11/09/2016

Nathalie Loriers, Tineke Postma et Nic Thys au Marni Jazz Festival 2016

Retour au Théâtre Marni pour la troisième soirée du Marni Jazz Festival 2016. Je n’ai pas eu l’occasion d’assister au concert, la veille, de Denise King qui, d’après les échos que j’en ai eu, a mis « le feu » à un show entre jazz, gospel et soul… Tant pis pour moi.

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Ce vendredi soir, l’ambiance est bien plus feutrée, place au trio de la pianiste Nathalie Loriers, Tineke Postma (ts, ss) et Nic Thys (cb).

Tout commence en fragilité et douceur. Les doigts agiles de Nathalie frôlent les touches du piano et égrènent avec sensibilité « Luiza » d’Antonio Carlos Jobim. Tineke Postma effleure à peine la mélodie et joue les respirations avec une finesse remarquable. Entre elles, Nic Thys fait balancer doucement le tempo.

Avec cette bossa triste, c’est comme si on venait de déballer une boîtes de couleurs - des couleurs bien choisies - qui vont nuancer l’ensemble de la soirée.

Nathalie Loriers annonce alors qu’un nouvel album est en préparation, que l’enregistrement est prévu dans les jours à venir et que ce concert est l’occasion de présenter et répéter une dernière fois les nouvelles compositions avant d’entrer en studio. Voilà une bonne nouvelle.

On découvre donc « Everything We Need », une composition inspirée de Lennie Tristano. Tineke Postma expose le thème, tisse les harmonies et emballe les mélodies, puis laisse la place à Nathalie Loriers. Le jeu est d'une extrême clarté. Les notes s'enfilent les unes aux autres sur un swing tout en décalage et en relief. La pianiste n’a pas peur du vide. Il faut dire qu’il y a autant de musique dans ses silences et ses retenues que dans ses accords, et que tout cela renforce indéniablement la tension et la brillance. La musique circule, bouge, s’échange. C’est intelligent et évident à la fois. Nic Thys conclut en reprenant une dernière fois le thème. Il brode, invente et s'envole encore. Tout y est ! C’est un modèle de composition comme on n'en fait plus ! Et, oui, on ressent l’esprit, la science et toute la liberté que donnaient à entendre Tristano, Warne March et Lee Konitz à l’époque... la contemporanéité en plus.

Le trio s’inspire aussi, avec une certaine logique, de Clare Fischer. « And Then Love Comes » se fait mystérieux, sensuel et crépusculaire. Le genre de musique qui tangue et titube légèrement. Une musique dans laquelle on imagine les dernières lueurs d'un bar qui va fermer, une ville presque endormie dans laquelle on a encore envie de déambuler pour ne pas rentrer chez soi où, de toute façon, personne ne vous attend... Ambiance.

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« Take The Cake » est beaucoup plus nerveux et optimiste. Plus bop peut-être. Un peu à la « St Thomas » de Sonny Rollins, aussi. Le piano et le sax jouent au chat et à la souri tandis que la contrebasse entretient les fausses pistes.

« Dansao », qui fait à nouveau un clin d’œil à la bossa, est enlevé et joyeux, tandis que « We Will Meet Again » ramène le trio vers l’introspection et le recueillement.

Oui, ce prochain album promet !

Bien sûr, ce soir, il y avait aussi des morceaux plus anciens, comme ce « Canzoncina » dans lequel Tineke Postma, au soprano, virevolte avec aisance. Une sorte de fausse valse, lumineuse et sinueuse à souhait, faite d’accélérations douces qui amènent les musiciens à improviser sur des chemins inconnus. Puis, il y a aussi une version sublime du « Peuple des silencieux » (morceau qui avait donné le nom à l’album précédent). Cette ballade élégiaque, légèrement triste et d'un romantisme exempt de sentimentalisme appuyé, est tout bonnement sublime. Il y a comme une fatalité, une évidence, dans le discours. Chaque musicien construit vraiment le morceau, aucun solo ne sert de « remplissage » ou ne sert d’espace pour rouler des mécaniques. Ici, tout a un sens. Une belle leçon.

Le trio, et celui-ci en particulier, va vraiment très bien à Nathalie Loriers. On la sent plus libérée que jamais. On sent toute la limpidité du propos et l’objectif de la musique. On sent toute la complicité et le bonheur de jouer ensemble. Et on sent que tout le monde est sur la même longueur d’ondes.

Ça tombe bien, nous aussi.

 

 

A+

Merci à Olivier Lestoquoit pour les images !

 

 

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19:16 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marni, nathalie loriers, tineke postma, nic thys |  Facebook |

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