18/02/2015

Thomas Enhco au Gent Jazz Club

 

Après l'avoir vu en solo lors du dernier festival de jazz à Tournai, je n'ai pas résisté à l'envie d'aller écouter Thomas Enhco en trio ce lundi soir à Gand.

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L’album «Fireflies», enregistré avec Chris Jennings (cb) et Nicolas Charlier (dm), et totalement produit par ses soins, est une vraie réussite. Le pianiste français, issu d’une célèbre famille d’artistes et de musiciens, ne s’est pas laissé intimidé par ce brillant (et sans doute lourd) héritage : il s’est «fait» un nom mais aussi et surtout un univers et un son très personnel.

Au Gent Jazz Club, ce soir, on s’était donné le mot, il n’y a plus une place de libre.

Accompagné de Jeremy Bruyère à la contrebasse et de Nicolas Charlier (oui, oui, le fils de) à la batterie, Thomas Enhco laisse courir les premiers accords de «La Fenêtre et la Pluie». Un thème qui évolue par vagues, lyriques et élégantes, et qui prend vite de l'emphase. Telle une bourrasque, la tension monte rapidement. Droit sur son tabouret, Nicolas Charlier propage un jeu tendu. Ses frappes ne sont pas vraiment brutales, mais elles sont sèches et courtes. Elles répondent ou rivalisent au jeu plein de fougue d'Enhco. Entre les deux, Jeremy Bruyère fait courir ses doigts sur les cordes de la contrebasse. Le son est profond mais très découpé, lui aussi. De plus, il utilise régulièrement l’archet, avec beaucoup d’à-propos, comme pour rajouter du «gras» au son.

Le second morceau («Gaston») est encore plus enflammé. Enhco lance des défis que relève - et amplifie - le batteur. Les solos de Charlier sont faits de breaks et de relances incessantes, bourrés d’énergie. Les trois hommes s’amusent, se sourient et semblent même s’étonner du niveau musical qu’ils délivrent.

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Alors, il est temps de se calmer un peu. «Wadi Rum» en est l’occasion.

Intimiste et mélancolique - entre la chaleur du jour et fraîcheur d’une nuit dans le désert - le thème est propice à de superbes harmonies qui s’emmêlent autour des doigts du pianiste et de l’archet du contrebassiste. On flirte avec un orientalisme à la Avishai Cohen (le contrebassiste). De façon intelligente, Enhco ne laisse jamais se liquéfier un thème ou un motif. Il le reprend rapidement, l’empêche de le laisser devenir insignifiant. Il lui garde toute l'intensité et évite le bavardage inutile qui pourrait affaiblir le propos. Le trio, très complice, œuvre dans cette même perspective, et sait ce qu'il faut raconter et comment le dire. Cette concision est une force et une sacrée preuve de maturité. C’est sans doute pour cela que le groupe peut se permettre de revisiter «Arabesque» de Maurice Shumann, à la façon musique des îles, sans que cela ne soit grotesque. Bien au contraire.

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Le second set, qui commence avec la ballade tendre et douce «Je voulais te dire», reprend vite son rythme de croisière (de course ?) avec un «All The Things You Are» franc, bourré d'idées rythmiques et de propositions plus folles les unes que les autres. On joue les breaks et les faux départs, on joue les attentes, on provoque les allers-retours avant la fuite en avant.

Après un «You’re Just A Ghost», aussi minimaliste qu’insaisissable, et avant un très personnel «Autumn Leaves» en rappel, «Outlaw» en met plein les oreilles. Ce morceau explosif et plein de pêche démontre une fois de plus que le jazz du Thomas Enhco Trio en a encore sous la pédale.

Il n’y a pas à dire, ce jeune groupe a déjà les idées bien claires et un univers bien à lui. Difficile de lui donner certaines filiations sans tomber dans les clichés habituels, tant il s'en éloigne… aussitôt qu’on s’en approche.

Thomas Enhco prépare d’autres projets auxquels il faudra rester attentif (un disque en solo sortira bientôt, un duo avec la percussionniste Vassilena Serafimova est en préparation et une collaboration avec Kurt Rosenwinkel est sur les rails).

Oui, il risque bien de nous étonner encore.

 

 

A+

 

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