14/01/2018

Jazzques écoute - Claudia Solal - Butter In My Brain

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Magnétique, pénétrant, frissonnant, déroutant.

C’est ce que l’on ressent à l’écoute du dernier album de la trop rare Claudia Solal.

Room Service, son précédent disque - que je vous conseille vivement aussi - avec Joe Quitzke, Jean-Charles Richard et Benjamin Moussay, datait déjà de 2010.

Cette fois-ci, pour Butter In My Brain, la chanteuse ne dialogue qu’avec Benjamin Moussay. Elle dialogue ou, plutôt, se fait porter par le claviériste qui, tantôt aux Rhodes, au piano ou au synthétiseur, fabrique des nuages musicaux pour sa voix lunaire. Ici, tout se dit en poésie, en sous-entendus ou en séduction malicieuse au rythme de climats mystérieux et changeants.

Claudia Solal, manie les mots avec une habileté étonnante. Elle les choisit, les écrit, les accouple et les souffle avec une singularité fascinante. Elle raconte des histoires étranges et énigmatiques qui s’enveloppent d’ambiances déstabilisantes.

Aussi poétiques et presque insaisissables que sont la musique ou les paroles, il y a quelque chose de très organique dans cet imaginaire singulier. On y respire la terre, la mousse, l’herbe, la nourriture et on y palpe l’air et la lumière…

On suit la chanteuse dans les méandres de sa pensée («Butter In My Brain»), on se laisse guider vers des rendez-vous improbables («The Grass Is Greener»), on tente de s’échapper («Nightcap For Sparrows»), on se liquéfie («Smokehouse On The Ocean») on se désagrège («Tranfigured Dream»)…

Il y a quelque chose de very british qui émane de ce disque. On y sentirait presque une odeur de bibliothèque dans la pénombre, éclairée par un soleil froid qui parvient à peine à transpercer de lourds rideaux sombres. On flotte et on tombe dans un puits sans fond, comme dans un conte de Lewis Carroll. On est troublé comme dans les histoires d’Edgar Alan Poe ou les sonnets de William Shakespeare.

A la fois chanté, parlé ou susurré, les mots se déposent puis s’envolent, entre rêve et réalité.

Butter In My Brain est sans doute l’un des disques les plus envoûtant que j’ai eu l’occasion d’écouter ces derniers temps. Un disque très addictif à écouter sans modération.

 

 

A+

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10/01/2018

Daniel Romeo - The Black Days Session live au Sounds

Il n'a pas son pareil pour déplacer les foules et remplir les salles, Daniel Romeo. On peut les compter sur les doigts d’une seule main, ceux qui arrivent à remplir à ras bord le Sounds trois fois de suite. Et puis, il n’a pas son pareil non plus pour chauffer une salle : en deux claquements de basse, la machine est lancée.

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Ces jeudi, vendredi et samedi derniers, notre intenable bassiste présentait son album (enfin !!!) «The Black Days Session». Cela faisait trop longtemps que l’on attendait un disque de Daniel Romeo, cet éternel insatisfait (il doit pourtant y avoir dans sa cave des bandes incroyables jamais éditée, malheureusement pour nous) ! Son dernier disque, «Live At The Sounds and More» (enregistré au Sounds en 1998) datait déjà de 2003 !

Et voilà que, fin décembre 2017, il sort, presque sur un coup de tête, un double album ! Un vinyle, qui plus est ! La grande classe.

«The Black Days Session volume 1» - ce qui nous permet de rêver à une suite (?) - rassemble des morceaux écrits ou enregistrés dans une période émotionnellement difficile (les amis sont éternels, pas les hommes), mais l’énergie, la sensibilité et l’enthousiasme sont bien présents. Daniel sait qu’il n’y a rien de mieux que le partage pour passer au travers des coups durs.

C'est donc avec une équipe au grand complet (Arnaud Renaville au drums, Eric Legnini au Fender, Xavier Tribolet aux claviers, Christophe Panzani au sax, Nicolas Gardel – qui remplaçait «au pied levé» Alex Tassel - à la trompette, David Donatien aux percus et Lorenzo Di Maio à la guitare) qu'il présentait cet excellent album que je vous recommande vivement !

Deux morceaux, funky en diable, pour commencer ! Une basse galopante qui entraine tout le groupe et laisse directement au trompettiste et au saxophoniste plein d’espaces pour exécuter des solos qui montent vite en intensité. La musique tourne et le groove permet à chaque musicien d’improviser. C’est du funk - du «stinky funk» - et du jazz, c’est ça la marque de fabrique de Da Romeo. Ça démarre fort ! Alors on calme un tout petit peu le jeu - sans vraiment le calmer - avec «Serenity» qui fait un léger clin d'œil d’intro à «Lonely Woman».

