31/01/2018

Or Bareket quartet - Jazz Station - River Jazz Festival

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Or Bareket est l’un des jeunes jazzmen new-yorkais dont on parle de plus en plus. On l’a vu aux côtés d’Aaron Goldberg, Chris Potter, Peter Bernstein ou encore Hamilton de Holanda… Et personnellement, je l’avais vu à l’Archiduc avec l’excellent pianiste français Fred Nardin et le batteur Rodney Green.

Ce soir à la Jazz Station, dans le cadre du River Jazz Festival, il présentait son tout premier album en leader : OB1. Pour ce premier opus, il s’est entouré de la crème de cette nouvelle vague de jazzmen israéliens partis conquérir la grosse pomme. Ce soir il est entouré de Shachar Elnatan (eg), Nitai Hershkovitz (p) et Ziv Ravitz (dm).

On retrouve donc cet esprit méditerranéen et cette énergie toute new-yorkaise dans sa musique. Mais pas que… Or Bareket est aussi passé par l'Argentine et cela s’entend également.

D’ailleurs, la merveilleuse ballade «La Musica Y La Palabra» de Carlos Aguira, qui ouvre le concert, est déjà un indice. Or Bareket révèle d’emblée qu’il aime les mélodies et les musiques qui racontent des histoires.

On remarque vite aussi, dans ce premier morceau, le jeu exceptionnel de Nitai Hershkovitz au piano. La casquette enfoncée jusqu'aux oreilles, semblant vouloir cacher une fausse timidité ou une certaine réserve, en gestes amples, il développe un phrasé, aussi dense que léger, d’une parfaite lisibilité. Et quand on le lâche, en duo avec le bassiste sur «Elefantes» par exemple, il insuffle de la tension, toute en progression et nervosité, sans jamais verser dans l’agressivité. Un superbe travail d’équilibriste.

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Le guitariste Shashar Elnatan pratique un peu dans la même veine. Il est de cette école new-yorkaise qui mélange à la fois virtuosité, souplesse et énergie, sans jamais aller dans la surenchère démonstrative ni la puissance sonore. Et pourtant, l'énergie est bien là, maîtrisée et catalysée sans doute par le leader. Ziv Ravitz, quant à lui, déroule un jeu souple, inventif, très à l'écoute de ses compagnons, et il maintient de bout en bout un groove tendre et solaire.

Or Barekett aime la musique un peu «à l'ancienne» (et néanmoins très actuelle), celle qui n'a pas peur d'être jolie et sereine. Celle dont se dégage une sorte d'insouciance et de bien-être, mais qui évite totalement la mièvrerie. Et puis, Bareket a une façon très simple et très charismatique de communiquer avec le public, de jouer avec lui, de le faire presque chanter. C’est la force de son écriture qui suscite cela, ce sont ses choix d’accords, ses arrangements, sa poésie.

Dans ce quartette, il se passe toujours quelque chose. Les musiciens, très complices, jouent «à découvert». Personne ne se cache derrière un artifice ou un écran de fumée. Tout se dessine avec clarté. Et le maillage est parfait.

«Patience» joue les montagnes russes, «Snooze» se fait crépusculaire, quant à «Joaquin», il est plus enlevé, genre : «je prends de l’élan et de l’altitude et puis je fonds sur ma proie». Le groupe reprend aussi quelques standards, dont un fabuleux «Whisper Not» remanié de manière étonnante, entre rumba et reggae.

Musique intelligente, à la fois douce et fougueuse, délivrée par un groupe dont il faudra suivre l’évolution avec intérêt, la soirée était parfaite.

 

 

 

Merci à ©Roger Vantilt (Or Bareket) et ©Olivier Lestoquoit (Nitai Hershkovitz) pour les photos.

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28/01/2018

Marc Ribot solo - River Jazz - au Senghor

Le Senghor nous a gâté ces derniers temps (comme toujours, diront certains) : Vinicius Cantuaria, Enrico Rava, Diederik Wissels, que du beau monde.

Avec le River Jazz Festival, le programmateur a continué à se faire plaisir (et nous avec) avec Tcha Limberger, LG Jazz Collective et ce mercredi soir : Marc Ribot ! Résultat : «full house», comme on dit.

