17/09/2017

NextApe - Antoine Pierre - Théâtre Marni

On avait dit qu'avec internet et les connexions en tout genre, plus personne ne sortirait de chez lui. Détrompez-vous. Il y a encore beaucoup de gens prêts à découvrir des choses en live. Et c'est plutôt rassurant. Sur les six concerts proposés par le Théâtre Marni, lors de son Jazz Festival dédié à la batterie, trois étaient totalement sold-out et les autres full de chez full.

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Ce vendredi encore, on se massait devant la scène pour assister à la très attendue carte blanche offerte à Antoine Pierre qui s’est entouré de Lorenzo Di Maio (eg), Jérôme Klein (keys), la merveilleuse chanteuse Veronika Harcsa et Ben Van Gelder (as) pour former NextApe.

Le prolifique batteur, que l’on ne présente plus (Urbex, LG Collectif, TaxiWars, Philip Catherine, Lorenzo Di Maio, Jean-Paul Estiévenart, Tree-Ho, etc.) vit bien dans son époque. Il est curieux de tout et passionné de tout. Et très érudit. Et très éclectique. Normal que sa musique le soit aussi...

Ce soir, on l’a senti, il s’est encore fait plus plaisir qu’à l’habitude. Fidèle à son sens du boulot bien fait, Antoine a pensé et repensé son projet. Il a imaginé la musique, mais aussi la mise en scène, la dramaturgie, les textes, la lumière.

En guise d’introduction, dans une salle plongée dans le noir, NextApe nous fait d’abord entendre - version low-fi - un enregistrement de Basquiat sur une musique crachotante de jazz des années folles. Et puis, aligné devant nous, le groupe nous balance un rock binaire puissant, électrique et électro. C’est « Alarm Clock », qui nous prévient : « Here comes the Next Tape or... Next Ape »…

Et nous voilà parti dans l’exploration (une partie seulement) de l’univers d’Antoine Pierre : rock, rap, hip-hop, prog rock, électro, ambiant… Du jazz ? Non, pas vraiment cette fois-ci.

D’ailleurs, le second morceau, joué par strates, flirte avec l’esprit trip-hop. Et on ne peut s’empêcher de penser à Portishead ou UNKLE. On glisse ensuite du côté pop, très légèrement soul (léger, léger), avec un morceau semblant s’inspirer d’Urbex pour mettre une première fois en valeur les talents de la chanteuse Véronika Harcsa. A l’aise dans tous les registres, elle impose une présence forte. Autant elle est intégrée dans la musique, autant elle semble avoir du recul sur l’ensemble… et donc, plus d’emprise encore.

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NextApe enchaîne. Avec énergie. On se dit qu’on a devant nous un véritable groupe de rock. De rock savant ! NextApe joue les breaks, construit une musique foisonnante d’idées. Pleine d’idées. Trop d’idées peut-être. On a parfois l’impression de se retrouver dans un grand magasin de confiseries dans lequel on pourrait tout goûter sans pouvoir en profiter pleinement, ou dans un méga musée contemporain bourré d’œuvres exceptionnelles, sans avoir le temps de réellement en apprécier toute la richesse et la profondeur. Du coup, on n’a pas vraiment le temps de vibrer ou d’être vraiment ému. On est fasciné par la technique irréprochable des musiciens. Mais on reste un peu distant. Peut-être que ce concert aurait dû se jouer « debout » ? Et l’on continue la visite d’un monde un peu rageur, voire parfois pessimiste, avec « Oliphant » qui zieute du côté de Sidsel Endresen ou de tUnE-yArDs. On va faire un tour du côté de Thom Yorke, Squarepusher, Zappa, Aphex Twin, Pink Floyd

Soudain, en invité surprise, venu du public, l’acteur Martin Swabey ("Mr. Nobody") déclame avec force un texte écrit par Paméla Malempré (« They Came » (?) ) sur une musique rageuse. Puis on laisse Lorenzo Di Maio se déchaîner sur un solo, Jérôme Klein explorer des beat électros tranchants, Ben Van Gelder déposer quelques phrases plaintives sur un morceau planant et surtout Veronika Harcsa éblouir tout le monde. Et l’on entend du Mike Ladd, du Kendrick Lamar, des gimmicks à la DJ Logic, du Mark Guiliana

On entend beaucoup de choses. Ça va partout. Il y a beaucoup d’infos. Cela devrait peut-être être un peu canalisé pour que l’émotion ressorte plus, pour que l'on retrouve ce frisson qui fait oublier tout le reste. Pour retrouver aussi, peut-être, un peu de cet esprit jazz dans tout ça...

Antoine Pierre s’est fait plaisir, et il a bien eu raison… Alors, quand on entend ce que fait NextApe, on se dit que… le rock a vraiment de beaux jours devant lui. Et pour cela, on ne peut que remercier nos jazzmen.

A suivre… ;-)

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

 

 

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14/09/2017

La Chambre Verte

Souvent, je les croise lors de concerts. Souvent, ils sont sont là bien avant le concert. Ils sont là pendant la balance.

Un peu avant aussi.

Ce sont Bastien Paternotte et Vincent Dascotte, casque sur les oreilles, micro à la main.

C’est Arnaud Ghys l’œil collé à l’objectif.

