19/01/2015

Jesse Davis and Billy Hart Quintet à l'Archiduc

 

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Un son de sax puissant ! Un son légèrement acide et brillant... Mais surtout puissant.

C'est ce qui frappe dès les premières notes projetées à force par Jesse Davis. L’altiste américain est un vrai de vrai, dans la lignée des Ike Quebec, Cannonball Adderley et bien sûr Charlie Parker. Et en face de lui, il y a le légendaire Billy Hart qui fait claquer ses caisses, martèle sèchement les peaux et les cymbales. Les coup sont rudes, secs, mats.

Ce «Willow Weeps For Me» plonge l'Archiduc d’un seul coup au cœur de NOLA. Le trompettiste anglais Damon Brown, tapi dans la pénombre de l'encadrement de la porte du fond (près du cadre de Stan Brenders, pour ceux qui connaissent l'endroit) laisse échapper nonchalamment quelques accords éthyliques, puis vient devant et prend un chorus puissant. Un seul chorus. Bref. Énorme. Monstrueux. Tout est dit.

Paul Kirby (p) et Martin Zenker calment un tantinet le jeu. Mais ça brûle intérieurement. Il y a un peu de «So What» qui traine. Il y a du blues. Il y a de l’âme. Ça commence fort et cela ne va pas aller en s’adoucissant.

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Il y a quelque chose de solaire qui émane des compos de Damon Brown, «Kit Kat», par exemple, rappelle parfois Pharoah Sanders, époque Journey To The One. La mélodie est fiévreuse, toute en spirales ascendantes. Les souffleurs s’en donnent à cœur joie. Ça s’emballe et ça tourne à n’en plus finir.

Très inspiré, Paul Kirby semble s'envoler. Ses impros respirent la fraîcheur. Elles sont d’une légèreté qui contraste avec la frappe toujours plus sèche de Billy Hart.
La musique circule véritablement et simplement. On ne cherche pas l'effet ou la complication, mais l'efficacité. C’est la clarté des thèmes qui prime.

Hard Bop en plein ! Le deuxième set est entamé avec la même fougue, en tempo très rapide sur un thème de Parker.
Mais quand vient le tour d’une ballade («Polka Dots And Moonbeans»), elle n'est en rien mielleuse, et l’on sent dans le discours de Paul Kirby autant de tendresse que de détermination. Martin Zenker peut alors, lui aussi, s'exprimer totalement dans une belle impro qui prend le temps de se développer avant de laisser petit à petit le soin aux souffleurs de conclure.

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Et puis ça repart. Et puis ça swingue à nouveau. Et le public – qui aurait pu être un peu plus nombreux au vu des noms affichés – en redemande. Infatigables, les cinq jazzmen ne se font pas prier. Ça claque à nouveau.

Jusqu’à la dernière note, ils n’ont rien lâché.

C’était du vrai jazz de nuit. Celui qui donne envie de déambuler dans les rues vides et humides de la ville sur lesquelles se reflètent les néons blafards. Celui qui donne envie de se reprendre un dernier verre... Encore un dernier verre.

A+

 

 

 

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