24/09/2010

Mognoscope au Théâtre Marni

Afin de présenter les dernières parutions de son label Mogno Music, Henri Greindl a misé sur le tir groupé. En effet, deux jours de suite, le 8 et 9 septembre, 6 groupes se sont succédé au Théâtre Marni.

Je m’y suis rendu le deuxième soir pour écouter Sabin Todorov et Bernard Guyot en duo, le groupe de Fabrizio Graceffa et finalement le groupe d’Osman Martins et Pierre Gillet.

La veille, Mogno avait présenté ses autres parutions : Charles Loos en solo, le trio de Paolo Loveri et Wappa Tonic Quintet.

 

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En 2008, avec Summer Residence (et avec Charles Loos), Bernard Guyot avait frappé un grand coup en écrivant une superbe suite en 5 mouvements en hommage au club  Le Travers (qui fêtait, à titre posthume, ses trente ans). On découvrait alors un saxophoniste sensible et talentueux. On ne savait pas vraiment, à l’époque, que Bernard et Sabin Todorov se côtoyaient depuis pas mal de temps déjà et avaient même monté un quartette ensemble. C’est pourtant forts de cette longue amitié, qu’ils ont décidé de jouer en duo et d’enregistrer une démo,« juste pour voir». Rien de plus précis que ça au départ. Mais à la réécoute des « bandes », ils se rendent à l’évidence : «ça sonne!». Tout s’enchaîne assez rapidement, ils enregistrent d’autres compos de l’un et de l’autre et Henri Greindl se propose de sortir l’album. Voilà donc «Archibald’s Song».

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Amusant et intéressant d’écouter ces deux personnalités s’échanger leurs visions de la vie, de confronter leurs idées musicales, d’évoquer leurs origines et leurs souvenirs.

La plupart des compositions de Guyot sont souvent tendres et lyriques, voire sentimentales.

«St Charles School» est une belle ritournelle ensoleillée, «Au bord de l’océan» est assez rêveur et introspectif tandis que «Blues Oriental» est plus mystérieux et puise dans l’imaginaire romanesque. Au ténor, le jeu de Guyot est d’une grande clarté, mais c’est au soprano qu’il est encore plus convaincant. Il y injecte juste ce qu’il faut d’acidité pour en souligner une certaine fébrilité. Les longues phrases ondulantes et les brèves ponctuations aiguisées s’équilibrent entre elles avec souplesse. Sabin Todorov se fait faussement discret au piano. Il met en valeur les harmonies du saxophoniste, mais il n’hésite pas non plus, quand il le faut, à se faire plus incisif. Bien sûr, c’est sur ses propres compositions que Todorov révèle plus encore ses origines slaves. «Soul Of A Imigrant» est une sorte de valse hésitante qui évoque la marche inquiète d’un voyageur qui ne sait pas où il met les pieds ni où ce chemin le mènera. Ces influences sont encore plus flagrantes sur «Crying Game» ou la polyrythmie et les mesures impaires sont fortement présentes. (Si vous aimez ça, je ne peux que vous conseiller son album «Inside Story 2» dans lequel il a invité un quatuor de voix bulgares). Les deux musiciens semblent s’adapter à la musique de l’autre, s’adapter au langage de l’autre, s’adapter aux différences de l’autre, pour finalement, s’adopter l’un et l’autre. Belle leçon.


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Fabrizio Graceffa (eg) opte pour un style assez inspiré d’un Kurt Rosenwinkel. Il teinte son jazz, plutôt languissant, de légères structures pop.  Il joue avec quelques loops et quelques sampling pour initier un tapis légèrement groovy. Il diffuse des ambiances éthérées et des mélodies simples sur lesquelles Jean-Paul Estiévenart (tp) improvise quelques phrases plus élaborées. «5.4» sonne cependant un peu bizarrement, la trompette semble être trop en arrière-plan, la batterie (Herman Pardon) est très présente et la contrebasse (Boris Schmidt) trop discrète. Heureusement, sur le disque, l’équilibre est bien mieux réparti.

«The Answer» puis «Back Home» sont deux thèmes plus instantanés, plus direct, et permettent à la trompette de prendre plus d’ampleur. Estiévenart se libère dans un solo magnifique. On y sent plus de puissance et de détermination. Il arrache les notes et déchiquette l’harmonie. Du Estiévenart comme on l’aime. Au moment d’entamer «Stories», morceau titre de l’album, Graceffa invite la chanteuse Jennifer Scavuzzo qui a écrit des paroles sur cette composition. C’est assez tendre et assez pop. On terminera ce concert agréable, mais peut-être un peu trop sage à mon goût, avec… «Something Is Missing».

Ceci dit, le disque – dans lequel Peer Baierlein est à la trompette – joue la carte de la décontraction et il faut admettre qu’il se déguste avec plaisir.


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Troisième et dernier concert de la soirée: Osman Martins et Pierre Gillet venus présenter «Parceria».

J’avoue ne pas être un «fondu» de la musique brésilienne (je vais sans doute décevoir Henri Greindl dont le cœur bat en grande partie pour elle), ce qui ne m’empêche pas de l’apprécier et d’y prendre du plaisir à l’écouter. Et heureusement, ce soir, le plaisir était de la partie.

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Osman est un excellent chanteur et joueur de cavaquinho (sorte de ukulele qui offre, me semble-t-il, bien plus de nuances). Après avoir beaucoup tourné dans son pays et en Italie, Osman Martins s’est installé à Bruxelles à la fin des années ’80 et a donc pas mal écumé les clubs et bars du Benelux. Il s’y est fait quelques amis musiciens tels que Steve Houben, Manu Hermia (que l’on retrouve tous deux sur l’album) Maxime Blesin ou encore Pierre Gillet. Ce dernier est un jeune et excellent guitariste que je ne connaissais pas. Avec sa 7 cordes, il fait plus qu’accompagner Osman. Il possède indéniablement une technique irréprochable mais il a aussi un sens inné de la musique brésilienne et du choro en particulier. Ça tombe bien, c’est de choro qu’il s’agit ce soir. Cette musique traditionnelle et populaire, chaude et joyeuse, nous est délivrée avec enthousiasme par les deux guitaristes entourés de trois percussionnistes: Junior Martins (le fils d’Osman), Michel Nascimento et Osvaldo Hernandez. Les morceaux sont concis et nerveux. C’est souvent dansant - même une relecture de «l’Aria» de J.S. Bach vous fait onduler des hanches - et parfois mélancolique («Uma historia» ou «Choro Negro» par exemples). L’entente entre Gillet et Martins est assez remarquable. Jamais ils n’empiètent sur le terrain de l’autre. Ils se partagent tour à tour le soutien rythmique puis la mélodie. Les percus, très diversifiées (Pandeiro, Cuica, Caxixis, Triangle, Atabaque, etc...), sont utilisées avec finesse et, même si elles sont très présentes, ne sont jamais envahissantes. L’ensemble est plutôt convaincant. Bref, si vous voulez faire entrer un peu de soleil chez vous cet automne, vous savez ce qu’il vous reste à faire...

 

 A+

 

21/09/2010

Blogueurs Jazz et les Big Bands

Comme chaque trimestre, le Z Band (une bande de blogueurs) publie, au même moment (tant bien que mal), un texte sur un sujet décidé en commun. Après Jazz’Elles, Cordes Sensibles, Ma première Galette, L’art de la touche en Noir et Blanc, Tous sur Mingus, Les guitaristes, A chœur et à voix, L’Ivre d’Image sur son nuage, Jeunes pousses et Spring is Swing, voici Blogueurs Jazz et les Big Bands.


Du temps des ballroom, le Big Band de jazz était roi.

On dansait, on s’éclatait, on oubliait tout en écoutant les orchestres de Count Basie, de Duke Ellington ou de Benny Goodman. On connaît la suite. Les grands orchestres coûtent cher et l’attirance du public pour d’autres danses, d’autres musiques (le rock and roll, puis le twist) ont précipité leur déclin. Alors, on ne danse plus de la même manière et on se libère comme on peut. Du côté du jazz aussi, on se libère, mais d’une autre façon. Et petit à petit, on dansera de moins en moins sur cette musique.


Des Big Bands, il y en a encore, et de très bons. Mais même si vous tapez du pied, claquez des doigts ou balancez la tête… vous gigotez toujours sur votre chaise. Le jazz s’écoute assis. Pourquoi ?

Le funk, la soul, le R’nB, le hip-hop, musiques qui découlent du jazz, s’écoutent debout et se dansent.

 

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Un Big Band qui fait danser, ça existe encore ?

Oui. Un Big Band de DJ’s !

De DJ’s ? Vous voulez rire ?


Pas du tout. L’idée est simple : il «suffit» de réunir douze turntablists autour du trio Aka Moon et vous voilà en train de vous dandiner devant eux… si le concert est «debout»...

Bien sûr, il y a la science du rythme des DJ’s, mais il y a aussi l’intelligence des arrangements d’Aka Moon. Pas question ici de faire tourner à l’infini des boucles sur le même BPM. C’est pas du David Getta ou du Bob Sinclar, c'est du jazz... si, si...

Ici, chaque DJ a sa partition, son rôle à jouer, son instrument à faire sonner. Comme dans un Big Band.

Et ça jazze, et ça swingue et ça groove.


J’avais eu l’occasion d’assister à un concert d’Aka Moon avec le seul DJ Grazzhoppa, une nuit à l’Athanor (club aujourd’hui disparu). J’avais été sidéré par l’aisance du DJ à s’intégrer aux rythmes complexes d’Aka Moon. Par la suite, aux environs de 2003, Grazzhoppa imagine de réunir 5 autres DJ’s «to scratching and swooshing» avec lui. Plus tard, il double la dose. Les voilà à douze. Pour le festival Jazz Middelheim en 2005, le regretté - et visionnaire - Miel Vanattenhoven ose l’aventure et les invite. Fabrizio Cassol structure l’ensemble. Certains DJ’s jouent le rôle des cuivres, d’autres des cordes ou des percus. Monique Harcum, superbe chanteuse soul (qu’on a entendu avec Mo & Grazz ou Jill Scott, et vue aussi au cinéma dans "Malcolm X" de Spike Lee) entre dans la danse. Après le choc et l’incrédulité, c’est l’ovation. Qui a dit que les amateurs de jazz étaient des vieux conservateurs? L’expérience se renouvelle plus tard à Banlieue Blues à Paris. Même constat. DJ Big Band tente ensuite la formule avec d’autres musiciens de jazz (Erwin Vann, Laurent Blondiau, Daniel Romeo, Patrick Dorcean ou Alex Tassel entre autres) et le résultat est tout aussi probant.


 

 

Mais avec Aka Moon, la saveur est quand même différente. Et vous pouvez maintenant la goûter, chez vous, depuis que le concert enregistré au KVS est paru en CD (chez Cypres). Le Big Band et Aka Moon explorent le funk, les musiques ethniques, le jazz et le hip hop, bien entendu, avec une créativité de tous les instants.

 

Il faut entendre comment chaque platine parle, comment elle sonne, comment elle échange avec Michel Hatzi (eb), Fabrizio Cassol (as) et Stéphane Galland (dm). Il faut entendre comment le trio improvise au travers de ces scratches débordants d’énergie. Allez écouter comment est retravaillé «Amazir». Allez écouter comment Galland et les DJ’s dialoguent sur l’incroyable «12 Sentences». Allez écouter le «Solo de Grazzhoppa»

 

Allez tout écouter, allez bouger, allez danser. Prenez tout: tout est bon. Ce n’est peut-être pas le Big Band comme vous l’avez toujours imaginé, mais c’en est une vision passionnante et excitante.

 

 

A+

 

Les Big Bands chez :

 

Ptilou’s blog 

Jazz à Paris 

Z et le Jazz 

Mysteriojazz 

Jazz O Centre 

Jazz à Berlin 

Belette et Jazz

 

18/09/2010

Mons en Jazz Festival

Petit passage à Mons vendredi 1er septembre pour assister à l’une des deux soirées de Mons en Jazz. Organisé par Aziz Derdouri, le festival a vu le jour en 2000 (en même temps que l’ouverture de son célèbre et regretté K.Fée qui a accueilli un nombre incalculable de jazzmen belges et étrangers). Après avoir épuisé diverses formules (dans les cafés de la ville, sous chapiteau, etc.), c’est désormais dans la petite salle Abel Dubois (où se trouvait jadis la RTBF) qu’Aziz organise l’événement. Si Mons en Jazz cherche encore un peu sa vitesse de croisière au niveau de l’affluence, sa programmation ne dévie pas de l’objectif initial. Elle se veut pointue sans pour autant être élitiste. Est-ce pour cette raison que le public se fait encore un peu trop timide? Il y a pourtant de quoi attiser la curiosité de tous. Ce week-end, il y avait une place pour le jazz de demain (Adrien Volant), une pour le jazz actuel (Voices de Nicolas Kummert, Hermia-Tassin quartet, Qu4tre, Jean-Louis Rassinfosse trio), une belle place pour le grand Hamid Drake et une autre pour saluer le renouveau du jazz british, (on connaissait Polar Bear, Neil Cowley ou encore Robert Mitchell, voici Get The Blessing, anciens musiciens de Portishead). Avouez que l’affiche était alléchante.

