30/01/2016

David Linx, BJO & Brel - Flagey

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Il y a des monuments auxquels il n'est pas aisé de s'attaquer. Jacques Brel fait certainement partie de ceux-là. Mais quand on s'appelle David Linx et que l’on est entouré de l’un des meilleurs big band du monde (le Brussels Jazz Orchestra), on est en droit de se le permettre.

N'empêche, Brel c'est Brel.

Et mercredi 20 janvier, à Flagey, il y avait un maximum de monde qui était curieux d'entendre à quelle sauce allaient être mangées les bonbons ou les frites de chez Eugène, comment allait être consolé Jef, comment allaient se réveiller les paumés du petit matin ou comment, pour la Fanette, on allait chanter la chanson ?

Bref, comment cela allait-il être chez ces gens-là ?

On sent la fébrilité et l’émotion lorsque Nathalie Loriers (p) égraine les premières notes de «Quand on n’a que l’amour». Est-ce parce que c’est Brel ? Est-ce parce que c’est Bruxelles que l'on retient son souffle ? Alors, David Linx dépose les premières phrases et puis l’orchestre s’immisce. Et Kurt Van Herck offre son solo. Et tout s’illumine. Et tout finit par swinguer doucement. Et on respire.

Linx, rayonne de bonheur, échange quelques mots avec le public, puis enchaîne.

Le BJO nous emmène alors dans un voyage entre «Vesoul» et «Amsterdam» où tout démarre en un swing joyeux, excité par un solo tonitruant de Nico Schepers, avant de se fondre en une valse mélancolique et crépusculaire, autant rageuse que désespérée. «La chanson des vieux amants», introduite a capella, ressemble presque à un blues...

Le placement, les inflexions et le timing de David Linx sont très personnels. Il n’imite pas, il est. Il donne sa vision de Brel, avec tout le respect et la distance qu’il faut. Et tout le talent.

La plupart des arrangements sont tirés au cordeau, évitant autant l’évidence que la complexité inutile. Bien sûr, on préfèrera certains morceaux à d’autres. Parce qu’ils «collent» plus à la chanson originale ou, au contraire, parce qu’ils s’en éloignent un peu plus. «Mathilde», aux parfums légèrement latins et qui laisse entendre un solo impérial de Nathalie Loriers, ou «Chez ces gens-là» et le solo profond de Bo Van der Werf au sax baryton, sont, par exemples, de parfaites réussites. Bien sûr, il y a aussi un «Ne me quitte pas» tout en sobriété ou encore un «Bruxelles» folâtre avec le solo frénétique de Frank Vaganée (as). Bien sûr, il y a aussi «Isabelle», «Rosa» ou «Le plat pays» (à mon avis, l’un des titres encore plus «casse-gueule» que le reste, à reprendre dans le répertoire de Brel).

Le BJO prend des risques, change certains rythmes et s’amuse de certaines harmonies. Mais il conserve l’esprit.

Et puis, on ne soulignera jamais assez l’intelligence des arrangements (Lode Mertens, Pierre Drevet, Giury Spies, Frank Vaganée, Nathalie Loriers ou Dieter Limburg) ni la qualité d’ensemble des musiciens et encore moins des solistes.

Oui, David Linx, le BJO et Jacques Brel ont bien mérités, ce soir, les trois rappels.

 

A+

 

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