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Cela se comprend, Marc Ribot n'est pas n'importe qui. Ce musicien touche-à-tout et assez inclassable, a collaboré avec les grands noms du rock, de l’avant-garde, du jazz ou de la danse contemporaine comme Tom Waits, John Lurie, Elvis Costello, John Zorn, Wim Vendekeybus, etc. De plus, ses propres groupes, Los Cubanos Postizos ou Ceramic Dogs, n’ont jamais laissé le public et les critiques indifférents.

Ce soir, c'est en solo que Marc Ribot se produisait. Une chaise, deux micros, un ampli, une pédale d'effets, une guitare électrique et une autre acoustique et basta.

Détendu et d’humeur blagueuse (teintée d’une pointe de cynisme quand même) il entame la soirée avec une chanson folk aux forts accents politiques (l’activisme de Ribot n’est plus à démontrer) qu'il enchaîne a un blues sec et ultra dépouillé qui se dilue en une improvisation plus abstraite. Ribot joue de façon radicale, voire brutale. Il joue des suites d'accords de façon sèche, il pince ou griffe les cordes pour en sortir des notes dissonantes qui semblent ne vivre que par elle-même, détachées les unes des autres. La musique bouge, évolue. Le guitariste tourne autour des riffs, invente les sons. Marc Ribot joue du Marc Ribot. Il joue son punk jazz.

Ensuite, arc-bouté sur sa guitare, comme absorbé par elle, comme intégré en elle, Ribot improvise sur les douces espagnolades et musiques haïtiennes de Frantz Casséus et démontre alors, sous une fragile couche de lyrisme brut, une certaine vélocité.

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Puis, à la guitare électrique, Ribot nous sert une version de «Some Of The Harmony Of Maine» de John Cage. Le son est grave, saturé, à la limite du larsen. Cependant, Ribot n’en rajoute pas. On pourrait s’attendre à ce que cela parte en feu d’artifice, mais il reste «dans les lignes». Il joue sur la longueur des notes qui s'étirent doucement. Langueur et longueurs s’entremêlent.

Retour à la guitare acoustique pour finir sur une note plus bluesy, en forme d’exercice de style, avec «Summertime» et autres blues.

Ribot semble toujours vouloir éviter la joliesse - sans pour autant oublier l'émotion - en se débarrassant de notes soi-disant inutiles. Il va à l’essentiel, souvent avec rage et sans ménagement, même si ce soir on aurait pu s’attendre, peut-être, à un peu plus de mordant encore. N’empêche, Marc Ribot, c’est Marc Ribot, et c’est déjà beaucoup.

 

 

 

Merci à ©Jean-Luc Goffinet pour les photos.

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26/01/2018

Kurt Rosenwinkel Bandit 65 + LABtrio + The Comet Is Coming à Flagey

Kurt Rosenwinkel me devait une petite revanche. La dernière fois que je l'avais vu (à la Tentation), son concert n'avait pas été, de mon point de vue, des plus excitants.

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Ce soir, au Brussels Jazz Festival à Flagey, avec son Bandit 65, un groupe qui existe depuis trois ou quatre ans et dans lequel on retrouve le guitariste Tim Motzer (Burnt Friedman, Ursula Rucker, Jamaaladeen Tacuma…) et le batteur Gintas Janusonis (Wu-Tang Clan, Bill Laswell, Bilal…), ça devait sonner autrement.

Aux pieds des deux guitaristes s’étale une forêt de pédales en tous genres et, à côté du batteur, s’empilent pads, laptop et autres gadgets électroniques.

Tout en douceur, les trois musiciens installent un climat onirique et cotonneux. Petit à petit, l’ambiance se fait pastorale. On imagine le soleil qui se lève sur une montagne embrumée, on entend presque les cloches sonner au loin, les feuilles d’arbres bruisser sous le vent, les échos cristallins d'eau de rivières clapoter… Et puis aussi des ondes électriques qui sabrent un silence relatif et qui résonnent dans le vide. Ces coups de fouet métallique nous ramènent dans un univers plus industriel. Le groove s'installe, les deux guitares échangent harmonies et mélodies et c’est surtout Motzer qui mène la danse. La tendance est au psyché americana, au jazz rock, voire au prog rock.

