06/02/2016

Mama Quartet à l'Archiduc

 

Le groupe Mama Quartet n'a pas vraiment de leader. Certains des musiciens, tous italiens, vivent à Paris (Matteo Pastorino (bcl) et Mauro Gargano (cb) ) d'autres à Palerme (Alessandro Presti (tp) ) ou à Bruxelles (Armando Luongo (dm) ). Pourtant, ce quartette sait se tenir.

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Le répertoire s'est construit, et se construit encore, au fil des retrouvailles, de résidences ou de concerts. Mama Quartet était pour quelques jours en Belgique : au Bravo et au Sounds, notamment, et ce dimanche soir à l'Archiduc.

Je n'ai pu écouter qu'un seul set malheureusement... Mais quel bon set !

La musique de Mama Quartet est un excellent mélange de groove modal, moderne et complexe, d’avant-garde et de post-bop délicieusement déluré. Un truc dont les italiens - même si c’est cliché de le dire - ont le secret.

«Bass ‘A’ Line», écrit par Mauro Gargano, est une sorte de cavalcade tendue et dense qui permet au trompettiste (excellent) d’éclabousser le thème de phrases lumineuses, et au clarinettiste de dérouler un tapis mélodique grave et mystérieux. Le chemin est sinueux, parfois obscur et pourtant tellement évident.

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On ressent tout le temps cette pulsation qui fait autant appel au jazz - avec ses changements de tempos et ses invitations aux improvisations musclées - qu’à la canzone. C’est assez flagrant sur «Almost Bianco (?)», par exemple. Puis, il y a aussi ces lentes montées d'adrénaline qui se terminent en déchirures brutales. Le phrasé de Presti, limpide et incisif, flirte alors avec le free et la clarinette basse de Pastorino, finit par couiner sous les coups de batterie, secs et tonitruants, assénés par Luongo. Personne ne se cache derrière son instrument. Chacun y va avec ferveur. On pourrait parfois penser à Romano, Sclavis, Texier, ou parfois à Portal… mais la signature du groupe est assez singulière pour que celui-ci prenne assez de distances avec ses pairs.

«Round 6 : New York», extrait du tout nouvel album - excellent et surprenant - de Mauro Gargano («Suite For Battling Siki»), fait revivre un swing oublié de manière très moderne. Les cordes de la contrebasse claquent tandis que la clarinette échange vivement avec la trompette. Entre folie insouciante, qui pousse les solistes à prendre des libertés, et une remise constante sur le droit chemin, Gargano guide l'ensemble de main de maître. Ça pulse et ça se bat comme sur un ring.

«Lungo Pasto» est presque tout aussi nerveux, mais joue sur les pleins et les déliés, sur la tension et la détente, sur la joie et la rage.

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Mama Quartet développe un jazz direct et franc, plein de nuances et de surprises. Un jazz intelligent et libre, sans complexe et toujours accessible.

Voilà sans conteste un groupe qui mérite bien d’être entendu car il apporte sa belle dose de fraîcheur au jazz. Il paraît qu’un disque est en préparation, ce qui pourrait confirmer la pérennité du groupe... et c’est tant mieux.

A+

 

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