29/11/2015

3/4 Peace au Bravo

Mercredi 25, réouverture du Bravo après le lock-out imposé à Bruxelles le week-end dernier. Autant dire que la foule est encore un peu clairsemée vers 20h30.

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Le message, véhiculé par le nom du groupe, est pourtant assez clair, positif et de circonstance : Peace.

Mieux 3/4 Peace !

Christian Mendoza (p), Brice Soniano (cb) et Ben Sluijs (as, fl) prennent place au milieu de la scène et, petit à petit, la salle se remplit. Message reçu.

Le trio présente son deuxième album, «Rainy Days On The Common Land» (sorti chez El Negocito).

Le groupe continue d’explorer la même sphère musicale, douce et élégiaque, mélodique aussi, tout en laissant la porte largement ouverte aux improvisations. Des improvisations souvent évolutives, fragiles, sur le fil du rasoir.

Tout commence donc en douceur et retenue avec «Glow». Balancement de la contrebasse, respirations du sax, scintillement du piano. La musique de 3/4 Peace fait penser à ces boîtes à pâtisseries raffinées qui se déplient de façon ingénieuse et élégante pour laisser apparaître un gâteau non moins sophistiqué. Ou alors ces livres pop-up pour enfants qui font émerger des histoires poétiques à l'imaginaire fort.

Les trois musiciens s’entendent pour nous inviter à l’introspection. La musique se développe sur d’infimes décalages rythmiques, lents et retenus. Et c’est toute sa fragilité qui s’en libère. Sur «Les Noces De Bethleem», Christian Mendoza égraine les accords étranges et flottants, avec cette légère dissonance qui évoque parfois Fauré ou Satie, mais aussi Messiaen. La mélodie se devine derrière un voile ondoyant.

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«Hope» est plus lumineux et vif. Presque swinguant. Il semble construit sur un grille plus «classique» qui laisse plein d'espace aux musiciens pour enchainer les chorus. On navigue entre joie et tendresse. Tous les morceaux sont souvent assez courts. Ils ne s'encombrent pas de digressions inutiles. Le groupe va à l'essentiel, raconte son histoire et laisse beaucoup de place à l'imagination de l’auditeur. La musique se donne de l'air.

Certains titres sont fortement inspirés de Messiaen («Louange à l'éternité de Jésus») ou de Bartok («Violin Concerto») et Brice Soniano use de l’archet pour faire résonner sa contrebasse comme un violoncelle. Mendoza répète les accords et Ben Sluijs survole l’ensemble, souligne quelques phrases, laisse parler les silences. Il y a de la clarté, de la nuance, de la subtilité et beaucoup de sensibilité dans cette musique. On pourrait parfois imaginer quelques influences du fameux et merveilleux Jimmy Giuffre 3, mais le trio de Ben Sluijs s'en détache aisément et réussit à imposer un véritable univers personnel.

Le très impressionniste «Cycling» succède à un morceau au tracé incertain. Ben Sluijs dessine alors des volutes délicates, tandis que le piano se laisse bercer par une contrebasse vacillante. A aucun moment le groupe ne casse le fil, pourtant très fragile, entre musique de chambre et jazz contemporain et aérien.

Le moment était suspendu ce soir au Bravo. Un moment délicat de beauté et de paix.

Tout ce dont a si souvent besoin.

 

 

 

A+

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