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C’est donc le tout jeune quartette d’Adrien Volant (tp) qui ouvre le bal. Voilà de la fraîcheur, de la passion et du talent comme on en redemande. Entouré des non moins prometteurs Guillaume Vierset (eg), Felix Zurstrassen (eb) et Antoine Pierre (dm), le jeune trompettiste semble avoir de l’ambition et déjà une belle idée du jazz qu’il compte explorer. Entre les reprises de John Scofield («I’ll Catch You») et de Freddie Hubbard («Dear John») il glisse quelques compositions originales («Lunatic», «Don’t Eat This Meat») dont l’orientation est assez claire: un dynamique mélange de post bop et de jazz moderne inspiré de la jeune scène new-yorkaise. Et l’envie de remettre l’énergie, le swing et le groove en avant est évidente. Si je vous dis que le phrasé d’Adrien Volant s’inspire autant de Roy Hargrove que de Ralph Alessi, vous imaginez encore mieux l’ambiance? Malgré leur jeune âge, le groupe est déjà bien soudé et l’on sent chez eux un véritable plaisir à jouer ensemble. Un quartette à suivre de très près.

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Deuxième groupe à monter sur scène, Voices de Nicolas Kummert.

J’avoue que, sur papier, le projet me laissait un peu dans l’expectative, mais sur scène, il ne me fallut pas longtemps pour être conquis. Du jazz, du blues, du reggae, du Monk, du Salif Keita, tout se mélange immédiatement avec justesse, intelligence, modernité, équilibre et créativité. On connaissait déjà l’approche bien particulière de Nicolas au sax (un mélange de souffle et de chant) qu’il accentue ici en  poussant l’idée encore plus loin, puisque, cette fois, il chante «vraiment». Ou plutôt, il déclame d’une voix chantante des poèmes de Prévert… ou pas. Hé oui, l’idée première était de reprendre des textes du poète et de les habiller de musique. Mais, apparemment, les ayants droits ont les idées bien plus étroites que l’auteur des «Feuilles mortes». Heureusement, au-delà de cette bisbille, l’hommage persiste et le résultat n’en est que plus beau.

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Entouré d’une solide brochette de jazzmen, Nicolas nous ballade dans un univers bigarré. C’est tantôt chaud, tantôt dépouillé, tantôt incisif, mais c’est toujours excitant. Nic Thys, à la contrebasse, rebondit sur les mots et donne de l’épaisseur au groove dans un jeu d’une étonnante souplesse. De l’autre côté de la scène, Hervé Samb éblouit par la palette incroyablement riche d’émotions qu’il arrive à faire jaillir de sa guitare. Il invente des sons d’une incroyable limpidité. Au blues, il mélange des rythmes africains, des phrases complexes ou des riffs tranchants tout en soutenant un groove lumineux. Alexi Tuomarilla alterne les notes cristallines et les harmonies lyriques dans un jeu brillant et efficace, tandis que Lionel Beuvens colore, de façon parfois subtile ou parfois intense, un ensemble d’une cohérence parfaite. Nicolas Kummert «Voices» est en tournée avec le JazzLab Series en ce moment, et vient de sortir son album chez Prova. Ne ratez rien de tout ça!

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Après un très court moment, la scène est prête pour accueillir l’événement de la soirée: Hamid Drake (dm, perc) et Pascquale Mirra (vib). Entre ces deux amis circule une énergie souterraine intense. En débutant le concert par «Guinea» de Don Cherry, le duo nous plonge rapidement dans une musique hypnotique et subjuguante. Elle est à la fois onirique et organique. Les deux musiciens jouent d’ailleurs pieds nus, sans doute pour mieux sentir les fluides et les vibrations qui traversent la terre… Entre rythmes et pulsions, entre corps et esprit, la communion est parfaite. Évoquant parfois l’esprit d’un Bobby Hutcherson chez Dolphy, Mirra va chercher au plus profond de lui des improvisations mélodiques d’une grande sensibilité. Drake et Mirra dialoguent avec une grâce incroyable. Ils étouffent les sons pour mieux les laisser éclater, resserrent les rythmes pour mieux les délier, dessinent des paysages abstrait pour mieux parler à notre imagination. Les frappes de Drake sont remplies d’histoires, de poésie, de douceur ou de fièvre.

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C’est encore plus flagrant lorsqu’il se met au Bendir. Les deux musiciens sont alors au service de la musique et même, osons le dire, de l’humanité. Leur complicité est aussi forte que leur amitié, et cela se ressent dans leur musique. Moment magique et concert absolument magnifique.

On aurait bien voulu en entendre plus, mais, festival oblige, il faut laisser la place au dernier groupe de la soirée: Qu4tre.

 

Qu4atre, c’est Jacques Pili (eb), Marco Locurcio (eg), Nicolas Kummert (ts) et Lionel Beuvens (dm) - qui remplaçait ce soir l’habituel Teun Verbruggen.

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Ici, les influences rock et pop sont indéniables. On joue d’abord les boucles sombres et évolutives qui rappellent parfois le groupe Morphine et puis on trace sur des morceaux plus «carrés» et efficaces. Parfois aussi, on s’aventure dans le plus sophistiqué (avec «Balthazar», par exemple). Locurcio se fend de riffs qui peuvent rappeler ceux de John Fusciante mais s’évade aussi parfois sur le territoire d’un  Clapton ou d’un Ry Cooder. Jacques Pili, fait gronder une basse solide et agile, Lionel Beuvens maintient la pression et Nicolas Kummert se faufile à travers tout. Qu4tre est efficace et nerveux, il n’y manque plus - peut-être - que la notion de show scénique, histoire d’aller jusqu’au bout de l’idée.

 

Rendez-vous l’année prochaine à Mons ?

 

 

A+

 

08/09/2010

Trompettes communes.

Retour sur quelques disques de trompettistes.

 

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Il y a pas mal de temps déjà, Greg Houben (tp, bugle) sortait chez Igloo «How Deep Is The Ocean» avec Sam Gerstmans (cb) et Quentin Liégeois (g). C’était il y a presque un an, mais il n’est jamais trop tard pour en parler. Surtout qu’un disque, tel que celui-là, se déguste, se sirote, se laisse le temps de l’écoute. Pas besoin de se presser, il faut savoir en profiter. C’est une musique qui se veut accessible tout de suite et qui pourtant doit prendre le temps de s’installer. Dès les premiers accords, on pense évidemment à Chet Baker. Greg Houben ne s’en cache pas et lorsqu’il reprend de sa voix légèrement voilée «Daybreak », ce n’est pas pour imiter son maître mais plutôt de lui rendre hommage. Évidemment, la configuration - guitare, drums et bugle - rappelle automatiquement le trio «belge» de Chet, avec Philip Catherine et Jean-Louis Rassinfosse. On y pense et puis… on oublie, car le trio possède sa propre personnalité. La nonchalance de Quentin Liégeois à la guitare, qui se hâte lentement, dégage une énergie sans agressivité. Son jeu est souple et virtuose. La fluidité de son phraser vient s’enrouler sensuellement autour des divagations du bugle. Sam Gerstmans, comme un barreur discret à l’arrière d’un bateau, semble «guider» le trio sur les flots onduleux qu’empruntent les deux solistes. Le son de Greg Houben oscille entre le moelleux, le brumeux et la clarté. On vogue sur une mer peu agitée, au gré de quelques standards («With A Song In My Heart», «For Minors Only»…) et de compositions originales qui se fondent avec élégance et raffinement dans l’ensemble. Un disque qui swingue tranquillement et qui rappelle le parfum nostalgique d’un certain jazz West Coast. Greg Houben va sortir bientôt un nouvel album avec le saxophoniste français Pierrick Pedron (concerts les 28 et 29 octobre au Duc Des Lombards, à Paris), chez Plus Loin Music.

 

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Ambiance totalement différente avec dernier opus d’Erik Truffaz, invité cette fois-ci par le saxophoniste turc, basé à New York et propriétaire du Nublu, Ilhan Ersahin (dont je vous invite à écouter la série Wax Poetic). On connaît l’esprit voyageur et le goût des mélanges de Truffaz. Il n’est donc pas étonnant que ces deux-là ce soient rencontrés. Ce qui frappe d’entrée de jeu, sur cet album, c’est bien sûr la rythmique turque. Les percussions sont aussi nerveuses que puissantes, aussi musclées que souples. Alp Ersonmez (eb), Izzet Kizil (perc) et Turgut Alp Berkoglu (dm) donnent une énergie incroyable à l’ensemble. Une énergie chaude et grasse. Ce qui est étonnant aussi, c’est le côté éclectique des rythmes et des thèmes qui se fondent pourtant entre eux avec une homogénéité incroyable. On passe des influences drum ‘n bass au rock en faisant un détour par le reggae, le folklore des Balkans ou par des moments plus atmosphériques. Ilhan Ersahin canalise l’ensemble avec une maîtrise assumée. Son jeu est enflammé, parfois âpre, présent et effacé à la fois.  Avec ferveur, il ouvre les espaces qui invitent à l’improvisation sans pour autant franchir les limites du free. Erik Truffaz, quant à lui est d’une justesse imparable. Pas d’effets envahissants, pas tentatives hésitantes, pas de clichés, Truffaz n’avait plus sonné aussi «jazz» depuis longtemps, et ce, malgré ce contexte très underground et éclaté. Ça groove tout le temps, c’est moderne et pourtant, ça sent les roots à plein nez. Bref, c’est une totale réussite.

 

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Allons maintenant nous perdre quelque part dans la fraîcheur des bois humides du sud de la Belgique. C’est un peu ce qu’évoque, à la première écoute, l’ambiance du très bel album «Insight Pictures» de Marc Frankinet (tp) et Georges Hermans (p). Pourtant, à bien l'écouter, se dessinent, ici et là, bien plus de couleurs d’âme qu’il n’y parait. Nos deux hommes, humbles et discrets, dialoguent avec une sincérité non feinte sur des mélodies parfois mélancoliques, parfois sombres, mais parfois aussi folâtres. Il y a, dans cet album, autant d’envie de liberté et de partage que de recueillement. Et cela fait plaisir à entendre.

Marc Frankinet et Georges Hermans ne sont pas de nouveaux venus. Le premier a joué avec Garrett List, ainsi qu’au sein du groupe Sinequa ou Jojoba, et le second a sévi aux côtés de Stéphane Mercier, Jereon Van Herzeele ou Michel Magalon, entre autres.

On perçoit chez le trompettiste une certaine approche «classique» dans le jeu : une précision dans l’attaque, une aisance dans la tenue de note. On pourrait penser à Maurice André, mais c’est surtout Enrico Rava qui vient à l’esprit. Du côté du pianiste, le toucher est franc mais empreint également d’un lyrisme détaché (écoutez le superbe «Contrevalse», par exemple). Sur certains titres, la contrebasse de Jean-Louis Rassinfosse ajoute de l’épaisseur au propos. On se rapproche parfois d’une esthétique à la ECM et un frisson vous parcourt l’échine à l’écoute de «Souvenirs» ou de «Ray In The Darkness». On flotte dans une ambiance de rêve éveillé, de douceur mélancolique. Pourtant, les touches de noir et de blanc n’ont jamais été aussi colorées et l’on se surprend à se dandiner aux sons de «Samba» ou de «Thanks Mister J.C.». Au swing toujours présent mais jamais surligné, se mélangent la tendresse, la joie, l’amitié.

Il ne faudra pas manquer les prochains concerts du duo, souvent rehaussés de la présence de Raphaël Demarteau qui vient peindre en «live». Un spectacle artistique complet, en somme.

 

A+

 

04/09/2010

Visions de Kerouac de Yves Budin

De Jack Kerouac, j’avais lu, tant bien que mal, je l’avoue, «Sur la route» (comme tout le monde, ou presque), « Big Sur », ainsi qu’une excellente biographie, parue chez Folio, de Yves Buin… qu’il ne faut pas confondre avec Yves Budin !

Yves Budin avait publié en 2007 un magnifique « Visions Of Miles » que vous avez tous, je suppose. Non ? Erreur ! Heureusement, vous pouvez encore vous rattraper en le commandant ici.

Avec son style bien particulier - ambiances sombres et encres noires, taches de rouges comme l’incandescence d’une cigarette ou d'une giclure de sang, le trait anguleux et incisif - Yves Budin s’attaque donc, cette fois, à Jack Kerouac (toujours chez Dessert de Lune).

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Le livre est, une fois de plus, un bel objet : une mise en page soignée, des dessins qui racontent autant qu’ils illustrent et une écriture qui s’adapte à celle de son sujet. Budin retrace, en un voyage excitant, les nombreux évènements qui ont émaillés la vie chahutée de l’un des piliers de la Beat Genaration.


J’avais rencontré Yves lors de la présentation de son livre à la Foire de Bruxelles.

 

Comme t’es venue l’idée d’écrire un livre sur Jack Kerouac ? C’était un héros de ta jeunesse ?

 

Oui, fin de l’adolescence, vers 17 ans. On m’avait prêté un livre. Comme j’étais très attiré par les voyages et l’envie de partir aux Etats-Unis, aller visiter San Francisco, ça tombait bien. Ça fait dix-sept ans, et je reviens toujours vers Kerouac.

 

De quel livre de Kerouac s’agissait-il ?

 

«Les anges de la désolation». C’est vraiment le livre du voyage. Kerouac part de New York, va à San Francisco, va au Mexique, va rejoindre Burroughs à Tanger, remonte à Arles avant de se rendre compte que sa place favorite est aux Etats-Unis. Ce livre est la genèse de la Beat Generation. Il rencontre tous les protagonistes : Ginsberg, Burroughs, John Clellon Holmes. Ensuite, je me suis goinfré de Kerouac. Je pense avoir tout lu. Il y a évidemment «Sur la route», qui n’est pas mon préféré.

 

Qu’est ce qui t’a plu dans son écriture, dans ses histoires ?