Et puis, ça repart. Les souffleurs répètent un motif lumineux et solaire. Pas de temps mort. On monte les paliers sans faiblir.

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L'écriture de Daniel Romeo est quand même sacrément bien torchée. On connait le bassiste comme un exceptionnel grooveur, mais ce serait dommage de ne le cantonner qu’à cela. Il faut entendre comment les riffs, les mélodies, les rythmes, les break s’enchaînent et s’entremêlent. C’est bourré d’idées et plein de reliefs. C’est super bien ficelé. On module les temps forts et les temps suspendus (toujours tendus) et puis on laisse éclater des bombes groove incandescentes.

David Donatien et Arnaud Renaville – coups de caisse et de cymbales impeccables de bout en bout – se lancent dans une fight amicale éblouissante. Puis c’est Lorenzo Di Maio qui ne laisse pas le temps au précédent morceau de se terminer pour jeter des riffs funky et propulser le groupe sur un «Fat Cat» jubilatoire. Il lâche des solos hallucinants, entre blues et rock, entre B.B. King, Al McKay et Carlos Santana.

Dans la salle archi bondée ça ondule, ça danse, ça transpire, ça frotte.

Christophe Panzani, aussi à l’aise au ténor qu’au soprano, enfile les chorus. Et l'intensité redouble sous les coups de basse, de batterie et de percus. Ça pulse et ça sonne monstrueux ! Eric Legnini, qui a déjà pas mal éclaboussé de son phrasé fiévreux une bonne partie du concert, est littéralement poussé par le bassiste qui lui fait face. Et on monte encore dans les tours ! Et Xavier Tribolet remet une couche électro-cosmico-funky par dessus tout ça ! Folie furieuse…

On a droit au magnifique et lumineux «Onika», aux ultra-dansants «Pali» et «Escro», au touchant «Vincent». Les nuances, les pleins et les déliés rendent cette musique sensuelle, émotionnelle, excitante, frissonnante.

Alors, avant le rappel, le boss se paie enfin un solo dont il a le secret. Bouquet final !

Quel groupe de folie. Quelle soirée. Quel bonheur ! Quel funk de fun !

Après le disque, la tournée ?

 

 

Merci à ©Christophe Danaux pour les photos !

 

A+

 

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09/01/2018

Jazzques écoute - Reggie Washington - Rainbow Shadow 2

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A longueur d’année, le bassiste Reggie Washington parcours le monde aux côtés de Lisa Simone, Liz McComb, Rokia Traoré, Randy Brecker, Jacques Schwarz-Bart ou encore Wallace Roney. Sur sa carte de visite, on peut aussi y lire les noms de Steve Coleman, Branford Marsalis, Roy Hargrove, Oliver Lake, Cassandra Wilson, Don Byron, Lester Bowie...

Et pourtant, l’homme reste discret, modeste même. Il semble toujours être au service des autres mais aussi, et surtout, au service de la musique. Un peu comme le guitariste Jef Lee Johnson, musicien exceptionnel et trop peu connu du grand public qui a joué aux côtés des plus grands comme Mc Coy Tyner, George Duke, D’Angelo, Esperanza Spalding, Aretha Franklin, Erykah Badu ou Billy Joel. Jef a disparu prématurément en 2013. Reggie Washington lui rendit un premier hommage en 2015 avec le très bel album «Rainbow Shadows». Mais tout n’avait pas été dit. Il fallait bien un second volume pour mettre en lumière les compositions et les mots du regretté guitariste. Reggie Washington a donc convoqué la même équipe, à savoir Marvin Sewell (eg) DJ Grazzhoppa (turntables) et Patrick Dorcean (dm) pour un volume two.

Ce qui saute aux oreilles, dès la première écoute, c’est la qualité de ce blues à la fois très roots et très contemporain, ce mélange subtil de rudesse et de sensibilité. Chaque morceau contient sa part d’émotion, de revendication, de piquant ou de relâchement.

L’album est conçu de façon admirable. Il est chapitré comme un roman. Les longs morceaux, qui prennent le temps de se révéler, alternent avec des virgules sonores qui agissent comme autant de respirations («Hype») ou de coups de fouet («Testimony - Open Up»). On s’attarde donc sur les superbes et intenses «The Moon Keeps Telling Me Things», «It Ain't Hard For You», «Hard To Keep The Faith» ou «Blind Willie McTell» et on vibre au son des incisifs «Silence» ou «Sizzlean». Reggie n’hésite plus à chanter (parfois épaulé magnifiquement par Monique Harcum) et il le fait très bien. On y ressent vraiment un chant de vérité, intense et bienveillant à la fois.