Les morceaux s’étirent longuement et s’enchaînent les uns avec les autres. Les mélodies s'évadent délicatement de cet esprit ambiant, parfois new age. Avec des effets électro légers, des torsions et distorsions et de gros coups d’infra basse, on passe de la balade folk au voyage intersidéral. Tout est très atmosphérique et la musique de Rosenwinkel semble s'inspirer plus de Pink Floyd, Tangerine Dream, Genesis ou de Robert Wyatt que de jazzmen post bop, même si l’on décèle, ici ou là, une pointe de Bill Frisell ou des riffs de bluesmen du Delta. Le groupe construit un univers sonore très cinématographique et subtilement contrasté. Parfois, ça galope dans de grands espaces arides, puis ça bouillonne dans une fiole de laboratoire. Kurt Rosenwinkel s’accompagne parfois d’un chant fantomatique, mélange doucement les mesures composées et rythmes binaires, l’abstrait et le lyrisme, l’organique et l’éthéré.

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Me voilà un peu réconcilié avec Kurt, même si son projet n’est pas aussi inventif que ceux – très différents - de l’époque «Intuit» ou «The Next Step». Ceci dit, on ne peut pas reprocher au guitariste américain, basé depuis plus de dix ans à Berlin, de ne pas tenter de trouver un chemin «différent» entre l’impro, le jazz et les musiques dites actuelles.

Avant le concert Rosenwinkel, je n’ai pu écouter que les derniers morceaux du concert de LABtrio (Lander Gyselinck, Anneleen Boehme et Bram De Looze) au Studio 1. Voilà sans conteste un groupe qui invente et fait la synthèse entre musique «savante», contemporaine, improvisée et pop. Il propose une véritable musique actuelle, bien dans son époque, tellement jazz, tellement inventive et terriblement efficace. LABtrio n’a pas fini de nous étonner.

Et après le concert de Kurt Rosenwinkel, Shabaka Hutchings et ses Comets inondaient le hall de Flagey - noir de monde - de leur jazz psyché-rock, dansant, funky et explosif. La foule s’amasse comme elle peut autour de la petite scène et danse et saute et se trémousse convulsivement. Une véritable house party underground. The Comet Is Coming envoie du sévère.

C’est la fête de tous les jazz, cette musique décidément bien vivante et de plus en plus diversifiée.

 

 

 

Merci à ©Didier Wagner pour les images.

 

 

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21/01/2018

Chris Joris Duo & Malcolm Braff Trio au Théâtre Marni

Entre les River Jazz, Flagey Brussels Jazz Festival et Djangofolllies, le Théâtre Marni a encore trouvé, ce mercredi 17 janvier, de la place pour un concert ! Mieux, un double concert : celui de Chris Joris (en duo avec Christophe Millet) et celui du trio de Malcolm Braff (avec Reggie Washington et Lukas Koenig). Et, bonne nouvelle, il y avait du monde !

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C’est donc un duo de percussionnistes qui se présente d’abord sur scène. Entouré de la panoplie (très) complète de congas, darbouka, cajón, woodblocks, carillons, clochettes, cymbales et autres tasses, verres, poêles ou casseroles (la batterie de cuisine n'aura jamais aussi bien porté son nom), Chris Joris explique avec beaucoup d’humour le chemin qu’il compte nous faire prendre… sans vraiment savoir où cela va nous mener.

Sur une simple idée de départ, nos deux musiciens se laissent vite aller à l’improvisation, à l’échange spontané et à la création instantanée.

Restant principalement derrière ses congas, Christophe Millet, soutient et pousse Chris Joris vers un discours de plus en plus volubile. Avec finesse, précision et virtuosité, ce dernier colore de mille et une façons la musique. Il passe d’un instrument à l’autre avec une fluidité déconcertante. On est ébloui par la manière dont il arrive à faire sonner un triangle (un simple triangle !) et à lui donner autant de nuances, de couleurs et de profondeur. Un morceau avec un simple tuyau, un autre au likembé (en duo avec Reggie Washington), puis au berimbau (superbe), ensuite au piano, façon Dollar Brand, dans lequel il injecte quelques citations de la Brabançonne (Un message ? Ce ne serait pas étonnant de la part de ce musicien qui combat la ségrégation, le racisme et la bêtise)... bref, ça sent l'Afrique et l’humanité à plein nez.

