14/04/2018

Felix Zurstrassen Trio - Roskam

Pas simple d’écouter du jazz subtil au Roskam. Surtout ce dimanche premier avril au soir. En tous cas pendant le premier set car, devant les musiciens, se sont amassés quelques clients passablement imbibés confondant sans doute la scène et le bar.

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Est-ce pour cette raison que le trio de Felix Zurstrassen, Nelson Veras et Antoine Pierre s’est augmenté du saxophoniste néerlandais Ben Van Gelder ? Pour se faire entendre ? Bien sûr que non. Mais cela aide.

Si le premier morceau est assez enlevé, et même puissant, le second, «Catabaucalise» semble évoluer par strates douces, par vagues, avec des modulations d’intensités. Le maillage est très élaboré mais la structure est, au final, très lisible.

Les lignes mélodiques complexes, tricotées par Nelson Veras, ont encore un peu de mal à se faire entendre, mais on finit par les suivre et on se laisse vite embobiner. Dès qu’il y a de l’espace, il enquille les arpèges dans un phrasé qui n’appartient qu’à lui. Puis il passe le relais à Ben van Gelder qui, parfois dans l’esprit Don McCaslin, emmène le groupe sur des chemins plus escarpés. Dans le brouhaha ambiant, un standard comme «April in Paris» ou la composition «Nova» - morceau presque bop et qui met en valeur la section rythmique - ça passe mieux.

 

Heureusement, pour le deuxième set, la salle s’est vidée des quelques importuns et il reste un très nombreux public, beaucoup plus respectueux et attentif, autour de la scène. Et là, on profite pleinement des talents de compositeur de Felix Zurstrassen. La plupart de ses morceaux sont écrits avec beaucoup de rigueur mais laissent du champ aux solistes et aux improvisations. Les mélodies sont riches, parfois tortueuses, déposées sur des rythmes rubato, mais elles ne manquent jamais de groove ni d’énergie. Il y a pourtant un certain romantisme triste, une poésie douloureuse qui s’en dégage, mais qui évolue toujours vers quelque chose de positif et lumineux. Et c’est cet équilibre entre douceur et mordant, entre complexité et immédiateté, qui fait l’intérêt de ce cette musique. «Songe d’Or» ou «oMoloMo» sont plus réservés tandis que «Ymakre» est plus swinguant.

Les échanges et les dialogues entre Veras et van Gelder fonctionnent à merveille et chacun trouve une place pour s’exprimer. Quant à Antoine Pierre, toujours attentif et créatif derrière ses fûts, il injecte régulièrement des idées, et se fend, en fin de concert de quelques solos aussi claquants que délicats, dont il a le secret.

Felix Zurstrassen prépare un album avec ce trio (qui deviendrait quartette ?), mais il faudra patienter encore un peu : le contrebassiste n’est pas une tête brûlée, il sait - et il aime - gérer son temps et ses effets. Il préfère construire et consolider encore le groupe. Pour bien faire les choses. Et franchement, ça promet.

 

 

 

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