25/04/2015

Bloom - Chat-Pitre Bruxelles

Bloom a éclos un peu par hasard à New York. C’est lors d’une visite dans la Grosse Pomme qu’Alain Deval (dm), Bruno Grollet (ts), Clément Dechambre (ts), Quentin Stokart (eg) et Louis Frères (eb) se sont retrouvés à improviser ensemble.

De retour en Europe, ces membres du Collectif liégeois l’Œil Kollectif, ont décidé de continuer l’expérience. Expérience car, oui, même si Quentin Stokart (désigné leader «par la force des choses», comme il le dit en souriant) écrit la plupart des thèmes, ceux-ci sont surtout un prétexte à l’improvisation la plus libre possible.

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Et ce soir, au Chat-Pitre à Ixelles, le premier morceau ne laisse aucun doute sur l’objectif affiché du groupe. Le jeu, dans un esprit assez avant-gardiste, est ultra ouvert. La musique éclate et explose en mille particules puis s’éparpille un peu partout. Une basse échevelée, un drumming erratique, un jeu de guitare dans l’esprit d’un Marc Ribot et deux saxes qui finissent par se rejoindre après avoir pris beaucoup de libertés chacun de leur côté, voilà comment «December» ouvre le set. On est soufflé.

Mais Bloom a d’autres façons d'aborder la liberté musicale. Par exemple, en partant d'un motif lancinant, semblable à une valse ténébreuses et inquiétante. Ou alors, en s’aventurant dans des recoins plus abstraits. La musique devient alors plus bruitiste et le dépouillement est presque total sur «Seven Dance». Les couinements, les sifflements, les frottements et froissements construisent une atmosphère étrange, entre cadences irrégulières, bribes de mélodies et mutisme assourdissant. Et bien entendu, l’impro est au cœur du propos. On ne peut s’empêcher de penser au travail d’un Tim Berne ou d’un Tom Rainey, mais aussi parfois, plus lointainement, à Steve Coleman, comme dans certains morceaux aux polyrythmies… très asymétriques (c’est dire!).

Alors, Bloom continue à chercher tous azimuts. Cela va du plus déstructuré au jazz punk industriel avec, par-ci par-là, un voile d’ambiant, une pointe de blues, un léger soupçon groovy.

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Rien n'est jamais linéaire et tout peut se déglinguer à tout moment. D'ailleurs, au second set, quand Nico Chkifi tient les baguettes, Bloom file dans de nouvelles directions (mais il faut dire qu'on était plus dans un contexte de jam à ce moment de la soirée). Parfois c'est un échafaudage entre les saxophones, parfois c'est un dialogue musclé avec la guitare, parfois c’est une bagarre avec la batterie et parfois c’est une réconciliation totale et douce.

On pourrait peut-être reprocher le côté trop disparate, encore un peu trop désordonné, un peu flou peut-être, dans les intensions de Bloom, mais l'expérience n’en reste pas moins très interpellante et parfois même excitante, surtout quand l’inspiration vient aux musiciens (et c’est le but du jeu). La poésie brute se révèle alors et l’on a envie de participer et de chercher avec le groupe. C’est sans doute cela qu’on appelle «musique live»?

Bloom est en tout cas un groupe à suivre de près et à encourager vivement.

 

 

A+

 

 

 

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