Sans jamais se prendre au sérieux - car la musique est une fête et un partage - le duo mêle les rythmes à la poésie. Merci messieurs pour ce très beau voyage. On reprend un billet quand vous voulez...

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Vingt minutes de pause et c’est au tour du trio de Malcolm Braff de venir nous mettre une belle claque. Dès le départ, étouffant les cordes du piano, pour accentuer le côté percussif, le pianiste fixe l’objectif : ce sera intense et palpitant. De fait, le premier morceau monte rapidement en puissance. Trop peut-être, car un ou deux baffles de retour, grésille, crépite, bourdonne... Dans la foulée et sans arrêter de jouer, le pianiste se lève et arrache les fils ! Problème réglé, on continuera sans les retours ! Et cela n'empêchera pas le trio de se donner à fond. Très vite, le groupe reprend ses esprits et les échanges improvisés recommencent de plus belle.

Lukas Koenig frappe sec mais nuance tout le temps son jeu. Il reste rarement sur une même métrique ou sur un même tempo. C’est tendu, hyper découpé et la musique - fortement teintée de l’esprit africain, mais aussi de blues, de rythmes afro-cubains ou brésiliens - bouge sans cesse. Et c’est passionnant. Les longues improvisations permettent au groupe d’explorer tous les chemins possibles, même les plus improbables, et la transe est à chaque fois relancée (Quel ostinato ! Quelle main gauche !). Entre la pianiste et le batteur, Reggie Washington fait la jonction, suivant l’un ou l’autre puis reliant les deux. Véritable cohésion, incroyable osmose !

Les thèmes («Berimbau», «Empathy For The Devil», «Sexy M.F.» ou «Mantra»), sont à peine exposés et sont surtout propices à de nouvelles escapades rythmiques et mélodiques. Malcolm Braff emmène la musique partout, pousse tout le monde à improviser, à s’amuser, à créer. Alors, tout le monde crée, improvise et s’amuse. Il se dégage de ce groupe une énergie et une puissance incroyables, mais aussi, il ne faudrait pas l’oublier, beaucoup de finesse et de douceur (comme sur le magnifique et sensible «Tied To Tide», par exemple). C’est cela qui est merveilleux avec ce groupe, c’est cette délicatesse qui se dégage derrière la puissance. Et c'est cela qui nous fait vibrer.

Au risque de me répéter (petit rappel du concert à l’Archiduc ?) ce trio est vraiment indispensable à la scène jazz européenne. Qu’on se le dise…

 

 

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images et Arnaud Ghys pour la vidéo.

 

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14/01/2018

Jazzques écoute - Claudia Solal - Butter In My Brain

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Magnétique, pénétrant, frissonnant, déroutant.

C’est ce que l’on ressent à l’écoute du dernier album de la trop rare Claudia Solal.

Room Service, son précédent disque - que je vous conseille vivement aussi - avec Joe Quitzke, Jean-Charles Richard et Benjamin Moussay, datait déjà de 2010.

Cette fois-ci, pour Butter In My Brain, la chanteuse ne dialogue qu’avec Benjamin Moussay. Elle dialogue ou, plutôt, se fait porter par le claviériste qui, tantôt aux Rhodes, au piano ou au synthétiseur, fabrique des nuages musicaux pour sa voix lunaire. Ici, tout se dit en poésie, en sous-entendus ou en séduction malicieuse au rythme de climats mystérieux et changeants.

Claudia Solal, manie les mots avec une habileté étonnante. Elle les choisit, les écrit, les accouple et les souffle avec une singularité fascinante. Elle raconte des histoires étranges et énigmatiques qui s’enveloppent d’ambiances déstabilisantes.

