08/03/2014

Sylvain Cathala Trio au Bravo

 

Je ne sais pas si c’est parce que c’est nouveau, mais le Bravo semble être l’endroit idéal pour le jazz qui se crée, se recrée et se transforme sur l’instant même.

Il faut dire aussi que ce soir (jeudi 27 février) c’est le trio de Sylvain Cathala qui donne le ton.

sylvain cathala,sarah murcia,christophe lavergne,bravo

Si la musique de Cathala est complexe dans sa construction, elle n’en est pas moins immédiate et captivante.

En effet, les différents rythmes semblent se débattre pour infiltrer votre cortex et votre épiderme en même temps. Et très rapidement, la musique vous envahit. A la manière d’un cheval de Troie (ou de trois !) qui s’ingénie à brouiller les pistes pour tordre au mieux vos sentiments et bousculer vos certitudes.

Les polyrythmies sont quasi constantes et les changements de tempos nombreux. On flotte dans un rubato presque permanant («Hope»). Et pour que cela tienne, il faut bien connaître ses partenaires et en être à l’écoute. De ce côté-là, pas de problème, Sarah Murcia (cb) et Christophe Lavergne (dm) s’entendent comme larrons en foire. Ils échangent des lignes rythmiques et mélodiques qui se régénèrent à chaque fois, proposant au groupe d’aller explorer de nouveaux univers et de chercher d’autres horizons. Cathala laisse d’ailleurs beaucoup d’espaces à cette rythmique exaltée.

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Les accélérations et décélérations brutales permettent au saxophoniste, dans de longues phrases sinueuses, d’emmener les mélodies là où on ne les attend pas. «Entremêlée» porte vraiment bien son nom.

Le travail de Sarah Murcia à la contrebasse est épatant. Elle fait corps avec son instrument, elle le pétri et elle creuse pour aller dénicher les notes ou les laisser s’évader. Son introduction en solo sur «Black Dance» est d’une pureté et d’une musicalité absolue, aussi brutale que sensuelle.

Parfois aussi, elle slappe presque les cordes, comme pour tenir tête au feu continu du batteur. Ensemble, ils jouent au chat et à la souris et déplacent les points de stabilité du trio. Christophe Lavergne a la claque sèche (tant aux balais qu’aux baguettes) et son jeu est toujours sous tension. On le sent attentif aux moindres mouvements. Il est toujours en alerte.

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Alors, Cathala, auteur de toutes les compos, s’infiltre dans les espaces, et ses mélodies se construisent sur les sillons creusés par la rythmique. Un peu à la manière d’un cours d’eau qui trouve son chemin entre les galets et les alluvions, mais qui peut aussi modifier le parcours à tout moment. Tout est dans la mouvance, entre l’écriture stricte et l’improvisation la plus débridée.

Parfois, le saxophoniste suspend la phrase pour la terminer plus tard, laissant la musique s’oxygéner d'avantage.

Chaque pièce de ce puzzle musical s’imbrique les unes aux autres, malgré leurs formes particulières, et finissent par délivrer une histoire pleine de nuances («Constantine», pour ne citer que celle-là).

Le trio de Sylvain Cathala est toujours en renouvèlement et chacun de ses passages en Belgique est réel plaisir. On attend donc sa prochaine visite avec grande impatience. Tenez ça à l’œil.

 

 

 

A+

 

 

 

 

 

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