11/06/2014

Round Trip Trio and Guest au Sounds

Il y avait un bon moment que je n’étais plus passé au Sounds, à cause d’occupations bien trop prenantes. Heureusement, ce vendredi 6 juin, j’étais libre pour aller écouter Round Trip Trio and Guest.

sounds,bruno angelini,mauro gargano,julien augier,damien veraillon,mark small

Ce trio français est né de l’envie du batteur, Julien Augier, d’inviter régulièrement un jazzmen américain (qu’il a généralement croisé lors de son séjour – 10 ans, quand même - à New York) à partager la scène avec lui, Bruno Angelini (p) et Mauro Gargano (cb) (remplacé ce soir par Damien Veraillon).

L’idée, au-delà d’être sympathique, est intéressante car il s’agit ici de mélanger le répertoire de l’invité à celui des membres du groupe. Pas de recréation totale, donc, mais pas, non plus, de banals «accompagnements». On parle ici d’échanges, de mélanges, de partages, bref, de véritables constructions.

Avec cette formule, Round Trip a déjà révélé le trompettiste Jason Palmer chez nous (en France et en Belgique). Cette année, le Trio tourne avec Mark Small, un "jeune" et talentueux saxophoniste qui, avant de s’exiler quelques années à Miami pour parfaire ses études, avait partagé la scène et quelques enregistrements avec Walter Smith III, Vanguard Orchestra, Darcy James Argue’s Secret Society et même Michael Buble

sounds,bruno angelini,mauro gargano,julien augier,damien veraillon,mark small

Ce soir il fait chaud, il fait beau et nous sommes à la veille d’un long week-end qui est sans doute la raison d’une très faible présence du public. Dommage.

Si les compositions de Small sont plutôt de factures assez classiques, bien tournées et rondement swinguantes, permettant à chaque membre du groupe d’y aller de son solo, celles d’Angellini (ou de Gargano) sont beaucoup plus complexes. Ainsi, «Dara» ou «When The Time Is Right» (de Small) filent tout droit, tout bop, tandis que «Faded Raws» est plus torturé, plus ténébreux et plein d’aspérités.

Une version du «Isfahan» de Duke Ellington met cependant tout le monde sur la même longueur d’onde. Sur une trame claire, Angelini prend des libertés et Small joue à l’anguille, il se faufile et trouve des chemins intéressants. Le ténor ne cherche pas l’effet mais rebondit avec efficacité sur les propositions du pianiste. Julien Augier assure un drumming ferme, précis, foisonnant - sans être envahissant - tandis que Veraillon semble presque arracher les cordes de sa contrebasse sur certains solos.

sounds,bruno angelini,mauro gargano,julien augier,damien veraillon,mark small

Le deuxième set paraît plus homogène encore et l’on sent que la musique se construit vraiment sur la personnalité des musiciens.

Angelini possède ce toucher aérien et très tranchant à la fois. «L’Indispensable Liberté» est ainsi parsemé d’accents légèrement dissonants ainsi que de brefs silences qui donnent plus de reliefs encore à son jeu. On y perçoit un léger déséquilibre et une fragilité… plutôt solide.

«Happy Song» swingue d’enfer et la reprise de «Solar» est des plus étonnantes. Chacun expose sa vison, mais chacun se retrouve et se rejoint. Le mélange est singulier, surprenant et tout à fait réjouissant… N’était-ce pas l’objectif avoué de ce Round Trip Trio and Guest ?

Mission accomplie, donc.

On attend de les revoir à nouveau en Belgique avec un peu plus de monde, car cela en vaut vraiment la peine.

A+

 

 

Les commentaires sont fermés.