Aussi poétiques et presque insaisissables que sont la musique ou les paroles, il y a quelque chose de très organique dans cet imaginaire singulier. On y respire la terre, la mousse, l’herbe, la nourriture et on y palpe l’air et la lumière…

On suit la chanteuse dans les méandres de sa pensée («Butter In My Brain»), on se laisse guider vers des rendez-vous improbables («The Grass Is Greener»), on tente de s’échapper («Nightcap For Sparrows»), on se liquéfie («Smokehouse On The Ocean») on se désagrège («Tranfigured Dream»)…

Il y a quelque chose de very british qui émane de ce disque. On y sentirait presque une odeur de bibliothèque dans la pénombre, éclairée par un soleil froid qui parvient à peine à transpercer de lourds rideaux sombres. On flotte et on tombe dans un puits sans fond, comme dans un conte de Lewis Carroll. On est troublé comme dans les histoires d’Edgar Alan Poe ou les sonnets de William Shakespeare.

A la fois chanté, parlé ou susurré, les mots se déposent puis s’envolent, entre rêve et réalité.

Butter In My Brain est sans doute l’un des disques les plus envoûtant que j’ai eu l’occasion d’écouter ces derniers temps. Un disque très addictif à écouter sans modération.

 

 

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10/01/2018

Daniel Romeo - The Black Days Session live au Sounds

Il n'a pas son pareil pour déplacer les foules et remplir les salles, Daniel Romeo. On peut les compter sur les doigts d’une seule main, ceux qui arrivent à remplir à ras bord le Sounds trois fois de suite. Et puis, il n’a pas son pareil non plus pour chauffer une salle : en deux claquements de basse, la machine est lancée.

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Ces jeudi, vendredi et samedi derniers, notre intenable bassiste présentait son album (enfin !!!) «The Black Days Session». Cela faisait trop longtemps que l’on attendait un disque de Daniel Romeo, cet éternel insatisfait (il doit pourtant y avoir dans sa cave des bandes incroyables jamais éditée, malheureusement pour nous) ! Son dernier disque, «Live At The Sounds and More» (enregistré au Sounds en 1998) datait déjà de 2003 !

Et voilà que, fin décembre 2017, il sort, presque sur un coup de tête, un double album ! Un vinyle, qui plus est ! La grande classe.

«The Black Days Session volume 1» - ce qui nous permet de rêver à une suite (?) - rassemble des morceaux écrits ou enregistrés dans une période émotionnellement difficile (les amis sont éternels, pas les hommes), mais l’énergie, la sensibilité et l’enthousiasme sont bien présents. Daniel sait qu’il n’y a rien de mieux que le partage pour passer au travers des coups durs.

C'est donc avec une équipe au grand complet (Arnaud Renaville au drums, Eric Legnini au Fender, Xavier Tribolet aux claviers, Christophe Panzani au sax, Nicolas Gardel – qui remplaçait «au pied levé» Alex Tassel - à la trompette, David Donatien aux percus et Lorenzo Di Maio à la guitare) qu'il présentait cet excellent album que je vous recommande vivement !

Deux morceaux, funky en diable, pour commencer ! Une basse galopante qui entraine tout le groupe et laisse directement au trompettiste et au saxophoniste plein d’espaces pour exécuter des solos qui montent vite en intensité. La musique tourne et le groove permet à chaque musicien d’improviser. C’est du funk - du «stinky funk» - et du jazz, c’est ça la marque de fabrique de Da Romeo. Ça démarre fort ! Alors on calme un tout petit peu le jeu - sans vraiment le calmer - avec «Serenity» qui fait un léger clin d'œil d’intro à «Lonely Woman».

Et puis, ça repart. Les souffleurs répètent un motif lumineux et solaire. Pas de temps mort. On monte les paliers sans faiblir.

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L'écriture de Daniel Romeo est quand même sacrément bien torchée. On connait le bassiste comme un exceptionnel grooveur, mais ce serait dommage de ne le cantonner qu’à cela. Il faut entendre comment les riffs, les mélodies, les rythmes, les break s’enchaînent et s’entremêlent. C’est bourré d’idées et plein de reliefs. C’est super bien ficelé. On module les temps forts et les temps suspendus (toujours tendus) et puis on laisse éclater des bombes groove incandescentes.

David Donatien et Arnaud Renaville – coups de caisse et de cymbales impeccables de bout en bout – se lancent dans une fight amicale éblouissante. Puis c’est Lorenzo Di Maio qui ne laisse pas le temps au précédent morceau de se terminer pour jeter des riffs funky et propulser le groupe sur un «Fat Cat» jubilatoire. Il lâche des solos hallucinants, entre blues et rock, entre B.B. King, Al McKay et Carlos Santana.

