24/10/2017

Manuel Valera Trio à l'Archiduc

Comment se fait-il que Manuel Valera, pianiste cubain, qui vit à New York depuis 2000 et ayant déjà à son actif près d’une douzaine d’albums en tant que leader, soit très peu connu chez nous ? On peut se poser la question ! On retrouve pourtant sur ses albums Seamus Blake, Antonio Sanchez, James Genus, Alex Sipiagin, John Patitucci, Bill Stewart ou encore Ben Street

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Il aura donc fallu que soit mis en lumière par les bons soins de Stefany Calembert (Jammin’Colors) Seasons (album que je vous recommande chaudement) pour que l'on s’en prenne plein les oreilles.

Pour sa tournée européenne, le trio de Manuel Valera (Hans Glawischnig à la contrebasse et E.J. Strickland aux drums) faisait un halte à l’Archiduc ce dimanche 8 octobre.

Nos trois jazzmen se connaissent bien et ne se posent donc aucune question pour nous balancer le bien nommé «Opening» en pleine face ! Bam ! On entre de plain-pied dans le groove, l'énergie et la tension.

Les attaques de Valera sont franches et percussives. On pense un peu à Chick Corea, Keith Jarrett des débuts ou à Gonzalo Rubalcaba, bien sûr, mais ce ne sont là que quelques accents, Valera impose rapidement sa propre personnalité. Au-delà d’une technique impressionnante, il délivre un jeu plein de musicalité, mettant surtout en avant la mélodie. C’est vif, clair et précis.

Et puis on sent un trio soudé, qui s'écoute, se répond et échange les yeux fermés. Valera tourne même le dos à son contrebassiste et son batteur. Sont-ce eux qui suivent ou qui poussent ?

Il y a des tensions jusqu’à la cassure, des relâchements tout en douceur et une musique voyage tout le temps.

«Tres Palabras», sans mièvrerie ni cliché, se fait dansant et effleure à peine une tendance latino. Mais il y a de l’âme dans cette musique ! Ça joue romantique et c’est ferme en même temps. Dans ce cas de figure, Hans Glawischnig rappelle un peu le jeu d’un Scott La Faro. Ambiance !

Il y a ensuite l’incroyable et explosif « What Is This Thing Called Love », propulsé par une rythmique incandescente. Ces gars ont baigné dans la tradition, il connaissent le vocabulaire par cœur et s’en jouent. Ça sent New York ! Ça pue New York ! Il n’y a aucun temps mort, aucun déchet, tout est nécessaire. Et jamais, jamais, les musiciens n’insistent.

Strickland, merveilleux de finesse et de force mêlées, s’immisce dans les contrepoints, donne du relief. Il a cette faculté de laisser respirer les morceaux pour mieux leurs donner du souffle.

Sur un des morceaux de la suite «The Seasons», le trio s’amuse avec de faux ralentissements et des changements de tempos. Il joue le chaud et le froid. Le piano laisse la contrebasse puis la batterie prendre de l'avance avant de venir dépasser tout le monde sur le fil. Plaisir à l’état pur !

«In My Life», des Beatles, n'a rien d'une pop jazzifiée et «Rhythm A Ning» - anniversaire de Monk oblige - est revisité avec beaucoup de personnalité. Alors, on a bien droit à un rappel ! Et il n’est pas moins explosif…

Deux sets bouillonnants, pleins de surprises, de générosité et de plaisir.

Bref, un trio à revoir et à réentendre. A Bruxelles ou ailleurs.

Et pas dans douze albums !

 

 

 

A+

 

 

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