14/09/2015

Joachim Caffonnette Quintet - Theatre des Deux Marronniers

Je n’avais pas eu l’occasion d’assister au concert de présentation de Simplexity, le premier album du pianiste Joachim Caffonnette, à Flagey. Je me suis donc rattrapé en allant au Théâtre des Deux Marronniers à Corroy-Le-Château (fief de Talia asbl et du label AZ Productions qui a produit le disque).

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C’est grâce à une longue et régulière résidence au Sounds que le quintette du pianiste a eu l'occasion de jouer souvent ensemble. Et c’est de là, sans aucun doute, que vient la cohésion indéniable qui existe au sein du groupe. On l'avait déjà ressenti sur l'album (d’une très belle et étonnante maturité), mais c'est encore plus évident en live. On y décèle tout de suite une certaine décontraction, une complicité et une confiance dans l’écoute, qui permettent à la musique de se libérer rapidement et de vivre totalement.

Joachim Caffonnette, c'est un peu la force tranquille devant le clavier. Son jeu, plutôt ferme, rappelle un peu ceux des Wynton Kelly, Herbie Hancock ou même peut-être un peu d’Oscar Peterson. Bref ça nous change des Mehldau, Jarrett ou Evans. Le phrasé est ferme, sans être agressif, velouté, sans être sirupeux.

La modernité se trouve dans les compositions et les arrangements qui offrent un bel équilibre entre simplicité harmonique et complexité rythmique. A moins que ce ne soit le contraire. D’où le titre, on ne peut plus explicite, de l’album.

Le quintette démarre avec un « The One Legged Man », tout en groove subtil, superbement soutenu par la paire Daniele Cappucci (cb) et Armando Luongo (dm)*. La batterie claque - un peu à la manière d’un Chris Dave - tandis que le sax de Sylvain Debaisieux (qui remplace désormais Laurent Barbier, semble-t-il) flotte avec élégance sur l’ensemble.

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Puis, c’est « A Lonely Moment », exécuté en solo avec beaucoup de profondeur et de caractère par le contrebassiste, qui introduit « Lisa », une ballade qui évite avec brio un lyrisme appuyé. C’est cela aussi le style Caffonnette : il arrive à garder l'essence du discours sans s’encombrer d’un décorum inutile. Sa musique est franche et directe mais non dénuée de tout sentiment, loin de là. « Asperatus », par exemple, ce blues un peu canaille, n’est pas traité autrement. Ici, c’est le guitariste Florent Jeuniaux qui fait décoller le thème. Son jeu, faussement incisif, empreint de rock, rappelle l’esprit des Kurt Rosenwinkel ou Jonathan Kreisberg. Dans son jeu flamboyant, il entraine avec lui  Sylvain Debaisieux, dont la faculté à construire les solos à partir de quelques notes éparses est assez remarquable.

Et le groupe enchaîne les morceaux : « Romance Pour La Grand Place », sur un air de valse, « Rumble In The Jungle », légèrement introverti et bien sûr « Simplixity » qui évolue par vagues irrégulières. Tout cela avec énormément de conviction.

Les idées se succèdent, se dévoilent et s'enchevêtre, de façons claires, dans un jeu vif et sans hésitation. De la belle ouvrage.

Voilà un quintette très convaincant, qui réussi sans complexe à allier modernité et swing. A écouter et à voir sans réserve.

 

 

A+

*(Ceux sont les mêmes que l’on retrouve dans le trio de Vincent Thekal (ts) sur un autre album que je vous recommande chaudement : « Climax ».

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