à vivre, mais dynamité par Paco Sery, cela devient une véritable bombe. Et pas à retardement.

Funky funky funky… Le son est monstrueux. Ça claque, ça transpire, c’est chamarré, c’est brûlant.


 

Le boss manie la basse comme personne. Paco fait ce qu’il veut à la batterie. À deux, complices comme jamais, ils pilotent le groupe. Ils s’amusent comme deux gamins.

Tantôt soul, tantôt afro, le groove est partout. C’est incandescent.

Olivier Bodson (tp) file à cent à l’heure, Hervé Letor (ts) s’immisce dans tous les bons coups, Vincent Bruyninckx fait courir les doigts sur son Fender… Et puis, Julien Tassin (eg) s’explose littéralement dans un solo de folie. Ils sont tous intenables.

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En fin de set, Da Romeo invite Laurent Doumont (ts) et Alain Palizeul (tb) à se joindre à eux, histoire que la fête soit vraiment complète.

On attend toujours et encore Da Romeo sur CD (Il est où, celui avec Mike Stern ? Et l’enregistrement live – avec video – au Sounds, où reste-il?) . C’est énervant ! … Et puis on se dit que c’est sur scène qu’il faut vivre ça. N’empêche, emporter un peu de cette dynamite chez soi, ne me déplairait pas.

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Merci à Jempi pour la video!


A+

 

08/04/2010

Free Desmyter Quartet - Jazz Station

Ça s’appelle «Opening», et c’est un long morceau assez ouvert aux improvisations, qui débute le concert de Free Desmyter ce samedi 25 à la Jazz Station.

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Ça faisait très longtemps que le quartette n’avait plus joué ensemble (juillet 2009 au Brosella?) mais les automatismes, et surtout la connivence, reviennent vite.

Contrairement à ce que Free Desmyter annonce, ce premier morceau ne figure pas sur l’album «Something To Share» (chez De Werf) dont je vous recommande toujours l’écoute. John Ruocco, fantastique saxophoniste, prend chorus sur chorus. Plus inventifs les uns que les autres. Free Desmyter amasse ensuite les notes au piano. Avec les deux mains proches l’une de l’autre, il fait gronder l’instrument. La musique est intense. Manolo Cabras passe d’un walking musclé à des déstructurations tranchantes. Marek Patrman poursuit dans le même ordre d’idées. Son jeu est tout en découpe, en rubato, en décalage.

Non, vraiment, le quartette n’a rien perdu de sa vigueur.

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Après un second thème au début plus intimiste (une clarinette brillante et un piano raffiné), on repart dans un maelström de tensions. On alterne les moments touffus avec des moments de grands dépouillements. On joue à fond les contrastes, mais on n’oublie pas de revenir de temps en temps vers des mélodies plus mélancoliques par l’entremise d’un Ruocco très aérien et volubile sur «Elegy», par exemple. Au ténor, ensuite, John Ruocco entame un dialogue étincelant avec Marek Patrman. Les deux musiciens, sous le regard amusé de Desmyter et sous le feu roulant de la basse de Manolo Cabras, ne se fixent aucune limite. C’en est tellement intense que le batteur en oublie presque de s’arrêter.

Vraiment, ce groupe à encore pas mal de potentiel en réserve.

«Judge The Judge» débute sur trois notes empruntées à Monk («Rhythm-A-Ning»)  avant de s’en échapper totalement. Comme si Monk avait montré le chemin. Au quartette d’inventer le reste de l’histoire. Et nos quatre amis ont assez d’imagination pour ça. Esprit modal, motifs répétitifs, dédoublement du tempo, fluidité des improvisations ou solo de batterie tonitruant, le groupe s’amuse.

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Une ballade pour finir («Ballad For One Peaceful World»), qui permet d’entendre et d’apprécier toute la dextérité du pianiste ainsi qu’un solo tendre et inventif de Manolo Cabras, avant un «Think» puissant en rappel.

Ce quartette a des choses à dire. Ne reste plus qu’à le laisser s’exprimer. 

 

A+

 

06/04/2010

Collapse

Oui, oui, oui !!!

Ha oui, voilà le genre de musique qui me fait du bien !

