09/01/2018

Jazzques écoute - Reggie Washington - Rainbow Shadow 2

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A longueur d’année, le bassiste Reggie Washington parcours le monde aux côtés de Lisa Simone, Liz McComb, Rokia Traoré, Randy Brecker, Jacques Schwarz-Bart ou encore Wallace Roney. Sur sa carte de visite, on peut aussi y lire les noms de Steve Coleman, Branford Marsalis, Roy Hargrove, Oliver Lake, Cassandra Wilson, Don Byron, Lester Bowie...

Et pourtant, l’homme reste discret, modeste même. Il semble toujours être au service des autres mais aussi, et surtout, au service de la musique. Un peu comme le guitariste Jef Lee Johnson, musicien exceptionnel et trop peu connu du grand public qui a joué aux côtés des plus grands comme Mc Coy Tyner, George Duke, D’Angelo, Esperanza Spalding, Aretha Franklin, Erykah Badu ou Billy Joel. Jef a disparu prématurément en 2013. Reggie Washington lui rendit un premier hommage en 2015 avec le très bel album «Rainbow Shadows». Mais tout n’avait pas été dit. Il fallait bien un second volume pour mettre en lumière les compositions et les mots du regretté guitariste. Reggie Washington a donc convoqué la même équipe, à savoir Marvin Sewell (eg) DJ Grazzhoppa (turntables) et Patrick Dorcean (dm) pour un volume two.

Ce qui saute aux oreilles, dès la première écoute, c’est la qualité de ce blues à la fois très roots et très contemporain, ce mélange subtil de rudesse et de sensibilité. Chaque morceau contient sa part d’émotion, de revendication, de piquant ou de relâchement.

L’album est conçu de façon admirable. Il est chapitré comme un roman. Les longs morceaux, qui prennent le temps de se révéler, alternent avec des virgules sonores qui agissent comme autant de respirations («Hype») ou de coups de fouet («Testimony - Open Up»). On s’attarde donc sur les superbes et intenses «The Moon Keeps Telling Me Things», «It Ain't Hard For You», «Hard To Keep The Faith» ou «Blind Willie McTell» et on vibre au son des incisifs «Silence» ou «Sizzlean». Reggie n’hésite plus à chanter (parfois épaulé magnifiquement par Monique Harcum) et il le fait très bien. On y ressent vraiment un chant de vérité, intense et bienveillant à la fois.

On soulignera aussi le jeu brillant de Marvin Sewell (allez écouter l’envoutant «Emett Till» par exemple), les interventions adroites de DJ Grazzhoppa et le drumming sec et précis de Patrick Dorcean. Sur quelques morceaux, interviennent aussi quelques guest (Hevé Samb, John Massa ou Federico Gonzalez Pena) qui ajoutent encore un peu plus d’épaisseur à un album déjà intense et profond.

Compostions, arrangements, exécution, tout est maîtrisé de bout en bout. «Rainbow Shadow» méritait bien un second opus, et c’est une véritable réussite. A écouter en boucle.

Reggie Washington - Rainbow Shadow #2

 

A+

 

 

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