 

D’abord, c’est lui qui m’a ouvert les portes du jazz. Dans «Sur la route», il y a d’ailleurs tout un passage sur le jazz à San Francisco, dans les vieux burlingues, le Fillmore, etc. Il y raconte le jazz élitiste et le jazz noir : le rythm ‘n blues. Kerouac parle de ces endroits enfumés, plein de pochtrons, de femmes en peignoir et de bouteilles qui s’entrechoquent. Il décrit le concert. Et ça m’a vraiment donné envie d’écouter du jazz. J’ai essayé ensuite de retrouver cette ambiance de bastringue, en allant dans des concerts de jazz. Mais je fus un peu déçu car à Liège, comme à Bruxelles, c’était un peu plus «guindé». Mais ce que j’ai aimé dans l’écriture de Kerouac c’est la prosodie Bop et Beat. L’écriture spontanée : on ouvre les vannes et ça sort. Sans rature, sans ponctuation.

 

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C’est pour cela que dans ton livre, tu as écrit de cette manière, sans ponctuation ?

 

J’ai essayé. J’ai beaucoup travaillé les textes. J’ai d’abord essayé d’être proche de son style d’écriture, sans plagier. J’ai enlevé toute la ponctuation, en référence au rouleau de «Sur la route». J’ai travaillé aussi les rimes intérieures, les assonances, les allitérations. Puis, c’est aussi un petit hommage à un poète que j’aime beaucoup : Blaise Cendrars. Il faut dire que c’est lui et Apollinaire qui ont propagé les vers blancs dans la poésie. Bref, je voulais moderniser le texte en incluant une sorte de flow hip hop ou rap, aussi. Je pense d’ailleurs, qu’il serait chouette que ce livre soit lu à haute voix, pas par moi (rire), mais par un vrai orateur.

 

Dans ton livre précédent «Visions Of Miles», tu écris un peu à la façon dont Miles s’exprimait. Chaque fois, tu adaptes ton écriture aux personnages à qui tu te réfères ?

 

Oui. Mais, le pour le prochain, je cale un peu car j’aimerais faire Bowie. Histoire de faire une sorte de trilogie de mes «héros». Iconographiquement, Bowie est un personnage très riche, assez facile à dessiner, je pense, Et puis, c’est intéressant de faire quelque chose sur Bowie, car rien, ou presque, n’a été fait sur lui. À part les peintures de Peelaert qui avait fait aussi la pochette de «Diamond Dogs». Il y a peu de chose en BD sur Bowie. Par contre pour les textes, je me demande comment je vais m’en sortir. À part  quelques-uns de ses textes de chansons…

 

Justement, pour ce livre sur Kerouac, tu as travaillé de quelle manière ? Par rapport à ses textes, ses romans, sa biographie ? Comment as-tu rassemblé les documents et comment as-tu structuré ton histoire ?

 

Pour Miles, j’avais d’abord fait les dessins, dont certains avaient servi pour des expos jazz. Et ensuite est venue l’idée d’écrire des textes sur ces dessins. Par contre, ici, pour Kerouac, j’ai d’abord écrit tous les textes, car je connais vraiment bien le personnage. Je me suis quand même appuyé sur la biographie écrite par Gerald Nicosia, qui est l’une des biographies les mieux construites et les plus documentées qui soient. C’est la bible. On sait presque semaine après semaine ce que Kerouac faisait et où il était. J’ai pris contact avec Nicosia, à qui j’ai montré mes dessins, et qui m’a renvoyé pas mal de documentation et de photos inédites qui m’ont beaucoup aidé.

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Tu as composé la plupart de tes dessins à partir de photos ?

 

Oui, à partir de photos d’albums que j’avais achetées lorsque j’étais allé à Sans Francisco, à la librairie City Lights, qui est située au coin d la ruelle Jack Kerouac Street, c’est vraiment le centre nerveux du quartier Beat, North Beach. Puis il y avait toutes les photos de Ginsberg. S’il n’y avait pas eu Ginsberg, je pense que l’on parlerait beaucoup moins de la Beat Generation. C’est lui qui a pris conscience de ce mouvement, qui est allé voir les éditeurs, qui les a poussés à sortir ces livres, même quand Kerouac le dénigrait.

 

Oui, car ils ont toujours eu des relations assez bizarres. Kerouac refusait aussi le fait de faire partie de ce mouvement-là, non ?

 

Oui, en fait tout a été étiqueté. La Beat Generation est l’appellation d’un journaliste. Les Beatniks est celle d’un autre journaliste qui avait ajouté le suffixe assez péjoratif… Ce sont les médias qui se sont emparé de cette «nouveauté». C’est là que cela s’embrouille. Deux mois après, la CIA considérait la Beat Generation comme le troisième ennemi de l’état. On les comparait à des drogués, des parias, des marginaux, à des gens qui font peur. Pour en revenir à l’iconographie, les images de Ginsberg m’ont beaucoup aidé. Cela correspondait à l’image mentale que je m’étais fait de Kerouac. Après, il faut mettre des noms sur les visages. Ce n’était pas si simple, car tous les personnages ont des pseudonymes. Tous sont cachés sous des noms d’emprunts pour éviter la diffamation. Donc, il faut savoir, quand on parle de Carlos Max, qu’il s’agit d’Allen Ginsberg, par exemple. C’est un véritable puzzle. Et puis, tu te rends compte que tous ces gens-là sont devenus, entre guillemets, célèbres. Cela m’a fasciné, tous ces gens qui se rencontrent au même moment et qui réussissent. Que ce soit en littérature ou en peinture. Pollock, Franz Kline

 

Tu as adapté également ton style de dessin en rapport à certains textes ?

 

J’ai utilisé beaucoup d’écoline pour les rouges, puis du Tipp-Ex, de l’acrylique. J’utilise aussi beaucoup les Pentel pinceaux, mais aussi les Oil Sticks, qui me permettent de rendre les couleurs de la route et ne pas me limiter au rouge, blanc et noir.

 

Tu as travaillé sur des formats différents, comme pour «Miles» ?

 

Pour Miles, au départ, il s’agissait de dessins pour des expos. Ici, j’ai travaillé sur des formats plus petits, destinés à la publication. Sur plus de quatre cents dessins, j’en ai gardé près de cent. Pour ce livre, il y a «beaucoup» de couleurs différentes. D’abord, pour illustrer sa jeunesse, lorsqu’il a envie de devenir écrivain, lorsqu’il voyage, et puis, la deuxième partie, lorsqu’il est connu et qu’il bascule dans le «ratage» total de sa vie et la décadence où j’ai opté pour le noir et le gris. En relisant les textes, je trouvais l’histoire bien noire. Mais je ne voulais rien cacher. C’était le quotidien. Le voyage, quand tu es seul c’est dur. Mais je voulais démontrer aussi que si quelqu’un veut réussir, il y arrive, au prix de  beaucoup de souffrance et de dérive. Il faut dire que Kerouac se lamentait tout le temps, qu’il avait un ego incroyable et que, en plus, il était alcoolique. Puis, on découvre le poids de son éducation catholique, on s’aperçoit qu’il devient raciste, qu’il a quelques accointances avec certaines prises de positions politiques pas toujours nobles : avec le Maccarthysme. On se pose des questions! Il s’est radicalisé : de gauche, il est allé à droite.

 

Ce n’était pas, aussi, de la provocation ? Dans le domaine, il ne se débrouillait pas mal non plus.

 

Oui, mais son père, sur son lit de mort, lui faisait des recommandations du style «Méfie toi des nègres et des juifs». Alors, oui, il y a peut-être de la provocation, mais il y a baigné là-dedans quand même. Quand il traite Ginsberg de sale juif vendu à la cause communiste, il y a de la provocation, mais il y a aussi sans doute un appel à l’aide. Il y a une sorte de cri qui dit «Aimez-moi aussi!». On peut provoquer d’une autre façon, sans utiliser des images qui peuvent fâcher. Ginsberg aurait pu le démolir, ce qu’il n’a pas fait.

 

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Quand tu as dessiné tout ça, quelle musique écoutais-tu ?

 

Quand je fais les crayonnés, il me faut de la musique rapide, hard. Ça peut être de l’électro, ça peut être du jazz… Quand je dois mettre les couleurs, je préfère la musique plus calme. Il y a toujours un petit «All Blues» ou un «Flamenco Sketches», sur les coups de deux heures du matin, quand il faut être précis. J’écoute vraiment de tout, ça peut aller de Aphex Twin à de l’ambiant ou de la musique répétitive. Il y a un album que j’ai beaucoup écouté durant ce travail, c’est «Forever Changes» d’Arthur Lee et son groupe Love. On est en 67, en plein Los Angeles, dans le mouvement hippie, et tu sens que ce n’est pas encore la fin de l’utopie, tu sens que la vague va bientôt se briser, mais ils y croient encore. Ce n’est pas trop psychédélique, c’est plutôt blues, folk, un peu rock… Puis j’aime beaucoup les arrangements. J’écoute encore beaucoup de rock actuellement, mais je trouve qu’il manque quelque chose au point de vue des arrangements. Pourtant je suis loin d’être un baba cool, mais dans les années soixante ou septante, quand tu écoutes les Byrds, par exemple, tu te rends compte qu’ils connaissaient la musique. C’est peut-être aussi les couleurs qui ont changées, les instruments qui ont changés. Il y avait du violon, une cithare… il y avait plein d’instruments que l’on utilise beaucoup moins actuellement en rock, il me semble. Je suis revenu souvent sur l’album de Love pendant le travail sur Kerouac. J’aime la voix du chanteur. Encore un «branque». Le type s’imaginait être la réincarnation de Jimi Hendrix… alors qu’Hendrix était encore vivant, à l’époque (rire) ! Mais j’aime beaucoup cet album, en plus, la pochette est belle.

 

Pendant tout un temps, tu avais publié une BD, qui se découvrait régulièrement sur ton site. Est-ce que ce travail risque de paraître un jour sur papier ?

 

Je ne pense pas. J’ai eu de bons contacts, mais je trouve que ce travail n’était pas assez abouti, pas assez maîtrisé. Le but était d’avoir du feedback. De toute façon, je pense être meilleur en tant qu’illustrateur de textes. J’aime travailler en une seule image, avec une certaine ambiance, faire un travail pictural, plutôt que de travailler dans des cases. Puis, je choisis souvent des sujets radicaux, qui n’auront pas un public certain. Il faudrait que je travaille plus mon dessin pour être publié de la sorte. Ou être plus «commercial», mais, en général, je ne fais pas de concession. Et puis, je me rends compte que ce n’est pas facile d’être commercial, et que ce n’est pas une tare. C’est difficile de plaire à un public, à un grand public. Il y en a qui y arrive en traitant des sujets très durs et difficiles. J’ai un projet de BD humoristique, avec un vieil homme qui s’enfuit d’un home. On apprend que c’était la pire crapule qui ait existé. C’est encore un peu bizarre, tu vois, mais je vais le traiter de façon marrante. Enfin, pour l’instant je vais me concentrer sur Bowie, ça me prendra déjà assez de temps comme cela.

 

 

Bonne lecture

 

A+

 

31/08/2010

Michel Legrand et le Gent Jazz sur Citizen

Quand j’étais petit, il y avait un disque de Michel Legrand à la maison. Ce n’était pas vraiment un disque de jazz, mais plutôt une compilation de ses chansons françaises. Il y avait, je pense, «Les Moulins de mon cœur», «Je ne pourrai jamais vivre sans toi», «La chanson des jumelles» et surtout «1964» (ça, j’en suis sûr).


 

 

À l’époque, je ne savais pas que Michel Legrand avait enregistré avec Miles Davis  (d’ailleurs, je ne connaissais pas Miles Davis…). Je ne savais pas que Legrand jouait du jazz.

Pour moi, Michel Legrand, c’était un peu comme Sacha Distel : j’ai découvert son «côté jazz» bien plus tard. Plus tard, c’est quand j’ai vu le film «Les Demoiselles de Rochefort». J’en étais fou (je le suis encore maintenant, et mes filles le connaissent par cœur)…

Michel Legrand a sorti, au début de l’été, un album dans lequel il revisite quelques-uns des plus grands thèmes de films ou de comédies musicales : «Musicales Comédies».

J’ai eu l’occasion de rencontrer Michel Legrand et sa femme, la célèbre harpiste Catherine Michel.

Avec Michel Legrand, ça balance toujours… dans tous les sens du terme.

Vous pouvez lire l’interview ici, sur Citizen Jazz.

 

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Sur Citizen Jazz, vous pouvez lire également mon compte-rendu, plus «détaillé», du dernier Gent Jazz Festival. Pour Jazz à Liège, c’est pour très bientôt et Souillac devrait suivre aussi.

 

A+

29/08/2010

Le Music Village a dix ans.

Une nuit de 1999, je m’étais baladé du côté de la Rue Traversière et étais entré au Travers (lieu mythique du jazz bruxellois, aujourd’hui disparu. Jules - du Travers - s’occupe actuellement de la programmation au Théâtre Marni). Dans le fond de cet endroit sombre et enfumé y jouait le quartette de Ben Sluijs. Pour moi, ce fut une belle claque. Voulant absolument savoir où jouera ce groupe prochainement, je fouille le site Jazz Valley (lui aussi disparu)…

C’est comme cela que, quelques mois plus tard, je découvre le Music Village, à deux pas de la Grand Place, dans une ancienne quincaillerie totalement relookée. L’endroit est intime, chaleureux, cosy. Je me renseigne à l’entrée et apprends que le club a ouvert ses portes, il y a quelques mois à peine… Ouf, je n’ai presque rien raté.

 

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Dix ans plus tard, le Music Village est toujours là, fidèle à l’esprit voulu par Paul Huygens.

 

À partir du 3 septembre, pour fêter dignement cet anniversaire, le club programme une série de concerts «spéciaux». On y verra Phil Abraham, Dave Pike, Gino Lattuca, Ivan Paduart, Amina Figarova, Mélanie De Biasio, les Swing Dealers, Charles Loos et bien d’autres encore.