Collapse vient de sortir son premier album chez Igloo. Collapse, je les avais remarqué lors du concours jeune talents au Jazz Marathon 2007. Concours qu’ils avaient d’ailleurs remporté.

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Entre-temps, je n’ai vu aucun de leurs concerts (Shame on me!). Trois ans plus tard (enfin!) voilà l’album. Et l’on peut dire que c’est une belle réussite. Le groupe a évolué, a mûri, a pris de la consistance.

Dès le premier morceau, le quartette marque son territoire. On se prend «King-Fu» en pleine figure. Comme une grande claque de fraîcheur et d’énergie.

On se dit que si ces jeunes-là ne viennent pas de New York, ils y ont au moins puisé toute la fougue. C’est sûr, on est dans l’univers des William Parker, Fred Anderson ou Ornette Coleman mais aussi peut-être dans celui du trio Tiny Bell de Dave Douglas.

Tout est puissant. Mais d’une puissance saine et contrôlée. Rien ne passe jamais en force.

Il y a de l’adrénaline dans le drumming d’Alain Deval. De la folie dans les grands écarts de Jean-Paul Estiévenart. Le sax alto de Cédric Favresse tangue entre explorations sonores, à la limite de la frénésie, et mélodies sinueuses. La contrebasse de Lieven Van Pee est souvent intrigante, que ce soit à l’archet ou en pizzicatos fermes et robustes. 

Ça remue tout le temps. Le groupe joue les silences et les temps suspendus pour se faire plus explosif dans la minute suivante. On joue avec les intervalles, les tensions et les scansions.

On nous entraîne sur des rythmes aventureux, on joue les déviations subites et les reconstructions vacillantes. Tout est brûlant et excitant. 

«Rain» se développe en un thème ondulant et mystérieux. «Erupcja Duszy» fait des incursions dans les musiques balkaniques. «Bustani» impose un rythme lancinant et dansant qui enfle et se mue en transe.

Collapse ne nous laisse jamais indifférents. Et ils ne nous laissent jamais au bord de la route, non plus. Après d’explosives expérimentations bruitistes, il raccroche les wagons sur des motifs obsédants ou fiévreux. Le dialogue entre Favresse et Estiévenart est jubilatoire. On dirait deux compagnons en virée, et les lignes droites cèdent sous les soubresauts heurtés. Entre post bop audacieux et avant-garde, parfois à la limite du free, la musique est souvent imprévisible. Et ça, c’est bon.

Le groupe était au Pelzer à Liège, la semaine dernière, je n’y étais pas et je le regrette. Alors je propose une nouvelle tournée générale de clubs pour Collapse! Ce jeune groupe est à suivre à la trace.

 

A+

 

05/04/2010

Chrystel Wautier. Vue à la radio.

Régulièrement, Philippe Baron invite autour du Steinway de Musiq3, dans le cadre de son émission « Jazz » (tous les jours à 18h.), un jazzman. En l’occurrence, ce jeudi 25, c’était une jazzwoman.

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En effet, Chrystel Wautier avait les honneurs de chanter durant une heure, et en direct, sur les ondes de la RTBF. Chrystel chante, mais alors, qui est derrière le Steinway ? Ni plus ni moins que Erik Vermeulen. Musicien parmi les musiciens. Jazzman parmi les jazzmen. Pianiste parmi les pianistes. Je vais m’arrêter là, on va encore dire que j’en fais trop à son égard.

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Le duo, formé pour l’occasion, nous a donc offert un joli petit voyage entre standards bop, bossa et pop. Erik Vermeulen jouant «Balckbird» des Beatles ou «They Won’t Go When I Go» de Stevie Wonder, pour moi, c’était une première. Et bien sûr, le bougre nous surprend lorsqu’il invente des phrases que lui seul peut inventer.

Finalement détendue, souriante comme à son habitude, toujours prête à rigoler et à rebondir sur un bon mot, Chrystel n’en oublie pas de chanter. Sa voix est plus cristalline que jamais, plus chaude et ensoleillée aussi. Le bonheur se lit sur son visage et se ressent dans son chant. Tout arrive naturellement, les scats comme les sifflements.

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On peut réécouter l’émission en Podcast ici, pendant quelques semaines encore, profitez-en.

