24/02/2018

Jazzques écoute - Octurn - Songbook of Changes

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Plonger dans un album d’Octurn est toujours une aventure fascinante. Avec Songbook Of Changes, le dernier album sorti chez W.E.R.F. Records, on ne déroge pas à la règle.

Octurn nous a habitué à nous déshabituer. Avec eux, l’aventure est souvent déstabilisante, chaque fois différente et toujours frissonnante.

Le collectif au line-up variable, emmené par Bo Van der Werf, en a fait du chemin depuis 1996, passant du M’Base à une musique très contemporaine via la musique aléatoire ou aux folklores imaginaires, poussant chaque fois un peu plus loin les expérimentations.

Il y a quelque chose de l'ordre du sacré, du divin, de l’ésotérisme dans cette musique, comme dans celles d’Olivier Messiaen (dont l’influence a été majeure pour le groupe), de György Ligeti ou des musiques indiennes ou tibétaines…

Octurn explore des harmonies toujours mouvantes, faites de couches et de structures libres et indépendantes. C’est un peu comme dans un jeu de domino : une idée en amène une autre qui en entraine une autre. Et tout peut arriver. Tout est une question d’équilibre, d’écoute, de lâcher prise.

Dans Songbook Of Changes, chaque morceau est une sorte d’exercice, un travail sur les matières et les atmosphères. Parfois abstraite jusque dans les titres («Song 10», «Song 8», «Song 1» ou encore «m46664a»), souvent méditative et magnétique, la musique nous entraine dans un tourbillon de sensations étranges.

Tout commence en douceur et en mystère («Song 10») sur des effets crachotants de Jozef Dumoulin. Puis, Fabian Fiorini, plaque des accords sur un motif répétitif, toujours flottant («Song 8»), avant que l’ensemble ne s’enflamme. Le drumming papillonnant de Dré Pallemaerts et la contrebasse discrète et parcimonieuse de Clemens van der Feen laissent le champ libre aux improvisations de Magic Malik à la flûte (et au chant fantomatique sur «Song 2») et à Bo Van der Werf au sax baryton insaisissable.

Octurn enlève et allège sans cesse, travaille l’espace, le dépouillement, les silences et le vide plein d’âme. L’exact opposé de ce «vide abyssal» qu’avait un jour écrit un célèbre critique n’ayant sans doute pas tout à fait compris le sens de la démarche. On ne lui en voudra pas et le groupe avait d’ailleurs bien ri de cette description idiote.

Ecouter Octurn, c’est prendre son temps et c’est oublier le temps. L'univers de chaque thème varie imperceptiblement, mettant en avant tantôt le piano, tantôt la flûte ou le sax. On passe de rythmes haletants («Song 14») à d’autres, totalement en apesanteur («Song 1»). Quant à «Red», «Black» et «Blue Tara», ils se dispersent sur l’album et distillent des sentiments apaisés, rageurs ou vibrants.

Comme souvent avec Octurn, ce Songbook Of Changes demande à se laisser découvrir et se laisser vous imprégner pour pouvoir en apprécier les moindres petits bienfaits.

Laisser vous faire.

 

Octurn feat. Clemens van der Feen & Magic Malik- ’Songbook of Changes’ (W.E.R.F.149) from STUDIO SANDY on Vimeo.



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20/02/2018

Shijin à la Jazz Station

Je me plaignais de ne pas voir assez souvent Malcolm Braff en Belgique et voilà que, coup sur coup, le pianiste suisse passe par Bruxelles et exhausse ainsi mes vœux !

Après son excellent concert en trio au Théâtre Marni le mois dernier, le voici de retour avec le groupe Shijin dans lequel on retrouve le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, venu tout droit de Boston, le batteur Stéphane Galland, en direct de Bruxelles et le bassiste français Laurent David, instigateur du projet. Bref, une belle bande de cogneurs à la Jazz Station qui, comme d’habitude, a fait le plein !