 

Dix ans, c’est  un bel age et c’est l’occasion de poser dix questions au maître des lieux, Paul Huygens.

 

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1 : Pourquoi le jazz ?

 

Avant tout pour l'atmosphère (sentimentale ou excitante) qui entoure la musique de jazz live. Et, étant surtout amateur de musique classique pendant mon adolescence, je trouve, avec le temps, que le JAZZ est la musique de la VRAIE vie. Pas dramatique, pas extrême, mais faite de rose avec des touches de gris, et de gris avec des touches de rose… bref jazzy. Et bien sûr pour des tas d'autres raisons plus savantes…

 

2 : Pourquoi le nom de "Music Village" ?

 

En référence au Village Vanguard d’abord et ensuite, à l’origine, pour permettre d’ouvrir l’espace à d’autres musiques. Ce qui n’est plus trop d’actualité… Et puis l’idée de «Village» me semblait «cosy» : atmosphère, atmosphère….

 

3 : Pourquoi près de la Grand Place ?

 

Clairement pour bénéficier d’une visibilité nationale et internationale. Pour être au centre de la capitale de l’Europe et pour cette dernière. Pour ajouter un atout culturel international (qui manquait d’ailleurs…). Et parce que l’Anglais et le jazz, c’est éminemment international et «œcuménique».

 

4 : Quel a été ton premier contact avec le jazz et le premier coup de coeur ?

 

Mon instituteur primaire, en 1ère et 2e, qui s’appelait Charles Denose, jouait en classe de la guitare jazz et du banjo. Voyant mon intérêt, il avait même prêté à mes parents l’intégrale de Django Reinhardt (en vinyle, indeed. Années 1958…).

 

5 : Quel est ton meilleur souvenir, parmi les nombreux concerts, au Music Village ?

 

Le tout premier concert live, en août 2000, quand les premiers accords ont résonné pour un public. J’ai versé quelques larmes, même… (en coulisses, indeed) Il y avait, entre autres, Roger Van Ha et Johan Clement.

 

6 : Si tu n’avais aucune limite de budget, quel artiste rêverais-tu de voir un soir (ou deux, ou trois, ou plus) au Music Village?

 

Jacky Terrasson sans aucune hésitation.

 

7 : Que penses-tu de l’évolution du jazz (en Belgique ou ailleurs) depuis ces dix dernières années ?

 

Probablement qu’il y a un peu plus d’intérêt de la part des plus jeunes pour le répertoire classique. Qu’il y a moins d’ «extrémisme» créatif. Et qu’il y a toujours aussi peu de clubs de jazz… J’essaie d’y travailler au sein du Conseil des Musiques non Classiques.

 

8 : Quel est la plus grande difficulté à surmonter lorsqu¹on est patron d¹un club de jazz ?

 

Arriver à faire un bon mix entre «jazz-art» et de «jazz-entertainment», les 2 piliers du jazz qui sont certainement, selon moi, les seules manières de se projeter dans l’avenir. Cela dit, de manière plus prosaïque, le problème est toujours d’arriver à boucler les budgets, en étant, pour l’essentiel autofinancé (90%).

 

9 : Sur quels critères as-tu établi le programme pour « fêter » ces dix ans ?

 

Je voulais avant tout réunir un maximum de musiciens – belges surtout – qui ont accompagné et compris mon aventure depuis 10 ans.

 

10 : Que nous réserve le Music Village pour les dix ans à venir ?

 

Je veux surtout continuer à soutenir le jazz «classique» et ses musiciens belges, et offrir à un public renouvelé, qui n’est pas toujours spécialiste, une belle introduction vers la musique de jazz. Et, en même temps, présenter ceux qui, parmi la jeune génération, partagent les valeurs éternelles du jazz qui sont pour moi : swing, intelligence, créativité, plaisir partagé… et puis, l’atmosphère !

 

 

Réservez dès maintenant vos places pour le mois de septembre… et les dix années à venir.

Happy birthday, Paul.

 

(Merci à Jos Knaepen pour la photo). 

 

 

A+

 

25/08/2010

Jazz à Souillac

Non, je n’étais pas aux Dinant Jazz Nights cette année. Hé oui, je sais, l’affiche était pourtant incroyable : Manu Katché, Joshua Redman, Dee Dee Bridgewater, Jan Garbarek, Philip Catherine, Enrico Pieranaunzi et plein d’autres encore.

Je sais, je sais…

L’année prochaine, le parrain sera Joe Lovano. Ça ne risque pas de faire baisser le niveau…

Je n’étais pas en Belgique mi-juillet, car j’étais en France, en vacances.

Et là où j’étais, il y avait un festival de jazz. (Notez, que j’avais prévu le coup : tant qu’à prendre des vacances, autant aller là où il y a du jazz).


Et me voilà donc à Jazz à Souillac où j’y ai rencontré toute la petite bande du festival, bien sûr, mais aussi Catherine, la pie blésoise.

Au programme, Nguyên Lê, Dee Alexander, Tigran Hamasyan, Stefano Bollani et Enrico Rava.

Vous lirez tout ça en long et en large sur Citizen Jazz bientôt. En attendant, voici déjà un petit aperçu.

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Je n’ai pas eu l’occasion de voir Nguyên Lê qui donna, d’après les échos, un concert sublime, enchanteur et surprenant.

Mais, j’ai vu Dee Alexander.

J’avais remarqué cette chanteuse sur un album («Blissfull») d’Hamid Drake (qui sera au prochain festival Mons en Jazz !!) et j’avais entendu son album, «Wild Is The Wind», d’un tout autre genre. Plus traditionnel, dirons-nous. Dee Alexander possède une voix sensuelle et chaude et est capable de scatter, et même de produire des sons qui imitent les instruments, avec une agilité vocale assez surprenante.

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Ce soir, sur la belle petite Place Pierre Betz de Souillac, la chanteuse est accompagnée par Miguel de la Cerna (p), Youssef Ernie Adams (dm) et Harrison Bankhead, (fidèle contrebassiste du regretté Fred Anderson). C’était un concert en deux temps. Une première partie assez convenue et une seconde - après un morceau éblouissant du contrebassiste en solo - bien plus mordante, plus roots et plus brute aussi. Et, il faut le dire, Dee Alexander est nettement plus convaincante dans ce langage plus soul et gospel.

 

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Bien sûr, ce n’est pas aussi violent et explosif que le concert de Tigran Hamasyan. Contrairement à son concert Liégeois, Tigran n’y va pas par quatre chemins cette fois-ci. Est-ce à cause du froid qui a envahi soudainement la petite place, ou le fait d’avoir dû attendre longtemps avant de monter sur scène (le concert de Dee Alexander fut assez long), qui pousse le jeune pianiste Arménien à dynamiter, dès les première notes, un concert d’une énergie inouïe? Il s’agite, se lève, plonge dans le piano, le frappe, le griffe, le fait sonner comme un fou. Areni, transie de froid, donne de la voix, plus irréelle que jamais. Ben Wendel (ts, ss) devient flamboyant, Sam Minaie (b, elb) matraque sa basse et Ted Poor (dm) frappe comme un vrai rocker. Le concert est court, intense, incandescent. Grand moment.

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Le lendemain, au soleil couchant, Stefano Bollani est seul au piano. On le sent à l’aise dans ce genre d’exercice. Il y a une certaine nonchalance et une telle aisance dans son attitude, que tout ce qu’il fait paraît simple, naturel, évident. Et pourtant, en improvisant pendant plus d’une heure, dans tous les styles (stride, romantique, bop, pop, swing, classique), il invente, réinvente, s’égare, prend des risques et s’amuse toujours. Puis il conclut par son traditionnel medley (une liste de vingt thèmes proposés par le public) et convainc, comme s’il le fallait encore, un auditoire sous le charme.

 

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C’est à l’élégant Enrico Rava que revient l’honneur de conclure ce festival des plus sympathiques. Avec son «jeune» quartette italien (l’excellent Fabrizio Sferra aux drums, Gabriel Evangelista à la contrebasse et le talentueux Giovanni Guidi au piano), il va nous offrir un merveilleux voyage poétique, plein de swing, de tendresse et d’enfièvrement mêlés. Rava nous souffle des histoires avec douceur ou véhémence. Puis, il laisse parler les silences, écoute ses compagnons, les laisse courir, les rejoint. Rava est un vieux sage aux idées toujours modernes. Un maître.


Il fait doux, il fait nuit. Sur le route du retour, je réécoute les interviews que j’ai faites d’Enrico Rava et de Stefano Bollani. Bientôt, vous pourrez aussi les lire sur Citizen Jazz.


A+

 

23/08/2010

Incredible Jazz Jam - Le 28 août

Samedi prochain, le 28 août, ceux qui aiment le jazz et la jam se donneront rendez-vous à l’Inn’R’Green, route de Lennik 1041 à Anderlecht. C’est là (anciennement l’Aquamarine) que se déroule, depuis huit ans, l’Incredible – et incontournable - Jazz Jam !

Comme son nom l’indique, il s’agit d’une incroyable jam où jeunes et vieux, pro et amateurs, stars confirmées ou vedettes de demain, se réunissent de 18h. à l’aube, pour faire résonner les plus belles notes de jazz. Il fallait un fou, un idéaliste, un inconscient, mais surtout un passionné pour oser organiser ça. Gratuitement. Juste pour le plaisir. Juste pour le jazz. Cet homme, c’est Luc Siccard. Pour ses huit ans, je lui ai posé huit questions.

 

1 : Quelle était la motivation pour organiser la première Incredible Jazz Jam ?
En tant que musicien amateur, lors des stages des Lundis d'Hortense à Wépion, j'ai eu envie de donner l'occasion aux élèves musiciens des Académies et à ceux qui, ayant participé aux divers stages d'été, de se retrouver tous ensemble sur la scène de l'improvisation. Avec l'espoir que leurs professeurs leur fassent l'honneur et le plaisir de les accompagner sur scène en toute simplicité. L’envie de créer une jam originale qui serait le rendez-vous annuel de tous les musiciens amateurs et professionnels.

2 : Qui organise et comment se finance cet évènement?
Je suis seul depuis le début pour tout organiser, en toute humilité.  Heureusement, j'ai toujours été soutenu par de fidèles amis, que ce soit pour la salle, pour la sonorisation, pour le design des affichettes, etc. Tant que cela fonctionne, je souhaite que cet événement reste ce qu'il est.

3 : Qu'attends-tu d'une soirée comme celle-là pour qu'elle soit réussie?
La SURPRISE !! Et elle est généralement bonne. L'IJJ commence à être reconnue par mes amis musiciens, mais aussi les amis des amis, ce qui fait qu'à chaque fois la qualité croît.  Je ne sais jamais qui viendra (et je tiens à ce que ce principe reste, même si un jour je devais arrêter d'organiser moi-même l'IJJ). Je ne m'appuie donc sur personne pour faire venir le public, je veux que les musiciens prennent plaisir à se retrouver, mais que le public, amateur ou non, reparte avec l'envie de revenir partager ce moment l'année suivante.

 

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4 : Quels ont été tes meilleurs moments depuis le début de cette aventure?
Chaque édition m'apportant ses surprises, chacune a donc été "mes meilleurs moments".  Quand des musiciens font le déplacement depuis l'autre bout de la Belgique, mais aussi depuis l'Italie ou la France, c'est un grand bonheur pour moi. L'an passé, un Américain qui jouait de la batterie, du piano et de la basse électrique a débarqué, ce fut aussi l'un des grands moments de la jam.


5 : As-tu eu l'occasion de découvrir de nouveaux talents lors de l'IJJ ?
Oui, je ne voudrais citer personne car ils ont pour moi tous autant de valeur, mais des musiciens qui sont venus aux premières éditions font maintenant partie des plus grandes scènes belges, voire même ... de l'Eurovision.


6 : As-tu remarqué une évolution, de style ou de niveau, depuis le début de l'aventure?
Pour le public, j'essaie toujours de demander aux musiciens de garder le swing et le latin jazz en ligne de mire, mais il arrive souvent que l'on "dérape" vers le funk ou la fusion. C'est souvent un grand bonheur pour moi qui adore ce dernier style, mais l'on revient toujours à des morceaux accessibles à tous. Une bonne jam, c'est, pour moi, la symbiose avec les musiciens, mais aussi avec le public. Il faut que ce public ait ensuite envie de découvrir les clubs et les scènes de jazz, et que de jeunes musiciens se sentent l'envie de jazzer. Depuis la première édition, le niveau a, certes, progressé, mais je tiens à ce que les "nouveaux venus" continuent à oser monter sur scène, à condition, bien sûr, d’assurer.

7 : Parmi tous les morceaux qui se jouent lors de la jam, quels sont ceux qui sont les plus souvent joués? Et ce qu'on joue le moins et que, pourtant, tu adores...?
Je sais, je suis fou de "Saga of Harrison Crabfeather" (de Steve Kuhn) alors, chaque fois que des musiciens m'invitent à monter sur scène, ils me promettent de jouer celui-là pour que je les rejoigne.
La SABAM me demande tous les ans une liste des morceaux joués, mais je suis toujours incapable de retrouver les titres, que je ne connais pas toujours.  Souvent aussi, je suis occupé à papoter avec l’un et l’autre ou à prendre des photos, ce qui fait que je suis incapable de dire ce que l’on vient de jouer. Les standards sont généralement les plus repris, mais l'on entend aussi parfois "The Chicken", "Chameleon", "Spain" ou encore "Invitation", mais je rêve d'y entendre des morceaux de Pat Metheny ou de Mike Stern.

8 : Quels musiciens aimerais-tu voir un jour sur la scène du IJJ ?
Mais... Pat Metheny et Mike Stern, bien sûr (Rires). J'aimerais bien, avec mon humble événement, apporter une petite pierre à l'institution du jazz belge, que des jeunes continuent à apprécier venir à l'IJJ et que leurs professeurs et coaches leur fassent le plaisir de les rejoindre, en tout simplicité.