Chrystel sera à nouveau invitée de «Jazz» ce mercredi 7 pour parler de son dernier album qu’elle présentera d’ailleurs officiellement ce samedi 10 avril au Sounds. Elle sera, ce soir-là, accompagnée de ses acolytes habituels, Quentin Liégeois (g) et Boris Schmidt (cb), ainsi que de deux invités: Ben Sluijs (as) et Cédric Raymond (probablement au piano. On ne sait jamais avec lui, il est capable de tout jouer).

On est impatient de découvrir ça.

 

A+

 

04/04/2010

Makoto Kuriya au Sounds

Je ne connais pas Makoto Kuriya. Et apparemment, pas mal de gens sont dans mon cas. Résultat, au Sounds, ce mardi 23 mars, il y avait trois pelés et un tondu dans la salle (le tondu, c’était moi). Le plus étonnant, c’est qu’il y n’y avait même pas quelques compatriotes japonais en vue. Étrange, car si on cherche un peu, on se rend compte que Makoto Kuriya n’est pas vraiment le premier venu. Il a longtemps tourné avec Chuck Mangione aux States, à la fin des années ‘80, avant de rentrer au Japon où il a signé quelques gros succès populaires. Ensuite, on retrouve sa trace aux côtés de Curtis Fuller, Arthur Blythe, Daniel Humair et… de notre incontournable Toots !

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Pour accompagner le pianiste, Mimi Verderame à la batterie et Bart De Nolf à la contrebasse sont parfaits. Mimi est l’archétype même du batteur de bop ou hard bop. Brillant et nerveux. Et Bart possède ce jeu ferme et efficace. Ça tombe bien, car Makoto est plutôt du genre flamboyant, énergique et souvent puissant, dans la lignée d’un Erroll Garner.

Alors, le trio enchaîne avec vigueur «One Note Samba» et «Manteca». Les tempos sont souvent rapides et Kuriya swingue! Il plaque les accords avec force, balaie tout le clavier du revers de la main, fait gronder les graves. Mimi s’enflamme sur quelques solos explosifs. Bart fait courir ses doigts sur les cordes. Les absents ont eu tort.

Sur des compositions personnelles, Makoto Kuriya souligne un peu plus ses origines japonaises. Dans une ballade, on hume quelques parfums délicats à la Ryuichi Sakamoto, entre poésie, mélancolie et lyrisme. Mais on le sent aussi attiré par quelques rythmes afro-cubains dans certains arrangements.

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Toujours avec un bel aplomb, le groupe mélange compos originales et standards («Dolphin Dance» ou «Watermelon Man») Quoi, je ne vous ai pas dit ? Makoto Kuriya a également joué avec Herbie Hancock

Bref, ce soir, c’était un jazz traditionnel avec une légère touche d’exotisme, et c’était plutôt réussi.

A+

 

Japon et Europe? Un lien utile : l’association Jazz France Japon.

 

03/04/2010

Aka Moon & The Light Ship Tantra - Bozar

Nouvelle expérience Aka Moon. Cette fois-ci, les trois (+1) musiciens belges ont invité trois maîtres de la musique carnatique, pour deux soirs seulement (un concert à l’Opéra de Lille le 12 mars et un autre au Bozar, le 17).

Bien sûr, Aka Moon n’en est pas à sa première expérience avec les musiques indiennes, c’est même l’une des bases de leurs pléthoriques recherches musicales.

Mais ces touche-à-tout géniaux ont le don de transformer un concert en un moment inoubliable.

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Dans la belle salle de Musique de Chambre de Bozar, les quatre cents sièges sont occupés. Sur scène, arrivent d’abord Fabrizio Cassol (as), Michel Hatzigeorgiou (eb) Stéphane Galland (dm) et Fabian Fiorini (p), pour une mise en bouche. Polyrythmie, énergie, échanges et digressions en tout genre… bienvenue sur la planète Aka Moon. On est déjà heureux.

Alors, voici Doctor Manjunath Mysore (violon), Guru Prasana (kanjira) et B.C. Manjunath (mridang). Les trois homme s’installent, sans précipitation, sur leurs tapis. Le tanpura bourdonne, le violoniste entame une mélodie et le sax alto le rejoint. Premiers échanges, premières improvisations. C'est magique !

