09/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 2

Il fait toujours aussi chaud ce samedi sur le site du Gaume Jazz Festival.

Sur la scène du parc, les P´tits Gaumais (les enfants qui ont participé au stage organisé par les Jeunesses Musicales) reprennent les chansons de Saule. C'est touchant, sympathique et rafraîchissant.

Mais c'est sous le grand chapiteau, sur le coup de 15h30, que se joue le premier concert. C'est le LG Jazz Collective. J'en ai parlé encore dernièrement ici, et tout le bien que j'en pense se confirme : le groupe prend de l'assurance au fil des concerts, prend des risques et se libère de plus en plus. Il entre directement dans le vif du sujet (« Move ») et enchaine les morceaux pour éviter les temps morts. Les sons claques et les solos fusent (Rob Banken (as), le nouveau venu dans le groupe, arrache les notes, Steven Delannoye flirte avec le "out" au ténor et avec les étoiles au soprano, et Jean-Paul Estiévenart est éclatant comme toujours. Le groovy « Carmignano » (de Legnini) trouve facilement sa place, tout comme le lyrique « Dolce Divertimento » (d'Alain Pierre) qui permet une belle prise de parole, très lumineuse, d’Igor Gehenot au piano.

Et, bien sûr, le leader (Guillaume Vierset) se sent pousser des ailes grâce au soutien de la rythmique Felix Zurstrassen (eb, cb) et Antoine Pierre (dm), intenable dans ses relances constantes (comme sur « New Feel », pour ne citer que cela). De la cohérence de cohésion de la complicité et beaucoup de travail... La recette est quand même simple, non?

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Dans la salle, le public à rendez-vous avec Orioxy, un quartette suisse au set-up original (harpe, voix, shruti box, ...) dont j’avais parlé du premier album ici. À Gaume, Orioxy présentait le fruit de son troisième album (« Lost Child », enregistré suite à la victoire du quartette au tremplin Jazz d’Avignon). Il fait étouffant dans la salle, mais « Song Of Love » nous emmène tout en légèreté dans l'étrange univers, aussi féerique qu'inquiétant, du groupe. Tout est dans le non-dit, dans l'évocation, dans l’intuition... même si l'explosion survient parfois, façon free rock, au moment où l'on ne s'y attend pas. Orioxy joue autant avec les mots (en hébreu, français ou anglais) qu'avec les rythmes (sur l'excellent « Princeless » par exemple) et les tempos graves succèdent aux groove retenus de l’excellent Roland Merlinc. Les expérimentations électros à la harpe (Julie Campiche) et à la contrebasse (Manu Hagmann), ainsi que le travail vocal étonnant de Yaël Miller, qui chante avec autant de conviction que de sensualité, terminent de parfaire l'identité forte et très personnelle de l’ensemble. Orioxy laisse une grande part au rêve et à l’imagination. A découvrir absolument. D'ailleurs, on espère les revoir bien vite, et plus d’une fois, en Belgique.

Retour sous le grand chapiteau. Kind Of Pink est le projet de Philippe Laloy, entouré de Arne Van Dongen (cb), Emmanuel Baily (g) et Stephan Pougin (perc). Il revisite Pink Floyd, en hommage à son père (avec qui il a découvert le groupe psyché rock, malgré le fait que cela n’était pas de sa génération non plus). Est-ce la raison pour laquelle Laloy prend juste assez de recul pour remanier ces « classics » en évitant les clichés ?

« Money », par exemple, contourne tous les pièges de l'évidence. « Breathe » et « Wish You Where Here » enveloppent la salle des volutes Flodyennes plus bleues que pink. « The Trial » et « Shine On You » sont chantés et se rapprochent, par contre, un peu plus des originaux. Les sons sont feutrés et les thèmes lancinants du mythique groupe anglais se perçoivent derrière des arrangements sobres et fins. Tour à tour, au sax ou à la flûte, Laloy surfe sur les harmonies et ne prend que les notes qui l'intéresse. Il façonne la mélodie, la dilate un peu et l'abandonne parfois pour laisser ses compagnons l’agrémenter à leur façon.

Il est souvent délicat de reprendre des thèmes pop en jazz (ou assimilé), et encore plus lorsqu'il ne s'agit que d'un seul groupe, aussi populaire soit-il (certains ont essayé avec les Beatles, par exemple, avec moins de bonheur), mais Kind Of Pink y arrive sans peine. Et Pink Floyd reste bien intemporel, c'est certain.