Dans la salle archi bondée ça ondule, ça danse, ça transpire, ça frotte.

Christophe Panzani, aussi à l’aise au ténor qu’au soprano, enfile les chorus. Et l'intensité redouble sous les coups de basse, de batterie et de percus. Ça pulse et ça sonne monstrueux ! Eric Legnini, qui a déjà pas mal éclaboussé de son phrasé fiévreux une bonne partie du concert, est littéralement poussé par le bassiste qui lui fait face. Et on monte encore dans les tours ! Et Xavier Tribolet remet une couche électro-cosmico-funky par dessus tout ça ! Folie furieuse…

On a droit au magnifique et lumineux «Onika», aux ultra-dansants «Pali» et «Escro», au touchant «Vincent». Les nuances, les pleins et les déliés rendent cette musique sensuelle, émotionnelle, excitante, frissonnante.

Alors, avant le rappel, le boss se paie enfin un solo dont il a le secret. Bouquet final !

Quel groupe de folie. Quelle soirée. Quel bonheur ! Quel funk de fun !

Après le disque, la tournée ?

 

 

Merci à ©Christophe Danaux pour les photos !

 

A+

 

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09/01/2018

Jazzques écoute - Reggie Washington - Rainbow Shadow 2

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A longueur d’année, le bassiste Reggie Washington parcours le monde aux côtés de Lisa Simone, Liz McComb, Rokia Traoré, Randy Brecker, Jacques Schwarz-Bart ou encore Wallace Roney. Sur sa carte de visite, on peut aussi y lire les noms de Steve Coleman, Branford Marsalis, Roy Hargrove, Oliver Lake, Cassandra Wilson, Don Byron, Lester Bowie...

Et pourtant, l’homme reste discret, modeste même. Il semble toujours être au service des autres mais aussi, et surtout, au service de la musique. Un peu comme le guitariste Jef Lee Johnson, musicien exceptionnel et trop peu connu du grand public qui a joué aux côtés des plus grands comme Mc Coy Tyner, George Duke, D’Angelo, Esperanza Spalding, Aretha Franklin, Erykah Badu ou Billy Joel. Jef a disparu prématurément en 2013. Reggie Washington lui rendit un premier hommage en 2015 avec le très bel album «Rainbow Shadows». Mais tout n’avait pas été dit. Il fallait bien un second volume pour mettre en lumière les compositions et les mots du regretté guitariste. Reggie Washington a donc convoqué la même équipe, à savoir Marvin Sewell (eg) DJ Grazzhoppa (turntables) et Patrick Dorcean (dm) pour un volume two.

Ce qui saute aux oreilles, dès la première écoute, c’est la qualité de ce blues à la fois très roots et très contemporain, ce mélange subtil de rudesse et de sensibilité. Chaque morceau contient sa part d’émotion, de revendication, de piquant ou de relâchement.

L’album est conçu de façon admirable. Il est chapitré comme un roman. Les longs morceaux, qui prennent le temps de se révéler, alternent avec des virgules sonores qui agissent comme autant de respirations («Hype») ou de coups de fouet («Testimony - Open Up»). On s’attarde donc sur les superbes et intenses «The Moon Keeps Telling Me Things», «It Ain't Hard For You», «Hard To Keep The Faith» ou «Blind Willie McTell» et on vibre au son des incisifs «Silence» ou «Sizzlean». Reggie n’hésite plus à chanter (parfois épaulé magnifiquement par Monique Harcum) et il le fait très bien. On y ressent vraiment un chant de vérité, intense et bienveillant à la fois.

On soulignera aussi le jeu brillant de Marvin Sewell (allez écouter l’envoutant «Emett Till» par exemple), les interventions adroites de DJ Grazzhoppa et le drumming sec et précis de Patrick Dorcean. Sur quelques morceaux, interviennent aussi quelques guest (Hevé Samb, John Massa ou Federico Gonzalez Pena) qui ajoutent encore un peu plus d’épaisseur à un album déjà intense et profond.

Compostions, arrangements, exécution, tout est maîtrisé de bout en bout. «Rainbow Shadow» méritait bien un second opus, et c’est une véritable réussite. A écouter en boucle.

