28/01/2018

Marc Ribot solo - River Jazz - au Senghor

Le Senghor nous a gâté ces derniers temps (comme toujours, diront certains) : Vinicius Cantuaria, Enrico Rava, Diederik Wissels, que du beau monde.

Avec le River Jazz Festival, le programmateur a continué à se faire plaisir (et nous avec) avec Tcha Limberger, LG Jazz Collective et ce mercredi soir : Marc Ribot ! Résultat : «full house», comme on dit.

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Cela se comprend, Marc Ribot n'est pas n'importe qui. Ce musicien touche-à-tout et assez inclassable, a collaboré avec les grands noms du rock, de l’avant-garde, du jazz ou de la danse contemporaine comme Tom Waits, John Lurie, Elvis Costello, John Zorn, Wim Vendekeybus, etc. De plus, ses propres groupes, Los Cubanos Postizos ou Ceramic Dogs, n’ont jamais laissé le public et les critiques indifférents.

Ce soir, c'est en solo que Marc Ribot se produisait. Une chaise, deux micros, un ampli, une pédale d'effets, une guitare électrique et une autre acoustique et basta.

Détendu et d’humeur blagueuse (teintée d’une pointe de cynisme quand même) il entame la soirée avec une chanson folk aux forts accents politiques (l’activisme de Ribot n’est plus à démontrer) qu'il enchaîne a un blues sec et ultra dépouillé qui se dilue en une improvisation plus abstraite. Ribot joue de façon radicale, voire brutale. Il joue des suites d'accords de façon sèche, il pince ou griffe les cordes pour en sortir des notes dissonantes qui semblent ne vivre que par elle-même, détachées les unes des autres. La musique bouge, évolue. Le guitariste tourne autour des riffs, invente les sons. Marc Ribot joue du Marc Ribot. Il joue son punk jazz.

Ensuite, arc-bouté sur sa guitare, comme absorbé par elle, comme intégré en elle, Ribot improvise sur les douces espagnolades et musiques haïtiennes de Frantz Casséus et démontre alors, sous une fragile couche de lyrisme brut, une certaine vélocité.

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Puis, à la guitare électrique, Ribot nous sert une version de «Some Of The Harmony Of Maine» de John Cage. Le son est grave, saturé, à la limite du larsen. Cependant, Ribot n’en rajoute pas. On pourrait s’attendre à ce que cela parte en feu d’artifice, mais il reste «dans les lignes». Il joue sur la longueur des notes qui s'étirent doucement. Langueur et longueurs s’entremêlent.

Retour à la guitare acoustique pour finir sur une note plus bluesy, en forme d’exercice de style, avec «Summertime» et autres blues.

Ribot semble toujours vouloir éviter la joliesse - sans pour autant oublier l'émotion - en se débarrassant de notes soi-disant inutiles. Il va à l’essentiel, souvent avec rage et sans ménagement, même si ce soir on aurait pu s’attendre, peut-être, à un peu plus de mordant encore. N’empêche, Marc Ribot, c’est Marc Ribot, et c’est déjà beaucoup.

 

 

 

Merci à ©Jean-Luc Goffinet pour les photos.

A+

 

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