Les percus entrent dans la danse. Michel Hatzi et Stéphane Galland mêlent leurs pulsions à celles de Guru Prasana et B.C. Manjunath. L’intensité monte, doucement, progressivement, comme un alap. Et puis, Fabien Fiorini vient injecter des phrases brèves, très Monkiennes. La communion est complète. Tout le monde trouve sa place. C’est incroyable, cette mise en place naturelle sur cette musique tellement élaborée, mais tellement évidente quand elle est jouée avec autant de virtuosité. Fabrizio m’avouera quand même, après le concert, que cela requiert une concentration de tous les instants. Et pourtant, quand on voit les regards, les sourires, le plaisir qu’ont les musiciens à jouer, cela semble si simple. On est dans la quatrième dimension. Ces musiciens viennent d’une autre planète.

Et ça continue. La musique devient encore plus exaltante, encore plus surprenante. On assiste à des échanges incroyables entre Galland et Guru Prasana. Un dialogue de fou. Des questions-réponses et des défis (Tu peux faire ça avec ta batterie? Et ça avec ton mridang?). Hallucinant. Les percussions sont aussi sèches, qu’elles ne sont souples. Il y a un sens de la dramaturgie, de la musique et du rythme qui forcent l’admiration.

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Puis, on se calme avec un long morceau flottant délivré avec une grâce peu commune par Doctor Manjunath Mysore. Seul au violon, il nous emmène dans des contrées inconnues. C’est inventif, ondulant, subtil. Ensuite, le trio indien enflamme à son tour, et à sa façon, toute la salle. C’est la transe.

Et hop, retour au mélange de l’occident et de l’orient. Mélange de puissance et d’extrême délicatesse. Mélange des sons. Mélange d’idées. Improvisations totales. Prises de risques insensés. Résultat éblouissant.

Un «Last Call From Jaco» bouillonnant et un rappel mille fois mérité viennent conclure une soirée, fantastique, étonnante... hors norme.

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Cette soirée, c’était aussi l’occasion pour Music Fund (dont j’avais déjà parlé brièvement ici) de faire connaître un peu plus son projet. L’association était donc présente dans les couloirs de Bozar, afin de récolter des instruments. Si l’envie vous vient de vous séparer d’un instrument et de participer à une belle initiative, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Et puis, pour ceux qui voudraient se replonger à nouveau dans le monde d'Aka Moon et ses satellites, je ne peux que leur conseiller de réserver bien vite leurs places pour «Fast Forward Festival» prévu entre le 11 et le 19 juin au KVS. On y verra Rockingchair (avec Airelle Besson, Sylvain Rifflet et les autres), le Baldwin-project (le fabuleux «A Lover’s Question» de Linx - Van Doormael - Baldwin) avec Angélique Willkie et Sabine Kabongo en invités. Puis, il y aura aussi Thôt, Sabar Ring, Kartet, KrisDefoort Trio, Magic Malik (en concert à Flagey le 22 avril) et une représentation de Pitié (sans danseurs, je crois)…

Bien noté? Ok , on se revoit là-bas.

 

A+

 

27/03/2010

Bender Banjax au Roskam

J’avais déjà vu Bender Banjax à Dinant l’été dernier. Le jeune groupe était invité par le festival mosan car il avait remporté, l’année précédente, la compétition organisée simultanément par les deux festivals (Gent Jazz Festival et Dinant Jazz Nights) : Jeunes Talents du Jazz. À l’époque du concours (en 2008), Erik Bogaerts (ts) et Christian Mendoza (p) étaient accompagnés (si mes souvenirs sont bons) par Yannick Peeters (cb) et Lionel Beuvens (dm). Depuis, c’est Axel Gilain qui a pris la contrebasse et Stijn Cools, les baguettes.

Ce dimanche 14 mars au soir, ils étaient au Roskam.

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Pas de piano pour Mendoza, mais un Fender Rhodes. Cela change un peu le son du groupe sans, cependant, en altérer la personnalité ni l’esprit.

Bender Banjax propose un mélange de groove soutenus, d’exploration d’espaces et d’improvisations tendues. La musique, souvent enflammée, est toujours en mouvement et l’énergie, subtilement canalisée, circule avec fluidité.