Reggie Washington - Rainbow Shadow #2

 

A+

 

 

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02/01/2018

On commence par quoi ?

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Janvier 2018 va être chaud.

Ce n’est pas une prévision météorologique mais un constat jazzistique.

Quoiqu’on en dise, en matière de jazz en Belgique, on est quand même bien gâté. Il suffit de regarder l’agenda de Jazz In Belgium pour constater qu’il y a, chaque jour, des concerts de jazz à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie. Et encore, certains ne sont pas annoncés (parce qu’ils s’organisent en dernière minute, parce que certains organisateurs n’ont pas encore le réflexe de les signaler, ou parce qu’ils oublient…) ! Merci les clubs, merci les musiciens...

Il y a donc les clubs et puis, il y a les festivals.

 

 

Par ordre d’entrée en scène, il y a d’abord le Brussels Jazz festival à Flagey.
Du 11 au 20 janvier, il n’y aura pas moins de 25 concerts parmi lesquels on notera ceux de Archie Shepp, Jasper Høiby, Tony Allen, Soweto Kinch, Kurt Rosenwinkel, Uri Caine, mais aussi Mäâk (qui fête ses 20 ans !), LABtrio, Enrico Rava, Stijn Cools Book Of Air, Shabaka Hutchings ou Matthew Herbert !

Il y aura des projections (Django, Just Friends) et une expo des dessins de Pieter Fannes, et Yann Bagot qui présenteront leur livre : Jazzconcerten op papier.

 

 

Simultanément, à deux pas de Flagey, au Théâtre Marni mais aussi au Senghor et à la Jazz Station, se tiendra la quatrième édition du River Jazz Festival.

A partir du 12 et jusqu’au 27, ce sont Richard Galliano, Nicolas Kummert avec Hervé Samb, Fabian Fiorini et Yves Teicher, Thomas Champagne, LG Jazz Collective, Steve Houben, Anne Wolf, mais aussi Marc Ribot en solo et Or Bareket en quartette qui feront vibrer les trois scènes ! Et celui qui aura l’honneur de suivre le Maelbeek (l’ancien ruisseau qui reliait Ixelles à St-Josse et qui a inspiré le nom du festival) et de se produire le même soir dans les trois lieux avec trois projets différents, n’est autre que Tuur Florizoone.

Et ici aussi, il y aura des expos (Jorge Gonzalez, Horacio Altuna et Gani Jakupi, auteur du merveilleux «Roi invisible»), des conférences, des concerts pour enfants et des projections.

Mais vous êtes peut-être plus attirés par le jazz manouche ? Pas de problème, sinon peut-être celui de votre agenda très chargé. Rendez-vous à Gent, Antwerpen, Bruxelles, Charleroi, Liège et d’en d’autres villes et villages de Belgique (demandez le programme ! ) pour les Djangofolllies !

Lollo Meier, Minor Sing, la famille Cavalière et son Jazzy Strings, Tcha Limberger, Samson Schmitt et bien d’autres viendront swinguer près de chez vous.

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Et pour terminer cet excitant (épuisant ?) mois de janvier, direction Tournai pour son septième Jazz Festival (du 31 janvier au 4 février) !

Partagé entre la Halle aux Draps, le Magic Mirrors et le Conservatoire (rassurez-vous, tout cela tient dans un mouchoir de poche, autour de la Grand Place), on aura droit à une vingtaine de concerts !

On y verra Lisa Simone, Rhoda Scott, Stacey Kent et Michel Jonasz. Mais aussi Phil Abraham, Elia Fragione, Sacha Toorop, Didier Lockwood, Igor Gehenot, Eric Legnini et son Waxx Up et une carte blanche à Stéphane Mercier qui sera entouré, tour à tour, de Nathalie Loriers, David Linx, Jean-Louis Rassinfosse, Bruno Castellucci, Paolo Loveri, Fabrice Alleman, Vincent Bruyninckx, Nic Thys, Daniel Stockart, Toine Thys, Jean-François Prins, et Charles Loos… Wahoo !

Et bien sûr, pendant ces cinq jours (et nuits), il y aura des animations dans la ville, des expos, des projections…

Quand je vous disais que ce sera chaud…

 

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