05/10/2015

Magic Malik Orchestra - Jazz Station

Les dix ans de la Jazz Station, ça se fête. Après Philip Catherine, une groove party et le Jazz Station Big Band, ce samedi soir c’est Magic Malik Orchestra qui occupe la scène.

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Et le flûtiste français est très heureux de présenter (enfin !) son propre projet. Il est heureux et il le dit. Comme il dit aussi tout le bien qu’il pense des "petits lieux", comme les clubs, qui permettent aux musiciens d'explorer, d’inventer, de chercher... Ça, c’est son premier cadeau.

Le deuxième beau cadeau, c’est sa musique.

On le sait, la musique de Malik Mezzadri est à la fois simple et compliquée. Mais tout l'art du musicien est de rendre simples des choses qui ne les sont pas. Le premier morceau, par exemple, est basé sur un motif répétitif sur lequel chacun des musiciens vient déposer ses phrases, de manière décalées, jouant sur les intervalles. Le résultat est surprenant. Cela semble « simple », mais la façon d’y parvenir ressemble à un sacré travail d’équilibriste. Malik lance d’abord le mouvement à la flûte et au chant soufflé. Jean-Luc Lehr marque un rythme à la basse électrique, puis Maxime Zampieri, aux drums, ajoute une fine couche rythmique et, finalement, Vincent Lafont, au piano électrique, dépose lui aussi ses propres phrases. Quel mille-feuilles ! Et quelle légèreté !

Les métriques se mélangent, le rythme s’intègre dans le rythme. Dans un autre rythme. Le voyage ressemble à un vol hallucinant au-dessus d'un canyon imaginaire, avec des trous d'air et des changements d'altitude à tout va. Et ça groove et ça transe.

 « STE OO4 » fait presque des ronds dans l’eau tandis que « Bleue » avance tout en décalage. Parfois c'est plus simple, comme cette ritournelle « Bolly », presque inspirée d'une certaine musique indienne et qui semble sautiller sur un pied.

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Et malgré ces rythmes étranges et complexes, basés sur le Talea Color, comme il tente de l’expliquer au public, Malik arrive même à faire taper le public dans les mains et à le faire chanter. On comprend mieux pourquoi on l'appelle "Magic".

Au piano électrique, usant de quelques torsions rythmiques et autres distos, Vincent Lafont distille des phrases récurrentes aux accents étranges. Il laisse toujours trainer un fin tapis sonore autour du morceau, un peu flottant, presque psyché, avant de s’affranchir de soudaines et ardentes fulgurances. Maxime Zampieri alterne les tempos asymétriques, rapides ou lents, avec autant de densité que de légèreté. Jean-Luc Lehr module avec souplesse les lignes de basse. Son intro sur « XP8 », en duo avec Malik, est d'une musicalité éblouissante.

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Entre accélérations, freinages brusques ou sauts de temps, on s’émerveille de l’incroyable manière qu’a le quartette de retomber sur ses pattes. Le chant de Malik est fascinant, presque mystique (sur l’hypnotisant « Rag-A », par exemple). L'écoute, la concentration mais aussi l’entente sont primordiales dans ce quartette. Les silences, comme les respirations ou les échos, semblent être des repères invisibles pour trouver un chemin.

Et tout cela se fait avec le sourire et dans un plaisir très communicatif.

Les deux longues heures de musique passent sans que personne ne s’en rende compte.

Un grand concert. Inventif, créatif, osé, différent, plein d'humour et, surtout, hyper généreux.

Que demander de plus comme cadeau d’anniversaire ?

 

 

A+

 

Merci à Etienne Bauduin pour les images.

 

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