Au Rhodes, donc, Mendoza lorgne sans doute un peu du côté d’Hancock. Ses interventions sont souvent harmonieuses et pleines d’inventions. Il évite toujours les routes trop évidentes et ouvre souvent des portes qui permettent aux autres musiciens de rebondir sur de nouvelles idées. Un ostinato évolutif et bouillonnant qui conduit à un dénouement explosif ; des intonations plus «soul» qui font pencher le groupe, le temps d’un morceau, dans un esprit «blaxploitation» ; des instants plus «lyriques» qui rappellent un parfum de Milonga… le jeu de Mendoza est assez étendu et toujours jubilatoire.

Le drumming de Stjn Cools est soutenu et déterminé. Souple, précis et toujours groovy. Cela permet certainement aux solistes de s’évader plus facilement. Et Erik Bogaert ne s’en prive pas. Son jeu est parfois dru et incandescent, mais il garde le sens de la narration. Et puis, ce soir, Bender Banjax a invité Nicolas Kummert (ts), histoire d’ajouter un supplément d’épice à leur musique déjà bien relevée. Avec son style particulier, mélangeant chants, cris, succions et souffle, celui-ci trouve sa place sans aucune difficulté.

Bien sûr, il ne faut pas oublier Axel Gilain, fougueux sur les cordes de sa contrebasse. Il les tire pour les faire claquer, les caresse pour les faire chanter. Son jeu est foisonnant et touffu.  Il s’immisce partout, relance, pousse, excite ou calme les ardeurs. Sa présence est indispensable.

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Bender Banjax est très convaincant, solide et soudé. On sent la connivence entre cette bande de copains et leur volonté d’exprimer un jazz moderne, frais et accessible, qui laisse beaucoup de place à l’improvisation. Et quand tout cela est aussi inspiré et intelligemment agencé, on peut s’attendre encore à de futurs bons moments. À tenir à l’œil et à l’oreille... bien entendu.

 

A+

 

22/03/2010

Spring In Swing - Everytime We Say Goodbye

 

C’est le printemps !

Avec mes amis blogueurs du Z Band (voir les participants en fin d’article), voici revenu le temps du billet en commun. Le thème de ce 9ème numéro? «Springtime», bien sûr !

Alors, fêtons le printemps !

J’aurais pu aller chercher un jazz swinguant, pétillant et éclatant comme les premiers bourgeons qui éclosent. J’aurais pu ressortir ce bon vieux Willie ‘The Lion’ Smith et son « Echoes Of Spring », par exemple.

Mais ce qui me vient presque automatiquement en tête lorsqu’on me dit : ‘Springtime’, c’est cette petite phrase dans «Every Time We Say Goodbye» qui dit «When you're near there's such an air of spring about it…»

Voilà une petite phrase qui évoque tellement bien, à mon avis, ce sentiment de tendresse, de bonheur, de luminosité, de respiration, d’attente… de délivrance.

J’aurais pu choisir la version d’Ella Fitzgerald ou de Chet, mais celle qui me touche le plus est définitivement celle de Jeanne Lee et Mal Waldron. Une version tellement dépouillée, tellement sincère. Pas de violon, pas de surcharge émotionnelle, pas de tremolos dans la voix. La vérité toute nue, la perfection.

Non, «Every Time We Say Goodbye» n’est pas une chanson triste. C’est une magnifique déclaration d’amour. Et ça, Jeanne et Mal l’ont bien compris.

Ici, c’est le cœur qui chante.

Observez, dans ce film, comment Mal regarde Jeanne. Comment ils ne font qu’un dans ce duo. Écoutez comment Mal distille les notes, écoutez celles qu’il choisit. Et puis… succombez à la voix de Jeanne.

Ça ne vous donne pas envie d’aller vous allonger dans l’herbe nouvelle d’un parc, vous ?

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On peut retrouver ce morceau sur «After Hours», enregistré en 1994 et sorti chez Owl.