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Shijin est un pari tout aussi audacieux qu’excitant. Si les musiciens se connaissent depuis longtemps - ils ont joué chacun ensemble mais dans des projets différents - le quartette s’est formé très récemment et le travail s’est fait de manière assez originale. Laurent David et Stéphane Galland ont d’abord posé des bases rythmiques, qu’ils ont envoyés à Malcolm et Jacques qui, chacun chez soi, ont composé des mélodies. Ce travail à distance s'est concrétisé physiquement la veille des premiers concerts ! Dans le genre «saut dans le vide», c’est pas mal, car sur une musique assez complexe - on connait nos gaillards - la gageure est osée. Il en résulte un jazz assez «brut de décoffrage», très énergique et organique, très écrit mais laissant pourtant beaucoup d’espaces aux musiciens.

Dès le début, le ton est donné - même si l’on commence en «douceur» - et les multiples couches rythmiques et métriques s’enchevêtrent rapidement sur une fausse ballade que le groupe finit par faire exploser. Fidèle au «concept» qui a abouti à Shijin (une symbolique orientale qui fait référence aux quatre points cardinaux), le travail d’individualités collectives, comme le définit Laurent David, nous emmène aux quatre coins du monde. On passe de la biguine à la musique sud-africaine, des rythmes incantatoires vaudou aux danses chaloupées du Brésil, des polyrythmies complexes et insensées aux efficaces binaires disco…

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Ici une intro de Malcolm Braff, ferme et percussive et là une autre de Jacques Schwarz-Bart toute en apesanteur, avec un léger delay…

Et puis ça claque ! Ça groove et ça danse de façon bancale, c'est full energy, avec un soupçon de funk soul à la Thundercat, des relents de blues crasseux…

Et puis il y a ces métriques changeantes, ces breaks, ces changements de directions soudains, ces prises de paroles péremptoires et abruptes. Il y a le jeu hyper dense et touffu de Galland, les envolées fiévreuses de Schwarz-Bart à la limite de la cassure, la basse galopante de David. Et pour corser le tout, Malcolm Braff s’ingénie, entre le piano et le Fender Rhodes, à échantillonner et trafiquer les sons du piano et du sax en live.

Le groupe expérimente et fusionne les styles et les genres. Et tout cela tient ! Comme par miracle.

Shijin, n’en est qu’à ses débuts et sans doute que les futurs concerts vont encore affiner les idées et affûter les complicités. Ça promet.

On attend donc la suite avec impatience.

 

 

 Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

 

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17/02/2018

Jazzques écoute - Linx, Ceccarelli, Goualch, Imbert - 7000 Miles

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David Linx est quand même un phénomène. Depuis qu’il chante, il surprend, il étonne et se remet en question à chaque projet.

Quand André Ceccarelli l’appelle à rejoindre son trio en 2009 pour rendre hommage à Claude Nougaro avec qui il avait beaucoup joué, ni le batteur ni le chanteur ne pensaient que l’aventure allait durer aussi longtemps ni même évoluer de la sorte.

Au fil des ans, le trio est devenu un véritable quartette, les concerts se sont enchaînés, et un répertoire, en dehors de celui de Nougaro, s’est précisé.

7000 Miles, l’album qui vient de paraître, n’est sans doute pas une finalité mais serait plutôt une étape, un jalon, tant on espère que le groupe continuera sur sa lancée.