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Ils captent l’ambiance avant que les musiciens ne montent sur scène, en toute décontraction. Ils échangent.

Puis ils partagent.

C’est du son et des images fixes. Un montage subtil, intelligent et impressionniste, qui révèle l’artiste. Un moment… différent.

C’est La Chambre Verte.

Il y a d’abord eu Erik Truffaz, lors de son passage à Flagey (il a eu droit à son "webdocumentaire" et on espère que les autres jazzmen y auront droit aussi). Puis il y a eu David Linx lors de son concert au Théâtre Marni ensuite Ivan Paduart, Quentin Dujardin et Manu Katché au Tournai Jazz Festival

Maintenant c’est au tour d’Antoine Pierre d’entrer dans la Chambre Verte. C’était lors de son passage à la Jazz Station en mars dernier.

Assez complémentaire avec ce que vous lisez chez Jazzques, non ?

Assez parlé. Assez lu.

Allez écouter. C’est ici !

 

Photo © Arnaud Ghys.

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10/09/2017

(The Mystery Of) Kem - Théâtre Marni

Après le piano, la guitare ou encore la contrebasse, le Marni Jazz Festival met en avant cette année la batterie. Au programme, on retrouve Michel Debrulle avec Trio Grande et Rêve d’Eléphant, Bruno Castellucci, Manu Katché avec Ivan Paduart, mais aussi Paco Séry, Antoine Pierre et, bien entendu, Stéphane Galland.

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Ce vendredi soir, le percussionniste fou d’Aka Moon, présente son nouveau projet très personnel : (The Mystery Of) Kem.

Pour le coup, il s’est entouré de talentueux et jeunes musiciens (Federico Stocchi à la contrebasse et Sylvain Debaisieux au sax ténor) et de moins jeunes, car on ne peut plus vraiment dire que le pianiste Bram De Looze est un nouveau venu. Et puis, cerise sur le gâteau, Galland a aussi invité Ravi Kulur, un flûtiste indien qui tourne beaucoup avec Ravi Shankar – excusez du peu - qui est entré en contact avec notre batteur belge via les réseaux sociaux ! Comme quoi, cela a parfois du bon.

Le quartette de départ existe depuis trois ans déjà et a construit, lentement mais sûrement, une musique très sophistiquée et basée principalement sur divers concepts rythmiques. La dernière semaine avant ce concert, nos musiciens se sont même retrouvés parfois à ne répéter que les tempos à mains nues et sans instruments, histoire d'innerver véritablement le corps et l’esprit.

Il faut reconnaître que la musique de (The Mystery Of) Kem est assez éloignée d’un « simple » 4/4…

Le Théâtre Marni est archi sold-out lorsque le groupe monte sur scène. Et après un salut respectueux au public, il entre rapidement dans le vif du sujet.

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Le bansuri de Ravi Kulur ouvre l’espace, Stéphane Galland dépose des frappes brèves, comme autant des gouttes de pluies fines et claquantes, le piano s’engouffre entre les interstices, la contrebasse marque un tempo décalé, le saxophone glisse dans les rythmes… et nous voilà embarqué dans un voyage plein de rebondissements.

C’est une course relais. Ou un jeu de domino. La musique ne fait que se découvrir.

Ce qui est fascinant, c’est l’énergie qui s’en dégage : jamais lourdingue, jamais envahissante. C’est clair : il n’est pas nécessaire de jouer fort (et pour cela, on remerciera aussi Michel Andina pour le son parfait) pour que ce soit puissant, mais il faut surtout jouer avec les pulsations, les pleins et les déliés, les gifles et les caresses. Et que de nuances ! Que de retournements de situations ! Que de reliefs dans cette musique riche à souhait !

Puis c’est la basse, puissante et ferme de Federico Stocchi qui introduit « Morphogenesis » et qui donne la direction. C’est elle qui permet à Ravi Kulur et Sylvain Debaisieux de prendre de brefs solos qui finissent par se mélanger. Alors la musique prend de l’ampleur, se gorge de couleurs, atteint des sommets.

Après ce long morceau évolutif, « Hitectonic » surprend par sa concision. Sur des rythmes presque jungle, chacun se connecte et balance ses phrases avant une conclusion abrupte. Tout est dit, pas la peine d’en rajouter.

Plusieurs fois, Bram De Looze est mis en avant. Ses intros, sur « Symbiosis » ou « Mælström » sont éblouissantes de caractère. Son jeu est aussi claquant qu’il est harmonique. Et toutes ses interventions, en osmose avec le flûtiste ou en contrepoints avec le batteur sont d’une rare intelligence.

On passe des rythmes indiens aux claves cubaines, des alap à la transe, de la musique contemporaine aux groove furieux. C’est intense, c’est raffiné, c’est lumineux ! Les couches rythmiques se mélangent, se dissocient, se rejoignent. Le tourbillon est incessant. On sourit, on tape du pied… On lévite presque. Le cœur bat fort et l’esprit reste en éveil. Ce n’est que du bonheur.

Alors, forcément, (The Mystery Of) Kem a droit à sa standing ovation. Et le public a droit à son rappel. Et quel rappel ! Un « Afro Blue » qui démontre - si certains ne l’avaient pas encore compris - que cette musique si contemporaine, si foisonnante et si excitante, ne serait rien sans de véritables racines.

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

 

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05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

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L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

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J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

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