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Dans la cour, Sam Gerstmans (cb) propose un duo particulier. Suite à une participation à un programme de Cap 48 et du Créahm, le contrebassiste a rencontré le jeune artiste Julien Pirlot pour un court projet. L'aventure aurait pu s’arrêter là mais, on a beau être musicien, on n'en est pas moins humain. Et Sam est très humain. Alors, ensemble, et de manière régulière, ils ont continué leur collaboration. Quoi de mieux que le jazz et les musiques improvisées pour s'épanouir et se découvrir ? Entre poésie, ré-apprentissage du langage, des sons et de la musique, le duo touche en plein cœur et souligne les différences qui rapprochent. Le free jazz, le jazz mais aussi la chanson populaire rencontrent l'art brut. Et les histoires abstraites naissent, plus concrètes qu'on ne l'imagine. Un travail qui donne à réfléchir. Un vrai travail utile. Très utile.

La carte blanche aurait-elle le pouvoir de transcender les musiciens? C'est sans doute un peu le but et Lionel Beuvens n'a pas laissé échapper l'occasion de s'aventurer dans un jazz très ouvert. Le voici accompagné de Kalevi Louhivuori (tp), Jozef Dumoulin (p), Brice Soniano (cb), Guilhem Verger (as) et d'une chanteuse, et pas n'importe laquelle : Emilie Lesbros. La française, qui vit à NY, a, entre autres, travaillé avec Barre Philips et autres artistes contemporains. On imagine aisément la trajectoire que veut prendre le batteur… sans peut-être savoir ou cela va le mener...

Si, l’ensemble rappelle un peu le Liberation Music Orchestra, avec de longues évolutions mélodiques tailladées d'interventions libres, ou l'Art Ensemble of Chicago, on pense aussi parfois à Abbey Lincoln et Max Roach, en version contemporaine. On traverse de grands espaces sonores, parsemées de rythmes lancinants et entêtants. Jozef jette les notes, Lesbros déclame plus qu'elle ne chante... Mais parfois, son chant, d’une maîtrise totale, agit comme le sixième instrument du sextette. La trompette est claire et claquante, le sax parfois agressif. Les rythmes se cassent avant de se reconstruire. Parfois, certains thèmes débutent en mode « élégiaque » avant d'évoluer vers la transe ou même la rage. Un petit esprit soixante-huitard plane sur le Gaume. A suivre ?

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A l’extérieur, Jetsky (Jan Rzewski (ss), Emmanuel Louis (g) et Pascal Rousseau (tuba)), fait revivre l'esprit Nino Rota en le mélangeant aux folklores klezmer ou Roms. Il y a un côté désenchanté et à la fois plein d'espoirs ironiques dans cette musique. Aux thèmes souvent dansant s'ajoute parfois quelques éclats bruitistes (samples de voix et distos de guitare acoustique). C'est festif et différent. Et Jetsky ne se « démonte » pas lorsque la balance de Tortiller, dans le chapiteau tout proche, se fait un peu trop présente. Le trio en a vu d’autres et peut tout affronter, de toute façon, sa musique a quelque chose de fataliste, digne des meilleurs histoires de John Fante.

Frank Tortiller donc. Le vibraphoniste français a décidé de remettre Janis Joplin à l'honneur, et avec son nonnette c'est le blues (parfois très rock et furieux) qui rejaillit. Au chant, Jacques Mahieu, de sa voix légèrement éraillée et grave, reprend avec plus ou moins de bonheur les plus grands thèmes de la chanteuse américaine (« Kozmic Blues », « Move over », « Half Moon », « Piece Of My Heart ») mais aussi un thème de Leonard Cohen : « Chelsea Hotel ». Les riffs de guitare accentuent le côté rock agressif tandis que les cuivres (mentions spéciales à Alex Hérichon et Jean-Louis Pommier) rappellent un peu le jazz chicagoan ou quelques couleurs soul funk. Les arrangements évitent intelligemment l'imitation et le côté prévisible (beau moment sur « Mercedes Benz »), mais le niveau sonore, parfois trop puissant, a tendance à étouffer ces subtilités.

Bel hommage qui donne envie de se replonger dans les rares albums de cette chanteuse plus sensible qu’instable, comme on la trop souvent présentée.

A+

 

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