7000 Miles est autant un retour aux sources qu’une projection vers l’avenir.

Le groupe sonne comme un seul homme et propose 9 perles de jazz où se retrouvent standards, reprises et compositions originales dans une cohésion parfaite. Car ce qui accroche d’emblée l’oreille, c’est le son de ce quartette, cette osmose, cette complicité entre les musiciens. Diego Imbert, à la contrebasse distille avec élégance des lignes ondulantes, tandis que Pierre-Alain Goualch, au piano ou au Fender Rhodes, impressionne de liberté dans un jeu tantôt sobre, tantôt explosif (écoutez-le sur l’étonnante et jubilatoire version de «Dock Of The Bay» d’Otis Redding). Et puis il y a le drumming parfait, aérien, voluptueux et superbement bien dessiné d’André Ceccarelli qui se marie si bien avec la voix de David Linx. Ce dernier joue dans le registre de la douceur, presque de la retenue, et donne peut-être encore plus d’éclat à certains textes. Des textes parfois engagés ou du moins porteurs de messages. Ecoutez, par exemple, l’amer «America» et ses trois petites notes qui rappellent The Star-Spangled Banner pour lancer la chanson, ou encore «Distortions» en hommage à James Baldwin. Eclairant.

Laissez-vous prendre par «From One Family To Another» et ensuite bercer par «The Promise Of You» ou les standards «Night And Day» et «Dock Of The Bay» qui évitent tous les pièges et les clichés, et qui sont ici littéralement réinventés. Et puis il y a cet obsédant «Poses» de Rufus Wainwright qui ouvre magnifiquement un album dans lequel on plonge sans jamais avoir envie de remonter à la surface.

N’hésitez pas à parcourir en tous sens ces 7000 Miles, le voyage en vaut vraiment le détour.

 

 

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15/02/2018

Rebirth Collective - Jazz Station

Rebirth Collective existe depuis plus de 8 ans déjà et je n'avais jamais eu l'occasion de l'entendre live. Ce samedi, à la Jazz Station, c’était l’occasion de me rattraper.

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C'est le tromboniste Dree Peremans qui est à l'origine de ce... mini big band. Et oui, ils sont huit, mais ils sonnent comme seize. En effet, autour d'une solide rythmique (Toni Vitacolonna aux drums, Ewout Pierreux au piano et Christophe Devisscher, qui remplaçait exceptionnellement – et de façon exceptionnelle – Jos Machtel à la contrebasse), on retrouve 5 souffleurs : Dree Peremans, Jo Hermans (tp), Joppe Bestevaar (baryton), Wietse Meys (st) et Bruno Vansina (as, ss, clarinette).

D’entrée, le groupe balance une version tonitruante de «Witchcraft», (c’est aussi le titre de leur dernier album). Sur ce thème très enlevé, le pianiste et le trompettiste se mettent déjà en évidence. Ça claque de brillance ! Le «Waltz For Debbie» de Bill Evans - version Cannonball Adderley (Know Wat I Mean?) - n’en est pas moins énergique. Le jeu de Ewout Pierreux est autant swinguant que ferme et décidé. Le pianiste entraîne dans son sillage Bruno Vansina qui ne se fait pas prier pour prendre quelques chorus musclés.

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Rebirth Collective croise avec beaucoup de réussite la tradition et la modernité dans des arrangements judicieux. Il y a quelque chose de juste décalé, juste détaché, juste différent dans ce band qui le rend assez singulier. Par exemple, sur «First Song» de Charlie Haden, introduit magnifiquement par Christophe Devisscher et délicatement dessiné par Jo Hermans au bugle, tous les musiciens reprennent la mélodie en chantant doucement, y ajoutant ainsi un supplément d'émotion à ce thème magnifique.

Et puis, c’est reparti pour le swing, agrémenté de blues ou d’americana. «March Majestic» est sautillant, «Cherokee» ou «Corn ‘n Oil» font autant références à Count Basie qu’à Maria Schneider, tandis que «Just One Of Those Things» est joué à cent à l’heure. La cohésion est totale et la mise en place parfaite. Et chaque musicien peut profiter de «son moment» comme, par exemple, Toni Vitacolonna et  son solo tout en destruction/reconstruction qui n’oublie jamais de swinguer.

En un seul et long set, Rebirth Collective nous fait passer un très beau moment de jazz et de voyage. L’octette s'empare de tous les atouts d'un big band et profite de toute la liberté dune formation plus petite. Et c'est une belle réussite.

Promis, je n’attendrai plus si longtemps avant d’aller les réécouter.

