26/12/2017

Diederik Wissels - Pasarela - au Théâtre Senghor

Diederik Wissels est un musicien discret, timide… rare.

Toute sa musique lui ressemble. Depuis longtemps, on le sait, il aime écouter les autres, écouter les respirations, écouter les silences. C’est pour cela qu’il écrit une musique qui permet à ses acolytes - en l’occurrence pour ce récent et très bel album Pasarela soti chez Igloo : Thibault Dille à l’accordéon, Nicolas Kummert au sax alto, mais aussi Victor Foulon à la contrebasse et Emily Allison au chant - de se laisser aller et de prendre des libertés. Et tout cela avec beaucoup de délicatesse, de respect et de tendresse.

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C’est ce nouveau travail que le pianiste présentait au Théâtre Senghor le 8 décembre.

L’ambiance est feutrée et retenue lorsque les cinq musiciens prennent possession de la scène. C’est que la musique est fragile, on le sait, alors on se tait et on ferme presque les yeux.

Le groupe nous entraine vers des paysages nébuleux, lumineux, purs. Des endroits où personne ne semble jamais avoir été avant. Les mélodies et les harmonies s’entremêlent. Les rythmes flottent en battements lents. Il y a quelques accents celtiques lointains qui se mélangent à une sorte de tarentelle lente à peine esquissée. Des feulements de voix, des souffles de sax, des pincements d’accordéon. C’est comme une prière faite aux dieux des brumes, à la fois pleine de regrets et d’espoirs.

Les morceaux s’enchaînent. La voix lancinante d’Emily et la basse sporadique de Victor tressent des rideaux translucides.

En trio, légèrement nostalgique et de façon très introspective, Diederik semble raconter des histoires étranges, de rendez-vous manqués, des rêves inachevés. Sa musique est profonde, comme si elle nous poussait à interroger des esprits, ou simplement à s’interroger sur nous-mêmes. Diederik cultive le doux, le temps qui passe et qui s’étire, les silences. Il laisse le temps à Nicolas Kummert ou à Thibault Dille de développer des idées. Un long passage en solo, lancé par l’accordéoniste, permet d'apprécier le faux romantisme et la vraie personnalité du leader. Sous des dehors polissés d’une musique qui se veut calme et onirique, couve un tempérament brûlant. On sent chez lui une certaine rage contenue. Ça bouillonne. Mais le pianiste canalise et veut toujours ramener la paix et le calme. Parfois, il s'accompagne de légers rythmes enregistrés, mi électro, mi organique, mais ce sont surtout le saxophoniste, en un jeu très impressionniste, et l’accordéoniste, qui réinvente les sons, qui l’aident magnifiquement dans cette quête. Il y a une véritable osmose entre eux, et lorsque Emily Allison ou Victor Foulon reviennent compléter l’ensemble, ce n’est que pour mieux renforcer cet esprit de groupe.

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Après une heure seulement, s'excusant presque d’être là, Diederik présente ses musiciens. Il préfère nettement les laisser jouer. Alors on les écoute encore. Et on se laisse à nouveau envahir par une certaine torpeur bienveillante.

La musique de Diederik Wissels est décidément bien singulière. Et rare.

Il faut savoir en profiter.

 

Merci à ©Pierre Hembise pour les images

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