On soulignera aussi le jeu brillant de Marvin Sewell (allez écouter l’envoutant «Emett Till» par exemple), les interventions adroites de DJ Grazzhoppa et le drumming sec et précis de Patrick Dorcean. Sur quelques morceaux, interviennent aussi quelques guest (Hevé Samb, John Massa ou Federico Gonzalez Pena) qui ajoutent encore un peu plus d’épaisseur à un album déjà intense et profond.

Compostions, arrangements, exécution, tout est maîtrisé de bout en bout. «Rainbow Shadow» méritait bien un second opus, et c’est une véritable réussite. A écouter en boucle.

Reggie Washington - Rainbow Shadow #2

 

A+

 

 

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02/01/2018

On commence par quoi ?

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Janvier 2018 va être chaud.

Ce n’est pas une prévision météorologique mais un constat jazzistique.

Quoiqu’on en dise, en matière de jazz en Belgique, on est quand même bien gâté. Il suffit de regarder l’agenda de Jazz In Belgium pour constater qu’il y a, chaque jour, des concerts de jazz à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie. Et encore, certains ne sont pas annoncés (parce qu’ils s’organisent en dernière minute, parce que certains organisateurs n’ont pas encore le réflexe de les signaler, ou parce qu’ils oublient…) ! Merci les clubs, merci les musiciens...

Il y a donc les clubs et puis, il y a les festivals.

 

 

Par ordre d’entrée en scène, il y a d’abord le Brussels Jazz festival à Flagey.
Du 11 au 20 janvier, il n’y aura pas moins de 25 concerts parmi lesquels on notera ceux de Archie Shepp, Jasper Høiby, Tony Allen, Soweto Kinch, Kurt Rosenwinkel, Uri Caine, mais aussi Mäâk (qui fête ses 20 ans !), LABtrio, Enrico Rava, Stijn Cools Book Of Air, Shabaka Hutchings ou Matthew Herbert !

Il y aura des projections (Django, Just Friends) et une expo des dessins de Pieter Fannes, et Yann Bagot qui présenteront leur livre : Jazzconcerten op papier.

 

 

Simultanément, à deux pas de Flagey, au Théâtre Marni mais aussi au Senghor et à la Jazz Station, se tiendra la quatrième édition du River Jazz Festival.

A partir du 12 et jusqu’au 27, ce sont Richard Galliano, Nicolas Kummert avec Hervé Samb, Fabian Fiorini et Yves Teicher, Thomas Champagne, LG Jazz Collective, Steve Houben, Anne Wolf, mais aussi Marc Ribot en solo et Or Bareket en quartette qui feront vibrer les trois scènes ! Et celui qui aura l’honneur de suivre le Maelbeek (l’ancien ruisseau qui reliait Ixelles à St-Josse et qui a inspiré le nom du festival) et de se produire le même soir dans les trois lieux avec trois projets différents, n’est autre que Tuur Florizoone.

Et ici aussi, il y aura des expos (Jorge Gonzalez, Horacio Altuna et Gani Jakupi, auteur du merveilleux «Roi invisible»), des conférences, des concerts pour enfants et des projections.

Mais vous êtes peut-être plus attirés par le jazz manouche ? Pas de problème, sinon peut-être celui de votre agenda très chargé. Rendez-vous à Gent, Antwerpen, Bruxelles, Charleroi, Liège et d’en d’autres villes et villages de Belgique (demandez le programme ! ) pour les Djangofolllies !

Lollo Meier, Minor Sing, la famille Cavalière et son Jazzy Strings, Tcha Limberger, Samson Schmitt et bien d’autres viendront swinguer près de chez vous.

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Et pour terminer cet excitant (épuisant ?) mois de janvier, direction Tournai pour son septième Jazz Festival (du 31 janvier au 4 février) !

Partagé entre la Halle aux Draps, le Magic Mirrors et le Conservatoire (rassurez-vous, tout cela tient dans un mouchoir de poche, autour de la Grand Place), on aura droit à une vingtaine de concerts !

On y verra Lisa Simone, Rhoda Scott, Stacey Kent et Michel Jonasz. Mais aussi Phil Abraham, Elia Fragione, Sacha Toorop, Didier Lockwood, Igor Gehenot, Eric Legnini et son Waxx Up et une carte blanche à Stéphane Mercier qui sera entouré, tour à tour, de Nathalie Loriers, David Linx, Jean-Louis Rassinfosse, Bruno Castellucci, Paolo Loveri, Fabrice Alleman, Vincent Bruyninckx, Nic Thys, Daniel Stockart, Toine Thys, Jean-François Prins, et Charles Loos… Wahoo !

Et bien sûr, pendant ces cinq jours (et nuits), il y aura des animations dans la ville, des expos, des projections…

Quand je vous disais que ce sera chaud…

 

A+

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