11/05/2014

Jazz Contest Mechelen

 

Après avoir participé, il y a quelques mois, au jury de sélection pour la finale du Jazz Contest Mechelen, me voici de retour, ce dimanche 27 avril, toujours à Malines avec mes amis et collègues Georges Tonia-Briquet (Jazzmozaïek, Agenda BDW), Patrick Bivort (Leffe Jazz Nights, Classic 21...), Christophe De Visscher (contrebassiste), Bernard Lefèvre (Jazzmozaïek) et, président du jury, Chris Joris (percussionniste), pour écouter les quatre finalistes.

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Premier rendez-vous, vers 14h au Theater De Moedertaal, avec le quartette de Esther Van Hees qui propose principalement des ballades. On sent la chanteuse un peu stressée, un peu émue. Trop peut-être. Elle défend un répertoire subtil et délicat - voire sombre («Acheronian Blue») - qui ne permet pas les imprécisions. La voix est un peu mal assurée et malgré quelques beaux échanges avec l’excellent Robert van der Padt au piano, notamment sur «Turn Out The Stars» de Bill Evans, on reste sur sa faim. Esther semble plus à l’aise dans un registre plus pop que jazz. C’est ce que confirme d’ailleurs le dernier morceau («Got Wings») qui libère quelque peu le groupe.

Direction le Theater Korenmarkt, caché au bout d’une étroite impasse, pour entendre Steiger, un jeune trio gantois. Autre ambiance, autre style. Le jazz de Steiger est plus contemporain, assez énergique et ne manque vraiment pas de swing. On décèle rapidement une belle connivence entre les trois protagonistes. Les compositions sont plutôt bien équilibrées, laissant pas mal de place aux impros («Aap» ou «Quork», par exemples). Le jeu fluide de Gilles Vandecaveye (keys) se marie parfaitement au drumming très inventif de Simon Raman, tandis que Kobe Boon (cb) balise l’espace ou, au contraire l’ouvre. On perçoit peut-être chez Steiger l’influence de jeunes groupes anglais (tel que Phronesis, par exemple) qui n’ont pas peur de mélanger jazz, rock ou soul sur des polyrythmies complexes ponctuées de breaks habiles. Leur version de «Because» (des Beatles) est des plus convaincantes. Voilà un groupe à suivre de très près, assurément.

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Changement d’endroit à nouveau. Cette fois-ci, c’est le très intimiste et chaleureux  ‘t Echt Mechels Theater qui accueille le troisième groupe du concours : Trykk. Les anversois (Matthias Van den Brande (ts), Geert Hendrickx (eg) et Gert Malfliet (dm) ) développent un jazz légèrement ouaté, qui fait référence à Paul Motian, mais aussi parfois à Mark Turner ou encore à Jacob Young, peut-être. L’ambiance est assez nostalgique, élégiaque presque… Mais Trykk est encore trop appliqué, trop collé aux partitions, c’est un peu raide et seul le dernier morceau (de Scofield) déridera un peu le trio.

Retour au Theater De Moedertaal pour écouter la prestation du dernier candidat, le quartette hollandais KHQ. Enfin, hollandais, c’est vite dit... Le batteur, Tristan Renfrow, est américain, le saxophoniste, Karlis Auzins, est lettonien et le contrebassiste, Andris Meinig, est allemand, tout comme le pianiste et leader Keno Harriehausen. Mais ils vivent et étudient tous à Amsterdam. Et tout ce beau mélange débouche sur un jazz plutôt musclé (tendance free bop) et sophistiqué (plutôt avant-garde). Le groupe est solide, très aguerri et très mature.

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Dès les premières notes, l’objectif est clair : ne pas laisser indifférent et éviter le conformisme. «Come Sunday» (de Duke Ellington) est tellement revisité qu’on a du mal a en retrouver la mélodie originale. Mais le travail est des plus intéressants. «Seven», morceau évolutif bâtit sur un ostinato obsédant, monte en intensité jusqu’à éclater avec rage. Avec «Gray Flower», on oscille entre musique contemporaine dépouillée et ballade nostalgique complexe. On pense parfois au travail de certains musiciens du label Hat Hut (Lacy, Kogelmann, Eskelin et autres). Le batteur fait le spectacle et profite du décor improbable du petit théâtre pour terminer le dernier morceau (après avoir littéralement démonté sa batterie à la manière d’un Günter "Baby" Sommer ou d’un Han Bennink) caché dans les coulisses. Prestation intense.

Le jury se retire, discute franchement, analyse le pour et le contre et désigne, tout comme le public, KHQ vainqueur, et attribue au batteur Simon Raman (de Steiger) le prix du meilleur soliste.

 

 

Cette deuxième édition du Jazz Contest Mechelen, à l’organisation impeccable, est une très belle réussite. Bravo à Lejo Vanhaelen (Jazzzolder) et à toute son équipe. Seul petit bémol : les organisateurs, tout comme moi, regretteront simplement l’absence de candidats francophones… Allons, ne me dites pas que la frontière linguistique serait capable de jouer les trouble-fêtes ? J’espère que tous les jazzmen prouveront le contraire l’année prochaine.

A bon entendeur.

A+

 

 

 

Commentaires

Merci beaucoup, Jacques, pour avoir participé au jury et pour cet excellent rapport du concours!

Écrit par : lejo vanhaelen | 12/05/2014

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