 

À bon entendeur (et bons jammeurs), vous savez ce qu’il vous reste à faire.

 

A+


PS : La photo de Serge Gutwirth, représente un excellent moment où le liégeois Jean-François Foliez a littéralement mis le feu à la scène lors de l’édition 2008, avec Antoine Pierre, Igor Gehenot et Sylvain Haenen,

 

21/08/2010

Massot, Florizoone, Horbacsewski.

Cinema Novo, sorti chez Home Records, c’est le nom de ce très bel album à la musique magique, poétique et hors du temps du trio Massot, Florizoone, Horbacsewski. Un album riche de sonorités si familières et si étranges à la fois. Un dosage subtil de mélodies, de lyrisme, de légers délires et d'improvisations ciselées. Lors du dernier festival Brosella, j’ai rencontré Tuur Florizoone juste après le concert qu’il donnait avec le trio.

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Comment s’est formé ce trio, comment vous êtes-vous rencontré ?

 

Il y a quatre ans, je pense, j’ai rassemblé mon courage et j’ai appelé Michel Massot, car je voulais monter un groupe avec lui et Laurent Blondiau. Ensemble, nous avons eu l’occasion d’accompagner un film au Café Central, à Bruxelles, et ça s’est très bien passé. Après cela, c’est Michel qui m’a demandé de jouer avec lui et une certaine violoncelliste qui n’était autre que Marine Horbaczewski. On a fait quelques improvisations ensemble et, petit à petit, on s’est constitué un répertoire. Rapidement, le groupe à été demandé pour des concerts avant même qu’il ne soit vraiment formé.

 

Au départ, il s’agissait d’improvisations. Il n’y avait pas vraiment d’objectif précis ?

 

Non, au début on improvisait et puis on s’est rendu compte que certaines petites mélodies fonctionnaient. En général, il s’agit de mélodies très simples. Et finalement, cela marche très bien avec le violoncelle car il y a du « fond ». Bien sûr, à l’accordéon, je peux aller très bas et Michel, au tuba, aussi, mais Marine peut également monter très haut. Il y a donc une association de couleurs très intéressante.

 

Qui écrit les morceaux ?

 

Michel Massot et moi, principalement. On amène chacun des thèmes qu’on travaille ensemble, que l’on enrichit. Et puis, on a beaucoup tourné ensemble, en Belgique, en France et aux Pays-Bas : ça soude.

 

Comment peut-on définir cette musique, quelles en sont les influences? C’est du jazz de chambre ?

 

Je pense que c’est de « la musique », simplement. Mais effectivement, « jazz de chambre », c’est pas mal, comme définition. On joue beaucoup sur l’acoustique. Mais avec un petit grain de folie qui nous fait dépasser les frontières. C’est toujours l’éternelle discussion de « quel genre de musique jouez-vous ? ». Je ne sais pas que répondre.

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C’est une musique très imagée. C’est amusant car, comme tu le disais, vous avez démarré en accompagnant un film, même si ce n’était pas le même groupe…

 

C’est imagé, oui, peut-être. C’est aussi dû au fait que Michel écrit de la musique assez rythmée, parfois un peu naïve - dans le bon sens du terme – avec des mélodies à deux ou trois voix. Moi, comme j’ai un instrument harmonique, je vais plutôt dans les couleurs et les modulations. C’est ça l’imagination. Mais nous avons aussi besoin d’un bon son, c’est important. Pour que le public soit à l’aise et nous renvoie quelque chose.

 

Marine compose aussi ?

 

Non, mais on la motive pour qu’elle le fasse.

 

Par contre, elle improvise beaucoup ?

 

Oui, beaucoup. Comme nous tous. Elle possède un instrument extrêmement riche. J’en suis presque jaloux. À l’accordéon, tu peux jouer quelques notes, tu peux en jouer deux, ou parfois trois, ou choisir un accord, ou faire quelques rythmes, mais la variation des sons chez Marine, ou même chez Michel au tuba ou au trombone, est immense. C’est intéressant de pouvoir aller au-delà des possibilités d’un instrument. De dépasser les clichés aussi.

 

C’est ce que tu essaies de faire avec ton accordéon, tu n’en joues pas de manière classique ou traditionnelle, tu joues avec le souffle, les bruits…

 

J’essaie de compléter ce qui n’est pas là. Parfois il faut mettre un petit tapis, sans prétention, ou alors au contraire être très prétentieux…

 

Pour l’instant, tu tournes dans quel circuit ? Jazz, folk, world… ?

 

C’est très varié. Je viens de terminer une création pour les fêtes de Gand, avec Michel et Marine, auxquels s’ajoutent Sabine Kabongo, Aly Keita, le joueur de balafon, Laurent Blondiau, Chris Joris, Nic Thys et Wendlavim, un batteur burkinabais ainsi qu’une chorale congolaise… En fait c’est une création sur le métissage. On a joué, il y a quelques jours à Gand et c’était très intense. C’est à la fois joyeux et mélancolique. Cela raconte l’histoire de métissage, parfois illégal, à l’époque de la colonisation belge au Congo. Beaucoup d’enfants sont nés de façon illégale. On essaiera de jouer encore après les fêtes de Gand, à Bruxelles ou ailleurs. Plusieurs dates sont déjà prévues pour l’année prochaine.

 

En ce qui concerne le trio, d’autres dates sont prévues également ? De nouvelles compos ? Un autre disque ?

 

Quelques dates sont prévues en septembre. Et puis, oui, on a de nouvelles compos et peut-être que nous enregistrerons fin d’année, je ne sais pas encore précisément.


 

 

A+

15/08/2010

Still Alive...

Bye bye Abbey...



:-(


 

00:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : abbey lincoln |  Facebook |

13/08/2010

Cécile Broché sur Citizen Jazz

C’était vers la fin de l’été. L’année dernière. À la terrasse du Métropole à Bruxelles. On a beaucoup parlé, surtout elle, on a mangé des croissants et bu du café.

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C’était très agréable, détendu, amusant et intéressant.

J’ai appris plein de choses.

L’interview vient d’être mise en ligne sur Citizen Jazz.

C’est celle de Cécile Broché.

À lire, à écouter et à voir…

A+

 

19:57 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, citizen, citizen jazz, cecile broche |  Facebook |

09/08/2010

Gent Jazz Festival

Mais oui, bien sûr, j’étais au Gent Jazz Festival.

Et vous pourrez bientôt lire le détail sur Citizen Jazz.

En attendant, voici quelques images. Et quelques mots quand même.

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D’abord, il y a eu «Monsieur» Ornette Coleman, le jeudi soir.

Voilà ce qu’on appelle une légende vivante!

Avec aisance, avec nonchalance presque, il arrive sur scène, il ne doit rien dire, rien faire…. Juste être là.

Derrière lui, une rythmique d’enfer, qui redouble d’énergie. Lui, Ornette, avec des gestes presque lents, s’empare de son saxophone, puis de sa trompette et enfin de son violon. Tranquille. Tranquille et puissant. Magique.

Avant lui, il y a eu Kurt Elling, brillant et magnétique. Il renouvelle à chaque fois l’esprit du jazz vocal.  Il est suivi par le trio de Pierre Vaiana (avec Salvatore Bonafade et Manolo Cabras) pour évoquer un voyage sur les routes de Sicile. Moment hors du temps.

Le lendemain, l’excellent et très prometteur quintette de Christian Mendoza (avec Ben Sluijs et Joachim Badenhorst aux saxes, Teun Verbruggen aux drums et Brice Soniano à la contrebasse). Assez cérébral mais ô combien excitant.

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Puis, il y a eu le trio de Vijay Iyer. Intense, moderne, intelligent.
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Et finalement le Freedom Band de Chick Corea, avec Christian McBride, Kenny Garrett et Roy Haynes… Concert formidable, mais surtout, une jam d’enfer en rappel! Moment inoubliable pour tous ceux qui y étaient. Et pour les musiciens qui y participaient. En coulisses, Vijay Ijjer, attablé aux côtés de Roy Haynes, me dira que c’était «sans doute les vingt minutes les plus folles de [sa] vie». Le rappel dura, en effet, plus de trente minutes sur un «Sex Machine» venu d’on ne sait où. Sur scène on y retrouva les membres du groupe de Chick, plus ceux de celui de Vijay Iyer, plus la plupart des membres du groupe de Stanley Clarke qui joueront le lendemain.
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Le lendemain, justement, découverte du jeune guitariste Julian Lage. Beau moment de fraîcheur.
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Puis, ce fut le puissant set de Stanley Clarke, surtout enflammé au piano par Hiromi au  tempérament explosif!

 

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Et un final tendre, mélancolique, voire triste, de Toots Thielemans dans un chapiteau archi comble. Avec lui, ce sera entre jazz et bossa, entre un sourire et une larme. Emouvant.


Allez, on se remet une petite dose de la jam du Freedom Band?



A+

 

03/08/2010

Brosella 2010

Dimanche 11 juillet, il fait très chaud. Étouffant même. Heureusement, au Théâtre de Verdure, qui accueille le 34ème Brosella, à l’ombre des grands arbres, il fait respirable. L’ambiance est agréable et bon enfant, comme d’habitude. Malgré la Coupe du Monde, il y a énormément de monde devant les deux scènes, les allées, les sous-bois

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Il est près de 17h.30, sur le podium principal, voici Avishai Cohen. On le sent en très grande forme, il ne tient pas en place. Il emmène avec lui toute sa petite bande: Karen Malka (voc), Amos Hoffman (oud), Shai Maestro (p), Itamar Doari (perc) et le jeune Amir Bresler (dm).

 

Au-delà du jazz, sa musique est fortement teintée d’influences orientales et de musique juive. Tout est souvent dansant, joyeux et rythmé. Percussions et batterie se disputent les premiers plans. S’accompagnant à la contrebasse, Avishai pousse la chansonnette. Sa voix chaude se marie excessivement bien avec celle, très sinueuse et puissante, de Karen Malka. Passant de la guitare au oud, Amos Hoffman fait un travail remarquable de sensibilité et de dynamisme, soutenu par un Shai Maestro au piano souvent lyrique. Le bouquet final n’en sera que plus explosif («Almonos Pal Monte» ?) avec un dernier baroud de percussion et batterie

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On remonte vers la petite scène ou un nombreux public s’est déjà amassé, pour écouter Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tbn) et Marine Horbaczewski (cello). L’ambiance est très intimiste, mais non dénuée de surprises rythmiques, de ruptures, de sons bizarres ou d’ambiances fantomatiques initiées principalement par l’imprévisible Michel Massot. Les influences sont nombreuses et parfois indéfinissables, on flotte entre des folklores de l’Est, musique de chambre, blues, ou valse. C’est souvent très imagé, parfois mélancolique. Il y a quelque chose de légèrement suranné et de moderne à la fois… Univers très personnel et envoûtant. Mais, Tuur Florizoone en parle sans doute mieux… (Interview à lire ici très prochainement).


Sur la grande scène, un grand orchestre. C’est celui qu’a réuni Pierre Anckaert dans un pari assez «casse-gueule». Autour de son quintette (Mimi Verderame (dm), Guy Nikkels (g), Stefan Bracaval (fl) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), il a invité l’ensemble de musique de chambre Odysseia et nous présente son projet «String Attached» (sorti chez Prova). C’est casse-gueule et pas facile. Seulement voilà, Pierre est un malin, et il gère tout ça avec beaucoup d’élégance et d‘intelligence. Les cordes soulignent et mettent en valeurs des compositions très mélodiques, sans jamais y ajouter le côté sirupeux que peut piéger ce genre d’exercice. On pense un peu à Roger Kellaway Cello Quartet (oui, je sais c’est une référence pour moi). Tout est légèreté et toujours swinguant. Et puis, quand Anckaert invite le bandonéoniste Michael Zisman, sa musique se colore d’un subtil lavis sensuel («Mist Call»). Ajoutez à cela le souffle de velours de la trompette de Bert Joris et le tableau est complet.

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Avant d’inviter Bai Kamar Jr. sur la petite scène du Brosella, Ivan Paduart et son quartet déroulent un jazz swinguant et chatoyant. Dans la tradition neo-bop, Toon Roos (ts, ss) enveloppe les mélodies avec tendresse et pétillance («Song For Obama»). Comme souvent chez Paduart, c’est la délicatesse et le lyrisme qui priment. Entre ballade et bop bien senti, le voyage est agréable. L’arrivée de Bai Kamara Jr. ajoute une touche plus soul à l’ensemble. La voix grave et chaude est légèrement graineuse. Un peu crooner, un peu chanteur pop, il fait penser inévitablement à Marvin Gaye

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22h.30, final avec Roy Hargrove. Démarrage en trombe («I’m Not Sure»), sans se poser la moindre question, ça sonne et ça bop. La trompette est fière, claire et puissante. Le jeu d’Hargrove est fluide et lumineux. À ses côtés, Justin Robinson (as) énonce les phrases courtes avec dextérité et vivacité. Un groove d’enfer, mêlant roots et modernité, jaillit. Et puis, au piano, semblant de rien, Jonathan Batiste impose un jeu des plus particuliers. Un peu en avance du temps, déstabilisant légèrement le tempo, accentuant les creux, jouant les notes muettes, suspendant un accord… une sorte de Monk moderne (s’il est possible d’être plus moderne que Monk !).

