26/06/2017

Jelle Van Giel Group à la Jazz Station

Pour clôturer la saison 2016/17, la Jazz Station avait invité le batteur anversois Jelle Van Giel à présenter son nouvel album : The Journey.

Ce samedi en fin d’après-midi, la salle est archi comble. Comme quoi, le beau temps n’empêche pas le public de venir écouter, entre quatre murs, une musique pleine de promesses...

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Le groupe de Jelle est presque un mini big band. Outre le leader, derrière ses fûts, on retrouve trois excellents souffleurs : Carlo Nardozza (tp), Tom Bourgeois (as) et Bart Borremans (ts) - déjà fort remarqué chez Chris JorisJanos Bruneel à la contrebasse, Bram Weijters au piano et Tim Finoulst à la guitare électrique.

Il fait chaud mais on a ouvert les fenêtres et l’air circule. Le voyage peut commencer.

«The Journey», titre phare de l’album, se dessine en trois parties. Un départ plein d’optimisme, suivi par de galopantes aventures pleines de swing et d’adrénaline, avant un retour sur terre tout en douceur. Les couches mélodiques et harmoniques se superposent ou s’entrelacent, offrant beaucoup d’espace aux musiciens. On s’imagine très bien en héros un peu naïf, sorti tout droit d’un movie américain des années ’70 (vous l’avez, l’image de Dustin Hoffman ?), valise à la main, au sortir d’une petite ville perdue et poussiéreuse, prêt à en découdre avec le grand monde.

On enchaîne avec «Fuzz», thème faussement alangui, qui monte doucement en intensité grâce aux envolées très inspirées de Tim Finoulst. Le jeu de ce dernier est souvent groovy, sans trop d’effet, proposant plutôt un son chaleureux et boisé. Il y a, dans cette musique, à la fois un côté détendu et une énergie contenue. On pourrait y trouver un peu de soul funk à la Lalo Schifrin ou quelques effluves de soft rock aussi…

Jelle ne nous a pas menti, sa musique est décidément très cinématographique. Il faut dire qu’il l’imagine et l’écrit comme une histoire et arrive à la restituer avec panache et sensibilité. Et puis, ses compositions sont souvent enlevées, parsemées de ruptures rythmiques, comme pour pouvoir se laisser le champs d’aller explorer encore d’autres chemins.

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A part peut-être sur «Heading Home», en toute fin de concert, Jelle se met rarement en avant, il préfère bâtir, soutenir et nourrir sa musique. C’est tout bénéfice pour Bram Weijters, délicat et explosif à la fois, Bart Borremans (fabuleux solo, puissant, gras, profond et plein de virtuosité sur «Just A Little Waltz») ou Tom Bourgeois, au jeu plus aérien mais toujours acéré. Quant à Carlo Nardozza, avec une aisance incroyable, il projette un chant limpide, puissant, clair et précis. Un vrai son de bopper. Il ne faudrait pas oublier Janos Bruneel, qui s’illustre de belle manière sur «The Hidden City», entre autres, en dessinant la mélodie dans un jeu souple et chantant, soutenu simplement par le chabada romantique du batteur. Ce romantisme, on le retrouve aussi dans la tendre berceuse «Lullaby For Nelle», inspirée cette fois par la toute petite fille du leader (haaaa… les papas jazz et leurs petites filles !).

Et le voyage n’est pas fini, on mélange maintenant bop et pop fortement marqué d’un esprit brésilien («Bonito»), puis on se balade du côté de l’Afrique du Sud avec «Cape Good Hope» et son rythme chaloupé qui pourrait rappeler un bon vieux tube de Scott Fitzgerald et Yvonne Keeley

Alors, en rappel, on s’amuse encore sur une dernière composition personnelle qui fleure bon le hard bop des années ’50…

Décidément, toutes ces ambiances différentes collent bien à l'esprit voyageur de Jelle. Avec lui on voyage autant autour du globe que dans le temps.

«The Journey» a tenu ses promesses.

 

A+.

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Commentaires

Bien cher Jacques,
Un grand merci pour ton texte, superbe comme toujours.
J’avais écrit ceci au lendemain du concert, si tu permets…

C’est qu’on avait ouvert portes ET fenêtres hier soir à la Jazz Station pour le concert de Jelle Van Giel et ses comparses. Question de faire circuler l’air et l’énergie après ces journées de grandes chaleurs. Et dès la troisième note le ton est donné : quelle belle harmonie de sons, quelle justesse dans la mesure de chaque instrument . Chacun retient son souffle : ce sera un grand concert. Comme quoi l’élaboration d’un CD « The Journey» porte ses fruits. Cela a demandé travail et patience, un peu comme l’artiste peintre qui voit maintenant son œuvre encadrée. Ce septet tient vraiment la route, à l’aise dans tous les genres, ouvert à toutes les influences . Jelle van Giel m’épate du haut de ses 31 ans, batteur parfaitement discipliné, jamais criard, toujours en conversation. Et puis quel compositeur ! Il s’inspire de ce qui l’entoure et, heureusement, il a bougé pour découvrir et ressentir ; Comme disait hier Daniel « Il y a des gens qui disent ‘je ne connais pas donc je ne viens pas ‘ ». Mais connait-on un artiste qui n’a jamais rien vu ? « Fuzz » pourtant semble crée de rien, peut-être d’une pensée. Mais quand le sax ténor Bart Borremans entame « Lullaby pour ma fille(mais pas la sienne) », une larme hésite au creux de l’oeil, A chaque fin des phrases s’ajoutent deux minuscules petites notes , en soubresauts, telles les derniers sanglots d’un enfant épuisé. Puis on part en Amérique du Sud et dans le fin fond de l’Afrique. La trompette bouchée de Carlo Nardossa sied bien à l’Afrique, « Cape of Hope » sonne juste, les accords et harmonies sont majestueux comme de vastes plaines. Mais il ya aussi l’intimité , la folie et la détresse des sons des anciens townships du Cap. Tim Finoulst guitariste en veut et donne tout malgré la chaleur. Il ressemble à Bruce Springsteen dans ses vieux jours, virevoltant sur le plateau avec allégresse, joie, fougue… pas un moment d’ennui. Puis que dire de lui en entamant « Hidden City », je crois, un solo inoubliable venu de nulle part, tellement beau, tellement bien construit on lui donnerait le SABAM rien que pour cela. Mais comment fait-il pour réunir de si beaux accords dans un ensemble respirant la face cachée de la terre. Je ne vois pas Janos Bruneel, caché derrière la carrure du grand Carlo. Heureusement je l’entends, moelleux, rond , riche, entrainant et , lorsque Carlo fait un pas de côté, il éclate dans toute sa splendeur de ton. Son échange avec le magnifique Bram Weijters(Piano) s’inscrit dans les plus belles pages de la Jazz Station. Les gens sont restés jusqu’au bout , malgré la moiteur de la semaine, les applaudissements tellement nourris à la fin qu’un ‘encore’ a suivi sans même que le groupe ne soit préalablement descendu du podium. J’oubliais Tom Bourgeois, sax alto, un rien plus en retrait –ainsi en demandait l’écriture- mais oh combien important. On dit que le jazz est un « cri » : il me fait aujourd’hui penser à une profonde respiration, un éclaircissement de l’esprit.
Peut-on passer meilleure soirée à la JS ?
Bruno Verriest

Écrit par : Bruno Verriest | 28/06/2017

Salut Bruno,
Merci pour ce beau texte ! ;-)

Écrit par : jacques | 29/06/2017

Les commentaires sont fermés.