 

 

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

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10/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 4

Day 4

Et nous voilà déjà samedi 3 février, la journée la plus chargée du Tournai Jazz Festival.

Dès neuf heure du matin, les organisateurs proposaient un brunch musical dans une boulangerie, puis une rencontre avec Stéphane Mercier et Igor Gehenot à la librairie Decallone, une projection du film Manneken Swing, une conférence sur le jazz belge avec Marc Danval au conservatoire, les expos de Fred Médrano et Philippe Debongnie au Fort Rouge, un dîner concert au Comptoir 17, un autre au Bièrodrôme avec les Atomic Ladies. Bref, c’était Jazz sur la ville !

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Tout cela pour nous mener au premier concert de la journée (encore et toujours sold out !) de Rhoda Scott à la Halle aux Draps, sur les coups de 17 heures.

Julie Saury, souffrante, a laissé la place à Thomas Deroineau derrière les tambours. Le Lady Quartet est donc devenu un Lady Trio Plus A Man. Au sax alto et à la clarinette, ce n’est pas non plus Lisa Cat-Berro comme annoncée, mais Aurélie Tropez. Par contre, Sophie Alour est bien présente et Rhoda Scott aussi, plus en forme que jamais !

Et ça swingue dès le premier morceau avec le très boogaloo «We Free Queens», titre éponyme de l’album qui fait sans doute aussi un petit clin d’œil à Roland Kirk.

Rhoda Scott, toujours pieds nus, toujours souriante et d’humeur très blagueuse entraîne son groupe avec énergie. Ça respire la bonne humeur et le bonheur sur scène comme dans la salle. Le groupe est soudé et la musique s’en ressent. On laisse de l’espace, on improvise, on fait monter le groove et les titres s’enchaînent. «Valse à Charlotte» ou «Que reste-t-il de nos amours» balancent voluptueusement au son graineux du ténor de Sophie Alour (aah, cette façon de «laisser traîner» les notes est divine). Sur «You’ve Changed», d’Ellington, c'est Aurélie Tropez qui démontre toute la richesse de son jeu, virevoltant et fin. «Joke», «I Wanna Move», «Moanin'» ou encore « What I’d Say » qui demande la participation du public, font chaque fois monter le groove d’un cran. Carton plein ! Voilà un premier concert plein d’énergie, de rires et de frissons qui nous comble de bonheur.

Petit break avant d’aller retrouver Stacey Kent sur la même scène.

Entourée de son équipe habituelle, son saxophoniste et mari Jim Tomlinson en tête, la gentille chanteuse propose ses chansons jazzy parfaitement mises en place. L’esprit est très cocoon, très ballades, parfois un peu de bossa ou un peu chanson française. Le moment est détendu, délicat et… sans surprise. Stacey chante de sa voix de jeune fille, ne la poussant jamais trop loin, restant dans le même registre du début à la fin. Elle n'est pas du genre à prendre des risques. Tout est propre, lisse et confortable. Pas de place au hasard. Le public apprécie mais, personnellement, je m’ennuie pas mal…

Dans le Magic Mirrors, sur la Grand Place, il y avait nettement plus d'ambiance et ça bougeait nettement plus. Pourtant il s'agit d'un tout jeune groupe d'élèves, encore au conservatoire (classique) ou à l’académie qui, passionnés par le jazz, ont monté un combo : The Outsiders. Et ils n’ont pas froid aux yeux ! Bien sûr il y a encore plein de petits défauts partout, mais il y a tellement d’enthousiasme, une déjà belle façon de se présenter, du groove et du swing que l’on ne peut que les encourager. Et certains solistes ont déjà pas mal de personnalité : Bastien Wibaut (as, baryton) ou William Delplanque (tp), pour ne citer qu’eux. Encore quelques années, un concours ici ou là et... on devrait entendre parler de l’un ou l’autre à l’avenir !