 

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Ameen Saleem (cb), utilisant sa contrebasse comme perroquet pour son chapeau, et Montez Coleman (dm) attisent les rythmes, maintiennent la pression. Aucun temps mort : les ballades («In A Sentimental Mood») s’enchaînent aux thèmes soul les plus endiablés («Low-life» de Donald Byrd?). L’étonnant Jonathan Batiste continue à inventer des phrases de façon tout à fait originales (c’est un pianiste à suivre de près, assurément). Plusieurs fois, Roy s’approche du bord de la scène, scrute les abords. Puis, on le sent venir… «Strasbourg, Saint Denis» éclate après l’intro insidieuse à la contrebasse. Ça éclate tant et plus. Et Roy s’approche de plus en plus du bord…

 

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«Soulful». Et voilà ! Il descend de la scène et fend le public incrédule. Le voilà parti dans les travées du Théâtre de Verdure, trompette aux lèvres. Tour de chant ! Il remonte sur scène (sans l’aide de personne, nom de Dieu !!!).

Il est plus de minuit trente, un à un, les musiciens quittent la scène. Spectacle total, magique, merveilleux.

Pour ceux qui n’étaient pas présents ce dimanche-là, séance de rattrapage au Gouvy Jazz Festival, le 7 août. À ne pas rater.

Brosella 2010 peut s’endormir, tranquille, jusqu’à l’année prochaine. Des journées comme celles-ci, on en redemande.

 

02/08/2010

Acous-Trees au Sounds

Bien avant de partir en vacances et avant que le Sounds ne ferme ses portes pour son habituelle hibernation estivale (je sais c’est un contresens) j’étais allé écouter le projet d’Alain Pierre: Acous-Trees.

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Acoustrees c’est, outre Alain Pierre aux guitares acoustiques, Pierre Bernard à la flûte, Olivier Stalon à la basse électrique, le jeune et très prometteur Antoine Pierre (qui remplaçait ce soir Fred Malempré) à la batterie et Barbara Wiernik au chant.

On ne sait pas d’où elle vient cette musique. On dirait qu’elle a été amenée par les vents du monde. C’est une sorte de Tour de Babel musicale. Les influences sont nombreuses, parfois indéfinissables. On y retrouve du folk celtique, du jazz, des mélodies sud-américaines, indiennes et orientales. En plus, le choix et le mélange des instruments donnent quelque chose d’assez original.

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Sur certains morceaux, la flûte vivace et virevoltante de Pierre Bernard évoque parfois même le rock progressif, surtout quand derrière lui, Olivier Stalon et Antoine Pierre soulignent les polyrythmies.

La voix de Barbara fait le lien. Sorte de raga indien, de thumri, entre chant plaintif ou apaisant. C’est un registre qui lui va à merveille. Elle trouve ici un univers parfait pour elle. (Ecoutez-la également aux côtés de Manu Hermia, sur son projet Le murmure de l'Orient. Le disque est toujours en vente chez Igloo).

«Looking For New Skies» continue dans la veine indienne, tandis que «Soubresauts» qui ouvre le deuxième set est plus tendu, enlevé et nerveux. Il y a une touche de jungle dans la frappe d’Antoine Pierre. La complicité avec son père fait mouche. Alain Pierre redouble de virtuosité (aussi à l’aise sur sa douze cordes que sa six cordes). «One For Egberto» ne cache pas ses intensions, même si ce soir, la rythmique s’autorise quelques influences nord-africaines. Le final de ce très beau morceau se terminera d’ailleurs en impro assez déstructurée, ressemblant à un souk musical jubilatoire.

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Pour terminer et souligner une dernière fois le merveilleux touché d’Alain Pierre à la douze cordes, le guitariste reviendra en rappel pour un duo sensible et délicat avec Barbara Wiernik («L’Etoile filante» en hommage à Pierre Van Dormael).

Et pour le plaisir, car il y avait du plaisir sur scène et dans la salle ce soir, le groupe revient au complet pour un morceau sans titre, mais non sans punch. Antoine Pierre s’amuse comme un enfant dans une cour de récré, se donnant à fond et répondant aux assauts des la basse électrique d‘Olivier Stalon. Quand on pense que ce « gamin » rentrera au conservatoire pour la première fois en septembre (sous la bienveillance de Lionel Beuvens et de Stéphane Galland)… Ça promet.

A+

01/08/2010

Rudresh Mahanthappa sur Citizen Jazz

Rudresh Mahanthappa est sans doute le saxophoniste qui m’a le plus impressionné et surpris ces dernières années (et je ne suis sans doute pas le seul dans le cas).

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Je l’avais découvert au détour d’un album de Hubert Dupont (Spider’s Dance). Ensuite, j’avais été soufflé par son Codebook et puis par tous ses autres projets... précédents et suivants. Avec Vijay Iyer, pianiste lui aussi assez impressionnant et novateur, il a ouvert quelques nouvelles portes au jazz. J’ai eu la chance de le rencontrer après un concert au Singer, et de l’interviewer pour Citizen Jazz. C’est à lire ici.

 

 


A+

 

14/07/2010

Jeann-Philippe Collard-Neven et Jean-Louis Rassinfosse

C’est le très huppé Mercedes House, à l’angle de la Place du Sablon et de la rue de la Régence, qu’ont choisi Jean-Philippe Collard-Neven et Jean-Louis Rassinfosse pour présenter leur troisième album en commun. La différence, avec les deux précédents, c’est que le duo est devenu quartette. Entendons-nous, il ne s’agit pas ici de simples invités, mais bien d’un véritable groupe où tout le monde apporte sa petite touche, ses idées et son talent.

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Du coup, avec l’arrivée de Fabrice Alleman au sax, à la clarinette et au chant et Xavier Desandre-Navarre aux percussions, la musique se pare de nouvelles couleurs.

Percussionniste sensible et inventif, Desandre-Navarre apporte une touche parfois latine, parfois orientale, parfois africaine selon qu’il frappe sur l’un ou l’autre de ses innombrables gongs, clochettes, cymbales ou tambours en tout genre. Fabrice Alleman, virtuose de la clarinette, évolue en équilibriste et slalome au travers de mélodies finement ciselées. Il papillonne, se dépose sur les accords de piano de Collard-Neven, rebondit sur les percus de Desandre-Navarre et s’envole avec le chant de la contrebasse de Rassinfosse.  Alleman se transforme parfois aussi en chanteur, chez qui l’on devine un petit côté Bobby McFerrin (sur «Don’t Say It’s Impossible», par exemple).

Bref, bien mieux que de se superposer ou de s’ajouter au duo, ces deux musiciens «supplémentaires» ajoutent à l’osmose d’un groupe d’amis et enrichissent la musique.

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De l’intimiste romantique et mélancolique (parfois même assez sombre), on est passé au chatoyant et au lumineux. Bien sûr, Collard-Neven a gardé le goût des mélodies mélancoliques («Loosing Belgium» - pessimisme?  ou «Passeur d’Etoiles» - hommage à Higelin?) où son touché au piano fait merveille, mais il aime aussi s’encanailler au Fender-Rhodes sur le joyeux «Strange Bossa».  Le mélange des genres est toujours aussi élégant, on y entend un peu de bossa, un peu de baroque, un peu de blues… Mais la force de ce groupe est de proposer une musique qui va au-delà de l’exercice de styles.

On avait vu le quartette bourgeonner au Gaume Jazz Festival puis à Jazz à Liège en 2009, il vient d’éclore ce 17 juin.

 

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L’album, «Braining Storm», sortira chez Fuga Libera et sera dans les bacs début septembre. Une belle arrière-saison en perspective.

A+

 

10/07/2010

Eté Jazz...

C’est l’été, il faut très chaud, les journées sont longues et chargées, les nuits sont courtes et, du coup, j’ai pris du retard dans mes comptes rendus.

Je reviendrai (vite, je l’espère) sur le concert de Collard-Neven et Rassinfosse pour la sortie de leur troisième album (en quartette, cette fois) «Braining Storm», et sur le concert d’Alain Pierre Acoustrees Quintet

Marcin Wasilewski_Manu Katche

Pour vous faire patienter, vous pouvez lire l’interview de Marcin Wasilewski que j’ai réalisée, il y a quelque temps déjà, et qui vient d’être publiée sur Citizen Jazz.

Et je vous en promets d’autres d’ici peu… surprise.

Et puis, n’oubliez pas: c’est la saison des Festivals.

En ce moment, c’est le Gent Jazz. On y a déjà vu un merveilleux Kurt Elling, un poétique Pierre Vaiana, un magique Ornette Coleman, un séduisant Chris Mendoza Group, un efficace Vijay Iyer et un délirant Chick Corea (qui se termina par une incroyable jam où l’on y retrouvait : Vijay Iyer, Christian Mc Bride, Kenny Garrett, Roy Haynes, Ronald Bruner, Hiromi et d’autres…) Et ce n’est pas fini !

 

Et puis, il y a le Brosella, dimanche (Roy Hargrove, Avishai Cohen, Ivan Paduart, Massot - Florizoone - Horbaczewski...)

Bientôt aussi, ce sera les Dinant Jazz Nights avec une affiche incroyable !

Manu Katché, le parrain de cette édition 2010, a invité Joshua Redman, Deedee Bridgewater, Aldo Romano, David Sanborn, Steve Gadd, Jan Garbarek, Philip Catherine, Enrico Pieranunzi, Eric Legnini, Till Brönner, David Linx, André Ceccarelli et d’autres encore.

Go, go, go…


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Moi, je n’y serai pas. Ben oui, c’est les vacances… et j’en profiterai pour aller au Festival Jazz à Souillac, ré-écouter Enrico Rava, Stefano Bollani et Tigran Hamasyan

Et ensuite, ce sera le Gouvy Jazz Festival, Ça Jazz à Huy, le Gaume Jazz, Jazz Middelheim, Jazz In Het Park

L’été est chaud.


A+

 

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

20/06/2010

Phynt & Erwin Vann au El Negocito - Gent

Voilà des années (3 ans ou plus?) que je n’avais plus vu Erwin Vann en concert. Je l’imaginais en Allemagne (il me confirmera qu’il a bien enregistré là-bas, mais qu’il n’y a pas souvent joué) ou aux Pays-Pas (mon intuition était déjà bien meilleure, puisqu’il y a joué assez souvent et vient d’enregistrer avec le pianiste Jereon Van Vliet…). Si on l’a vu un peu moins sur nos scènes, c’est aussi parce qu’Erwin a levé un peu le pied. Il a pris du recul, a pris le temps de respirer, de réfléchir et surtout, Erwin est devenu Erwin ‘Eknath’ Vann, professeur de yoga.

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Cela ne l’empêche pas de jouer encore, comme ce soir à Gand, au El Negocito. Et c’est avec plaisir que je le retrouve, entouré des jeunes musiciens du groupe Phynt: Ruben Machtelinckx (eg), Dries Laheye (elb) et Jakob Warmenbol (dm) que j’avais déjà remarqué lors d’un concert à L’archiduc, voici quelques années.

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Après un premier morceau qui installe une atmosphère plus ou moins sereine, sous forme de ballade, Ruben Machtelinck attaque le second de front, avec une intro musclée. Son jeu, plutôt anguleux et concis, légèrement habillé d’effets d’écho ou de disto, rappelle un peu Bill Frisell ou Elliott Sharp. Le son s’accorde très bien à celui, parfois nasillard et un peu métallique, du sax de Vann. Ensemble, ils instaurent une ambiance, entre folk et jazz blues, qui s’ouvre de irrésistiblement à l’improvisation. Le morceau prend de l’épaisseur et s’enrichit des interventions bouillonnantes de Warmenbol aux drums et d’une basse galopante de Laheye.

La plupart des morceaux sont construits sur le même principe et évoluent vers un certain climax. Le groupe nous maintient alors en apesanteur, nous installe comme dans une bulle cotonneuse pour mieux nous bousculer. Parfois, un morceau plus éclaté, un peu de guingois, aux accents presque funky, s’intercale dans ce jazz assez fantasmagorique où Vann et Machtelinck explorent des sons tantôt âpres, tantôt aquatiques.

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Phynt et Erwin Vann arrivent toujours à bien contrôler l’énergie pour y mélanger des mélodies simples sur des harmonies complexes, et parviennent aussi à maintenir une tension juste et équilibrée. Bref, un groupe à suivre.

Avant de rentrer sur Bruxelles, je discute longuement avec Rogé, le patron du El Negocito, qui, après le club et le label (deux choses que je vous invite très vivement à découvrir), a encore plein de belles et bonnes idées en tête… Mais ça, c’est une autre histoire, et on en reparlera une autre fois.

 

A+

 

19/06/2010

SymmEtrio au Sounds

Depuis le temps que je promettais à Mathieu De Wit (p), Nicola Lancerotti (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) de venir écouter leur groupe SymmEtrio, je suis persuadé qu’ils n’y croyaient pratiquement plus. Mais je suis un homme de parole (vous en doutiez?) et j’ai finalement eu l’occasion d’honorer ma promesse le 4 juin au Sounds.

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Depuis près de cinq ans, ces trois jeunes jazzmen aiguisent leur répertoire entre standards et compositions personnelles. Plus que l’envie de révolutionner le genre, ils préfèrent sans doute s’inspirer des fondamentaux du jazz et de les relire à leur manière. Mais, ne vous y méprenez pas, SymmEtrio est bien de son époque et s’imprègne des courants actuels (la reprise de «Roads» de Portishead en est une preuve très convaincante). On décèle même parfois une esthétique à la Bad Plus.

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Le groupe entame le concert avec «Dienda» de Kenny Kirkland. Enlevé et foisonnant, le jeu de De Wit me fait irrémédiablement penser à Petrucciani, à la fois raffiné et fougueux. Il remettra ça dans le deuxième set sur une ballade, dont le nom m’échappe, qui mettra aussi en évidence les interventions très chantantes de Lancerotti à la contrebasse.