A+

C’est le printemps dans le Z Band :

Jazz à Berlin : “Springtime” d’Eric Dolphy, version Eberhard

Maître Chronique : “Spring Is Here” par John Coltrane

Jazz à Paris : “Springtime for H.  & Correction"

Jazz Frisson : Blossom Dearie et sa “The Ballad Of The Spring”

Ptilou's Blog : Clifford Brown avec “Joy Spring”

Jazz O Centre : De Michel Legrand à Bill Evans

Mysteriojazz : “Springtime again” par Sun Ra

Bellette et Jazz : “Spring” par Kenny Dorham

Bladsurb : “Springtime dancing” par Manu Katché

05:34 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : z-band, jeanne lee, mal waldron |  Facebook |

21/03/2010

Matthieu Marthouret Quartet au Sounds

Matthieu Marthouret est un jeune organiste originaire de Grenoble qui vit actuellement à Paris. C’est là qu’il a monté son quartette, avec Sandro Zerafa (g), Manu Franchi (dm) et son «vieil» ami David Prez (ts).

Ce vendredi 5 mars, ils étaient tous au Sounds.

Avec un groupe configuré de telle façon, on peut s’attendre à de la Soul bien trempée (style Dr.Lonnie Smith, par exemple). Mais Marthouret suit plutôt une autre voie. Aux accents brûlants et funky, il préfère les compositions plus moelleuses d’un post bop souple et décontracté.

Indéniablement, il y a du swing, mais ici, les tempos sons souvent ralentis, le groove est plus insidieux. On laisse le temps aux mélodies de faire leurs petits bouts de chemin.

Il y a de la douceur et un poil de nonchalance dans cette musique. Une certaine douceur de vivre.

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Après «Playground» (titre éponyme du récent album), aux accents bluesy et fatigués, c’est «Spring Bossa »… une bossa (!) qui met en avant le très joli phrasé de Sandro Zerafa. Il y a chez le guitariste Maltais un mélange de George Benson (première heure), de Jim Hall peut-être, et peut-être aussi de George Harisson dans quelques intonations plus pop. Zafara n’en fait jamais trop. Son jeu est lumineux et ses impros, plutôt brèves, sont souvent destinées à lancer le saxophoniste.

Il faut dire que David Prez a une sacré présence. On l’avait déjà remarqué chez nous en compagnie de Greg Lamy, on l’avait retrouvé ensuite avec Romain Pilon sur un excellent disque paru chez Fresh New Talent (le thème «Anachronisme», est l’un de mes préférés, jetez-y une oreille). Dans le groupe de Marthouret, le ténor trouve une place juste, équilibrée. Souvent en soutien de la guitare et de l’orgue de façon souple, il s’échappe ensuite dans des chorus charpentés et nerveux qui jamais ne partent en vrille. L’harmonie et la mélodie, toujours.

C’est décidément la ligne de conduite du quartette de Marthouret : donner dans le swing et le groove sans aller dans l’excès ni dans l’attendu ou prévisible «soul-jazz». Marthouret adopte sans doute plus les idées d’une certaine scène new-yorkaise actuelle (Trio Fly, Rosenwinkel etc…) que celles d’un «revival» boogaloo.

Ce qui n’empêche pas le groupe de donner de la pêche à certains titres, comme «Tones Stew» par exemple. Manu Franchi, à la batterie, est toujours efficace, précis et tonique. Le deuxième set sera d’ailleurs, dans son ensemble, plus nerveux, plus libéré sans doute, tout en gardant une belle fluidité.

L’album «Playground» (chez MuStReCorD) résume assez bien cette ambiance. Et la présence de l’orgue y est un peu plus présente que ce soir (il faut dire que sur le disque, c’est un Hammond B3).

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Pour être complet, signalons que David Prez, Sandro Zerafa, Robin Nicaise, Amy Gamlen, Romain Pilon et Karl Januska ont fondé le label Paris Jazz Undeground qu’il s’agira de suivre et soutenir. Sur ce label, Prez vient de sortir «New Life» avec Franck Amsallem, Johannes Weidenmueller et Bill Stewart (rien que ça !!) et ça vaut le coup. Release concert au Sunside le 15 mai. Signalons aussi que Sandro Zerafa a sorti, fin 2008, un album avec son groupe White Russian Quintet salué par un «Emoi» Jazz Magazine. Récompense non usurpée à l’écoute de l’album… Sandro est également directeur artistique du Festival Jazz de Malte. Cette année, on y verra Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, Miguel Zenon ou encore John Scofield… sous le soleil et face à la mer.

 

A+