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Avec Didier Lockwood aussi ça déménage. Je craignais un peu le Lockwood fusion-electric-ambiant… Mais, heureusement pour moi, ce ne fut pas le cas. Avec Gary Husband (dm), Darryl Hall (cb) et Antonio Farao (piano), le violoniste français propose un jazz explosif qui renoue un peu avec la tradition (moderne). D’emblée, le curseur est positionné sur «tempi enflammés» ! Le groupe enfile les thèmes sur un rythme soutenu. Et chacun y va de sa «performance», tout en restant soudé au groupe. «Quark», «Positive Life» ou «The Ballad Of Pat & Robin» sont boostés par une rythmique bouillonnante. Antonio Farao est de tous les coups et, lorsqu’il prend ses chorus, la température monte encore. Le touché est vif, puissant et brillant, le pianiste enfile les arpèges et les accords avec une clarté et une vitalité éblouissantes. L’instrument gronde véritablement sous ses doigts.

Et si «Good Morning Lady Sun» commence tout en douceur, il évolue rapidement en un groove furieux. Darryl Hall malaxe les cordes et Gary Husband donne la pleine puissance, excité par le leader qui se contorsionne devant lui, comme la muleta que l’on remue devant un taureau. Emporté par son enthousiasme, le violoniste n’hésite pas non plus, comme Lisa Simone la veille, à descendre dans la salle et à aller communier avec un public électrisé. Même le «Blues Fourth», en rappel, n’est pas moins intense…

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Pas le temps de souffler – surtout que l’on a pris un peu de retard sur l’horaire – et l'on se retrouve pour le dernier concert, au Magic Mirrors, avec Eric Legnini.
Il est déjà tard, mais le public répond présent.

Le pianiste belge (parisien d’adoption) présente son excellent album Waxx Up avec Franck Agulhon aux drums, Julien Hermé (à la place de Daniel Romeo) à la basse, ainsi que la merveilleuse chanteuse new-yorkaise (qui est née au Canada) Michelle Willis.

Alors, bien sûr il faut «re-chauffer» la salle et ce n’est pas si simple après le concert de Lockwood. Mais la musique soul, aux accents groovy, R&B et Hip Hop, et la maestria de Legnini ne tardent pas à produire leurs effets. Le son est chaud et enveloppant. Les coups de baguettes du batteur, sur les peaux ou les pads, sont aussi secs que vibrants.

«Black Samouraï», qui sonne à la façon blaxploitation, est une entrée en matière efficace. Michelle Willis monte ensuite sur scène et donne un supplément d’âme aux «Sick And Tired», «I Want You Back», «Riding The Wave» ou «Night Birds», écrits pour elle ou pour les autres chanteuses invitées sur l’album. Sa voix est à la fois envoûtante et solide. Sa présence sur scène a quelque chose d’hypnotique. Et pourtant, on balance de la tête, on accompagne les rythmes de claquements de doigts et de tapements de pieds.

Sur scène, Legnini a trouvé un son approprié et différent de celui du disque – très produit – ainsi qu’une énergie particulière. Il laisse donc pas mal d’espaces aux impros (les siennes au Fender, sont quand même assez magiques) et aux solos (celui d’Agulhon est magnétique).

Big up, Waxx Up !

 

 

Il est bien plus d’une heure du matin, la salle est encore bien remplie et tout le monde semble vraiment heureux des quatre jours et nuits de jazz proposés par des organisateurs et des bénévoles qui n'ont jamais ménagé leurs efforts pour mener à bien un festival qui compte de plus en plus dans le paysage musical belge.

Bravo et merci à eux !

On se retrouve à Tournai l’année prochaine, sans faute, avec autant de plaisir.

Merci à ©JC Thibaut pour les images.

 

 

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08/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 3

Day 3

Vendredi, cela commence vers 18h30 sur la scène du Magic Mirrors avec le trio d’Igor Gehenot, et c’est déjà sold out !

