01/02/2015

Ruben Machtelinckx au Vecteur à Charleroi

Voilà encore une belle initiative de Point Culture et du Vecteur à Charleroi qui invitent une fois de plus (puisqu'ils l’ont déjà fait quelques fois auparavant) des jazzmen qu'on n'a pas si souvent l'habitude de voir, ni d'entendre, dans notre belle Wallonie ou même à Bruxelles (ou alors parfois dans quelques lofts et autres endroits plus underground). Ce samedi soir, par exemple, ils ont invité le groupe du guitariste Ruben Machtelinckx.

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Après le très réussi Faerge (chez Negocito), le quartette anversois vient de sortir son second album Flock (toujours chez Negocito), et venait le présenter ce soir devant un public assez nombreux.

Dans la même veine que le précédent album, Flock propose une série de compositions originales qui mêlent raffinements mélodiques et complexités harmoniques dans des ambiances souvent sobres et délicates.

Autour de lui, Ruben a vraiment cristallisé un véritable esprit de groupe au service d'une musique très singulière. Ce soir, on retrouve Joachim Badenhorst (cl, bcl, ts), Nathan Wouters (cb) et Fredrik Leroux (eg) qui remplaçait l’habituel Hilmar Jensson, resté dans son Islande natale pour cet unique concert belge (mais une tournée plus conséquente est prévue, normalement, en septembre… Stay tuned !).

L’ambiance est un peu particulière, sans un mot ni présentation, le groupe investit la scène après que les élèves de l’académie de Marchienne-au-Pont aient assurés la première partie. Chacun s’installe dans le silence et la retenue.

Ce n’est pas plus mal, car la musique du quartette s’écoute et s’apprécie dans le calme.

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La première étape du voyage se fait toute en langueur. Tel le ressac de la mer, la mélodie («Gaap»?) se répand. Joachim Badenhorst vient dessiner les premiers contours qui semblent sortir de la brume. Le morceau se déploie lentement, chacun des musiciens s’écoute respirer. Le son est parfait, l’instant suspendu.

Après cette mise en bouche d’une délicatesse extrême, Ruben Machtelinckx s’empare du banjo («Mc Murdo»). Il déroule un tapis sonore tendu et cristallin au motif répétitif et infini, tandis que Frederik Leroux lâche sporadiquement un riff gras, profond et résonnant. Le groupe joue avec la matière sonore de façon plus âpre. La progression se fait par couches fiévreuses. Les deux guitaristes distillent de légers effets de distorsions, de subtiles reverbs et de fins larsens.

Badenhorst maîtrise son souffle et son son de manière étonnante. On sent chez lui un relâchement total, une propension à s'infiltrer et à épouser les moindres ondulations rythmiques et mélodiques des thèmes écrits par Machtelinckx. Qu’il soit au ténor, à la clarinette basse ou la clarinette, il est le véritable souffle de vie, celui qui pousse les émotions à se libérer totalement.

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Le quartette enchaine les morceaux sans un mot, comme pour ne pas briser la magie ou les fragiles constructions qui envahissent la salle. «Cumulus» ou «The Hunter» se racontent à nous. Frederik Leroux et Ruben Machtelinckx échangent, magnifient, portent et supportent l'ensemble. Ils changent les couleurs. Parfois par touches, parfois par grands coups de brosse puissants qui ajoutent de l’épaisseur à la luminosité. Nathan Wouters relie l'ensemble dans un jeu sobre ou, au contraire, ouvre encore plus l'espace. Il évoque aussi parfois d'autres folklores imaginaires (lorsqu’il utilise l'archet notamment). Tout cela se fait avec une grande complicité et avec une maitrise technique admirable.

Une belle heure de musique d'une infinie tendresse, parfois sombre et mélancolique, parfois ardente et apaisante, mais toujours interpellante. Le public en redemande, Ruben revient sur scène pour une courte impro en solo. Magistrale.

Bref, ce soir, on a pris un grand bol d'air vif et frais à Charleroi.

 

Machtelinckx/ Jensson/ Badenhorst/ Wouters Flock from Ruben Machtelinckx on Vimeo.

 

 

A+

 

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