02/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 1 and 2

Day 1

C’est dans le très joli et très cosy Magic Mirrors, installé sur la Grand Place, que s’ouvrait ce mercredi 31 janvier la septième édition du Tournai Jazz Festival.

Une mise en bouche plutôt festive - c’est le cas de le dire avec le «concept» Frit Jazz (une frite offerte à l’achat d’une place) - avec trois concerts au menu.

Et pour le plus grand plaisir des organisateurs (voire même leur surprise), c’était sold out !

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C’est la chanteuse Elia Fragione, que j’avais vue lors d’une précédente édition en 2014, qui a l’honneur d’ouvrir les festivités.

Ce soir, elle est entourée de trois excellents musiciens. Il y a d’abord Lorenzo Di Maio, présence indispensable, jeu clair et vif, aussi inventif dans les blues que dans les registres plus pop ou funk. Ses attaques sont franches, son phrasé est fluide et il étonne lors de chaque intervention. C’est sans doute l’un des meilleur guitariste belge actuel. Il y a aussi le batteur Fabio Zamagni, habitué des scènes jazz et pop (Typh Barrow, entre autres) et le multi-instrumentiste, arrangeur et producteur (allez écouter le très beau disque de Chrystel Wautier) à la contrebasse, Cédric Raymond.

Le répertoire oscille entre jazz, blues et parfois même une pointe de pop. «How We Love» de Gretchen Parlato, «Its A Good Day», «Love Me Or Leave me» ou encore «Miss Celie’s Blues» sont délivrés avec un bel aplomb. Il y a aussi une belle revisite de «Off The Wall» (Michael Jackson), un peu de bossa («Samba em preludio») et une excellente version de «Precious» (Esperanza Spalding). Elia a du charisme et elle rayonne sur scène. La voix est fine, claire et affirmée. Il y a du soleil dans son chant… et surtout du swing ! Elle contrôle avec beaucoup d’élégance ses inflexions bluesy - parfois canailles, parfois mélancoliques, parfois sensuelles - sans jamais appuyer aucun effet. Et en plus elle scatte ! Bref, c’est de la fraîcheur et du talent. Un talent avec qui il faudra compter à l’avenir.

Place ensuite aux Bandits de Belleville qui viennent, comme le nom ne l’indique pas, de Gand et qui sont cinq : Florian De Schepper et Jonas De Meester aux guitares, Jelle Van Cleemputte à la contrebasse, Pablo Golder au bandonéon et Margot De Ridder au chant, clavier et glockenspiel pour enfants. Sur une base swing manouche, le groupe mélange les traditionnels («Hora lautareasca») mais aussi les standards («It Don’t Mean A Thing»), la chanson française («Le jazz et la java» de Nougaro) et quelques compositions personnelles dont le très drôle «#Swing» ou un léger «Upside Down» inspiré sans doute de «On The Sunny Side Of The Street». Un beau spectre de styles, assuré avec conviction et une belle présence sur scène de la chanteuse au joli grain de voix. Alors, avec bonheur, on clappe des doigts, et on tape du pied.

Mais le plus «festif» reste à venir avec le groupe du nord de la France, Zazuzaz, qui rend hommage aux orchestres des années ‘30, ceux du Cotton Club et de Cab Calloway. Mais aussi à Boris Vian.

L'orchestre, qui se présente comme un big band informel, n'est pas venu seul mais avec une belle bande de danseurs attifés comme à l'époque (les membres de Danses & Cie). Et c’est parti pour swinguer, danser et chanter. Jonathan Bois, au piano et au chant, Jessy Blondel au sax et toute la bande ne ménagent pas leurs efforts pour installer une ambiance qui monte rapidement. «Just A Gigolo», «It Don’t Mean A Thing», «On n’est pas là pour se faire engueuler», «Sing Sing», un madison… Tout y passe ou presque et le public, ravi, participe avec entrain. Idéal pour clôturer avec le sourire cette première soirée.

Day 2

Pour le second jour, qui affichait complet également, on se partage entre jazz, un peu de variété et un peu de pop.

Du jazz d’abord avec le quartette du tromboniste Phil Abraham qui propose un set plutôt transitionnel joué avec beaucoup d'élégance et de raffinement. Un «Charlie et le pam», plutôt bop et un «Watermelon Man» revisité tout en mystère, permettent à chaque musicien de profiter de beaux espaces.

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Fabien Degryse d’abord, dans un jeu à la Grant Green fait merveille. Le phrasé est souple, virtuose, précis et tout en rondeur. Sal la Rocca, solide pilier, à la contrebasse très mélodieuse et ondulante, soutient et lie l'ensemble avec autant de souplesse que de fermeté. Aux drums, Thomas Grimmonprez distille un groove de velours, en jouant des balais ou simplement à mains nues. Autant dire qu'avec cette équipe, Phil Abraham se balade avec sérénité. Le jeu est lumineux, avec juste ce qu’il faut de sensualité et d’humour. Pas de glissando ni de growls, mais un jeu pur et bien dessiné qui donne toute sa force aux mélodies. «Esquisses», une ballade qui rappelle un peu Michel Legrand, «New Orleans Comphilation» qui plonge dans les racines du jazz ou un «Oui, mais bon» swinguant doucement, nous font passer un très agréable moment de jazz capiteux.

Devant la Halle aux Draps, une file énorme s’est formée pour assister au concert de Michel Jonasz en duo avec son pianiste Jean-Yves d'Angelo. Jonasz et le jazz, c'est un malentendu. Tout cela à cause de sa «Boîte de jazz». Ce soir, on a donc droit à un best of de ses chansons tristes délivrées avec une pointe d'humour («Lucille», «Super nana», «Du blues, du blues, du blues» et autres «Je voulais te dire que je t'attends»).  Il y a bien un court interlude blues (celui du «dentiste»), un peu de samba et un morceau de boogie au piano... mais de jazz, point.

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J'étais un peu sceptique aussi quant à la programmation de Sacha Toorop dans un festival de jazz. Mais le chanteur pop-rock à l’univers intriguant et très singulier s’est entouré des musiciens de Music For A While. Et sur la base des chansons de Toorop, l’extraordinaire pianiste Johan Dupont a revu quelques arrangements. Et voilà donc qu’il insuffle un petit air de liberté dans ce canevas bien précis. Il faut un peu de temps pour s'en rendre compte mais, au final, ça fonctionne. Bien sûr, il ne faut pas s'attendre à un swing effréné, quoique, sur certains titres, Jean-François Foliez (cl), en particulier, se fend de quelques échappées improvisées bien tranchantes. Et puis, on décèle ici et là une pointe de blues, un peu de jazz folk. Et derrière, André Klenes (cb), Martin Lauwers (violon) et Stephan Pougin (dm) font plus qu’assurer. Belle surprise.

Alors, maintenant que le festival est lancé, on s’apprête à déguster la suite avec impatience.

A+

Merci à ©JC Thibaut pour les images.

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