L’ambiance est feutrée, intimiste et le public est attentif. Sur le battement lent de la contrebasse de Viktor Nyberg et les légers coups de baguettes sur la batterie de Jerôme Klein, Igor dépose des accords dilatés au piano, tandis qu'Alex Tassel souffle la mélodie du lunaire «Moni», puis de «Sleepless Night», plus crépusculaire encore.

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J'avais vu les débuts un peu hésitants du groupe avant l'enregistrement du disque (Delta chez Igloo) qui, à sa sortie, m’avait plutôt convaincu. Depuis, le quartette a beaucoup joué et la cohésion s’est renforcée. Le jeu d’Igor a, lui aussi, beaucoup évolué. Finesse, espace, groove, il ose tout et tout lui réussit. Il s'affirme et s'impose, sans en faire des tonnes, de façon toute naturelle. Il apporte toujours des idées neuves à son jeu et à l'ensemble du groupe.

Avec un son limpide et feutré à la fois, Alex Tassel est le partenaire idéal. Souplesse dans les enchaînements, brillance dans les relances, ses lignes mélodiques sont d’une maîtrise et d’une précision assez incroyables. La rythmique est, elle aussi, parfaite : à la fois discrète et indispensable. «Abysses», nocturne et tout en retenue, précède un «Start Up» nerveux et tendu, puis un «Jaws Dream», hyper groovy…

Le set est très bien ficelé, ménageant intelligemment les temps forts, pleins de fougue, et moments plus intimes. Et puis il y a aussi, semble-t-il, une volonté de simplifier le jeu (en apparence) pour laisser toute la place à l'émotion. Il n'y a pas à dire : ça touche juste !

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A deux pas du Magic Mirrors, la Halle aux Draps a également fait salle comble. Archi comble, même !

Belle comme une prêtresse, dans sa cape jaune, entre sari et tunique, soutenue par une sacrée rythmique (Sonny Troupé aux drums, Reggie Washington à la basse électrique et Amen Viana à la guitare électrique) Lisa Simone impose sa présence d’emblée avec «Tragique Beauty» qui résonne comme une incantation.

La voix est sublime, pleine de soul, de gospel, de blues. Pas besoin de le cacher, c’est bien la fille de sa mère, dont elle chante le rageur «Ain't Got No, I Got Life». Puis, elle lui rend hommage avec le poignant «If You Knew», comme pour dire : «OK, je suis la file de Nina Simone, mais je suis aussi et surtout Lisa !». Et elle danse et elle bouge et elle occupe toute la scène avec grâce. Elle joue avec ses musiciens, les entraîne sur des chemins plus blues encore, plus jazz, plus rock aussi. Elle invite le public dans son «World» et communique avec lui en toute simplicité et sincérité. Lisa fait le show sans jamais jouer la diva. La voix et les paroles suffisent amplement au discours, pas la peine d’ajouter d'artifices !

Et l’excitation monte encore. Les riffs de Viana se font hendrixiens, la basse de Washington cogne de plus belle et Troupé se déchaine sur ses fûts. Alors Lisa Simone descend dans le public, va serrer les mains et embrasser les gens, tout en continuant de chanter avec ferveur. La salle est hystérique et c’est juste magnifique.

Quelle générosité. Quelle grande dame. Quel concert !

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Retour au Magic Mirror où le saxophoniste Stéphane Mercier a réalisé un tour de force, bien aidé par l’organisation qui a relevé le défi : inviter douze musiciens à jouer en live son album «Duology».

Avec intelligence, Mercier ne se «contente» pas de faire défiler la crème de nos jazzmen belges les uns après les autres. Non, il combine, mélange, fusionne.

Ainsi, après son duo avec Charles Loos, Nathalie Loriers les rejoint sur «Samsara». Puis, c’est Nic Thys qui ajoute sa basse sur «Alone Together». Entre la souplesse de jeu du bassiste et le touché merveilleux de la pianiste, Stéphane Mercier se sent pousser des ailes.

L’inimitable David Linx est là aussi. Avec beaucoup de générosité, dans un chant unique, il échange avec le guitariste Jean-François Prins.

