06/02/2015

Sinister Sister Performs Zappa - Au Bravo

Sinister Sister, ce sont Pieter Claus (vib), Michel Hatzigeorgiou (eb), Maayan Smith (ts)
Jan Ghesquière (eg) et Lander Gyselinck (dm).

Ils ont décidé, voici un an ou deux, de rendre visite à ce bon vieux Frank Zappa. Et on peut les comprendre. Quel plus grand plaisir, pour un musicien, de jouer cette musique qui n'a jamais choisi entre le jazz, le rock et les expérimentations contemporaines les plus dingues.

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Alors bien sûr, pour jouer Zappa, il faut les avoir bien accrochées, un sacré bagage technique et musical mais aussi et surtout, il faut comprendre l'esprit de ce fou (pas aussi iconoclaste qu'on veuille bien le dire) de Baltimore. Et, en ce qui concerne l'esprit (car ici, ni la technique, ni le culot, ne sont à mettre en doute), nos 5 complices ont tout compris.

Pieter Claus, initiateur du projet, a re-arrangé certains morceaux, les a parfois mélangé entre eux, sans pour autant en simplifier l’écriture, ni trahir le style. «Black Page», «Alien Orifice» ou encore «Peaches En Regalia» : bonjour le délire.

Aux avant-postes, il y a Maayan Smith au ténor, jeu souple et voix souvent à la limite de la cassure, qui maintient contre vents et marrées, une tension mélodique intense (et il n’a rien à envier à Brecker ou Napoleon Murphy Brock). Puis, le groupe peut compter également sur la basse ondulante d'Hatzi. Une véritable anguille qui remue constamment les tempos, les pousse au bord du déséquilibre tout en gardant toujours le contrôle. Il rappelle ses artistes chinois qui font tourner des assiettes au bout d’un long et fin bâton, sans que jamais elles ne tombent. Les rares solos qu’il prend, attisés par le drumming démentiel (précis, fougueux, toujours inventif) de Lander Gyselinck, sont fantastiques.

Puis il y a «Filthy Habits» ou encre «I Promise Not To Come In Your Mouth».
Et c’est Jan Ghesquière qui en profite pour lâcher une série de chorus bien trempés. Il tord les sons, les étire, puis il les taillade de quelques riffs incisifs. C’est fluide et fort.
Et bien entendu, Pieter Claus, derrière son vibraphone, amène cette touche de folie (une de plus), parfois douce, parfois schizophrène, un peu hors du temps, un peu hors des modes. Le jeu est aérien et flottant, mais quand il plonge, tête la première dans la transe, il fond comme l'épervier sur une proie. Les autres musiciens s'écartent le temps d'une courte respiration avant de l'engloutir à nouveau dans le magma bouillonnant.

Ce qui est formidable avec la musique de Zappa – et dans la façon dont elle est jouée ce soir - c'est la juxtaposition, presque contre nature, de la puissance parfois quasi hard rock des thèmes et de la douceur des pseudo ballades perverses aux richesses harmoniques insoupçonnées. La surprise est toujours là où on ne l'attend pas. Même si l'on connaît (ou croit connaître) la musique du grand moustachu.

On n’arrêtera jamais de redécouvrir Zappa. Même 20 ans après.
Alors voilà une bonne nouvelle : Zappa est bien vivant.

 

 

A+

 

 

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