23/04/2017

Bram De Looze - Piano e Forte. Handelsbeurs - Gent.

Il a choisi trois pianos. Trois pianos qui ont chacun leur caractère, qui réagissent chacun à leur manière. Une aubaine pour un pianiste. Ou bien un casse-tête.

Trois pianos (et pas des moindres : un Pleyel de 1843, un Erard de 1836 et un pianoforte Anton Walter de 1795) pour lui tout seul, pour jouer, pour improviser, pour adapter son jeu et son phrasé à chaque clavier. Trois pianos pour Bram De Looze.

Ce vendredi 21 avril, les trois instruments sont alignés, légèrement de biais, sur la scène du Handelsbeurs.

Bram arrive. Avec un gong. Il le place juste à côté de lui et s'installe devant le Pleyel.

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Le son est un peu cristallin, un peu sec. Il faut que l'oreille s'habitue. De Looze improvise à partir d’un thème assez contemporain, tout en fluctuations. Quelques coups de gong retenus donnent un peu de graves au piano qui semble en avoir assez peu.

Le deuxième piano, le Erard, devant lequel s’assied maintenant le pianiste, possède un son plus chaud et plus rond. Plus velouté, plus étouffé aussi. Alors on s'amuse à comparer, à essayer de retenir le timbre de l’un, les sonorités de l’autre.

Le thème que développe Bram est légèrement plus romantique. Tout reste assez mystérieux cependant, mais les lignes mélodiques sont plus lisibles.

L'œil rieur, à la Anthony Perkins, le pianiste expose brièvement au public ses choix et son objectif avant de prendre place maintenant devant le troisième piano.

Il dépose sur les cordes une sorte de vibreur qui "tient" la note sur la même fréquence, à la manière d’un bourdon. L’artiste joue d’ailleurs avec les cordes, va dans le corps du piano pour les pincer ou les étouffer. Ici, le son résonne presque à la façon d'un clavecin et Bram accentue les dissonances dans un jeu rapide et nerveux, tempéré par une main gauche solide et très mobile.

Il retourne ensuite sur le Erard, pour jouer un thème plus lunaire. On sent le respect pour les instruments qui oblige le pianiste à adapter son jeu, pour dompter et faire sonner chaque piano.

En rappel, il choisit le Pleyel. On devine ici quelques notes "bleues" qui ne sont pas sans rappeler des inflexions à la Paul Bley.

Et on revoit encore son jugement, on essaie de se rappeler le son, les attaques, la manière de poser les mains, la façon de se positionner du pianiste. Et on applaudit la performance.

Le concert est finalement assez bref, mais l'exercice - sans doute plus intellectuel qu’émotionnel - est plutôt convaincant, intéressant et même amusant. C'est une belle façon d'ouvrir encore un peu plus ses oreilles aux sons, aux nuances, aux vibrations…

C'est aussi ça, un peu, le jazz.

 

 

 

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16:19 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bram de looze, handelsbeurs, gent, solo |  Facebook |

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