Chaque morceau révèle ses petits moments de frissons. Jean-Louis Rassinfosse et Paolo Loveri réinventent «Louis», puis Bruno Castellucci vient prêter main forte à une section de souffleurs de rêve (Daniel Stokart, Toine Thys et Fabrice Alleman) pour un «Serial Series» énergique. Derrière le piano, on retrouve cette fois Vincent Bruyninckx, toujours inventif.

Presque au grand complet, le combo entame un très mingusien «Jazz Studio» dans lequel Daniel Stokart prend un solo fougueux !

D’une série de duos, on est passé à un big band ! Tous les musiciens sont là pour un énergique «Don’t Butt In Line» en forme de bouquet final. Stéphane Mercier a réalisé son rêve... pour notre plus grand plaisir.

Et hop, voilà une véritable journée de jazz totalement réussie…

 

 

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Merci à ©JC Thibaut pour les images (et la vidéo).

 

 

 

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02/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 1 and 2

Day 1

C’est dans le très joli et très cosy Magic Mirrors, installé sur la Grand Place, que s’ouvrait ce mercredi 31 janvier la septième édition du Tournai Jazz Festival.

Une mise en bouche plutôt festive - c’est le cas de le dire avec le «concept» Frit Jazz (une frite offerte à l’achat d’une place) - avec trois concerts au menu.

Et pour le plus grand plaisir des organisateurs (voire même leur surprise), c’était sold out !

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C’est la chanteuse Elia Fragione, que j’avais vue lors d’une précédente édition en 2014, qui a l’honneur d’ouvrir les festivités.

Ce soir, elle est entourée de trois excellents musiciens. Il y a d’abord Lorenzo Di Maio, présence indispensable, jeu clair et vif, aussi inventif dans les blues que dans les registres plus pop ou funk. Ses attaques sont franches, son phrasé est fluide et il étonne lors de chaque intervention. C’est sans doute l’un des meilleur guitariste belge actuel. Il y a aussi le batteur Fabio Zamagni, habitué des scènes jazz et pop (Typh Barrow, entre autres) et le multi-instrumentiste, arrangeur et producteur (allez écouter le très beau disque de Chrystel Wautier) à la contrebasse, Cédric Raymond.

Le répertoire oscille entre jazz, blues et parfois même une pointe de pop. «How We Love» de Gretchen Parlato, «Its A Good Day», «Love Me Or Leave me» ou encore «Miss Celie’s Blues» sont délivrés avec un bel aplomb. Il y a aussi une belle revisite de «Off The Wall» (Michael Jackson), un peu de bossa («Samba em preludio») et une excellente version de «Precious» (Esperanza Spalding). Elia a du charisme et elle rayonne sur scène. La voix est fine, claire et affirmée. Il y a du soleil dans son chant… et surtout du swing ! Elle contrôle avec beaucoup d’élégance ses inflexions bluesy - parfois canailles, parfois mélancoliques, parfois sensuelles - sans jamais appuyer aucun effet. Et en plus elle scatte ! Bref, c’est de la fraîcheur et du talent. Un talent avec qui il faudra compter à l’avenir.

Place ensuite aux Bandits de Belleville qui viennent, comme le nom ne l’indique pas, de Gand et qui sont cinq : Florian De Schepper et Jonas De Meester aux guitares, Jelle Van Cleemputte à la contrebasse, Pablo Golder au bandonéon et Margot De Ridder au chant, clavier et glockenspiel pour enfants. Sur une base swing manouche, le groupe mélange les traditionnels («Hora lautareasca») mais aussi les standards («It Don’t Mean A Thing»), la chanson française («Le jazz et la java» de Nougaro) et quelques compositions personnelles dont le très drôle «#Swing» ou un léger «Upside Down» inspiré sans doute de «On The Sunny Side Of The Street». Un beau spectre de styles, assuré avec conviction et une belle présence sur scène de la chanteuse au joli grain de voix. Alors, avec bonheur, on clappe des doigts, et on tape du pied.

