15/06/2014

Gang - Orange and Blue Release - au Sounds

7 juin, 22h. Il fait très chaud. De gros nuages noirs remplissent le ciel encore bleu. Il fait lourd et moite au Sounds. L’orage menace, mais n’éclate pas.

La musique, elle, n’hésitera pas à le faire.

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Ce soir, c’est Gang, le quartette du batteur Nicolas Chkifi, qui présente son premier album : Orange and Blue.

Il y a plusieurs façons de faire éclater la musique, et nos quatre comparses - autour du leader, on retrouve Gregor Siedl (ts), Garif Telzhanov (cb) et Augusto Pirodda (p) - ont bien l’attention d’en explorer toutes les possibilités.

«Be Patient», pour commencer, est une sorte de longue transe, une longue montée psalmodique aux accents indiens, ou coltraniens peut-être. Les harmonies s’additionnent en fines couches. Presque toutes différentes, toutes fragiles, toutes légèrement chancelantes. «Do Mo Fo» est plus structuré, plus stable, mais chacun des musiciens joue au snipper bien décidé à ébranler l’assemblage. Les coups surgissent par surprises. Quant à «Blah Blah… Bley», une composition de Pirodda, elle opère comme une énorme vague qui ne cesse d’enfler, de prendre de la puissance et de la force, qui déferle indéfiniment et finit par se fracasser au pied de la scène.

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Gregor Siedl fait gronder son sax, un peu à la Fred Anderson. Le son est gras, rauque, empli d’air. Il joue même parfois sans bec, pour ajouter plus de volume encore. Pirodda fait rouler les accords sous ses doigts et ses poings. Telzhanov pétrit sa contrebasse. Il n’est jamais là où l’attend, il se faufile entre rafales de sax et les coups de batterie. Chkifi, explore les moindres recoins de son instrument. Le jeu est à la fois net, précis, découpé… mais surtout d’une immense délicatesse. Soit, il distille un groove totalement exprimé soit, il se fond, se noie et s’efface pour mieux revenir, par bribes et par tâches.

Il y a de la tension, du mystère, de l’incertitude… Et ce ne sont que les premiers morceaux. Le reste ne fera que s’amplifier, pas au niveau des décibels mais au niveau de l’énergie et de la dramaturgie.

Même dans les «ballades» - si l’on peut les appeler ainsi - qui offrent un peu de respirations, la tension est très présente. Rien n’est gratuit ni anodin dans le jazz de Gang, et le bien nommé «This Is Not For Free» est là pour le rappeler.

Puis il y a des moments plus introspectifs, plus sombres, pleins d’une rage contenue, comme dans «Seak Fruit» ou «Rupture» par exemple. Le temps se suspend. Le touché de Pirodda est éblouissant. Son jeu, dans lequel on entend des échos de Paul Bley, Cecil Taylor ou encore Lennie Tristano, est très personnel. De toutes ces influences, il crée un discours très singulier. Le jeu est parfois dépouillé à l'extrême ou bien d'une densité furieuse. On le sent véritablement investi, toujours en recherche.

Et quand ça swingue – car après une intro toute en stop and go, la version live de «Into The Night» swingue – ça trace et ça joue à fond.

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Gang navigue entre free bop et avant-garde (avec un net penchant pour l’avant-garde). Sa musique est très ouverte, directe et pleine d’espace. Bref, Gang offre un jazz très actuel, un jazz bien de son temps, un jazz qui compte.

 

 

Ce soir, il y avait des couleurs et des ambiances mouvantes, c’était souvent imprévisible, souvent changeant.

Ce soir, il y avait de l’orage dans l’air, ça grondait, ça menaçait… et ça a claqué.

A+

 

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