«Empathy» est légèrement plus torturé et oscille entre brillance et élégie, «Walk Before Dawn» évolue et serpente au gré d’ondulations orientales tandis que la reprise de «Leaving», de Richie Beirach, est de toute beauté.

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Le groupe est bien soudé, s’écoute et s’offre de beaux espaces à l’improvisation. Les interventions de Van Uytvanck sont cependant assez brèves, de même que celles de Lancerotti. Le groupe préfère façonner la mélodie et broder une harmonie d’ensemble. SymmEtrio ajoute à cela une subtilité parfois evansienne ou un romantisme à la française, tendance Debussy ou Ravel. Bien que tout soit souvent swinguant, j’aurais peut-être voulu entendre un morceau nettement plus explosif, histoire que le groupe se lâche complètement ou fasse monter la tension d’une autre manière… Ceci dit, le concert passe très vite et l’on ne s’ennuie pas une seconde. Les trois sets sont emmenés avec entrain, efficacité et bonne humeur. Et la soirée, fort agréable, se terminera d’ailleurs bien plus tard que prévue…

 

A+

 

10/06/2010

Ça commence demain!!

02:08 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aka moon, fabrizio cassol, david linx, kvs |  Facebook |

07/06/2010

Bodurov Trio - au Sounds

 

Il y a quelques années, en rentrant avec lui de Bruges, où il avait donné un concert, Sabin Todorov m’avait conseillé d’écouter un certain Dimitar Bodurov. Plus tard, je lisais dans Jazzmozaïek d’excellentes critiques à propos de son album «Stamps From Bulgaria 2008». Et ce jeudi 3 juin, Sergio avait la bonne idée de le faire venir au Sounds. Je ne pouvais pas manquer ça.

Dimitar Bodurov est arrivé depuis plus de dix ans aux Pays-Pas pour y étudier au conservatoire de Rotterdam. Deux ans plus tard, il formait un trio avec Cord Heineking (cb) - remplacé depuis par Mihail Ivanov - et Jens Düppe (dm), que l’on connaît bien chez nous, puisqu’il est le batteur du quartette de Pascal Schumacher. Dimitar Bodurov est d’un naturel souriant et a le sens du contact avec le public. Sur scène, il est décontracté et concentré à la fois. C’est que cette musique est, semblant de rien, assez complexe.

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Le trio attaque avec «Butch». Mélange subtil de rythmes balkaniques dansant, nerveux, tendus, et de silences abruptes. Bodurov aime autant jouer avec les moments suspendus qu’avec le tonnerre.

Même si tous les thèmes sont basés sur des traditionnels Bulgares, que Bodurov a totalement arrangé, le pianiste s’applique à s’en éloigner. Il s’en sert plutôt comme d’un tremplin à l’improvisation et à l’échange, histoire de préparer un bel espace de jeu pour le groupe.

Bodurov possède un toucher alerte, assez percussif, nerveux et découpé. Il module les phrases, slalome entre les rythmes ondulants. Sa musique est très mouvante, toute en accélérations et retenues.

«Mamo» est plus mélancolique et plaintif. Quand le piano se lamente, Mihlali Ivanov utilise l’archet et fait pleurer sa contrebasse comme un véritable violon tzigane.

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Sur quelques thèmes, Bodurov utilise le sampling de la voix d’une vieille chanteuse folklorique aujourd’hui disparue. Lamentation, prière, chant de désarroi ou d’espoir: on touche au jazz de chambre. La musique sent l’hiver rude et la famille réunie dans une maison pleine de courants d’air: c’est «Dobro». L’utilisation de la voix est un tour de force sur le très musclé «Doncho», par exemple. Jamais les musiciens ne s’interdisent l’improvisation, la liberté d’inventer, de chercher ou de s’échapper. Et ils retombent toujours sur leurs pieds, malgré les tempos hyper mobiles. Quels que soient les chemins qu’ils prennent, il ne manque jamais personne au rendez-vous. Le trio nous fait vraiment voyager au travers d’un jeu typé, entrelaçant les mélodies mélancoliques à une rythmique complexe. Tout est affaire de contrastes et de dosage. Jouant beaucoup sur les cassures et les stop and go, nos trois amis s’entendent à merveille et l’interaction est parfaite.

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Jens Düppe est un excellent coloriste, son jeu est aussi fin qu’il n’est brutal. Son solo, avant la fin du premier set, est sans doute l’un des plus originaux que j’ai entendu depuis longtemps. La syncope est comme toute de biais, comme prise à l’envers. Il nous surprend et surgit là où on ne l’attend pas. Parfois aussi, il use de nombreux artifices (clochettes, claves, gongs, xylophone…) pour colorer plus encore son jeu. Tout cela avec beaucoup de discernement.

Avec «Graovsko», l’orient fait une petite incursion dans l’univers Bodurov, sous la forme d’une pseudo marche évoquant Ravel ou Rimsky Korsakov.

L’esthétique de Bodurov est décidément assez différente d’un Sabin Todorov, d’un Bojan Z ou encore des frères Wladigeroff (dont je vous recommande encore et toujours «Wanderer In Love»), ce qui prouve, sans doute, la richesse de cette musique.

D'ailleurs, deux bons rappels bien mérités attestent que le jeu en valait la chandelle. Le trio sera de retour en octobre ou novembre… même endroit, même heure. Rendez-vous est pris.

A+

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

02/06/2010

Bo Van Der Werf - Interview

Bo Van Der Werf a un agenda chargé.

On le verra au El Negocto à Gand le lundi 7, au Pelzer à Liège le 9, au Sounds le samedi 12 et au Roskam le dimanche 13… Autour de lui, il y aura Nic Thys, Jozef Dumoulin, Robin Verheyen et parfois aussi Stéphane Galland.

Entre ces concerts-là, il sera également à Anvers avec Lidlboj (le 10) et, après tout ça, en résidence avec Octurn à la Jazz Station (le 23 et 24 juin).

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Son agenda était tout aussi chargé, il y a quelques mois. Mais j’ai quand même réussi à le «coincer» pour l’interviewer. Le résultat est en ligne ici, sur Citizen Jazz.

Bo ne sera pas au festival Wapi Jazz à Estaimbourg ce vendredi 4 juin (petit coup de pouce à ce jeune festival qui se déroulera à deux kilomètres de chez mon papa et ma maman…). Il ne sera pas non plus au Fast Forward Festival qui se déroulera du 11 au 19 juin au KVS à Bruxelles… quoique.

 

A+

 

22:18 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, citizen jazz, octurn, bo van der werf |  Facebook |

25/05/2010

Hot week-end...

Le prochain week-end sera chaud. Je ne vous parle pas de météo, mais de jazz.

Une fois n’est pas coutume, et avant de parler des «gros» festivals de l’été, je vous invite à regarder ce qui vous attend à partir de ce vendredi.


 

 

Vous êtes à Bruxelles? Vous n’échapperez certainement pas au Jazz Marathon. Ça démarre le vendredi soir et se termine le dimanche soir par la journée de Lundis d’Hortense. Entre les deux, plus de 125 concerts répartis dans tout Bruxelles. Dites-vous bien que vous ne pourrez pas tout voir. Moi non plus. J’ai pourtant dressé ma «short-list» (dans laquelle je devrais de toute façon sabrer encore). On y retrouve: Mariana Tootsie et ses Chéris d’Amour, Greg Lamy, Slang, Fred Delplancq, Melnyk et Delle Monache, Winchowski Trio, Casimir Liberski, Massot-Florizoone-Horbaczewski, Timescape Project, Chrystel Wautier, Philip Catherine Organ Trio, Ben Sluijs et Erik Vermeulen, PaNoPTiCoN, Jef Neve Trio, Julien Tassin, Sonic Orchestra, Tsu Tsu Trio, Louis Favre Trio, Citta Collectif, Ananke ou encore Flying Fish Jump… je pourrais en rajouter encore (Bruno Grollet, MYH Group, Cash Dedans, Davy Palumbo etc…), mais j’avais dit «short-list»… et la voilà déjà bien longue. Ce qui est sûr c’est que je serai à la Place Fernand Cocq tout le samedi après-midi pour le concours des jeunes talents. Et le dimanche après-midi sur la Grand Place pour écouter Sabin Todorov, dont l’album «Inside Story 2» vient de sortir chez Igloo, Barbara Wiernik et Nathalie Loriers.


 

Mais vendredi 28, vous ne serez peut-être pas à Bruxelles, mais à Huy? Parfait! Le centre Culturel offre une carte blanche à Eric Legnini, l’enfant du pays! Et celui-ci n’a pas hésité. Outre le fait qu’il se produira avec son trio (Thomas Bramerie (cb) et Franck Agulhon (dm)), on y verra aussi Yaël Naïm et David Donatien, Stéphane Belmondo (tp) ainsi que San Severino. Est-ce que cela ne risque pas de balancer un peu de ce côté-là de la Meuse?

Ou alors, ce week-end, vous serez à Liberchies pour la 8ème édition du Festival Django! Django aurait eu 100 ans cette année. De quoi lui faire une plus grosse fête encore!

À Liberchies, son village natal, rappelons-le, vous pourrez y entendre David Reinhardt, Lollo Meier, Fapy Lafertin, le fabuleux John Etheridge (oui, oui, ex-Soft Machine), Les Yeux Noirs et les délirants Doigts de L’Homme… entre autres. Pour les amoureux de Django qui ne pourraient pas se rendre à Liberchies, je vous conseille le coffret CD «Rétrospective» paru chez Saga ou, si vous êtes de vrais malades: «L’intégrale», qui paraît en trois volumes de 14 CD’s, chez Frémeaux. Côté lecture, il y a toujours le très chouette bouquin de Noël Balen aux Editions du Rocher: «Le génie vagabond».

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Quand je pense que vous serez peut-être aussi à Corroy-le-Château, vendredi, pour le concert de Marc Frankinet, Georges Hermans et Jean-Louis Rassinfosse au Théâtre des Deux Marronniers; à Brassages pour le concert de Big Noise; à De Werf pour celui de Michael Musillami; ou à Dinant, à l’F, le samedi pour le concert de François Théberge (qui sera également au Pelzer ce mercredi)… je me demande dans quel état je vais vous retrouver lundi…

 

A+

 

23/05/2010

Gil Scott-Heron au Cirque Royal

Personne n’espérait plus le revoir un jour sur une scène d’Europe. Et encore moins sur une scène belge.

Miracle. Gil Scott-Heron est venu au Cirque Royal ce 12 mai.

Début d’année, déjà, il y avait eu cette grande nouvelle assez improbable: un nouvel album! Non pas une réédition, ni une compilation, mais bien un  nouvel album. Et quel album! «I’m New Here»: court, intense, moderne, indispensable.


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Ce soir, sur la scène du Cirque Royal, il ne chantera qu’un seul morceau de son dernier opus: «I’ll Take Care Of You». Et en effet, homme de parole, il prendra bien soin de nous.

Casquette vissée sur la tête, pantalon trop court et vieille veste sur une chemise à trois balles: Gil Scott-Heron est de retour.

Sous un tonnerre d’applaudissements, seul au milieu de cette grande scène, Gil nous rassure avec son humour tellement lucide, décalé et légèrement cynique: il est bien vivant.

La voix patinée par la vie et les excès, les mots défilent et renvoient à leurs études les rappeurs dont il est le père. Un mot à propos du volcan islandais qui l’a obligé à annulé quelques concerts, un tackle envers les consultants de tous bords ou les spécialistes en tout genre («Sur CNN, il y a même des spécialistes qui parlent d’évènements qui ne sont encore jamais produits!»), Gil est en forme et heureux d’être là. Et nous aussi !


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Alors, il s’installe, seul derrière son Rhodes, et attaque «Blue Collar». Il nous cloue le bec. Ça n’a pas pris une ride. Puis c’est «Winter In America», toujours autant d’actualité, qui précède «We Almost Lost Detroit» et permet d’accueillir ses vieux copains du  Midnight Band: Glen (Astro) Turner (keyboards et harmonica), Tony Duncanson (perc.) et l’incroyable Carl Cornwell (ts et flûte). Nos gaillards poussent encore un peu plus le curseur vers le blues, la soul et le funk dégraissés jusqu’à l’os. «Work For Peace». Le public frappe des mains puis chante des «Da doo. Da doo» sur «Three Miles Down». Carl Cornwell fait rauquer son ténor. C’est aussi brûlant et intense qu’un Pharoah Sanders. Son solo atteint des sommets. Glen (Astro) Turner passe au-devant de la scène et, à l’harmonica, rend fou le Cirque. «Be Safe, Be Strong, Be Free» se répète à l’infini et Tony Duncanson se déchaîne sur ses congas.


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On souffle un peu avec «I’ll Take Care Of You» avant de se prendre dans le plexus «Did You Hear What They Said?». Gil commente, parle, amuse, fait réfléchir. Et l’intensité remonte à nouveau, Gil lâche ses amis pour que chacun y aille d’un solo plus fiévreux l’un que l’autre. «The Other Side» gonfle en un chant obstiné et martelé. Le climax est à son paroxysme.

Et puis, on l’attend, on la devine, on la flaire… L’intro à la flûte l’annonce: «The Bottle» explose finalement. Délire. Gil Scott-Heron et ses copains font durer le plaisir, s’amusent et rajeunissent. «The Bottle» est toujours aussi pleine de funk et de groove. À jamais indémodable.

La salle est debout.


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Un dernier morceau en rappel. Gil Scott-Heron est plus vivant que jamais!

You were not able to stay home, brother… Mais vous pourrez vous rattraper lors du prochain Gent Jazz Festival où Gil Scott-Heron y est programmé le 17 juillet! Ne ratez surtout pas ça.