Mais le plus «festif» reste à venir avec le groupe du nord de la France, Zazuzaz, qui rend hommage aux orchestres des années ‘30, ceux du Cotton Club et de Cab Calloway. Mais aussi à Boris Vian.

L'orchestre, qui se présente comme un big band informel, n'est pas venu seul mais avec une belle bande de danseurs attifés comme à l'époque (les membres de Danses & Cie). Et c’est parti pour swinguer, danser et chanter. Jonathan Bois, au piano et au chant, Jessy Blondel au sax et toute la bande ne ménagent pas leurs efforts pour installer une ambiance qui monte rapidement. «Just A Gigolo», «It Don’t Mean A Thing», «On n’est pas là pour se faire engueuler», «Sing Sing», un madison… Tout y passe ou presque et le public, ravi, participe avec entrain. Idéal pour clôturer avec le sourire cette première soirée.

Day 2

Pour le second jour, qui affichait complet également, on se partage entre jazz, un peu de variété et un peu de pop.

Du jazz d’abord avec le quartette du tromboniste Phil Abraham qui propose un set plutôt transitionnel joué avec beaucoup d'élégance et de raffinement. Un «Charlie et le pam», plutôt bop et un «Watermelon Man» revisité tout en mystère, permettent à chaque musicien de profiter de beaux espaces.

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Fabien Degryse d’abord, dans un jeu à la Grant Green fait merveille. Le phrasé est souple, virtuose, précis et tout en rondeur. Sal la Rocca, solide pilier, à la contrebasse très mélodieuse et ondulante, soutient et lie l'ensemble avec autant de souplesse que de fermeté. Aux drums, Thomas Grimmonprez distille un groove de velours, en jouant des balais ou simplement à mains nues. Autant dire qu'avec cette équipe, Phil Abraham se balade avec sérénité. Le jeu est lumineux, avec juste ce qu’il faut de sensualité et d’humour. Pas de glissando ni de growls, mais un jeu pur et bien dessiné qui donne toute sa force aux mélodies. «Esquisses», une ballade qui rappelle un peu Michel Legrand, «New Orleans Comphilation» qui plonge dans les racines du jazz ou un «Oui, mais bon» swinguant doucement, nous font passer un très agréable moment de jazz capiteux.

Devant la Halle aux Draps, une file énorme s’est formée pour assister au concert de Michel Jonasz en duo avec son pianiste Jean-Yves d'Angelo. Jonasz et le jazz, c'est un malentendu. Tout cela à cause de sa «Boîte de jazz». Ce soir, on a donc droit à un best of de ses chansons tristes délivrées avec une pointe d'humour («Lucille», «Super nana», «Du blues, du blues, du blues» et autres «Je voulais te dire que je t'attends»).  Il y a bien un court interlude blues (celui du «dentiste»), un peu de samba et un morceau de boogie au piano... mais de jazz, point.

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J'étais un peu sceptique aussi quant à la programmation de Sacha Toorop dans un festival de jazz. Mais le chanteur pop-rock à l’univers intriguant et très singulier s’est entouré des musiciens de Music For A While. Et sur la base des chansons de Toorop, l’extraordinaire pianiste Johan Dupont a revu quelques arrangements. Et voilà donc qu’il insuffle un petit air de liberté dans ce canevas bien précis. Il faut un peu de temps pour s'en rendre compte mais, au final, ça fonctionne. Bien sûr, il ne faut pas s'attendre à un swing effréné, quoique, sur certains titres, Jean-François Foliez (cl), en particulier, se fend de quelques échappées improvisées bien tranchantes. Et puis, on décèle ici et là une pointe de blues, un peu de jazz folk. Et derrière, André Klenes (cb), Martin Lauwers (violon) et Stephan Pougin (dm) font plus qu’assurer. Belle surprise.

Alors, maintenant que le festival est lancé, on s’apprête à déguster la suite avec impatience.

A+

Merci à ©JC Thibaut pour les images.

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