 

 

 

A+

 

22/05/2010

Jazz à Liège 2010

Impossible de me rendre à Liège, le vendredi 7 mai, pour le Festival de Jazz qui fêtait ses 20 ans.

Samedi 8, par contre j’y étais. Un peu trop tôt d’ailleurs. Belle occasion pour me détendre un peu à la terrasse ensoleillée d’un sympathique café et pour continuer la lecture de l’excellent livre de Geoff Emerick «En studio avec les Beatles». Je me demande toujours comment il est possible de se souvenir, aussi précisément, d’événements qui se sont produits voici près de quarante ans! Emmerick est l’ingénieur du son qui a enregistré, entre autres, «Revolver», «Sgt Pepper», «Abbey Road»... Dans ce livre, il nous fait vivre de l’intérieur ces incroyables moments de créativité qui ont bercé ma jeunesse. Et c’est jubilatoire. Pour peu que vous vous intéressiez un tantinet aux Fab Four, je vous recommande vivement cet ouvrage incontournable.

Allons, il est temps de rejoindre le Palais des Congrès.


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Je passe d’abord une tête dans la Salle de la Région Wallonne où Nathalie Loriers fait son sound check. Les réglages sont délicats. Non seulement, le line-up de base du String Quartet a été légèrement modifié, mais c’est Jean-Paul Estiévenart qui a la lourde charge de remplacer Bert Joris à la trompette. Comme je verrai cette formation (avec Bert) lors du prochain Jazz Marathon (dimanche 30), je descends au Bar des Congressistes pour écouter Sophie Alour (ts, ss), accompagnée par Yoni Zelnik (cb) et Karl Januska (dm).


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Le trio présente son dernier album «Opus 3». Le jazz de Sophie Alour mélange les genres avec une certaine retenue. On passe du bop au rock en lorgnant tantôt vers le classique, tantôt le jazz très moderne, tantôt le jazz très soul. «Mystère et boule de gomme!», aux harmonies et aux arrangements assez sophistiqués, nous emmène dans une spirale déstabilisante, tandis que «Eloge du lointain», qui flirte avec les rythmes africains, nous ramène sur un terrain plus organique. Le jeu souple et tout en douceur de Sophie Alour se mêle joliment à celui, très chantant et sinueux, du contrebassiste Yoni Zelnik. À la batterie, Karl Januska est impeccable de bout en bout. Il est à la fois très sec et tranchant sur «Untitled» (?), puis sensuellement percussif sur «Mystère et boule de gomme!» et fougueux sur «Karlstone».  C’est frais et très agréable, surtout que Sophie Alour ne manque pas d’humour.

Je fais l’impasse sur le trio de Donny McCaslin, pensant aller le voir le lundi suivant au Hnita Hoeve. Malheureusement, je n’en aurai pas l’occasion. Un coup dans l’eau. De toute façon, ici à Liège, la salle était comble - impossible de se faufiler plus avant - et le concert avait commencé depuis près d’une heure.


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En route donc vers la Salle de Fêtes pour découvrir ce que l’on considère comme étant la révélation pianistique de ces dernières années: Tigran Hamasyan. Le premier et long morceau me laisse pourtant très dubitatif. Tigran est très expressif et très physique sur son piano, il alterne les phrases légères, les accords massifs et les échappées virtuoses. C’est impressionnant, mais… Mais il faut attendre «Love Song» pour que se révèle alors un formidable groupe. La vocaliste Areni trouve idéalement sa place. Les tessitures se mêlent. Piano, voix et sax (Ben Wendel) jouent à l’unisson puis s’éloignent, prennent des libertés et se rejoignent à nouveau. Les harmonies orientales se mélangent au jazz et au rock. «Falling» débute par un intense solo de batterie (Mark Giuliana) aux accents jungle, repris au micro, façon beat box, par Tigran. Tout le folklore arménien explose. Le pianiste se déchaîne et Sam Minaie (cb) redouble d’impétuosité. Le contraste est violent lorsqu’ arrive «Chinar Es», en duo piano - voix, qui prend alors une ampleur étonnante. Cet air plaintif et mélancolique irradie la salle. Le groupe revient au complet pour un final éblouissant. Tigran, les deux mains hyper mobiles, met le feu aux poudres. Ok, me voilà convaincu.


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Le temps de me rafraîchir un peu au bar, de croiser quelques amis dans le long couloir et me voilà dans la Dexia pour le concert de Mark Turner (ts), Larry Grenadier (cb) et Jeff Ballard (dm). C’est plein à craquer. L’ambiance est assez nocturne et dépouillée. Le trio développe un jazz assez intimiste. Cependant, le concert est un peu plus nerveux que l’atmosphère générale de l’album («Sky & Country») paru dernièrement chez ECM. On sent, dans le jeu de Ballard surtout, l’envie de donner du nerf à la musique, tandis que Turner semble souvent retenir l’explosivité. Il préfère broder autour d’ondulantes phrases lyriques («Child’s Play» ou «Brother’s Sister»). Mais avec «State Of The Union», on file tout droit. Grenadier rebondit sur des rythmes que Ballard s’amuse à casser. FLY force même le trait un peu boogaloo sur «Elena Berenjena». Bien sûr, on reste dans la nuance et la délicatesse. Pas de tonitruance ici, même si «Super Sister» termine le set de manière très enlevée.

En attendant que Nicholas Payton daigne bien commencer son concert, je vais écouter les derniers instants de celui de Murat Öztürk… Eh bien, j’aurais voulu en entendre plus. Dans la veine assez traditionnelle du trio piano - basse - batterie, le leader d’origine turque fait preuve d’une belle personnalité. Le jeu de Murat est assez clair, détaché et brillant. Gauthier Laurent (cb) impose un jeu ferme et très musical, qui se faufile entre les lignes d’un jazz assez chatoyant. Et tout cela est soutenu par le drumming magique et sobre de Dré Pallemaerts. À suivre.


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Dans la grande salle du fond, Nicholas Payton balance un jazz plutôt prévisible. C’est toujours agréable, certes, mais cela ne soulève pas chez moi un enthousiasme débordant. Il y a pourtant sur scène une belle brochette d’excellents musiciens, à commencer par le tout jeune et extraordinaire pianiste Lawrence Fields, aussi vif que pétillant. Marcus Gilmore (dm), plus sage ici qu’avec Vijay Iyer, partage la rythmique avec le percussionniste Dan Sadownik et le contrebassiste Vicente Archer. Le sextette revisite le bop (ou neo-bop) façon Terence Blanchard ou Wynton Marsalis. Tout est hyper réglé, avec juste ce qu’il faut de swing, de latin jazz et de rythmes langoureux. Il manque juste un peu de folie… ou simplement de plaisir de jouer?

Un peu fatigué, je jette quand même une oreille au Flat Earth Society. Ici, il y a de la folie, une pointe de délire et une envie évidente de s’amuser. J’aurais dû opter pour ce concert-là, peut-être…

 

A+

 

14/05/2010

Si on chantait ?

Tout le monde chante!

Tout le monde ne sait pas chanter, mais tout le monde chante! Du rock, de la chanson française, du rap, de la pop ou… ou du jazz.

Le jazz vocal est aussi diversifié que le jazz «tout court». Il y a autant de style de jazz vocal que de style de jazz. Ça semble assez logique d’ailleurs. Le jazz est en grande partie basé sur l’improvisation. Et l’improvisation, c’est comme une conversation (vous savez ce que vous allez répondre quand vous ne connaissez pas encore la question, vous?).

Une conversation peut être simple, intellectuelle, intelligente, drôle, sans queue ni tête, impertinente, grossière, revendicative…

Elle peut être convenue et banale aussi. Heureusement, pas de ça ici.

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Voici une courte (très très courte) sélection de disques «qui chantent» et que j’ai écouté ou réécouté dernièrement, et qui méritent qu’on y tende une oreille, voire deux.

Stilte, qui sera en concert ce samedi à la Jazz Station (vite, vite, il est encore temps!) est un jeune duo français. Loïs Le Van (Chant) et Aliocha Thévenet (guitare acoustique) se sont connus à Lyon. Le premier s’est «expatrié» en Belgique pour y suivre les bons conseils de David Linx, après avoir travaillé avec Kurt Elling et Thierry Péala, entre autres. Loïs, fait également partie de l’excellent ensemble «Brussels Vocal Project». Aliocha s’est d’abord nourri de la guitare classique avant d’aller croquer du rock, de la musique contemporaine et du jazz.

Un duo, ça peut paraître austère, surtout que Stilte s’est fixé une ligne de conduite qui pourrait sembler étroite. Pourtant… Pourtant, l’alchimie qui naît entre nos deux musiciens fonctionne à merveille, et elle est, évidemment, indispensable à la réussite de cet exercice périlleux. Le sens des mots se mélange au sens des sons. La voix de Loïs suit les méandres des harmonies, égrainées avec beaucoup de sensibilité par Aliocha. Il émane de ce chant une couleur toute particulière, et de cette voix, une sensibilité et une fragilité touchante. Le groupe cultive le sens de la poésie, y mélange les vocalises et les paroles en formes de montagnes russes, sans jamais tomber dans la démonstration. C’est tantôt joyeux et frais, tantôt plus introspectif. Le duo nous emmène dans un joli voyage poétique où l’on se surprend à respirer. Un peu comme lorsque l’on ouvre la fenêtre d’un train qui traverse tranquillement une campagne ensoleillée.

Dans un autre style, Nathalie Natiembé (j’en entends déjà crier: «C’est pas du jazz, c’est pas du jazz!»…) possède une voix qui vient vous chercher. Une voix légèrement voilée, un peu abîmée par la vie. Une voix grave et patinée. La musique oscille, la plupart du temps sur des rythmes lancinants, entre blues et désillusion. Les textes sont pétris d’images fortes et de combats, chantés en créole réunionnais, ce mélange d’africain et de français phonétique. L’arrangement musical vous prend au ventre dès les premières minutes. Il faut dire que Nathalie Natiembé s’est entourée, pour ce disque, de la paire Cyril Atef (perc) et Vincent Ségal (violoncelle électrique), autrement dit: de Bumcello. Du coup, malgré l’ambiance assez lourde, on y retrouve toute la luminosité d’un groove contenu. On se balade dans un blues des îles en quelque sorte, celui de l’Île de la Réunion. Pas de World Music ici (du moins dans le sens galvaudé utilisé actuellement) mais une fusion entre un chant ethnique et un son très actuel.

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J’ai ressorti aussi l’album de Barbara Wiernik, «Soul Of Butterflies». Et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Du moins en partie. Barbara a une voix magnifique et une technique irréprochable. Sa musique douce-amère nous fait voyager entre le bonheur, la douceur et la mélancolie. Elle est accompagnée magnifiquement par Tuur Florizoone (acc) qui donne une couleur indélibile à l’ensemble de l’album, Fabian Fiorini (p), Laurent Blondiau (tp), Nic Thys (cb) et Yves Peeters (dm). La plupart des titres, chantés en anglais, font mouche. J’ai un peu plus de mal avec les titres français. Trop alambiqués? Trop «chanson française» pour moi? Je ne sais pas, mais j’accroche nettement moins. Par contre «My Old Man» (de Joni Mitchell), en duo avec un éblouissant Nicolas Thys à la contrebasse, «You Don’t Know What Love Is», et surtout «Army Dreamers» (de Kate Bush) sont de pures merveilles. À venir découvrir sur la Grand Place de Bruxelles lors du prochain Jazz Marathon pour vous faire votre propre opinion.

Découverte, pour moi, de l’univers de Claudia Solal. On adhère ou pas, c’est selon, mais moi, j’y ai plongé avec délectation. Claudia Solal (oui, oui, la fille de Martial) chante comme on raconte les histoires de Lewis Carroll. Sa voix est comme hantée par l’opéra et la comédie musicale. Elle flotte au-dessus d’une musique étrange, mystérieuse et pleine de sensations. Benjamin Moussay y distille des notes de piano aux reliefs décalés, y injecte des bruits épars, des mots volés et des rires d’enfants. Joe Quitzke (dm) déstabilise les rythmes, les habille d’ornements insolites. Jean-Charles Richard dépose d’élégantes et lyriques phrases au saxophone (baryton ou soprano). Parfois, une touche de violon ajoute au côté désuet de l’aventure avant que la rythmique ne nous renvoie dans un tempo groovy et contemporain. On est happé par le tourbillon de «Blocks», on titube sur les recherches éthyliques et brumeuses de «But The Birds Above», on est intrigué par le long poème/suite plein de chausse-trappes de «The Winter Of Our Discontent» (inspiré de Shakespeare). Bref on nage dans un univers fantasmagorique, sensuel et excitant. Alors, on se réécoute l’album et l’on découvre encore de nouvelles histoires cachées. Des histoires sans fin. Un vrai délice.

 

On va s’arrêter ici pour l’instant (la suite, ce sera pour plus tard). Juste le temps de vous dire, et pour terminer en chansons, que Mélanie De Biasio sera le 24 au Music Village et le 25 à Charleroi, Véronique Hocq le 20 à Soignies et le 28 à Chapelle-Lez-Herlaimont et Chrystel Wautier le 27 au Rideau Rouge à Lasne…

 

A+

 

12/05/2010

Mais où a été parachuté Jacques Pirotton ?

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Passé inaperçu, raté, oublié, loupé, manqué… je ne sais pas quel synonyme utiliser.

L’interview de Jacques Pirotton est en ligne depuis le 27 février (!!!!) et je ne le savais même pas ! Oui, oui, c’est sur Citizen Jazz.

Pas évident de la retrouver, d’ailleurs. Mais j’ai un tuyau : si vous cliquez ici, vous y êtes directement !

 

A lire en écoutant son dernier album : Parachute

 

A+

 

23:21 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, citizen jazz, jacques pirotton |  Facebook |